Papers on French Seventeenth Century Literature
pfscl
0343-0758
2941-086X
Narr Verlag Tübingen
10.24053/PFSCL-2025-0022
pfscl53103/pfscl53103.pdf0216
2026
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Les personnages féminins dans la comédie La Comète de Donneau de Visé et de Fontenelle : soumission, rébellion, superstition, émancipation et doutes grammaticaux
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Marcella Leopizzi
En nous appuyant sur l’exemplaire de l’ouvrage La Comète (Paris, Claude Blageart, 1681) gardé à la Bibliothèque nationale de France sous la cote 8344_29_04, nous allons analyser les rôles joués par les personnages de cette comédie – encore peu connue – en focalisant notamment sur les quatre femmes, afin de mettre en évidence que cette pièce illustre de nombreuses préoccupations culturelles du XVIIe siècle et favorise des réflexions aux visées novatrices émancipatrices qui sont encore de grande actualité.
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PFSCL LII, 103 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0022 Les personnages féminins dans la comédie La Comète de Donneau de Visé et de Fontenelle : soumission, rébellion, superstition, émancipation et doutes grammaticaux M ARCELLA L EOPIZZI U NIVERSITÉ DU S ALENTE - L ECCE Avant-propos En nous appuyant sur l’exemplaire de l’ouvrage La Comète (Paris, Claude Blageart, 1681) gardé à la Bibliothèque nationale de France sous la cote 8344_29_04, nous allons analyser les rôles joués par les personnages de cette comédie - encore peu connue - en focalisant notamment sur les quatre femmes, afin de mettre en évidence que cette pièce illustre de nombreuses préoccupations culturelles du XVII e siècle et favorise des réflexions aux visées novatrices émancipatrices qui sont encore de grande actualité. 1. Sources documentaires de La Comète Écrite à l’occasion de la Comète qui parut au mois de décembre 1680 1 , La Comète est une comédie issue de la collaboration entre Jean Donneau de Visé 2 (1638-1710) et Bernard de Fontenelle (1657-1757) comme l’explique, en 1759, Nicolas-Charles-Joseph Trublet : On attribue à M. de Fontenelle, I. une Comédie en un Acte en prose, représentée sous le nom de M. de Visé en 1681, et intitulée la Cométe. Elle fut faite à l’occasion de la fameuse Cométe de 1680, et de la terreur qu’elle inspira encore à certaines gens. Bayle montra le faux du préjugé qui faisoit regarder les Cométes comme des signes de malheurs, et M. de Visé ou M. de Fontenelle le trounérent en ridicule (I) 1 Cf. Le Mercure Galant, décembre 1680, p. 269-277 ; janvier 1681, p. 94-144. 2 Né à Vizé (Vizé en wallon - Visé en français) près de Liège. Marcella Leopizzi PFSCL LII, 103 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0022 304 On croyoit alors que les Cométes menaçoient principalement les Princes et les Souverains. De là double raison pour eux de croire à ce préjugé populaire. Communément ils sont peu philosophes, ils sont peuple, et la crainte rend crédule. M. de Fontenelle contoit sur cela, et c’étoit peut-être un de ses meilleurs contes, que la question étant agitée en presence d’un Prince (2) et le plus grand nombre se moquant des Cométes et de ceux que les craignoient, le Prince dit aux Moqueurs : Vous en parlez bien à votre aise, vous autres. (1) Cette Comédie est certainement de M. de Fontenelle. On l’a mise dans le tome X. (2) Monsieur, Frere unique de Louis XIV 3 . Représentée la première fois, le mercredi 29 janvier 1681, cette comédie a été mise en scène neuf fois. À cet égard, il faut remarquer que François et Claude Parfaict, dans l’Histoire du théâtre françois, parlent de six représentations : LA COMETE. Comédie en un Acte, en prose de M. De Visé, représentée pour la premiere fois le Mercredi 29 janvier, précédée du Misanthrope. (a) Monsieur De Visé qui étoit en session de tous les Vaudevilles du temps, ne manqua pas de se saisir du sujet, qui depuis plusieurs mois a fait celui de toutes les conversations. La difficulté étoit de trouver une intrigue propre pour l’amener : mais c’est dont l’Auteur ne s’embarrassoit pas pourvû que sa Pièce fût intitulée La Cométe, et que ce nom s’y trouvât réel souvent, cela lui suffisoit, et il croit avoir éxactement rempli son titre. [p. 220] (a) Elle fut représentée pour la sixième et dernière fois, le 10 Février. Registres de la Comédie 4 . Mais, cette annotation du catalogue des frères Parfaict n’est pas correcte car, comme en témoigne le Registre de La Grange, La Comète a été représentée neuf 3 Nicolas-Charles-Joseph Trublet, Mémoires pour servir à l’histoire de la vie et des ouvrages de M. de Fontenelle, Amsterdam, Rey, 1759, p. 43. Pour l’attribution de l’ouvrage, voir : Fontenelle, La Comète, in Œuvres complètes, Paris, Bernard Brunet, 1758 ; Hervé Drévillon, Lire et écrire l’avenir : l’astrologie dans la France du Grand Siècle, Seyssel, Champ Vallon, 1996, p. 215 ; Julie Boch, « Une rhétorique de la superstition : La Comète de Fontenelle », in Ordre et désordre du monde, par Thierry Belleguic et Anouchka Vasak, Paris, Hermann, 2013, p. 309- 346 ; Anne Teulade, « Comédie et fictionnalisation des débats sur le hasard : La Comète de Donneau de Visé et Fontenelle », Études Épistémè, 2020, n. 37, http: / / journals.openedition.org/ episteme/ 7273. 