Vox Romanica
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0042-899X
2941-0916
Francke Verlag Tübingen
10.2357/VOX-2018-030
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Kristol De StefaniPhilippe Walter, Ma mère l’Oie. Mythologie et folklore dans les contes de fées, Paris (Imago), 2017, 300 p.
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Jean-Claude Mühlethaler
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351 Besprechungen - Comptes rendus Vox Romanica 77 (2018): 351-353 DOI 10.2357/ VOX-2018-030 198). Voilà des indications utiles au spécialiste en train d’établir le glossaire d’une édition critique ou au collègue chargé de traduire en français moderne un texte du Moyen Âge finissant. Bref, même si les contributions ne sont pas toutes d’égale valeur scientifique, l’utilité du volume est indéniable. Par sa foisonnante richesse, il offre de multiples stimuli au chercheur qui prend le temps de parcourir l’ensemble plutôt que de s’en tenir à une seule étude, celle dédiée à l’œuvre ou l’auteur sur lesquels il est en train de travailler. Jean-Claude Mühlethaler ★ Philippe Walter, Ma mère l’Oie. Mythologie et folklore dans les contes de fées, Paris (Imago), 2017, 300 p. Pourquoi un médiéviste se plongerait-il dans une étude qui s’ouvre et se clôt sur les Contes de ma mère l’Oie de Perrault? Le titre, en tout cas, ne l’y incite guère. Mais P. Walter précise d’emblée qu’il poussera «l’enquête jusqu’au Moyen Âge, voire avant» (7). Dans le sillage des travaux de Gilbert Durand et de Georges Dumézil, on nous offre ici une «étude croisée de la littérature médiévale et des contes» (11), autrement dit une lecture «verticale» (255) des textes, laquelle tient compte des différentes versions d’un récit, de manière à en dégager la richesse mythologique, souvent occultée sous un vernis chrétien et/ ou courtois. Philippe Walter travaille sur la longue durée, rapprochant des œuvres distantes dans le temps, mais aussi des œuvres issues d’aires culturelles éloignées; à l’horizon se profile l’espace indoeuropéen, même si les traditions celtiques - dont on ne saurait nier l’influence sur la littérature médiévale (surtout à ses débuts) - jouent un rôle particulièrement important dans la démonstration. L’oie est une créature mythique polymorphe, fée ordonnatrice des destinées (233-34): on en trouve certains traits chez Morgane, la Blonde Esmérée du Bel Inconnu ainsi que chez Pénélope dont le nom renvoie à l’oie et qui possède vingt de ces oiseaux (188). Le rite des vœux, que l’on connaît de la Belle au bois dormant, remonterait aux mythes gaulois dont les Enfances Renier, le Roman d’Aubéron et les Otia imperialia de Gervais de Tilbury ont gardé la trace (98s.); y fait encore écho le repas des fées dans le Jeu de la Feuillée du trouvère arrageois Adam de la Halle. Le médiéviste trouvera donc dans l’étude de Philippe Walter de quoi nourrir sa propre réflexion. Reste à savoir s’il le suivra toujours dans sa pensée foisonnante, car les littéraires s’intéressent volontiers à ce qui distingue un texte des autres plutôt qu’ils ne se penchent sur les éléments qui les apparentent au-delà d’une intentionnalité et d’une figurativité divergentes. En plus, Philippe Walter esquisse parfois des pistes dont il ne semble pas vraiment convaincu. Ainsi, évoquant la célèbre scène du Chevalier de la charrette de Chrétien de Troyes, quand Lancelot trouve le peigne de la reine près d’une fontaine, il se demande: «Serait-ce le signe de sa soudaine métamorphose en oiseau? » (48). La réflexion, au conditionnel, reste au stade de l’hypothèse et son apport à une meilleure compréhension du texte demanderait à être étayé: quelle est la fonction de l’élément mythique (implicite) au sein du récit? Autre exemple: Biatris (dans le Cycle des Lorrains) «a sans doute (nous soulignons) été une femme-oiseau» (143), émule de la reine Berthe (au grand pied), célèbre fileuse comme l’est 351 353 030 352 Besprechungen - Comptes rendus Vox Romanica 77 (2018): 351-353 DOI 10.8357/ VOX-2018-030 Philomèle métamorphosée en oiseau. Si certaines associations peuvent aller de soi pour un fin connaisseur du folklore et des mythes, le littéraire moins versé en la matière aurait peut-être besoin qu’on lui rappelle (même s’il peut relire Ph. Walter, Arthur, l’Ours et le Roi, 2002) pourquoi Uterpendragon «n’est autre que l’ours de la Chandeleur» (218) engendrant Arthur avec Ygerne, l’oie sauvage (comme l’indique son nom). Heureusement, le lien que Philippe Walter tisse entre Ygerne et Badebec (= bec perpétuellement ouvert), mère d’un fils velu comme un ours (Pantagruel), permet de mieux saisir l’enracinement des deux textes dans «une ancienne conception mythique» (183), de comprendre la présence de certains éléments figuratifs qui risqueraient de rester lettre morte. La démarche comparative paraît particulièrement féconde, quand Philippe Walter s’attarde sur un texte. Dans la célèbre Ballade des dames du temps jadis de Villon, les indices convergent, qui lui permettent de conclure que Berthe (au grand pied), Bietris et Alis sont des variations sur une seule et même figure, celle de la fileuse (161). Grâce à ce «socle mythique» (190), le temps jadis acquiert une profondeur que «les neiges d’antan» (de l’année passée) ne laissent qu’entrevoir. Bien plus que le souvenir de statues qu’on aurait façonnées à Paris pendant un hiver très rigoureux (Verhuyck 1993), la ballade véhicule un message de portée universelle qui transcende l’anecdotique. Un tel enrichissement de la lecture est moins perceptible ailleurs, ainsi quand nous