eJournals Vox Romanica 79/1

Vox Romanica
vox
0042-899X
2941-0916
Francke Verlag Tübingen
10.2357/VOX-2020-023
Es handelt sich um einen Open-Access-Artikel, der unter den Bedingungen der Lizenz CC by 4.0 veröffentlicht wurde.http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/121
2020
791 Kristol De Stefani

Ioana-Maria Stoenica, Actions et conduites mimo-gestuelles dans l’usage conversationnel des relatives en français. Berne (Peter Lang), 2020 xiii + 283 p. (Sciences pour la communication 128)

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Sabrina Roh
vox7910382
Besprechungen - Comptes rendus 374 Vox Romanica 79 (2020): 374-379 DOI 10.2357/ VOX-2020-21 prudence observée dans la présente étude. Ainsi, les «dérives théoriques» possibles dans les approches génériques du roman médiéval sont examinées avec lucidité et servent de garde-fou à la définition du «roman d’aventure» proposée en première partie (29-53). De même, l’étude lexicographique très complète du substantif aventure est soigneusement élaborée. Les choix méthodologiques qui ont présidé à sa réalisation sont toujours justifiés et la confrontation des champs sémantiques aux différents exemples est réalisée avec honnêteté. En fin de compte, on retiendra donc la belle circonspection avec laquelle S. Meyer suit les pérégrinations des chevaliers et ose s’aventurer hors de la droite voie, même si celle-ci s’avère parfois accidentée. Pauline Quarroz ★ J oël a Guet , Origines de la chanson de l’Escalade en langage savoyard dite Cé qu’è laino, Genève (Droz) 2020, 437 p. ( Travaux du Grand Siècle 52) Entre 1900 et 1952, plusieurs études 1 ont été consacrées à ce qui est devenu l’hymne des Genevois au cours du XIX e siècle (10) et qui, plus d’un siècle après la disparition des derniers patoisants genevois, est encore régulièrement chanté lors de la fête de l’Escalade ou à l’occasion de matchs des clubs sportifs genevois. Presque 70 ans après l’édition critique d’A. Burger, J. a Guet reprend le fil et tente de percer les secrets de l’origine de cette chanson composée au XVII e siècle qui relate les événements de la nuit du 11 au 12 décembre 1602. Il s’appuie pour cela sur la formule finale de certaines versions, qui n’a reçu jusqu’ici que peu d’attention, et l’examen des différentes versions conservées, dont certaines étaient inconnues de ses prédécesseurs 2 . C’est un ouvrage soigné 3 , agréable à lire et richement illustré 4 , mais derrière une façade tout ce qu’il y a de plus scientifique et malgré les promesses ambitieuses de l’auteur, le contenu est de qualité variable et mérite d’être examiné d’un œil critique. N’étant pas historienne de l’imprimerie, je m’intéresserai avant tout aux questions linguistiques 5 . L’identification de l’imprimeur de la plupart des éditions anciennes est crédible. Elle repose sur une interprétation de la signature présente à la fin d’une partie des éditions et qu’Aguet déchiffre avec une assurance surprenante (67). L’identification de Jaques Fuyar à Jean de Tournes ne me paraît pas si évidente (36-42), mais même si j’ai des doutes quant à l’exactitude 1 En particulier A. b urGer , Cé qu’é laino. Chanson sur l’Escalade de Genève en langage savoyard , Genève 1952; O. k eller , La chanson de l’Escalade de Genève , Genève 1931; E. r itter , La chanson de l’Escalade en langage savoyard , Genève 1900. 2 Burger a pu se baser en 1952 sur 16 imprimés du XVII e siècle, correspondant à 14 versions différentes; Aguet a eu accès à deux versions supplémentaires, dont celle qu’il considère comme étant la première. 3 J’ai relevé très peu de coquilles: à est à corriger en a (256, l. 6), voudrait en vaudrait (l. 24), un en une (324, l. 4). 