eJournals Papers on French Seventeenth Century Literature 52/102

Papers on French Seventeenth Century Literature
pfscl
0343-0758
2941-086X
Narr Verlag Tübingen
10.24053/PFSCL-2025-0013
pfscl52102/pfscl52102.pdf0728
2025
52102

« En équilibre sur un abîme » : Pascal et l’anthropologie du baroque selon Jean Rousset

0728
2025
Maxime Cartron
pfscl521020199
PFSCL, LII, 102 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0013 « En équilibre sur un abîme » : Pascal et l’anthropologie du baroque selon Jean Rousset M AXIME C ARTRON FNRS-UCL OUVAIN , GEMCA Le succès considérable de la grande thèse de Jean Rousset, La Littérature de l’âge baroque en France (José Corti, 1953), qui a réussi le tour de force d’imposer la catégorie de baroque littéraire dans le milieu institutionnel français, est en particulier imputable à la puissance d’incarnation métaphorologique - pour reprendre la terminologie d’Hans Blumenberg 1 - de l’écriture du critique genevois, qui à travers des emblèmes tels que Circé et le Paon, et bien d’autres encore, révèle avec force la dimension anthropologique du baroque. Dans ce contexte, la présence tout à fait conséquente de moralistesphilosophes comme Montaigne, La Rochefoucauld et Pascal interpelle. Ces penseurs fournissent un véritable réservoir d’images anthropologiques à ceux que Rousset appelle les « poètes de la vie fugitive » 2 , de sorte qu’un véritable alliage se forme entre poésie et philosophie et s’impose comme une détermination capitale du baroque, qui démontre sa profondeur existentielle. Deux questions demeurent à propos de ce cadrage philosophique 3 , correspondant à deux séquences narratives du grand livre de Rousset. Mon propos est de tenter d’y répondre afin de déterminer quelle est la spécificité de Pascal pour le baroque de Rousset. Pour ce faire, une approche d’ordre génétique s’impose. Là où La Rochefoucauld a dès l’origine été aux sources du baroque littéraire roussetien 4 , 1 Hans Blumenberg, Paradigmes pour une métaphorologie [1960], trad. Didier Gammelin, Paris, Vrin, « Problèmes et Controverses », 2006. 2 Jean Rousset, « Les poètes de la vie fugitive », Lettres, n o 5, 1945, p. 58-77. 3 Pour une réflexion plus générale sur les rapports du baroque et du philosophique, on pourra lire Michael Moriarty, « The Baroque and Philosophy », John D. Lyons (dir.), The Oxford Handbook of the Baroque, Oxford, Oxford University Press, 2018, p. 602-622. 4 Voir Maxime Cartron, « “Ruinant en l’homme tout effort vers l’unité et la permanence” : La Rochefoucauld et les poètes baroques selon Jean Rousset », Analyse Maxime Cartron PFSCL LII, 102 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0013 200 Pascal est arrivé de façon un peu moins précoce, et surtout dans une perspective comparatiste visant à prouver la dimension intrinsèquement européenne du baroque. On le retrouve en effet dans un projet non abouti dans son intégralité d’Anthologie de la poésie baroque allemande 5 dont la table des matières envisagée par Rousset, qui découpait cette compilation en six parties, comporte notamment, pour la troisième section, intitulée « L’écume et la nuée », trois épigraphes. La première, très fameuse, est tirée du Macbeth de Shakespeare (« Life’s but a walking shadow ») tandis que la seconde est empruntée à Gryphius (« Wir vergehn wie Rauch von starken Winde »), Pascal intervenant ensuite avec « La vie n’est qu’un songe » 6 . Cet appariement est très révélateur : dans l’esprit résolument anti-nationaliste de Rousset, cette gradation chronologique révèle non seulement l’empan temporel du baroque (Gryphius est né en 1616, l’année de la mort de Shakespeare : comme un symbole implicite d’une relève 7 ), mais aussi son impact européen : un anglais, un allemand et un français sont réunis par une sensibilité identique. Ce n’est du reste en rien un cas isolé chez Rousset, puisque on retrouve une configuration identique dans un autre inédit. Il s’agit d’un texte en deux parties, « La jeune fille et la rose » et « Le monde qui chancelle », initialement composé en guise d’introduction de l’anthologie baroque allemande, que le critique prévoyait de publier dans la revue Fontaine : Ce n’est pas le lieu de multiplier ici les rappels et les citations qui montreraient en Angleterre, en France, ailleurs encore, sur un espace de deux générations, une commune sensibilité aux prises avec les mêmes expériences ; qu’on pense à Shakespeare, pour qui la vie est une ombre qui passe, à Prospéro disant que nous sommes faits de l’étoffe des songes, et notre courte vie est enveloppée de sommeil. Il est superflu de convoquer Pascal. Mais voici, avant lui, Du Perron : L’homme est une feuille d’automne prête à choir au premier vent, une fleur d’une matinée, une ampoule qui s’enfle et s’élève sur l’eau, une petite étincelle de flamme dans le cœur, et un peu de fumée dans les narines. morale et poésie baroque, Éric Tourrette (dir.), Paris, Champion, « Moralia », à paraître. 