lendemains
ldm
0170-3803
2941-0843
Narr Verlag Tübingen
10.24053/ldm-2023-0039
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2025
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Des harpeurs à la guerre – André Dupont, Louis de Gonzague Frick, Paul Lévy… et Loulou
0922
2025
Stephen Steele
Anne-Françoise Borreau-Steele
ldm481920071
DOI 10.24053/ ldm-2023-0039 71 Arts & Lettres Stephen Steele / Anne-Françoise Bourreau-Steele Des harpeurs à la guerre - André Dupont, Louis de Gonzague Frick, Paul Lévy… et Loulou Los Rimes masculines en l’honneur de Loulou, chien de Paul Lévy: Loulou, cher bon et brave chien Sur quel royaume prévaux-tu Pour qu’un harpeur céraunien André Dupont, frais et dodu Chante tes vertus de… pattu? 1 Les lecteurs assidus de la rubrique littéraire de Paris-Journal, alors animée par Paul Lévy, sont dans le secret des personnages de ce quintil offert au printemps 1914 par le poète Louis de Gonzague Frick, grand conciliateur, et surtout dans le secret de la querelle qui oppose Lévy et André Dupont dans leurs chroniques littéraires. Cette modeste dispute entre hommes de lettres sera bientôt effacée par le déclenchement de la Grande Guerre. Tout commence, ou presque, le 16 mars 1914, quand Paul Lévy reproduit, pour la dénoncer, la notice qu’André Dupont vient de consacrer à l’écrivain et historien belge Hector Fleischman récemment décédé, le 3 février. Cet exercice nécrologique paraît dans le quatrième numéro des Écrits français, revue codirigée par Frick avec Marc Brésil et Louis de Monti de Rezé, ce dernier apportant les fonds. 2 Dupont pratique aux Écrits français un mélange de polémique, d’humour et d’outrance dans sa rubrique des „Funérailles“. Lévy reproche à Dupont de „cri[er] très fort“ en accablant un mort, Hector Fleischman, signe certain d’une lâcheté: „Comment qualifie-t-on l’homme qui poignarde son semblable pendant son sommeil? “. 3 Lévy revient aussi sur les insinuations antisémites exprimées au long de l’article de Dupont en rappelant encore deux de ses attaques récentes „dans le même numéro des Écrits français“ contre des personnalités juives, dont Henri Bergson. 4 Ces propos diffamatoires font partie de l’ordinaire d’André Dupont et s’inscrivent dans une certaine proximité à l’Action française de par son entourage, sa femme Valentine Mas, son beau-frère Édouard Mas ou son amie Henriette Charasson, qui lui rendra un long hommage en 1918 dans Le Divan; alors que Dupont luimême trouve plutôt ses affinités avec Bloy, sorte de parrain adoptif hors la foi. 5 Début 1914, l’organe anarchisant et satirique d’Almereyda, Le Bonnet rouge, conseillait carrément à Dupont d’adresser ses „fantaisies“ non „pas aux Écrits français, mais à l’Action française“. 6 Si, dans sa rubrique des „Funérailles“, Dupont s’était arrêté sur une supposée étrangeté du nom de „Fleischman“ pour orienter son portrait et distordre violemment son sujet, Lévy, dans une réplique narquoise le 16 mars 1914, concède que „tout le monde ne peut pas s’appeler Dupont“. 7 Le lendemain dans Paris-Journal, le 17, 72 DOI 10.24053/ ldm-2023-0039 Arts & Lettres André Dupont use de son droit de réponse par une lettre que Lévy laisse délibérément publier „sans commentaires“, et pour cause. 8 La lettre de Dupont recycle une liste de patronymes, derrière lesquels sont visés des écrivains comme Gustave Kahn ou Max Jacob, que l’antisémitisme en évidence bannirait du monde des Dupont (ou plus classiquement du monde des Daudet, Léon étant évoqué le 16 mars par Lévy). Dupont justifie sa liste par la recherche d’un nom moins passe-partout que le sien et plus analogue à celui de son correspondant: „Je suis au regret vif, Monsieur Lévy, de ne m’appeler que Dupont“. 9 La réponse de Dupont contient un autre degré d’ironie puisque, du côté de sa mère, il descend très aristocratiquement des Gagneur de Patornay. La lettre adressée par Dupont à Lévy pour publication dans Paris-Journal le 17 mars 1914 fait ressortir un degré de familiarité entre l’expéditeur et le destinataire qui se côtoient dans les cercles littéraires et journalistiques comme ils continueront de le faire aux déjeuners des Amis organisés à l’été 1914. L’initiative de ces réunions est lancée par Lévy au mois de juin dans un esprit œcuménique pour „les amis de la littérature“, „sans distinction d’âge ni de sexe, de tendances ni d’écoles“, dans „le restaurant“ de Montmartre que le plus grand nombre de répondants aura désigné, à savoir le restaurant ‚Belle-Vue‘ accessible par le funiculaire. 10 Apollinaire, Frick et Marc Brésil assistent au premier de ces déjeuners avec Lévy et le copilote du projet Gabriel Arbouin, avec aussi Victor Snell ou Henriette Charasson. Le Petit Moniteur universel, qui s’attarde sur l’événement, précise que pour cette première fois „[i]l n’y eut ni président, ni discours, ni toasts, ni déclamations“, en harmonie avec le souhait d’ouverture émis par Lévy. 11 Les Dupont ne se rendent finalement qu’au déjeuner du 12 juillet, après s’être excusés pour le 5, tandis qu’au fil des semaines reviennent plusieurs des convives du premier jour, auxquels se joignent parfois Paul Lombard, Georges Anquetil ou encore Gaston Picard. 12 L’ambiance est particulièrement festive le 5 juillet, où le déjeuner se prolonge au ‚Lapin agile‘, avec musique et poésie, dont une récitation impromptue par Apollinaire de son poème „Salomé“. 13 Ces déjeuners en série pourraient, à eux seuls, incarner la sociabilité littéraire montmartroise bientôt éparpillée par la guerre. L’habitude de se croiser à l’extérieur ou chez les uns et les autres dans les cercles littéraires et journalistiques incite peutêtre Dupont, dans sa lettre du 17 mars 1914, à se mêler à la maisonnée de Lévy et à s’interroger sur les pensées de son „bon et brave chien“. Tout aussi domestiquement, la lecture matinale de l’article de Lévy du 16 mars laisse à Dupont un mauvais goût et lui fait l’effet d’une „tartine à la moutarde“ à l’heure de son „chocolat“. 14 Ce „bon et brave chien“, selon l’expression de Dupont que reprend Frick quelques mois plus tard pour Paris-Journal dans ses vers à Loulou, semble accompagner parfois Lévy au travail dans sa rubrique „Les Lettres“. Ainsi, au début de la même année 1914, Lévy commente la „place de plus en plus considérable“ du „chien dans la littérature“, ajoutant à l’intention de ses lecteurs: „et ce n’est pas notre Loulou qui s’en plaindra“. 15 Loulou, bien en chair ou dans le souvenir, va garder, à l’instar d’une mascotte, une présence aux côtés de Lévy dans les années vingt, à l’époque de son hebdomadaire Aux Écoutes: „Notre chien Loulou, le bon chien de Aux Écoutes“. 16 DOI 10.24053/ ldm-2023-0039 73 Arts & Lettres Au mois de mai 1914, Dupont revient à la charge contre Lévy, toujours par l’intermédiaire de sa rubrique des „Funérailles“ des Écrits français, dans sa notice sur la disparition récente du romancier à succès Pierre Sales, dont les feuilletons paraissent à répétition dans les journaux. „Derrière le corbillard“ de Pierre Sales, „ce boyard du feuilleton“, Dupont place Lévy en compagnie des nouveaux „rédacteurs“ du Courrier français, Gaston Picard et Marcel Hervieu, à discuter d’affaires „militaires“ alors que „le conseil de révision“ les aurait tous trois rejetés comme „indésirables“. 