"Grammaire floue" et enseignement du français en Angleterre au XVe siècle
Les leçons du manuscrit Oxford Magdalen 188
0514
2014
978-3-7720-5508-9
978-3-7720-8508-6
A. Francke Verlag
Dr. Christel Nissille
L'étude proposée dans cet ouvrage se situe à la croisée de deux courants actuels de la recherche: l'enseignement du francais en Angleterre au Moyen Âge et l'histoire de l'évolution de la conscience grammaticale à cette même période. Il s'agit de l'analyse d'une traduction bilingue - en latin et en moyen anglais, datant du milieu du XVe siècle - d'un fragment de la Somme le Roi de Laurent d'Orléans, texte francais composé à la fin du XIIIe siècle. Ces traductions, très littérales et apparaissant en regard du texte francais, ont vraisemblablement servi d'outil didactique pour enseigner le francais en Angleterre par le biais de la méthode contrastive, les langues cible permettant de mettre en relief, parfois au mépris de leur propre syntaxe, les phénomènes grammaticaux les plus caractéristiques de la langue source et d'en illustrer le fonctionnement. Ce manuel, témoin de l'existence d'un lien entre les traditions d'enseignement du latin et du francais et de leur évolution du Moyen Âge à la Renaissance, permet d'observer la création individuelle d'une grammaire de correspondances à une période où la conscience grammaticale des langues vulgaires est en développement L'étude proposée dans cet ouvrage se situe à la croisée de deux courants actuels de la recherche: l'enseignement du francais en Angleterre au Moyen Âge et l'histoire de l'évolution de la conscience grammaticale à cette même période. Il s'agit de l'analyse d'une traduction bilingue - en latin et en moyen anglais, datant du milieu du XVe siècle - d'un fragment de la Somme le Roi de Laurent d'Orléans, texte francais composé à la fin du XIIIe siècle. Ces traductions, très littérales et apparaissant en regard du texte francais, ont vraisemblablement servi d'outil didactique pour enseigner le francais en Angleterre par le biais de la méthode contrastive, les langues cible permettant de mettre en relief, parfois au mépris de leur propre syntaxe, les phénomènes grammaticaux les plus caractéristiques de la langue source et d'en illustrer le fonctionnement. Ce manuel, témoin de l'existence d'un lien entre les traditions d'enseignement du latin et du francais et de leur évolution du Moyen Âge à la Renaissance, permet d'observer la création individuelle d'une grammaire de correspondances à une période où la conscience grammaticale des langues vulgaires est en développement
9783772055089/9783772055089.pdf
<?page no="0"?> A. FRANCKE VERLAG TÜBINGEN ROMANICA HELVETICA VOL. 133 Christel Nissille « Grammaire floue » et enseignement du français en Angleterre au XV e siècle Les leçons du manuscrit Oxford Magdalen 188 <?page no="1"?> ROMANICA HELVETICA EDITA AUSPICIIS COLLEGII ROMANICI HELVETIORUM A CURATORIBUS «VOCIS ROMANICAE» VOL. 133 <?page no="3"?> Christel Nissille « Grammaire floue » et enseignement du français en Angleterre au XV e siècle Les leçons du manuscrit Oxford Magdalen 188 2014 A. FRANCKE VERLAG TÜBINGEN <?page no="4"?> Information bibliographique de la Deutsche Nationalbibliothek La Deutsche Nationalbibliothek a répertorié cette publication dans la Deutsche National biblio grafie ; les données bibliographiques détaillées peuvent être consultées sur Internet à l’adresse http: / / dnb.dnb.de. Image de couverture: Extrait du manuscrit Oxford Magdalen 188, Magdalen College, Oxford Publié avec l’appui du Fonds national suisse de la recherche scientifique ainsi que de la commission des publications de la Faculté des lettres et sciences humaines de l’Université de Neuchâtel. © 2014 · Narr Francke Attempto Verlag GmbH + Co. KG Dischingerweg 5 · D-72070 Tübingen Das Werk einschließlich aller seiner Teile ist urheberrechtlich geschützt. Jede Verwertung außerhalb der engen Grenzen des Urheberrechtsgesetzes ist ohne Zustimmung des Verlages unzulässig und strafbar. Das gilt insbesondere für Vervielfältigungen, Übersetzungen, Mikroverfilmungen und die Einspeicherung und Verarbeitung in elektronischen Systemen. Gedruckt auf chlorfrei gebleichtem und säurefreiem Werkdruckpapier. Internet: www.francke.de E-Mail: info@francke.de Druck und Bindung: docupoint GmbH, Magdeburg Printed in Germany ISSN 0080-3871 ISBN 978-3-7720-8508-6 <?page no="5"?> V Préambule Cet ouvrage est la version corrigée et mise à jour d’une thèse de doctorat, inscrite en cotutelle à l’Université de Neuchâtel, Faculté des sciences humaines (Institut des sciences du langage et de la communication) et à l’Université Nancy2, en partenariat avec l’ATILF- CNRS (École doctorale langage, temps et société). Elle a été présentée pour l’obtention du grade de Docteur ès Lettres, à la Faculté des lettres et sciences humaines de l’Université de Neuchâtel, le 25-mai 2009. Cette thèse a été dirigée par MM. Jean-Paul Chauveau (Directeur de recherche, ATILF/ CNRS-Nancy Université) et Andres Kristol (Professeur, Université de Neuchâtel), avec comme rapporteurs MM. Frédéric Duval (Directeur d’études, École nationale des chartes) et David Trotter (Professeur, Université d’Aberystwyth). L’étude proposée a comme principal objectif de nourrir la réflexion portant sur les méthodes d’enseignement du français en Angleterre pendant la période du Moyen Âge : il s’agit de la mise en contexte suivie de l’analyse d’un texte trilingue du milieu du XV e -siècle. Ce dernier, dont l’édition critique - ici revue et corrigée - a été l’objet de notre mémoire de maîtrise 1 , est composé d’un fragment de La Somme le Roi 2 de Lorens d’Orléans (fin du XIII e -siècle) accompagné d’une traduction en latin et en moyen anglais apparaissant en regard du texte source. Les modifications apportées à notre travail pour cette publication consistent en la prise en compte des commentaires formulés par les experts lors de la soutenance de thèse, des corrections de détails ainsi que la mise à jour des connaissances et de la bibliographie suite aux études effectuées depuis 2009 par la communauté scientifique et par nous-même sur des sujets connexes. Nous avons choisi d’écarter de cette publication deux annexes contenant des corpus de recherche (corpus exhaustifs des pronoms indéterminés on, (l’)un, (l’)en ainsi que des pronoms personnels, des démonstratifs et des articles définis), mais elles peuvent être consultées dans la version déposée pour l’obtention de la thèse de doctorat 3 . Nous avons également renoncé à proposer un index et un glossaire des formes présentes dans le texte édité : pour le texte français, le lecteur pourra se référer 4 au glossaire très complet proposé dans l’édition de la Somme le Roi 5 , à laquelle nous renvoyons systématiquement dans le cas de leçons difficiles ou douteuses ; en ce qui concerne la mise au jour des équivalences lexicales, nous avons choisi d’accompagner cet ouvrage d’un CD-ROM contenant l’édition du texte trilingue afin de permettre la recherche d’occurences tant dans le texte français que dans les traductions latine et anglaise 6 . 1 N ISSILLE 2000. 2 Voir éd. B RAYER / L EURQUIN -L ABIE 2008. 3 N ISSILLE 2009. 4 Voir la table de correspondance donnée en annexe (Annexe 2). 5 B RAYER / L EURQUIN 2008 : 453sq. 6 Plusieurs facteurs, inhérents à la nature du processus de traduction mis au jour dans notre étude, font obstacle à l’élaboration d’un index des équivalences lexicales avec entrées réciproques : choix contextuels opérés par le traducteur, périphrases induites par le souci de préciser une notion, problèmes de compréhension lors de la traduction et nécessitant une explication, etc. Un répertoire des choix lexicaux opérés par le traducteur constituerait selon nous un objet d’étude en soi. <?page no="6"?> VI Remerciements Un voyage se transforme volontiers en errance s’il n’est bien accompagné. C’est donc avec gratitude que je tiens à faire part de ma reconnaissance à toutes les personnes qui ont bien voulu poser des repères sur le chemin - un peu labyrinthique - qu’est l’élaboration d’une thèse : - Mes directeurs de thèse, Jean-Paul Chauveau et Andres Kristol, pour leur encadrement généreux en conseils et le partage sans restrictions de leurs connaissances. - Les membres du jury, Frédéric Duval et David Trotter, pour leur lecture attentive, leur expertise et leurs commentaires stimulants. - Les structures d’accueil, telles le Centre de Dialectologie de l’Université de Neuchâtel, le laboratoire ATILF à Nancy, l’Institut d’Études françaises et francophones de l’Université de Bâle, l’IRHT à Paris ainsi que la bibliothèque du Magdalen College d’Oxford, qui ont mis à ma disposition les infrastructures et les compétences nécessaires à cette entreprise. Je souhaite particulièrement remercier Édith Brayer et Anne-Françoise Leurquin-Labie, qui m’ont permis de consulter leurs travaux en cours sur le ms Oxford Magdalen 188, ainsi que le collège Magdalen d’Oxford pour m’avoir autorisée à utiliser les clichés photographiques qui illustrent certains points de ce travail. - Mes collègues et mes amis, pour leur soutien inconditionnel, leurs relectures patientes et leurs conseils avisés. Toute recherche est nourrie d’échanges, et une liste de noms est toujours incomplète. J’aimerais cependant mentionner Dorothée Aquino et Romain Caumette, qui ont bien voulu relire ce travail in extenso, Anne Bovet, Eva Buchi, Sara Cotelli, Laurent Kloetzer et Géraldine Veysseyre, pour leur expertise sur des parties ciblées de ce travail, Alain Raval, Pascale Renders et Aude Wirth, dont les connaissances étendues du latin m’ont permis de dénouer bien des problèmes. - Ma famille, directe et d’adoption, qui, à chaque instant, s’est associée à ce travail par sa confiance et ses encouragements. À tous, mes remerciements les plus chaleureux et les plus sincères. <?page no="7"?> VII Table des matières Préambule . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . V Remerciements. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . VI Présentation générale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1 Introduction méthodologique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4 Hypothèses et objectifs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4 Méthodologie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4 Résultats et ouvertures . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6 Remarques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7 A. Première partie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8 Période charnière . