eJournals Vox Romanica 79/1

Vox Romanica
vox
0042-899X
2941-0916
Francke Verlag Tübingen
10.2357/VOX-2020-017
Es handelt sich um einen Open-Access-Artikel, der unter den Bedingungen der Lizenz CC by 4.0 veröffentlicht wurde.http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/121
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791 Kristol De Stefani

Chiara Gianollo, Indefinites between Latin and Romance, Oxford (Oxford University Press) 2018, xvi + 321 p. (Oxford Studies in Diachronic and Historical Linguistics 33)

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Adrian Chircu
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Rolf Eberenz 348 Vox Romanica 79 (2020): 347-350 DOI 10.2357/ VOX-2020-015 gique, en étroit contact avec les œuvres et avec l’esprit que les imprégnaient, une linguistique plutôt éloignée des nouveaux courants théoriques en vogue à l’époque. Romaniste convaincu, il tâchait de mettre en valeur les traits de cette culture linguistique et littéraire dont une des principales sources était l’ensemble des textes écrits en latin, non seulement à l’Antiquité, mais jusqu’à l’aube de l’époque moderne, sans oublier pour autant l’impact de l’arabe sur la civilisation médiévale de la Péninsule Ibérique. Cette culture impliquait aussi les échanges permanents entre les langues romanes elles-mêmes, non seulement parce que la plupart d’entre elles puisaient constamment dans le même lexique latin pour se développer, mais également en raison de l’activité incessante des traducteurs. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il a organisé avec un groupe d’étudiant(e)s un séminaire sur les premières traductions du Don Quichotte dont les résultats sont sortis des presses en 1974 sous le titre Die ersten romanischen und germanischen Übersetzungen des Don Quijote . En parallèle de ses recherches, Germán Colón a mené sa carrière d’enseignant à l’université de Bâle. Nommé lecteur d’espagnol en 1954, il devient privat-docent en 1959, professeur extraordinaire en 1963 et, enfin, professeur ordinaire de langue et littérature espagnoles en 1967. Il a succédé en quelque sorte à August Rüegg, spécialiste du Siècle d’Or espagnol et portugais, qui avait donné des cours de littérature espagnole pendant plusieurs années. Mais c’est le professeur Colón qui a, à proprement dire, fondé l’unité d’espagnol au sein du séminaire de philologie romane de l’université de Bâle. Et il a tout de suite su transmettre son enthousiasme pour les langues hispaniques à ses étudiant(e)s, à tel point que rapidement plusieurs d’entre eux/ elles ont commencé à préparer une thèse de doctorat sous sa direction. Il faut dire que la situation générale était propice aux études de lettres, qui prenaient un essor considérable pendant les années soixante et soixante-dix du XX e siècle. Les diplômé(e)s trouvaient facilement un emploi dans l’enseignement ou ailleurs et pouvaient donc se concentrer sur la recherche sans trop de soucis matériels. La pression pour justifier constamment l’enseignement et la recherche universitaires n’existait pas encore et les tâches administratives étaient moins lourdes qu’aujourd’hui, ce qui favorisait le travail patient, méticuleux et de longue haleine. Tous ceux qui ont eu la chance d’avoir le professeur Colón comme maître ont pu bénéficier de cette ambiance de travail et, surtout, de son admirable disponibilité ainsi que du soutien infaillible qu’il apportait à nos activités. Grâce à ses conseils et à son appui, plusieurs d’entre nous ont pu entamer une carrière universitaire. À côté de Gerold Hilty, professeur à l’université de Zurich, Germán Colón a longtemps été le seul spécialiste travaillant en Suisse sur la linguistique historique de l’espagnol et des autres langues de la Péninsule Ibérique. Ses recherches lui permettaient non seulement de retracer l’évolution des mots, mais aussi de mettre en évidence des pans entiers de la culture catalane et valencienne, qui pour lui appartenaient à un seul espace linguistique. Cette défense de l’unité de la langue catalane, y compris les variétés des Îles Baléares, du Roussillon, de la «Frange» d’Aragon, d’Andorre et d’Alghero (Sardaigne), était un leitmotiv qui orientait ses travaux de Germán Colón Doménech 349 Vox Romanica 79 (2020): 