Oeuvres et Critiques
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0338-1900
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Narr Verlag Tübingen
10.2357/OeC-2018-0008
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2018
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Colette Fellous, harraga de l’ordre monolingue
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2018
Mary Gallagher
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Œuvres & Critiques, XLIII, 1 (2018) Colette Fellous, harraga de l’ordre monolingue : tisser le pays « sans nom » dans Avenue de France Mary Gallagher Dublin University L’œuvre de Colette Fellous est profondément structurée par une poétique du retour� Ainsi se dessinent, de Avenue de France (2001) à Aujourd’hui (2005), de Plein été (2007) à Un Amour de frère (2011) ou encore Pièces détachées (2017), les tableaux d’une «- série- » autobiographique ou du moins auto-fictive ayant pour cadre principal le pays natal, la Tunisie� Chaque épisode reprend et complète les récits antérieurs au gré d’une (ré-)écriture qui retourne inlassablement sur elle-même dans un mouvement progressif de sédimentation sémantique� Or, la pulsion rétro-scripturale est des plus communes dans un certain courant de la littérature francophone contemporaine, lequel consiste à épeler les enjeux perdurants, à la fois personnels, familiaux et collectifs, du grand détour colonialiste de la France et de tous les déplacements, dépaysements et déchirures qui en ont découlé (en plus, bien entendu, des nouvelles filières et filiations)� Pensons, par exemple, au retour réflexif, auto-fictif de Marguerite Duras sur son passé familial dans le cycle de l’amant chinois� Ou encore au retour en Afrique de J�M�G� Le Clézio dans le lieu fondateur de la relation tout autant de distance que de proximité entre l’auteur et son père d’origine mauricienne� Ce retour rythme non seulement l’écriture de Onitsha (1991), roman anti-colonial s’il en est, mais aussi celle de L’Africain (2008), un récit autobiographique qui, à de bien nombreux points de vue, réécrit le roman� De même, Marie Cardinal dans les récits Les Mots pour le dire (1975) et Au pays de mes racines (1980) et dans le roman Amour…Amours… (1998), ainsi que Hélène Cixous, Assia Djebar ou encore Leïla Sebbar dans de nombreux ouvrages, travaille et retravaille le passé familial en Algérie� La remémoration postcoloniale verse à la fois dans ce que Denise Robin nomme le «- roman mémoriel- » 40 et dans ce que Freud a baptisé Familienroman, deux registres souvent d’ailleurs superposés ou imbriqués dans une 40 Robin, Denise� Le Roman mémoriel-: -de l’histoire à l’écriture du hors-lieu� Montréal, Le Préambule, 1989� DOI 10.2357/ OeC-2018-0008 56 Œuvres & Critiques, XLIII, 1 (2018) Mary Gallagher approche scripturale du passé familial que la critique Marianne Hirsch met sous le signe de la «- post-mémoire- » 41 � On pourrait dire, toutefois, que la ré-écriture de Colette Fellous produit un effet de concentration unique en la matière, tant l’optique auto-fictive-- mémorielle et familiale-- ne fléchit guère d’un récit à l’autre de son œuvre 42 � Certes, l’écriture d’auteurs dont les origines ne semblent pas relever du drame colonialiste, telle Annie Ernaux ou même Nancy Huston, peut tourner également autour de la remémoration, constamment relancée, d’un traumatisme familial� L’enjeu de l’écriture n’est pas le même, cependant, lorsque la langue même de l’écriture s’inscrit dans des rapports de force coloniaux ou postcoloniaux avec d’autres langues� Voilà ce que démontrent Colette Fellous et Leïla Sebbar en mettant au centre même de leur réflexion (dans Avenue de France et dans Je ne parle pas la langue de mon père 43 ) la relation aux langues� Dans Avenue de France, l’histoire politique et sociologique de la langue française en Tunisie importe bien moins que l’histoire familiale 44 � Si l’on peut dire que le français s’imposa sous le Protectorat français avant de se faire évincer par l’arabe à l’Indépendance, la réalité présentée dans le récit de Colette Fellous est bien plus nuancée� Il est question, certes, pour la narratrice de reconnaître les rapports de force entre les deux langues, mais elle s’attache aussi à dessiner les arabesques de dette et d’obligation, d’amour, d’estime et d’émancipation qui la relient au français� La première des deux anecdotes structurant le récit concerne le remplacement par le grand-père de l’auteure de l’arabe par le français� La décision aurait été motivée