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9 Évolution de la situation linguistique en Angleterre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9 Vers une grammaire du vulgaire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12 Apprentissage des langues à la Renaissance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13 1 Enseignement du latin en Angleterre du Moyen Âge au début de la Renaissance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15 1.1 « Grammaire » et enseignement élémentaire du latin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15 1.2 Lieux d’apprentissage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16 1.3 Supports et méthodes d’apprentissage : entre théorie et pratique. . . . . . . . . . . . 18 1.3.1 Enseignement de l’orthographe et de la prosodie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18 1.3.2 Enseignement de la morphologie et de la syntaxe . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19 1.3.2.1 Phase de réception par la lecture de textes et l’analyse de phrases modèles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21 1.3.2.2 Étape de production par la traduction et la composition . . . . . . . 24 1.3.3 Enseignement du lexique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27 1.3.4 Utilisation et pratique du dialogue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28 1.4 Mise en volume des manuels pour former un programme d’enseignement complet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29 1.5 Méthodes didactiques et outils d’apprentissage. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33 1.5.1 Utilisation des langues en parallèle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33 1.5.1.1 Utilisation de la langue vulgaire pour favoriser la compréhension. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34 1.5.1.2 Dialogue entre les langues dans une optique contrastive . . . . . . 34 1.5.2 Deux phénomènes conjugués : analyse et imitation . . . . . . . . . . . . . . . . . 37 1.5.3 Complémentarité des supports écrits et des procédés mnémotechniques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37 1.6 Conclusion. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39 2 Enseignement du français en Angleterre du Moyen Âge au début de la Renaissance. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42 2.1 Supports d’apprentissage du français . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43 <?page no="8"?> VIII 2.1.1 Périodisation, classement et description des manuels de langue . . . . . . . 43 2.1.1.1 Lexique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44 2.1.1.2 Orthographe et prononciation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 47 2.1.1.3 Morphosyntaxe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50 2.1.1.4 Techniques de la composition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53 2.1.1.5 Dialogues et Manières de langage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 54 2.1.2 Différents besoins d’enseignement du français . . . . . . . . . . . . . . 56 2.2 Productions en contexte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58 2.2.1 Ébauches de compilations organiques de la fin du Moyen Âge . . . . . . . . 58 2.2.2 Codices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61 2.2.2.1 Volumes contenant un enseignement de la langue française dans le contexte de cours administratifs et juridiques . . . . . . . . . 62 2.2.2.2 Walter de Bibbesworth. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76 2.2.3 Programme et compilations organiques de la Renaissance . . . . . . . . . . . . 80 2.3 Stratégies didactiques et programme d’enseignement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84 2.3.1 Règles et usage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85 2.3.2 Apprentissage par la lecture, l’analyse et l’imitation. . . . . . . . . . . . . . . . . 86 2.3.2.1 Traduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87 2.3.2.2 Analyse contrastive . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89 2.4 Mise en perspective de l’enseignement du latin et de l’enseignement du français 91 3 Description du manuscrit. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 96 3.1 Le manuscrit et son contenu . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97 3.1.1 Première partie : ouvrages didactiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97 3.1.2 Seconde partie : la Somme le Roi . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98 3.2 Unités codicologiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99 3.2.1 Première partie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 101 3.2.2 Seconde partie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103 3.3 La Somme le Roi et sa traduction bilingue. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105 3.3.1 Élaboration de la copie : une composition en plusieurs étapes . . . . . . . . . 105 3.3.1.1 Transcription du texte français . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105 3.3.1.2 Première relecture . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105 3.3.1.3 Copie de la traduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106 3.3.1.4 Deuxième relecture : rubrication . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111 3.3.1.5 Correction et amélioration du texte. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113 3.3.2 Élaboration du texte : un processus de construction en plusieurs phases d’encodage-décodage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 116 3.3.3 Étape de transcription . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 117 3.3.4 Étape de traduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120 3.4 Un codex . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 122 3.4.1 Composition et histoire : scribes et possesseurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 122 3.4.2 Objectifs et lectorat : hypothèses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124 3.4.2.1 Une compilation de textes ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125 3.4.2.2 Une source servant à l’élaboration d’homélies ? . . . . . . . . . . . . . 127 3.4.2.3 Un support pour apprendre l’art de traduire ? . . . . . . . . . . . . . . . 127 3.4.2.4 Un manuel de langue ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 128 3.5 Conclusion. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 129 <?page no="9"?> IX B. Seconde partie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 131 4 Caractérisation de la traduction et des procédés didactiques . . . . . . . . . 134 4.1 Formes à disposition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 136 4.1.1 Dominance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137 4.1.2 Résistance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 139 4.1.3 Émergence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141 4.2 Facteurs de choix. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 143 4.2.1 Interférences dues au processus de traduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 143 4.2.2 Limite des langues cibles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 145 4.2.3 Importance du contexte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 146 4.3 Combinaison des formes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151 4.4 Procédés didactiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 155 4.5 Conclusion. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 158 5 Profil linguistique du traducteur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 161 5.1 Connaissances linguistiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 162 5.1.1 Langues cibles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 162 5.1.2 Français . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 165 5.1.2.1 Connaissances lexicales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 165 5.1.2.2 Tradition graphique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 168 5.1.2.3 Morphologie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 177 5.1.2.4 Syntaxe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 186 5.2 Exemples de phénomènes délicats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 189 5.2.1 Classes grammaticales transverses. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 189 5.2.1.1 Infinitif . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 190 5.2.1.2 Adverbe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 192 5.2.2 Éléments grammaticalisés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 196 5.2.2.1 Adverbe de phrase si . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 197 5.2.2.2 Négation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 198 5.2.3 Identification du référent . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 205 5.2.3.1 Pronom indéterminé on/ l’en/ ung . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 205 5.3 Facteurs de réception du texte par le traducteur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 210 5.3.1 Identification analogique interlinguistique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 211 5.3.1.1 Ressemblances avec l’anglais : faux amis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 211 5.3.1.2 Ressemblances avec le latin : identification étymologique . . . . . . 213 5.3.2 Analogie fonctionnelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 214 5.3.3 Analogie sémantique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 215 5.4 Conclusion. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 217 6 Étude de cas : analyse partielle des sous-systèmes des démonstratifs, des articles et des pronoms personnels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 221 6.1 Méthode d’analyse et résultats attendus . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 221 6.2 Structures et particularités des microsystèmes dans les trois langues . . . . . . . . . 223 6.2.1 Français . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 223 6.2.2 Latin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 225 6.2.3 Anglais . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 226 <?page no="10"?> X 6.3 Analyse des choix de traduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 226 6.3.1 Valeur déictique, anaphorique, intensive . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 227 6.3.1.1 Déterminants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 228 6.3.1.2 Pronoms . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 237 6.3.2 Fonction pronoms/ déterminants. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 246 6.4 Conclusion. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 255 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 257 Bibliographie sélective . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 260 Annexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 275 7 Annexe 1 : Répertoire des textes et des manuscrits . . . . . . . . . . . . . . . . . . 275 7.1 Textes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 275 7.1.1 Lexique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 275 7.1.1.1 Listes de mots et glossaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 275 7.1.1.2 Enseignement explicite du vocabulaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 277 7.1.1.3 Manières de langage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 277 7.1.2 Traités théoriques (orthographe et grammaire) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 278 7.1.2.1 Enseignement grapho-phonétique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 278 7.1.2.2 Morphosyntaxe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 280 7.1.3 Artes Dictaminis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 281 7.1.3.1 Artes dictaminis en français . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 281 7.1.3.2 Artes dictaminis en latin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 281 7.1.3.3 Collection de lettres modèles en français . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 282 7.2 Codices. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 282 7.2.1 Contenu à teneur uniquement linguistique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 282 7.2.2 Contenu à teneur linguistique et professionnelle (enseignement administratif, commercial et juridique) . . . . . . . . . . . . . . 284 7.2.2.1 Thomas Sampson. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 284 7.2.2.2 William of Kingsmill. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 288 7.2.2.3 Anonyme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 290 7.2.3 Contenu à teneur professionnelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 292 7.2.4 Tretiz de Bibbesworth. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 293 8 Annexe 2 : Table de concordance des éditions du ms Oxford Magdalen 188 et de Brayer/ Leurquin 2008 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 298 9 Annexe 3 : Édition critique de La Somme le Roi, version trilingue (Oxford, Magdalen 188, ff. 9r-102v) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 300 9.1 Principes éditoriaux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 300 9.1.1 Graphie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 301 9.1.2 Tildes et abréviations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 302 9.1.3 Mise en page . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 303 9.1.4 Ponctuation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 304 9.2 Édition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 305 <?page no="11"?> 1 Présentation générale Li sire seint Jehan ou livre de ses revelacions qu’il apele l’apocholipse si dit qu’il vit une beste qui issoit de la mer merveilleusement desguisee et trop espoventable. Car le corps de la beste estoit de liepart. les piéz estoient d’ours. la gueule de lyon et si avoit .vii. chief et .x. cornes. Et par dessus les cornes .x. coronnes. et vit saint Johan que cele cruele beste avoit pouvoir de soi combatre auz seintz et de les vaincre et conquerre. Cest [beste] si diverse et si contrefete et espoventable senefie le diable qui vient de la mer d’enfer qui est pleinz de tout dolour et de tout amertume. Le corps de la beste si com dit seint Jehan estoit semblables au liepart. Car aussi com le liepart a diverses couleurs : aussi le diables a diverses maneris d’enginz a decevoir et a tempter les gentz (ms Oxford, Madgalen 188, fol. 23v-24r) Cette description de la bête de l’Apocalypse de Saint Jean est tirée de la Somme le Roi 7 , livre de morale du XIII e -siècle adressé aux laïcs afin de faciliter leur examen de conscience et dont une des versions a été au cœur de notre thèse de doctorat. Au même titre qu’elle sert de métaphore sur laquelle l’auteur appuie son développement - et construit notamment l’image de l’arbre des vices et celui des vertus--, cette bête nous semble pouvoir constituer un bon support à la caractérisation des éléments centraux de notre étude : la langue française en Angleterre à la fin du Moyen Âge telle qu’elle était enseignée à une partie des lettrés anglais ainsi qu’un manuel ayant pour vocation de contribuer à cet enseignement. La langue française médiévale conservée dans les textes qui nous sont parvenus partage quelques points communs avec la bête fantastique évoquée par l’auteur : tout comme elle, on peut la dire hybride, « semblable au léopard », portant « diverses couleurs », soumise à mouvance et à variations : Cl. B URIDANT , dans son article traitant de la variance de l’ancien français (1996), décrit cette langue comme une somme de tensions. Tensions nées de la concurrence et de la rencontre de différentes variétés linguistiques provenant de milieux et d’époques différentes ; tensions issues aussi de la diglossie voire triglossie des scribes, habitués à utiliser l’une ou l’autre langue - véhiculaire ou vernaculaire - selon les contextes d’emplois et les fonctions qu’elles doivent remplir ; tensions enfin provenant de la souplesse qui caractérise l’organisation de la langue française marquée par une « grammaire floue » ( B URIDANT 1996 : 111) favorisant la concurrence entre les formes et les constructions. De ces tensions découle l’absence de « normalisation » du français au Moyen Âge, qui oscille de fait entre langue à tendance homogène visant la diffusion et variétés régionales à usage local. Parmi ces variétés régionales, nous nous intéresserons dans ce qui suit à celle utilisée en Angleterre en tant que langue administrative, juridique, de culture et de diffusion. Pour les scribes insulaires, le français n’est pas langue maternelle, mais langue seconde, voire langue étrangère, et doit donc être appris en tant que tel. Cette situation originale nous offre un laboratoire idéal pour observer les mouvances de la langue, puisque les manuels qui visent son enseignement ont pour but de tenter de saisir cette dernière, de la décrire, et ceci en dépit de la variation et des tensions présentées ci-dessus. 7 Voir éd. B RAYER / L EURQUIN -L ABIE 2008. <?page no="12"?> 2 L’étude de l’enseignement du français en Angleterre au Moyen Âge bénéficie d’une longue tradition, mais les résultats obtenus sont encore insatisfaisants : les manuels conservés - traitant du vocabulaire, de la morphologie et de l’orthographe - sont insuffisants pour donner une idée juste de la manière dont les apprenants parvenaient à une maîtrise du français langue étrangère leur permettant de l’utiliser d’une manière efficace et correcte dans ses différents domaines d’application. Voilà pourquoi nous voulons dans notre étude prendre en compte un témoignage unique et inédit, celui d’un exercice de traduction bilingue, en latin et en anglais, d’un fragment de La Somme le Roi. Les premières hypothèses concernant ce texte ont été émises par A. K RISTOL , qui le dépeint à juste titre comme une partie du chaînon manquant dans nos connaissances sur l’enseignement du français en Angleterre au Moyen Âge (1998, 2000, 2001). Ce manuel d’un type particulier, rédigé au XV e -siècle, est en effet le seul que nous possédons à ce jour illustrant une façon d’apprendre la langue de manière globale, syntaxe et morpho-syntaxe comprises. Ce texte lui-même nous rappelle à sa façon la bête de l’Apocalypse, par sa nature hybride et sa situation au centre de mouvements divers. Tout d’abord, l’époque de rédaction du manuscrit est une période charnière pour le français et son enseignement, puisque c’est au XV e -siècle que le français change de statut en Angleterre en quittant ses fonctions de langue administrative pour endosser le rôle de langue technique et juridique et celui de langue internationale qu’il remplissait déjà dans d’autres pays. Cette époque marque aussi une importante innovation dans l’enseignement du français, notamment par l’utilisation de la traduction. Enfin, c’est également à cette période que se développe une conscience grammaticale pour les langues vulgaires sur le modèle de celle existant précédemment pour le latin. En ce qui concerne la nature même de notre texte, il offre, par sa présentation des trois langues en parallèle (français, latin et anglais), un dialogue interlinguistique serré entre langue savante et langues vulgaires - ou semi-savante en ce qui concerne le français - et illustre la pratique linguistique des scribes anglais contemporains habitués à manipuler ces trois langues dans leur activité courante. Ce manuscrit se trouve ainsi à la fois isolé et dans une position centrale puisqu’il constitue de fait un lien non seulement entre le Moyen Âge et la Renaissance, mais aussi entre les stratégies didactiques des langues savantes et celles des langue vulgaires. Nous étudierons dans les pages qui suivent cette somme de tensions suivant plusieurs axes : en déterminant la nature de la langue enseignée et les moyens mis en œuvre pour cet enseignement tout en nous intéressant à la conscience grammaticale qu’il sous-tend. Dans cette thèse, nous espérons ainsi tout d’abord innover en abordant l’enseignement du français au Moyen Âge d’un point de vue global, c’est-à-dire par la prise en compte de la complémentarité des différents manuels disponibles alors, d’une éventuelle ouverture de cet enseignement vers la Renaissance et surtout par une mise en évidence des liens que cet enseignement devait entretenir avec la tradition didactique latine. Grâce à l’étude du premier exemple connu d’utilisation de la traduction pour l’enseignement de la langue vulgaire, nous souhaitons combler certaines lacunes dans les connaissances actuelles quant aux processus et aux mécanismes de l’utilisation de la traduction pour l’enseignement des langues au Moyen Âge et au début de la Renaissance. Nous tenterons de plus de mettre au jour la manière dont la langue française et ses phénomènes caractéristiques étaient perçus au Moyen Âge, en élargissant ponctuellement nos observations à d’autres textes disponibles à la même époque. <?page no="13"?