347-350 DOI 10.2357/ VOX-2020-015 chercheur et de professeur. Elle impliquait notamment la revendication d’une vision plurielle et pluraliste des langues et des peuples de la Péninsule Ibérique, en contraste ouvert avec cette idéologie de l’Espagne monolithique propagée par le régime franquiste jusqu’en 1975. Une grande partie de ses publications avait en fait comme but de récupérer l’histoire de son pays par le biais des textes et des mots. Il est bien entendu impossible de mentionner ici un choix moyennement représentatif des travaux monographiques de Germán Colón sortis dans des revues et dans des mélanges. Signalons simplement quelques champs thématiques qu’il a abordés à plusieurs reprises, tels que les noms des langues romanes, notamment du catalan et de l’occitan, aussi bien dans leurs propres domaines linguistiques qu’en dehors de ceux-ci; la critique philologique des textes anciens et l’interprétation de mots et de passages obscurs; les dénominations d’animaux (oiseaux, poissons, etc.) et leurs emplois métaphoriques; les emprunts du catalan et de l’occitan en tant qu’éléments constitutifs de l’espagnol; la problématique de la langue des Mozarabes; les choix lexicaux qui caractérisent les différentes variétés diatopiques et diachroniques du catalan; le parfait périphrastique du type «/ vado / + infinitif» en catalan, en occitan et en français; le vocabulaire et la technique lexicographique d’Antonio de Nebrija; etc. Une grande partie de ces études a été rééditée, dans quelques cas même plusieurs fois, sous forme de recueils consacrés à certains de ses sujets favoris, par exemple El léxico catalán en la Romania (1976); La llengua catalana en els seus textos (1978); Problemes de la llengua a València i als seus voltants (1987; publié à l’occasion de son doctorat honoris causa de l’université de Valence en 1984); Estudis de filologia catalana i romànica (1997); El español y el catalán, juntos y en contraste (1989); Para la historia del léxico español , édité par Albert Soler et Núria Mañé (2002); De Ramon Llull al diccionari de Fabra. Acostament lingüístic als monuments de les lletres catalanes (2003); Lexicografia, lèxic i crítica textual (2011); etc. En complément de ses études monographiques, Germán Colón a édité et commenté un certain nombre d’œuvres et de documents essentiels pour l’histoire culturelle de l’Espagne. Ayant dirigé deux thèses de doctorat sur la terminologie de la navigation, il a préparé avec plusieurs de ses étudiants une édition critique, fondée sur l’ensemble des manuscrits, du Llibre del Consolat de Mar (1981), l’un des premiers codes de droit maritime en Europe. Appartient également au droit la compilation des Furs de València , onze volumes contenant la législation de l’ancien Royaume de Valence que Germán Colón a publiés avec Arcadi Garcia entre 1970 et 2007. Il s’agit là d’une série documentaire d’une importance capitale pour la connaissance de l’histoire politique et sociale de la région. D’autre part, le professeur Colón s’est consacré à l’édition et à l’analyse de quelques grands monuments de la lexicographie de l’époque. C’est ainsi qu’il a publié, en collaboration avec Amadeu-J. Soberanas, une édition fac-similé, précédée d’une étude approfondie, du Diccionario latinoespañol (Salamanque, 1492) d’Antonio de Nebrija (1979). Par la suite, les deux philologues ont également édité le Diccionario latín-catalán y catalán-latín de Gabriel Busa (1507), une adaptation au catalan des deux dictionnaires de Nebrija (1987). En Rolf Eberenz 350 Vox Romanica 79 (2020): 347-350 DOI 10.2357/ VOX-2020-015 1988 paraît son édition du Liber elegantiarum de Joan Esteve (1489), un répertoire de mots et d’expressions en latin et en catalan de Valence, parfois considéré comme le premier dictionnaire d’une langue romane. Et en 2003 Germán Colón et son fils Andrés ont publié La enseñanza del latín en la Baja Edad Media. Estudio y edición sinóptica de las « Variationes » de Fliscus, con sus correspondencias en italiano, español, catalán y francés . Un autre fruit de la collaboration entre Colón et Soberanas est leur traité Panorama de la lexicografia catalana: de les glosses medievals a Pompeu Fabra (1986), une excellente vue d’ensemble, avec des exemples commentés, des différentes approches