5 Voir mon ouvrage, Jean Rousset. Traduire et compiler le baroque, préface de Thomas Hunkeler, Genève, Droz, « Courant critique », 2023. 6 Bibliothèque de Genève, Ms. Rousset 106. 7 D’autres historiens de la littérature n’ont pas manqué, avant Rousset, de relever ce fait, tel André Moret, qui en tire une autre comparaison, à la défaveur du poète allemand : évoquant le baroque comme « dualisme » le plus souvent non surmonté, il écrit : « cette heureuse fusion des contrastes, un écrivain génial la réalisa en Angleterre ; et ce fut le mérite de Shakespeare. L’Allemagne, moins heureuse, ne devait, l’année même où mourait Shakespeare, produire qu’un Gryphius » (A. Moret, Le Lyrisme allemand au XVII e siècle, Paris, La Renaissance du Livre, « Les Cent chefsd’œuvre étrangers », 1935, p. 39-40). « En équilibre sur un abîme » : Pascal et l’anthropologie du baroque PFSCL LII, 102 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0013 201 L’homme est un fantôme qu’on ne peut retenir, une ombre d’un songe d’une nuit, … un jouet de fortune et de nature... 8 . La prétérition renforce le statut d’exception de la référence pascalienne, tout en la rendant dans le même temps indispensable et évidente. À nouveau, Shakespeare la précède, ce qui sous-entend l’idée d’une gémellité anthropologique entre ces deux auteurs phares du baroque européen selon Rousset. En 1945, « Les poètes de la vie fugitive » vient définitivement parachever ce schème de figuration, en ramassant tous ces éléments initiaux pour les brasser avec d’autres références encore : Ile étrange, « monde vacillant », « grande scène de fous », globe qui se dissout comme une vision, chez Shakespeare ; tréteaux sans lendemain ou illusion d’un songe chez Calderon ; ile désolée chez Pascal, c’est toujours cet univers sans assises, en équilibre sur un abîme ; c’est toujours cette mousse, cette vague, ce nuage que stuccateurs et architectes baroques pétrifient par un miracle sans fin, quand ils donnent la solidité durable de l’édifice à ce qui n’est ni solide ni durable ; et sur ces changeantes constructions, l’homme, comme un fantôme que chasse le vent, semble ne s’arrêter qu’un instant pour dire ce que disent tous les poètes du temps : je passe. Je passe comme les « journalières fleurs » (Sponde), ou « l’étoffe d’un songe » (Shakespeare), ou « une ombre qui ne passe qu’un instant » (Pascal), ou « les balles d’un grand jeu de paume » (Webster), ou « les fleurs du narcisse… la pluie d’été… la rosée du matin… les feuilles charmantes… » d’un arbre où nous lisons notre destin, qui est de « glisser vers la tombe » (Herrick) 9 . La présence, parmi les poètes allemands - puisqu’il s’agit pour Rousset de présenter le choix de traductions qui suit ce texte -, de cadres référentiels anglais et français, circonvient d’emblée toute potentielle instrumentalisation nazie d’une prétendue « exception nationale baroque », défendue à cette époque par plusieurs germanistes. Pascal est pris dans cette dialectique anthropologique, qu’il contribue à déployer, en devenant une sorte de double encore plus radical de Calderon, qui le précède dans l’énumération - et l’on se souvient à ce titre de la négation restrictive portant sur le titre de la pièce la plus fameuse du dramaturge espagnol (La Vie est un songe) dans l’épigraphe pascalienne citée plus haut (« la vie n’est qu’un songe »). Déjà, alors même que Rousset est avant tout soucieux d’élaborer à partir du baroque une anthropologie pouvant concurrencer l’instrumentalisation nazie de la poésie allemande, on distingue ce qui constituera le fonds de son grand livre de 1953 sur La Littérature de l’âge baroque en France : résister au mythe du « Grand 8 J. Rousset, « La jeune fille et la rose. Le monde qui chancelle », inédit, éd. M. Cartron, Jean Rousset. Traduire et compiler le baroque, op. cit., p. 99. 