Vox Romanica
vox
0042-899X
2941-0916
Francke Verlag Tübingen
10.24053/VOX-2025-014
vox841/vox841.pdf0216
2026
841
Kristol De StefaniAurelia Merlan (ed.), Romanian in migration contexts, Tübingen (Narr Francke Attempto) 2024, 337 p. (Orbis Romanicus/Studia philologica Monacensia 16).
0216
2026
Adrian Chircuhttps://orcid.org/0000-0001-6288-3337
vox8410230
230 DOI 10.24053/ VOX-2025-014 Vox Romanica 84 (2025): 230-237 Besprechungen - Comptes rendus relacionados con la demografía y la demolingüística, a la vez que resulta de enorme utilidad tanto en el ámbito académico como en el ámbito profesional. La obra consigue, por su enfoque integral y su claridad expositiva, ser un libro accesible a distintos niveles de aproximación al tema. Pero, sobre todo, este libro es indispensable para lingüistas, sociólogos, antropólogos o investigadores centrados en el estudio de la geografía humana, ya que ayuda a interpretar, cualitativa y cuantitativamente, la realidad (demo)lingüística. María Clara von Essen (Universidad de Málaga) https: / / orcid.org/ 0000-0002-4554-5632 ★ Dacoromania A ureliA m erlAn (ed.), Romanian in migration contexts , Tübingen (Narr Francke Attempto) 2024, 337 p. ( Orbis Romanicus/ Studia philologica Monacensia 16). Le volume collectif édité par la romaniste Aurelia Merlan, sur lequel nous nous attardons dans les pages qui suivent, intègre sous forme d’articles les communications présentées lors de l’atelier organisé en 2020 (du 17 au 18 novembre) à l’Université de Munich (Ludwig-Maximilian-Universität), intitulé «Rumänisch im Migrationskontext» [«Le roumain en contextes migratoires»]. Le choix d’un tel sujet par les organisateurs - parmi lesquels l’éditrice du volume, elle aussi auteure d’un article - s’explique par le fait que, ces dernières décennies, un nombre significatif de Roumains et de Moldaves (locuteurs du roumain pour la plupart) ont quitté leur pays afin de s’établir, le plus souvent pour des raisons sociales, dans divers pays d’Europe occidentale. Cette situation appelait une analyse détaillée du phénomène dans une perspective sociolinguistique. Selon Aurelia Merlan, environ 25% de la population roumaine et moldave a émigré. Cette situation migratoire particulière a sans doute eu des implications d’ordre linguistique, puisque les migrants se sont retrouvés dans des milieux linguistiques très différents (romans, slaves, germanophones ou anglophones). Le fil directeur de l’ouvrage est le roumain, étudié à travers une multitude d’approches interprétatives: le roumain en tant que langue de la première génération d’immigrés et sa transmission aux enfants; la compétence linguistique de la deuxième génération; l’usage du roumain au sein de la famille ainsi que dans d’autres contextes; le rôle de l’Église Orthodoxe dans la préservation de la langue; la dynamique liée à la langue du patrimoine en contact direct avec la langue seconde; le choix de la langue dans les différentes situations conversationnelles - en famille, avec les amis, avec les collègues et même sur Internet -; enfin, le contact linguistique direct et l’interférence langagière, y compris l’emprunt lexical. 231 DOI 10.24053/ VOX-2025-014 Vox Romanica 84 (2025): 230-237 Besprechungen - Comptes rendus Après la table des matières ( Contents ) et la préface ( Preface ) (p. 5-6), qui permettent au lecteur de se familiariser avec le sujet, nous entrons dans l’atmosphère du volume avec la première section, les Scenarios of migration [«Scénarios de la migration»], qui débute avec l’étude La migration en tant que phénomène ( souvent ) de longue durée (p. 11-20), où Georg Kremnitz évoque le passé migratoire de ses ancêtres, certains d’entre eux en contexte roumain et argentin. Ensuite, le romaniste viennois présente certaines catégories de migrants qui, pour des raisons sociales, ont choisi de travailler ailleurs. Il s’agit des golondrinas italiens, des travailleurs magrébins de France, des Roumains de l’entre-deux-guerres arrivés en France (surtout