Papers on French Seventeenth Century Literature
pfscl
0343-0758
2941-086X
Narr Verlag Tübingen
10.24053/PFSCL-LIII-009
pfscl53104/pfscl53104.pdf0810
2026
53104
Agnès Cousson : Madame de Sablé (1599-1678). « Le lustre du siècle ». Paris, Champion, « Lumière classique, 128 », 2025. 559 p. Agnès Cousson, éd. : Madame de Sablé, OEuvres complètes. Édition critique par Agnès Cousson. Paris, Champion, « Sources classiques, 149 », 2025. 348 p.
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2026
Volker Kapp
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PFSCL LIII, 104 DOI 10.24053/ PFSCL-LIII-009 Agnès Cousson : Madame de Sablé (1599-1678). « Le lustre du siècle ». Paris, Champion, « Lumière classique, 128 », 2025. 559 p. Agnès Cousson, éd. : Madame de Sablé, Œuvres complètes. Édition critique par Agnès Cousson. Paris, Champion, « Sources classiques, 149 », 2025. 348 p. Madame de Sablé est connue de tous ceux qui s’occupent du XVII e siècle. De nos jours, elle figure dans les anthologies des moralistes et ses Maximes sont présentes surtout dans les éditions d’un de ses proches, La Rochefoucauld. Mais l’œuvre complète reste dispersée, aussi est-il difficile d’évaluer le bien-fondé des jugements contradictoires sur ses qualités personnelles et sur ses ouvrages littéraires liés aux spécificités de son époque. Agnès Cousson s’est rendue compte que Madame de Sablé reste un personnage méconnu mais complexe et qu’il faut remédier à cet inconvénient en rendant accessibles, pour la première fois, ses publications. Le volume des Œuvres complètes permet de vérifier les appréciations en partie très contradictoires des contemporains et de la postérité. L’étude évoquant dans son titre l’éloge d’un de ses admirateurs du XVII e siècle « Le lustre du siècle », analyse magistralement son rayonnement dans la société de l’époque ainsi que l’originalité de sa quête de la vérité et de son effort de connaissance de soi. L’édition de ses Œuvres modifie la publication d’extraits de lettres par V. Coussin au XIX e siècle. Elle se réfère à l’édition des Maximes de Madame de Sablé par J. Lafond dans son édition de La Rochefoucauld, Maximes et Réflexions divers (1976). Mais elle exploite surtout les riches sources manuscrites de la BnF de Paris afin de rendre accessibles, pour la première fois un certain nombre de lettres et surtout l’ensemble de ses publications : « 101 lettres conservées, écrites entre [1640] et 1675, trois textes sur des sujets distincts - l’amitié, l’éducation, la médecine -, rédigés entre 1659 et 1661, 81 maximes, commencées fin 1657, au moment où le duc de La Rochefoucauld entame la rédaction de ses propres Maximes » (Œuvres, 7-8). Elle peut ainsi montrer les principes littéraires et sociaux sur lesquels se base l’œuvre de Madame de Sablé et réviser les jugements dépréciatifs sur ses travaux par les éditeurs de La Rochefoucauld, de J. Truchet et J. Lafond à J. Plantié. Cette édition, qui détaille les données biographiques et bibliographiques, publie 101 lettres en ajoutant à la liste établie par Mommerqué quelques textes supplémentaires (203-208). Elle abonde en informations nouvelles, qui réservent au lecteur le plaisir de pouvoir vérifier lui-même les variantes de quelques œuvres comme par exemple les ajouts au Discours contre les médecins (236-243) ou la première édition (1678) de ses Maximes (266-274). Les Comptes rendus PFSCL LIII, 104 DOI 10.24053/ PFSCL-LIII-009 180 « Annexes » de son étude sur Madame de Sablé (471-492) complètent la riche documentation de cette édition des Œuvres. La monographie sur Madame de Sablé se met « A la recherche […] d’une autrice » (9). Elle commence par un « Bref état de la question des travaux sur Mme de Sablé » (9-24). Une « Préambule » (25-82) résume bien les publications récentes sur la culture mondaine et le rôle nouveau des femmes dans cette culture afin d’obtenir une « mise en perspective d’une œuvre » (75). Cette approche du personnage profite de l’essor des recherches sur la vie sociale, littéraire et culturelle de l’époque. La première partie présente un « Parcours biographique » (83-130) divisé en deux volets « De l’enfance à la vie de salon » (83-114) et « Dans la tourmente de Port-Royal » (115-130). Mme de Sablé « ne dit rien » (83) de son enfance en province et de ses parents, mais la fiction littéraire apporte des informations précieuses. D’après Le Grand Cyrus, elle entre en 1610 à la Cour, quatre