par son incapacité d’adolescent à discerner si le Français à qui il venait de rendre la pomme que ce dernier aurait laissé tomber, lui avait lancé le mot «-mer- 41 Pour Marianne Hirsch, la notion freudienne du Familienroman ou du «- roman familial-» relève d’une interrogation imaginaire des origines, laquelle «-situe dans l’expérience de la famille l’engendrement du récit-» [«-which embeds the engenderment of narrative within the experience of family-»], Hirsch, Marianne. Family Frames-: -Photography. Narrative and Postmemory� Harvard, Harvard University Press, 1997, p� 9� 42 Dans un entretien avec Samia Kassab-Charfi («-Interview avec Colette Fellous- », décembre 2012, Expressions Maghrébines, 11(2)-: -145-157), l’auteure avoue la difficulté d’éloigner son imaginaire littéraire de sa propre expérience-: «-Le plus difficile est de créer quelque chose au-delà de sa vie personnelle et psychologique, quitte à se détacher de soi et de la mémoire de ses plus profondes blessures […]�-» 43 Sebbar, Leïla� Je ne parle pas la langue de mon père� Paris, Julliard, 2003 44 Notre lecture de ce roman s’appuie sur les deux études suivantes- : Samia Kassab-Charfi, «- Architecture et histoire chez Colette Fellous- », Revue de littérature comparée 2008/ 3 (n° 327), p� 397-406; Dora Carpenter, «-Née à Tunis virgule Tunisie- »- : Avenue de France de Colette Fellous- » in Expressions maghrébines, USA, CICLIM, 2006� DOI 10.2357/ OeC-2018-0008 57 Œuvres & Critiques, XLIII, 1 (2018) Colette Fellous, harraga de l’ordre monolingue ci-» ou le mot «-voleur-»� Or, soixante ans plus tard, ce sera en raison de sa non-maîtrise de la langue arabe que le petit-fils d’Aldo, le frère de la narratrice, se trouvera effectivement lui aussi réduit au mutisme, et puis banni du pays natal� Autour de ces deux tournants, la narratrice construit une réflexion sur sa propre relation aux pays, au monde et aux langues� Sans s’y référer explicitement, cette réflexion se situe à l’évidence dans la continuité de celle menée par Jacques Derrida dans Le Monolinguisme de l’autre 45 sur le positionnement linguistique et culturel de la communauté juive francophone du Maghreb 46 � Car, à travers la question des langues, c’est celle de l’appartenance qui se joue- : l’appartenance à «- la- » culture et à «- la- » langue française, au pays natal, pays de l’enfance et de l’adolescence (la Tunisie), à «-la-» langue arabe, à la communauté juive en Tunisie et puis au reste du monde� Et derrière ces questions d’appartenance multiple, de cosmopolitisme et de multilinguisme, se profilent les deux chocs indépassables du XX e siècle-: la Shoah et la confrontation entre le nationalisme et les ondes de choc anti-colonialistes et post-colonialistes� Le colonialisme Le récit d’Avenue de France prend comme point de départ historique «-la venue-» de la France en Tunisie� La représentation de ce moment inaugural fait bien ressortir la teneur de la colonisation française de la Tunisie, une forme atténuée du colonialisme français mis en place ailleurs en Afrique, notamment en Algérie� Dans le cadre du soi-disant «-protectorat-», la capitale de la Tunisie sera désormais scindée en deux-: la «-ville européenne-» et la «-ville arabe-» (52)� C’est que, avec l’arrivée de la France, la ville de Tunis a «-changé de pays et de lumière-» (148)� Ainsi, un siècle plus tard, la narratrice n’aura «-pas eu à quitter de pays pour changer de pays-» (32)� Les deux événements structurants du récit- - ayant lieu tous les deux, comme le martèle la narratrice, «-dans la rue-» --sont donc l’inauguration du Protectorat et puis, un siècle plus tard, «-la fin de la France en Tunisie-» (210)� Les voilà donc, les ancêtres de la narratrice, mis devant l’obligation d’inventer «-leur vie nouvelle depuis que la France est arrivée sur cette avenue-» (103), depuis que «-ce nouveau pays […] est entré dans le leur-» (103)� 45 Derrida, Jacques� Le Monolinguisme de l’autre, ou la prothèse d’origine� Paris, Galilée, 1996� 46 Voir Combe, Dominique� «-Derrida et Khatibi-- Autour du monolinguisme de l’autre- », Carnets [En ligne], 7- |- 2016, mis en ligne le 31 mai 2016, consulté le 25 mars 2018� URL- : http: / / journals�openedition�org/ carnets/ 897- ; DOI- : 10�4000/ carnets�897� DOI 10.2357/ OeC-2018-0008 58 Œuvres & Critiques, XLIII, 1 (2018) Une fois la France et les Français en place, il faut savoir «-en quelle langue […] leur parler-» (99)� Le jugement porté par la narratrice sur cet avènement est tout en litote-: le colonialisme procède