intellectuels et écrivains), des Polonais, des Antillais, des réfugiés politiques, etc. L’auteur est convaincu que des mouvements de populations comme ceux qu’il évoque «se déroulent toujours en tant que somme de décisions individuelles ou familiales - parfois les membres d’une famille empruntent des stratégies différentes, soit que leurs analyses de la situation concrète divergent, soit qu’ils agissent de façon complémentaire pour qu’il y ait, quelle que soit l’issue de la crise toujours quelqu’un du ‹bon› côté (qui puisse, le cas échéant, ‹récupérer› les autres)» (p. 18). Après avoir développé les conséquences communicatives et sociales des formes de migration, il conclut que, du point de vue linguistique, l’étude de la migration reste «un domaine de recherche qui mériterait encore quelques efforts, surtout dans le cas de paires de ‹langues moins répandues›» (p. 19). La deuxième partie du livre est consacrée aux aspects méthodologiques de la recherche sur la migration ( Methods of migration research ) [«Méthodes de recherche sur la migration»], dont certains sont judicieusement décrits par Florin-Teodor Olariu dans sa contribution intitulée de manière suggestive Homo migrans en tant qu’Homo narrans ou la migraphie en tant que récit de vie (p. 23-43). Grâce à son expérience dans les sphères de la dialectologie et de la sociolinguistique, l’auteur réussit à nous convaincre de son exploit centré sur l’(auto)biographie, qui permet deux types d’analyse: «d’une part, il s’agit d’études dédiées aux récits centrés sur la problématique spécifique au processus d’acquisition linguistique des migrants, étant donné le fait que la langue, par sa forte valeur symbolique, est un constituant majeur de la redéfinition identitaire […] et, d’autre part, il s’agit de recherches sur les identités et les représentations des migrants telles qu’elles sont construites dans le processus narratif» (p. 28-29). Ces deux types d’analyse doivent être mises en relation avec le temps et l’espace autour desquels se dresse la migraphie (terme bien choisi) qui «a la qualité d’exprimer de manière transparente le lien indissoluble, voire constitutif, entre l’expérience de la migration, telle qu’elle est vécue au niveau individuel, et sa valorisation (éventuellement sa capitalisation) au niveau social sous forme narrative» (p. 41). La section suivante ( Romanian in migration contexts within Europe ) [«Le roumain dans les contextes migratoires en Europe»] est la plus ample (p. 45-268) et englobe différentes approches concernant des thématiques qui, jusqu’à présent, n’ont pas été suffisamment explorées. Les contributions mettent en lumière des particularités liées aussi bien à la dynamique 232 DOI 10.24053/ VOX-2025-014 Vox Romanica 84 (2025): 230-237 Besprechungen - Comptes rendus de la langue roumaine en contexte migratoire qu’aux spécificités de cette langue dans des milieux sociaux et familiaux assez hétérogènes. Par exemple, dans son étude ( Appunti sul romeno e sull’italiano parlato della seconda generazione di migranti romeni in Italia , p. 47-65) [«Notes sur le roumain et l’italien parlé de la deuxième génération de migrants roumains en Italie»], Alexandru-Laurenţiu Cohal présente les résultats d’un projet de recherche sur l’analyse de la langue employée par la deuxième génération des migrants roumains en Italie, déclinés en quatre catégories: (a) figli di migranti nati nel paese di accoglienza [«enfants de migrants nés dans le pays d’accueil»]; (b) figli di migranti nati nel paese de provenienza dei genitori ed entrati (molto picoli) nel paese di accoglieza, cioè quando avevano da 1 a 5 anni [«enfants de migrants nés dans le pays d’origine de leurs parents et entrés (très jeunes) dans le pays d’accueil, c’est-à-dire lorsqu’ils avaient entre 1 et 5 ans»]; (c) figli di migranti nati nel paese di provenienza dei genitori ed entrati nel paese di accoglienza quando avevano 6-10 anni e dopo aver iniziato un ciclo scolastico nel loro paese d’origine [«enfants de