Oeuvres et Critiques
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0338-1900
2941-0851
Narr Verlag Tübingen
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L'antipatriotisme de Jean Genet dans Pompes funèbres : renversement du discours doxique et réversibilité axiologique
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Anne Garric
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1 Brigitte Salino, « Avec la pièce “Les Paravents”, de Jean Genet, l’héritage toujours à vif de la guerre d’Algérie », Le Monde, 28 août 2024, [en ligne]. Voir https: / / www.lemonde.fr / series-d-ete/ article/ 2024/ 08/ 28/ avec-la-piece-les-paravents-de-jean-genet-l-heritage-t oujours-a-vif-de-la-guerre-d-algerie_6297651_3451060.html? lmd_medium=al&lmd_ca mpaign=envoye-par-appli&lmd_creation=android&lmd_source=default [consulté le 29.08.2024]. 2 Il fonde en partie cette légende sur un épisode biographique célèbre, au cours duquel ses petits camarades de classe raillèrent sa condition d’enfant abandonné, issu de l’Assistance publique. Voir à ce sujet Jean Genet, « Entretien avec Hubert Fichte » (1975), L’Ennemi déclaré, Paris, Gallimard, p.-149. L’antipatriotisme de Jean Genet dans Pompes funèbres-: renversement du discours doxique et réversibilité axiologique Anne Garric Sorbonne Université, STIH La figure de Jean Genet est souvent associée par le grand public à l’antimilita‐ risme des Paravents, sa pièce-fleuve montée en 1966 par Roger Blin, qui a fait l’objet de violentes perturbations des semaines durant, au point qu’il fallut écourter le nombre de ses représentations et que le Théâtre de l’Odéon (encore dit Théâtre de France à cette date) se vit retirer une partie de son financement par l’État. Une anecdote du journal Le Monde rapporte que les détracteurs de la pièce - parmi lesquels des membres de plusieurs associations d’anciens combattants - qui y voyaient une stigmatisation outrageante de la Guerre d’Algérie, manifestèrent en hurlant : « Genet au poteau ! », « Genet pédé ! » tandis que, d’une fenêtre du théâtre, le même Genet les toisait en riant, « leur lançant un bras d’honneur 1 ». L’écrivain a lui-même abondamment élaboré et commenté sa légende personnelle de rebut de la société voué à la petite délinquance, exclu par une France honnie 2 . Dans un célèbre entretien donné en 1975 à Hubert Fichte, publié dans l’ouvrage au titre emblématique L’Ennemi déclaré, Genet évoque la Seconde Guerre mondiale et Adolf Hitler : « Quand une nation est à ce point soumise aux vertus militaires, on est obligé de dire que la Œuvres & Critiques, LI, 1 DOI 10.24053/ OeC-LI-0009 3 Ibidem. 4 Emmanuelle Lambert, «-Notice-», Pompes funèbres (1947), Jean Genet, Romans et Poèmes, Paris, Gallimard, «-Bibliothèque de la Pléiade-», 2021, p.-1443. 5 Jean Genet, Pompes funèbres (1947), Romans et Poèmes. Édition de référence de la présente étude, elle sera désormais notée PF dans les citations. 6 Lambert, « Notice », p. 1444. Rappelons que l’homosexualité, dépénalisée par la Révolution française, était redevenue la cible des législateurs vichystes en 1942. La pénalisation de certaines relations entre personnes de même sexe fut réintroduite dans le droit français par la loi du 6 août 1942, adoptée sous le gouvernement de Vichy, qui aligna l’âge de la majorité sexuelle sur celui de la majorité civile pour les seules relations homosexuelles. 7 « C’est la première fois que Genet écrit pour un homme de bien. Mais il le fait avec ses armes habituelles-: celles du Mal-», écrit Emmanuelle Lambert. Voir Lambert, «-Notice-», p.-1441-1445. 8 Ibid. 9 Pierre-Marie Héron, « Journal du voleur » de Jean Genet, Paris, Gallimard, « Foliothèque », 2003, p.-114. France a été humiliée et je ne pouvais qu’adorer celui qui avait mis en œuvre l’humiliation de la France 3 .-» Rédigé entre 1943 et 1945, le roman Pompes funèbres parut clandestinement en 1947 aux éditions Gallimard, sans nom d’éditeur « tant, paraît-il, Gaston Gallimard était effrayé par son contenu 4 ». L’année suivante, Paul Morihien le réédita tout aussi clandestinement, puis Genet en donna une version remaniée dite « expurgée », au moment où le roman devait prendre place dans ses Œuvres complètes en 1953. Le texte originel de 47 fit récemment l’objet d’une nouvelle publication chez Gallimard en 2021 5 . Les commentateurs de Pompes funèbres ont relevé l’outrance de sa pornographie homosexuelle et « son caractère extrêmement transgressif, anthropologiquement comme politiquement 6 ». Le roman est dédié à Jean Decarnin, jeune