eJournals lendemains49/194-195

lendemains
ldm
0170-3803
2941-0843
Narr Verlag Tübingen
10.24053/ldm-2024-0023
Es handelt sich um einen Open-Access-Artikel, der unter den Bedingungen der Lizenz CC by 4.0 veröffentlicht wurde.http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/ldm49194-195/ldm49194-195.pdf0824
2026
49194-195

Une expérience européenne: La Brigade franco-allemande entre comparaison et imbrication

0824
2026
Benjamin Pfannes
ldm49194-1950165
DOI 10.24053/ ldm-2024-0023 165 Dossier Benjamin Pfannes Une expérience européenne: La Brigade franco-allemande entre comparaison et imbrication 1. Introduction L’historiographie française et allemande a abordé l’armée aux XIXᵉ et XXᵉ siècles sous les angles les plus divers. Un bref aperçu des relations actuelles entre les armées françaises et allemandes et de leur importance en matière de politique étrangère et de sécurité laisse déjà entrevoir l’apport de connaissances d’une histoire militaire en tant qu’histoire comparative et d’interdépendance. Alors que les approches comparatives visaient en premier lieu les différences et les similitudes et séparaient pour cela leurs unités de comparaison de manière analytique (par exemple les doctrines militaires, les systèmes de recrutement ou les cultures disciplinaires), l’histoire de l’enchevêtrement s’intéresse en priorité aux influences réciproques, aux relations et aux transferts - une approche qui reprend les impulsions de l’histoire croisée française. 1 Dans cette perspective, les objets étudiés apparaissent dans des relations multiples et souvent asymétriques les unes par rapport aux autres, si ce n’est comme faisant partie d’un contexte plus large. Les deux approches - la comparaison et l’analyse des interdépendances (ou approche par la Verflechtung) - ne doivent toutefois pas être perçues comme contradictoires, mais comme deux approches possibles, bien que controversées, qui, dans le meilleur des cas, se complètent et permettent de nouvelles perspectives. Cela vaut tout particulièrement pour l’histoire militaire, car son objet - l’armée et la guerre - dépasse à bien des égards les frontières de l’État-nation. 2 „Dem Besten verpflichtet“ - „Devoir d’excellence“, telle est la devise de la Brigade franco-allemande. Partie d’une initiative binationale, la Brigade est devenue un élément important de la coopération militaire multinationale européenne, avec l’ambition politique d’être la force motrice de la France et de l’Allemagne en matière de politique européenne de sécurité et de défense. Combiner la méthode de la comparaison et celle de l’analyse des interdépendances dans l’étude de la Brigade franco-allemande revient à articuler deux méthodes d’analyse distinctes, inscrites dans des approches historiographiques complémentaires. Méthode comparative: Cette approche implique l’étude des similitudes et des différences entre les deux forces armées nationales (Allemagne et France) qui coopèrent au sein de la brigade franco-allemande. Des aspects tels que la culture militaire, les normes de formation et les stratégies opérationnelles sont comparés afin d’obtenir un aperçu des différences et des similitudes. Méthode de l’interdépendance: cette méthode se réfère à la manière dont les deux forces armées nationales sont imbriquées dans la brigade, coopèrent et sont interdépendantes. Cette approche permet par exemple de s’intéresser à l’intégration des 166 DOI 10.24053/ ldm-2024-0023 Dossier processus, des ressources et des responsabilités entre les forces armées pour voir comment cette dernière influence l’efficacité et l’efficience de la coopération. L’article interroge le potentiel heuristique d’un croisement entre les méthodes de comparaison et d’enchevêtrement pour analyser les différences, les parallèles et les interdépendances entre les forces armées françaises et allemandes dans la brigade franco-allemande. Dans quelle mesure ces méthodes combinées contribuent-elles à apporter un éclairage sur les défis et les succès de la coopération militaire entre la France et l’Allemagne dans ce contexte? Cette problématique met l’accent sur la synergie entre les deux méthodes et vise à déterminer comment leur combinaison favorise une compréhension globale de la coopération militaire au sein de la brigade. Elle permet d’explorer les disparités et les similitudes entre les forces armées et la manière dont celles-ci sont intégrées dans l’interdépendance des troupes pour soutenir la coopération. Pour répondre à cette question, nous allons nous intéresser aux différences et à l’intégration dans la formation des soldats au sein de la brigade franco-allemande. Ce domaine offre une approche particulièrement révélatrice de la synergie entre les méthodes de comparaison et d’interpénétration, car il met en évidence à la fois les différences nationales et la nécessité d’une coopération et d’une intégration étroites entre les forces armées. D’une part, l’analyse s’appuie sur des documents conservés au Bundesarchiv de Freiburg, en particulier sur des dossiers relatifs à la mise en place, à l’organisation et aux missions de la Brigade franco-allemande. Ces sources permettent de reconstruire les logiques institutionnelles et politiques de la coopération militaire binationale. D’autre part, des entretiens menés avec d’anciens membres de la Brigade complètent cette approche en apportant des perspectives issues de l’expérience vécue. La confrontation entre archives officielles et témoignages oraux rend possible une analyse à la fois structurelle et culturelle des pratiques militaires, et contribue ainsi à saisir les dynamiques d’intégration et les tensions persistantes dans la coopération franco-allemande. 