migrants nés dans le pays d’origine de leurs parents et entrés dans le pays d’accueil à l’âge de 6 à 10 ans ayant déjà commencé l’école dans leur pays d’origine»] et (d) figli di migranti nati nel paese di provenienza dei genitori ed entrati nel paese di accoglieza dopo l’età di 11 anni et dopo aver vissuto nel paese di origine un periodo di tempo maggiore rispetto alla penultima generazione [«enfants de migrants nés dans le pays d’origine de leurs parents et entrés dans le pays d’accueil après l’âge de 11 ans et ayant vécu dans le pays d’origine pendant une période plus longue que celle de la pénultième génération»] (p. 49-50). À tour de rôle, Alexandru-Laurenţiu Cohal met en évidence les particularités de chaque génération, en illustrant chacune d’elles à l’aide d’exemples pertinents. Par la même occasion, l’auteur tient à préciser que se invece con il passare del tempo avverrà una diminuzione di presenza della lingua minoritaria nei discorsi dei bilingui, un possibile esito sarà la sostituzione del romeno con l’italiano, con o senza un certo logorio linguistico del romeno (ristrutturazione di sistema, lieve o estrema). In sintesi, mantenere un buon romeno per la seconde generazioni dipende dalle condizioni socio-psicologiche in cui si trovano i parlanti della nuova minoranza linguistica, dalla qualità e quantità dei legami con il paese di origine, dal tipo di rapporti con i maggioritari [«Si, en revanche, la présence de la langue minoritaire dans le discours des bilingues diminue avec le temps, le résultat possible sera la substitution du roumain par l’italien, avec ou sans une certaine attrition linguistique de la langue roumaine (restructuration du système, légère ou extrême). En résumé, le maintien d’un bon roumain chez la deuxième génération dépend des conditions sociopsychologiques dans lesquelles se trouvent les locuteurs de la nouvelle minorité linguistique, de la qualité et de la quantité des liens avec le pays d’origine, du type de relations avec les locuteurs de la langue majoritaire»] (p. 64). Une contribution à la fois intéressante et inédite est celle de Felicia Dumas ( Les Roumains de France: leur langue maternelle et leur pratique religieuse , p. 67-83), qui essaie de circonscrire et de décrire une tendance observée au carrefour des deux derniers siècles en France, plus précisément l’impact de la pratique religieuse sur la préservation et sur l’acquisition du roumain en tant que langue maternelle. 233 DOI 10.24053/ VOX-2025-014 Vox Romanica 84 (2025): 230-237 Besprechungen - Comptes rendus Il s’agit essentiellement du rôle de l’Église Orthodoxe dans l’épanouissement de langue roumaine au sein des communautés religieuses orthodoxes, où la langue dominante est le français. Après des analyses bien menées, Felicia Dumas constate que «l’option des Roumains émigrés en France qui participent à des offices religieux dans des communautés orthodoxes francophones d’afficher leur langue maternelle (autrement effacée de leur comportement langagier) relève de la spécificité des contextes socioculturels qui définissent la pratique religieuse dans son ensemble» (p. 80). L’étude suivante, de la plume de Ioana Jieanu ( Translanguaging phenomena in the communication of Romanian children in Slovenia , p. 85-106) [«Phénomènes de translangage dans la communication des enfants roumains en Slovénie»], se propose d’étudier le comportement sociolinguistique des membres de la petite communauté linguistique des Roumains habitant en Slovénie (environ 400 locuteurs) et relève les principales caractéristiques du contact linguistique roumano-slovène des enfants roumains vivant dans ce pays. Après une brève présentation du contexte, Ioana Jieanu précise les sujets (enfants pour la plupart issus de familles mixtes) et les spécificités du bilinguisme roumano-slovène. Ensuite, l’auteure offre quelques repères investigatifs et présente le cadre conceptuel (interférence linguistique, translanguaging , emprunt linguistique et adaptation formelle