> 3 Par le traitement de ces diverses questions complémentaires, notre projet a pour visée d’apporter une modeste participation à deux débats actuels plus larges : la question de la « grammaire » des langues vulgaires au Moyen Âge et celle du statut de l’anglo-normand. Comme le français en Angleterre bénéficiait, par son caractère particulier de langue vulgaire apprise, d’un statut à part, les auteurs des manuels didactiques ont été obligés de briser la dichotomie langue maternelle/ langue savante pour créer un espace intermédiaire 8 . L’apport du témoignage de notre manuscrit permet d’entrevoir la façon dont cet « espace intermédiaire », caractérisé par la variation et l’enrichissement permanent, a été investi. En effet, la conception de la « grammaire » d’une langue vulgaire, dont la norme n’a pas encore été explicitée, a non seulement préoccupé les grammairiens dès la Renaissance surtout, mais reste un objet de questionnement dans la recherche actuelle. Marquée par la variance, cette langue a longtemps été décrite par la philologie romane sous une forme unifiée et canonique, afin d’en faciliter la description grammaticale. Ainsi, au regard de cette norme construite de manière artificielle, la variation a trop longtemps été considérée comme une défaillance qui ne mérite pas d’être décrite : Depuis une trentaine d’années, l’ancien français a bénéficié des apports de la linguistique structurale et de la sociolinguistique qui ont permis de mieux comprendre la diversité de ses formes et les « processus de grammatisation » qui en caractérisent l’histoire. Plutôt que de blâmer la langue dégradée ou fautive de quelque scribe ignare, inattentif ou marqué par son parler local, ces nouvelles approches ont su donner sens et, même, attribuer une certaine cohérence logique aux écarts qui viennent contredire la série de règles que l’on avait pu déduire des meilleurs textes ( L UCKEN / S ÉGUY 2003 : 7). Cette perception de « langue dégradée et fautive » est encore aujourd’hui très présente dans le discours scientifique lorsqu’il se réfère à l’anglo-normand. L’ignorance des scribes et les caractéristiques d’une variété insulaire isolée et déficiente sont encore souvent brandies pour tenter d’expliquer les particularités du français produit en Angleterre. Dans la lignée des travaux de réhabilitation entrepris par D. T ROTTER (2000, 2003a/ b), W. R OTHWELL (2004) et R. I NGHAM (2009, 2010a/ b), les résultats que nous présenterons dans ce travail devraient permettre de nourrir la réflexion sur le statut de l’anglo-normand par l’analyse de la formation et de l’« information » des scribes ( B URIDANT 1983 : 93), leur perception et réinterprétation d’une grammaire qui n’a jamais été décrite et leurs tâtonnements pour tenter de la dégager. Puisse ce travail rendre hommage à leurs efforts et à leurs trouvailles. 8 L USIGNAN 1986 : 91. <?page no="14"?> 4 Introduction méthodologique Le sujet de l’étude que nous proposons nécessite de traverser plusieurs domaines en adoptant à chaque fois des perspectives différentes. Nous avons donc préféré à un traitement linéaire en points méthodologiques et théoriques la mise à disposition des résultats dans une présentation plus « itinérante ». Nous souhaitons cependant, dans cette introduction, expliquer et justifier la démarche adoptée par une présentation succincte des hypothèses, des objectifs, des méthodes et des résultats, éléments qui ne seront pas repris sous ces intitulés dans le corps de notre travail. Hypothèses et objectifs Le manuscrit dont il est question a fait l’objet d’analyses préalables ( K RISTOL 2000, 2001a ; N ISSILLE 2000, 2007, 2009, 2010), qui ont permis de proposer l’hypothèse d’un manuel de langue et d’inscrire plus spécifiquement le texte trilingue qu’il contient dans une dynamique contrastive. Les objectifs concrets de cette étude ont pour but d’étayer les premiers résultats obtenus : ils doivent ainsi permettre d’identifier le corpus, de comprendre sa nature, son utilisation ainsi que le contexte de son élaboration. Tout d’abord, il s’agit d’inscrire ce manuel dans les programmes d’enseignement du français qui sont dépeints dans les études critiques existantes ou, si cela s’avère difficile, de mieux les identifier et de les compléter. Dans un deuxième temps, il faut tenter de comprendre la stratégie didactique appliquée dans ce manuel, et donc de répondre à la question de l’utilisation concrète de la traduction, question pour laquelle la littérature secondaire, traitant du français ou du latin, ne fournit que des ébauches de réponse. Une fois ces deux objectifs atteints, il est possible de mettre au jour la nature de la langue enseignée, c’est-à-dire d’observer les points grammaticaux illustrés dans ce manuel et la conscience linguistique sous-tendue. Cette thèse se situe donc à la croisée de deux courants actuels de la recherche : l’enseignement du français en Angleterre au Moyen Âge et l’histoire de l’évolution de la conscience grammaticale à cette même période. Méthodologie Afin de répondre aux questions que nous avons énoncées plus haut - celles du programme d’enseignement dans lequel notre manuscrit s’insère, de la stratégie didactique qui y est appliquée et de la conscience linguistique qui en émerge--, nous avons adopté deux approches : une approche externe, en quelque sorte macroscopique, portant sur le contexte culturel qui accueille l’élaboration de ce manuel, et une approche interne, ou microscopique, dans laquelle nous avons cherché à analyser le corpus en détail. Notre propos est construit sous la forme d’une focalisation progressive sur l’objet d’étude. En partant d’un système didactique bien documenté d’apprentissage d’une langue, celui du latin (chapitre 1), nous chercherons les parallèles et différences avec celui du français afin de centrer, dans un deuxième temps, notre propos sur le système didactique qui nous <?page no="15"?> 5 intéresse et qui est, quant à lui, soumis à hypothèses (chapitre 2). Ceci nous permettra d’insérer le corpus dans cette dernière tradition (chapitre 3). La présentation du manuscrit et sa situation dans un contexte plus large laissera ainsi le champ libre à une analyse de l’utilisation de la traduction à des fins didactiques dans la version trilingue de la Somme le Roi (chapitre 4) et à une observation de la langue qui y est enseignée (chapitre 5). Enfin, l’étude d’un cas choisi pour sa pertinence nous donnera l’occasion de vérifier les résultats obtenus en rapport à la grille de lecture du traducteur pour les phénomènes illustrés dans cette traduction (chapitre 6). La méthode utilisée est variable, dépendante de l’objet étudié. Nous avons choisi de présenter l’enseignement du latin au Moyen Âge et à la Renaissance sur la base d’études publiées, et donc sur des matériaux de seconde main - avec évidemment une vérification sur ces derniers lorsque nous l’avons jugé nécessaire--, parce qu’une analyse plus poussée aurait dépassé les limites de notre propos. Il en est de même pour l’enseignement du français à la Renaissance. Tandis que pour l’enseignement du français au Moyen Âge, qui est au cœur de notre travail, nous avons opté pour une analyse personnelle basée sur une approche exhaustive ; cette dernière nous a conduite à répertorier tous les corpus qui nous sont parvenus puis à revoir et à discuter certaines analyses préalablement proposées par les études critiques. En ce qui concerne le corpus lui-même, la démarche adoptée oscille entre analyse ponctuelle et traitement exhaustif, suivant la thématique abordée. Il nous a semblé important, afin de fournir un terrain stable à l’analyse proprement linguistique, d’examiner en détail le manuscrit en tant que support physique - ses caractéristiques codicologiques et son élaboration--, et surtout d’évaluer les différentes hypothèses relatives à son utilisation. Afin de mettre au jour la grammaire enseignée dans ce manuel, nous avions tout d’abord projeté de procéder à une étude exhaustive du traitement par le traducteur des grands phénomènes syntaxiques et morphosyntaxiques délicats pour un apprenant. Cependant, les résultats ont été décevants : nous avons rapidement constaté que la langue enseignée n’apparaît pas clairement et que les particularités de la langue française au Moyen Âge ne sont pas traitées de façon uniforme par le traducteur ; c’est-à-dire que le traitement de chaque phénomène (la négation, le pronom impersonnel, etc.) n’est pas soumis à une analyse cohérente et régulière mais semble dépendre du contexte. En revanche, les choix de traduction dévoilent la perception des phénomènes particuliers au français par le traducteur, et donc une partie de ses connaissances de la langue française. Nous avons de fait changé de perspective et cherché les mécanismes généraux qui sous-tendent l’élaboration des versions latine et anglaise du texte français. Pour confirmer les résultats alors obtenus, nous avons effectué l’étude exhaustive initialement projetée sur trois sous-systèmes liés sélectionnés pour leur complexité et leur origine commune : ceux des pronoms personnels de troisième personne, des démonstratifs et des articles définis. Ce dernier chapitre a été conçu comme un test permettant de jauger la pertinence de nos conclusions. Nous avons donc tenté, par une analyse des données, de comprendre de façon empirique chacun des choix de traduction et d’en extraire une cohérence nous permettant de déduire la grille de production du traducteur. Nous avons ensuite confronté cette dernière avec les conclusions ébauchées sur la base d’un examen du texte dans son ensemble. <?page no="16"?