eJournals Vox Romanica84/1

Vox Romanica
vox
0042-899X
2941-0916
Francke Verlag Tübingen
10.24053/VOX-2025-019
vox841/vox841.pdf0216
2026
841 Kristol De Stefani

Le Petit Thalamus de Montpellier. Les «Annales occitanes»: édition, traduction et commentaire, coordonné par Gilda Caïti-Russo et Daniel Le Blévec, avec la collaboration de Florence Clavaud, Montpellier (Presses universitaires de la Méditerranée) 2023, 714 p.

0216
2026
Federica Fusarolihttps://orcid.org/0000-0002-9356-9612
vox8410259
259 DOI 10.24053/ VOX-2025-019 Vox Romanica 84 (2025): 259-264 Besprechungen - Comptes rendus Vorläufer-Thesen ab und re-etabliert damit - übrigens in einem schwer lesbaren wissenschaftstheoretischen Diskurs - die philosophische Lesart der modernen Pragmatik. Der letzte Beitrag des Bandes von Lorenzo Renzi (p. 151-72) deklariert sich als Un’attribuzione , zumal er auf uno scritto di Spitzer censore umanitario Bezug nimmt und damit die Entstehungsgeschichte der dem Italienischen gewidmeten Buchreihe - insbesondere eben der IU - durchleuchtet. Renzi liest aus der Begeisterung Spitzers für die Tätigkeit als Zensor der italienischen Kriegsgefangenkorrespondenz (Brief an Schuchard von 1915) einen Zusammenhang mit der Erstellung der Richtlinien des damaligen Zensurdienstes heraus; ja Renzi vermutet dahinter als deren Urheber sogar Spitzer selbst. Man darf daraus deduzieren, dass der Umgang der verschiedenen Zensurgruppen mit dem zu zensierenden Material - vor allem der der sog. Remedier-, Dechifrier- und Sortiergruppe - Spitzers Sensibilität für verschiedene Dialekt- und Schreibstile (heute: Varietäten) schärfte und es sich demnach als brauchbare Quelle für linguistische Zwecke geradezu anbot. Nicht umsonst bekundet Spitzer (im selben Brief) «ich sammle besonders originelle Psyche- und Dialektproben» und legt damit schon ein Zeugnis ab über die - zukunftsträchtige - Erforschung «derselben Sprache in verschiedenen Sprachen», wofür der Ausdruck des Hungers ein treffendes Exempel abgibt. Die Rezension eines Bandes über Spitzer kommt um eine Rezension von Spitzer und seinem Werk, in diesem Fall der IU von 1922 als Krönung der bekannten italienischen Untersuchungen, nicht umhin. Die Leistung des Bandes von De Stefani und Stukenbrock liegt gerade darin, sich Spitzers wissenschaftliche Positionen zurückzurufen und in die heutige allgemeine Sprachwissenschaft kritisch einzuordnen. Den Beiträgen - die abwechselnd in Deutsch oder Italienisch verfasst sind - ist dies gelungen; sie orten und reflektieren fachgeschichtliche Kreuzpunkte, linguistische Entwicklungstrends und sprachliche Erkenntnisse, die im Zuge der zunehmenden Technisierung und Mediatisierung der Kommunikation von hoher Relevanz sind. Gudrun Held (Salzburg) ★ Galloromania Le Petit Thalamus de Montpellier. Les «Annales occitanes»: édition, traduction et commentaire , coordonné par Gilda Caïti-Russo et Daniel Le Blévec, avec la collaboration de Florence Clavaud, Montpellier (Presses universitaires de la Méditerranée) 2023, 714 p. Les chercheurs occitanistes peuvent se réjouir pour la parution de ce volume, très attendu par la communauté scientifique, qui offre l’édition critique, traduite et commentée des Annales occitanes de Montpellier, fondée sur le manuscrit AA9 des Archives Municipales de la ville, le témoin le plus récent et le plus complet du corpus des Thalami montpelliérains. 260 DOI 10.24053/ VOX-2025-019 Vox Romanica 84 (2025): 259-264 Besprechungen - Comptes rendus La publication s’inscrit dans le cadre d’un vaste travail collectif mené depuis plusieurs années par une équipe pluridisciplinaire réunissant philologues, linguistes, paléographes, historiens et historiens de l’art, consacré à l’ensemble des livres de gouvernement produits à Montpellier. Parmi eux, on ne saurait omettre de rendre hommage à Gérard Gouiran, parrain intellectuel du projet, dont l’engagement constant et la profonde connaissance de la textualité occitane ont durablement nourri la réflexion collective. L’édition imprimée dédouble l’édition numérique en TEI, disponible en libre accès (http: / / thalamus.huma-num.fr/ ). Tandis que la version numérique permet de comparer les différents témoins du complexe corpus des Thalami , le volume se concentre exclusivement sur une source unique, qui occupe une place centrale au sein de l’ensemble documentaire. Le texte des Annales , transmis uniquement dans le manuscrit AA9, retrace, année après année, l’histoire de la ville de Montpellier, depuis ses origines jusqu’en 1426. Le texte est le résultat de la fusion de