17 Lévy, tout spécialement désigné „gran[d] homm[e] de Paris-Journal “, est montré à deviser de manière épique des moyens de „reprendre l’Alsace-Lorraine“. 18 Dupont n’oublie pas son différend du mois de mars avec Lévy pour sa notice sur Fleischman et défend de nouveau sa liberté de s’exprimer comme bon lui semble sur les morts. À en croire Dupont, Lévy estimerait que „la redingote de planches confère à tout défunt, outre les vertus cardinales, un éclatant mérite littéraire“. 19 Mais que serait Lévy (et sa „générosité“) sans son „bon et brave chien“ dans l’optique de Dupont? 20 C’est non pas la voix de Loulou mais celle du personnage du Chien du deuxième acte de L’Oiseau bleu de Maeterlinck qui est appelée à conclure la notice concernant Pierre Sales sur un loufoque „Oua! oua! Vive l’Homme! “. 21 Paul Lévy feint l’hilarité pour répondre à ce nouvel épisode des „Funérailles“ de Dupont dans son propre courrier des „Lettres“ de Paris-Journal le 4 juin 1914. Lévy nie tout simplement les faits inventés par Dupont, à commencer par cet „enterrement auquel“ il n’a pas „assist[é]“ et, tout aussi fantaisiste, la conversation avec les „deux jeunes confrères“ que sont Picard et Hervieu sur „une question très grave“ d’ordre militaire, avec une forte résonance pour Lévy, engagé sur une voie nationaliste. 22 Le personnage star reste le „bon et brave Loulou“, qui a réagi avec autant de „gaieté“ que Lévy à la lecture de ces „Funérailles“, mais à sa manière canine, en „aboy[ant] éperdument“, précise son maître. 23 Sans plus tarder, Frick intervient le 5 juin 1914 avec ses cinq vers à Loulou, que Lévy fait figurer en tête de sa rubrique des „Lettres“ dans Paris-Journal, comme pour désamorcer la petite escalade des échanges avec Dupont. C’est une louange à Loulou, un très sonore „los“ (et sans doute un os plus apte à plaire au chien) que Frick concocte dans son rôle d’amical intermédiaire. 24 Un peu dans l’esprit de l’axe militaire choisi par Dupont dans ses „Funérailles“ du 5 mai, y compris le rejet fictif par „le conseil de révision“ de Lévy et ses deux confrères écrivains journalistes, Frick précise versifier (et pourquoi pas viriliser) son quintil en „[r]imes masculines“, soidisant „en l’honneur de Loulou, chien de Paul Lévy“: chien/ tu/ céraunien/ dodu/ pattu. Si le poème hisse Loulou au sommet d’un „royaume“, il élève aussi Dupont au niveau d’un poète jupitérien, „un harpeur céraunien“. La violence verbale de Dupont est comprise dans le vieux sens de ‚harpeur‘, harponneur. Dans ce los, genre adopté ailleurs par Frick, l’humour fait apparaître Dupont de manière appétissante, „frais et dodu“, tout spécialement aux yeux de Loulou sans doute, qui lui-même est „pattu“, bien sur ses quatre pattes mais en laissant entendre aussi le coup de patte du critique. 25 74 DOI 10.24053/ ldm-2023-0039 Arts & Lettres Ce même 5 juin 1914, quand Paris-Journal fait paraître le petit poème de Frick, Les Écrits français sortent leur septième et dernier numéro, dont Frick se dissocie. En effet le 31 mai, la rubrique littéraire de Paris-Journal annonçait que Frick „quitt[ait] la direction des Écrits français“ „[à] la suite de divergences de vues qui se sont produites entre lui et ses co-directeurs“. 26 Au minimum, Frick pourrait être l’informateur de cette nouvelle et même en partie son rédacteur, vu le ton fort élogieux et la signature générique de la rubrique ce jour-là, Tous et un: “Par sa cordialité, sa bonne humeur et son éclectisme, Frick était le directeur rêvé de cette revue, à laquelle il avait marqué un attachement profond“. 27 Tout laisse croire à une brouille avec Dupont dans leur collaboration aux Écrits français pour son antisémitisme réitéré et ses attaques personnelles visant, dans le cas de Lévy, un ami de Frick sur la durée. 28 À la mi-juillet 1914, l’ancienne équipe de direction des Écrits français - Monti de Rezé, Frick et Marc Brésil - migre en bloc vers La Phalange, dont elle prend la direction avec un quatrième compagnon, Henri Aimé, toujours sous la houlette de Jean Royère. 29 C’est, du fait de la mobilisation prochaine, un retour éclair à La Phalange pour Frick et Brésil, qui y ont tenu ensemble la „Revue des revues“ en 1913 avant de s’impliquer dans Les Écrits français. Dupont est encore auprès de Frick et Brésil, puisqu’il avait hérité de cette chronique des revues à La Phalange où il continue, le 7 juillet 1914 selon Paris-Journal, à „transforme[r] les vivants en pelotes d’épingles“ tandis qu’„aux Écrits français“, il „enterre rageusement les morts“. 30 Ces remarques sur les deux rubriques concomitantes de Dupont introduisent sa réponse à l’enquête menée par Paris-Journal sur Claudel, où Dupont se déclare ancien lecteur „bougrement enthousiaste“ qui ne voit plus dans le poète dramaturge qu’un publiciste, une „colonne Morris“ de l’Église. 31 À cette occasion, Paris-Journal recourt à Frick pour présenter Dupont et ses piques verbales: il „‚a de l’esprit de brasserie‘, comme dit M. Louis de Gonzague Frick“. 32 Le 18 juillet 1914, un certain Riquet à la Houppe, signataire d’un „Calepin“ durant ce mois d’été dans Paris-Journal, offre un long portrait d’André Dupont aux „réquisitoires infernaux, dressés contre les mânes littéraires“, „[o]rdonnateur des Pompes Funèbres“ animé d’„un enthousiasme démolisseur“. 33 Cette page de „Calepin“ fait de nouveau pénétrer les lecteurs dans le domicile de Dupont, non plus à l’heure du petit-déjeuner mais le „jeudi soir“ lorsque, avec sa femme, la chroniqueuse de mode de L’Action Française et du Petit Parisien Valentine Mas, alias Dame Pluche, André Dupont fait salon en recevant Marc Brésil et bien d’autres amis. 34 Le portrait, dans cette période, resterait incomplet s’il ne touchait pas au chien de la maison, décrit comme „un chien de races diverses“, forme de réplique au Loulou de Paul Lévy et aux questions d’origine soulevées par André Dupont chroniqueur. 35 La compagnie féline du foyer d’André Dupont s’associe également au débat des origines sociales et identitaires, avec la présence de „deux chattes, l’une de Siam, l’autre de gouttière“. 36 Au mois de mai 1914, Les Treize de L’Intransigeant, signature à laquelle contribue Dupont (et parfois Frick), mènent une brève enquête qui s’intéresse à la ménagerie des écrivains, au prétendu bénéfice des „historiens“. 37 Les Treize notent: „Chi-Li est chatte chez André Dupont“. 38 Quand l’information est relayée le 15 mai DOI 10.24053/ ldm-2023-0039 75 Arts & Lettres par un groupe de trois autres journaux, l’ajout d’une parenthèse fait office de riposte au „oua oua“ qui vient de clore la notice de Dupont sur Pierre Sales au numéro de mai des Écrits français: „Les Treize continuent leur petite histoire des écrivains et des animaux. […] M. André Dupont (rendons-lui sa politesse) [a] une chatte Chi-Li “. 