4 François et Claude Parfaict, Histoire du théâtre françois, depuis son origine jusqu’à present, Paris, Le Mercier et Saillant, 1735-1749, 15 volumes, vol. 12, 1747, p. 220- 224. Les personnages féminins dans la comédie La Comète PFSCL LII, 103 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0022 305 fois 5 : avec le Misanthrope de Molière, Britannicus et Andromaque de Racine, Le Menteur de Pierre Corneille, Le visionnaire de Desmarets de Saint-Sorlin, L’école des maris de Molière, Le geôlier de soi-même de Thomas Corneille, Horace de Pierre Corneille, Œdipe de Racine. JANVIER 1681 Pièce nouvelle du fils de Monsieur de l’Isle 6 Mercredy 29 me - Misantrop. La Comette Jeudy 30 me - Britannicus et la Comette Le mesme jour, une Visite chez Mons r l’Ambassadeur de Venize, à l’hostel Sallé. - Andromaque et la Comete 7 . Samedy I er FEVRIER - Menteur et Comete Mardy 4 me - Visionnaires et Comette Samedy 8 me - Escole des Maris et la Comette Lundy 10 me - Geoslier de soy M 8 . et Comette 9 . MARS Mardy 4 me - Horaces et la Comette 10 JUIN Mardy 17 - Œdype et la Comette 11 L’intrigue développe une critique contre le préjugé d’après lequel les comètes apportent du malheur et menacent la vie des hommes y compris celle des nobles (rois, princes etc.). Dans les sillons des articles parus dans Le Mercure Galant, fondé en 1672 sous le patronage de Colbert et dirigé par Donneau de Visé, cette comédie ridiculise la superstition et met en garde contre les trompeurs qui exploitent la sotte crédulité : Quoy qu’il en soit, il est toûjours certain que les Cometes les plus affreuses n’ont rien qui nous doive épouvanter, et que ce ne sont que des jeux de la Nature, que nostre ignorance seule nous représente terribles 12 . Veulent que j’annonce aux Vivans / La mort de quelque Grand du Monde / Je ne veux d’aucun le trépas ; / LOÜIS LE GRAND n’a rien à craindre 13 . 5 Voir : Archives de la comédie-française, Registre de La Grange (1658-1685), par Édouard Thierry, Paris, Jules Claye, 1876, p. 253-254, 256, 263. 6 La Grange attribue la pièce au fils de Monsieur de l’Isle, pseudonyme de Thomas Corneille : en réalité, il s’agit du neveu (Fontenelle) et non pas du fils. 7 Archives de la comédie-française, op. cit., p. 253. 8 Le geôlier de soi-même. 9 Archives de la comédie-française, op. cit., p. 254. 10 Ibid., p. 256. 11 Ibid., p. 263. 12 Le Mercure Galant, « Divers sentimens sur les cometes », décembre 1680, p. 276-277. 13 Le Mercure Galant, « Stances de la Comete, parlant à Paris », janvier 1681, p. 94-97. Marcella Leopizzi PFSCL LII, 103 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0022 306 LA Comete est l’objet de la terreur humaine, Mais mon cœur amoureux ne s’en met point en peine 14 . Ceux qui prétendent que ces Etoiles cheveluës sont toûjours accompagnées de quelques grands malheurs, n’ont pour preuves que quelques inductions ; mais par une mesme sorte de raisonnement, je pourrois conclure que les Cometes annoncent toûjours quelque grand bonheur à la Terre […] ou plutost on doit conclure, que puisqu’elles sont suivies tantost de quelque bonheur, tantost de quelque malheur, elles ne présagent rien du tout, et sont tout-à-fait indiférentes 15 . Comédie en prose, constituée par un seul acte, divisé en dix-sept scènes, La Comète est une pièce, encore peu étudiée, emblématique des questions culturelles du XVII e siècle, qui favorise des réflexions sur le rôle de la figure féminine à l’intérieur de la société ainsi que, de manière figurée, sur le thème - abordé en passant dans les scènes IX et X - concernant les exhalations de la Terre causées par les habitants et envisagées comme une forme dangereuse de ‘pollution’, avant la lettre, que l’on devrait s’efforcer d’éviter de produire : Il y en a qui disent que les Cometes sont des feux qui s’allument dans l’air, et qui se nourrissent des exhalaisons que la Terre leur envoye. […] nous avons grand tort, de fournir nous-mesme de la nourriture par nos exhalaisons à ces malheureuses Cometes qui désolent tout […] Effectivement. Ne pourroit-on point empécher la Terre de leur fournir des exhalaisons, et leur couper ainsi les vivres ? Elles deviendroient seches comme du bois, et n’auroient plus le teint si enluminé. Dame, ce seroit-là la finesse. (p. 