militant communiste que Genet avait rencontré en 1940, avec lequel il entretint une puissante amitié amoureuse. Entré dans la Résistance, Decarnin fut tué le 19 août 1944 lors des combats de rue de la Libération de Paris-: -Pompes funèbres se présente ainsi comme un chant de deuil magnifique et paradoxal. Il exprime la fascination exercée sur son auteur par « les forces du Mal que sont le nazisme allemand et son adjuvant français, la Milice 7 -». Genet y suit la lignée de ses premiers romans qui prenaient déjà « à revers les valeurs sur lesquelles sont fondés la morale et l’ordre social-» et qui mêlaient eux aussi l’élégie amoureuse et la grossièreté dans des récits souvent crus et choquants. Mais, à ces «-ingrédients devenus les marqueurs esthétiques de Genet-», Pompes funèbres ajoute quant à lui le puissant « catalyseur » de « l’histoire immédiate 8 » de la Seconde Guerre mondiale. De nombreuses études ont mis en avant l’entreprise de « réhabilitation esthétique 9 » menée par l’auteur, dans une œuvre littéraire dont Œuvres & Critiques, LI, 1 DOI 10.24053/ OeC-LI-0009 112 Anne Garric 10 Véronique Bergen, « Jean Genet en Pléiade, Romans et Poèmes. Entretien avec Emmanuelle Lambert, Gilles Philippe et Albert Dichy-», Diacritik, 16 juillet 2021, [en ligne] https: / / di acritik.com/ 2021/ 07/ 16/ jean-genet-en-pleiade-romans-et-poemes-entretien-avec-emman uelle-lambert-gilles-philippe-et-albert-dichy/ [consulté le 16 mai 2025]. 11 Lambert, «-Notice-», p.-1445-1446. 12 Emmanuelle Lambert et Gilles Philippe, Introduction, Jean Genet, Romans et poèmes, p.-XXII. 13 Lambert, «-Notice-», p.-1449. 14 Marie-Anne Paveau, Langage et morale : une éthique des vertus discursives, Limoges, Lambert-Lucas, 2013, p.-161. 15 Georges-Élia Sarfati, « Hermès parmi les loups : sens commun, institutions de sens et doxanalyse », dans Delphine Denis, Mireille Huchon, Anna Jaubert, Michael Rinn et chaque texte est marqué par «-le retournement du stigmate social 10 -», et où Genet réaffirme toujours son « irréductibilité réfractaire aux valeurs communes ». Dans Pompes funèbres, ce renversement de l’ordre social trouve comme toile de fond l’occupation de la France par l’Allemagne, et surtout «-la phase de collaboration active dans laquelle la France est entrée en 1942 11 -», ce «-moment de réversibilité où le crime et la brutalité sont devenus la norme 12 » ainsi que l’écrivent Gilles Philippe et Emmanuelle Lambert. Cette dernière ajoute : « Genet fouille le réel historique et politique dans sa dimension pulsionnelle, affective et inconsciente. Ce qui l’intéresse, c’est l’envers du monde positif 13 .-» À la lumière de travaux consacrés à la sémantique des idéologies et aux discours doxiques, de quelques réflexions de Marie-Anne Paveau théorisant la « décence discursive 14 » et d’analyses proposées par Jean-Christophe Corrado sur la sexualisation des relation franco-allemandes dans Pompes funèbres, nous souhaitons montrer que le projet antipatriotique du roman repose non seulement sur un renversement du discours doxique à travers la représentation du discours patriotique, mais aussi sur une opération de réversibilité axiologique, par le déploiement d’une vaste hétérogénéité sémantique dans la caractérisation des belligérants, qui ici, sont aussi des amants. Représentation du discours patriotique et renversement doxique Il convient de lire le texte de Genet à l’aune de l’analyse pragmatique telle qu’elle est redéfinie par Georges-Élia Sarfati, pour qui depuis la guerre de 39-45, « tout un secteur des sciences du langages s’est sciemment attelé à l’examen de la dimension politique des discours », prenant en compte « le souci axiologique » dans une attention accrue accordée aux « mécanismes formels de l’intersubjectivité 15 -». Œuvres & Critiques, LI, 1 DOI 10.24053/ OeC-LI-0009 L’antipatriotisme de Jean Genet dans Pompes funèbres 113 Olivier Soutet, éds., Au corps du texte. Hommage à Georges Molinié, Honoré Champion, 2010, p.-341-342. 16 Claire Lozier, De l’abject au sublime. Georges Bataille, Jean Genet, Samuel Beckett, Oxford / New York, Peter Lang, 2012, p.-1-2. 17 Sur la doxa dans ses liens avec le stéréotype compris comme force d’assertion, voir les travaux fondateurs de Barthes sur les mythologies contemporaines dans Roland Barthes, Mythologies, Paris, Les Éditions du Seuil, 1957. On considèrera également avec profit sa définition du stéréotype comme « mot répété, hors de toute magie, de tout enthousiasme, comme s’il était naturel […] : mot sans-gêne, qui prétend à la consistance et ignore sa propre insistance », le « règne des stéréotypes imposés par la culture petitebourgeoise » imposant qu’on « ne joue plus avec les mots ». Voir Roland Barthes, Le Plaisir du texte, Paris, Les Éditions du Seuil, 1973, p.