4 Seule la qualité de l’image de la p. 202 laisse à désirer. 5 J’utilise les abréviations habituelles du Glossaire des patois de la Suisse romande pour les sources citées; les références précises peuvent être trouvées sur http: / / complement-gpsr.unine.ch/ . 375 Vox Romanica 79 (2020): 374-379 DOI 10.2357/ VOX-2020-21 du décryptage dans le détail, rien ne s’oppose à identifier la Rüe Viperine avec la roue aux vipères de la marque de l’imprimeur De Tournes (44-46), d’autant plus que cette identification est confirmée par des arguments d’ordre matériel, à savoir les bois illustrant d’anciennes impressions du Cé qu’è laino qui peuvent être attribués à cet éditeur (46-57). Aguet n’apporte pas la preuve que la version n° 116 de la BGE est effectivement la première édition ni qu’elle date de 1602. Le long développement sur le déroulement du travail en imprimerie et l’estimation du temps nécessaire aux différentes étapes (70-83), si ces éléments sont exacts, rend simplement plausible une impression à la fin de l’année 1602. Aguet démontre qu’un autre texte relatant les mêmes événements, le Vray discours , n’est pas nécessairement antérieur au Cé qu’è laino comme on a pu le dire par le passé (86-100). Par contre, je ne suis pas convaincue quand il exclut la possibilité d’une antédatation: «… publier un texte nouveau avec la mention d’une année périmée lui fait perdre à peu près tout intérêt» (23). Certes, la nouveauté est un argument de vente, mais pour un texte qui met en scène un événement historique, le rapprochement de la date de publication de celle de l’événement pourrait être une stratégie pour apporter du crédit au récit. Il semble donc possible que la première édition remonte à 1602, mais une date plus tardive est également envisageable. À partir du troisième chapitre, Dates d’impressions des Cé qu’è laino du XVII e siècle (105-81), les développements deviennent proprement fantaisistes. Aguet propose de dater les 16 versions du Cé qu’è laino qu’il fait remonter au XVII e siècle. Sa démarche repose beaucoup sur des hypothèses, certes plausibles, mais dont la preuve n’a pas été apportée et qui sont présentées comme des faits. Quant à la méthodologie, il commence par comparer les différentes versions de la formule finale, ce qui lui permet d’établir une chronologie relative possible (116-09). Il compte ensuite le nombre de différences entre les versions suivant le classement préliminaire (120s.) qu’il révise partiellement, car, selon lui, «… dans cette sorte d’examen, il ne peut y avoir de ‹vérité› que statistique» (121). C’est regrettable, car une analyse statistique permet certes de mesurer la proximité des versions entre elles, mais une étude qualitative des différences entre les versions me paraît plus prometteuse. En comparant la somme des différences d’une version à l’autre, il observe que leur nombre ne descend jamais en dessous d’une bonne trentaine et que les écarts plus importants correspondent à des multiples de 30. Il en déduit qu’il s’agit d’une «constante d’écart» (c’est-à-dire le nombre de microdifférences apparaissant nécessairement lors du travail de copie d’une version à la suivante), et qu’un nombre de différences de deux ou trois fois 30 différences indiquerait qu’une ou deux versions intermédiaires ne nous sont pas parvenues (122). Il s’interroge ensuite sur la périodicité des rééditions et conclut qu’il devait y avoir une nouvelle édition chaque année (128s.). Il observe une «‹constante d’écarts de copie› par nouvelle édition … remarquablement stable tout comme la périodicité annuelle» (129s.). Tout cela sans disposer d’une seule version datée de