9 J. Rousset, « Les poètes de la vie fugitive », Lettres, n o 5, 1945, p. 29. Maxime Cartron PFSCL LII, 102 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0013 202 Siècle » uniformément classique, en tirant du côté du baroque des statues monolithiques attachées au « classicisme » français. Le baroque s’invente chez Rousset dans un esprit foncièrement comparatiste - il le revendiquera explicitement 10 - dont l’enjeu institutionnel semble effacer, dans la thèse de 1953, la circonstance idéologique anti-nazie originaire. Pourtant, en remontant le fil génétique, on constate que Rousset y remploie exactement les mêmes comparaisons hispano-franco-anglaises que dans ses écrits des années 1940. À propos d’un personnage de la Comédie des erreurs de Shakespeare, il remarque : Sa stupeur le conduit logiquement à se poser, après Montaigne et avant Pascal ou Descartes, la question des frontières incertaines du rêve et de la réalité, de l’envahissement de la vie par le songe tel que l’éprouvera le héros de Calderon dans la Vie est un songe 11 . Persistance évidente d’une anthropologie intrinsèquement européenne du baroque, qui va contre le nationalisme du classicisme français, dont Pascal est pour ainsi dire exfiltré. Le montage des épigraphes en tête du chapitre V intitulé « La flamme et la bulle (la vie fugitive et le monde en mouvement) » en témoigne de manière exemplaire : le « Je suis une balle… » d’Hoffmannswaldau est suivi par « Un rien qui voudrait faire montre d’être quelque chose » (Anonyme) et par « L’homme n’est jamais plus semblable à lui-même que lorsqu’il est en mouvement » du Bernin, tandis que Pascal est chargé de conclure avec son « Tendre au repos par l’agitation ». L’insertion de la formule capitale du Bernin, que Rousset aimait par-dessus tout à citer pour définir « l’homme du baroque », ajoute à son caractère transfrontalier une transdisciplinarité foncière, les poètes tenant un discours identique à celui des architectes et des philosophes. On peut réaliser semblable génétique baroque d’une figure moraliste chez Rousset avec La Rochefoucauld 12 , dont le traitement s’apparente à celui de Pascal, Rousset s’ingéniant à « mixer » les deux penseurs avec d’autres citations plus ouvertement baroquistes afin de les convertir par contamination à son dispositif d’exemplification. Citant un extrait de la Boutade du 10 Voir par exemple dans « Le problème du baroque littéraire français. État présent et futur », Trois conférences sur le baroque français, Torino, Società Editrice Internazionale, 1964, p. 52 : « c’est l’une des vertus de la nouvelle notion de nous obliger à prendre une plus nette conscience de cette situation européenne et à recourir aux méthodes comparatistes ». 11 J. Rousset, La Littérature de l’âge baroque en France. Circé et le paon [1953], Paris, José Corti, 2002, p. 61. 12 Voir M. Cartron, « “Ruinant en l’homme tout effort vers l’unité et la permanence” : La Rochefoucauld et les poètes baroques selon Jean Rousset », art. cit. « En équilibre sur un abîme » : Pascal et l’anthropologie du baroque PFSCL LII, 102 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0013 203 Temps perdu (« … Ne vous moquez plus des fous, / Puisque vous l’estes quasi tous »), il commente ainsi : Tout le monde est fou, et le chemin le plus court vers la sagesse passe par la folie. « Les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie de n’être pas fou » (Pascal) 13 . Mais c’est dans la coïncidence et la convergence du discours moraliste et du discours poétique que Pascal est rapproché de La Rochefoucauld en tant que figures tutélaires d’une philosophie baroque. Rousset trouve en effet à utiliser Pascal pour décrire la pensée même du poète contemplateur ; cette pensée qui s’échappe à ellemême, comme celle de Montaigne, d’Etienne Durant, de Pascal : « Pensée échappée, je la voulais écrire ; j’écris, au lieu, qu’elle m’est échappée » (Br. 370) 14 . On peut donc affirmer que pour Rousset, Pascal est l’un des philosophes majeurs du baroque 15 , dont les poètes viennent incarner la pensée dans la matérialité émotionnelle de leur langage : S’il y a des esprits qui tentent de s’arracher à cet écoulement qu’ils éprouvent jusqu’à l’horreur, les poètes de la vie fugitive, au contraire, s’immergent dans le monde de la métamorphose et varient avec une joie émerveillée le thème du « tout change » à travers un lyrisme de la flamme, du nuage, de l’arc-enciel et de la bulle, accompagnés en sourdine par le chœur de ceux qui répètent, de Montaigne à Pascal et au Bernin, que « l’homme n’est jamais plus semblable à lui-même que lorsqu’il est en mouvement » : c’est la devise d’un temps dans lequel la rupture et le changement semblent être à l’origine du sentiment qu’on a d’aimer, de jouir, de vivre 16 . L’âge baroque est délimité ici non par des dates, mais par les noms de ses deux philosophes les plus importants : Montaigne comme précurseur, Pascal comme aboutissement, les poètes vivant durant cet empan chronologique venant exprimer la réalité sensible de ces deux pensées, tandis que le Bernin 13 J. Rousset, La Littérature de l’âge baroque en France…, op. cit., p. 26. 14 Ibid., p. 125. 