36-37) Fondée sur la relation maître-valet, La Comète propose un paradigme narratif répandu dans le théâtre comique, à savoir : deux jeunes gens s’aiment et veulent se marier et ils se heurtent au père de la jeune fille, lequel, étant obsédé de manière monomaniaque par ses idées, refuse l’union des deux jeunes gens et devient de plus en plus ridicule mais, à la fin, l’amour triomphe grâce à l’aide fournie par les domestiques. Du début jusqu’à la fin de La Comète, Maturin est le maître du jeu. Valet de l’Astrologue, il est en même temps le servant, le confident, le disciple qui veut des renseignements d’ordre astrologique, l’intermédiaire astucieux qui provoque et qui met en ridicule les autres personnages et l’adjuvant des deux fiancés. Au cours des dix-sept scènes, il constitue une présence constante sur scène et il est même tout seul dans la scène XIII. C’est grâce à sa collaboration que la pièce aboutit à un dénouement heureux. 14 Le Mercure Galant, « Madrigal sur la Comete », janvier 1681, p. 98-102. 15 Le Mercure Galant, « Discours sur les Cometes, par lequel il est prouvé qu’elles ne prédisent aucun malheur », janvier 1681, p. 103-144. Les personnages féminins dans la comédie La Comète PFSCL LII, 103 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0022 307 2. Dix personnages et une comète Cette pièce met en scène dix personnages : l’Astrologue, Florice (fille de l’Astrologue), Monsieur de la Forest (amant de Florice), Monsieur Taquinet (oncle de Monsieur de la Forest), la comtesse de Goustignan, Madame Fraisier, Maturin (valet de l’Astrologue), Françoise (servante) et deux valets de la comtesse. Leur aspect physique n’est pas décrit et il n’y a aucun portrait de leur caractère ni de leurs sentiments. Cependant, en examinant le contenu et le ton de leurs répliques, il est possible de comprendre les traits fondamentaux de leur personnalité et les rapports qu’ils entretiennent avec les autres personnages ainsi que leur pensée vis-à-vis de l’astrologie. Le personnage principal autour duquel tourne l’intrigue est indiqué dans les didascalies et dans les répliques tout simplement d’après sa profession : il s’agit de l’Astrologue. Il est le seul personnage de la pièce dont le spectateur ne connaît ni le nom ni le prénom : son rôle d’ailleurs est tellement relié à sa foi envers l’astrologie qu’il ne joue aucune fonction à l’exception de celle d’un astrologue aveuglé par la croyance en un déterminisme céleste. Faux savant ancré dans la tradition, comme en témoigne son allusion à Nostradamus (p. 13), il détermine le nœud de l’action comique de par sa superstition et son intransigeance. Il répond toujours par le biais de longues répliques en manifestant sa colère contre ceux qui critiquent ses croyances : Taisez-vous, petite Impertinente (p. 12) Taisez-vous petit esprit, car je sens que ma bile s’échauffe (p. 16) Sortez d’ici, Impies que vous estes. Je vous donne ma malédiction. (p. 22-23) Retirez-vous, Impertinens. (p. 27) Il devient menaçant et offensif et ce n’est qu’à la fin de la pièce que sa prise de parole se limite à des expressions de résignation : « Allons, Madame, j’en veux consulter tous mes Amis » (p. 66). Dans la dernière scène, en effet, sa verve tyrannique est affaiblie par un dispositif comique, largement utilisé dans le théâtre du XVII e siècle français notamment chez Molière, d’après lequel il est trompé par les deux fiancés et même par ses deux valets. Tout au long de la pièce, la crainte et la tyrannie de l’Astrologue s’opposent à l’indifférence envers le déterminisme astrologique manifestée par Florice et par Monsieur de la Forest. Celui-ci réduit à néant les arguments de l’Astrologue par des raisonnements logiques et en faisant preuve de politesse et de modération. Aidé par Monsieur Taquinet, Monsieur de la Forest repousse tout lien de causalité entre le passage de la comète et l’arrivée d’un malheur dans la destinée humaine et tourne en dérision la superstition de l’Astrologue : « Sommes-nous des Gens si importans, que nous puissions nous imaginer que le Ciel fasse pour nous la dépense d’une Comete ? » (p. 15). De même, Madame Fraisier ne se soucie aucunement « des choses assez vaines, et assez inutiles » (p. 38) et n’éprouve aucune inquiétude pour les Marcella Leopizzi PFSCL LII, 103 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0022 308 phénomènes sidéraux. Par contre, l’Astrologue et la comtesse de Goustignan incarnent les êtres peureux, voire ceux qui craignent sincèrement les influences maléfiques des astres. À côté de ces personnages, le valet Maturin joue un rôle fondamental parce qu’il est en train d’écrire un almanach dans l’espoir de s’enrichir et de gagner beaucoup d’argent à l’instar de son maître. Il symbolise ainsi la vénalité des astrologues et