-58-59 et p.-53. 18 Marie-Anne Paveau, « Formes et fonctions de la doxa dans les discours sur l’école », Mots. Les langages du politique, n°-61, 1999, p.-11. 19 Voir à ce sujet Ruth Amossy et Anne Herschberg-Pierrot, Stéréotypes et clichés (1997), Paris, Armand Colin, 2015, p.-64. 20 François Rastier, « Doxa et lexique en corpus - pour une sémantique des idéologies », Texto-! , 2004, p.-3. 21 Jacqueline Authier-Revuz, Ces mots qui ne vont pas de soi, t. I, Paris, Larousse, 1995, p.-484. 22 Sarfati, « Hermès parmi les loups : sens commun, institutions de sens et doxanalyse », p.-342. Une doxa désigne un « savoir commun constitué d’un ensemble de valeurs et de maximes légitimées et invérifiables […] qui informe notre représentation du monde 16 ». Elle fait loi selon un consensus et fonctionne par la circulation dans les discours de l’ensemble des opinions reçues dans un moment de la civilisation. Elle repose sur le partage d’un système de compréhension et d’assertion du monde 17 tel que Genet le rejette, elle est « l’ordre du commun 18 » manifesté dans la langue sur le mode de l’évidence 19 et dont nous allons voir le traitement subversif qu’en propose Pompes funèbres. Dans ses travaux consacrés à la sémantique des idéologies, François Rastier considère la doxa « comme un esprit du temps », composée par « [d]es topoï [qui] sont […] reçus généralement » grâce à un « substrat » commun du « monde sémiotique où nous vivons ». Elle équivaut ainsi à « un système axiologique 20 » qui relève du « multiplement déjà-dit 21 », elle s’érige sur un certain nombre de stéréotypes dominants et constitue une « institution de sens », soit « un dispositif socio-discursif qui a pour but de produire et de pérenniser chez les sujets qui en participent des normes de pensée, de conduite et d’expression 22 . » L’élaboration des discours patriotiques actualise l’expression de ces normes partagées, d’autant plus en temps de guerre où semble nécessaire la réaffirmation d’une appartenance à la même communauté. Au sein d’une telle institution de sens, les « doxèmes » Œuvres & Critiques, LI, 1 DOI 10.24053/ OeC-LI-0009 114 Anne Garric 23 Julien Longhi, Objets discursifs et doxa. Essai de sémantique discursive, Paris, L’Harmat‐ tan, 2008, p.-101. 24 Voir Georges-Élia Sarfati, Précis de pragmatique, Paris, Nathan, 2002 et « Pragmatique linguistique et normativité. Remarques sur les modalités discursives du sens commun », Langages, n°-170, 2008, p.-92-108. 25 Dominique Maingueneau, Les Termes clés de l’analyse du discours, Paris, Les Éditions du Seuil, [1996], 2009, p.-96. 26 Authier-Revuz, « Paroles tenues à distance », dans Matérialités discursives, Bernard Conein, Jean-Jacques Courtine, Françoise Gadet et alii, éds., Lille, Presses Universitaires de Lille, «-Linguistique-», 1981, p.-127. 27 Voir Anne Garric, « Linguistique du voleur : pragmatique et heuristique de Jean Genet », dans les actes du colloque Style et imaginaires de la langue, Mathieu Bermann, Mathias Verger et Judith Wulf, éds., Université Paris-VIII, 20 octobre 2022, Presses Universitaires de Vincennes, (à paraître). sont «-assumés par le locuteu 23 -» et témoignent du positionnement idéologicosocial de l’instance énonciative 24 ». Ainsi, dans les discours la doxa se mani‐ feste-t-elle souvent au moyen de lexies complexes figées, qui constituent la « phraséologie 25 » à l’œuvre dans les occurrences suivantes : « … Il est mort au champ d’honneur. Il est mort en luttant contre l’envahisseur… » (PF, p. 544, nous soulignons ainsi que dans la prochaine citation) ; « … ce sacrifice n’est pas perdu. Le petit Jean est mort pour la France » (p. 545). Genet cite souvent entre guillemets des énoncés autres que celui du narrateur : comme l’écrit Jacqueline Authier-Revuz, les paroles placées entre guillemets constituent dans l’énoncé « un corps étranger, un objet “montré” au récepteur », elles sont « tenues à distance au sens où on tient à bout de bras un objet que l’on regarde et que l’on montre 26 .