15 Je ne rejoins donc pas Hall Bjørnstad lorsqu’il déclare que Rousset « puise, certes, des citations “baroques” des Pensées, mais sans se prononcer d’une manière décisive sur l’auteur, son projet ou l’anthropologie qui s’y dessine » (Créature sans créateur : pour une anthropologie baroque dans les « Pensées » de Pascal, Québec, Presses de l’Université Laval, « Les Collections de la République des Lettres », 2010, p. 49). Il est vrai que selon lui « tout se passe comme si Pascal, dès le seuil de son apologie, avait prévu de formuler son projet en des termes que l’on qualifierait aujourd’hui de baroques » (Ibid). 16 J. Rousset, La Littérature de l’âge baroque en France…, op. cit., p. 230. Maxime Cartron PFSCL LII, 102 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0013 204 demeure la pierre angulaire de ce système de représentation, puisque pour Rousset il figure le baroque le plus pur : la philosophie et le discours moraliste de Pascal se trouvent insérés au cœur de ce processus iconotextuel, dont il contribue à déterminer l’anthropologie. Et de fait, dans La Littérature de l’âge baroque en France, Pascal apparaît comme un référent clé fournissant ce que l’on peut appeler des phrases-chocs résumant efficacement un élément de l’anthropologie baroque au fur et à mesure de sa construction : Tout le monde est fou, et le chemin le plus court vers la sagesse passe par la folie. « Les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie de n’être pas fou » (Pascal) 17 . Le propos moraliste revêt, par sa condensation, une utilité pratique pour Rousset, en ce qu’il rassemble la dimension disparate inhérente au monde fracturé que le baroque exprime, le critique s’ingéniant à le restituer en une forme de rhétorique mimétique de son objet afin de mieux le faire sentir à son potentiel lecteur. Plus encore, l’œuvre pascalienne est régulièrement confrontée par Rousset à des corpus en apparence assez éloignés de son style, de son esprit et même de sa temporalité, tout en étant mise en parallèle avec d’autres œuvres dans un but de collectivisation des instances baroques : Quand il déguise la Bravoure en Crainte, ou la Sagesse en Folie, le ballet de cour prononce en badinant une vérité qui le dépasse, une vérité que reprendront, pour lui donner plus d’étoffe et d’acuité, - chacun avec une intention et un accent particuliers, - un Gracian, un La Rochefoucauld, un Corneille, un Pascal : l’homme est déguisement dans un monde qui est théâtre et décor 18 . L’usage de l’article indéfini est d’un intérêt tout particulier puisqu’il offre l’opportunité à Rousset, tout en réunissant quatre noms célèbres et en les unifiant sous la bannière d’une maxime présentée comme baroque, de figurer virtuellement les autres auteurs et penseurs moins fameux qui partagent cette « vérité ». Pascal est par conséquent tantôt pris comme une singularité dont l’éclat et les fulgurances servent à cadastrer le périmètre anthropologique du baroque, tantôt comme l’un de ses penseurs fondamentaux, dont la réflexion est comparable et même assimilable à celle de Gracian, La Rochefoucauld ou encore Corneille. Mais c’est surtout sur l’alliance du poétique et du philosophique que Rousset insiste. C’est donc sur cette question qu’il importe de revenir dans un premier temps, puisqu’elle dépasse de loin la simple mise en parallèle et que 17 Jean Rousset, La Littérature de l’âge baroque en France. Circé et le paon, Paris, José Corti, 1953, p. 26. 18 Ibid., p. 28. « En équilibre sur un abîme » : Pascal et l’anthropologie du baroque PFSCL LII, 102 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0013 205 le critique genevois l’insère avec une efficacité notable dans le moule de l’histoire littéraire, dont la dimension intrinsèquement narrative exige, pour fixer son objet d’étude, de le scander par des noms d’auteurs qui sont autant de balises nécessaires à l’intelligibilité du récit. La singularité de Rousset est de placer à diverses reprises un poète à l’orée du baroque et Pascal à sa fin, et de marquer une forte proximité dans l’approche anthropologique qu’il prête aux deux : le chapitre V, intitulé « La flamme et la bulle (la vie fugitive et le monde en mouvement) » 19 , s’ouvre ainsi sur une section intitulée « De Sponde à Pascal » 20 , tandis qu’à propos du « débat de l’être et du paraître » considéré comme le « cœur du XVII e siècle » on lit d’entrée « D’Agrippa d’Aubigné à Pascal », les autres diptyques invoqués étant « de Gracian à La Rochefoucauld ou à Mlle de Scudéry » et « de Corneille à Molière » 21 . De prime abord étonnant, la lignée que Rousset tisse de Sponde et Aubigné à Pascal est explicitée comme suit par lui : évoquant « les hommes de la dernière génération du XVI e siècle, celle des pires troubles civils » 22 , le critique genevois écrit : Ils éprouvent la condition humaine comme un entre-deux, comme un suspens instable ; à la fois « contrariété » et « écoulement », l’accent étant mis tantôt sur l’un, tantôt sur l’autre