deux traditions historiographiques distinctes, les fastes consulaires (listes des noms des consuls, organisées année par année) et les avenimens (brèves notices à caractère historique relatant les événements les plus significatifs associés à chaque année), constituant ainsi une forme originale et unique de prose historiographique occitane. La richesse de cette tradition textuelle, ainsi que sa profondeur historique, avaient été à peine effleurées dans la première édition du Thalamus , publiée en 1840 par la Société Archéologique de Montpellier. Si cette dernière a eu le mérite d’ouvrir l’accès au texte, elle s’avérait désormais inadaptée aux exigences de la recherche contemporaine, exigences auxquelles cette nouvelle édition répond avec rigueur, ampleur et générosité. Le texte des Annales suscite l’intérêt des occitanistes - linguistes et philologues -, mais également des historiens, des historiens de l’art et des spécialistes du livre, tant paléographes que codicologues. Il constitue un témoignage vivant de la formation, de l’évolution et de la codification d’une pratique d’écriture mémorielle urbaine ainsi que de la construction d’une identité communautaire structurée autour de cette mémoire. Sa publication représente un aboutissement remarquable, dont pourra se saisir l’ensemble de la communauté médiéviste. Le volume s’organise en deux sections principales. La première, intitulée «Introduction à l’édition des Annales occitanes » (p. 13-99), rassemble les études liminaires et les réflexions issues de l’analyse critique du dossier. La seconde, «Les Annales occitanes (800-1426)» (p. 100-694), présente l’édition critique du texte avec sa traduction (p. 100-503), enrichie de notes historiques (p. 505-92) ainsi que d’un index des noms de personnes et de lieux (p. 593- 694). L’introduction générale, riche et informée, fournit aux lecteurs l’ensemble des éléments contextuels nécessaires à la compréhension du corpus des Thalami montpelliérains . Rédigée par Philippe Martel, l’ Introduction générale (p. 13-17) propose un aperçu d’ensemble permettant d’aborder le dossier des livres de gouvernement montpelliérains. Des notions préliminaires telles que thalamus (au sens documentaire) - distingué en Grands et Petits - ainsi que coutume , annales ou establimes (au sens textuel) y sont présentées avec clarté et replacées dans le contexte de l’histoire consulaire de la ville de Montpellier. Le manuscrit au cœur du volume (AA9) fait l’objet d’une attention particulière, à partir notamment de l’index des textes qu’il contient (p. 14-15), qui sert de point de départ à une première caractérisation codicologique et fonctionnelle. 261 DOI 10.24053/ VOX-2025-019 Vox Romanica 84 (2025): 259-264 Besprechungen - Comptes rendus L’étude de Pierre Chastang («Les thalami montpelliérains: genèse, tradition manuscrite et codicologie », p. 19-41) constitue une mise au point essentielle sur la nature codicologique des objets réunis sous l’appellation Thalami . Inscrite dans une analyse fine de la production libraire montpelliéraine - dont le Liber instrumentorum memorialis (Montpellier, Archives municipales, AA1), achevé en 1203 à l’époque des Guilhems, marque le point de départ - l’enquête retrace avec rigueur la diversité des formes-livres identifiables, ainsi que l’évolution des pratiques scripturaires liées à l’exercice du pouvoir, d’abord seigneurial puis consulaire. La mobilisation des notions de registre, dossier et de cartulaire permet à l’auteur de dégager les lignes de force qui ont conduit à l’élaboration de ces objets singuliers que sont les Thalami . L’examen des manuscrits composant cet ensemble se distingue par son ampleur et sa précision méthodologique. Il repose sur l’établissement de listes des témoins des Grands et Petits Thalami , accompagnées d’indications relatives à leur volume, leur format et leur datation (respectivement aux p. 23-28 et 28-31). L’analyse des typologies documentaires mobilisées, conduite avec un sens aigu du détail tant historique que codicologique, permet de mettre en lumière tant les affinités que les divergences entre les manuscrits, tout en soulignant la pluralité des fonctions qui leur ont été attribuées dans le cadre institutionnel montpelliérain. Dans sa contribution («Les Annales occitanes , introduction historique», p. 43-53), Vincent Challet s’attache plus particulièrement à l’analyse des Annales occitanes , en interrogeant les dynamiques de l’écriture de l’histoire et les mécanismes de recomposition mémorielle au sein du tissu politique et administratif