-» Le romancier use abondamment de cette spectacularisation du « discours autre 27 », en particulier lorsqu’il s’agit de représenter la phraséologie patriotique en mention, en la tenant à distance et en la montrant du doigt comme dans ces extraits de l’éloge funèbre de Jean Decarnin, prononcé par le prêtre devant le cercueil. On remarque en outre de ces lexies figées propres au discours de guerre que leur position entre les marquages de point de suspension, destinée à présenter les énoncés comme des bribes de discours, n’a nullement pour objet de faire résonner la profondeur, ni même la cohérence de l’éloge, mais bien de mettre en avant l’absurdité à la fois de la mort et de l’hommage rendu au mort. On retrouve peu après un doxème patriotique affiché sur « une feuille de papier épinglée à même l’écorce » du tronc de l’arbre contre lequel Jean Decarnin a été fusillé : « Ici est tombé un jeune patriote » (PF, p. 556, nous soulignons et reviendrons plus loin sur cette inscription). À l’ouverture du roman, l’auteur cite de pseudo-titres de presse qui célèbrent la Libération. Voici l’incipit-: Œuvres & Critiques, LI, 1 DOI 10.24053/ OeC-LI-0009 L’antipatriotisme de Jean Genet dans Pompes funèbres 115 28 Voir Maingueneau, Les Termes clés de l’analyse du discours, p.-29. 29 Ibid., p.-96. 30 Voir Lambert, « Notice », p. 1464, pour d’autres titres authentiques, ainsi que le commentaire de Corrado sur l’association des homosexuels aux traîtres, reprise par Genet dans « une érotique homosexuelle de la trahison » ( Jean-Christophe Corrado, Le Lyrisme de Jean Genet, thèse de doctorat, Sorbonne Université, 2020, t. II, p. 26) en ce que les représentations sociales de l’homosexualité sont associées à l’idée de trahison nationale et font de l’homosexuel le type du traître. Ajoutons que la trahison est fréquemment présentée comme féminine. Ainsi trouve-t-on cette idée chez Sartre, dans «-Qu’est-ce qu’un collaborateur ? » : le collaborateur, écrit Sartre, « s’accommode des armes du faible, de la femme-» ( Jean-Paul Sartre, «-Qu’est -ce qu’un collaborateur-? -», Situations, III. Lendemains de guerre, Paris, Gallimard, 1949, p. 58) - et qu’enfin le féminin est topiquement associé à l’homosexuel. 31 Paveau, Langage et morale-: une éthique des vertus discursives, p.-16. 32 Ibid., p.-194. 33 Ibid., p.-16. Les journaux qui parurent à la Libération de Paris, en août 1944, dirent assez ce que furent ces journées d’héroïsme puéril, quand le corps fumait de bravoure et d’audace. Je lis quelques titres-: « Paris vivant ! » « Parisiens, tous dans la rue ! » « L’Armée américaine défile dans Paris. » « Les combats dans les rues continuent. » « Les Boches ont capitulé. » « Aux barricades-! -» «-À mort les traîtres-! -»… […] Des photographies montrent encore des cadavres dépecés, mutilés et des villages en ruines, Oradour et Montsauche incendiés par les soldats allemands. C’est à l’intérieur de cette tragédie que se place l’événement : la mort de Jean D. qui donne prétexte à ce livre (PF, p.-529). Ces lignes inaugurales offrent une représentation typique de discours produit par la communauté de l’espace médiatique, et de son entreprise de diffusion des opinions et des valeurs 28 . Ces titres de journaux manifestent un positionnement énonciatif nettement patriotique et germanophobe, conforme au discours domi‐ nant de l’époque. Comme le rappelle Dominique Maingueneau, la phraséologie est un « phénomène » discursif « particulièrement accentué par les médias, qui ont tendance à utiliser des blocs de mots 29 ». Parmi les modèles pris par Genet, on peut citer le journal Le Franc-Tireur qui titrait véritablement le 22 août 1944 : « Paris combat pour la liberté », quand la une de L’Humanité du même jour donnait « Mort aux boches et aux traîtres 30 ». Remarquons aussi que les toponymes « Oradour » et « Montsauche » sont très « chargés mémoriellement 31 » et relèvent de ceux que Marie-Anne Paveau classe comme « des noms de mémoire, qui constituent des lieux sémantiques particuliers » dont le sens est « articulé à la mémoire discursive 32 ». On lit en effet aujourd’hui « Oradour » comme le nom d’un « lieu sémantique où se sédimentent des strates de sens [douloureuses], issues de la culture et de la mémoire 33 », et Œuvres & Critiques, LI, 1 DOI 10.24053/ OeC-LI-0009 116 Anne Garric 34 Notons les syntagmes « massacres hitlériens », « jeux sadiques », « terribles tortion‐ naires-» (PF, p.-529). 35 Paveau, Langage et morale-: une éthique des vertus discursives, p.-176. 36 Ibid., p.-177. 37 Corrado, Le Lyrisme de Jean Genet, t.-III, p.