de ces termes, que Pascal fera siens. Car Port-Royal est une des directions indiquées par Sponde et d’Aubigné. Pascal l’approfondira et la dépassera 23 . Il est tout sauf innocent que Rousset importe deux termes spécifiquement pascaliens, signalés de plus comme tels par les guillemets, à la fin du XVI e siècle : Rousset projette sur Sponde et Aubigné l’état d’esprit pascalien, la continuité chronologique une fois rétablie permettant de résorber les difficultés temporelles qui pourraient se poser au sujet de cette approche. C’est en effet un pari de prime abord discutable que de supposer une anthropologie identique sur plus d’un siècle, de surcroît entre catholiques et protestants. Ce dépassement des singularités confessionnelles et génériques par la dimension anthropologique légitime le baroque en marquant un accord étroit entre ces poètes et penseurs 24 . Le rappel ostensible par Rousset de la 19 Ibid., p. 118-141. 20 Ibid., p. 118. 21 Ibid., p. 226. 22 Ibid., p. 120. 23 Ibid., p. 122. 24 Signe patent de la dimension capitale de cette lignée spondienne-albinéennepascalienne, l’Anthologie de la poésie baroque française reprendra à l’identique ce schème de figuration quelques années plus tard : « Sponde, comme d’Aubigné, comme Chassignet, parle au nom de ce radicalisme chrétien qui passera ensuite par Bérulle, par Pascal : “Rien ne s’arrête pour nous… Notre raison est toujours déçue Maxime Cartron PFSCL LII, 102 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0013 206 confession et du statut d’écriture de chacun permet de mieux signaler comment elles s’effacent devant les points communs ; ainsi de l’extension du domaine confessionnel effectuée presque immédiatement : Et même en dehors de Port-Royal : la souffrance du protestant Gombauld, c’est que le péché lui retire sa réalité et fait de lui un « fantôme », un double incertain et misérable de celui qu’il serait en Dieu, un songe de soi-même qui voit toutes choses comme en songe. D’autres aimeront ce songe et se griseront de ce monde éprouvé comme une illusion, comme une belle fumée qui s’enfuit. Gombauld ne le peut ; comme Nicole, il oppose un refus au monde qui s’écoule ; ce monde ne lui inspire, comme à Pascal, que de l’horreur 25 . Le lien de parenté spirituelle entre Pascal et Gombauld, que l’on pourrait trouver à bon droit quelque peu saugrenu de prime abord, à plus forte raison que Rousset ne fait rien, bien au contraire, pour cacher ce qui les sépare en apparence de manière insoluble, s’avère en réalité fondé car il repose sur un être au monde dépassant les options et optiques confessionnelles pour signifier une ontologie commune. Invoquer Gombauld offre par ailleurs l’opportunité à Rousset de rappeler la différence de statut d’écriture entre poètes et philosophes, et ce afin de renforcer, de manière en apparence paradoxale, leur accord intime : Mais Gombauld est poète, et c’est dans ses vers que s’exprime avec le plus d’intensité cette douleur de n’être qu’un fantôme, une ombre courant après des ombres 26 . Ce rappel sert de préambule à une pièce majeure du dossier que Rousset s’efforce d’instruire, en la présence du sonnet suivant de Gombauld, qui vient le conclure avec l’efficacité voulue d’une preuve textuelle : Cette source de mort, cette homicide peste Ce péché dont l’enfer a le monde infecté, M’a laissé pour tout être un bruit d’avoir été, Et je suis de moi-même une image funeste. L’Auteur de l’univers, le Monarque céleste S’était rendu visible en ma seule beauté. Ce vieux titre d’honneur qu’autrefois j’ai porté, Et que je porte encore, est tout ce qui me reste. par l’inconstance des apparences” » (Jean Rousset, Anthologie de la poésie baroque française [1961], t. 1, Paris, José Corti, 1988, p. 7). 25 Jean Rousset, La Littérature de l’âge baroque en France. Circé et le paon, op. cit., p. 122. Rousset parachève sa démonstration en citant ce passage de Gombauld : « alors, s’écrie-t-il, j’ay esté saisi d’une secrète horreur et d’une tristesse qui, comme une ombre de mort, a troublé les plus beaux jours de ma vie » (Ibid). 