39 Quelques restes du triangle de dissensions et de diplomatie Dupont-Lévy-Frick apparaissent dans la correspondance que Dupont entretient avec Apollinaire et avec Frick une fois la guerre venue. Dupont se charge, plus systématiquement encore qu’Apollinaire ou Frick, de diffuser des nouvelles, parfois en vers, sur leurs amis et connaissances. Le classement de Dupont dans le service auxiliaire le 6 octobre 1914 pour „myopie progressive“ lui permet de glâner des informations sur les amis désormais sur le front comme sur ceux qui, comme lui, se trouvent à l’arrière. 40 „[A]uxiliaire à courte vue“, il écrit de son adresse parisienne, „toujours planté dans son pigeonnier du 60 boulevard de Clichy“. 41 Le premier vers du poème épistolaire du 23 février 1915 d’Apollinaire se réjouit de cette manne continue de renseignements transmise par Dupont: „Vos lettres sont Dupont une bonne chronique“, la réciproque étant vraie pour Apollinaire. 42 C’est dans une lettre de Dupont expédiée de Paris, et qui peut être estimée à février 1915, que Paul Lévy surgit au milieu d’une liste sur l’actualité des mouvements et affectations. Dupont confie ainsi à Apollinaire que „Paul Lévy, de Paris-Journal […] a passé l’examen d’interprète“. 43 De fait, Lévy est mobilisé le 18 mars 1915 et rejoint aussitôt le 164 e Régiment d’Infanterie à Verdun, où dès avril il tombe malade „au cours des opérations“, victime d’une „bronchite chronique“ qui l’amène dans le service auxiliaire jusqu’en novembre 1918. 44 Le bout d’information donné par Dupont sur Lévy est entrecoupé par une réévaluation, plus sûrement une dévaluation, de Paris-Journal, devenu „papyrus moisi dans lequel [Apollinaire] envelopp[ait ses] chroniques [d’art] d’avant-guerre“. 45 Dupont rappelle ainsi à Apollinaire sa collaboration à Paris-Journal, à la rubrique des ‚Arts‘ qui lui a fait voisiner, à partir de mai 1914, la rubrique des ‚Lettres‘ où retentissaient alors les tensions Lévy- Dupont. 46 La facilité railleuse de Dupont, dans son journalisme comme dans ses lettres de guerre, conduit Apollinaire à couronner en février 1915 „[s]on ami André Dupont l’homme le plus méchant de Paris“. 47 Le 9 mars 1915, Apollinaire tente de détourner Dupont de ses mots agressifs de la veille contre Lucien Rolmer et sa revue La Flora, au sous-titre susceptible d’irriter Dupont, „Revue de la Grâce dans les Lettres et dans l’Art“. Dupont signalait dans sa lettre du 8 mars à Apollinaire le redémarrage de „La Flora, école de la grâce, qui fait à nouveau la retape“ et, sur ce ton homophobe, ajoutait qu’„[u]ne paire de coups de pieds au cul est moins offensante“ qu’une louange de Rolmer, „que le los du poète floraliste“, dans ce cas composé en faveur de „Joffre et Maurice Barrès“. 48 Apollinaire ne laisse pas passer ces mots de Dupont à l’encontre de Rolmer, qu’il défend en vers, mais à l’instar de Dupont sans ménager La Flora: „La Flora m’est venue et j’en fis l’examen / Elle sent le vieux foutre et non pas le jasmin / Mais il faut épargner Luc Rolmer ce brave Homme“. 49 Un an de guerre supplémentaire et les circonstances extrêmes de la vie de combattant viennent adoucir l’appréciation de grand „méchant“ de Dupont dans une lettre 76 DOI 10.24053/ ldm-2023-0039 Arts & Lettres qu’Apollinaire adresse le 21 février 1916 à un autre persifleur notoire, Léautaud. Apollinaire lui recommande la „gentilles[se]“ envers Dupont, dont il détaille le modus operandi: „Notez que Dupont a gardé dans ses lettres des tranchées cet esprit endiablé et rapide qui lui appartient et où il y a non de la méchanceté comme on a dit mais de la bravoure, du bon sens et de la bonne humeur“. 50 Près d’un mois après le décès de Dupont, l’hommage non signé de L’Intransigeant à la mémoire de son collaborateur disparu assure qu’il n’a jamais abandonné l’„esprit critique, caustique“ qui le caractérise mais a subi dans la guerre une „transformation“, que le journal ce 1 er avril 1916 relie au champ d’honneur: „il avait accepté le sacrifice avec une admirable hauteur d’âme“. 51 De son côté, Bloy, inconditionnel de Dupont, continue après sa mort à le décrire en guerrier contre la „médiocrité“, „armé d’une ironie froide et pénétrante comme l’acide“, réservant sa „douce[ur]“ à ses proches. 52 Ce portrait posthume adressé par Bloy à Fernand Divoire en ce 1 er avril 1916 est destiné à la feuille parente de L’Intransigeant, le Bulletin des écrivains, animé par Divoire, Picard et René Bizet. En 1934, dans son article mémoriel „Hommage aux écrivains tués à l’ennemi“, Picard, qui a évidemment connu les flèches de Dupont, écrira succinctement: „André Dupont, esprit mordant, homme bon“, revenant ainsi sur cette dualité de Dupont défendue par Apollinaire. 53 Dans sa correspondance avec Apollinaire où Dupont offre des mises à jour, Frick apparaît ici ou là, pour l’actualité de sa poésie ou pour des anecdotes sur ses affectations. Dupont marque la parution, au printemps 1915, du recueil de Frick Trèfles à quatre feuilles avec deux vers d’humour noir sur la poésie de guerre et la mort: „Ô Frick réveille Orphée avecque ton flingot / Le vers à l’heure actuelle n’est plus qu’un asticot“. 54 Une autre lettre de Dupont du début de l’année 1915 dessine Frick en Poilu tentant de préserver quelques attributs du poète. Frick doit ainsi, de manière tragi-comique, et en anticipation sur le „Poète au pot de fleurs“ de 1918-1919 de Dorgelès, défendre son „monocle“ et „sa lyre“ face aux attaques de l’adversaire: „Louis de Gonzague Frick, craignant pour son monocle les éraflures des shrapnels, pour sa gidouille la baïonnette et pour sa lyre les engelures a planté son fessier dans le train régimentaire“ parmi la nourriture, „emmi la bidoche et le légume“. 55 À cet endroit de la lettre, et comme pour parodier les quatrains de Trèfles à quatre feuilles, Dupont concocte quatre vers sur Frick où il est question de ravitaillement dans les deux camps qui se font face: „navet“ et „chou cabu“ pour les Français, „bran“ et „fragments de brique“ pour „le vil Teuton commandé par Ubu“. 56 Si Dupont imagine Frick parmi les légumes, le quatrain „fé[érique]“ de Trèfles à quatre feuilles consacré à Dupont l’entoure de fleurs (Frick en „lys“, Dupont en „orchidée“) et de fruits poussant sur les „mûriers“. 57 Par ailleurs, dans ses échanges épistolaires avec Apollinaire pendant la guerre, les rares fois où Frick évoque Dupont, c’est sur un plan informatif, pour une affectation ou une adresse. Le 4 septembre 1915, Frick dit avoir reçu „des nouvelles“ de Dupont „qui fume son Jacob en bon zouave“, cette pipe qui, pour Apollinaire, Frick ou Dupont est aussi clin d’œil à Max Jacob. 58 Le 5 mars 1916, le jour même où Dupont disparaît à Bevaux-sous-Verdun, Frick répond à une demande d’Apollinaire de lui fournir les coordonnées de Dupont, que DOI 10.24053/ ldm-2023-0039 77 Arts & Lettres le Bulletin des écrivains continue d’indiquer inchangées depuis décembre 1915: „Je ne connais pas l’adresse actuelle d’André Dupont. Vous pourriez la demander à son grand ami M. Paul Lombard 13 bis avenue Parmentier Paris“. 59 La réponse de Frick arrive dans une coïncidence malheureuse des dates et des mots portée par les aléas de la correspondance de guerre. Si Frick ignore à ce moment où joindre Dupont, ce dernier s’est aussi plaint à Apollinaire, à la date moins dramatique du 16 janvier 1916, d’être laissé sans „nouvelles des amis“ et constate la pénurie de lettres: „Silence dans tous les encriers depuis celui de Frick jusqu’à celui d’André Billy“. 