de tous ceux qui rédigeaient des almanachs , d’autant plus qu’en parlant avec Françoise, il avoue sa propre ignorance et même sa tromperie, car il déclare qu’il élabore ses prédictions en ayant recours aux dés - circonstance qui renvoie au hasard -. De la sorte, à une époque où dans le contexte rural les conseils météorologiques étaient fondamentaux, Maturin ne se soucie pas des conséquences de son mensonge et il met sur le même plan les astrologues et les charlatans 17 : Tien, je travaille à un Almanach 18 pour l’Année quatre-vingts un où nous sommes prests d’entrer. […] nostre Maître a aussi amassé bien de l’argent avec son Astrologie 19 […] c’est un bon Métier que d’estre Astrologue. (p. 2) 16 Dans les Pensées diverses, dans la paragraphe XIX intitulé Du credit de l’Astrologie parmi les Infideles d’aujourd’hui, Pierre Bayle aborde la question des almanachs et, en disant qu’ils sont largement répandus en Perse pour prédire le futur eu égard aux grands événements et à la contingence quotidienne, il précise qu’en France aussi - malgré le christianisme et malgré une mentalité « fortifiée contre les disciplines superstitieuses » et donc contre les horoscopes, à la Cour il y a eu de nombreux astrologues. Voir Pierre Bayle, Pensées diverses, Rotterdam, Reinier Leers, 1683, p. 48, 53, 55. 17 Molière développe largement cette problématique par le biais du personnage d’Anaxarque dans la comédie-ballet Les Amants magnifiques datant de 1670. 18 Voir l’entrée « Almanach » du Dictionnaire de l’Académie française (édition 1694) : « Almanach s.m. Calendrier qui contient tous les jours de l’année, les Fêtes, les lunaisons, les éclipses, les signes dans lesquels le soleil entre, avec des pronostics du beau et du mauvais temps. […] On dit figurément et en raillant, Faire des Almanachs, pour dire, s’occuper à de vaines imaginations, à des rêveries ». Le Dictionnaire universel de Furetière (1690) donne aussi des précisions étymologiques : « Almanach s.m. Calendrier ou table où sont écrits les jours et les fêtes de l’année, le cours de la lune, etc. […] Ce mot est Arabe composé de l’article al et de mana qui signifie compter ». 19 Voir l’entrée « Astrologie » du Dictionnaire de l’Académie française (édition 1694) : « Astrologie s. f. Il signifie quelquefois la même chose qu’Astronomie, mais le plus souvent il se prend pour cet Art conjectural, suivant les règles duquel on croit pouvoir connaître l’avenir par l’inspection des astres. En ce dernier sens et pour une plus grande distinction, on l’appelle quelquefois Astrologie Judiciaire ou absolument la Judiciaire. L’Astrologie est fort incertaine. La plupart des Astronomes se moquent de l’Astrologie ». Les personnages féminins dans la comédie La Comète PFSCL LII, 103 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0022 309 Mais il me reste une petite difficulté, sur laquelle je te veux consulter. Je ne sçay si à la fin de mon Almanach (car il faut un peu le grossir) je dois mettre les Vies de quelques Grands Hommes, ou la maniere de planter des Choux. (p. 3) Les Astres ne sont pas trop de ma connoissance. J’ay eu recours à trois Dez. Quand j’ay eu de certains coups, j’ay mis, Frimats ; à d’autres, Gelée blanche ; à d’autres, Vents humides avec tonnerre, et ainsi du reste. Tu en ris ? Tu verras que mes trois Dez auront deviné juste. (p. 4) D’autre part, Françoise elle aussi montre une certaine nonchalance eu égard aux questions astrologiques ; en effet, lorsque Maturin lui dit : « là-haut un certain Capricorne me dira si je luy ressemble […] s’il me doit arriver de ta part quelque malheur, façon de ceux qui sont si communs dans le ménage, il ne manquera pas de venir quelque Comete pour m’en avertir » (p. 59), elle répond par une constatation qui exprime un total détachement des appréhensions astrologiques. En contestant le discours de Maturin, elle affirme : « si chaque Mary infortuné avoit sa Comete, le Ciel en seroit si plein, qu’elles ne s’y pourroient pas tourner » (p. 59) ; elle dénonce donc l’absence de tout fondement logique dans les supposées connexions de causalité. D’ailleurs, dans la scène VI, sans se soucier aucunement des prétendues influences astrologiques, Françoise et Maturin suggèrent à l’Astrologue de célébrer le mariage de sa fille dans la cave afin, disent-ils, que la comète n’en sache rien : « on pourra faire le Mariage si secretement, que la Comete n’en sçaura rien […] on fera les Nôces dans la Cave » (p. 27). Fondée sur la possibilité d’escamoter les actions maléfiques de la comète, cette suggestion témoigne que les deux domestiques se moquent de l’Astrologue et de l’astrologie. Ils supplient l’Astrologue de permettre à sa fille de se marier et, dans le but de trouver des stratégies de contournement, pour le convaincre, ils répètent des expressions qui semblent des formules magiques : « Au nom de vos Lunetes, et de tous vos Instrumens. Par la conjonction de Vénus avec Saturne » (p. 27). Par conséquent, contre toute croyance astrologique, cette œuvre développe, d’un côté, au travers de Monsieur de la Forest et de Monsieur Taquinet, l’argumentation rationnelle et, de l’autre côté, par le biais de Maturin et de Françoise, la parodie de ceux qui exploitent la crédulité. 