de certains mots slovènes à la langue roumaine, calques sémantiques, aspects d’ordres phonétique, morphologique et syntaxique, code-switching ) qui facilite l’interprétation des faits de langue recueillis lors des enquêtes sociolinguistiques. L’analyse réalisée par Ioana Jieanu permet de constater que la communication quotidienne des enfants de langue maternelle roumaine est caractérisée par un changement de code dynamique (p. 103) qui se caractérise par diverses particularités lexico-grammaticales provenant des deux langues en contact (le roumain et le slovène). L’article suivant ( De la langue de la mère à la langue héritée: comment ne pas perdre son roumain? Aspects sociolinguistiques et grammaticaux de la transmission du roumain langue d’héritage , p. 106-26) se centre sur la situation du roumain en tant que langue d’héritage en France. Timea Kádas Pickel et Elena Soare considèrent que l’étude des langues d’héritage est une branche particulière de la sociolinguistique qui mérite plus d’attention. Mais, avant tout, les auteures tiennent à préciser que «les langues d’héritage sont des langues acquises naturellement par des enfants de migrants dans le contexte d’une autre langue dominante, celle de la société d’accueil […] et un exemple typique est celui du roumain acquis par des enfants nés de parents roumains ayant immigré en France, et qui ont appris la langue au foyer mais, lors de la scolarisation, ont été amenés à utiliser plus le français, et donc sont plus performants dans cette langue que dans la langue d’héritage» (p. 108). Une fois le champ de recherche délimité, les deux linguistes parisiennes procèdent à l’analyse des productions linguistiques des membres de la famille D-T qui est plurilingue (roumain, français et anglais). En fait, la «politique linguistique» au sein de cette famille est du type OPOL «un parent - une langue», malgré certains quiproquos qui découlent de cet usage, selon les affirmations de la mère. 234 DOI 10.24053/ VOX-2025-014 Vox Romanica 84 (2025): 230-237 Besprechungen - Comptes rendus L’investigation, centrée sur cette famille, étudie la pratique linguistique du roumain dans la famille; le roumain comme langue d’héritage et l’impact du français sur celui-ci; et, enfin, l’état de la grammaire (morphologie et syntaxe simplifiées ou «l’érosion» de la flexion). Tout cela a permis: «(i) une compréhension multi-angles de la transmission du roumain comme langue d’héritage; (ii) la mise en évidence des mécanismes sous-jacents de cette transmission, ainsi que les résultats obtenus; (iii) une perspective d’ensemble d’un processus très complexe qui associe choix familiaux, stratégies de maintien, pratique multilingue, et innovation linguistique individuelle» (p. 125). Dans l’article suivant ( El rumano de los inmigrantes de segunda generación en Alemania entre conservadurismo e innovación , p. 127-97) [«Les immigrés roumains de deuxième génération en Allemagne entre conservatisme et innovation»], l’éditrice du volume, Aurelia Merlan, analyse la situation de la langue parlée par les migrants d’origine roumaine vivant en Allemagne, qu’elle compare avec le roumain parlé en contextes endogène ou exogène. De plus, il convient de mentionner l’analyse soutenue et appropriée du contact linguistique roumano-allemand. Après une présentation des caractéristiques générales des variétés langagières migratoires, Aurelia Merlan décrit la méthodologie de travail, basée principalement sur des données collectées en observation directe lors d’interviews ainsi que de l’application d’un questionnaire, auxquelles s’ajoute la valorisation des travaux complémentaires. En se basant sur des données statistiques, elle aborde tour à tour des thèmes comme l’acquisition, la compétence linguistique, la socialisation des Roumains de deuxième génération, l’usage du roumain dans la vie quotidienne et dans différentes situations conversationnelles, les particularités linguistiques d’ordres phonétique (* parinti mei ‘mes parents’, à