26 Ibid., p. 122-123. « En équilibre sur un abîme » : Pascal et l’anthropologie du baroque PFSCL LII, 102 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0013 207 Mais c’est fait de ma gloire, et je ne suis plus rien Qu’un fantôme qui court après l’ombre d’un bien, Ou qu’un corps animé du seul ver qui le ronge. Non, je ne suis plus rien, quand je veux m’éprouver, Qu’un esprit ténébreux qui voit tout comme en songe, Et cherche incessamment ce qu’il ne peut trouver. Les italiques sont du critique genevois et signalent les aspects « pascaliens » de l’œuvre gombaldienne. Ne renvoyant pas avec précision aux passages des Pensées qui innervent selon lui les vers du poète, Rousset en maximise le pouvoir évocateur et la force imageante : la résonnance pascalienne au sein du poétique se passe de tout démarquage textuel détaillé et table sur une forme d’implicite culturel pour faire accepter la thèse d’une anthropologie baroque dont Pascal est présenté comme la matrice philosophique. S’il est loisible de considérer de la sorte Pascal comme le centre du développement catégoriel tenté par le critique genevois, c’est également parce que ce dernier le place au centre de tout en convoquant immédiatement ensuite son « avant » et son « après » : Avant lui, Saint-Cyran dira souvent à ses amis qu’il est « composé de contrariétés ». Après lui, Nicole, projetant sur le monde la lumière de la grâce, fera paraître « l’instabilité des choses du monde, qui s’écoulent et s’évanouissent comme des fantômes », d’autant plus précaires qu’on les oppose à la solidité de ce qui ne s’écoule pas. C’est ainsi qu’il fonde son refus de la comédie, vaine représentation d’un monde vain, ombre d’une ombre. On ne tire pas un corps d’un fantôme, on ne fait pas de la grâce avec du péché - du moins à Port-Royal 27 . Cette double détermination temporelle de lignées, celle des poètes et des philosophes et la port-royaliste, fait de Pascal le point nodal d’où rayonne toute la réflexion roussetienne sur l’anthropologie du baroque, d’autant plus que son œuvre éclaire aussi bien « les complices » que « les adversaires du monde en mouvement » qui certes « s’y sentent immergés et l’éprouvent fortement ». Si « les premiers se grisent de cet écoulement, les seconds en ont horreur » 28 , il est significatif qu’une telle distinction, qui donnera lieu quelques années plus tard à la bipartition entre « inconstance blanche » et « inconstance noire » exploitée dans l’Anthologie de la poésie baroque française, n’empêche pas l’œuvre pascalienne d’être opératoire pour expliciter les deux positions : 27 Ibid. 28 Ibid., p. 123 Maxime Cartron PFSCL LII, 102 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0013 208 On vient de voir s’esquisser la position de ceux-ci, de Sponde à Port-Royal ; Pascal la résume dans un fragment bref et violent : « C’est une chose horrible de sentir s’écouler tout ce qu’on possède » (Br. 212). Sentiment que tout s’écoule, mais horreur de cet écoulement. Attachons-nous maintenant aux complices de l’écoulement, aux poètes de la vie fugitive 29 . Le poème est animé en sous-œuvre par le feu « prompt et léger » qui monte, par la flamme à laquelle participe non seulement le monde extérieur, mais la pensée même du poète contemplateur ; cette pensée qui s’échappe à ellemême, comme celle de Montaigne, d’Etienne Durant, de Pascal : « Pensée échappée, je la voulais écrire ; j’écris, au lieu, qu’elle m’est échappée » (Br. 370) 30 . La force de Pascal selon Rousset, c’est en somme l’adaptabilité de son herméneutique à des déterminations anthropologiques concurrentes. À ce titre, les citations des Pensées cette fois démarquées de l’édition Brunschvicg passent la frontière de l’implicite culturel pour faire retour sur les qualificatifs employés précédemment et les incarner afin de fournir des pièces aptes à ramasser et à résumer les caractéristiques de l’anthropologie partagée par les poètes et les philosophes. En second lieu, il s’agit de comprendre comment Rousset envisage la temporalité du baroque au miroir du lien chronologique qu’il tisse entre Montaigne et Pascal. Il les envisage effectivement comme le premier et le dernier philosophe du baroque, ou plus exactement comme le précurseur et le terminus ad quem, ce qui engage une prise de position sur le rapport entre les deux penseurs 31 . Dans La Littérature de l’âge baroque en France, les deux figures ne sont pas traitées tout à fait à égalité, Montaigne étant évoqué à dixsept reprises tandis que Pascal l’est douze fois, dont la moitié en lien avec l’auteur des Essais. Mais l’essentiel est en fait ailleurs : Rousset procède à un décalage du traditionnel parallèle Montaigne-Pascal, en ajoutant dès les premières pages du livre à ce duo un troisième homme : Le Bernin 32 . Ce fait est dû à l’impact alors considérable, dans la pensée de Rousset, des catégories de Wölfflin, l’histoire de l’art influençant notablement son approche de 29 Ibid., p. 123-124. 30 Ibid., p. 125. 31 Je me permets de renvoyer à mon étude : « Un “premier inspirateur” : Montaigne et les poètes de l’inconstance (Jean Rousset, Imbrie Buffum, Alan Boase) », Poésie et philosophie : langage et discours (XVI e -XVII e siècles), Antoine Bouvet et Sylvain Josset (dir.), Paris, Classiques Garnier, « Constitution de la Modernité », à paraître. 