-139. sans doute est-il encore lourd de sens aujourd’hui qu’en 1947. Ces toponymes sont ici associés, conformément au discours doxique, à la destruction et à la sauvagerie guerrière 34 . Genet instaure ainsi à l’orée du roman un climat discursif qui semble en adéquation avec les valeurs patriotiques ambiantes, pour mieux les renverser par la suite. La subversion de ces pseudo-énoncés journalistiques naît en effet, quelques pages plus loin, d’un écho à l’effet de liste que produisent ces titres entre guillemets accumulés, leur donnant un contrepoint dégradant et parodique, par une accumulation de grossièretés argotiques associées à un jargon de corps de garde : « Les Joyeux appellent encore “œil de bronze” ce que l’on nomme aussi “la pastille”, “la rondelle”, “l’oignon”, le “derche”, “le derjeau”, “la lune”, “son panier à crottes”-» (PF, p.-536). La « démémoire discursive » désigne des « phénomènes de discours qui permettent la révision » de certaines lignées discursives 35 . Dans le cas de Genet, cette révision est faite dans un but parodique, à travers des exemples d’«-effets transgressifs ou contre-intuitifs dans un contexte où règne [d’habitude] un accord sémantique et […] éthique 36 . » Jean-Christophe Corrado a souligné dans Pompes funèbres la référence transgressive faite à un chant patriotique, à peu près méconnu du grand public aujourd’hui et intitulé « Le violon brisé » (PF, p. 749-750). Ce chant se fait entendre au moment où Riton, jeune milicien fantasmé par le narrateur comme étant le meurtrier de Jean, est sodomisé par un soldat allemand-: Ils ont brisé mon violon… Le cul défoncé par le membre du soldat maladroit, Riton mordait le traversin pour ne pas crier (p.-749, souligné par Corrado). Corrado analyse l’immédiate mise en présence cotextuelle des segments « Ils ont brisé mon violon » (paroles de la chanson) et l’apposition placée au début de la phrase suivante, selon un parallélisme sémantique d’où naît l’évidence d’une analogie ironique du lyrisme et du sexe anal. Le violon évoque enfin le viol, par proximité homophonique, lorsque Riton pense quelques lignes plus bas « On me viole, quoi » (p. 750) 37 . Nous relevons aux mêmes pages l’autre référence intertextuelle, enchâssée dans les paroles du chant, et dont l’outrage est plus éminemment transgressif et évocateur aux yeux du lecteur d’aujourd’hui, puisqu’il s’agit d’une référence à l’hymne national de la France. Œuvres & Critiques, LI, 1 DOI 10.24053/ OeC-LI-0009 L’antipatriotisme de Jean Genet dans Pompes funèbres 117 38 Voir Joseph Courtès, « Approche sémantique », dans La Sémiotique du langage, Paris, Armand Colin, 2007, p.-101-111. 39 Barthes, Le Plaisir du texte, p.-13. 40 Les faisceaux stylistiques de l’hétérogénéité parcourent et constituent les romans de Jean Genet, qui rejoignent en cela l’œuvre d’un autre grand écrivain et théoricien de la transgression : Georges Bataille. Voir sur cette convergence stylistique de Bataille et de Genet, Anne Garric, Styles de la malséance dans l’œuvre en prose narrative de Georges Bataille, Jean Genet et André Pieyre de Mandiargues, thèse de doctorat, Sorbonne Université, 2025, p.-301-345. L’opération de renversement est marquée par le même fait de rapprochement cotextuel immédiat-: Le soldat dont Riton sentit sur la nuque la barbe du menton lui donna un coup de rein qui fit geindre le gosse. … «-Il fit chanter la Marseillaise-»… (PF, p.-750). Le parallélisme est ici syntaxique et souligne l’inajustement de la citation de La Marseillaise à la mémoire patriotique. Le titre de l’hymne national sert à la fois de fond sonore à une scène de sodomie et d’écho du phrasé, proprement sonore, à l’énoncé de cet acte, quand le texte l’associe explicitement aux gémissements d’un jeune Français violé par un Allemand. Comme la spectacularisation de la phraséologie, ce jeu transgressif avec l’in‐ scription du texte romanesque dans les prédiscours doxiques et dans la mémoire patriotique participe d’une opération de renversement. Le système axiologique de Pompes funèbres va jusqu’à instaurer une forme de réversibilité des valeurs morales et esthétiques, à travers des faits d’hétérogénéité sémantique dans la stéréotypie et dans la caractérisation incongrue. Réversibilité axiologique et hétérogénéités sémantiques L’axiologie est « l’opération par laquelle un sujet considère positivement une valeur donnée, et négativement la valeur opposée » selon qu’elles sont perçues avec euphorie ou avec dysphorie 38 . Nous qualifions d’hétérogène le discours littéraire qui tend à grever le système axiologique, tel celui qu’identifie Roland Barthes dans l’œuvre de Sade où « certaines ruptures » ou « certaines collisions » naissent de « codes antipathiques » qui « entrent en contact », comme dans l’exemple du « noble et [du] trivial 39 -». Un tel traitement discursif des valeurs est massivement à l’œuvre dans Pompes funèbres, comme nous allons le voir 40 . Œuvres & Critiques, LI, 1 DOI 10.24053/ OeC-LI-0009 118 Anne Garric 41 Jean-Christophe Corrado, « Les Amours d’Hitler et de Jeanne d’Arc : les représentations sexualisées de la France et de l’Allemagne dans Pompes funèbres de Jean Genet » dans Itinéraires - Littératures, textes, cultures, n°-2, 2019, https: / / journals.openedition.org/ iti neraires/ 6462 [consulté le 16 février 2026]. Nous soulignons. 