comme s’il était «-normal d’installer un pays dans un autre-» (32)-: il s’agit ainsi de «-pays qui se mettent en scène-», de pays «-tissés de cabrioles, migrations, déplacements, illusions, glissements, métamorphoses, collages, paradoxes, clans, réseaux, rivalités, colonisations…- » (28)� En effet, chaque moitié de la ville de Tunis semble constituer un univers à part et la narratrice d’imaginer l’éblouissement et l’ivresse de la «-ville arabe-» (92), dont les odeurs et les couleurs-- la matière même-- contrastait avec «-l’aspect fantasmagorique-» 47 bien volontariste de la ville européenne-: D’un côté, le théâtre, l’église, le casino, les fiacres, les ombrelles, les hôtels, et les cinémas� De l’autre, les ruelles, les herbes magiques, les palais abandonnés, les mosquées, les épices, la bibliothèque du Souk el-Attarine, les ânes, les puits, les hommes qui jouent aux dominos dans les cafés chantants, les pieds nus des enfants, le visage des femmes cachées sous leur sri blanc, leur sourire, le henné, le benjoin, l’odeur de la soupe aux pois chiches et au cumin� (32) L’impression que produit la ville française est moins sensuelle qu’oculaire et auditive- : empruntant à Albert Memmi l’expression «- pays d’opérette- » (84) 48 , la narratrice estime que la France en Tunisie fonctionnait comme un «- théâtre pris entre la ville arabe, la mer et le grand jardin- » (105) et que Tunis, cette «- ville d’opérette- » est une ville «- en préfabriqué- » (84), sans fondement, sans épaisseur ni histoire, plaquée sur le sol africain� Or, si la narratrice découvre que «-à cent mètres de mon pays, il y avait le vrai pays-» (93), à côté duquel la «-ville française-» serait donc un «-faux pays-», c’est surtout que la «-ville arabe-» bénéficie de l’épaisseur d’un arrière-pays s’étendant dans l’espace illimité du désert et de la mer et dans la profondeur temporelle des ruines de Carthage� Bien plus encore, dans la mesure où la France en Tunisie n’est qu’un «- spectacle- » (52), il ne s’agirait que d’un simulacre de pays� Pire encore, ce théâtre cache l’horreur à venir, ses ascendants-spectateurs n’ayant «-rien vu venir de la sauvagerie-» qu’allaient déverser sur le monde les guerres du XX e siècle (100)� 47 Macza, Ewa� «-Mémoire retrouvée pour histoire oublié-: l’expression littéraire des Juifs originaires d’Afrique du Nord dans le contexte post-colonial-» in Mouvements, 2011, Hors série 1, pp� 45-54� 48 Memmi, Albert� Tunisie, An I. Journal tunisien 1955-1956, suivi de Dugas, Guy (dir�)� Tunisie, un pays d’opérette et Autres écrits des années tunisiennes� Paris, CNRS Éditions, 2017� Mary Gallagher DOI 10.2357/ OeC-2018-0008 59 Œuvres & Critiques, XLIII, 1 (2018) La France « prise en vrac » De même que l’Avenue de France témoigne de la présence française à Tunis, le nom de la Rue de Tunis à Paris évoque le déplacement historique de deux pays et deux continents� De fait, la présence de la France passe surtout par les noms propres, tout particulièrement par les litanies littéraires (Flaubert, Gide, Proust, Duras…), la narratrice représentant son rapport à la France comme une appropriation culturelle compréhensive-: «-c’est fou comme j’ai pris la France en vrac-» (18)� Lorsqu’elle arrive en France pour faire ses études à Paris, elle sillonne tout d’abord la province comme vendeuse de calendriers� Si, à cette occasion, elle «-devient ethnologue-» (63), ce rôle impliquant toute une distance épistémologique, celle qui raconte au début du récit le Noël à Paris ou celle qui plus tard évoque les beaux jours dans sa maison en Normandie semble parfaitement intégrée, voire installée, dans la vie française� Faisant écho à cette intégration plénière, elle choisira pour sa fille aînée le prénom «-Marianne-», celui de la figure emblématique de la nation� Racontant vers l’ouverture du récit une rue enneigée de la Ville Lumière à la veille de Noël, la narratrice évoque des «-torsades-» d’illuminations et des commissions de dernière minute, un chapon aux nèfles qui «-ronronne-» au four et puis une conversation avec un romancier, Jean-Patrick Manchette, croisé dans la rue� Si elle se sent «- là, au cœur des choses- », son euphorie s’explique sans doute par le fait que, depuis son plus jeune âge, elle avait «-pris la France en vrac-», grandissant dans une «-ville européenne-» dont la francité était rehaussée par la proximité de la «- ville arabe- »� Or, cette enfance, rythmée par les rondes et les comptines françaises, est mise sous le signe de l’assimilation� Il s’agissait, après