2. Création de la Brigade franco-allemande L’idée d’une coopération militaire entre la France et l’Allemagne remonte au traité de l’Élysée du 22 janvier 1963 entre le président Charles de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer. 3 Les accords qui y ont été conclus en matière de politique étrangère et de défense n’ont cependant pas pu être réalisés en raison de circonstances politiques. Ce n’est que dans les années 1970 qu’un changement fondamental s’est produit dans le contexte international, ouvrant la voie à un rapprochement francoallemand dans le domaine de la politique de sécurité (Leimbacher 1992: 15-16). La rencontre au sommet entre le président américain Ronald Reagan et le secrétaire général du comité central du parti communiste de l’Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, qui s’est déroulée du 10 au 12 octobre 1986 à Reykjavik, s’est terminée sans résultats notables. En revanche, cette rencontre eut le mérite de débattre pour DOI 10.24053/ ldm-2024-0023 167 Dossier la première fois d’un désarmement réel des missiles intercontinentaux et à moyenne portée (Preuße 2014: 285). Dans les cercles gouvernementaux de Paris et de Bonn, ces discussions provoquèrent de violents remous. Les deux gouvernements y voyaient une menace pour les fondements de la sécurité européenne, car à leurs yeux, la dissuasion nucléaire et le soutien des Américains en Europe étaient remis en question (Schotters 2019: 271-272). Kohl a donc demandé à son homologue français de lui proposer un mécanisme de sécurité alternatif. Lors d’un sommet à Karlsruhe le 13 novembre 1987, le président François Mitterrand et le chancelier Helmut Kohl se sont mis d’accord sur la mise en place d’une unité militaire commune franco-allemande. Dès le 19 juin 1987, les deux hommes d’État proposèrent de mettre en place une unité de troupes „totalement intégrée“ sous la forme d’une „brigade“. Celle-ci a été qualifiée d’„embryon“ qui devait servir d’une part à la défense européenne et d’autre part à la cristallisation d’un partenariat de sécurité franco-allemand. À la fin de ce processus, il devrait y avoir une défense commune de l’Europe, si possible sous la forme d’une armée européenne (Statz 1988: 60). Le 1er octobre 1988, un état-major franco-allemand chargé de la planification, de la coordination et du contrôle des processus de commandement a été établi à Böblingen, sous le contrôle du général de brigade français Jean-Pierre Sengeisen. Après une phase de préparation d’un an, la création officielle de la brigade franco-allemande sur le site de Böblingen a eu lieu le 2 octobre 1989 et les premières unités ont été placées sous ses ordres. L’entrée en service solennelle de la brigade a eu lieu le 17 octobre 1990 à Malmsheim par le ministre allemand de la Défense Gerhard Stoltenberg et son homologue français Jean-Pierre Chevènement, peu après le rétablissement de l’unité allemande. Si la brigade incarnait dans un premier temps la volonté des deux nations de poursuivre leur intégration militaire, elle a agi quelques années après sa création en tant qu’unité opérationnelle et a également été envoyée en mission à l’étranger, par exemple en Bosnie-Herzégovine, en Afghanistan ou au Mali (Nachtsheim 2000: 69). 3. Méthode de recherche Lors de l’élaboration des thèmes et des questions de recherche, l’histoire militaire de l’époque moderne est principalement pensée dans des contextes nationaux. Les études transfrontalières et comparatives restent une exception. Un bref regard sur l’armée allemande et française ainsi que sur l’importance de ces relations en matière de politique étrangère et de sécurité doit permettre de comprendre à quel point l’approche d’une histoire militaire en tant qu’histoire comparative et d’interdépendance est fructueuse. Le 4 février 2010, la chancelière allemande Angela Merkel a annoncé que des soldats allemands de la brigade franco-allemande, créée plus de 20 ans auparavant, seraient désormais stationnés sur le sol français - une première car, jusqu’alors, seuls des soldats français étaient présents en Allemagne. À première vue, ce fait 168 DOI 10.24053/ ldm-2024-0023 Dossier semblait plutôt insignifiant d’un point de vue militaire, mais revêtait en réalité une grande valeur symbolique. En effet, que les troupes allemandes effectuent leur service sur leurs sites du sud du Pays de Bade ou à quelques kilomètres à l’ouest, à Illkirch-Graffenstaden en Alsace, où serait installé le Jägerbataillon 291 allemand, ne changeait rien à l’efficacité militaire ou à la coopération des soldats - mais bien quelque chose à la perception extérieure et à la valeur symbolique de la brigade au sein des deux pays. La décision