> 6 Résultats et ouvertures En ce qui concerne les résultats obtenus lors des diverses analyses opérées sur le manuscrit dont il est ici question, nous nous limitons dans cette introduction à présenter leurs implications ainsi que les traitements futurs qu’ils permettent et appellent. Ces résultats soulèvent en effet d’autres questions, dont le traitement pourrait valider ou invalider certaines de nos conclusions, que nous avons choisi de ne pas approfondir ; elles nous auraient en effet emmenée hors de la ligne que nous souhaitions suivre. Le manuscrit Oxford Magdalen 188 est le témoin de l’existence d’un lien entre les traditions d’enseignement du latin et du français et de leur évolution du Moyen Âge à la Renaissance. Dans cette évolution, il faut selon nous revoir et affiner non seulement la question du programme d’enseignement mais aussi celle du rôle joué dans ce programme par les enseignants en marge des universités proposant une formation tant professionnelle (para-juridique et administrative) que linguistique. En effet, l’analyse de la situation au sein de l’enseignement de ces dictatores témoigne d’une évolution dans les stratégies didactiques mises en place ainsi que de la constitution d’un programme complet, en partie basé sur le latin et dans lequel on peut observer l’utilisation croissante de la traduction. La question des lieux d’enseignement hors des écoles de dictatores demeure cependant. Les matériaux conservés contiennent principalement un programme que l’on sait avoir été élaboré - ou du moins utilisé - dans les écoles de deux de ces professeurs : il s’agit de savoir si ces programmes sont représentatifs de la situation d’alors ou s’ils en donnent une vision déformée en suggérant que l’enseignement formel du français ne se faisait que dans ces écoles professionnelles. Malgré le silence des sources à ce propos, il est en effet probable que, parallèlement à ces structures, il ait existé au cours des XIV e et XV e -siècles un apprentissage du français autonome, éventuellement accompagné par des précepteurs privés, de même qu’un enseignement prodigué dans des écoles cathédrales. La révision des programmes d’apprentissage à laquelle nous amène notre étude conduit à réinterpréter l’utilisation de certains textes, vraisemblablement réinvestis et exploités différemment de ce que prévoyait leur rédaction. Tout d’abord, la réutilisation de textes à des fins autres que celles pour lesquelles ils ont été initialement élaborés devrait être envisagée plus largement : il faudrait reconsidérer les buts visés par certains texte littéraires se trouvant dans des volumes de nature technique ou encyclopédiques. De même, sur le plan didactique, nous arrivons à la conclusion que se dégage un enseignement contrastif par correspondances interlinguistiques ; cet enseignement est, selon nos relevés, peut-être aussi à l’œuvre dans des manuels autres que celui qui fait l’objet de cette thèse, et ceci aussi bien pour le français que pour l’enseignement du latin à la Renaissance, époque à laquelle apparaît le développement de la traduction grammaticale. Les observations quant à la nature de langue enseignée permettent le dégagement d’une « grammaire » implicite. On y décèle la perception par le traducteur des phénomènes linguistiques présents dans le texte source selon le contexte et le cotexte, appuyée sur l’analogie interet intra-linguistique. L’importance du contexte sémantique et morphosyntaxique amène ainsi, selon nous, notre traducteur à développer une grammaire de correspondances. Les relevés ponctuels que nous avons opérés sur d’autres manuels contemporains semblent attester des tendances similaires dans la grille de lecture de la langue par leurs auteurs. Ces résultats remettent en quelque sorte en question l’existence <?page no="17"?> 7 d’une tradition anglo-normande de la description grammaticale ; cette dernière serait ainsi non pas issue d’une tradition bien définie mais se baserait sur une transposition de la description grammaticale latine, et serait enrichie ou modifiée par des analyses fondées sur des correspondances intra-linguistiques. Il s’agirait donc de grammaires déductives multiples, issues de tâtonnements similaires et basées sur l’application de mécanismes semblables. D’un point de vue linguistique, le problème qui subsiste est celui de la place de l’analogie, non seulement dans la description grammaticale mais aussi dans l’élaboration de textes. Il semble en effet que la production anglo-normande indique une gestion particulière du plurilinguisme, de la variation et du rapport du scripteur à la graphie, aussi bien en latin qu’en français. La question qui pour nous demeure est donc celle de l’importance du caractère de langue seconde dans les particularités du français en Angleterre, et notamment dans la souplesse lexicale qui la caractérise : il faudrait analyser un panel de textes issus de différentes traditions afin de savoir si les traits que nous présentent les textes et la lexicographie insulaires sont propres au français d’Angleterre, ou s’ils sont partagés par d’autres variétés. Remarques Notre travail est issu d’une approche empirique ayant pour objectif d’expliquer le corpus sur lequel il se base : son existence, son élaboration, son utilisation, ses leçons. Cela nécessite à la fois de tenter de replacer ce manuscrit dans un contexte plus large - et qui peut paraître de fait trop large - et de le disséquer d’une façon qui peut sembler, à l’inverse, trop rigoureuse. En effet, et pour ne citer que deux exemples, les matériaux de la Renaissance appréhendés séparément et dans un contexte plus restreint peuvent certainement indiquer des mouvements contraires à ceux qui sont apparus dans cette étude ; de même, l’analyse des phénomènes morphosyntaxiques, syntaxiques et lexicaux, si ceux-ci sont considérés un à un, est susceptible de donner des résultats différents de ceux mis au jour. Seule la somme des tendances révélées permet de justifier les conclusions auxquelles nous parvenons. Les résultats ponctuels obtenus prennent ainsi sens dans leur traitement global : aborder de façon dissociée les éléments constitutifs des traditions dans lequel notre manuscrit s’inscrit ne garantit pas d’en saisir l’ensemble, composé de nœuds et d’imbrications naissant des interactions entre ces éléments. <?page no="18"?> 8 A. Première partie Pour sortir de son isolement le manuscrit dont l’étude fait l’objet de cette thèse et être en mesure d’analyser les stratégies didactiques qu’il révèle, nous jugeons nécessaire de le situer dans une continuité qui soit à la fois historique-- avant et après sa rédaction - et thématique - l’enseignement des langues secondes en Angleterre. Une analyse fine du contexte englobant le Moyen Âge et le début de la Renaissance, et ceci pour le français mais aussi pour le latin, nous a permis d’observer certaines constantes et de formuler l’hypothèse suivante : l’enseignement du français en Angleterre à la fin du Moyen Âge s’appuierait non seulement sur la tradition didactique du latin élaborée au cours du Moyen Âge, mais porterait déjà en lui les principes des développements nouveaux pour l’enseignement des langues qui verront le jour à la Renaissance. Par conséquent, le manuscrit Oxford Magdalen 188 constituerait une passerelle entre la tradition médiévale et la tradition humaniste et, par son utilisation massive du latin, ferait le lien entre deux mondes non exclusifs : celui de la langue vulgaire et celui de la langue savante. C’est cette hypothèse que nous discuterons dans cette première partie. Ainsi, l’isolement de ce manuscrit que nous avons décrit dans la préface ne serait que la conséquence du silence des sources généralement responsable du manque de vue globale que nous avons de cette situation. Il est en effet rare que les manuels rédigés avant le XVI e -siècle nous informent sur les buts et les méthodes de l’enseignement proposé. Seule une analyse du « témoignage implicite » des textes conservés ( K RISTOL 2000 : 38) peut alors nous fournir les informations manquantes. Cette question a déjà été largement étudiée en ce qui concerne les manuels consacrés à l’enseignement du français en Angleterre au Moyen Âge. Cependant, si chacun des textes conservés a fait l’objet de multiples études, la question de leur mise en volume n’a pas été abordée avec précision. De même, la dette que ces stratégies didactiques ont contractée auprès de la tradition de l’enseignement du latin, ponctuellement évoquée par les études critiques (voir infra, 2.5), n’a jamais, à notre connaissance, été étudiée en détail. Nous nous proposons donc de chercher à dégager des dénominateurs communs entre le manuscrit Oxford Magdalen 188 et d’autres volumes ayant aussi pour objectif l’enseignement de la langue, qu’il s’agisse du latin ou du français. Pour ce faire, nous avons articulé notre étude en trois chapitres ; les deux premiers s’attachent à brosser un aperçu du programme de l’enseignement du latin et du français en Angleterre au Moyen Âge et à la Renaissance sous ses aspects pratiques et théoriques. Ce panorama, dont le but est de révéler les programmes d’apprentissage ainsi que les méthodes didactiques à l’œuvre, doit faciliter leur comparaison et la mise au jour d’éventuelles ruptures ou continuités. Pour le français, nous avons choisi de mettre l’accent sur la complémentarité des divers enseignements et des diverses approches, de même que sur le caractère polyvalent des textes et des traités disponibles. Ce travail de réanalyse nous a semblé constituer le seul moyen pour combler les lacunes encore nombreuses en ce qui concerne les connaissances de ces méthodes. Afin d’insérer notre manuscrit dans le contexte didactique alors analysé, une description détaillée de sa forme et de son contenu, nous permettant de poser des hypothèses quant à son utilisation et son lectorat, s’avère nécessaire ; cette description fait l’objet du troisième chapitre. <?page no="19"?> 9 Période charnière Le manuscrit Oxford Magdalen 188 peut être daté du milieu du XV e -siècle. Il se situe donc à une période charnière, dont nous allons brièvement présenter les particularités. Évolution de la situation linguistique en Angleterre Comme nous avons eu l’occasion de l’évoquer dans la préface, la situation linguistique de l’Angleterre au Moyen Âge est caractérisée par une répartition fonctionnelle entre le latin, l’anglo-normand et l’anglais. L’équilibre linguistique ainsi créé se modifie de façon continue tout au long de cette période, puis se transforme radicalement vers la fin du Moyen Âge et le début de la Renaissance. La complexité de cette situation linguistique ainsi que les modifications qu’elle subit au cours du temps ne peuvent manquer d’influencer, voire de définir, les stratégies didactiques pour l’enseignement du français. Celles-ci dépendent en effet non seulement du niveau d’instruction du public auquel cet enseignement s’adresse, mais également des besoins linguistiques particuliers des apprenants selon le milieu dans lequel ils évoluent. Le français utilisé en Angleterre dans les premiers temps après la Conquête est la langue de la classe cultivée arrivée avec Guillaume le Conquérant. Ce dernier conserve la plupart des institutions anglo-saxonnes et y superpose la souveraineté féodale : il place ainsi les fonctions politiques et ecclésiastiques importantes entre les mains des élites continentales, qui constituent de fait la majorité de la classe dirigeante. Le français, ainsi promu au statut de langue de pouvoir et de prestige, va peu à peu accéder aux fonctions hautes, ascension dont il ne bénéficiera que plus tard sur le continent 9 . La première moitié du XIII e -siècle voit s’amorcer un développement important de l’utilisation du français dans les milieux administratif, juridique et culturel, où il dispute au latin la place que ce dernier occupait jusqu’alors 10 . L’anglais, quant à lui, commence à accéder à ces différentes fonctions dès le milieu du XIV e -siècle 11 . Ce n’est qu’à partir du XV e -siècle que le français perd ses fonctions administratives et que l’on observe une réelle transition du français à l’anglais. Ce changement est facilité notamment par la défaite anglaise dans la Guerre de Cent Ans et est renforcé par les vagues de peste qui ont successivement décimé la population des personnes bien scolarisées, principalement des clercs et des religieux. Néanmoins le français ne disparaît pas en Angleterre. Il persiste partiellement dans le domaine du droit grâce au Law French, langue technique et artificielle se caractérisant par le maintien des ressources lexicales et des formules juridiques françaises sans conserver les règles de la morphosyntaxe de cette langue 12 . Mais plus généralement, le français garde le statut de langue de prestige et de communication internationale et commerciale qu’il 9 D UVAL 2007 : 395. 