32 « Le premier soin de cette enquête sera d’établir que toute une époque, qui va approximativement de 1580 à 1670, de Montaigne au Bernin, se reconnaît à une série de thèmes qui lui sont propres » (Jean Rousset, La Littérature de l’âge baroque en France. Circé et le paon, op. cit., p. 8). « En équilibre sur un abîme » : Pascal et l’anthropologie du baroque PFSCL LII, 102 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0013 209 l’histoire littéraire 33 . La création d’un tel trio a des conséquences sur la philosophie et l’anthropologie du baroque décrites précédemment en leur rapport au poétique. L’inclusion du Bernin se fait sur les bases de ce que Rousset perçoit dans un premier temps comme la relation conflictuelle de Pascal à Montaigne : Il est hors de doute (…) qu’un Pascal s’oppose à Montaigne sur les directions essentielles et qu’il le prend à partie sans le nommer quand il disjoint violemment de la nature animale l’homme fait pour l’infinité, le soulevant au-dessus de l’univers où le Montaigne de l’Apologie s’ingénie à l’immerger. Ce n’est pourtant pas sans raisons profondes que Pascal donne tant d’attention à Montaigne, qu’il rejoint et utilise sur tant de points ; accents et intentions peuvent différer ; Pascal lit péché et absence de Dieu où Montaigne écrit sagesse et esjouissance, il crie casse-cou quand Montaigne semble s’installer et s’accepter ; les points d’arrêt de Montaigne sont pour lui des points de départ 34 . En réalité, ce propos qui multiplie les distinctions sert surtout à Rousset de tremplin pour avancer l’hypothèse selon laquelle les deux penseurs ne sont pas si éloignés l’un de l’autre ; se défaisant au plus vite des évidences, le critique genevois va directement à ce qui constitue selon lui, en quête de cohérence philosophique pour son baroque, le terrain d’entente des deux penseurs : L’un et l’autre n’en définissent pas moins l’homme par les mêmes termes de duplicité, d’inconstance et de changement. Pour Pascal, comme pour Montaigne, notre nature est dans le mouvement, comme pour le Bernin - l’homme et l’art que Pascal eût sans doute le plus haïs s’il les avait considérés 35 . Sur le même modèle que celui observé plus haut, Rousset s’ingénie à révéler une détermination anthropologique destinée à lisser les aspérités herméneutiques entre Montaigne et Pascal pour révéler leur accord ontologique profond, qui rend leurs différences moins accusées qu’on ne pourrait le croire. On peut cependant s’étonner de l’apparition subite, dans ce contexte, du Bernin, d’autant plus qu’il intervient à travers une modalisation péjorative que Rousset prête virtuellement à l’auteur des Pensées ; une minuscule fiction d’histoire littéraire est ici proposée, qui sert paradoxalement à motiver ce rapprochement au premier abord surprenant : 33 Voir mon article : « “Un être vivant et unique” : enjeux disciplinaires de la genèse du baroque roussetien », Poétique, n o 196, 2024, p. 71-77. 34 Jean Rousset, La Littérature de l’âge baroque en France. Circé et le paon, op. cit., p. 140. 35 Ibid., p. 140-141. Maxime Cartron PFSCL LII, 102 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0013 210 Mais ce mouvement, que le Bernin passe sa vie à poursuivre, à aimer, à jeter dans toutes ses créations, il n’est pour Pascal que le signe décevant de la précarité et de la misère de l’homme pécheur à sauver - à arracher au flux de ce mouvement. Pascal aurait cependant accordé au Bernin ce seul point, mais d’importance, que « l’homme n’est jamais plus semblable à lui-même que lorsqu’il est en mouvement » 36 . On assiste ici à une forme d’évidement du statut de Pascal comme anthropologue premier du baroque, qui se fait destituer par Le Bernin et sa fameuse phrase, laquelle se substitue aux citations pascaliennes données précédemment, notamment parce que la conclusion de La Littérature de l’âge baroque en France en fait « la devise d’un temps dans lequel la rupture et le changement semblent être à l’origine du sentiment qu’on a d’aimer, de jouir, de vivre » 37 . Le Bernin plutôt que Pascal en dernière instance : symétrique de ce renversement anthropologique, l’époque baroque circonscrite par un « De Montaigne à Pascal » l’est à présent par un « De Montaigne au Bernin » 38 . Mais Rousset corrige presque immédiatement cette formule en « De Montaigne à Pascal et au Bernin » avant d’ajouter : « l’homme est défini en termes de changement, de déguisement, d’inconstance et de mouvement » 39 . Comment comprendre cette subtile épanorthose, qui comme on s’en doute n’a rien d’un hasard ? Son sens réside, me semble-t-il, dans un double besoin pour le baroque littéraire : celui de l’image et celui de la pensée. Plus qu’à une double détermination, on a affaire ici à une conjonction de l’histoire de l’art et de l’histoire de la philosophie, qui renforce