manière fiable par d’autres moyens! Dans sa Critique de la méthode (131s.), il qualifie celle-ci de «robuste» et, plutôt que d’en interroger la validité, relève seulement un «effet d’allée» quand l’écart temporel entre deux versions conservées devient trop important. La datation des versions sans signature est déterminée par un calcul de l’écart basé sur un échantillon correspondant à un quart du texte (132-37). La version n° 35 ne s’insère pas de façon satisfaisante dans cette succession d’éditions, ce qui est expliqué par le fait qu’il s’agirait d’une Besprechungen - Comptes rendus Besprechungen - Comptes rendus 376 Vox Romanica 79 (2020): 374-379 DOI 10.2357/ VOX-2020-21 édition pirate qui ne respecterait pas les normes de qualité de l’imprimerie De Tournes, de même que deux autres versions (137s.). Aguet présente enfin un élément de datation interne, mais je suis moins convaincue que lui par l’argument que le roi de France qui rit de l’échec du duc de Savoie se trouve actualisé à chaque fois où se chante la chanson et qu’un juron attribué à Henri IV est forcément abandonné au moment de son assassinat (138-41). Sur ces bases, Aguet date les versions conservées (ou pas, cf. p. 154) du XVII e siècle, parfois au jour près (141-76, 180s.). Il procède aussi à des estimations du tirage de chaque édition en fonction du nombre d’exemplaires qui nous sont parvenus (176-80). Le quatrième chapitre, Quel fut l’auteur du Cé qu’è laino ? (183-229), poursuit dans la veine spéculative du précédent. Tout est plus ou moins de l’ordre du vraisemblable, mais rien n’est prouvé. On passe d’un «collectif d’auteurs présumé» (209) à «[s]achant désormais quels sont les auteurs de ce texte et les circonstances très particulières qui ont permis de les réunir, il semble possible aussi de deviner où ils ont pu le faire et écrire la Chanson de l’Escalade» (224). Aguet réunit une foule d’informations de détail sur les auteurs supposés, leurs vies et les conditions de rédaction de la chanson au point que le lecteur s’y croirait presque. Malheureusement, les bases de ce raisonnement sont loin d’être solides. Il cherche à trouver des étudiants originaires des différentes régions qui permettraient d’expliquer selon lui des «étrangetés» (186-94) dont on ne sait trop sur quels critères elles ont été choisies et qui, examinées de plus près, ne sont pour la plupart pas si étranges et s’expliquent autrement qu’en ayant recours à un collectif d’auteurs d’origines diverses: - Nay (v. 3) ou nai (v. 6, 9, 96) pour ‘nuit’ serait seulement attesté à Dijon et Chalon-sur-S. (188). Né domine effectivement dans les patois modernes de Genève ( Tabl. 29), mais on retrouve nay dans d’autres sources anciennes genevoises (p. ex. m ussard , Compesières, p. 59). - Pour at(t)raman (v. 56), nul besoin de faire appel à une explication jurassienne (188, 291 N7). Certes, le Cé qu’è laino est seul à représenter cette forme dans l’article autrement du Gl. II, 124a, mais atro, -a est courant à Genève pour autre ( Gl. II, 123a) et le suffixe -man se retrouve pour bellaman (v. 54) et prontaman (v. 65) qui ne font l’objet d’aucune remarque. - Concernant demanda von gracé (v. 145), Aguet observe lui-même qu’il s’agit d’une forme verbale de la troisième personne du pluriel à l’imparfait de l’indicatif, dont la terminaison est détachée suite à une faute de copie, plutôt que d’un germanisme (189), mais il serait trop dommage de renoncer à la scène pittoresque imaginée pour l’écriture de ce vers et qui fait intervenir un Schaffhousois qu’il a identifié dans l’entourage des auteurs présumés (216s.). - Pourquoi postuler une origine lyonnaise, dauphinoise ou gessienne