60 La disparition de Dupont, plus encore que d’autres de ses proches, laisse une marque particulière sur Apollinaire, comme il le partage rétrospectivement avec Georgette Catelain en 1917. Il y repense en effet au moment du décès bouleversant de son ami René Dalize: „C’est avec la mort de mon ami André Dupont ce qui m’a le plus profondément touché dans cette guerre“. 61 Animé, à l’été 1916, par un esprit d’hommage en souvenir de Dupont, Apollinaire est impliqué dans la tentative de réunir pour la postérité la correspondance échangée par Dupont durant la guerre. Il demande à Madeleine Pagès en septembre 1916 de lui envoyer „les lettres de Dupont“ pour les „montrer à sa famille qui les recueille“. 62 Lorsque s’établiront dans l’entre-deux-guerres les soirées des Amis de 1914, groupement à but commémoratif, c’est Frick qui prendra la parole „en souvenir d’André Dupont“. 63 Également dans l’ordre des commémorations, en 1923, un article de Comœdia non signé mais avec des indices pointant vers Frick, courriériste au journal, regrette que le nom de Dupont soit absent du fascicule des „écrivains morts à la guerre“ préparé par Edmond Pilon pour la série des Vingt-cinq ans de littérature. 64 Dupont s’exprime autrement encore sur lui-même, la guerre et ses amis dans une lettre inédite à Frick au commencement de l’automne 1915, reproduite à la fin de cette étude. La lettre est conservée dans l’ensemble de correspondance de Frick de la Carlton Lake Collection au Harry Ransom Center, The University of Texas at Austin. Non daté, cet envoi porte le cachet de la poste du 26 septembre 1915. Dupont écrit du 1 er Régiment de Zouaves, 4 e Compagnie, 1 er Secteur, Milly (Seine et Oise), et expédie sa lettre à Frick au Train Régimentaire du 269 e de Ligne, Secteur Postal 128. Comme en écho aux lettres et vers du début 1915, Dupont continue de situer Frick en plein cœur du ravitaillement militaire, devenu moins appétissant, „entre [des] sacs bedonnants de légumes ou [des] boules de pain grisâtres, indigestes et moisies“. Grâce au Bulletin des écrivains, il est de notoriété publique que Frick souffre de rhumatismes, et Dupont s’en empare en parodiant l’extrême politesse de son correspondant, le „messieurs les Allemands“ de Frick se muant en „messieurs vos rhumatismes“: „Que disent messieurs vos rhumatismes de ce pissât que lâche la vulve du firmament? “. 65 Dupont balance, à la fin de sa phrase, entre l’humour militaire et le type de vers qui formeront la plaquette de poèmes érotiques de 1921 de Frick, Le Calamiste alizé, longtemps circulés sous le manteau avant leur publication, comme le signale en 1919 Jean Pellerin, lui-même présent dans la lettre de Dupont pour son „humour“. 66 78 DOI 10.24053/ ldm-2023-0039 Arts & Lettres D’emblée, au début de la lettre du 26 septembre 1915, le poète et la poésie sont mis en avant. Dupont s’adresse à Frick comme „Mon harpeur“, et en cela, il reprend un bout de l’expression que Frick lui a octroyée le 5 juin 1914 dans son quintil de Paris-Journal, „un harpeur céraunien“, où la foudre jupitérienne du „céraunien“ laissait entendre, comme on l’a vu, la véhémence des chroniques et autres interventions de Dupont. Le 26 septembre 1915, une certaine violence est attachée au „harpeur“ Frick qui, en poète-soldat, se trouve sous un feu autre que mythologique. Dupont s’interroge sur les écrits en cours du fantassin, du „boboss[e]“ du 269 e de Ligne, sur leur rythme de composition et offre un titre provisoire à cet ensemble, une „Métaphysique de la Patience“, évoquée ailleurs par Dupont dans une lettre à Apollinaire du 13 septembre 1915. Le „temps“ compté de la vie militaire entre dans ce calcul exigeant de „Patience“, où le loisir manque pour „jouer du calame“, pour écrire avec ce fin roseau, quand Frick n’a généralement à disposition, comme il le dit en poème, qu’„un bien pâle crayon“ et „un mince cahier“. 67 Cette „Métaphysique de la Patience“ correspond, sauf erreur, au recueil que Frick est en train d’élaborer et qui portera le titre plus guerrier Sous le Bélier de Mars - Campagne 1916. 68 La poursuite de l’écriture continue dans l’automne pour Frick, qui „expérimente sans doute de nouvelles greffes au Jardin des racines grecques“, d’après Dupont toujours végétalisant. 69 Dupont recycle ici l’expression de „Jardin des racines grecques“ employée en 1914 dans l’une de ses silhouettes corsées des Soirées de Paris, en l’occurrence aux dépens d’Anatole France, „[h]orticulteur rabougri“, „mâche-lexiques“, dreyfusard portant „le souvenir rance du Bordereau“ dans son „insipide volume l’Île des Pingouins“, comme ne néglige pas d’en faire la remarque Dupont sur son versant antisémite. 70 En septembre 1915, quand il écrit à Frick, Dupont est toujours cantonné à Milly, en attente de partir pour le front, situation saisie dans l’image populaire de la mort „le cortège de la Camarde“. Il se projette dans ce sombre futur, que vient peut-être égayer la singularité de l’uniforme de zouave. Dupont s’amuse à se décrire „habillé de caramel“, en allusion au pantalon bouffant de couleur rouge-marron de son régiment. Pour Apollinaire, le 12 août 1915 en correspondance avec Dupont, cet uniforme représente une promesse de spectacle de mode militaire. Apollinaire „espère bien […] rencontrer“ Dupont „avec [son] pantalon extrêmement bouffant“. 71 La lettre réitère en finale et en toute clarté le souhait de pouvoir contempler Dupont dans son nouvel accoutrement: „Enfin, je voudrais bien vous voir en zouave“. 72 Durant cette période où chacun est ballotté entre affectations, permissions, séjours au front ou à l’hôpital, l’attention à l’image de l’autre se traduit par la demande et l’échange de photographies en tenue militaire. Ainsi, le 26 septembre 1915, Dupont mentionne à Frick avoir reçu un portrait de Jean Pellerin, affecté dans la très convoitée aérostation depuis mars, „une photo d’amateur le révélant en aviateur“. 73 Cette circulation d’amicales photographies sous l’uniforme, réalisées professionnellement ou non, suggère que Dupont lui-même aurait déjà adressé son cliché d’„un Dupont Zouave“ à Pellerin, puisqu’il offre de répéter ce geste pour Frick en échange de l’„image d’un Louis de Gonzague de mobilisation“, pour consommation „dans les tranchées“. La „photographie amusante“ de Pellerin a été évoquée une dizaine de jours plus tôt, DOI 10.24053/ ldm-2023-0039 79 Arts & Lettres quand Dupont entendait compléter son „album guerrier“ d’un cliché d’Apollinaire. 74 La collecte de portraits de guerre connaît déjà une certaine vogue au printemps 1915, comme il apparaît dans une lettre à Apollinaire. Dupont passe par la technique ancienne du „daguerréotype“, aux sonorités martiales bien du moment, pour parler d’un cliché reçu de Marc „Brésil guerrier“. 75 De manière encore un peu désuète, Dupont analyse cette image sur laquelle est fixé un Marc Brésil dont la „‚barbiche ironique et pointante‘ prolonge [le] menton“, alors qu’„un air d’audace s’est installé à demeure sur son visage“. 