2.1 Florice, la mère absente et Françoise Florice vit exclusivement sous le pouvoir paternel et il n’est jamais question de sa mère : celle-ci est un personnage complètement absent non seulement sur scène mais aussi dans le contenu narratif. Ce vide affectif et Marcella Leopizzi PFSCL LII, 103 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0022 310 amical fondamental est remplacé, d’une certaine façon, par les soins de Françoise, laquelle, cependant, est intéressée notamment à ses propres avantages économiques. C’est pourquoi, par exemple, elle se laisse convaincre facilement par Maturin afin de favoriser l’enlèvement forcé de Florice : « Nostre Maîtresse vaut mieux pour nous enlevée, que mariée du consentement de son Père » (p. 57). Emblème de toute fille soumise à l’autorité absolue du père, Florice subit la volonté de l’Astrologue lequel, pendant toute la pièce, agit dans le but que le mariage de raison l’emporte sur le mariage d’amour. L’absence narrative maternelle subsume ainsi le rôle totalement marginal des femmes au sein de la famille face aux décisions importantes à prendre, telles, par exemple, celles concernant les mariages. Seuls les hommes sont impliqués dans l’accord matrimonial entre Florice et Monsieur de la Forest et leur contrat est géré uniquement par le père de Florice et par l’oncle de Monsieur de la Forest. Au début de la pièce, Monsieur de la Forest vient d’obtenir le consensus de la part de l’Astrologue pour épouser Florice et celle-ci est ravie de joie : Doutez-vous qu’il ne se fasse un grand plaisir de l’obeïssance que je dois à mon Pere, depuis qu’il s’est déclaré en vostre faveur ? Nous ne sommes pas trop malheureux d’estre venus à bout de son esprit, et je vous avouë que j’ay tremblé mille fois pour vous. (p. 7-8) Mais, dès qu’il voit la comète, convaincu de l’imminence d’un malheur, l’Astrologue retire sa permission et, qui plus est, il commence à désirer un gendre astrologue : Tant que la Comete durera, ou qu’il restera dans le Ciel le moindre morceau de sa Queuë, soyez bien seûr que vous n’épouserez point ma Fille. (p. 12) Je veux te donner un Astrologue, quand la Comète sera passée (p. 25) De ce fait, la comédie enclenche une intrigue fondée sur trois axes : les raisonnements qui repoussent toute correspondance entre les corps célestes et le destin humain, les revendications pour le consensus matrimonial déjà accordé et retiré arbitrairement, les tentatives des amants de faire triompher leurs sentiments. Fille d’un père tyrannique et d’une mère absente, du début jusqu’à la fin de la pièce, Florice joue le rôle de l’amoureuse : tout ce qu’elle dit et tout ce qu’elle fait est finalisé à concrétiser son unique désir d’épouser son fiancé. Pour atteindre ce but, elle essaie, d’abord, de convaincre son père, puis, elle se rebelle aux idées qu’il lui impose et accepte de réaliser le dessein de son fiancé. D’ailleurs, Florice subit, d’un côté, le despotisme de son père et, de l’autre, elle est dominée par la détermination de son fiancé ; Monsieur de la Forest revendique à plusieurs reprises, en effet, son pouvoir sur elle et il souligne qu’elle lui appartient déjà : Les personnages féminins dans la comédie La Comète PFSCL LII, 103 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0022 311 Quoy, se peut-il que je vous perde, et que l’opiniâtreté de mon Oncle, et le caprice de vostre Pere, m’arrachent à vous dans le moment que j’ay crû que j’allois vous posseder ? (p. 53) Ce n’est pas tant vous enlever, que me saisir d’un bien qui m’appartient. Mon amour et la promesse de vostre Pere, ne me donnent-ils pas assez de droit sur vous ? (p. 54) Florice se laisse convaincre par son bien-aimé et décide de simuler l’enlèvement forcé. L’aventure amoureuse se résout ainsi suite à la mise en scène d’une intrigue dans l’Intrigue : aidé par Maturin et par Françoise, Monsieur de la Forest enlève Florice. De ce fait, face au risque de la perte d’honorabilité, pour éviter le scandale, l’Astrologue ne peut qu’accepter le mariage. L’Astrologue : Quoy, il aura ma Fille en dépit de moy ? La Comtesse : Vous n’en estes plus le Maistre. Puis qu’elle est en son pouvoir, il y va de vostre honneur de consentir qu’il l’épouse. L’Astrologue : Recevoir dans ma Famille un Homme qui a traité outrageusement la Comete ? La Comtesse : En l’état où