montpelliérain. L’originalité textuelle des Annales réside dans leur nature: elles résultent de la fusion entre les fastes consulaires et les avenimens . L’étude met en lumière la présence de ces deux typologies historiographiques dans d’autres témoins du Thalamus , afin de mieux cerner les modalités de leur intégration dans les Annales du manuscrit AA9. J’ai trouvé particulièrement éclairant, à cet égard, le tableau synthétique proposé par Gilda Caïti-Russo (p. 92), qui restitue la répartition des fastes consulaires et des avenimens dans les huit témoins du Petit Thalamus : il constitue un outil précieux pour accompagner la lecture de ce chapitre et pour mieux saisir les dynamiques de composition propres au manuscrit. L’analyse des variations narratives observables entre les différents Thalami , ainsi que de leur évolution au fil du temps, permet de mettre en évidence la singularité du ms. AA9 comme source historique. Les choix de sélection, d’omission ou de reconfiguration des événements relatés traduisent des ajustements significatifs, qui documentent de manière éloquente les formes d’auto-représentation du pouvoir consulaire, particulièrement au moment charnière du passage de la domination aragonaise à l’autorité capétienne. L’analyse linguistique proposée par Hervé Lieutard («Les Annales occitanes, introduction linguistique», p. 55-74) offre aux lecteurs un premier aperçu global de la langue du texte, avec une attention particulière portée aux phénomènes grapho-phonétiques. L’auteur souligne à plusieurs reprises l’importance des Annales pour l’étude de la formation d’une scripta administrative occitane - même si la notion de scripta n’est jamais explicitement employée - en insistant sur la valeur spécifique du manuscrit AA9, tant par son ampleur que par la durée de sa compilation, étalée sur près de deux siècles. Nous sommes ici confrontés, comme le relève l’auteur, à un «[…] véritable laboratoire pour l’établissement d’un occitan écrit officiel» (p. 56). L’analyse, centrée principalement sur le vocalisme et le consonantisme, met en évi- 262 DOI 10.24053/ VOX-2025-019 Vox Romanica 84 (2025): 259-264 Besprechungen - Comptes rendus dence les relations entre graphie et prononciation - une problématique abordée explicitement dans le sous-chapitre 1.1 («Occitan écrit et registre de langue»). Elle vise ainsi à illustrer un processus de standardisation graphique, tendant à fixer «[…] une forme référentielle considérée comme plus adaptée au caractère officiel de l’occitan écrit à cette période» (p. 67), comme l’illustre, par exemple, la préference accordée à la graphie prestigieuse <ue> au détriment de la diphtongue autochtone <uo>, dont la réalisation, en contexte palatal, demeure néanmoins attestée de manière plus marginale, notamment dans les anthroponymes et les toponymes (cf. p. 67-68). Plus brièvement, l’auteur évoque les interférences linguistiques liées à la diglossie franco-occitane, dans le contexte du rattachement de Montpellier à la couronne française à partir de 1349. Le paragraphe 2, consacré à l’analyse des graphies, présente certaines incohérences dans la répartition des phénomènes décrits (par exemple, l’inclusion des cas de <ou> à valeur francisante pour noter / u/ dans la section dédiée aux diphtongues). Je me permets de signaler un cas particulièrement intéressant, omis dans le commentaire : celui de Petrus Gazainnhaire («Peire Gasanhaire»), figurant parmi les attestations de <nh> pour la nasale palatale. La forme semble résulter de la fusion de deux graphies concurrentes pour la notation de cette consonne, à savoir <in> (d’origine catalane) et <nh> (d’usage occitan). À la lumière des résultats de l’analyse de L., il serait désormais pertinent d’en élargir la portée par une comparaison systématique avec d’autres documents de l’espace occitan médiéval. Une telle approche permettrait de mieux définir les spécificités de l’écriture montpelliéraine, d’identifier les convergences à l’échelle du domaine occitan et de fonder, dans une perspective de linguistique diachronique, une compréhension affinée de la formation d’un occitan écrit à vocation officielle, qui reste opérant même au moment où le français s’impose ailleurs comme langue de l’administration. Béatrice Beys («Le décor du Petit Thalamus: célébration de la mémoire de Montpellier, de son écriture officielle, de ses rituels communautaires», p. 75-86) propose un aperçu à la fois riche et soigné du décor du manuscrit AA9, ouvrant des pistes de réflexion susceptibles d’intéresser tant les historiens