10 Les universités et l’Église conservent cependant une situation plus ou moins identique à celle du continent : la langue dominante reste majoritairement le latin, si ce n’est dans le cas d’interactions informelles qui peuvent avoir lieu parfois en français pour la partie la plus lettrée du clergé. 11 Pour une vue d’ensemble de l’emploi du français en concurrence avec le latin et l’anglais à l’écrit et de l’évolution de cette situation jusqu’au XV e - siècle, cf.- S UGGETT 1946 ; voir encore L AMBLEY 1920 ; R OTHWELL 1978 ; K IBBEE 1991 ; B RAND 2000 ; R OTHWELL 2001 b ; T ROTTER 2003a, 2003b. ; S HORT 2009 ; L USIGNAN 2012. 12 L USIGNAN 2004 : 180. <?page no="20"?> 10 a progressivement acquis, dès le XIII e -siècle, dans toute l’Europe. Ainsi, en Angleterre, le français change de domaine d’utilisation et de statut au cours des XV e et XVI e -siècles et rejoint donc les autres langues vulgaires dans l’évolution du statut socio-linguistique que l’on observe à la Renaissance. En effet, la fin du Moyen Âge et le début de la Renaissance sont en Europe le théâtre d’un nouveau rapport à la langue vulgaire. Alors que le latin a été, en Europe de l’Ouest, le véhicule général de la culture et l’instrument de l’écrit pendant une grande partie du Moyen Âge - et y restera, pendant les XVI e et XVII e -siècles, la langue internationale de la science, du droit, de l’Église, de la diplomatie et de l’école 13 --, les langues vernaculaires occidentales progressent dans les champs de l’administration, du savoir et de l’enseignement 14 . Par ailleurs, certaines langues vernaculaires commencent à remplacer le latin 15 comme lingua franca 16 et à devenir des langues de communication internationale 17 . À la Renaissance, ce mouvement prend de l’ampleur dans le cas du français puisque son prestige grandissant - parallèlement à l’italien et, dans une moindre mesure, à l’espagnol - va générer un engouement pour son apprentissage, non seulement parmi les membres de l’aristocratie 18 , mais aussi au sein de la noblesse terrienne 19 et dans la classe ascendante des marchands et des artisans 20 . 13 L ECOINTRE 2005 : 137. 14 Pour un résumé de cette accession et des questions qu’elle soulève concernant les différentes langues, nous nous limitons ici à citer L. G IARD : D’un vernaculaire à l’autre, l’accent principal se déplace. En Allemagne, l’essentiel tourne autour de la Bible de Luther et de son action décisive pour légitimer une langue populaire, concrète et efficace. En Angleterre, les discours de principe font défaut, la question est traitée dans un contexte éducatif, le vernaculaire est anobli par une prodigieuse créativité littéraire (Shakespeare, Spenser, Sidney) et par son emploi liturgique. En Espagne, le premier rôle revient sans conteste à la fondation de la tradition grammaticale par Nebrija. En Italie, d’une lutte acharnée entre les dialectes, menée en marge du latin restauré par les humanistes, le toscan sort vainqueur avec le grand dictionnaire de la Crusca. En France prime le débat sur l’orthographe et l’origine de la langue […] (1992 : 206). 15 Parmi les lettrés et les humanistes, l’emploi du latin est évidemment toujours de mise, mais il n’est généralement pas utilisé en société ( L AMBLEY 1920 : 63-4). 16 R OSSEBASTIANO 2001 : 688. 17 Le français va jouer le rôle de langue internationale pour l’Europe du Nord, dans la communication entre la France, les Pays-Bas, l’Angleterre, mais aussi l’Allemagne, le Danemark, la Norvège ; dans le milieu commercial méditerranéen, les langues les plus importantes sont le grec, l’italien et le catalan ( B ISCHOFF 1961 : 210-1) ; quant à l’allemand, certains facteurs, comme l’épanouissement des villes de l’Allemagne du Sud, vont favoriser son apprentissage en Italie ( C ARAVOLAS 1994 : 28). 18 Selon K. L AMBLEY (1920 : 121), le français était reconnu comme partie de l’éducation de la noblesse et de l’aristocratie alors que l’italien était surtout étudié dans le but de permettre aux apprenants d’avoir accès à la littérature. La connaissance de l’espagnol répondait plutôt à des besoins pratiques et politiques. Quant à l’anglais, il semble qu’il n’ait pas fait l’objet d’un réel enseignement ; seuls deux ouvrages se mettent au service de celui-ci : le manuel élaboré par William Caxton, Dialogues in French and English (1483) - manuel pouvant, selon Caxton, être utilisé pour apprendre l’une ou l’autre langue - et l’ouvrage de Gabriel Meurier (1553), Traicte pour apprendre a parler Francoys et Angloys - permettant certainement lui aussi l’enseignement à la fois de l’anglais et du français ( K IBBEE 1991 : 101). 19 En Angleterre, la dissolution des monastères (1535-6) libère des terres et offre de fait aux marchands fortunés une entrée dans la classe de la noblesse terrienne. Ainsi, afin que cette noblesse puisse poursuivre son ascension sociale, une éducation similaire à celle des jeunes nobles, incluant la connaissance du français, devient indispensable pour leurs enfants ( K IBBEE 1991 : 94). 20 L’intensification des rapports commerciaux, développés dès le XIII e -siècle notamment entre l’Angleterre et les Flandres mais aussi entre l’Angleterre et la Gascogne, assure bien entendu également le maintien du français comme langue commerciale. Voir encore L AMBLEY 1920 : 124 ; B REVA - C LARA - MONTE 2001 : 718. <?page no="21"?> 11 La conservation du français en Angleterre peut être expliquée par la situation politique du pays et par l’évolution de ses rapports avec le continent. Ces derniers, qui prennent une dimension importante lorsque le mariage d’Henri II avec Aliénor d’Aquitaine fait du roi d’Angleterre le plus puissant vassal du roi de France pour ses possessions normandes et le maître de tout le littoral atlantique du Royaume de France, ne s’interrompent pas brutalement, comme on le considère souvent, à la perte définitive par la couronne d’Angleterre de la Normandie en 1204. D’un point de vue politique, l’Angleterre conserve sur sol français le Limousin, le Quercy, le Périgord, la Guyenne et la Saintonge, que la couronne administre en français. Lorsque l’Angleterre doit renoncer à la Guyenne en 1337 et qu’Édouard III revendique la couronne de France, l’explosion de la Guerre de Cent Ans intensifie les échanges par la présence de l’administration anglaise dans les territoires occupés du Nord de la France. La Guerre de Cent Ans produit ainsi un effet contradictoire : selon S. L USIGNAN (1986 : 108), l’État anglais, désireux de légitimer les prétentions politiques qui sous-tendent la guerre de Cent Ans, doit maintenir sa capacité à s’exprimer et à fonctionner en français. La langue devient une composante importante de la définition de l’entité nationale et le demeure jusqu’au terme de cette guerre. Ces relations entre l’Angleterre et le continent sont favorables à la circulation des personnes : courtisans, juristes, étudiants, artisans et ecclésiastiques traversent la Manche aisément 21 . De même, le commerce reste important avec la Flandre française et avec la Gascogne, ainsi qu’avec la France du Nord-Est. D. T ROTTER (2003a) et R. I NGHAM (2006, 2009, 2010b) constatent du reste que l’anglo-normand n’est pas coupé, dans son développement, des évolutions du continent mais est susceptible de faire partie, jusqu’au milieu du XIV e -siècle, d’un continuum dialectal : (1) Si l’anglo-normand continuait à être la langue de prestige de la noblesse anglaise, c’est non seulement parce qu’elle était la langue de leurs ancessurs dans laquelle on célébrait leurs faiz et leurs dis, mais parce qu’elle était la deuxième grande langue de l’Europe occidentale qui concurrençait le latin comme langue de culture mais également comme langue diplomatique, politique et commerciale (…). Dans cette perspective, l’anglo-normand, loin d’isoler l’Angleterre par une quelconque spécificité dialectale, lui permettait au contraire (et permettait aux classes élevées de l’Angleterre) de faire partie de l’Europe. C’était un pont, non pas un pont-levis ; et la Manche facilitait plus qu’elle n’empêchait le contact, contact que l’on recherchait visiblement ( T ROTTER 2003a : 45). Le degré de connaissance de cette langue dans les divers milieux de la société anglaise est cependant difficile à cerner : comme l’indique D. T ROTTER , la maîtrise du français « must have varied hugely according to linguistic ability, experience and degree of exposure to the language » (2003b : 433) 22 . Nous verrons qu’une activité d’enseignement est formellement attestée dès le milieu du XIV e -siècle et que cet apprentissage du français doit alors répondre à des besoins précis - commerciaux, culturels, politiques - et toucher un large éventail de personnes de diverses catégories socio-professionnelles. 21 Voir à ce propos K RISTOL 1990, 2001a-et T ROTTER 2003a, 2003b. 22 Voir encore R ICHTER 1979 : 189-95. <?page no="22"?