76 Dupont insiste, en vers, sur le décalage entre cette allure nouvellement dictée par la guerre et le monde des cercles littéraires fréquentés lorsqu’ils n’étaient encore que des civils: „On voit malaisément ce Brésil à barbiche / Figurer désormais aux soirées de la ‚Biche‘“, allusion aux conférences du jeudi tenues en 1913-1914 tantôt au café La Biche, tantôt à la Maison de Balzac, et où interviennent parmi d’autres Picard, Rolmer ou… Arthur Cravan. 77 La photographie en Poilu contribue de la sorte à distinguer le front et l’arrière, et marque la rupture avec les habitudes de la gent littéraire d’avant-guerre. Quand il écrit à Frick le 26 septembre 1915, Dupont endosse son rôle d’informateur sur les allées et venues de leurs familiers du monde littéraire. Marc Brésil - officiellement et pour l’armée François Besson - est rendu en Bretagne, à Roscoff, malade et réformé depuis le 2 août 1915 pour tuberculose pulmonaire. 78 Se trouve aussi à Roscoff Henri Vandeputte, qui n’est pas sous l’uniforme et est lui-même un compagnon des Écrits français, chargé dès le premier numéro de la rubrique consacrée aux revues. La lettre de Dupont semble évoquer pour Frick „le jeune Marc Brésil“ comme s’il s’agissait d’un personnage nouveau dans sa fonction déchue d’„ex-codirecteur de ces Écrits français verts comme l’absinthe“, de la couleur choisie pour leur couverture. La référence à Vandeputte peut faire allusion à sa revue plus ancienne Antée, imprimée à Bruges, à travers le verbe „hante“ et l’évocation bien à propos des relations France-Belgique: „Le jeune Marc Brésil […] hante Roscoff avec Vandeputte qui avait annexé la France à la Belgique“. Cela pourrait aussi montrer le désargenté Vandeputte, en civil, à „hante[r]“ les champs de bataille, lui que Montfort, en 1930, va qualifier de manière rocambolesque de „ramasseur et marchand de souvenirs de guerre“ pour son entrepreneuriat de pillage né du conflit. 79 Vandeputte aurait participé, tôt dans la guerre, à un trafic d’objets récupérés dans les zones de combat pour une revente à profit. Enfin, ce 26 septembre 1915, Dupont mentionne à Frick avoir reçu d’Apollinaire „une fort curieuse lettre où la martialité du maréchal de logis flirte avec la fantaisie de l’Hérésiarque“, sans autre précision sur le contenu ni sur la date. À défaut d’une lettre plus proche dans le temps, celle du 12 août 1915 d’Apollinaire à Dupont, en réponse à un envoi du 5 août, offre des parallèles avec ce que Dupont écrit à Frick le 26 septembre. En effet, dans le registre „martia[l]“, Apollinaire encourage Dupont le 12 août à quitter Milly pour rejoindre le front: „hâtez-vous d’aller sur le Front, on y est mieux qu’au dépôt“. 80 Le 5 août, Dupont prévoyait son départ dans un délai d’„un mois [à] six semaines“. 81 Sortir de „ce camp d’instruction et de désarticulation“ de 80 DOI 10.24053/ ldm-2023-0039 Arts & Lettres Milly est sans doute un pis-aller pour Dupont, qui appelle à l’aide la poésie d’Apollinaire: „envoyez-moi des vers, ami, pour ‚tacler‘ ma mélancolie, et décerveler mon cafard“. 82 Ce mois d’août 1915, Dupont se voit effectivement entre deux compagnons encombrants dans un lieu désolant, „à Milly, infime patelin égaré entre des bois atteints de calvitie“: „J’ai Ramollot pour capitaine et Cafard s’est fait mon copain“. 83 Quand Dupont contacte Frick le 26 septembre, il s’impatiente à voir partir de Milly des soldats en petit nombre, „une grappe de mitrailleurs“ et „quelques vieux territoriaux“, en se demandant encore quand sera „[s]on tour“. L’attente et l’ennui sont résumés à la fin de cette missive: „peu d’événements secouent Milly et de son ciel morne ne tombent que des punitions“, circonstances certes moins périlleuses que sur le front. Les „punitions“ sont aussi pour Dupont très concrètes, subies régulièrement sous les ordres de ses supérieurs. Dans une lettre à Apollinaire durant l’automne, Dupont est effectivement „pun[i]“: „C’est de la tôle que je vous écris“, par ailleurs convaincu à cette date que „[s]on départ approche“. 84 Annonçant à Apollinaire, le 5 août 1915, son tout nouveau statut de zouave avec l’uniforme aux „vastes pantalons“, Dupont se lamente des entraînements interminables et futiles: „Perdu dans mes culottes, je fais le militaire“. 85 À son tour, le 12 août, Apollinaire s’amuse, pour le contraste, à habiller la „taille assez petite“ de Dupont en „pantalon extrêmement bouffant“ de zouave. 86 Apollinaire poursuit dans cette veine de „fantaisie de l’Hérésiarque“, selon l’expression de Dupont à Frick le 26 septembre, agrémentée d’un optimisme combattant. Il installe confortablement Dupont au front en costume de zouave du fait de sa hauteur très moyenne de 1 m 66, „ce qui est bien agréable dans les tranchées“: „Vous bénirez alors le ciel qui ne vous a pas laissé grandir“. 87 Le scénario de Dupont zouave a commencé musicalement pour Apollinaire, qui verrait facilement Dupont, tel un „brigadier“ un peu „brindezingue“ de son régiment, chanter sur les paroles: „Je suis zouave et je l’sais bien / Que tout n’est pas rose à la guerre“. 88 Lorsque Dupont, au tournant de l’année 1915, découvre le quotidien du front, il adresse une riposte made in Apollinaire: „Et vous qui me vantiez la vie du front, espèce d’enchanteur pourrissant! “. 89 Plus que jamais désabusé, Dupont a sans doute peu de goût pour entonner la chanson de zouave transmise par Apollinaire. En décembre 1915, lorsque Dupont raconte une nuit passée aux abords d’un champ de bataille, la tranchée, défigurée par l’eau et la gadoue, n’a plus rien de commun avec les images popularisées pour le grand public „par L’Illustration“. 90 Dupont lui-même, dans ces conditions désastreuses, est métamorphosé et „ressemble à un gros havane“, „enroul[é] dans sa toile de tente“, „[c]ouvert de boue gluante des pieds à la tête“. 91 Au front, dans ces quelques semaines avant sa mort, il reste le dur et ironique observateur de sa situation tout en s’inquiétant de ses amis à travers ses lettres, ce que l’on voit déjà dans la douceur mêlée d’humour caustique de son envoi à Frick, à „Mon harpeur“, le 26 septembre 1915: DOI 10.24053/ ldm-2023-0039 81 Arts & Lettres Lettre autographe signée d’André Dupont à Louis de Gonzague Frick, non datée, avec enveloppe portant le cachet de la poste du 26 septembre 1915, conservée dans la Carlton Lake Collection au Harry Ransom Center, The University of Texas at Austin. Mon harpeur, Avance-t-elle par bonds comme les bobosses votre „Métaphysique de la Patience“ et comment trouvez-vous le temps de jouer du calame entre vos sacs bedonnants de légumes ou vos boules de pain grisâtres, indigestes et moisies. Que disent messieurs vos rhumatismes de ce pissât que lâche la vulve du firmament? Ici les départs pour le cortège de la Camarde donnent chaque semaine. Tantôt une grappe de mitrailleurs se détache de nous, tantôt quelques vieux territoriaux sur le menton desquels se hérisse une herbe grise sont hissés sur des convois de ravitaillement et prennent la direction de deux rosses. Ce sera peut-être bientôt mon tour, et habillé de caramel je bondirai avec ma fourchette, 92 mon sac à déménagement suspendu aux épaules et ma fidèle pipe aux crocs. 