à zeur (v. 15) ‘jour’ (189, 289 N3) quand, dans les patois genevois modernes, on trouve ẓœ´ , ẓœ´ ou ẓœ´ r ( Tabl. 12)? - L’attribution de cholard (v. 88) ‘soulier’ et saraillés ‘serrure’ (v. 25) au Lyonnais ou au Dauphiné reflète également moins la réalité linguistique que les limites de la documentation qu’il a consultée. - Je ne comprends pas non plus pourquoi désepera (v. 231) serait dû à une influence lyonnaise (190s.). En revanche, Aguet ne s’est peut-être pas attardé assez sur ce qui précède: 377 Vox Romanica 79 (2020): 374-379 DOI 10.2357/ VOX-2020-21 quem’on est traduit «de plus en plus» (312), alors qu’il faudrait comprendre ‘comme désespéré’ (cf. Gl. IV, 188b). - L’expression accouilla dessu [ s ] (v. 115) n’est certes pas attestée dans d’autres sources genevoises que le Cé qu’è laino et la Chanson de Rocati (192), mais c’est aussi parce que ces sources ne sont pas très nombreuses. Son rapprochement avec des attestations vaudoises ne tient pas compte du fait qu’elle y a un sens figuré, alors que dans les patois genevois, le verbe est bien attesté au sens propre ‘jeter, lancer’ ( Gl. I, 254b, sens III, 1 o ) et accompagné de l’adverbe contre (ib., 255a, sens III, 3 o e). - L’absence de Vella ‘ville’ (v. 153) des lexiques genevois consultés par Aguet (193) n’est pas surprenante, mais cela n’en prouve pas son origine exogène. On trouve p. ex. vè ˌ la , véló dans des patois modernes ( Tabl. 49) et vella dans d’autres sources anciennes (p. ex. Complanta. Rom. Forsch. XXIII, 194, Mussard, Compesières , str. 66). - Le rapprochement de marmiton (v. 155) avec l’adj. marmet, -ta ‘fin, rusé, malin… (Alpes)’ (b r . p. 239) repose sur une simple ressemblance, sans qu’on sache si un tel dérivé existe. Marmiton , ‘jeune aide de cuisine’, connait en revanche des évolutions sémantiques comme ‘homme sale; individu effronté’ (chez C otGrave ) ou ‘surnom donné aux prêtres catholiques’ (ca. 1540, Sotties) ( FEW VI-2, 176b) et on pourrait aussi interpréter le passage comme une allusion à l’épisode de la marmite (v. 78, 115). - Chalada de Gascons ‘corde au cou’ (v. 179) et capellada ‘coup de chapeau’ (v. 182) sont effectivement dus à une influence méridionale, mais cela ne signifie pas nécessairement que l’auteur du Cé qu’è laino était de cette origine. Les mots voyagent et les emprunts à l’occitan ne sont pas rares à Genève (p. ex. garó ˌ da Gl. VIII, 158a, gaudelle Gl. VIII, 187a). - Quant à Tartassé (v. 81), sa prononciation méridionale en quatre syllabes («Ta-reu-ta-sseu», p. 193), permet certes d’obtenir un décasyllabe, mais pas une rime féminine sur la onzième syllabe comme attendu. Dans la plupart des autres versions, cela est atteint par l’insertion du mot vito (146). Aucune des «étrangetés» censées nous mettre sur la piste du ou des auteurs ne résiste à l’examen. Pas besoin de faire appel à une intervention dijonnaise, chalonnaise, franc-montagnarde, vaudoise, lyonnaise ou dauphinoise pour expliquer le lexique du Cé qu’è laino ; encore moins à celle d’un locuteur germanophone. Et je continue à m’interroger si la version étudiée est effectivement la première ou même la plus ancienne qui nous soit parvenue. Concernant l’âge des auteurs, tonalité satirique, esprit de carabin, goût morbide pour les exécutions ou encore le souvenir traumatisant des épinards ne sont pas nécessairement l’apanage de la jeunesse (195). Je n’exclurais pas cette possibilité de façon certaine, mais je crains que nous n’ayons pas assez d’éléments pour appuyer cette hypothèse. Les mauvaises interprétations du texte sont nombreuses et d’autant plus regrettables qu’Aguet ne part pas de rien, mais peut se référer aux traductions