tout, de «-répéter-» la culture française en vue d’un spectacle permanent-: «-nous répétions la France-» (225)� Sans aller jusqu’à déplorer cet embrigadement ou les illusions qui lui sont associées (la croyance en une France idéalisée où «-il n’y a que des choses de valeur- » et où la campagne est parfaitement «-rangée comme un salon du dix-huitième-» (223)), la narratrice n’en nomme pas moins les déformations et les auto-mutilations qui peuvent en découler� Ainsi, elle rattache au récit de son propre engouement pour la culture française, l’évocation de scènes déchirantes (notamment sa propre absence pour assister à une représentation d’Andromaque le soir de la disparition dans un hôpital parisien d’un frère adoré)� Colette Fellous, harraga de l’ordre monolingue DOI 10.2357/ OeC-2018-0008 60 Œuvres & Critiques, XLIII, 1 (2018) La Tunisie, ou le vrai pays ? Le récit d’Avenue de France se construit comme la traversée d’un siècle d’histoire familiale à Tunis, la présence de la Tunisie primant de ce fait dans le livre sur celle de la France métropolitaine� Or justement, la réalité historique que la narratrice s’efforce de mettre en lumière est celle, proprement coloniale, de deux pays superposés� Et en plus du récit principal d’un retour imaginaire dans le passé familial, on lit celui du retour réel que fait la narratrice pour passer en Tunisie un séjour touristique à la Club Méditerranée� Si la narratrice affirme avoir répondu ainsi à l’impérieux «-besoin d’être une étrangère dans [son] pays-» (201), il semblerait avoir été question en réalité d’un effort pour se rassurer, en mesurant toute la distance qui la sépare, elle qui a grandi en Tunisie, des vrais «-touristes étrangers-» venus s’y divertir� De son frère (celui qu’elle surnomme «-Pierrot passant-») retourné passer des vacances scolaires à Tunis, la narratrice d’Avenue de France affirme que «-c’est ce pays qu’il aime-» (242)� Pour sa part, elle décline la relation non pas tant d’amour que d’appartenance qui la relie à la Tunisie-: «-[c]’est mon pays, c’est là que j’ai appris à respirer, à parler, à rire, à étouffer, à m’énerver, à aimer, à danser, à lire, à regarder-» (157)� Elle admet que, vu de manière objective, son pays natal n’a sans doute «-rien de vraiment beau mais une matière dans l’air inimitable- » (202)� Rappelant le marchand de marrons devant les bouches de métro les soirs d’hiver dans Paris, c’est le visage d’un autre marchand de marrons, son double tunisien, qu’elle revoit- : il a les «-yeux verts qui viennent du désert et son turban blanc (on lui dit merci il sourit)-» (155)� De même, elle se souvient de la présence «-tous les matins [d’]un autre homme du désert-»� «-On le reconnaît à son cri-» (156), donc non pas à sa langue, à proprement parler� «-Il sourit lui aussi, mais il ne parle jamais� … on dit à la prochaine semaine, merci-» (156)� Cette fois-ci, ce sont les Tunisiens francophones qui prennent la parole pour dire «-merci-»� Et si l’homme du désert ne leur répond pas, c’est qu’il ne parle pas leur langue à eux� Comme le reconnaît volontiers la narratrice-: C’est un drôle de pays qui a grandi dans ce silence� On regarde ce silence, on est étonnés, on ne comprend pas� Il nous arrive d’avoir peur de ce silence autant que de cette langue qui est là, tout près, mais qu’on doit toujours tenir à distance� Personne ne nous dit rien pourtant, ce n’est pas une langue interdite, on ne la parle pas, c’est tout� (156) De ce silence face aux langues «-de l’autre-» surgit tout l’insondable de la réalité tunisienne-: le «-désert-», «-les nomades-», les «-tentes-» et les «-ruines de temple romain-»-: «-Je veux dire qu’on n’oublie jamais la géographie du pays, même quand on vient changer dans ce temple, qui s’acharne, lui, à ne pas Mary Gallagher DOI 10.2357/ OeC-2018-0008 61 Œuvres & Critiques, XLIII, 1 (2018) compter les siècles-» (157)� L’évocation des profondes nappes souterraines de sens lié à l’arrière-pays tunisien ne fait que mieux ressortir le fondement superficiel du «-pays d’opérette-» (84) que la France avait installé à Tunis� Et pourtant, à l’égard de tout ce qui provient de la France, la famille voue une admiration inconditionnelle-: «-on ne peut pas expliquer ce regard mais il est essentiel dans la compréhension du pays-» (222)� Ce n’est que lorsqu’elle quitte la Tunisie pour faire ses études en France que la narratrice perçoit le pays «- splendide- », le «- pays tout entier- » visible dans le visage d’un vieux monsieur de Kairouan (61) et qu’elle prend