93 Le jeune Marc Brésil ex-codirecteur de ces Écrits français verts comme l’absinthe hante Roscoff avec Vandeputte qui avait annexé la France à la Belgique. Arbouin sergent au 150 ème , planté dans ses tranchées de première ligne renifle obus et shrapnels. 94 Apollinaire m’a écrit une fort curieuse lettre où la martialité du maréchal de logis flirte avec la fantaisie de l’Hérésiarque. Pellerin, Jean, est toujours un correspondant fidèle d’un humour charmant et heureusement si peu poilu. Il m’a envoyé une photo d’amateur le révélant en aviateur. Si dans vos coffres vous possédez une image d’un Louis de Gonzague de mobilisation, baillez m’en un exemplaire et je serai furieusement content. Je vous enverrai pour „regarder dans les tranchées“ un Dupont Zouave. Mon cher Louis, excusez cette lettre petite, mais peu d’événements secouent Milly et de son ciel morne ne tombent que des punitions. Je vous embrasse, André Dupont 1 Louis de Gonzague Frick, „Los“, rubrique „Les Lettres“, Paris-Journal, nº 2324, 5 juin 1914, 3. 2 Cf. André Dupont, „Hector Fleischman“, rubrique „Funérailles“, Les Écrits français, 2 e année, nº 4, 5 mars 1914, 93. 3 Paul Lévy, „Mœurs déplorables“, rubrique „Les Lettres“, Paris-Journal, nº 2243, 16 mars 1914, 3. 4 Ibid. La combativité de Lévy, connue à l’égard de Claudel malmené par les Surréalistes en 1925 ou dans ses avertissements insistants contre Hitler, remonte au moins à ses liens avec L’Aurore de Clemenceau. Dans les pages de ce journal en 1905, suite à des progroms en Russie, Lévy „conseill[e] aux juifs“, face à l’indifférence générale, „de s’armer jusqu’aux dents et de résister jusqu’à la mort“ (Paul Lévy, „Les massacres de Juifs en Russie - Le récit des ‚Novosti‘“, L’Aurore, nº 2772, 22 mai 1905, 1). Sont dénoncés en même temps les „massacre[s] d[e] milliers d’Arméniens“ et les „tueries dans les Balkans“ (ibid). Ailleurs et sur un plan plus individuel comme il le fait avec Dupont, Lévy s’en prend en 1916 à Maurras qui, dans L’Action française, considère le journaliste de la presse de gauche Victor Snell 82 DOI 10.24053/ ldm-2023-0039 Arts & Lettres comme un embusqué de par sa naissance suisse et son retrait du service armé. La riposte de Lévy fait valoir les graves problèmes de santé de Snell, malgré tout engagé volontaire durant un an, et s’interroge parallèlement sur „ce qui retient loin du feu M. Léon Daudet, ‚gaillard solide et bien bâti‘“, expression empruntée à celle de Maurras pour Snell, cible répétée de L’Action française (Paul Lévy, „Gens de l’arrière“, L’Heure, 2 e année, nº 166, 25 juin 1916, 1). 5 Pour les rapports entre Dupont et Bloy et pour les réserves émises par Dupont à l’égard de l’Action française, cf. Benoît Le Roux, „André et Valentine Dupont - Deux jeunes amis du vieux Léon Bloy“, in: Léon Bloy dans l’Histoire, ed. Samuel Lair, Benoît Mérand, Paris, Classiques Garnier, 2021, 277 et 285. 6 „M. Dupont critique d’Art“, Le Bonnet rouge, 2 e année, nº 9, 17 janvier 1914, 13. 7 Paul Lévy, „Mœurs déplorables“, Paris-Journal, op. cit., 16 mars 1914, 3. 8 La lettre de Dupont est introduite par quelques mots de Lévy, dans „Une réponse“, rubrique „Les Lettres“, Paris-Journal, nº 2244, 17 mars 1914, 3. 9 Lettre d’André Dupont, dans „Une réponse“, Paris-Journal, op. cit., 17 mars 1914, 3. 10 „M. Paul Lévy, de Paris-Journal…“, à la rubrique du „Petit Courrier des Lettres et des Arts“, Le Bonnet rouge, 2 e année, nº 101, 16 juin 1914, 3. 11 „Le déjeuner des amis“, Le Petit Moniteur universel, nº 171, 22 juin 1914, 3. 12 Pour le déjeuner du 12 juillet où sont présents les Dupont, cf. „Le déjeuner des amis“, Paris- Journal, nº 2338, 12 juillet 1914, 3. 13 Cf. „Le déjeuner des amis“, Le Petit Moniteur universel, nº 185, 6 juillet 1914, 3. 14 Lettre d’André Dupont, dans „Une réponse“, Paris-Journal, op. cit., 17 mars 1914, 3. 15 Paul Lévy, „Le chien dans la littérature“, rubrique „Les Lettres“, Paris-Journal, nº 2191, 23 janvier 1914, 3. 16 [Paul Lévy], „Les chiens du Tigre“, Aux Écoutes, 8 e année, nº 410, 28 mars 1926, 6. 17 André Dupont, „Pierre Sales“, rubrique „Funérailles“, Les Écrits français, 2 e année, nº 6, 5 mai 1914, 92-93. En avril 1914, Georges Anquetil reprend Le Courrier français, où Picard devient secrétaire de la rédaction et Hervieu directeur littéraire. Picard et Hervieu forment également une double signature littéraire, coauteurs de contes aux allures naïves et populaires, tels „La Paix des champs“ publié par Comœdia en août 1911 ou „Un honnête homme“ par Le Matin en juillet 1913. André Dupont peut avoir regardé de haut le bref récit de Picard donné à L’Intransigeant en 1913 sous le titre „Conseil de révision“, devant lequel un jeune de matricule „515“ se présente avant de retourner annoncer à sa famille émue être déclaré „bon“ pour le service (Gaston Picard, „Le conseil de révision“, L’Intransigeant, nº 11937, 21 mars 1913, 1). 18 André Dupont, „Pierre Sales“, Les Écrits français, op. cit., 5 mai 1914, 92-93. La question de l’Alsace-Lorraine et des rapports de force avec l’Allemagne intéresse Lévy dès ses années à L’Aurore, comme dans son article de 1907 qui défend „Le Théâtre français en Alsace-Lorraine“ et appelle au ralliement national (cf. L’Aurore, nº 3673, 11 novembre 1907, 1-2). Plus tard, dans Aux Écoutes, Lévy réaffirme sans relâche sa méfiance à l’encontre de l’Allemagne. 19 André Dupont, „Pierre Sales“, Les Écrits français, op. cit., 5 mai 1914, 93. Dupont fait sienne la formule argotique de redingote en sapin. 20 Ibid. 21 Ibid. 22 Paul Lévy, „À propos d’une ‘redingote de planches’“, rubrique „Les Lettres“, Paris-Journal, nº 2323, 4 juin 1914, 3. 23 Ibid. DOI 10.24053/ ldm-2023-0039 83 Arts & Lettres 24 Sur ce rôle habituel à Frick, se reporter à notre étude, Stephen Steele / Anne-Françoise Bourreau-Steele, „Louis de Gonzague Frick, l’amical dandy“, in: Edyta Kociubińska (ed.), L’Artiste de la vie moderne - Le dandy entre littérature et histoire, Leiden-Boston, Brill, 2023, 242-259. 25 Billy remarque ce penchant de Frick pour le los dans sa rubrique signée Jean de l’Escritoire, „Gazette des Lettres“, Paris-Midi, nº 659, 26 novembre 1912, 2. 26 Tous et un, rubrique „Les Lettres“, Paris-Journal, nº 2319, 31 mai 1914, 3. 27 Ibid. 28 Ces „pointes xénophobes et antisémites“ se „multiplie[nt]“ de la part de Dupont dans Les Écrits français, remarque Benoît Le Roux, „André et Valentine Dupont“, dans Léon Bloy dans l’Histoire, op. cit., 287. 29 Cf. „Quatre directeurs“, rubrique „Les Lettres“, Paris-Journal, nº 2340, 15 juillet 1914, 3. 30 Tous et un, „Enquête sur Paul Claudel“, Paris-Journal, nº 2392, 7 juillet 1914, 3. 31 André Dupont, réponse à l’enquête sur Paul Claudel, Paris-Journal, nº 2392, 7 juillet 1914, 3. Cette réponse et l’introduction qui la précède sont reproduites par Christine Jacquet-Pfau dans son édition du Corpus d’enquêtes: 1900-1930 - 1. Maurice Barrès, Paul Claudel, Romain Rolland, Fasano, Schena / Paris, Nizet, 1995, 119. Témoins de l’admiration passée de Dupont pour Claudel, ses notices du „Porte-Plume“ de juillet-septembre 1912 dans Pan se révèlent assassines pour tous, sauf pour l’auteur de Tête d’Or. 32 Frick est cité par Tous et un, „Enquête sur Paul Claudel“, Paris-Journal, op. cit., 7 juillet 1914, 3. 