ans plus tard elle est liée par un mariage de convenance au marquis de Sablé dont elle a neuf enfants et dont elle se sépare en 1622. Selon Agnès Cousson, l’interprétation romanesque « donne à lire la culture de Mme de Sablé » et explique « l’importance donnée à l’instruction dans son œuvre » (97). Vers 1640 elle se rapproche de Port- Royal « par l’entremise de la princesse de Guéméné, qui y possède un logement » (97). Elle sympathise avec les jansénistes et devient « une interlocutrice privilégiée […] dans la diffusion des idées et des textes » (192), mais L’Histoire de la Princesse de Paplagonie (1659) de Mademoiselle de Montpensier souligne son « manque de pitié » (100), et les personnalités de la communauté deviennent surtout des « partenaires intellectuels » (101). Elle donne par exemple « une définition intellectuelle » (277) du terme religieux de ‘repos’ et « laïcise « (419) le thème de la connaissance de soi. Par ses choix dans les conflits politiques et religieux elle acquière une « image de femme modérée » (115), que certains critiques lui reprochent comme « tiédeur » (115). La deuxième partie intitulée « Portraits croisés » (129-264) commence par des portraits, passe à son rôle dans la scène culturelle et les attaques contre elle pour aboutir aux pratiques du loisir lettré autour d’elle. D’après Le Grand Cyrus, elle éblouit à la Cour par sa beauté et sa « supériorité d’esprit » ainsi que par « sa capacité à percer les cœurs » (133). Elle pratique l’art de l’hospitalité aussi bien que la gourmandise. On lui accorde une « supériorité » (146) dans l’échange épistolaire, mais ses proches doivent tolérer ses caprices et supporter ses angoisses et son silence épistolaire justifié parfois « par l’argument de sa santé » (147) fragile aussi bien que par une « suspension de ses faveurs » (147). Son attitude soupçonneuse est interprétée par Agnès Cousson « comme une appropriation excessive des habitudes acquises dans la Préciosité » (160). Elle obtient même la fonction de « conseillère littéraire » (200). Comptes rendus PFSCL LIII, 104 DOI 10.24053/ PFSCL-LIII-009 181 Un certain nombre des représentants du monde académique se distancient de celle qui a envahie leur domaine sans s’appuyer sur l’érudition. Chapelain est un de ses adversaires qui oppose « le savoir académique […] au bon goût naturel dont les femmes seraient dépositaires » (217), Costar dénonce « l’arbitraire des choix usuels de Mme de Sablé » (221). Ces portraits contradictoires des contemporains révèlent ses faiblesses mais « témoignent de la richesse » (261) du personnage. La troisième partie est consacrée à Mme de Sablé épistolaire (263-354), qui « pratique le style naturel propre aux cercles mondains » (266). Mme de Sablé privilégie « la forme sur le contenu » (285) et, sous l’influence de Voiture, elle chérit « la belle langue » (295), qui lui offre « le moyen de s’inscrire dans la catégorie des beaux esprits » (345). La quatrième partie (349-456) analyse ses Traités et ses Maximes « sous le signe de Montaigne » (349) mais aussi bien de « Descartes » (418). En ce qui concerne l’éduction, la place accordée à la raison « inscrit le texte à la croisée de l’humanisme et du siècle des Lumière » (387). Le Discours contre les médecins documente l’émancipation d’une femme, passée « de l’obéissance passive portée aux médecins […] à l’automédication concertée » (393). La maxime 48 « C’est une chose bien vaine et bien inutile de faire l’examen de tout ce qui se passe dans le monde si cela ne sert à redresser soi-même » (cité p. 453) est selon Mme Cousson « une clé de lecture générale » (452) de sa réflexion morale. Agnès Cousson domine l’ensemble des écrits de Madame de Sablé et sait alléguer l’essentiel des témoignages de ses proches ou de ses adversaires. Elle situe avec clairvoyance les éloges et les attaques dans le contexte de l’époque. Ses analyses littéraires mettent en évidence la structure sophistiquée des textes analysés et les insèrent bien dans le contexte littéraire et social de leur origine. Son portrait bien documenté du personnage est très nuancé de sorte que le lecteur peut vérifier la complexité du caractère de l’autrice, ses dons aussi bien que ses faiblesses. Les deux volumes rendent accessibles tant d’informations qu’ils seront dorénavant une référence indispensable pour tous les spécialistes du XVII e siècle. Volker Kapp Christian-Albrechts-Universität zu Kiel