conscience de «- ce que c’est qu’un pays- » (61)� Ce pays, est-ce pourtant le sien- ? Certes, la narratrice rappelle à ses ascendants qu’elle a «- poussé comme [eux] ici [en Tunisie]- » (89), mais le pays qu’elle revendique n’est en réalité ni la Tunisie ni la France� Comme ce qu’elle vise c’est d’écrire son propre pays-- «-[m]on pays je le dessine au jour le jour-» (162), «-son-» pays sera donc fait de mots, d’images, de couleurs tracés au gré de l’écriture, de la mémoire et de l’imagination� Et puis, ce qu’elle aime justement, c’est qu’il «-soit sans nom-» (162)� La langue française Près du début du récit, les rues de Paris résonnent du cri d’une folle, d’une «-aliénée-», qui tangue, en criant et en gesticulant parmi les voitures qui circulent� Or, qui dit «-cri-» dit vocifération indifférenciée, non pas tant dépourvue de sens que se situant en dehors de toute sémiotique proprement linguistique� Cet incident n’est pas sans lien avec l’histoire de l’installation de la France en Tunisie, laquelle avait provoqué surtout un grand «- étonnement devant une langue étrangère dans son propre pays- » (245)� L’aliénation ressentie par rapport au français fera que l’autre langue, l’arabe, sera une centaine d’années plus tard «-totalement effacée dans les yeux [du] frère-» (244)� Ce dernier «-ne trouve aucun mot pour se défendre, puisque «-sa seule langue est le français et lui qui est-il au juste il n’a jamais pensé à cette question, cette langue qui est la sienne ne lui est d’aucun secours tout à coup-» (244)� En abandonnant l’arabe, le grand-père pense offrir à sa descendance le don de la liberté et du monde- : «- pour que tu sois libre, vraiment libre […] reçois ce monde que je te donne- » (111)� Or, la narratrice évoque à plusieurs reprises le mépris et la honte qu’elle ressent à l’égard du français de son père et de la famille de ce dernier� Dans la famille du père, c’étaient «- surtout leurs voix qui […] gênaient-» et c’était leur «-langage, la matière même de ce langage-», autrement dit, leur accent qui choquait (198)� Cette honte qui «- remonte toujours, me nargue et me questionne- » (199) est Colette Fellous, harraga de l’ordre monolingue DOI 10.2357/ OeC-2018-0008 62 Œuvres & Critiques, XLIII, 1 (2018) provoquée, certes, par le «- drôle d’accent- » (44) du père, par cette «- vraie bouillie-» (200), comprenant du reste des bribes de l’ancien français� Mais elle n’est pas étrangère au malaise provoqué par l’infidélité du mari volage, cette défaillance paternelle inspirant à la fille le désir de «- fuir, n’être personne, juste une arabesque […] je ne sais pas ce que je fais ici …� [ce] que cela veut dire exister- » (168)� La trahison du père est d’autant plus insupportable qu’il tente de la compenser en se mettant en scène, chantant des chansons d’opéra, imitant le jeu de comédiens connus, récitant des textes d’ancien français, toujours en roulant les «- r- » (44), avec ce cheveu sur la langue («- la tendresse d’un défaut de langue- » (48))� Autant la narratrice revendique le français comme sa langue maternelle, autant elle regrette le mépris, le dégoût et la honte qu’elle avait ressentis à l’égard de ceux qui écorchaient le français en portant «- encore sur eux la trace de leur langue maternelle- » (l’arabe)- : elle leur demande pardon de s’être engagé «- sans réserve-» et comme un «-bon petit soldat-» dans la (seule) langue française (200)� La cohabitation malaisée en Tunisie et au sein de sa propre famille d’une langue dominante et de langues non pas tant dominées ou interdites, mais tues, absentes, et surtout la contiguïté boiteuse des plusieurs «-langues réunies sur la scène- » (243), n’est pas sans rappeler la relation parentale compliquée, parfois conflictuelle� Certes, la tension entre le père et la mère est déplorée-: «-je me sentais responsable de cette brisure qu’ils portaient et qu’ils ne voyaient pas, je voulais surtout qu’ils cessent de parler, partir, me boucher les oreilles, ne plus être témoin-» (198)� Mais les enfants ont, malgré tout, bien «- grandi dans ces ronces- » (126) et la narratrice reconnaît dans les heurts et les désaccords de cette «-pagaille-» qu’elle ne se lassera pas de raconter (33) une ressource intarissable pour son écriture-: «-j’ai encore les yeux éclaboussés par ce désordre-» (48)� La langue arabe L’histoire (familiale) de la langue arabe dans Avenue de France tourne autour de la trahison qu’est la non-transmission de l’arabe� Ce n’est pas uniquement une langue et une culture qui sont par là même