sont les choses, c’est le seul party que vous puissiez prendre. (p. 65-66) Dans un contexte de bigotisme, l’amant renonce à faire changer d’avis l’Astrologue et il met en pratique une stratégie qui implique une conséquence négative en termes de réputation. De ce fait, pour ‘résoudre’ la problématique dangereuse, l’amant peut - et même doit - épouser la femme aimée : Monsieur de la Forest est maintenant ‘obligé’ par l’Astrologue, autrement dit précisément par celui qui lui a refusé l’accord matrimonial, à épouser Florice. En abordant au passage le thème du pucelage, cette comédie représente ainsi l’incohérence du père de Florice qui, malgré toutes ses convictions astrologiques, cède au mariage afin de prévenir les conséquences (morales et sociales) de l’enlèvement. L’Astrologue est, de la sorte, humilié en tant qu’astrologue ; en outre, il devient le maître trompé par ses propres domestiques et le père dupé par sa propre fille. Sourd aux désirs et aux sentiments de sa fille, il croit détenir la vérité, mais, après la simulation de l’enlèvement mise en œuvre par deux valets ignorants, toutes ses argumentations sont annihilées. D’où une critique aux mentalités stéréotypées et fanatiques incapables de dialoguer avec d’autres points de vue. Aidés par les domestiques, les deux fiancés aboutissent à leur but ; leur succès final implique la victoire de leurs sentiments et subsume la réussite de l’intelligence novatrice des nouvelles générations, autrement dit le dépassement des préjugés et des croyances superstitieuses. De leur côté, Maturin et Françoise, qui dans la scène V semblent avoir perdu tout espoir (« Ah, ma chere Françoise, adieu les Présens. Voila toutes nos belles espérances Marcella Leopizzi PFSCL LII, 103 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0022 312 évanoüyes » p. 24), peuvent encore désirer de s’enrichir et de mettre en pratique leurs projets : Monsieur de la Forest : Tien, pren cecy. Si le cœur t’en dit pour Françoise, je te promets de faire vostre fortune à l’un et à l’autre. (p. 56) Maturin : Françoise, nous sommes riches. Nous ne nous attendions pas à de si gros Présens. (p. 57) Par leurs dialogues, lorsqu’ils parlent de leur possible futur mariage, cette comédie aborde brièvement le thème du rôle de l’argent comme moteur de motivation : à cette époque, d’ailleurs, il devient de plus en plus un instrument d’ascension sociale. De plus, pendant la conversation entre ces deux domestiques, cette pièce renvoie au passage aussi à la notion de « liberté » qui, pendant cette période, assume, elle aussi, une connotation de plus en plus importante. Dans la scène XVI, Françoise exprime une certaine contrariété vis-à-vis des intentions de Maturin d’avoir recours aux astres, après leur mariage, pour être informé sur sa conduite et pour savoir si elle est fidèle. Françoise considère tout cela importun et réclame « une certaine liberté » (p. 58). Cette petite discussion est interrompue et elle n’est plus reprise par la suite, par conséquent, elle reste inachevée mais, même si elle est très brève, elle stimule des réflexions concernant la tentative émancipatrice féminine voire le lent processus de libération de la domination masculine et de la soumission aux maris. Servante ignorante, Françoise affiche une certaine autonomie de pensée et, par l’emploi du mot « liberté », elle manifeste son désir de ne pas vivre sous le contrôle total de son mari : Françoise : C’est que tu fais des Almanachs […] Tu devineras tout ce que je feray. Franchement, cela est importun. Maturin : Est-ce que tu veux faire quelque chose qui ne soit pas bon à deviner ? Françoise : Point du tout. Mais enfin il faut avoir une certaine liberté… bref, Maturin, je ne voudrais pas que tu fusses toûjours pendu aux trousses des Astres, à t’informer de la vie que je menerois. (p. 58) 2.2 La Comtesse de Goustignan et Madame Fraisier : la comète ou le comète ? Outre Florice et Françoise, dans cette pièce, il y a deux autres femmes : il s’agit de la comtesse de Goustignan et de Madame Fraisier. La première arrive chez l’Astrologue dans la scène IX pour « chercher un azile contre la Comete » (p. 35) et pour apprendre tout ce qu’il sait à propos des comètes : Les personnages féminins dans la comédie La Comète PFSCL LII, 103 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0022 313 Ne m’épargnez point, Monsieur, je vous en conjure, tout ce que vous sçavez là-dessus, vous me ferez le plus grand plaisir du monde […] je ne suis pas tout-à-fait Novice dans l’Astrologie. (p. 35-36) Effrayée par la vision de la comète, la comtesse déménage chez l’Astrologue et devient sa « disciple ». Elle écoute attentivement tout ce qu’il dit et elle partage entièrement sa pensée comme le prouve le fait qu’elle reste chez lui jusqu’à