33 Riquet à la Houppe, „Mon calepin: André Dupont“, rubrique „Les Lettres“, Paris-Journal, nº 2343, 18 juillet 1914, 3. Les „Silhouettes au fiel et au miel“ signées dans Les Soirées de Paris le 15 mai 1914 exposent Dupont aux mêmes remarques. 34 Riquet à la Houppe, „Mon calepin: André Dupont“, Paris-Journal, op. cit., 18 juillet 1914, 3. Au décès de Valentine Dupont, cinq ans après son époux, c’est à une consoeur de la presse que Paul Lévy rend hommage dans Aux Écoutes, nº 199, 12 mars 1922, 10. La pérennité d’Aux Écoutes va aussi permettre à Lévy d’offrir du travail rémunérateur à Frick, y compris au lendemain de la Deuxième Guerre lorsque la publication est relancée. Cf. le témoignage de Marcel Sauvage, „Ça manque de sang dans les encriers“ - Mémoires 1895-1981, recueillis par Jean José Marchand, ed. Vincent Wackenheim, Paris: Éditions Claire Paulhan, 2021, 164. 35 Riquet à la Houppe, „Mon calepin: André Dupont“, Paris-Journal, op. cit., 18 juillet 1914, 3. En 1911, selon la petite histoire, les Dupont ont récupéré chez Léautaud un chien, Haps. Cf. Benoît Le Roux, „André et Valentine Dupont“, in: Léon Bloy dans l’Histoire, op. cit., 289. 36 Riquet à la Houppe, „Mon calepin: André Dupont“, Paris-Journal, op. cit., 18 juillet 1914, 3. 37 Cf. Les Treize, „Leurs amis“, L’Intransigeant, nº 12349, 7 mai 1914, 2. 38 Les Treize, „Leurs amis“, L’Intransigeant, nº 12356, 14 mai 1914, 2. 39 Cf. le trio L’Estafette, L’Ordre de Paris et Le Petit Moniteur universel du 15 mai 1914. 40 Mobilisé début août 1914, Dupont, après son passage dans le service auxiliaire, aura sa situation réévaluée par la Commission de Réforme et rejoindra le „service armé“ le 6 juillet 1915. Cf. le matricule militaire d’André Dupont, nº 997, 6 e Bureau de la Seine, Archives de Paris, classe 1904. 41 Carte postale militaire de Dupont à Apollinaire, non datée mais estimée à la fin de l’année 1914, in: Lettres reçues par Guillaume Apollinaire, ed. Victor Martin-Schmets, t. II, Paris, Champion, 2018, 241. 42 Lettre d’Apollinaire à Dupont, du 23 février 1915, in: Guillaume Apollinaire, Correspondance générale, ed. Victor Martin-Schmets, t. II-1, Paris, Champion, 2015, 157-162, ici 157. 84 DOI 10.24053/ ldm-2023-0039 Arts & Lettres 43 Lettre de Dupont à Apollinaire, non datée, in: Lettres reçues par Guillaume Apollinaire, op. cit., 240-241, ici 240. 44 Pour les états de service de Paul Lévy, cf. son dossier de Légion d’Honneur (images 6 et 10) sur la Base de données Léonore (Archives nationales, site de Pierrefitte-sur-Seine). 45 Lettre de Dupont à Apollinaire, non datée, in: Lettres reçues par Guillaume Apollinaire, op. cit., 240. 46 Dupont peut aussi avoir à l’esprit la participation sporadique d’Apollinaire à Paris-Journal depuis 1910, activité notée en détails, in: Guillaume Apollinaire, Œuvres en prose complètes, ed. Pierre Caizergues / Michel Décaudin, t. II, Paris, Gallimard, 1991, 1552. 47 Lettre d’Apollinaire à Louise de Coligny, du 6 février 1915, in: Guillaume Apollinaire, Correspondance générale, t. II-1, op. cit., 2015, 131-132, ici 132. 48 Lettre d’André Dupont à Apollinaire, du 8 mars 1915, in: Lettres reçues par Guillaume Apollinaire, op. cit., 244. Ce passage de la lettre cible tout aussi violemment Madame Aurel, dont les propos dans ce numéro de La Flora déplaisent à Dupont. 49 Lettre d’Apollinaire à André Dupont, du 9 mars 1915, in: Guillaume Apollinaire, Correspondance générale, t. II-1, op. cit., 2015, 199. 50 Lettre d’Apollinaire à Paul Léautaud, du 21 février 1916, in: Guillaume Apollinaire, Correspondance générale, t. III-1, op. cit., 2015, 93-95, ici 94. 51 La notice „Un de nos collaborateurs…“, qui pourrait être de Divoire, paraît dans L’Intransigeant, nº 13045, 1 er avril 1916, 1. 52 Lettre de Léon Bloy à Fernand Divoire, du 1 er avril 1916, in: Léon Bloy, Journal II, 1907- 1917, ed. Pierre Glaudes, Paris, Robert Laffont, 1999, 532-533, ici 532. Pour la „douce[ur], cf. la lettre de Bloy à Dupont du 1 er décembre 1915 (ibid.: 512). 53 Gaston Picard, „Il y a vingt ans - Hommage aux écrivains tués à l’ennemi“, Les Nouvelles Littéraires, 12 e année, nº 616, 4 août 1934, 8. 54 Lettre de Dupont à Apollinaire, non datée, in: Lettres reçues par Guillaume Apollinaire, op. cit., 237-240, ici 238. Dans la même lettre, un quatrain à Apollinaire évoque les „feux Écrits françois“ (pour rimer avec „Bourgeois“) et l’une des signatures de la revue, „Fantomas“ (ibid.: 239). 55 Lettre de Dupont à Apollinaire du 21 février 1915, in: Lettres reçues par Guillaume Apollinaire, op. cit., 241-243, ici 242. 56 Ibid. 57 Louis de Gonzague Frick, strophe 39 de Trèfles à quatre feuilles, in: Sédentaire citoyen d’Haussmannie - Poèmes choisis, ed. Anne-Françoise Bourreau-Steele / Stephen Steele, Paris, Classiques Garnier, 2021, 42. 58 Lettre de Frick à Apollinaire du 4 septembre 1915, in: Lettres reçues par Guillaume Apollinaire, op. cit., 582. Le „qui fuine [? ] son Jacob“ est rectifié ici sur la base de l’original de la lettre à la BnF. Dupont est incorporé au 1 er Régiment de Zouaves le 23 juillet 1915; cf. le matricule militaire d’André Dupont, nº 997, 6 e Bureau de la Seine, Archives de Paris, classe 1904. 59 Lettre de Frick à Apollinaire du 5 mars 1916, in: Lettres reçues par Guillaume Apollinaire, op. cit., 588-589, ici 588. À Paris, sans Dupont, ce sont deux âmes esseulées, Lombard et Brésil, qui hantent „le Cyrano de Montmartre“, café „désormais“ „sans âme“ „depuis que le zouave André Dupont se bat en Champagne“ (Moncrif, „Les cafés littéraires pendant la guerre“, Mercure de France, nº 421, 1 er janvier 1916, 191). En mars 1915, Apollinaire faisait encore boire ensemble Dupont et Lombard dans un poème épistolaire alcoolisé (Apollinaire, „Si vous savez ce que Dupont boit, Paul Lombard…“, in: Guillaume Apollinaire, Œuvres poétiques, ed. Marcel Adéma / Michel Décaudin, Paris, Gallimard, 1990, 828). DOI 10.24053/ ldm-2023-0039 85 Arts & Lettres 60 Lettre de Dupont à Apollinaire, du 16 janvier 1916, in: Lettres reçues par Guillaume Apollinaire, op. cit., 255-256, ici 256. 61 Lettre d’Apollinaire à Georgette Catelain, du 21 mai 1917, in: Guillaume Apollinaire, Correspondance générale, t. III-1, op. cit., 2015, 344-345, ici 345. Annette Becker, entre autres, reprend la phrase dans Apollinaire, une biographie de guerre, Paris, Tallandier, 2009, 158- 159. 62 Lettre d’Apollinaire à Madeleine Pagès, du 16 septembre 1916, in: Guillaume Apollinaire, Correspondance générale, t. III-1, op. cit., 2015, 189-190, ici 189. Ce point est relevé par Benoît Le Roux, „André et Valentine Dupont“, in: Léon Bloy dans l’Histoire, op. cit., 290. Et, comme cela est souvent signalé, Apollinaire ajoute à la fin du Poète assassiné sa nouvelle „Cas du brigadier masqué c’est-à-dire le poète ressuscité“, dédiée à titre posthume à Dupont (cf. la note à cette nouvelle par Michel Décaudin dans les Œuvres en prose complètes, t. 1, Paris, Gallimard, 1977, 1318-1319). 63 Cf. „Chez les Amis de 1914“, Comœdia, nº 7720, 30 mars 1934, 3. 64 „Les Écrivains morts à la guerre“, dans la rubrique „Les livres du jour“, Comœdia, nº 3931, 22 septembre 1923, 5. L’article déplore aussi l’omission du poète et égyptologue André Godin, ami de Dupont et de Frick. 