écartées ; c’est également le vrai statut de la France et du français� Au lieu de reconnaître la beauté des deux pays et de leur mise en relation, «-on ne fait plus attention à la beauté des visages, des sourires, des langues qui se juxtaposent, qui se font face qui vivent ensemble, on trouve tout cela vulgaire mal taillé anarchique-» (224)� Dans ce monde de «-langues oubliées-», la cohabitation des langues est non seulement ignorée, mais nettement dévalorisée� Ce foisonnement est jugé mal à propos, «-vulgaire-» ; on n’y voit qu’un chaos ou un désordre «-mal taillé-», c’est-à-dire débordant, insuffisamment poli(cé)� En Mary Gallagher DOI 10.2357/ OeC-2018-0008 63 Œuvres & Critiques, XLIII, 1 (2018) dépréciant cette richesse, non seulement on évite le ferment mais on renforce les frontières� Or, la narratrice se délecte pour sa part du désordre de ce pluriel-: «-je savoure le délice d’être d’ailleurs, d’avoir deux vitesses, deux paysages superposés-», «-je juxtapose-», «-je mêle-» (63)� Jouant le premier rôle dans «-le roman […] des langues oubliées-» (234), la non-transmission de l’arabe est au cœur même du drame du frère de la narratrice-: elle donne lieu à la «-scène qui a ravagé sa vie, l’a rendu muet-» (238)� Ainsi, paradoxalement, la réaction du grand-père à son désarroi et à son mutisme de non-francophone a eu pour conséquence à retardement le désarroi et le mutisme du petit-fils non-arabophone� À côté de l’histoire impersonnelle du changement de nom des rues, ce drame personnel est un déchirement spectaculaire, amenant le frère à se demander «- qui il est au juste-» (244)� Il semblerait aussi que cette langue qui ne lui a pas été «-donnée-» provoque chez la narratrice un «- fracas tapi en [elle], qui [la] regarde et [la] questionne-» (12)� Ce bruit indifférencié contre lequel elle se «-bouche les oreilles-» provient d’une langue sur laquelle elle avait fait une impasse-: de ses ascendants, pour qui elle est une étrangère, elle reconnaît qu’ils «-parlent une langue que je n’ai jamais voulu entendre-» (158)� Elle a beau reconnaître qu’elle aurait très bien pu ne parler que l’arabe et le berbère, elle doit avouer que, même si elle comprend l’arabe, elle ne sait pas en «-répéter-» les sonorités� Ainsi, bien qu’elle sente que cette langue lui «-appartient-» et qu’elle lui est «-intime-» (160), elle n’en comporte pas moins «-tant de mots qui devraient être les [s]iens mais qui [lui] sont étrangers-» (200)� Elle rappelle aussi des agressions verbales dans la rue, lorsque des hommes lui lançaient à la figure «-des mots que nous ne comprenions pas, qui nous blessaient-» (176)� On peut faire contraster cette incompréhension des insultes misogynes en arabe avec l’innocence du jeu de mots que suggère le nom d’une marque tunisienne de soda- : «- Boga- » ou «- beau gars- »� Par ailleurs, la relation de parfaite familiarité, de confiance et de transparence au français permet non seulement une relation ludique à cette langue, mais aussi des libertés prises avec la syntaxe-: «-voilà pourquoi j’ai tourné la tête vers�-» (18) L’échelle du tout-monde La disposition de la narratrice, son indifférence à l’ordre identitaire, par exemple, est à bien des égards celle d’une harraga, qui bouscule l’ordre des choses en passant outre les frontières, les limites-: «-peu importe sur quelle terre on avait grandi, la pensée n’avait pas besoin de frontières, la géographie était inutile de toute façon-» (175)� Et elle n’hésite pas à rattacher cet Colette Fellous, harraga de l’ordre monolingue DOI 10.2357/ OeC-2018-0008 64 Œuvres & Critiques, XLIII, 1 (2018) impératif de liberté et de mobilité à la question de la langue-: «-peu importe d’où je viens, peu importe dans quelle langue j’habite-» (161)� Les énumérations qui ponctuent le récit illustrent bien ce parti pris du passage, l’appel du mondial s’enregistrant dans les fréquentes litanies de noms propres, le mot «- nom- » étant d’ailleurs inscrit dans l’orthographie du mot «-monde-»� La narratrice s’inspire à bien des égards du «-grand-père polyglotte, voyageur, commis du Bey-» (106), cet Aldo qui, bien avant que sa petite-fille soit née, court le monde, ayant des maisons en Italie et en Allemagne ainsi qu’une maîtresse à Venise� Si, parmi les lieux qui comptent dans ce livre, les villes de Tunis et de Paris viennent en tête de liste, d’autres villes en France et en Tunisie sont énumérées aussi, ainsi que des lieux en Italie et au Portugal et ailleurs en Europe, l’Espagne, l’Arménie etc� Si la musique, l’art, la