la fin de la pièce. Elle incarne donc l’aristocratie qui donnait crédit aux influences maléfiques des astres ainsi que tous ceux qui restent ancrés dans leurs visées fanatiques et superstitieuses. Madame Fraisier arrive au contraire chez l’Astrologue dans la scène X pour lui faire part qu’elle vient de participer à une Assemblée où l’on s’interroge à propos du genre grammatical du substantif « comète » : faut-il dire la comète ou le comète ? Il y a des Gens qui disent la Comete. J’ay pris party contr’eux, et j’ay soútenu qu’il falloit dire, le Comete. C’est à vous, Monsieur, à juger. (p. 39) Elle banalise totalement les préoccupations de l’Astrologue et de la comtesse, car, pour elle, leurs inquiétudes ne sont que des choses « assez vaines et assez inutiles » (p. 38). En revanche, la comtesse souligne la futilité des interrogations grammaticales et attire l’attention sur « les sujets de frayeur » (p. 41) dont l’Astrologue vient de parler. De la sorte, à cause de cette dispute qui oppose, de manière de plus en plus polémique, l’Astrologue et la comtesse contre Madame Fraisier, celle-ci quitte la maison de l’Astrologue à la fin de la scène X : La Comtesse : Monsieur, congédiez-là je vous prie. Il n’est pas besoin qu’elle nous rompre la teste. M me Fraisier : Vous estes icy en lieu, où l’on aplaudit vos visions. Adieu. Elle sort. (p.42) Sans se soucier des prétendues corrélations entre les configurations célestes et les évènements humains, Madame Fraisier ne se laisse pas distraire de ses convictions et défend ses idées. Elle s’intéresse au « Dictionnaire » (p. 40) et étudie la langue et la grammaire. Elle incarne ainsi la femme cultivée de ce siècle qui participe activement à la vie culturelle et dont l’action n’est pas restreinte au foyer domestique et à la sphère privée. Par l’interrogatif soulevé par Madame Fraisier, cette pièce aborde un sujet pris en examen en 1665 dans Le Journal des Sçavants dans l’article intitulé Si l’on doit dire le Comete ou la Comete : Chacun parle du phoenomene, qui depuis prés de deux mois paroist sur nostre horison. Les Astronomes en examinent la nature et en observent toutes les demarches : le peuple en craint les effets, et s’informe des miseres qu’il Marcella Leopizzi PFSCL LII, 103 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0022 314 presage : et ceux qui ne sont pas assez éclairez pour en descourir la nature, ny assez superstitieux pour en apprehender les evenemens, se debattent du genre qu’il doit avoir. Ces derniers, qui ne composent pas la moindre partie du monde, ont bien fait du bruit dans Paris. Et comme les personnes intelligentes dans les belles lettres n’ont pas crû que ce differend fut indigne de les occuper ; on s’est persuadé que l’on ne trouverroit pas mal à propos, si on rapportoit dans ce Journal ce qu’on a pû recueillir de cette contestation. Ceux qui veulent qu’on dise le Comete […] tirent leur raison de la regle des Latins, qui faisoient Cometa masculin : et ils ont en leur faveur l’authorité de M. Coëffeteau, l’un des Maistres de nostre langue, qui dans plusieurs endroits de son Histoire Romaine l’a fait de ce genre. Les autres au contraire, ont estimé que la regle des Latins ne devoit point faire loy chez nous : et que nostre langue aimant sur tous les genres le feminin, pouvoit bien faire cette metamorphose […]. De plus ils ont trouvé que tous les habiles du dernier siecle et de celuy-cy, se sont servis de Comete comme d’un terme feminin. Et sans parler en particulier de du Bartas, de Ronsard, du Cardinal du Perron et de l’Abbé des Portes […]. Quant à nostre siecle, il n’est pas moins favorable à cette opinion. Monsieur du Rier l’a suivie dans la traduction qu’il a faite de Seneque […]. Monsieur de Balzac dans son discours à la Reine Regente, s’en sert de la mesme sorte. Et Messieurs du Port Royal dans leur nouvelle Methode, expliquant la regle latine, qui deffend de faire Cometa d’autre genre que de masculin ; l’ont neantmoins traduit feminin au mesme lieu : ne croyant pas devoir s’assujettir aux loix des Latins, qui n’ont d’authorité parmy nous, qu’autant que nous voulons bien leur en donner. Enfin pour conclusion, l’on joint à tous ces suffrages des anciens et des modernes, l’usage ; qui, comme l’on sçait, est le tyran des langues vivantes, et ne rend jamais raison de ce qu’il veut. C’est pourquoy ce seroit en vain que l’on pretendroit luy resister ; puis qu’il n’y a pas moyen de renverser ce qu’il a une fois estably ; et que de mespriser ses loix, c’est s’exposer à se faire prendre ou pour un esprit foible, ou pour un factieux dans l’Empire des belles lettres 20 . Écrit lors de la parution de la comète de 1665, cet article oppose les observations astronomiques aux craintes superstitieuses et met en relief le débat