> 12 Vers une grammaire du vulgaire En Angleterre, l’accession précoce du français aux fonctions hautes, de même que les besoins que cette ascension fait naître au niveau de son enseignement, assignent au français une position intermédiaire entre langue vulgaire et langue savante. Au Moyen Âge, ces deux instances sont différenciées par leur méthode d’apprentissage, elle-même sous-tendue par le rapport instauré entre ces langues et la grammaire. Le latin est, à cette époque, perçu comme une langue artificielle créée par un consensus universel : le produit de l’ars fondé sur la ratio. Ainsi, comme la grammaire latine présente un système grammatical articulé et réfléchi et n’est plus la langue maternelle de personne, l’apprentissage qui s’en fait est lui aussi réfléchi ; il est délivré par le biais de livres et d’un corpus de règles. La langue vernaculaire, quant à elle, est considérée comme produit de l’instinct, de la natura fondé sur l’usus 23 . C’est celle que l’on apprend, comme l’écrit Dante, en imitant sa nourrice. C’est donc un apprentissage ex usu, par imitation et par contact avec les locuteurs 24 . L’enseignement formel du français va rompre cette dichotomie puisque, comme l’indique S. L USIGNAN , il n’est pas - ou plus - langue maternelle, considérée comme acquise sur les genoux de la mère, mais devient une langue apprise de façon rationnelle : « une langue pour laquelle [les Anglais] ont conscience, à tout moment du processus d’acquisition, du degré de maîtrise qu’ils possèdent et de l’objectif visé » (1986 : 117). Les auteurs des manuels d’enseignement du français, dont on ne peut imaginer qu’ils n’aient pas appris le latin, ont dû se trouver confrontés au problème de l’application des stratégies didactiques d’un domaine relevant d’un savoir théorique et grammatical à l’enseignement d’une langue visant une compétence pratique. En effet, pendant le Moyen Âge, le champ de la grammaire est étroitement lié à la langue latine 25 . Par conséquent, l’appareil conceptuel de la grammaire, de même que la terminologie qui s’y rapporte, s’acquièrent en même temps que le latin au niveau élémentaire 26 . Cependant, comme nous le verrons dans le premier chapitre de cette étude, cet apprentissage conjugué est dispensé très tôt, en tous les cas pour ce qui est des langues non romanes, par le biais de la langue maternelle (ou du moins d’une langue vulgaire). Le dialogue qui ne peut donc manquer de s’établir entre latin et langue vulgaire va ainsi, selon S. L USIGNAN , instaurer « un rapport de grammaticalité à la langue vernaculaire » (1987 : 962) 27 . Cette analyse du latin par le biais de la langue vernaculaire est donc le point de « transfert » (ibid. 1987 : 959) entre latin et français, entre grammaire et pratique du vulgaire, et anticipe la description d’une grammaire vernaculaire. Ainsi s’amorce une réflexion grammaticale sur la langue vulgaire dans laquelle il va s’agir de dévoiler les règles implicites régissant son usage et qui nécessite d’adapter la grammaire - d’essence latine--, de repenser ses règles, ses catégories, ses concepts opératoires. Les premiers grammairiens de la langue vulgaire, partant de l’idée qu’elle doit fonctionner selon les mêmes principes 23 T AVONI 2001 : 651. 24 Quelques manuels pratiques de langues vernaculaires datant déjà de l’époque carolingienne nous sont toutefois parvenus : il s’agit d’ouvrages adressés aux pèlerins, aux voyageurs, éventuellement aux commerçants, contenant des conseils pratiques, des lexiques, des phrases modèles ou des dialogues (roman-ancien haut allemand, italien-grec, etc. ; voir B ISCHOFF 1961 : 217). 25 Témoin de cet état de faits, Roger Bacon (XIII e -siècle) exprime l’idée d’une structure commune à toutes les langues, et c’est la grammaire latine qui est pensée comme universelle, un « savoir sur la langue » ( L ECOINTRE 2005 : 145-6). 26 Voir à ce propos L USIGNAN 1987 : 962 ; C OLOMBO -T IMELLI - 1996 : 8. 27 Voir encore S TÄDTLER 1988, 1999. <?page no="23"?> 13 au niveau du système verbal et nominal, de ses constructions, etc., s’attèlent donc à la tâche de lui appliquer les connaissances et les méthodes d’analyse traditionnelles du latin afin de tenter d’en dégager les structures 28 . Ce n’est que lentement qu’apparaît une prise de conscience de l’altérité de cette « grammaire » 29 . Apprentissage des langues à la Renaissance Le mouvement qui pousse les langues vulgaires vers l’obtention du statut de langues « grammaticales » semble aller à la rencontre du nouveau rapport au latin qui voit le jour à la Renaissance par le retour aux grands textes de l’Antiquité et l’abandon des grammaires médiévales. Au latin médiéval jugé « barbare », on oppose l’élégance de l’usage des auteurs classiques (notamment Cicéron, Sénèque et Quintilien) 30 . Cette évolution mène à un débat opposant la méthode d’apprentissage par les règles à celle de l’apprentissage par l’imitation et la pratique : (2) Déjà la restauration du latin historique des écrivains antiques par delà le latin « surrationalisé » de l’Université médiévale (…) avait obligé à proportionner la ratio à l’usus, à réviser la théorie grammaticale en fonction des faits linguistiques et stylistiques dégagés par la philologie. (…) Contredistingué d’une ratio à la pertinence minimisée, l’usus est dès lors central, et comme pratique rhétorique du langage fondatrice du lien social, et comme émergence historique de la langue en des performances attestées. Échange significatif : on enlève à la grammaire un appareil de catégories pour lui rendre un corpus d’exemples ( L ARDET 1992 : 199-200). En Angleterre, la question abordée par Sir Thomas E LYOT (Boke called the Gouvernour, 1531), est celle de la place qu’il faut accorder à la grammaire avant de passer à la lecture des auteurs : (3) Grammer/ being but an introduction to the vnderstanding of autors/ if it be made to longe or exquisite to the lerner/ hit in a maner mortifieth his corage : And by that time he cometh to the most swete and pleasant redinge of olde autors/ the sparkes of feruent desire of lernynge is extincte/ with the burdone of grammer/ lyke as a lyttell fyre is sone quenched with a great heape of small stickes : so that it can neuer come to the principall logges/ where it shuld longe bourne in a great pleasant fire (f.-30v) Cette question dépassera, dès lors, l’enseignement du latin et débordera sur l’enseignement du français. Ainsi, alors que la description grammaticale du français en est à ses balbutiements, l’apparition dans le mouvement humaniste d’une valorisation explicite de l’enseignement par l’exemple opère un glissement de l’opposition langue savante/ langue vulgaire vers celle qui émerge entre l’apprentissage par les règles et l’apprentissage par la pratique. Ce transfert permet, nous le verrons, de conserver certaines stratégies didactiques déjà en œuvre au Moyen Âge, et assure de cette façon une continuité dans la tradition d’enseignement du français. 28 C OLOMBO -T IMELLI 1996 : 9. 29 La découverte de l’altérité de la grammaire du vulgaire se trouve cependant déjà chez les grammairiens occitans, notamment chez Uc Faidit, dans son Donatz proensals (1240-5), dans lequel il présente la grammaire du provençal dans une dimension contrastive en l’opposant au latin ( D AHAN / R OSIER / V ALENTE 1995 : 295 ; voir encore S WIGGERS 1982). 30 S WIGGERS 1997 : 135. <?page no="24"?> 14 Enfin, nous souhaitons insister sur le fait que la problématique de l’enseignement en Angleterre que nous allons aborder est moins celle qui touche la date et le public auquel un enseignement formel a été prodigué que celle du développement et de l’évolution des supports et stratégies didactiques utilisées pour cet enseignement ; c’est-à-dire la rationalisation de cet enseignement dès le moment où ce dernier cesse de se faire par l’immersion. C’est donc bien un phénomène évolutif que nous cherchons à décrire, et il est probable que ce dernier n’implique pas une relation à sens unique, imposant l’influence du latin sur les pratiques didactiques dans l’enseignement du français, mais une évolution conjointe dans laquelle les points de contacts sont nombreux. <?page no="25"?> 15 1 Enseignement du latin en Angleterre du Moyen Âge au début de la Renaissance Le panorama que nous avons choisi de dresser de l’enseignement du latin au Moyen Âge et au début de la Renaissance n’est pas exhaustif : il s’agit avant tout pour nous de saisir le contexte scholastique susceptible d’avoir influencé la production de manuels d’enseignement du français en Angleterre et plus précisément le manuscrit qui nous occupe. De nombreuses études ont été dédiées à l’analyse et à la description de la situation du latin au Moyen Âge : elles décrivent non seulement les lieux dans lesquels l’enseignement du latin était prodigué, mais aussi - et c’est ce qui nous intéresse particulièrement - les traités utilisés dans cet enseignement ainsi que le programme d’apprentissage dans lequel ces derniers s’inséraient. Sur la base de ces études détaillées 31 , nous chercherons à mettre en corrélation les différentes informations qu’elles fournissent afin de déterminer les stratégies didactiques à l’œuvre à cette époque, de même que les évolutions qui s’en dégagent. Notamment, nous insisterons sur l’utilisation de la traduction, dont les mécanismes n’ont à notre connaissance pas été précisément révélés, et surtout sur l’aspect contrastif qu’elle peut engender, phénomène hautement important pour le développement de notre propos. Ce panorama doit nous permettre de cerner précisément les traditions opérant dans les écoles oxfordiennes de grammaire qui voient le jour au XV e - siècle, puisqu’il semble que ce soit dans ce contexte - ou du moins dans un contexte proche - qu’a été élaboré notre manuscrit. Ce dernier, nous le verrons dans le troisième chapitre, semble en effet entretenir des liens avec Oxford et vraisemblablement avec le collège Magdalen d’Oxford, où il est conservé. 1.1 « Grammaire » et enseignement élémentaire du latin Lorsque l’on parle de l’enseignement du latin au Moyen Âge, il faut séparer l’enseignement de la grammaire dispensé dans le cadre du Trivium de l’enseignement élémentaire de la langue latine. Le même terme de grammatica désigne ainsi deux « grammaires » distinctes, représentant initialement deux niveaux scolaires : d’une part l’acquisition du latin élémentaire, et d’autre part une étude approfondie des structures complexes de la langue et de sa mise en œuvre chez les grands auteurs. Dès le XIII e -siècle, la distinction entre ces deux « grammaires » devient plus nette avec la naissance dans les universités du courant de la grammaire spéculative (ou modiste) qui remplace l’analyse des auteurs et « prétend énoncer des règles générales du langage communes à toutes les langues » en se concentrant sur « l’analyse des modes de construction et de signification des phrases en général » ( L USIGNAN 1986 : 18 ; l’auteur souligne) 32 . La grammaire élémentaire est alors réduite à un rôle propédeutique. Comme l’étape qui nous intéresse ici est celle de l’acquisition élémentaire de la langue, nous nous focaliserons sur l’enseignement de la grammaire didactique. Cet apprentissage est fondé sur l’étude de la grammaire et sur la lecture de textes, programme complété par des exercices de traduction et de composition ; à cela s’ajoute parfois l’enseignement du dictamen, art rhétorique de la composition épistolaire et des documents officiels (chartes, actes publics, contrats, etc.), bénéficiant d’un statut distinct (voir infra). 31 Voir M INER 1961, H UNT 1964, 1991, T HOMSON 1979, 1983, 1984, O RME 1973-2006. 32 Voir aussi R OSIER 1983. <?page no="26"?