eJournals Papers on French Seventeenth Century Literature53/104

Papers on French Seventeenth Century Literature
pfscl
0343-0758
2941-086X
Narr Verlag Tübingen
10.24053/PFSCL-LIII-011
pfscl53104/pfscl53104.pdf0810
2026
53104

Hendrik Schlieper : Liebestragödie. Genealogien einer französischen Gattung des 17. Jahrhunderts. Paderborn, Brill/Fink, « Poesis, 7 », 2024. 409 p., 4 ill.

0810
2026
Volker Kapp
pfscl531040186
Comptes rendus PFSCL LIII, 104 DOI 10.24053/ PFSCL-LIII-011 186 Hendrik Schlieper : Liebestragödie. Genealogien einer französischen Gattung des 17. Jahrhunderts. Paderborn, Brill/ Fink, « Poesis, 7 », 2024. 409 p., 4 ill. La notion « tragédie d’amour » (« Liebestragödie ») caractérise un type de tragédie que Hendrick Schlieper déduit de la modification du statut de la femme dans les années 1630-1680. Le Parnasse galant fut déjà l’objet d’études remarquables exploitées dans ce livre. Schlieper enrichit toutefois ce domaine par une analyse systématique du débat sur la tragédie et de la production théâtrale qui en résulte. Selon lui, la dramaturgie classique présente une innovation fondamentale grâce à un changement profond du statut des personnages féminins. Les femmes furent reléguées par Aristote et la dramaturgie gréco-latine au rôle de figurants secondaires par rapports aux héros masculins s’imposant grâce à leur force physique. Cette donnée change dès que l’essor de la littérature galante en France affecte la dramaturgie. Ce que la critique littéraire a nommé la tragédie du classicisme français est qualifié par Schlieper de « tragédie d’amour ». Dans cette étude, les analyses du genre masculin et féminin déterminent la critique littéraire qui s’efforce de mettre en évidence la part du genre dans la dramaturgie de l’époque. La réflexion se développe dans l’introduction (1- 22) à partir de Phèdre de Racine et passe ensuite à sa généalogie surtout dans l’Antiquité (« Monströse Genealogien : Racines Phèdre, 23-54) qu’on peut déduire du titre de la pièce prévu originairement par Racine de Phèdre et Hippolyte (24). À partir de la saison 1634/ 35, on produit la « tragédie d’amour » (« Die ‘Renaissance’ der französischen Tragödie als Liebestragödie », 55-102). La Querelle du Cid implique une dimension plutôt négligée jusqu’à présent par la critique littéraire de la modification du statut social et politique des genres masculin et féminin (« Le Cid und die Querelle du Cid », 103-140). La dramaturgie et les deux drames L’Amour tyrannique de Georges de Scudéry et Horace de Pierre Corneille sont présentés comme un écho de la Querelle du Cid (« Poetik, Poiesis und Praxis der Tragödie nach der Querelle du Cid », 141-222). Thomas Corneille transpose dans Timocrate la Carte du Tendre du roman galant dans le genre de la tragédie (« Eine Tragödie auf der Carte du Tendre : Thomas Corneilles Timocrate », 223-244). Schlieper montre que l’œuvre tardive de Pierre Corneille à partir de 1660, surtout sa Sophonisbe, est une suite de la modification du concept de la vraisemblance marquant l’essor de la tragédie galante (« Der ‘späte’ Corneille und die Querelle de Sophonisbe, 245-282). Pour finir, il retourne à Racine en le situant entre Euripide et Scudéry (« Racine zwischen Scudéry und Euripides », 283-314) et en le confrontant à Pierre Corneille (« Zweimal Bérénice », 315-352). Sa conclusion Comptes rendus PFSCL LIII, 104 DOI 10.24053/ PFSCL-LIII-011 187 ouvre une perspective aux points de vue adoptés aux XVIII e siècle et termine par des propos sur Lessing (« Ausblick », 353-366). La qualité de cette étude se manifeste dans l’analyse détaillée de la littérature dramatique et des ouvrages de dramaturgie. On notera néanmoins un point faible, à savoir les multiples coquilles par exemple « Le détestable Œnone » (sic p. 42), que le lecteur peut corriger facilement mais qui le dérangent toutefois. Le point de départ est la différence entre la référence explicite à un modèle de l’Antiquité et de son impact véritable sur une œuvre, différence que Schlieper illustre par Rodogune et Médée de Pierre Corneille (14-18). Il qualifie ensuite les liens de Phèdre de Racine avec la tragédie antique de « monstrueux » (23), notion utilisée par Hippolyte (v. 99) pour désigner le comportement héroïque et sexuel de son père. La généalogie d’Hippolyte marquée par le libertin Thésée et Antiope, la « chaste Héroïne » (v. 1101), affleure dans l’aveu d’amour de Phèdre qui transfigure Hyppolyte en souvenir du jeune héros paternel (v. 640). Quand Racine déclare dans la Préface qu’il a attribué à Œnone l’accusation d’Hippolyte pour la rendre moins odieuse, il s’incline, selon Schlieper (43), devant les convictions du public contemporain qui apprécie également la transformation d’Hyppolyte en amoureux éperdu d’Aricie (53). Toutes les analyses de ce volume focalisent tellement l’attention sur le rapport entre les sexes (« Geschlechterverhältnis », 63) dans la tragédie qu’on pourrait s’imaginer que le monde littéraire de l’époque se préoccupe de ce qu’une certaine critique littéraire de nos jours érige en principe de lecture. Mais l’auteur réussit à notifier les changements qui se produisent à partir de la saison 1634/ 1635 par une interprétation détaillée de la production dramatique et des discussions théoriques. Il documente comment la Querelle du Cid aboutit à L’Amour tyrannique de Georges de Scudéry, publiée avec le Discours de la tragédie de Sarasin dont l’analyse permet à Schlieper de mettre en évidence dans la force de Polyxène un « Anti-Celadon » (153). La Poétique de La Mesnardière complète la tragédie du mariage par celle de l’amour (« Liebestragödie », 186) et admet qu’un héros masculin peut « pleurer en quelques rencontres » (cit. p. 192). Pierre Corneille synthétise dans Horace l’idéal masculin avec celui de Camille et de Sabine (cf. 220). Timocrate de Thomas Corneille, « premier rang des dramaturges en vogue » (cit. p. 283), et les divergences entre le traitement de Bérénice par Pierre Corneille et Racine permettent de mettre en évidence la complexité des efforts pour réaliser une tragédie française de l’amour. Ainsi, le livre de Schlieper présente un panorama diversifié de la tragédie d’amour. Volker Kapp Christian-Albrechts-Universität zu Kiel