d’envoyer des troupes allemandes de l’autre côté du Rhin a été prise au niveau politique/ gouvernemental. Après cette réorganisation, la brigade a pris en charge en 2010 la „mission équivalente NRF (Nato Response Force)“ et a été engagée pendant six mois comme force d’intervention rapide dans le cadre de l’OTAN. Le général Philippe Chalmel, commandant de la brigade française, a évalué cette nouvelle orientation de la manière suivante: la brigade „ouvrira un nouveau chapitre et sera ainsi un exemple pour deux nations qui mettent avec détermination et équilibre leurs moyens et capacités militaires au service de la communauté internationale et de la paix“ (Echternkamp/ Martens 2012: 1). En conséquence, une interdépendance militaire étroite s’est instaurée entre la France et l’Allemagne. Cette coopération binationale s’est complexifiée par son insertion dans les structures de l’Alliance atlantique, ce qui a entraîné une densification des liens multilatéraux. Ce qui relevait à l’origine d’un partenariat bilatéral s’inscrit désormais dans une dynamique transnationale plus large, sans pour autant effacer l’identité propre de chaque nation. Un an plus tôt, le 14 juillet 2009, une étape hautement symbolique avait déjà été franchie. Le jour de la fête nationale française, des unités allemandes et françaises avaient défilé ensemble sur les Champs-Élysées. Alors qu’en Allemagne, cet événement n’a guère retenu l’attention, il a suscité un grand intérêt dans le pays voisin, car la vue de soldats allemands dans les rues françaises a pu faire ressurgir des souvenirs de la Seconde Guerre mondiale. À noter que ce n’était pas la première fois. Déjà lors de la fête nationale française du 14 juillet 1994, des unités allemandes et françaises de la brigade commune avaient participé pour la première fois au défilé à Paris (ibid.: 2). Alors que les approches comparatives analysent en priorité les différences et les similitudes, l’histoire de l’interdépendance étudie principalement les influences réciproques, les relations et les transferts. Ces deux approches doivent se compléter et ouvrir de nouvelles perspectives. La méthode de la comparaison historique permet de mettre en évidence les points communs et les différences entre les armées française et allemande, et de concentrer le regard sur les enjeux nationaux propres à chaque pays. Les institutions militaires transnationales, internationales et supranationales actuelles sont responsables de l’élargissement de la perception au-delà du propre État national. La comparaison permet, d’une part, de se faire une idée précise des conditions d’émergence et des voies de développement similaires et différentes; d’autre part, elle permet d’analyser les processus d’harmonisation et de montrer les possibilités et les limites de l’intégration européenne. La démarche comparative permet également de DOI 10.24053/ ldm-2024-0023 169 Dossier tirer des enseignements sur les dynamiques historiques sous-jacentes aux structures militaires, en ouvrant un accès aux logiques propres à l’autre société. Ainsi, le regard comparatif binational dépasse les limites d’une approche centrée sur sa seule armée nationale (Haupt/ Kocka 1996; Kaelble 1999; Welskopp 1995). L’armée et la ‚culture militaire‘ sont considérées jusqu’à aujourd’hui comme des symboles de l’ordre social et politique d’une société (Hull 2005). Dans ce contexte, il vaut la peine de se pencher sur le débat concernant la suspension du service militaire obligatoire en Allemagne et en France. Cette comparaison franco-allemande illustre clairement les réactions spécifiques, les unes différentes, les autres analogues, de deux sociétés au passé différent. Sous la présidence française de Jacques Chirac, le service militaire obligatoire a été aboli en 1996 sans grande opposition. En Allemagne, les discussions se sont poursuivies jusqu’en 2010, avant que le Bundestag ne suspende pour une durée indéterminée le service militaire obligatoire le 24 mars 2011. Ce n’est ni un calcul économique ni la crainte de nuire à l’efficacité militaire qui a motivé cette décision, mais bien le rapport qu’entretient la société allemande avec la Bundeswehr, ainsi que l’image qu’elle se fait d’elle-même - une image façonnée depuis des décennies par cette institution. Cette comparaison montre que la différence de traitement est due aux différentes traditions historiques qui sous-tendent le fait d’être pour ou contre le service militaire obligatoire. Alors qu’en Allemagne, le service militaire obligatoire était considéré comme un garant de l’intégration de l’armée dans la société démocratique, les Français associaient des contraintes économiques à l’idée qu’une armée plus petite en nombre mais néanmoins bien entraînée était en mesure d’assurer la position de puissance internationale du pays (Echternkamp/ Martens 2012: 5). L’idée d’interdépendance implique de sortir l’histoire militaire du cadre national et culturel pour étudier de plus près les interactions entre les différents acteurs militaires ou au sein de l’institution militaire elle-même. Cette hypothèse historique et méthodologique est étroitement liée au débat sur la mondialisation. Les groupes sociaux ne