de l’art que les philologues. La décoration du manuscrit se limite à quatre initiales peintes et à une enluminure historiée représentant le prédicateur Vincent Ferrer en prière. Des éléments mineurs - initiales filigranées, lettrines ou dessins spontanés - sont également pris en compte. En dépit de leur relative sobriété, ces éléments décoratifs permettent de formuler des observations sur la fonction du manuscrit et sur son contexte de production. L’enluminure des quatre initiales, attribuée au maître de la Queste - artiste rattaché à l’atelier du Liber Visionis Ezechielis , identifié par Francesca Manzari - inscrit le manuscrit montpelliérain dans une tradition d’enluminure d’inspiration italianisante, diffusée dans tout le bassin méditerranéen occidental au cours des premières décennies du 14 e siècle. Ce lien n’est pas sans importance pour ceux qui s’intéressent à la copie des textes vernaculaires dans le Midi, l’atelier en question ayant également travaillé sur des manuscrits en langue vulgaire (cf. la copie avignonnaise de la Queste du Graal du manuscrit Firenze, Biblioteca Medicea Laurenziana, Ash. 121). La représentation de Vincent Ferrer, la plus réaliste parmi celles connues, ainsi que les dessins marginaux - malgré leur hétérogénéité et leur exécution parfois maladroite - confèrent à l’ensemble une impression de vitalité et d’ancrage dans la vie communautaire montpelliéraine. C’est, à mes yeux, l’un des apports les plus sensibles de 263 DOI 10.24053/ VOX-2025-019 Vox Romanica 84 (2025): 259-264 Besprechungen - Comptes rendus ce chapitre: montrer comment, même à travers un décor modeste, peuvent s’exprimer avec justesse les dimensions rituelles, mémorielles et civiques d’un objet livre. L’introduction se conclut par la présentation des critères d’édition et de traduction par G. Caïti-Russo (p. 93-95), fournissant les indications essentielles pour s’orienter dans la lecture du texte critique. Y sont notamment précisés les choix de modernisation linguistique - limités, selon la pratique philologique usuelle, à la distinction entre i / j et u / v - ainsi que ceux relatifs à la ponctuation. Ce bref paragraphe, en apparence technique, revêt une importance particulière. Il justifie le choix du manuscrit AA9 comme témoin de base de l’édition et en souligne les spécificités par rapport aux autres témoins du Thalamus . Il reprend, de manière synthétique mais efficace, les éléments développés plus en détail dans les contributions précédentes du volume, qu’il met ainsi à profit pour éclairer la logique éditoriale adoptée. Le texte se présente sous la forme d’une organisation annalistique, avec la division par années et le maintien des marginalia dans leur emplacement original, respectant ainsi la disposition du manuscrit. La traduction suit la même structuration, bien qu’elle n’intègre pas les marginalia . Un contrôle par sondage confirme la qualité de la transcription, soignée et fidèle au témoin. Les notes rendent compte des principales questions paléographiques, en particulier celles liées à la stratification du travail de copie, telles que les interventions de copistes différents ou des variations dans la mise en page du texte. Y figurent également les variantes graphiques issues d’autres manuscrits en ce qui concerne les toponymes. Les notes historiques, regroupées en fin de volume, apportent des éléments de contextualisation sur les événements et les figures évoqués dans le texte. L’ajout d’un index des noms de lieux et de personnes - entreprise nécessaire, mais complexe et particulièrement remarquable - complète cette partie éditoriale et fournit au lecteur un outil indispensable pour une consultation ciblée du récit. Les perspectives de recherche ouvertes par cette publication sont vastes et diversifiées. Parmi elles, je me limiterai ici à quelques considérations, en tenant compte à la fois de la riche bibliographie issue des travaux de l’équipe engagée depuis plusieurs années dans l’étude des Thalami , et d’autres expériences de recherche qui me semblent étroitement liées aux résultats jusqu’ici obtenus. Une première piste concerne la mise au point des pratiques d’écriture administrative de la ville de Montpellier, auxquelles il semble désormais possible de rattacher l’activité de copie d’autres types textuels. La fécondité heuristique de ce cadre est illustrée par les recherches de G. Caïti-Russo sur la langue du chansonnier des troubadours E (BnF, fr. 1749), du libre di Miquel de la Tor et des Thalami montpelliérains 1 . En comparant des macro-genres scripturaires traditionnellement traités séparément - les chansonniers lyriques et les livres du gouvernement - Caïti-Russo met en lumière d’importantes affinités entre la scripta du chansonnier E et celle de trois Thalami montpelliérains exécutés au cours du troisième quart du 13ᵉ siècle ( B.N.f. , nouv. acq. fr. 4337; Bruxelles, KBR, ms. 20807-20809; B.N.f.fr. 14507). 