la place de părinţii mei ), morphosyntaxique (* Sunt animalele preferate de la tata. ‘ce sont les animaux préférés de mon père’, au lieu de Sunt animalele preferate ale tatălui meu/ ale lui tata. ; A fost odată o fetiţă care mama şi tata au murit . ‘Il était une fois une jeune fille dont la mère et le père étaient morts’, à la place de A fost odată o fetiţă ai cărei mamă şi tată au murit .), les traits lexico-sémantiques (* Băiatul a povestit toate tata lui . ‘le garçon a tout raconté à son père’, à la place de Băiatul le-a povestit pe toate tatălui său / lui .), les particularités dialectales ( lucru ‘je travaille’, mâncă ‘il mange’, să beie ‘qu’ils boivent’, o plâns ‘il a pleuré’), les cas illustrant le lexique limité et les solutions compensatrices (l’emploi des mots passe-partout comme chestie ‘chose, truc, machin’ et les paraphrases), le contact linguistique évident et/ ou implicite et ses particularités (phonétique, lexico-sémantique et morphosyntaxique), etc. L’étude suivante, menée par Iulia Nica, est dédiée aux modalités modernes de communications ( Contactos extraterritoriales recientes entre el rumano y otras lenguas románicas. Estudio de la comunicación por Internet , p. 199-249) [«Contacts extraterritoriaux récents entre le roumain et d’autres langues romanes. Étude de la communication sur Internet»]. L’auteure se propose d’étudier la langue roumaine en contact avec les autres langues romanes (dans des pays tels que l’Italie, la France, l’Espagne et le Portugal). Après avoir passé en revue certains contacts linguistiques traditionnels (roumain-français/ roumain-italien), Iulia Nica souligne que «la emigración rumana de las últimas décadas ha llamado la atención, de manera progresiva, de sociólogos y lingüistas, así como de investiga- 235 DOI 10.24053/ VOX-2025-014 Vox Romanica 84 (2025): 230-237 Besprechungen - Comptes rendus dores de otros campos» [«l’émigration roumaine des dernières décennies a progressivement attiré l’attention de sociologues et de linguistes, ainsi que de chercheurs d’autres domaines»], en précisant que son but principal est d’analyser des contacts linguistiques «que implican al rumano y a otros idiomas de origen latino» [«impliquant le roumain et d’autres langues d’origine latine»] (p. 200). Afin de mieux illustrer les contacts linguistiques mentionnés ainsi que les implications de ceux-ci, la romaniste roumaine établit un inventaire des faits de langues pertinents identifiés dans la communication digitale. Tout d’abord, il s’agit des interférences perçues comme déviations «de la norma en una lengua debido a la influencia de otra en contacto» [«de la norme dans une langue en raison de l’influence d’une autre langue en contact avec elle»] (p. 213): interférences orthographiques et phonétiques (roum.-Italie: resultă ‘il résulte’; roum.-France: assumandu-si ‘s’assumant’), morphosyntaxiques (roum.-Espagne: acu in asteptare de răspuns ‘maintenant j’attends la réponse’) et lexico-sémantiques (roum.-Italie: incapace ‘incapable’), etc., auxquelles s’ajoutent les alternances et le mélange de codes linguistiques (roum.-France: cu ochelari de soare in cautare de «rencontres» ‘avec des lunettes de soleil à la recherche de «rencontres»’) ainsi que les réflexions épiet sociolinguistiques (roum.-Italia: Sunt ridicoli cei care nu mai vorbesc româneşte bine şi nici italiana nu o ştiu, bagă cuvinte româneşti . ‘Ceux qui ne parlent bien ni le roumain ni l’italien emploient des mots roumains’). Enfin, Iulia Nica met en valeur toute une série d’arguments que son étude a apportés en faveur de la nécessité d’étudier la communication sur Internet afin d’illustrer la dynamique des contacts linguistiques roumano-romans (p. 236). Dans sa contribution ( Politiques linguistiques familiales: la transmission de la langue roumaine en contexte migratoire , p. 251-68), Danielle Omer discute les résultats d’une enquête sur la transmission de la langue roumaine par les citoyen-ne-s de Roumanie et de République de