65 Le Bulletin des écrivains donne des nouvelles de la condition rhumatismale de Frick à la fin de l’année 1914 (cf. Stephen Steele / Anne-Françoise Bourreau-Steele, Louis de Gonzague Frick dans tous ses états - Poète, soldat, courriériste, ami, Paris, Classiques Garnier, 2017, 118). 66 Ibid.: 238 pour Pellerin et Le Calamiste. En 1919, lorsque meurt Tailhade, Pellerin lui trouve deux successeurs, „le truculent“ Dupont à titre posthume et Frick, „fils spirituel“ de Tailhade (Jean Pellerin, „Laurent Tailhade“, La Lanterne, 43 e année, nº 15441, 4 nov. 1919, 3). 67 Cf. sa „Complainte du poète en campagne“ et la version en prose de L’Ambulance, in: Sédentaire citoyen d’Haussmannie, op. cit., 70-72, ici 70sq. Apollinaire a déjà souhaité stimuler l’écriture de Frick en lui plaçant dans la main „un crayon pâle / Plus pâle même qu’un glaçon / Qu’une opale“, dans un poème épistolaire adressé à André Billy le 17 mars 1915, „Brousson survit chez sa nourrice…“, in: Guillaume Apollinaire, Œuvres poétiques, op. cit., 768-769, ici 768. 68 Le 13 septembre 1915 dans sa lettre à Apollinaire, Dupont se réfère à cette „métaphysique de la patience“ comme à „un opuscule“ qui prendrait „les dimensions d’un bottin“ dans les „propos“ exagérés de la „mère“ de Frick, Marie-Thérèse Frick, très à l’aise avec les poètes amis de son fils, comme Max Jacob; cf. Lettres reçues par Guillaume Apollinaire, op. cit., 251. 69 Lettre de Dupont à Apollinaire, du 1 er novembre 1915, in: Lettres reçues par Guillaume Apollinaire, op. cit., 252. 70 Ce portrait d’„Anatole France“ par Dupont est cité ici directement de sa version manuscrite, du Cahier II intitulé „Porte-Plumes d’André Rédan“ (pseudonyme d’André Dupont), fº 35- 36, conservé aujourd’hui à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris. Henriette Charasson se sert de ces cahiers en 1918 pour son hommage à „André Dupont“, Le Divan, nº 56, décembre 1918, 721-732, ici 724. Plus tard, ces cahiers semblent être restés entre les mains de l’ami de Dupont, Paul Lombard, puisqu’un „Passe-partout“ à son nom en date du 2 décembre 1940 a été préservé à l’intérieur du cahier I. Ce passe-partout autorise Lombard, condamné pour ses activités de journaliste à l’épuration, à avoir accès au „Voyage officiel de M. le Maréchal de France, Chef de l’État, à Marseille les 3 et 4 Décembre 1940“; cf. le Cahier I, BHVP. 86 DOI 10.24053/ ldm-2023-0039 Arts & Lettres 71 La lettre d’Apollinaire à Dupont datée du 12 août 1915 a été acquise par la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris en 2022, peu après avoir refait surface, et ne figure pas dans la Correspondance générale. 72 Ibid. 73 Le registre matricule de Pellerin indique qu’il est passé au 2e groupe d’aviation le 30 mars 1915 (Matricule militaire de Jean Pellerin, nº 472, Bureau de Grenoble, Archives départementales de l’Isère, classe 1905). 74 Lettre de Dupont à Apollinaire, du 13 septembre 1915, in: Lettres reçues par Guillaume Apollinaire, op. cit., 251. 75 Lettre de Dupont à Apollinaire, du 2 avril 1915, in: Lettres reçues par Guillaume Apollinaire, op. cit., 245-246, ici 246. 76 Ibid. 77 Ibid. Dans son itinéraire de „Montmartre à Montparnasse“, Maurice Verne place La Biche à proximité des Écrits français, situés „pas loin de Montjoie“ dans un espace étroit au-dessus des „stocks de l’éditeur Calmann-Lévy“, où ils reçoivent le vendredi alors que le jeudi est réservé au „cercle de jeunes conférenciers“ de „La Biche“, situé d’ordinaire dans le quartier Notre-Dame-de-Lorette, où réside Frick. Maurice Verne, „Visages et paysages…“, L’Intransigeant, nº 12408, 5 juillet 1914, 1. 78 Matricule militaire de François Besson (alias Marc Brésil), nº 354, Archives départementales de Haute-Savoie, classe 1902. Brésil est engagé volontaire depuis le 11 septembre 1914. 79 Eugène Montfort, „Henri Vandeputte“, rubrique „Visages d’hier et d’aujourd’hui“, Candide, nº 304, 9 janvier 1930, 4. Martin-Schmets évoque cet article, bien lisible dans Candide, et rappelle le récit, fictif ou non, d’un obus ramené à Paris (Victor Martin-Schmets, „Henri Vandeputte, un Belge de Paris - André Blandin, un Français de Bruxelles“ dans Amis européens d’Apollinaire, ed. Michel Décaudin, Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 1993, 31-62, ici 37). 80 Il s’agit de la lettre d’Apollinaire à Dupont du 12 août 1915, conservée à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, citée de son état manuscrit. Apollinaire, qui va devenir maréchal des logis fin août, exprime son ambition militaire et partage avec Dupont, allergique à l’armée, son souhait d’obtenir une décoration, „la croix de guerre“, „seule distinction honorifique qui [l]’ait jamais tenté“ (ibid.). 81 Lettre de Dupont à Apollinaire, du 5 août 1915, in: Lettres reçues par Guillaume Apollinaire, op. cit., 249. 82 Ibid. 83 Henriette Charasson reproduit ce „papier“ ou brouillon „de lettre“ de Dupont „daté d’août 1915“ dans „André Dupont“, Le Divan, op. cit., 728. 84 Lettre de Dupont à Apollinaire, non datée mais postérieure à la mort de Remy de Gourmont survenue le 27 septembre 1915, occasion d’éreintement par Dupont, et antérieure au début de l’hiver (Lettres reçues par Guillaume Apollinaire, op. cit., 250). Benoît Le Roux fait remonter les difficultés de Dupont avec la hiérarchie militaire à son premier contact avec l’armée comme conscrit en 1905, dans son étude „André et Valentine Dupont“, op. cit., 277. 85 Lettre de Dupont à Apollinaire, du 5 août 1915, in: Lettres reçues par Guillaume Apollinaire, op. cit., 249. Ailleurs, de manière tout aussi farfelue, Dupont se déclare „remobilisé comme zouzou avec la culotte phénomène“ suite à „une de ces chausses-trappes perfidement tendues aux auxiliaires“; cf. le „papier“ d’août 1915 cité par Henriette Charasson, „André Dupont“, Le Divan, op. cit., 728. Pour Charasson, Dupont est un „zouave paradoxal“, aux antipodes du physique de soldat, „frileux et nonchalant“ (ibid.: 730). 86 Lettre manuscrite d’Apollinaire à Dupont, du 12 août 1915, BHVP. DOI 10.24053/ ldm-2023-0039 87 Arts & Lettres 87 Ibid. 88 Ibid. 89 Lettre de Dupont à Apollinaire, du 16 janvier 1916, in: Lettres reçues par Guillaume Apollinaire, op. cit., 255. 90 Lettre de Dupont, qui semble être adressée à sa femme, du 11 décembre 1915, citée par Henriette Charasson, „André Dupont“, Le Divan, op. cit., 731. 91 Ibid. 92 Dans l’argot militaire, la „fourchette“ est la baïonnette. Le 5 août 1915, s’adressant à Apollinaire, Dupont anticipe d’aller bientôt „planter [les] fourchettes dans la choucroute“, d’aller „en Flandre ou en Alsace“ combattre l’ennemi (Lettres reçues par Guillaume Apollinaire, op. cit., 249). 93 C’est cette „pipe“ que Frick nomme „Jacob“ en parlant des habitudes de Dupont le 4 septembre 1915 dans sa lettre à Apollinaire. 94 Gabriel Arbouin, engagé volontaire pour quatre ans en 1896 à l’âge de 18 ans, est sergent depuis cette période. Il est gravement blessé par balle dans la quinzaine suivant la lettre de Dupont à Bois Ville Grange durant une attaque dans les tranchées, le 6 octobre 1915 (Matricule militaire de Gabriel Arbouin, nº 1699, Archives départementales des Pyrénées- Atlantiques, classe de mobilisation de 1895).