1 Cf. au moins c Aïti -r usso , G. 2017: «Appunti per una pragmatica inter-scrittoria medievale: canzonieri e libri del governo a confronto a Montpellier», in: G. A venozA , m. s imó / l. s oriAno r oBles (ed.), Estudis sobre pragmàtica de la literatura medieval/ Estudios sobre pragmática de la literatura medieval , València, Universitat de València: 53-69 ). 264 DOI 10.24053/ VOX-2025-019 Vox Romanica 84 (2025): 259-264 Besprechungen - Comptes rendus Contemporanément aux travaux de Caïti-Russo, Caterina Menichetti a, à son tour, proposé l’hypothèse d’une connexion entre la production des chansonniers E et J (Firenze, Biblioteca Nazionale Centrale, Conv. Soppr. F 4 776), le Libre de Miquel de la Tor et les milieux d’écriture administrative, en soulignant la possible convergence entre pratiques scripturaires littéraires et institutionnelles dans le Midi du XIIIᵉ siècle 2 . Elle a récemment approfondi cette proposition en identifiant des affinités codicologiques et paléographiques entre l’un des plus anciens témoins des Petits Thalami ( B.N.f.fr. 11795) et le chansonnier E 3 . Malgré la disparité des contenus et des fonctions des manuscrits mobilisés, telles connexions ouvrent des perspectives majeures pour une meilleure compréhension des logiques de copie et de transmission des œuvres littéraires du Moyen Âge. Il s’agit là d’un exemple certes emblématique mais ponctuel, qui pourrait être considérablement enrichi par un élargissement de l’analyse à l’ensemble du corpus associable aux activités scripturaires et intellectuelles de la ville. En second lieu, l’élaboration d’une scripta dans le contexte de l’administration urbaine pourrait bénéficier des modèles d’analyse développés dans le champ de la scriptologie. Dans cette perspective, la notion de scripta s’avère cruciale sinon indispensable pour éviter de réduire l’analyse à une mise en écrit d’une langue parlée. Elle permet au contraire de poser les fondements d’une description plus large et plus articulée de l’évolution linguistique de l’occitan médiéval à partir du cas montpelliérain, qui représente sans doute l’un de ses foyers les plus actifs. En perspective, la publication électronique des documents édités par Brunel ainsi que d’autres corpus textuels documentaires occitans dans la base Gallrom (https: / / gallrom. linguistik.uzh.ch/ #/ ) e, concernant la scriptologie lexicale, du DRM 4 permettent désormais de mener des enquêtes contrastives sur les scriptae occitanes médiévales. En conclusion, le volume ouvre la voie à une étude approfondie du lexique attesté dans ce témoignage exceptionnel, reflet du développement, des mutations et de la complexité du vocabulaire occitan au Bas Moyen Âge. Dans le prolongement de cette publication de référence, l’élaboration d’un glossaire nous semble particulièrement opportune. Un tel outil permettrait de mettre en lumière les termes techniques, en les expliquant de manière précise et en les confrontant aux usages documentés dans d’autres centres urbains majeurs de l’espace occitan, tels que Marseille à l’est ou Toulouse à l’ouest, sans négliger les apports lexicaux d’origine externe. Dans cette perspective, nous ne pouvons que souscrire les observations formulées par Martel (p. 17) en ouverture du volume, notamment lorsqu’il souligne la nécessité de mieux rendre compte de la «[…] complexité des concepts juridiques mobilisés par ces textes, et des difficultés posées par la langue, dès lors que l’on aborde des registres, techniques notamment, échappant aux dictionnaires d’occitan médiéval actuellement disponibles». Federica Fusaroli (École Pratique des Hautes Études Á FNS) https: / / orcid.org/ 0000-0002-9356-9612 2 Cf. m enichetti , C. 2015: Il canzoniere provenzale E (Paris, BNF, fr. 1749) , Strasbourg, ÉLiPhi, 211. 3 Cf. m enichetti , C. 2024: «Pistes matérielles pour le milieu de production du chansonnier des troubadours E - BnF, fr. 1749», Lecturae Tropatorum 17, 126-51. 4 c Arles , h./ G lessGen , m./ r oBecchi , m./ B ossone , A. 2024: Dictionnaire des régionalismes médiévaux: la Galloromania nord-orientale . Une analyse à partir des Documents linguistiques galloromans (XII e - XV e siècles) , Strasbourg, ÉLiPhi.