Moldavie avec un niveau d’études supérieures, en France comme en Belgique. Après la présentation des aspects méthodologiques liés à la collecte des données (lieu, période, sujets concernés), Danielle Omer expose les résultats de l’analyse des faits de langue, en fournissant des informations à l’égard des résultats et de l’analyse des faits de langue. L’auteure passe en revue les moments qui ont marqué le déroulement des enquêtes: 1. Phase initiale: volonté et transmission du roumain et ambitions plurilingues (p. 255-58); 2. Phase de développement: objectifs hétérogènes et difficultés pour la transmission (p. 258-61); 3. Phase finale: des objectifs plus modestes mais plus précis (p. 261-65); 4. La phase rétrospective: oubli des difficultés de la transmission (p. 265-66); et, enfin, elle expose les conclusions de son enquête sociolinguistique et, contrairement à ce qu’on affirmait en France en 2006 («pour acquérir le français il fallait ne connaître et pratiquer que le français»), Danielle Omer soutient que «l’acquisition bi/ plurilingue dès le plus jeune âge [est] un atout pour la maîtrise des langues en général» (p. 267). La dernière section ( Romanian in migration contexts outside Europe ) [«Le roumain dans des contextes de migration en dehors de l’Europe»] est réservée aux situations de bilinguisme identifiées hors de l’Europe, plus précisément au Canada, dans les deux villes les plus impor- 236 DOI 10.24053/ VOX-2025-014 Vox Romanica 84 (2025): 230-237 Besprechungen - Comptes rendus tantes (Toronto et Montréal) et dans des milieux migratoires différents (anglophones et francophones). La première étude de cette dernière partie est celle de Mirela Cherciov ( Ten years later: reflexions on the dynamics between two languages in Romanian adult migrants in Toronto , p. 271-79) [«Dix ans plus tard: Réflexions sur la dynamique entre deux langues chez les adultes roumains migrants à Toronto»], qui analyse le contact linguistique entre les deux langues (L1 et L2) parlées par les Roumains arrivés après 1989 dans la communauté torontoise, une des plus dynamiques au monde en ce qui concerne la diversité de la population. Cette contribution se propose comme la suite d’une précédente étude ( Between attrition and acquisition: the dynamics between two languages in adult migrants , thèse de doctorat soutenue à l’Université de Toronto) [«Entre attrition et acquisition: La dynamique entre deux langues chez les migrants adultes»] dans laquelle la linguiste canadienne suit de près l’adaptation linguistique des locuteurs et constate que «language regression over time is not linear and each individual speaker is unique in her/ his own language system, structured according to her/ his own experience in the L1 and L2 environements, regardless of what languages come into play» [«la régression linguistique n’est pas linéaire dans le temps et chaque locuteur individuel est unique dans son propre système linguistique, structuré en fonction de sa propre expérience dans les environnements de la L1 et de la L2, indépendamment des langues qui entrent en jeu»] (p. 289). La deuxième contribution ( Digital pluriliteracies of Moldovans in Montréal , p. 295-336) [«Plurilittéracies numériques des Moldaves à Montréal»] est consacrée à la communauté moldave résidant à Montréal, particulèrement importante. Les comportements linguistiques des Moldaves et leurs communications quotidiennes (en tête-à-tête ou à travers Internet) constituent l’objet d’étude de Anna-Christine Weirich, qui continue elle aussi un projet antérieurement initié (CEIMM2020). Afin de rendre sa démarche plus compréhensible, la linguiste allemande considère qu’il est important de contextualiser la présence des Moldaves au Québec. Ensuite, l’auteure développe les résultats du projet initial, l’état de la question de la migration digitale, la collecte des données, la perspective démographique sur les sujets concernés, l’usage des ressources média, la situation des participants, le rôle du roumain