littérature et le chant religieux permettent de traverser frontières, la structure même du livre, fondée comme elle l’est sur le déplacement dans le temps et dans l’espace, fait de la mobilité dans le temps et dans l’espace le principe structurant du livre� Une tension évidente oppose l’attachement aux lieux et aux pays, la Tunisie et la France surtout, d’une part, et le refus du privilège accordé aux «- lieux d’origine qui [m’] agacent- » (140), de l’autre� Et c’est peut-être la mise en valeur de la situation paradoxale de la communauté juive de Tunis qui focalise cette tension entre l’appartenance au pays et au monde-: entre l’ancrage historique et affectif et puis l’affirmation que l’on «-n’a besoin de pays ni de communauté ni de rite ni de patrie ni de religion-» (133)� Comme si c’était au cœur de cette aporie que se situe la famille dans laquelle la narratrice est venue au monde� La communauté juive de Tunis À la fin du livre, la narratrice affirme qu’il a été reproché non pas tant à son frère, Pierre, mais bien plutôt à «-une communauté toute entière-» (c’està-dire à la communauté juive de Tunis), d’avoir «-méprisé le pays- » (242), c’est-à-dire la Tunisie indépendante, ou du moins de lui avoir tourné le dos pour suivre «-l’envahisseur français-» (242)� Même si le mot «-juif-» n’est pas prononcé par la narratrice d’Avenue de France, il est clair que la mise en cause nationaliste concerne la communauté juive sépharade� Certaines branches de la famille proviendraient du Portugal tandis que d’autres, comme les Montefiore, viendraient de Livourne en Italie� Le motif des «- châles de prière-» (146-8), et puis le choc de la mort subite d’Émile, frère aîné du père, en pleine prière au moment de la fête religieuse du Pardon (139, 148) sont récurrents� Qui plus est, la mort d’Émile a lieu en 1948, date, lourde d’histoire, de la création de l’État d’Israël� Entretenant justement avec l’histoire Mary Gallagher DOI 10.2357/ OeC-2018-0008 65 Œuvres & Critiques, XLIII, 1 (2018) de la communauté juive de Tunis une relation compliquée, la narratrice, qui dit tenir «-depuis longtemps dans un carnet bleu marine le journal de cette famille-» (40) s’attache à mettre en valeur «-des échos, des traces, des miroirs, des lois-» (40), tout ce «-halètement de la mémoire-» (147) de «-[s]on pays-» (157) 49 � Et pourtant elle se sent obligée de rappeler qu’elle fait «- partie de leur histoire même si [elle est] étrangère-» (148). En promettant de recoller les fragments de l’histoire des siens, de «-les nommer pour tous ceux qui connaissent cette même chaîne- », la «- petite dernière de la tribu-», le dernier maillon de la chaîne, s’engage à faire rimer famille et écriture (59)� C’est la continuité d’une (af)filiation par l’écriture et le chant en une langue que l’on ne comprend plus (l’hébreu), une communauté résistant donc dans une certaine mesure à la discontinuité imposée par la colonisation française-: «-Et la ville chante encore, immobile depuis des siècles, la tête pointée vers le ciel, même si elle a changé de pays et de lumière-» (148)� Cette continuité est d’ordre linguistique aussi bien que généalogique, puisque la langue fantôme que l’oncle Émile «-aimait caresser-», une langue d’écriture qu’il ne comprenait pas (154) est dite, tout comme «-les châles de prière-», aussi immuable que «-le sacré des fêtes-»� Certes, la narratrice reconnaît avoir «-pris goût au détachement-» et aussi «-à la perte, à la beauté de l’éloignement-» (91) ; mais elle n’en reconnaît pas moins, s’adressant à l’ascendance juive, «-le rythme de [sa] respiration dans la géographie et les couleurs de votre pays-» (91)� Et la «-petite dernière de la tribu-» de préciser-: «-je dis “votre pays” parce que vous n’avez jamais eu à le quitter, même si ce n’était pas vraiment le vôtre-»� (91) À la différence de sa génération et de celle de ses parents, les grands-parents n’avaient pas vécu l’expulsion et la fuite des Juifs de Tunis (survenant en 1967)� Ils ont pu croire ainsi au «-goût partagé d’une même culture, d’une même terre, la musique, la magie, la cuisine- » (92) fondant l’ancrage, stable malgré tout, de cette communauté en Tunisie� Et pour les descendants, fidèles à cette culture amarrée quoiqu’inquiète, c’était la parole qui primait-: «-vos lèvres sont mon lieu de naissance- » (91)� Comme pour adhérer à cette vision de l’appartenance et de la continuité impossibles, la narratrice s’efforce de la considérer, elle aussi, comme un choix-: «-vous avez raison, on n’a pas besoin