sont donc pas des systèmes isolés, mais se trouvent dans de riches interactions avec d’autres structures sociales. Cela s’applique également à l’armée, puisqu’elle représente à la fois un groupe social et une institution et qu’elle opère au-delà des frontières nationales en raison de ses objectifs. Dans une perspective historico-culturelle, la coopération militaire dans le contexte d’alliances militaires implique une consolidation de la communication interculturelle. Sur la base de cette approche méthodologique, l’armée peut être considérée comme un „système d’interdépendance“, 4 c’est-à-dire que l’armée n’est pas seulement une institution interne à la société, mais qu’elle est également en mesure d’influencer à long terme l’interaction entre différentes sociétés. Outre l’histoire de l’organisation et des institutions militaires, qui vise à examiner de plus près les processus de décision entre les troupes d’intervention nationales, l’armée doit être comprise comme une institution sociale (Kernic 2001) et analysée en termes d’interconnexions interculturelles, ce qui fait de la brigade franco-allemande un exemple idéal. L’histoire de l’interdépendance de l’armée constitue encore très largement un desideratum, d’où la volonté 170 DOI 10.24053/ ldm-2024-0023 Dossier de cet article de se concentrer davantage sur une transnationalisation de l’histoire militaire. Ainsi, les questions relatives à la transnationalisation des normes devront également être traitées à l’avenir. Quelles sont les conséquences des conflits armés et de la coopération sur la propre constitution militaire? Quelles sont les règles en vigueur lors d’un engagement commun? Les directives nationales restent-elles en vigueur ou un nouveau système de coordination juridique transnational voit-il le jour? L’Accord sur la brigade franco-allemande du 26 octobre 2004 a rapproché les réglementations militaires des deux pays. La mission était la suivante: „1. contribuer à l’amitié et au maintien de la confiance acquise par le développement de principes, de procédures et de règlements communs; 2. améliorer l’efficacité militaire par l’harmonisation des procédures, la standardisation et l’interopérabilité; 3. créer une grande unité opérationnelle et performante avec une capacité d’entrée initiale“. La brigade devait „devenir une référence en Europe en tant que grande unité en réseau avec un maximum d’interopérabilité“ et se voyait ainsi attribuer une fonction paradigmatique d’un point de vue opérationnel (Müller-Seedorf 2013). 4. Comparaison militaire Allemagne - France La pratique aujourd’hui institutionnalisée de la coopération militaire européenne ne signifie toutefois pas la disparition des cultures militaires nationales. Pendant des siècles, les forces armées ont été considérées comme l’incarnation de la souveraineté nationale, garantes de l’indépendance de l’État et liées à lui par un serment, le consentement à la mort étant conçu comme un sacrifice pour la patrie. Les premiers projets de coopération transnationale dans les années 1990 ont remis en question ce lien exclusivement national en apparaissant comme un nouvel élément de la politique de défense (Klein 1997: 2). Or, la coopération militaire dans un cadre multinational n’est pas une mince affaire: chacun est porteur de l’histoire spécifique de ses forces armées nationales d’origine, l’héritage (legacy), par nature différent car ancré dans un découpage historique propre qui façonne la manière d’apprécier les problèmes et l’identité des acteurs. La référence nationale reste primordiale, d’autant plus qu’il n’existe pas de gouvernement européen auquel pourraient correspondre des forces armées européennes intégrées (Bagayoko-Penone 2005; 2006: 49-78). Cette différence de culture militaire au sens large est particulièrement évidente lorsqu’on étudie la coopération militaire franco-allemande, ce qui permet de mieux comprendre le long chemin qu’il reste à parcourir pour la Politique Européenne de Sécurité et de Défense (PESD). Une relative convergence des cultures militaires est certes possible, mais sur des points très précis et sur le long terme. Les divergences entre les logiques militaires française et allemande sont frappantes: la première repose sur un triptyque articulant tradition militaire, autorité hiérarchique et culture des opérations extérieures, tandis que la seconde s’inscrit dans une logique fondée sur les principes de démocratie parlementaire, de citoyenneté active et de retenue dans l’emploi de la force. Ces orientations contrastées sont DOI 10.24053/ ldm-2024-0023 171 Dossier étroitement liées aux modalités opposées de recrutement et de formation des soldats - l’armée française reposant sur un modèle professionnel, tandis que la Bundeswehr, du moins dans sa conception initiale, s’est construite autour d’une armée de conscription - ainsi qu’aux formes spécifiques de relations civilo-militaires qui en résultent. 