42 Ibid. 43 Ibid. 44 Rastier, «-Doxa et lexique en corpus - pour une sémantique des idéologies-», p.-3. 45 Voir Corrado, « Les Amours d’Hitler et de Jeanne d’Arc : les représentations sexualisées de la France et de l’Allemagne dans Pompes funèbres de Jean Genet-». En 1944, la virilité reste traditionnellement associée à la vertu guerrière à travers le stéréotype du soldat courageux, combattif et prêt à mourir pour sa patrie, « selon une association bien connue entre la constitution de la virilité et l’institution militaire 41 .-» Jean-Christophe Corrado interroge « la fabrique de la virilité dans Pompes funèbres » : il observe que c’est « la figure du soldat allemand qui s’impose en premier, notamment à travers le personnage d’Erik Seiler, officier SS. « Le soldat allemand est présenté comme un surmâle ». La mise en exergue de l’«-Allemand hypervirilisé-» œuvre à une «-dichotomie entre l’hyper-masculin et la dévirilisation-» du Français, qui dans le roman «-recoupe […] l’opposition des nations 42 .-» Mais, Corrado le précise, […] si Genet représente souvent une France féminine et une Allemagne virile, ces dispositions genrées sont susceptibles de s’intervertir. Ce qui apparaît, c’est alors moins l’association fixe d’un pays à un genre que l’emploi du genre comme catégorie relationnelle permettant de rapprocher les pays. Le féminin et le masculin servent moins à qualifier les nations qu’à les relier l’une à l’autre dans un couple stéréotypé : l’Allemagne n’est masculine qu’en tant que sa masculinité appelle un partenaire féminin par rapport auquel elle sera masculine et qui sera la France (et vice-versa). Il s’agit pour Genet de faire entrer le couple franco-allemand dans notre représentation naturalisée de la relation amoureuse hétérosexuelle 43 .- Pour Rastier, « la doxa est affaire de valorisations et […] les valeurs s’opposent en premier lieu par paires 44 », comme permet de le vérifier ce traitement du stéréo‐ type de la virilité guerrière. La réversibilité stéréotypique sert l’antipatriotisme de Pompes funèbres : « Représenter la France et l’Allemagne faisant l’amour, dans le contexte de l’immédiat après-guerre, c’est saper l’image officielle de la France unanimement résistante, et ce travail de sape est l’un des plus constants du livre 45 . » Mais au-delà du stéréotype, d’autres faits de caractérisation incongrue alimentent la production de l’effet d’une axiologie réversible dans le roman de Genet, comme le montrent un certain nombre de faits d’hétérogénéité sémantique. Œuvres & Critiques, LI, 1 DOI 10.24053/ OeC-LI-0009 L’antipatriotisme de Jean Genet dans Pompes funèbres 119 46 Paveau, Langage et morale-: une éthique des vertus discursives, p.-177. 47 Ibid., p.-185. 48 Nous entendons le concept de « caractérisation non pertinente » ou incongrue comme la mise en regard d’un comparé et un comparant que « rien dans les catégories de la doxa ne prépare à un tel traitement » (voir Pierre Cahné, « Qu’est-ce que la forme? », Pierre Cahné et Georges Molinié, éd., Qu’est-ce que le style ? , Paris, Presses Universitaires de France, 1994, p.-65.) 49 https: / / www.cnrtl.fr/ definition/ academie9/ edelweiss [consulté le 16 février 2026]. Les segments « Hitler resplendit comme un Apollon » (PF, p. 650), « Erik, le beau tankiste boche » (p. 531) et « ce tankiste enculé, dieu de ma nuit, Erik Seiler » (p. 537), produisent de nouveaux exemples « d’inajustement à la mémoire discursive 46 » dans un « usage lexico-sémantique non vertueux » en ce qu’il procède d’une « requalification référentielle 47 », par le fait même de la caractérisation incongrue 48 dans la comparaison. Dans ce premier exemple, l’hétérogénéité naît d’une analogie dont les deux termes sont deux parangons l’un du Mal, l’autre du Beau; semblable analogie s’opère au moyen d’un signe associé au Bien par l’usage du nom « dieu » dans le troisième segment : les trois cas mettent en œuvre des noms propre et