d’avoir un pays pour exister� On a besoin d’exister, c’est tout- » (92)� Comme si l’extériorité des siens, leur «-Unheimlichkeit-», avait été choisie comme une liberté, une mobilité-: «-il faut avancer, ne pas tout retenir-» (92)� Dans un entretien 50 , l’auteure a confirmé le poids d’une certaine marginalisation familiale qui avait pesé sur son adolescence� L’inquiétude associée 49 Voir à ce propos Nolden, Thomas� In Lieu of Memory-: Contemporary Jewish Writing in French� Syracuse N�Y�, Syracuse University Press, 2005� 50 Voir la note 3� Colette Fellous, harraga de l’ordre monolingue DOI 10.2357/ OeC-2018-0008 66 Œuvres & Critiques, XLIII, 1 (2018) à cette situation aurait motivé son choix du français comme «- raison de vivre-», comme «-lieu de toutes les libertés-»� Elle n’en situe pas moins son vrai lieu à elle non pas dans le français, mais dans l’écart, dans l’entre-deux et dans «- l’entre-d’autres-lieux-encore- », sans doute à cause du fait que le français est marqué pour elle par la «-désapparition de la langue arabe-» et par le miroitement mémoriel d’autres langues muettes, tues ou oubliées- : l’italien, le portugais, le latin ou encore l’hébreu� En valorisant la diversité, les contradictions et les superpositions, la narratrice d’Avenue de France souligne à quel point dans la ville arabe tout était mêlé, «- les tablettes coraniques et les étoiles de David- » (95)� Cette ville, ouverte au divers, résiste aux impératifs de pureté et aux «- mots qui sauront discerner-» (165), c’est-à-dire les noms qui isolent, qui séparent� Ainsi, en évoquant le temple dans lequel elle imagine Émile chantant dans une langue qu’il ne comprend pas mais qu’il «-aime caresser-», elle remarque que la «-ville tout autour de ce point brûlant est une ville bric-à-brac-» (155) et que ce bric-à-brac est accueillant, ouvert, anarchique� Ce n’est certainement pas un hasard si l’oncle Emile, bijoutier de son état, confectionnait dans sa boutique située dans le souk des «-corbeilles de mariage-» (163)� C’est le propre de la «-ville arabe-» et de la boutique de l’oncle Émile au souk, comme aussi du mariage et de la langue, de relier-: ainsi «-livre-» et «-vie-» sont «-deux mots qui s’entendent-», des mots faits des mêmes lettres, «-agencées autrement- » (11)� Tout comme la vie, et comme le mariage qui réunit un père et une mère profondément désaccordés, l’imagination, la remémoration, l’écriture dissolvent toutes les frontières y compris celle entre le livre et le vivre et celle entre la vie et la mort-: «-je n’ai plus aucune notion de ce qui est mort ou vivant-» (91)� C’est donc en hésitant à «-identifier-» son camp ou son pays 51 , en refusant surtout de leur donner un nom, que ce livre de Colette Fellous chante le divers, les langues et les appartenances multiples 52 , qu’il adhère à la valeur 51 Ce refus rappelle le propos d’Amin Maalouf dans Les Identités meurtrières, Paris, Grasset, 1998 (Livre de poche, 2007)-: «-Dès lors qu’on conçoit son identité comme étant faite d’appartenances multiples, certaines liées à une histoire ethnique et d’autres pas, certaines liées à une tradition religieuse et d’autres pas, dès lors que l’on voit en soi-même, en ses propres origines, en sa trajectoire, divers confluents, diverses contributions, divers métissages, diverses influences subtiles et contradictoire, un rapport différent se crée avec sa propre "tribu"-» (40)� 52 Dans l’entretien cité plus haut (note 3), l’auteure exprime clairement son parti pris du divers-: «-Je me sens toujours plus vivante lorsque j’entends plusieurs langues autour de moi-» et elle relie son «-besoin d’avoir plusieurs appartenances-» au fait d’avoir grandi dans une «-famille juive-» dans un «-pays arabe-» et dans la «-langue française-»� Voir à ce propos Glissant, Édouard� Introduction à une poétique du divers� Paris, Gallimard, 1996� Mary Gallagher DOI 10.2357/ OeC-2018-0008 67 Œuvres & Critiques, XLIII, 1 (2018) de la mobilité, de la liberté et de la sur-vie et qu’il résiste à la sauvagerie de l’intolérance, des forteresses, des murs et des guerres-: J’habite aujourd’hui de l’autre côté de la mer, derrière la place de la Nation, à Paris, mais j’ai poussé exactement comme vous, sur cette terre d’Afrique, avec les orangers, les oliviers, les burnous et les fantasias, le stambali et le malouf, avec aussi dans mes nuits, comme dans les vôtres, la trace de l’Italie, du Portugal, de l’Andalousie et de tout l’Orient… (89) Colette Fellous, harraga de l’ordre monolingue DOI 10.2357/ OeC-2018-0008