5 La Bundeswehr reste fortement imprégnée d’une culture stratégique axée sur la défense du territoire européen. Même si elle a participé à plusieurs opérations militaires multinationales à travers le monde au cours des dernières décennies, ce n’est qu’à travers ces engagements qu’un véritable processus d’apprentissage opérationnel international a pu se développer. Dans le même temps, sa culture organisationnelle reste fortement influencée par une logique centrée sur l’armée de terre, tant en termes de structure que de planification. Cette orientation s’explique en partie par les spécificités géopolitiques et historiques de l’Allemagne: puissance continentale sans passé colonial significatif ni ouverture maritime majeure, la République fédérale a intégré l’OTAN avec une armée conçue dès l’origine pour des combats terrestres en Europe centrale. Cette configuration a durablement marqué la manière dont les opérations et les capacités militaires sont envisagées au sein de la Bundeswehr (Rink 2015). Il est vrai que la République fédérale a retrouvé des forces armées dans le cadre de l’Alliance atlantique, après que le projet de Communauté européenne de défense visant à reconstituer les forces armées allemandes dans le cadre d’une force européenne a échoué en raison du vote négatif des parlementaires français en août 1954. La vision transatlantique est très forte chez les militaires allemands. D’ailleurs, la carrière des officiers allemands comprend des stages aux États-Unis et des affectations qui les font entrer dans les structures militaires de l’OTAN. 6 Cette vision de la socialisation atlantique imprègne donc les officiers allemands, même si un effet de génération se fait déjà sentir aujourd’hui, puisque les plus jeunes officiers de la Bundeswehr grandissent désormais dans un contexte de mise en œuvre pratique croissante de la PESD (Deschaux-Beaume 2008: 67). En revanche, pour les officiers français, l’enjeu est différent. Le retrait de la France des structures de commandement de l’OTAN en 1966 ne laisse qu’un nombre limité de postes ouverts aux militaires français, qui se sont rapidement ralliés - après la phase passagère de scepticisme initial du début des années 1990 7 - à l’idée d’une politique européenne de défense. La tradition nationale des expéditions militaires de l’armée française se heurte à la „pure tradition d’alliance“ propre à la Bundeswehr: alors que les forces armées françaises considèrent les interventions extérieures comme un instrument stratégique légitime, historiquement intégré dans leur politique étrangère, les forces armées allemandes n’envisagent ce type d’engagement que dans des cadres multilatéraux clairement définis et évitent toute action à caractère strictement national. Le Livre blanc allemand de 2006 reste fidèle à cette orientation, héritée à la fois de la conception initiale de la Bundeswehr et des contraintes historiques de l’aprèsguerre. Cette différence de fond dans les logiques stratégiques se manifeste avec 172 DOI 10.24053/ ldm-2024-0023 Dossier acuité dans le cadre de la mission de la Force de l’Union européenne (EUFOR) menée en République démocratique du Congo en 2006. Alors que la France percevait cette opération comme une intervention stabilisatrice ordinaire, conforme à une culture militaire d’action extérieure, l’Allemagne fut traversée par un débat public marqué par une grande réserve. La question posée à l’époque - ‚Vaut-il la peine de mourir pour le Congo? ‘ - en est l’illustration la plus marquante: elle reflète la prudence structurelle de la société allemande vis-à-vis des engagements militaires hors d’Europe. Du point de vue français, et notamment parmi les diplomates et les militaires, cette interrogation apparaissait pourtant décalée, voire incompréhensible, au regard de la réalité sur le terrain. La mission de l’UE visait avant tout à accompagner un processus électoral dans un environnement sécurisé et non à engager des forces dans des combats intenses. Ce contraste souligne l’écart persistant entre les perceptions nationales du risque militaire et la place accordée aux opérations extérieures dans les cultures stratégiques respectives (Deschaux-Beaume 2008: 69-70). Meiers parle du côté allemand d’un „engagement réflexe pour le multilatéralisme“ (Meiers 2004), ce qui permet de mieux comprendre la culture de la réserve qui caractérise la Bundeswehr, bien que la chancelière Merkel ait déclaré vouloir augmenter la fréquence des interventions à l’étranger, mais toujours dans le cadre de coalitions multinationales (OTAN, UE ou ONU). Gareis souligne que la Bundeswehr doit devenir un instrument de politique étrangère au sens d’une armée d’intervention (Gareis 2005). Mais il existe en Allemagne un phénomène qui n’est guère perceptible en France sur ce sujet: la pression de l’opinion publique. L’opinion publique allemande reste globalement réservée face à l’engagement de troupes dans des missions de combat à l’étranger. Elle se caractérise par des courants pacifistes, certes en recul depuis les années 1990, mais qui continuent d’exercer une influence notable sur les choix politiques en matière d’interventions extérieures (Bulmahn 2005). Quant à ces dernières, il faut ajouter le poids important du Bundestag, qui doit obligatoirement donner son accord et joue un rôle décisif dans le mandat d’une intervention de la Bundeswehr à l’étranger. Pour les raisons historiques bien connues, la Bundeswehr est une armée parlementaire et ne peut pas envoyer de soldats sur des opérations militaires sans l’accord du Parlement. 