sommes invités à passer d’une œuvre à une autre dans un jeu d’associations rapides. Confronté à des remarques trop allusives, le lecteur peine parfois à suivre le cheminement de la pensée critique. Quelles sont, par exemple, les données concrètes qui, aux niveaux figuratif et structurel, justifient d’écrire que «le bestiaire mythique que Gauvain affronte (dans la Mule sans frein) n’est pas sans rappeler le chaudron décoré de Gundestrup, autre chef-d’œuvre de l’artisanat celtique» (136)? On aimerait en savoir plus … Villon, mais surtout Rabelais sont des exemples privilégiés, quand il s’agit de retracer l’affleurement d’éléments mythiques dans une œuvre. Pour d’autres textes, il faut une érudition peu commune pour les déceler au sein d’un récit arthurien ou d’une chanson de geste. En refermant le livre de P. Walter, certains se demanderont si le public du Moyen Âge était en mesure de reconnaître par exemple le socle mythique des trois gouttes de sang sur la neige qui, dans le Conte du graal, plongent Perceval dans une rêverie amoureuse. Autrement dit: faudrait-il réunir dans une étude les témoignages de la «sensibilité mythique» (c’est-à-dire définir l’horizon d’attente) des lecteurs/ auditeurs médiévaux pour convaincre les adeptes de «l’histoire littéraire ou celle des idées» (12), cantonnés dans leur spécialité, qu’une approche «pluridisciplinaire d’inspiration anthropologique» (11) ne se réduit pas à un «jeu de hasard» (11) générant des associations en liberté? … Le prologue du Roman de Mélusine de Jean d’Arras (évoqué pour la scène de l’envol et le statut de fée de Présine) offre l’exemple parlant d’une telle conscience folklorique, bien analysée par F. Wolfzettel, mais dont les travaux - surtout son Conte en palimpseste (2005), qui rejoint sur plusieurs points les réflexions de P. Walter - sont étonnamment absents de la bibliographie. D’autres témoignages (comme les condamnations des croyances populaires par les clercs) confirment la possibilité d’implications mythiques dans les récits médiévaux, des Lais de Marie de France au Perceforest de David Aubert. La légitimité de l’approche mythocritique ne fait pas de doute; seulement, le chercheur se doit de prouver qu’il ne cède pas au vertige de 353 Besprechungen - Comptes rendus Vox Romanica 77 (2018): 353-356 DOI 10.2357/ VOX-2018-031 son érudition en analysant chaque fois les effets de sens liés à la présence d’un élément mythique dans un texte, surtout si celui-ci reste isolé. Jean-Claude Mühlethaler ★ Jean Thomas, Jules Ronjat entre linguistique et Félibrige (1864-1925). Contribution à l’histoire de la linguistique occitane d’après des sources inédites, Valence d’Albigeois (Vent Terral) 2017, 393 p. Consacrée à la vie et à l’œuvre de Jules Ronjat, la présente étude est l’aboutissement d’une décennie de patientes recherches poursuivies par J. Thomas dans la foulée de son travail sur la linguistique et le mouvement de la Renaissance occitane 1 . Grâce à la perspective prosopographique adoptée, le lecteur y découvrira qu’au-delà de son œuvre majeure, la monumentale Grammaire Istorique des Parlers Provençaux Modernes bien connue des romanistes, Ronjat est un personnage fascinant, possédant des aptitudes et des connaissances d’une étonnante variété. C’est avec enthousiasme que Thomas a souhaité rendre hommage à cette diversité tout en insistant sur les deux centres d’intérêt majeurs du Dauphinois: d’une part son apport à la linguistique occitane, de l’autre son action au sein du mouvement félibrige. Plus généralement, la volumineuse correspondance éditée dans ce livre permettra au lecteur de glaner ça et là de nombreuses informations sur cette époque charnière dans laquelle vécut Ronjat et, plus particulièrement, sur les réseaux de circulation du savoir. Le volume comporte deux volets: le premier (13-103) est formé de trois parties informatives agrémentées de portraits de famille, le second est entièrement consacré à l’édition annotée de la correspondance (quatrième partie, 105-347). Ces deux volets sont encadrés par une brève introduction (7-12) et d’une cinquième et dernière partie rendant hommage à l’œuvre poétique de Ronjat par la reproduction de quatorze poèmes en provençal (349-68). Une conclusion (369-72), une bibliographie (373-82) et un index onomastique (385-93) bouclent ce volume. Précédée d’une introduction explicitant la méthode historiographique utilisée (7-12), la première partie intitulée Une vie et une œuvre. Jules Ronjat (1864-1925) (13-47) souligne l’importance du milieu viennois pour ce fils de notable et neveu d’un auteur d’un lexique patois francoprovençal. Né à Vienne, Ronjat grandira et fera des études de droit à Paris qu’il quittera à la fin du siècle pour s’installer dans sa ville natale, où il réside jusqu’à son exil à Genève en 1914. Républicain et fédéraliste, son engagement pour la cause publique ne se manifeste pas seulement par son action au sein du Félibrige, mais aussi par la participation à de nombreuses associations locales. Voyageur infatigable (il a parcouru l’Europe à bicyclette), musicien accompli, alpiniste, poète à ses heures, Ronjat est le type même de l’explorateur, linguiste de terrain à l’ouïe fine et ethnographe, esprit encyclopédique et observateur, autant d’orientations qui se reflètent du reste dans sa bibliographie. La deuxième partie, Jules Ronjat, fondateur de la linguistique occitane offre un bref aperçu (49-75) de ses publications linguistiques. Il y a d’abord son ouvrage posthume, la GIPPM 1 J. Thomas, Linguistica e renaissentisme occitan, Toulouse 2006. 353 356 031