commun dotés de caractérisations inajustées sur le plan doxique, dans des énoncés qui jouent de surcroît sur des variations linguistiques diaphasiques (l’élégance opposée à la vulgarité du lexique) et sur une construction phrastique dont le lyrisme amoureux jure avec le référent de l’officier S.S ou du Fürher. Mis en regard, ces trois segments produisent enfin un effet de réversibilité axiologique dû à la distorsion sémantique qui fait contraste avec la syntaxe choisie, éloquente et noble, telle en particulier l’épanadiplose sur le nom du personnage d’Erik Seiler, ou plus spécialement dans le deuxième segment, la structure ternaire avec pour élément médian la référence divine en apposition de «-tankiste-». Dans la phrase « Qu’on ne s’étonne donc pas que pour moi Riton soit une fleur des sommets, un tendre edelweiss » (p. 564), il s’agit du jeune milicien frappé d’un double stigmate d’ignominie aux yeux du lecteur, en tant qu’assassin de Jean Decarnin et amant d’un nazi - traître et homosexuel, donc. Riton est ici désigné par des signes rendus doublement mélioratifs par la métaphore florale - omniprésente dans l’œuvre de Genet - et celle de la hauteur, symboliquement valorisante du bien et du beau. Les deux syntagmes appositifs produisent un énoncé conflictuel sur le plan axiologique. Il n’est pas fortuit que le terme botanique choisi soit un mot allemand, qui à l’origine désigne une fleur alpine «-d’une blancheur noble 49 » : hauteur, noblesse et pureté, donc, caractérisent le jeune Riton, d’une manière que Jean-Paul Sartre a identifiée dans l’écriture de Œuvres & Critiques, LI, 1 DOI 10.24053/ OeC-LI-0009 120 Anne Garric 50 Jean-Paul Sartre, « Un nouveau mystique » (1943), Situations, I, Paris, Gallimard, 1947, p.-181. Genet lorsqu’il note, dans son article « Un nouveau mystique » : « le sommet d’où il nous parle est en même temps la profondeur “abyssale” de l’abjection 50 ». Ces appariements sémantiques incongrus déclenchent en même temps lors de la réception du texte les opérations d’euphorisation et de dysphorisation chez le lecteur-: La salle riait, sifflait, trépignait. Le rire du monde, ni l’inélégance des caricaturistes ne m’empêcheront de reconnaître la désolante grandeur d’un milicien français qui, pendant plusieurs jours lors de l’insurrection de Paris, en août 1944, contre l’armée allemande, se retira sur les toits aux côtés des Boches, tirant jusqu’à sa dernière balle - ou l’avant-dernière - sur le peuple français qui montait les barricades. Aux yeux féroces de la foule, désarmé, sale, éperdu, titubant, ébloui, vidé, lâche (c’est étonnant comme certains mots arrivent vite sous la plume afin de définir certaines natures et le bonheur que l’auteur lui-même éprouve à pouvoir parler ainsi de ses héros), las, le gamin était ridicule. Une femme de saindoux, vêtue de rayonne claire, à côté de moi, se démenait. Elle écumait et sur son fauteuil faisait tressauter ses énormes fesses. Elle gueula : - Les salopards, il faut leur-z-y crever la panse-! En face du visage, lumineux à cause justement d’une mauvaise exposition au soleil, du petit traître à la patrie dont la jeunesse prise à un piège mortel éblouissait l’écran, la femme était odieuse (PF, p.-562-563, nous soulignons.) Dans les pages qui précèdent la métaphore de l’edelweiss, Genet fait la descrip‐ tion d’une salle de cinéma animée d’une même et rageuse vindicte contre l’image projetée d’un milicien, d’où le narrateur fait naître le personnage de Riton. Une femme vocifère. Apparaissant à l’écran, l’ennemi du peuple est vilipendé et brocardé, mais au moyen d’un réseau lexical antithétique, il est en même temps rendu grand dans sa bassesse. L’énumération d’épithètes le montre à la fois inoffensif (« désarmé »), affaibli (« titubant » ; « ébloui » ; « vidé » ; « las ») et méprisable (« sale » ; « lâche ») : l’oscillation épidictique ne nous fait pas pencher non du côté du blâme. Le pathétique entraîne sinon l’adhésion, à tout le moins une attitude compassionnelle à l’égard de Riton, que l’épithète affective finale corrobore : « du petit traître à la patrie ». C’est bien en revanche un lexique laudatif qui s’associe au jeune garçon dans la parenthèse métadiscursive de Genet, quand il signale le « bonheur » de l’auteur qui parle de ses « héros » : ce dernier substantif doit être investi de son double sens de personnage littéraire et d’ « [h]omme […] qui incarne dans un certain système de valeurs un idéal de Œuvres & Critiques, LI, 1 DOI 10.24053/ OeC-LI-0009 L’antipatriotisme de Jean Genet dans Pompes funèbres 121 51 https: / / www.cnrtl.fr/ definition/ héros [consulté le 16 février 2026]. 