5. La pratique de la binationalité: défis et opportunités dans la vie quotidienne militaire Afin de renforcer la binationalité, des efforts sont déployés pour promouvoir une véritable communauté franco-allemande au-delà du cadre strict du service quotidien. Les mess d’officiers et de sous-officiers, les foyers de soldats et les résidences aménagés sur les sites sont ouverts aux Allemands et aux Français, des activités de loisirs et des manifestations communes sont organisées avec les familles. Dans toutes les garnisons, les enfants des familles de soldats ont la possibilité de fréquenter des jardins d’enfants et des écoles binationaux. 8 Cette intégration ‚profonde‘ est un facteur d’attractivité supplémentaire pour le travail au sein de la brigade. Plus que DOI 10.24053/ ldm-2024-0023 173 Dossier jamais, cette circonstance permet également aux hommes et aux femmes de la Brigade de contribuer de manière significative au rapprochement des citoyens de la région frontalière franco-allemande (Nachtsheim 2000: 73). 5.1. La binationalité comme défi pour les soldats Dans le fonctionnement quotidien de la brigade, des problèmes subsistent encore dans la coopération et le dialogue interculturel. Ceux-ci se manifestent dans divers domaines et trouvent leur origine dans la rencontre de deux armées distinctes. Cependant, les soldats voient également certains avantages à ces difficultés. Comme le souligne déjà un officier allemand dans un entretien réalisé en 2005, l’expérience quotidienne de la coopération binationale favorise une certaine capacité d’adaptation: „On est habitué à la coopération internationale et aux problèmes qui peuvent en découler. [...] On réagit avec plus de souplesse face aux véritables problèmes nationaux et on est plus disposé à dépasser les frontières dans l’intérêt commun“ (Abel/ Klein/ Richter 2006: 383). Les problèmes proviennent notamment de bases juridiques différentes, de conceptions divergentes en matière de tactique et de planification des opérations, d’une sémantique militaire clé parfois discordante, de visions contrastées sur l’importance des traditions militaires, ainsi que d’habitudes variées en matière de formation et d’exécution des ordres. 9 5.2. Incompatibilité de certaines bases administratives nationales Grosser décrit également ce phénomène dans le cadre des relations franco-allemandes en général: ce ne sont pas toujours les Français et les Allemands qui entrent en conflit, mais bien souvent leurs organisations et administrations respectives (Grosser 2005). Ces divergences se manifestent de diverses manières. Par exemple, les soldats allemands sont tenus par règlement de recevoir une formation spécifique avant l’utilisation d’un véhicule, de signer un reçu lors de la distribution de matériel et de s’attacher systématiquement lors des transports en véhicule. De l’autre côté, certaines réglementations françaises compliquent également la coopération. Un exemple fréquemment cité concerne le service de garde: le soldat allemand est soumis à la loi sur l’usage de la force armée (Unmittelbares Zwangsgesetz - UzwGBw), qui lui offre une base juridique claire pour l’utilisation de son arme à feu dans des situations appropriées (Zentrale Dienstvorschrift der Bundeswehr [ZDv] 10/ 6, chapitre 11). Les règlements français prévoyaient autrefois un cadre juridique moins strictement défini que celui de l’Allemagne en ce qui concerne le port et l’usage des armes en service. Ainsi, dans les premières années de la Brigade, il arrivait qu’une patrouille mixte à Müllheim soit composée de deux soldats, dont seul le soldat allemand portait une arme chargée. 10 Cette asymétrie opérationnelle était perçue par les militaires allemands comme un obstacle à l’efficacité de la mission, suscitant parfois de l’incompréhension et des interrogations quant à la cohérence de la procédure. Ce type de divergence a toutefois fait l’objet d’ajustements dans les années suivantes, dans le cadre de l’harmonisation progressive des règles d’engagement entre les deux armées. 11 174 DOI 10.24053/ ldm-2024-0023 Dossier 5.3. Du rapport de subordination au droit de participation Dans les unités et sous-unités mixtes de la Brigade franco-allemande, les relations de subordination nationales respectives ont été maintenues jusqu’à aujourd’hui. Contrairement au Corps germano-néerlandais, où un accord binational de 1998 attribue au moins au général commandant des pouvoirs intégrés de directive et de contrôle (Wieland 1999: 133-141), la Brigade franco-allemande s’appuie, comme d’autres grandes unités multinationales, sur une disposition juridiquement controversée (ibid.: 138sq.). Celle-ci exige des soldats des deux nations une „coopération mutuelle“ (directive du commandant adjoint, 6 novembre 1989) et les oblige dans ce cadre à obéir aux ordres des supérieurs de l’autre pays. Cependant, les régimes disciplinaires restent très différents, ce qui engendre des problèmes, notamment dans les compagnies mixtes. Pour une même infraction, les sanctions disciplinaires varient selon les systèmes militaires respectifs, et certains