de ses prédécesseurs, qu’il cite (288). Il est dommage aussi que sa traduction «au plus près du sens original» (306), même quand elle est juste, ne soit souvent pas aussi littérale qu’on pourrait le souhaiter 6 . J’ai renoncé 6 P. ex. Y fut chaplia queme de lès harbeté (v. 57, p. 293) est traduit «Il fut haché comme un bouquet d’herbettes» (307). Quel est l’intérêt de faire intervenir un bouquet, si ce n’est de perturber un Besprechungen - Comptes rendus Besprechungen - Comptes rendus 378 Vox Romanica 79 (2020): 374-379 DOI 10.2357/ VOX-2020-21 à faire un relevé complet des erreurs et inexactitudes et je me bornerai à examiner celles qui ont été commentées ou justifiées dans l’étude ou en note. Certaines mécompréhensions amènent Aguet à donner une importance démesurée à de simples fautes de copie. Le passage de cheut a à cheuta (v. 214) entre ce qu’il considère comme les deux premières versions de 1602 et 1603, est interprété comme une évolution de choir à à chuter ; avec le commentaire que «l’histoire de la langue apparait ici en marche» (146). De quelle langue parle-t-on? Le verbe choir n’est pas attesté dans les patois genevois (cf. Gl. III, 604a) et chuter n’a pas de correspondant en Suisse romande. Dans toutes les autres traductions, on lit sauter (voir aussi v. 138, 139), ce qui convient parfaitement, mais cette interprétation n’est même pas envisagée sans qu’on sache si cela est délibéré ou pas. Concernant le v. 33, Aguet argumente longuement pourquoi Peincha ne peut pas désigner la colline de Pinchat (307 N1), mais il n’est pas clair comment il comprend Se Altessé dessus peinssa ètivè (291) pour parvenir à une première traduction «Son Altesse pensa alors arriver à ses fins» et enfin «Et son Altesse commençait à bien rire» (290) dans la traduction plus libre. L’image d’un bouvier avec 500 charrues ( on bovairon ata cin cent choüarri , v. 72, p. 293) n’est peut-être pas des plus réalistes, mais il s’agit d’illustrer un grand bruit, pas une scène champêtre. Chouavri ‘chèvres’ ou ‘chevreau’ (? ) qu’Aguet présente comme étant l’intention originale (146s., 308 N2) n’est pas attesté à ma connaissance. Aguet veut voir à tout prix un faux ami en raze ‘rage’ (v. 82; p. 308 N3), mais le sens donné par p ier . sous rase 3, ‘scie (fig.), chose ou personne ennuyeuse’, ne convient que difficilement dans ce contexte, sans compter que le mot n’est attesté que dans les graphies ras(s)e , raysse et au sens propre dans d’autres sources anciennes genevoises (consultées dans les matériaux du GPSR ). Au v. 144, une longue note est consacrée à étarti, où l’on pourrait encore ajouter l’article ètèrti ˌ ( Gl. VI, 817b) où le Cé qu’è laino est cité. Vitò est traduit «voir tous» (296) ce qui aurait également mérité une remarque précisant qu’il faut lire vi tò. Le verbe moda est identifié correctement (v. 200, p. 301 N17), contrairement au mode auquel il est employé, l’impératif, ce qui se reflète dans une traduction imprécise (311). Aux v. 233 et suivants, bien sûr qu’on se moque du duc de Savoie, mais pas nécessairement en triturant ses paroles (303 N22 et 23). Il est impossible de savoir ce qui, pour Aguet, serait la bonne élocution, car il ne le précise nulle part. Il y a, dans cet ouvrage, un contraste étonnant entre la maladresse dont l’auteur fait preuve lorsqu’il évoque le francoprovençal ou la situation linguistique et la manière péremptoire avec laquelle il identifie les éléments étrangers et faux amis dans un texte qu’il n’a l’air de comprendre que de manière approximative. On a aussi l’impression qu’il tente de compenser des incertitudes fondamentales par une hyperprécision dans les détails, en particulier dans les chapitres consacrés à la datation des versions et l’identification du ou des auteurs. lecteur encore moins familier du patois genevois que l’auteur? Ou au v. 226 où avoi (303) est traduit «avec» dans la traduction respectant le rythme où on accorderait plus volontiers quelques libertés à l’auteur (302), mais «et» dans celle censée respecter le sens original (312). 