pour la première génération et la transmission de celui-ci, la communication transnationale, le répertoire linguistique d’un cas particulier (le sujet prénomé Mihai) ainsi que les particularités langagières identifiées et les interférences fréquentes (y compris le recours au russe) répertoriées dans le corpus analysé par l’auteure. À la fin de son étude, celle-ci tient à préciser que les «language learning processes and the functional distribution of linguistic practices in this group will be fascinating terrain for future research» [«les processus d’apprentissage des langues et la répartition fonctionnelle des pratiques linguistiques au sein de ce groupe constitueront un terrain de recherche fascinant pour l’avenir»] (p. 330). La lecture attentive de ce volume collectif, en apparence hétérogène, a mené à la découverte de démarches analytiques complémentaires malgré leurs différences, au cours desquelles la langue roumaine migratoire a très bien été décrite. Les diverses facettes du contact 237 DOI 10.24053/ VOX-2025-015 Vox Romanica 84 (2025): 237-243 Besprechungen - Comptes rendus linguistique ont été décrites de manière exemplaire, en passant avec une légèreté sans faille du particulier au général et inversement. Des exploits ponctuels comme ceux que nous venons de présenter nous aident à mieux comprendre la dynamique de la langue roumaine dans des milieux exogènes très variés dans lesquels la pression des langues dominantes est énorme. Malgré cela, les locuteurs du roumain ressentent un très fort besoin de protéger leur langue qui reste, avant tout, le lien inséparable avec leurs racines. Finalement, chaque étude représente un plaidoyer pour la préservation du roumain en tant que langue d’héritage et pour la nécessité de le transmettre aux générations suivantes afin d’éviter qu’il ne disparaisse ou qu’il ne s’égare dans le labyrinthe des langues vivantes. Adrian Chircu (Université «Babeş-Bolyai» de Cluj-Napoca, Roumanie) https: / / orcid.org/ 0000-0001-6288-3337 ★ Italoromania l uiGi P ulci , Lettere , introduzione, note e commento di Paolo Orvieto, Alessandria (Edizioni dell’Orso) 2024, xiii (i.e. vii ) + 154 p. ( Filologia e letteratura italiane. Studi e testi 13). Le cinquantaquattro lettere di Luigi Pulci pervenute fino a noi coprono un arco cronologico che va dal 1465 al 1484 e rappresentano uno degli esempi più straordinari tra i carteggi d’autore della letteratura italiana. A rendere questa testimonianza eccezionale nella storia dell’epistolografia in volgare è, prima ancora che la sua felicità espressiva, la sua profonda autenticità di testimonianza esistenziale. Pulci condivide con i suoi destinatari (e soprattutto con l’amico Lorenzo de’ Medici, cui sono dirette 49 delle 54 missive) momenti di euforia e di sconforto, attraverso uno spettro di tonalità espressive che vanno dalla confessione elegiaca alla comicità dissacrante e macabra, dall’entusiasmo cameratesco e spavaldo alla supplica venata di toni tragici e autocommiserativi. Lungi dall’essere un semplice pendant documentario in servizio della biografia dell’ autore o una semplice fonte informativa sulla sua attività letteraria, le lettere di Pulci sono da considerarsi - come già evidenziato dagli studi di De Robertis, Villoresi e Polcri e altri - una tessera essenziale dell’opus pulciano, sia per l’inventività lessicale in esse dispiegata (e su cui ha richiamato l’attenzione, proprio a proposito di questo volume Davide Puccini, su Lingua nostra , LXXXV, 3-4, p. 93-97), sia per l’accesso privilegiato che offrono alla manifestazione sorgiva della fantasia e degli umori dell’autore del Morgante , in una prima rielaborazione dell’esperienza che ci regala pagine indimenticabili e famose (dalla descrizione del crollo di una chiesa a Foligno al ritratto di Zoe Paleologa). L’importanza dell’epistolario nel restituire un Pulci diverso e più sfaccettato rispetto a quello vulgato precedentemente (basato essenzialmente sul Morgante e sui sonetti) fu subito eviden-