à la description du lexique catalan tout au long de son histoire. Germán Colón était membre de beaucoup d’institutions et d’associations scientifiques. Parmi les premières on peut mentionner la Real Academia Española, dont il était membre correspondant, l’Institut d’Estudis Catalans - l’académie de la langue catalane - ainsi que la Reial Acadèmia de Bones Lletres de Barcelona. Ses travaux ont également été récompensés par de nombreuses distinctions, parmi lesquelles figurent le Premi Prat de la Riba de l’Institut d’Estudis Catalans (1979), la Creu de Sant Jordi de la Generalitat de Catalunya (1985), le Premi Sanchis Guarner de la Fundació Jaume I (1987), le Premi d’Honor de les Lletres Valencianes (1988), la Gran Cruz de Alfonso X el Sabio (1999) et la Medalla d’Honor de l’Acadèmia Valenciana de la Llengua (2016). Enfin, il était docteur honoris causa des universités de Valence, Alicante, Castellón, Autònoma de Barcelona et Complutense de Madrid. Les collègues et les amis du professeur Colón lui ont témoigné leur estime par deux recueils de mélanges publiés en son honneur, le premier intitulé La Corona de Aragón y las lenguas románicas. Miscelánea de homenaje para Germán Colón , coordonné par Günter h oLtus , Georges L üdi et Michael m etzeLtin (1989); et le deuxième Estudios de lingüística y filología españolas. Homenaje a Germán Colón , édité par Irene a ndres -s uárez et Luis L óPez m oLina (1998). Signalons encore trois livres qui font état de ses travaux et de sa personnalité de chercheur: Germà Colón: la passió per la llengua (2003); Glòria c LaVeria et Cristina B uenaFuentes (ed.): Germà Colón: les llengües romàniques juntes i contrastades , avec un Índex del lèxic estudiat en l’obra de Germà Colón (2005); et Emili c asanoVa et M. Teresa e chenique (ed.): El deler per les paraules: les aportacions de Germà Colón a la romanística (2008). Au début de ce millénaire, le professeur Colón a fait donation de sa bibliothèque à l’Universitat Jaume I de Castelló, et en reconnaissance de ses mérites celle-ci a créé la Fundació Germà Colón Domènech (<www.fundaciocolon.uji.es>). Son site électronique contient entre autres une bibliographie des travaux de Germán Colón (<www. fundaciocolon.uji.es/ bibliografiagcd.pdf>). Nous garderons de lui le souvenir d’un romaniste exceptionnel qui a fortement marqué la lexicologie historique des langues ibéro-romanes, d’un savant hors pair et d’un homme d’une disponibilité et d’une bonté admirables. Vox Romanica 79 (2020): 351-355 DOI 10.2357/ VOX-2020-016 Paul-Henri Liard 7 février 1945 - 8 juin 2019 Eric Flückiger (Neuchâtel) En juin 2019 nous est parvenue la nouvelle du décès de Paul-Henri Liard, qui avait consacré sa carrière de chercheur au Glossaire des patois de la Suisse romande (ciaprès GPSR ), l’un des quatre Vocabulaires nationaux de la Confédération suisse, aujourd’hui rattaché à l’Université de Neuchâtel. Originaire de Villars-Mendraz et né à Pompaples (deux villages de la région du Gros-de-Vaud), Liard a accompli ses études académiques à Lausanne. Immatriculé à l’Université de cette ville en 1963 pour y étudier le français (sa branche principale, avec un mémoire intitulé Les débats du Clerc et du Chevalier et leurs rapports avec la courtoisie ), le latin, l’anglais, la philosophie et l’histoire, il en est ressorti en 1969 avec le titre de licencié ès Lettres. Engagé en 1970 comme rédacteur au GPSR , Liard a assumé la fonction de rédacteur en chef depuis 1996 jusqu’à son départ à la retraite en 2008. Au cours de son engagement de 37 années au sein de l’institution, il a signé dans le GPSR quelque 4.200 articles, qui occupent plus de mille pages de l’ouvrage. C’est essentiellement par ce corpus, auquel s’ajoute une série de recensions qui en constituent pour ainsi dire le prolongement, qu’il s’est inscrit, à sa manière, dans le monde de la recherche linguistique. Ses activités scientifiques gravitaient en effet toutes autour de l’institution et de l’ouvrage qui en émane: rédaction d’articles du dictionnaire, direction de l’institution, élaboration d’outils utiles aux recherches menées au sein de cette dernière, contributions en relation avec la lexicographie dialectale francoprovençale et franc-comtoise. Liard demeura au premier chef un rédacteur du