comportements tolérés ou autorisés dans un système ne le sont pas dans l’autre. Les deux armées disposent d’un droit de recours. Toutefois, comparé à son équivalent allemand, le droit français est bien plus complexe, notamment en raison de la multiplicité des textes réglementaires qui le régissent, et reste peu connu des soldats, faute d’une information suffisante à ce sujet. Le droit de coalition est également traité différemment dans les deux pays. Les soldats allemands élisent un délégué de confiance au sein des groupes de grades et peuvent être membres d’une association professionnelle ou d’un syndicat. Ces possibilités sont interdites aux militaires français, qui ne disposent que des Conseils de la Fonction Militaire (Bonnetête 1991: 129-140). Les membres de ces conseils ne sont pas élus et disposent essentiellement d’un droit d’audition. En revanche, les sous-officiers français bénéficient d’un ‚président des sous-officiers‘ (PSO), qui exerce une certaine influence informelle, une fonction inexistante au sein de la Bundeswehr. En raison d’un contrôle parlementaire des forces armées moins développé en France (Vennesson 1994: 29-40; Werkner 2006), la France, contrairement à l’Allemagne, ne dispose pas de Médiateur de la Défense (Wehrbeauftragter). Par conséquent, les militaires français ne peuvent pas soumettre leurs préoccupations en dehors de la chaîne de commandement officielle ou déposer des plaintes par ce biais. Au début de la Brigade, la figure du délégué de confiance et celle du Médiateur de la Défense allemand suscitaient une grande méfiance du côté français. En raison des trajectoires historiques et militaires distinctes, les relations interpersonnelles, notamment entre supérieurs et subordonnés, diffèrent souvent entre les deux armées. Ainsi, la doctrine allemande de la ‚Führung mit Auftrag‘ (conduite par mission) et le concept du ‚citoyen en uniforme‘ s’opposent à une hiérarchie stricte et à un style de commandement paternaliste caractéristique de l’armée française (Abel/ Klein/ Richter 2006: 385). Pour faciliter le fonctionnement quotidien binational, les Français ont toutefois intégré le rôle du Kompaniefeldwebel (ou Spieß; adjudant de compagnie) dans leur système hiérarchique au sein de la Brigade franco-allemande. Cette adaptation atténue quelque peu les frontières strictes entre officiers et sous-officiers et facilite les interactions entre les différents groupes de grades. DOI 10.24053/ ldm-2024-0023 175 Dossier Toutes ces difficultés, principalement d’ordre organisationnel, sont encore accentuées par les différences entre les mentalités nationales. Celles-ci se manifestent, par exemple, dans les habitudes alimentaires, la durée souhaitée des pauses déjeuner, la consommation de vin lors des repas ou encore dans la question de l’uniformité de l’approvisionnement pour les différentes catégories de grades. 12 Les divergences de mentalités entre les Français et les Allemands se reflètent également, de manière indirecte, dans les règlements administratifs qui se sont développés au fil des décennies (ibid. 383). Les effets de synergie sont immenses lorsqu’un respect mutuel et une reconnaissance réciproque sont pratiqués, et que ces réalités font l’objet d’une réflexion pleinement consciente. Malgré tous les défis militaires et interculturels, il est essentiel de se rappeler que „la diversité et la profondeur des relations franco-allemandes sont de loin supérieures à celles existant entre la France et tout autre pays, ou entre l’Allemagne et tout autre pays“ (Grosser 2005: 220). De nombreux antagonismes qui, dans les premières années de la Brigade, étaient considérés comme insurmontables, se sont atténués au fil du temps, les deux parties ayant appris à les accepter et à les gérer de manière pragmatique. Plusieurs mesures organisationnelles ont contribué à cette évolution. Grâce aux exercices réguliers, une forme d’osmose s’est développée dans les modes de pensée opérationnelle, permettant un rapprochement progressif des conceptions tactiques initialement divergentes. Il en a résulté des procédures efficaces intégrant les expériences des deux armées. Des solutions communes ont également été mises en place en matière de standardisation des armes et des équipements (Abel/ Klein/ Richter 2006: 383). 5.4. Compétences linguistiques et engagement personnel En ce qui concerne la cohabitation entre Allemands et Français, l’établissement de sites communs s’est avéré efficace. Cela a permis de créer une base pour que les soldats puissent communiquer librement pendant leur temps libre, bien que cela dépende fortement de l’engagement personnel de chaque soldat. Ainsi, seuls ceux qui possèdent déjà une certaine affinité culturelle et des compétences linguistiques cherchent à se rapprocher de l’autre nation. Les soldats qui ne maîtrisent pas la langue évitent les situations inconfortables où ils pourraient faire des erreurs. Cela signifie que toutes les conversations non strictement nécessaires sont évitées. Il est généralement constaté que, dans le cadre du service quotidien, les connaissances linguistiques nécessaires suffisent pour communiquer. 