l’anthropologie du baroque littéraire en lui procurant deux incarnations la structurant et la rendant cohérente et interdépendante. En dernière instance, c’est donc une extension du domaine du littéraire et de l’histoire littéraire que réalise Rousset. Au sujet d’un personnage de la Comédie des erreurs de Shakespeare, Rousset déclare : Sa stupeur le conduit logiquement à se poser, après Montaigne et avant Pascal ou Descartes, la question des frontières incertaines du rêve et de la réalité, de l’envahissement de la vie par le songe tel que l’éprouvera le héros de Calderon dans la Vie est un songe . Ce sera la seule occurrence du nom de Descartes dans La Littérature de l’âge baroque en France. Cette quasi-absence n’est-elle pas logique ? Là où Audrey 36 Ibid., p. 141. 37 Ibid., p. 230. 38 Ibid., p. 182. 39 Ibid., p. 183. 40 Ibid., p. 61. « En équilibre sur un abîme » : Pascal et l’anthropologie du baroque PFSCL LII, 102 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0013 211 Duru tracera plusieurs années après une évolution philosophique « entre Montaigne et Descartes » 41 , le « De Montaigne à Pascal » de Rousset semble exclure logiquement l’auteur du Discours de la méthode du baroque et de son anthropologie. Et pourtant cette seule occurrence ajoute, même très brièvement, Descartes à cette lignée des philosophes baroques 42 , mais via la question très spécifique du songe 43 . L’intérêt de cette mention n’est pas pour autant anecdotique : dans la citation roussetienne, la formule « Pascal ou Descartes » est riche de sens, dans la mesure où elle suggère certes l’alternative, mais peut-être aussi bien l’interchangeabilité et l’assimilation ; Pascal et Descartes pourraient être réconciliés sur certains points précis de l’anthropologie baroque, ce qui rend compte du pouvoir d’attraction du système bâti par Rousset, dont le caractère extrêmement concerté exploite avec acuité les mutations herméneutiques dont est susceptible l’œuvre pascalienne. En 1998, Dernier regard sur le baroque reviendra sur la question, Rousset y déclarant à propos des textes qu’il avait retenu pour son Anthologie de la poésie baroque française de 1961 : Je me flattais que, joyaux plus ou moins purs, ces textes très divers se disposaient pour jouer leur partie dans une orchestration, déployés le long d’un parcours reliant deux points extrêmes - Montaigne et Pascal pour le dire emblématiquement 44 . En considérant Pascal comme le terminus de la pensée baroque, Rousset justifie après coup ce passage de sa thèse, dans lequel il semble refuser d’immerger complètement l’auteur des Pensées dans ce concept, l’érigeant plutôt en compagnon de route, dont l’herméneutique est autre : Pour Pascal comme pour Montaigne, notre nature est dans le mouvement, comme pour le Bernin. Mais ce mouvement, que le Bernin passe sa vie à poursuivre, à aimer, à jeter dans toutes ses créations, il n’est pour Pascal que le signe décevant de la précarité et de la misère de l’homme pécheur à sauver, - à arracher au flux de ce mouvement. Pascal aurait cependant accordé au 41 Audrey Duru, Essais de soi. Poésie spirituelle et rapport à soi, entre Montaigne et Descartes, Genève, Droz, « Travaux d’Humanisme et Renaissance », 2012. 42 Voir également Erik Larsen, « Le baroque et l’esthétique de Descartes », Baroque, n o 6, 1973, https: / / journals.openedition.org/ baroque/ 416. 43 « Ainsi, Descartes sera-t-il baroque dans l’évocation du rêve, le doute radical, la fable du monde, mais pas dans la méthode », peut écrire Pascal Dumont (« Est-il pertinent de parler d’une philosophie baroque ? », Littératures classiques, n°36, 1999, p. 65). Sur le songe cartésien, voir Florence Dumora, « Dream and Sensory Illusions in Seventeenth-century France », trad. Peter Thomas, Études Epistémè, n o 30, 2016, https: / / journals.openedition.org/ episteme/ 1484. 44 J. Rousset, Dernier regard sur le baroque. Petite autobiographie d’une aventure passée, Paris, José Corti, « Les Essais », 1998, p. 23. Maxime Cartron PFSCL LII, 102 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0013 212 Bernin ce seul point, mais d’importance, que « l’homme n’est jamais plus semblable à lui-même que lorsqu’il est en mouvement » 45 . Cette distinction très fine sera d’une importance capitale pour les suiveurs de Rousset, qui reviendront à plusieurs reprises sur cette question, faisant de La Littérature de l’âge baroque un modèle de la pensée d’un Pascal « témoin des temps baroques », selon le mot de Jean-Pierre Chauveau 46 . Mais c’est là une autre époque de l’historiographie du XVII e siècle. 45 J. Rousset, La Littérature de l’âge baroque en France…, op. cit., p. 118. 46 J.-P. Chauveau, Lire le Baroque, Paris, Dunod, « Lettres Sup », 1997, p. 114-115.