GPSR . Initié aux principes et aux pratiques présidant à l’élaboration des articles de ce dictionnaire (impliquant l’acquisition progressive des soubassements théoriques qu’une telle activité requiert) à l’époque où Ernest Schüle 1 était rédacteur en chef, il s’est rapidement distingué par ses aptitudes et par son efficacité. Il était en pleine possession de ses moyens lorsqu’il rédigea le verbe être (caractérisé par une abondance exceptionnelle de données et une grande complexité sémantique et syntaxique), qui constitue «un chapitre approfondi de grammaire synchronique patoise» 2 . Pour s’en tenir à quelques aspects de ses contributions, on notera qu’il n’a pas négligé, lorsque les matériaux s’y prêtaient, 1 Cf. VRom. 48: 388-94. 2 Cf. Rapports du GPSR 90-91: 10. Eric Flückiger 352 Vox Romanica 79 (2020): 351-355 DOI 10.2357/ VOX-2020-016 de fournir (outre l’exposé méticuleux des données dans le corps des articles) des notices encyclopédiques (par exemple sous èka ˌ orè «battre les céréales», faîne , fenouil , fileuse , fondue , fourneau ) et des rubriques folkloriques ( enfant , enterrement , envie , fā ˌ lyə «brandon», feuillu «mannequin», fòlato ˌ n «lutin»). Il a cependant manifesté une prédilection particulière pour les aspects formels et les questions étymologiques. La quintessence de son savoir-faire s’est incarnée dans les commentaires linguistiques consacrés aux données exposées: considérations morphologiques ( férir , fou̯ ā ˌ ta «grand hêtre»), analyses phonétiques fouillées ( écuelle , épeautre , flasque «récipient», flat «foin des marais», forestier , fòrnó ˌ «poêle», fré «fraise») et, surtout, discussions étymologiques serrées ( fèrò ˌ ly «verrou», fessée , fesser , feutre , fi ˌ va «épicéa», flambe , flâner «rosser», flotte «touffe», fòréti ˌ «traverse», frā ˌ tsə «abats», friser , fronder , fu ̯ at «épicéa», fulè ˌ «tourbillon»), où sont au besoin contestées les interprétations du FEW ou de spécialistes tel K. Baldinger ( èmyālḕ ˌ «flatter», èpèlu ˌ· a «étincelle», èsa ˌ no «chenal», ésapḕ ˌ «défricher», essui «séché», étchəni ˌ «retrancher», face , fago «gardon», fara ˌ ta «guenille», fəfyo ˌ u «épingle», fəgā ˌ «lancer d’une chiquenaude», fifā ˌ «boire», flottel «pelote», flya ˌ ntsə «sorte de pain», fœ` ˌ udrè «faire pénétrer», fòlǝ ˌ sé «arroche», fo ˌ ndra «gouffre», founyī ˌ è «revenir sur sa parole», frəlè ˌ «gourmand», fulā ˌ yə «tourbillon»). L’activité rédactionnelle de Liard trouvait parfois son prolongement dans les présentations des fascicules publiées dans les Rapports du GPSR . Disposant dans ces pages de davantage de place que dans le dictionnaire (où la concision est de rigueur), il y traitait de manière plus développée des questions phonétiques ou étymologiques (par exemple à propos de fosserer , fossoir , fótrā ˌ «marcher» et fouiner ) 3 ; il a exposé en particulier, en s’appuyant sur les articles fournir , fousquine «colère», foutimasser «faire de petits travaux» et foutre , un certain nombre de mécanismes subtils qui entrent en jeu dans le phénomène complexe de l’emprunt 4 . Par ailleurs, même s’il y était peu enclin par nature, il faisait œuvre de vulgarisateur lorsqu’on le sollicitait, comme en témoignent ses contributions parues dans le Bulletin de la CIIP , Futura et Babylonia 5 . Ayant accédé à la fonction de rédacteur en chef, Liard se fit un devoir, tout en se considérant comme «primus inter pares» 6 , de veiller à garantir au dictionnaire sa cohérence interne et à maintenir une fiabilité scientifique optimale. Il assumait ainsi son rôle de garant de la continuité et de passeur de savoir-faire. Il se faisait une très haute idée de l’œuvre à laquelle il collaborait et il possédait une conscience aiguë des responsabilités incombant aux rédacteurs. Pour donner suite à une demande 3 Cf. Rapports du GPSR 103-104: 11-15. 4 Cf. Rapports du GPSR 105-106: 12-16. 5 «Glossaire des patois de la Suisse romande», in: Bulletin de la Conférence intercantonale de l’Instruction publique de la Suisse romande et du Tessin, Neuchâtel 1999/ 5: 14-18; «Le Glossaire des patois de la Suisse romande» in: Futura , Berne 1999/ 4: 23-26; «Avant le français, le patois», in: Babylonia, revue pour l’enseignement et l’apprentissage des langues, Comano 1999/ 3: 27-30. 6 Cf. VRom. 48: 394.