13 Cependant, dans les interactions personnelles et pendant les loisirs, les compétences linguistiques jouent un rôle bien plus important, car il n’y a plus d’obligation professionnelle. Par conséquent, un échange actif entre soldats allemands et français ne se produit que lorsque les compétences linguistiques sont déjà présentes ou ont été acquises avant l’entrée en service (ibid.: 388). La majorité des soldats n’a toutefois pas l’opportunité d’apprendre ou d’améliorer la langue de l’autre nation, ni ne le fait de manière autonome. En raison de ces barrières linguistiques, les échanges informels pendant le service sont très limités. Cela entraîne une moindre création de relations personnelles dans 176 DOI 10.24053/ ldm-2024-0023 Dossier le cadre binational et limite le développement de réseaux informels transnationaux, contrairement à ce que l’on pourrait attendre du modèle d’‚intégration approfondie‘. 6. Conclusion Un regard rapide sur les relations actuelles entre les forces armées allemandes et françaises ainsi que sur l’importance extérieure et sécuritaire de ce partenariat révèle le potentiel riche en enseignements d’une histoire militaire conçue comme une histoire comparée et d’interconnexions. Alors que les approches comparatives se concentrent principalement sur les différences et les similitudes, en distinguant analytiquement les unités de comparaison, l’histoire des interconnexions met l’accent sur les influences réciproques, les relations et les transferts - une approche inspirée de l’histoire croisée française. Dans cette perspective, l’objet de recherche apparaît lié par de nombreuses interactions, souvent asymétriques, et potentiellement comme partie intégrante d’un cadre plus large. Ces deux approches ne doivent cependant pas être considérées comme opposées, mais comme deux méthodes complémentaires, bien qu’elles fassent l’objet de débats, capables d’apporter de nouvelles perspectives. Cela est particulièrement pertinent en histoire militaire, car son objet d’étude - l’armée et la guerre - dépasse souvent les frontières de l’État-nation. En examinant de plus près la Brigade franco-allemande, il apparaît néanmoins que son image d’ensemble est composée de nombreux fragments, dont les frontières (nationales) restent visibles, et que les synergies potentielles ne sont pas encore pleinement exploitées. D’un autre côté, les problèmes rencontrés dans la coopération binationale sont identifiés et des efforts constants sont faits pour trouver des solutions adéquates. Cependant, en raison des obstacles bureaucratiques et de l’attachement inflexible à des règlements nationaux - qui, dans les cas extrêmes, visent à préserver les droits souverains nationaux (cf. Art. 24, paragraphe 1 de la Loi fondamentale / Grundgesetz) -, de nouveaux accords doivent constamment être conclus. Chaque soldat est ainsi régulièrement confronté au dilemme de devoir trouver des compromis insatisfaisants et des solutions improvisées dans des situations floues, ce qui peut parfois donner l’impression que la Brigade est un chantier perpétuel ou un patchwork nécessitant une coordination excessive. En fin de compte, il semble que l’approfondissement de la coopération biet multinationale ne peut être atteint que dans la mesure où chaque État, ainsi que les responsables politiques et militaires concernés, sont prêts à faire des concessions et à accepter une certaine perte de souveraineté en vue d’une unification et de la création d’une institution transnationale. 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Elysée-Vertrag 1963. 4 Dans le domaine des sciences politiques, ce concept est principalement utilisé pour analyser des structures caractérisées par la participation des unités inférieures aux décisions des niveaux supérieurs; cf. Wachendorf-Schmidt 2005. 5 Les deux concepts clés de la Bundeswehr sont la direction intérieure (Innere Führung) et le principe du citoyen en uniforme (Staatsbürger in Uniform). Pour en savoir plus sur la Bundeswehr et sa culture militaire, cf. notamment Pajon 2001 et Bald 2005. 6 Jusqu’en 2000-2001, la carrière militaire reposait exclusivement sur les directives de l’OTAN. 7 Des sondages menés auprès de hauts officiers au Collège Interarmées de Défense (CID) en 1992 et en 1999 montrent qu’en 1992, 40 % des officiers français soutenaient le projet de défense européenne, tandis qu’en 1999, ce chiffre est passé à 92 %; cf. Mérand 2003: 166. 8 Entretien de fond avec le général de brigade (en retraite) Franz Pfrengle, le 13 février 2023 à Müllheim. 9 BArch, BH 1/ 21105, Fü H III 1, Unterstellung NL-Verbände unter 3. (GE) PzDiv., 11/ 4/ 1988. 10 Entretien de fond avec le général de division (en retraite) Helmut Neubauer, le 14 février 2023 à Müllheim. 11 BArch, BW 1/ 565797, Général de brigade Sengeisen au bureau FüH IV, à l’attention du général de brigade Willmann, Problemkatalog Deutsch-Französische Brigade, 18/ 1/ 1989. 12 BArch, BW 70/ 118a, Annexe F à la lettre du général de brigade Sengeisen, Weisung für die Ausbildung in der Deutsch-Französischen Brigade, 19/ 6/ 1989. 13 BArch, BW 70/ 118a, Annexe F à la lettre du général de brigade Sengeisen, Weisung für die Ausbildung in der Deutsch-Französischen Brigade, 19/ 6/ 1989.