intellectuel en vogue à Paris concernant le genre grammatical du mot « comète ». L’auteur souligne que les défenseurs du genre masculin renvoient à « la règle des Latins » et, cependant, il conclut que « tous les habiles du dernier siècle se sont servis de Comète comme d’un terme féminin » ; par 20 Le Journal des Sçavants, Lundy 2 Fevrier 1665, p. 58-60. Les personnages féminins dans la comédie La Comète PFSCL LII, 103 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0022 315 conséquent, selon lui, il serait « en vain que l’on prétendrait » résister à l’usage moderne. Dans La Comète, Madame Fraisier incarne ceux qui s’opposent à cet usage moderne qui « choque » (p. 40) la grammaire et elle formule son opinion par une question rhétorique : « doit-on souffrir patiemment les attentats que l’on fait contre la régularité de la Langue ? » (p. 40). Au-delà du contenu de cette controverse, ce qui est intéressant à remarquer c’est que La Comète met en scène, à travers un personnage féminin, l’importance jouée pendant ce siècle, notamment au sein des académies, par les débats linguistiques. Ceux-ci captivaient aussi l’auditoire féminin comme en témoigne, par exemple, la célèbre Lettre adressée par Vincent Voiture à Mademoiselle de Rambouillet où il est question de la défense de la conjonction « car » contre les académiciens qui, suite à la demande de la part de Marin Le Roy de Gomberville, la voulaient proscrire : CAR estant d’une si grande consideration dans nostre langue, j’approuve extrémement le ressentiment que vous avez du tort qu’on luy veut faire, et je ne puis bien esperer de l’Academie dont vous me parlez […] je ne sçay pour quel interest ils taschent d’oster à Car ce qui luy apartient pour le donner à Pour-ce-que, ny pourquoy ils veulent dire avec trois mots ce qu’ils peuvent dire avec trois lettres. Ce qui est le plus à craindre, Mademoiselle, c’est qu’apres cette injustice, on en entreprendra d’autres 21 . Siècle crucial pour l’épuration et la définition de la langue française, le XVII e siècle se caractérise par des avancées significatives essentielles eu égard à l’instruction féminine et à l’accès des femmes aux milieux culturels. 3. En guise de conclusion : anthropomorphisme et anthropocentrisme Tout au long de la pièce, la comète est saisie par un regard anthropomorphique qui confère à cette étoile des traits humanoïdes : « figure » (p. 14, 40, 46), « barbe » (p. 14), « chevelure » (p. 14). Qui plus est, Maturin lui attribue même le pouvoir décisionnel et la possibilité d’éprouver des sentiments : La Comete a malicieusement choisy pour se faire observer, un temps fort propre à donner des Rhumes à ses Observateurs. (p. 50) Si c’estoit la Comete qui fust en vostre place, et que nous la priassions autant que nous vous prions, je suis seûr qu’elle n’auroit pas le cœur si dur que vous. (p. 28) 21 Vincent Voiture, Lettres, in Les œuvres de Monsieur de Voiture par Étienne Martin de Pinchesne, Paris, Augustin Courbé, 1650, p. 238-242, citation p. 238-239. Marcella Leopizzi PFSCL LII, 103 DOI 10.24053/ PFSCL-2025-0022 316 Comédie qui met en scène une vision anthropocentrique de l’univers, La Comète focalise sur la tendance humaine de se considérer comme le centre si ce n’est comme le destinataire du monde et elle attire l’attention sur le besoin intime des êtres humains de connaître leur futur et l’avenir. Fondée sur l’inconciliabilité entre superstition et raison, cette œuvre promeut une conception de la Nature basée sur un ensemble de lois physiques. Elle n’admet pas les influences surnaturelles et ne renvoie jamais à la notion de Divinité ni de Providence. Les personnages qui soutiennent les forces occultes astrologiques, voire les présages célestes, sont par conséquent ridiculisés. Après la production de Molière et avant celle de Marivaux et de Beaumarchais, cette pièce condamne le préjugé et la présomption et met en valeur l’importance de savoir maîtriser rationnellement ses propres idées et passions. Les thèmes abordés dans La Comète favorisent des réflexions de grande actualité eu égard notamment au sujet concernant la condition féminine qui constitue un défi persistant au fil des siècles sur toute notre planète comme en témoignent les objectifs du programme global adopté par les Nations Unies pour atteindre les cibles de l’Agenda 2030. Le théâtre est un outil de questionnement fondamental pour cultiver l’esprit et pour nourrir l’âme dans des perspectives émancipatrices. Par le rire et la légèreté, La Comète favorise une pensée critique chez le spectateur à l’égard de ses certitudes. Bibliographie Sources AA.VV., Le Journal des Sçavants, fevrier 1665. AA.VV., Le Mercure Galant, décembre 1680 et janvier 1681. Bayle, Pierre. 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