52 Et Genet de poursuivre peu après : « Leurs invectives étaient encore une ovation à la gloire de Riton . -» (p.-565). 53 Jean Genet, Journal du voleur (1948), Romans et Poèmes, p.-1206. 54 Paveau, Langage et morale-: une éthique des vertus discursives, p.-164. 55 Ce qu’affirment les textes de Jean Genet, c’est en réalité que c’est l’esthétique qui détermine la morale dans la représentation : la beauté a préséance sur la question éthique, annulant les antagonismes axiologiques consensuels : « De la beauté de son force d’âme et d’élévation morale », le héros est un « combattant remarquable qui s’illustre par sa bravoure et son sens du sacrifice- 51 -». Le portrait ambivalent du jeune milicien est hissé au rang de l’éloge, mais continue de transgresser rigoureusement les attentes de la bien-pensance patriotique. Allégorie emblématique d’un nouveau système axiologique dans lequel l’ennemi, le traître à la patrie est montré en gloire et où le bon peuple légitimement animé d’un désir de revanche se fait son bourreau, le face à face final consacre la supériorité iconique de Riton sur la grosse femme, qui de haineuse est devenue « odieuse 52 ». Ainsi Jean Genet élabore-t-il une nouvelle polarité morale réversible, en vertu de laquelle les injures de ses victimes deviennent un triomphe pour l’ennemi, quand le peuple avide de revanche est lui ravalé au rang d’une rombière, grossière et détestable : « La salle ressemblait à la femme. Elle haïssait mal. Ma haine pour le milicien était si forte, si belle, qu’elle équivalait au plus solide amour-» (p.-563.) À travers les déterminations langagières d’une hétérogénéité sémantique et d’une confusion axiologique, Pompes funèbres érige la grandeur des mauvais et des traîtres tout comme leur beauté. On retrouvera un bel exemple de cette opération de réversibilité des valeurs dans le dernier roman de Genet paru l’année suivante en 1948, Journal du voleur où il écrit : « La Gestapo française contenait ces deux éléments fascinants : la trahison et le vol. Qu’on y ajoutât l’homosexualité, elle était étincelante, inattaquable 53 -» (JV, p.-1206). L’antipatriotisme de Pompes funèbres jaillit essentiellement de phénomènes d’inajustement discursif, entre renversement subversif et réversibilité axiologi‐ que. Le roman de Genet est inajusté aux valeurs en circulation à l’époque de sa parution et à la mémoire discursive de la société française. Tout à la fois bien plus subtil et puissant qu’un récit qui trahirait la sympathie politique effective de son auteur pour le fascisme et le nazisme, Pompes funèbres se plait à jouer de la «-plasticité axiologique 54 -» du discours, en brouillant les polarités de sorte à en confondre le haut et le bas dans un refus qui n’est pas celui de la guerre, mais de l’allégeance aux codes et aux valeurs communément admis, à travers une célébration littéraire de la beauté du mal comme de son abjection 55 . Œuvres & Critiques, LI, 1 DOI 10.24053/ OeC-LI-0009 122 Anne Garric expression dépend la beauté d’un acte moral. Dire qu’il est beau décide déjà qu’il le sera-». Voir Genet, Journal du voleur, p.-1107. 56 Sartre, Saint Genet, comédien et martyr, Jean Genet, Œuvres complètes, t. I, Gallimard, 1952, p.-12. Devant l’écriteau de papier épinglé à l’arbre contre lequel son jeune amant a été tué, le narrateur commente amèrement l’hommage fait à Jean Decarnin. Il se propose de l’effacer, puis il poursuit : « La foule me lyncherait. Ses cris déferlaient en moi, montaient du fond de moi jusqu’à mes oreilles qui les entendaient à l’envers » (PF, p. 563). Comme le comprend Sartre, « l’ordre de ce monde - vu à l’envers - apparaît [ici] si parfait dans l’inéluctable que ce monde n’a qu’à disparaître 56 ». Plus qu’un refus du monde et de ses valeurs, c’est ici sa disparition qui doit s’exprimer. Bibliographie Sources Genet, Jean. Pompes funèbres (1947) et Journal du voleur (1948), Romans et Poèmes, Paris, Gallimard, «-Bibliothèque de la Pléiade-», 2021. Études Amossy, Ruth et Herschberg-Pierrot, Anne. Stéréotypes et clichés (1997), Paris, Armand Colin, 2015. Authier-Revuz, Jacqueline. «-Paroles tenues à distance-», dans Matérialités discursives, Bernard Conein, Jean-Jacques Courtine, Françoise Gadet et alii, éds., Lille, Presses universitaires de Lille, «-Linguistique-», 1981, p.-127-142. Barthes, Roland. Mythologies, Paris, Seuil, 1957. —. 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