379 Vox Romanica 79 (2020): 379-382 DOI 10.2357/ VOX-2020-22 L’apport principal de ce livre est l’identification de l’imprimeur de la plupart des éditions anciennes du Cé qu’è laino , Jean II De Tournes et ses successeurs. Les dates des éditions successives et l’identification des auteurs sont en revanche purement spéculatives. Reste néanmoins qu’un lecteur armé de prudence et d’esprit critique peut trouver dans cet ouvrage un grand nombre d’informations précieuses en particulier concernant les différentes versions connues de la chanson, mais aussi d’autres chansons de l’Escalade, ainsi que la transcription d’une version jusqu’ici uniquement accessible à la Bibliothèque de Genève dont on trouve en outre une reproduction tout à fait lisible aux p. 142-43. Elisabeth Berchtold ★ Las Leys d’amors. Redazione lunga in prosa . Edizione critica a cura di Beatrice F edi , Firenze (Edizioni del Galluzzo per la Fondazione Ezio Franceschini), 2019, 910 p. ( Archivio romanzo 35) S’il est un monument de la littérature linguistique de langue romane, c’est bien le traité des Leys d’amors dédié à la langue et à la littérature occitane, à la fois le plus ancien du genre et, pour de longs siècles, le plus élaboré et le plus complet, avec ses cinq parties successivement dédiées à la phonologie et à la prosodie, aux formes versifiées (de la versification aux genres poétiques), à la lexicologie, à la rhétorique et à la poétique. Cette rédaction en prose (T), faite pour l’essentiel dans le second quart du XIV e siècle, longtemps conservée à l’Académie des Jeux Floraux et dont la reproduction est disponible en ligne sur le site Gallica, n’avait pas été rééditée depuis Gatien-Arnoult (1841-1843) qui n’en donnait qu’une maladroite transcription diplomatique assortie d’une traduction assez littérale. Seule la version catalane (B), pour ce qui est de ces trois premières parties, avait fait l’objet d’une édition critique par G. Gonfroy en 1981 (thèse non publiée), assortie d’une étude approfondie. On est par conséquent heureux de voir paraître enfin le magistral travail de B. F edi qui y aura consacré de longues années de sa vie de chercheuse, de façon discontinue, au gré des aléas de la vie, travail initié par le projet de thèse que lui avait suggéré d’Arco Silvio Avalle. Le résultat témoigne admirablement de la persévérance de l’éditrice qui a pu affiner sa méthode et trouver les meilleures solutions pour éditer ce traité majeur en mettant clairement en évidence aussi bien les nombreuses corrections et additions marginales qui ont enrichi le manuscrit toulousain que les traces de l’antigraphe de T qui ont pu subsister dans la version catalane (B) en les intégrant ingénieusement dans le texte de T, privilégiant la lisibilité de ce qu’elle propose de définir comme un «idiographe collectif», dans une mise en évidence des différentes phases de l’élaboration de l’œuvre. Les éventuelles lacunes sont comblées à partir de B ou, à défaut, des copies de T effectuées par Raynouard ou Tastu lorsque celles-ci le permettent. La partie inférieure des pages est occupée par un apparat critique à quatre étages s’appuyant sur les disparités opposant les mss. de Toulouse et de Barcelone, avec l’indication des modifications et additions Besprechungen - Comptes rendus