> 16 Nous n’évoquerons que brièvement l’étape qui précède l’acquisition de la langue proprement dite : elle consiste en un apprentissage de la lecture et de la prosodie ainsi que de l’écriture. Il s’agit de savoir déchiffrer et reproduire non pas sa langue maternelle mais le latin, dont les rudiments constituent ainsi pendant un temps un passage obligé pour avoir accès à la lecture 33 . Cet apprentissage concerne les enfants de sept à huit ans et se fait par l’étude de l’abécédaire, du psautier et du livre des matines, ou de compilations contenant les prières élémentaires, les éléments de la foi et les dévotions 34 . Cette première phase d’enseignement se double ainsi d’une éducation religieuse et morale. Quant aux différentes institutions responsables de l’enseignement élémentaire du latin, elles ne semblent pas bénéficier d’une spécialisation toujours très bien délimitée. En effet, au Moyen Âge, certaines écoles de grammaire exigent, pour l’admission, la connaissance des rudiments de la langue et de la grammaire élémentaire qui s’acquièrent par le biais du Donatus (voir infra, 1.3.2) - dont l’apprentissage est souvent introduit de façon non officielle dans les petites écoles (les « song schools ») - tandis que d’autres enseignent conjointement l’un et l’autre degrés 35 . 1.2 Lieux d’apprentissage Historiquement, l’enseignement de la grammaire élémentaire, des arts libéraux et de la théologie était prodigué conjointement dans les écoles des maisons religieuses et monastiques. Destiné tout d’abord aux novices, il s’ouvre peu à peu, pour certains cours, aux laïcs 36 . Dès le XII e -siècle, dans une période qui voit l’essor des universités, une spécialisation s’opère dans cette formation : l’enseignement des arts libéraux est essentiellement pris en charge par les universités - même si certaines écoles ecclésiastiques proposent toujours une formation intégrale pour leurs novices 37 - tandis que la grammaire élémentaire est acquise dans de petites écoles séculières presbytérales (ou « paroissiales ») ou épiscopales (ou « cathédrales »). Nous possédons peu d’informations sur ces petites écoles de ville et de village 38 : il s’agit majoritairement, semble-t-il, d’institutions contrôlées par des « patrons » - évêques, archidiacres, seigneurs séculiers et clergé de paroisse 39 - qui donnent un monopole local au professeur engagé (clerc, laïc ou prêtre séculier, mais n’appartenant pas à un ordre religieux). On y enseigne aux garçons destinés à devenir prêtres, moines, clercs engagés 33 Voir R EYNOLDS 1996 : 8 et O RME 2006 : 55sq. Pierre du Ploiche, Huguenot réfugié en Angleterre et enseignant le français et le latin, fait paraître au milieu du XVI e -siècle, dans la première partie de son œuvre, un ABC en français vraisemblablement calqué sur un abécédaire français paru à Genève en 1551. En Allemagne, par exemple, l’apprentissage de la lecture était encore, jusqu’au premier tiers du XVI e -siècle, généralement effectué à l’aide d’abécédaires et de textes en latin ( L ECOINTRE 2005 : 139, note 5). En France, cette pratique perdure jusqu’à la fin de l’Ancien Régime ( C HARTIER / C OMPERE / J ULIA 1976 : 248). 34 O RME 1973 : 68. 35 Ibid. : 68-9, 2006 : 67. 36 O RME 1989 : 6-et 1973 : 238-51. 37 En ce qui concerne les arts libéraux, les moines, pour certains ordres, partaient ensuite à l’université, tandis que dans d’autres maisons, la formation se faisait en interne. 38 R ICHÉ / V ERGER (2006 : 294) mentionnent 85 localités pourvues d’une école à la fin du Moyen Âge en Angleterre. 39 O RME 1989 : 4. <?page no="27"?> 17 dans l’administration, futurs étudiants universitaires ou laïcs lettrés et l’accès aux cours n’est ouvert qu’aux personnes capables de couvrir les frais que cet enseignement occasionne. Ainsi pour le public ne pouvant profiter de cet enseignement - les femmes, les personnes issues de milieux défavorisés, les populations des campagnes ne bénéficiant pas des structures requises, etc. - un enseignement parallèle est prodigué de manière privée, généralement par le prêtre local 40 . Dans les maisons aristocratiques, - dans lesquels bon nombre de gentilshommes envoyaient leurs enfants pour leur offrir une éducation complète - il est fréquent que l’on fasse appel à un précepteur privé ; cette habitude demeure à la Renaissance et au-delà. La fin du XIII e - siècle voit le développement d’une activité d’enseignement dans les collèges 41 , qui sont originellement des institutions dotées et fondées par une personne influente pour servir de structure d’accueil aux étudiants les plus pauvres des universités 42 . Les écoles de grammaire qui s’y développent ont pour but de pallier les faiblesses des petites écoles traditionnelles et de préparer les étudiants à entrer à l’université 43 . Ces structures prennent très vite une grande importance dans la tradition de l’enseignement du latin, comme l’atteste la rapidité avec laquelle l’université impose sa juridiction sur ces écoles. Nombre d’entre elles, dont le collège Magdalen, qui est la plus ancienne école de grammaire dotée d’Oxford (fondée en 1479), deviennent des centres dans lesquels les théories humanistes pour l’enseignement de la grammaire se développent de manière significative à partir de la fin du XV e -siècle et tout au long de la Renaissance. Il faut encore noter qu’au milieu du XIV e -siècle, des écoles privées, tenues par des professeurs de grammaire, sont attestées. R. W. H UNT (1964 : 168) cite notamment, pour la ville d’Oxford, l’école de John of Cornwall, professeur qui jouera un rôle non négligeable dans le développement de la tradition d’enseignement du latin (voir infra, 1.3.2 et 1.6). À la fois en marge et en lien avec le programme des écoles de grammaire et celui proposé dans les universités, le XIII e -siècle voit se développer l’enseignement d’un champ particulier de la rhétorique, l’ars dictaminis, qui incluait initialement l’art de la composition au sens large (en prose et en vers) et s’est peu à peu restreint à la composition épistolaire. À partir du XIV e -siècle, cet enseignement, habituellement proposé dans les écoles de grammaire avant l’entrée de l’étudiant à l’université 44 , va se transformer et gagner en importance jusqu’à faire partie, en Angleterre, d’une subdivision bien définie dans le système éducatif.-Au fil du temps, l’étude de ce sujet profitera de plus en plus à ceux qui désirent poursuivre une carrière dans les chancelleries. Il donnera naissance à un enseignement professionnel, enseignement para-juridique et administratif théorique et pratique 45 dans un cadre scolaire 46 : 40 O RME 1989 : 7. 41 Voir O RME 1998 : 10. 42 R ICHÉ / V ERGER 2006 : 281-6, 300-5. 43 B LAND 1991 : 83. 44 C AMARGO 1991 : 47-8 ; G RONDEUX 2001 : 603. 45 Ces connaissances étaient précédemment acquises par la pratique, l’étudiant se faisant engager comme apprenti chez un clerc, un notaire, etc. 46 Au Moyen Âge, l’apprentissage professionnel se fait sur le terrain. Cette situation demeure jusqu’à la Renaissance, voire au-delà, pour certains domaines comme les sciences de l’ingénieur, les beaux-arts, etc. ( R ICHÉ / V ERGER 2006 : 305-6). <?page no="28"?> 18 (1) Many people who studied grammar, however, were less interested in its linguistic and literary aspects than in its practical uses in the administrative and commercial spheres of life, for which their studies were intended to qualify them. To satisfy the needs of such people there evolved during the later middle ages a class of schoolmasters who specialized in the more practical aspects of Latin, of which the principal one was the study of dictamen, the art of composing letters. This art, which was studied to some extent in all grammar schools, was highly developed by the specialists, who taught how to compose every kind of letter both formal and informal that men of affairs or their deputies might wish to send on any occasion. Most of these teachers dealt also with the related techniques for drafting deeds and charters, and many of them extended their range to cover other subjects which were not strictly grammatical but belonged to the same world of commerce and administration for which they were preparing their pupils : conveyancing, the composition of court rolls and other legal records and the keeping of accounts ( O RME 1973 : 70). Cet enseignement, qui se fait dès lors aux abords des universités et constitue ainsi le lien entre l’enseignement officiel et le milieu des affaires, ne prépare pas les étudiants pour l’acquisition d’un diplôme mais apporte une formation pratique - techniques administratives et commerciales, éléments de procédure légale nécessaire à l’administration de domaines, etc. 47 - permettant d’obtenir les emplois de la sphère non académique (voir chapitre 2). La place de ces cours, prodigués par les dictatores, est équivoque dans le système hiérarchique éducationnel. En effet, si ces études sont une étape supérieure à celles de l’apprentissage de la grammaire, puisqu’elle ne peuvent se faire que lorsque les bases en latin sont acquises, le caractère mineur du sujet qui y est enseigné les démarque cependant de l’enseignement des arts. 1.3 Supports et méthodes d’apprentissage : entre théorie et pratique L’enseignement du latin présente un programme d’études incluant l’apprentissage de l’orthographe et de la prosodie, du vocabulaire, de la morphologie (etymologia) et de la syntaxe. La somme des manuels conservés ainsi que certains témoignages explicites que nous mentionnerons plus loin nous donnent donc l’occasion d’observer la manière dont cet enseignement était donné, tant au niveau théorique qu’au niveau pratique. Il faut bien sûr préciser que l’analyse de ces éléments ne permet pas de reconstituer le programme d’un système éducatif structuré et homogène, qui apparaîtra plus tard, mais révèle la nature de l’instruction. C’est dans cette optique que nous allons présenter des textes choisis pour leurs qualités représentatives des tendances didactiques de leur époque. 1.3.1 Enseignement de l’orthographe et de la prosodie Le tout premier stade de l’apprentissage du latin contient par essence l’enseignement de l’orthographe et de la prosodie, par le biais, nous l’avons vu, de la lecture à haute voix et de la calligraphie. Ces connaissances doivent certainement continuer à être acquises de façon transverse par la lecture de textes et la composition tout au long des études de l’apprenant. Il existe néanmoins des traités théoriques visant l’enseignement de l’une 47 Le savoir-faire nécessaire pour travailler dans les cours de justice et pour devenir avocat commence, quant à lui, à s’acquérir dès le XIII e -siècle dans les Inns of Court de Londres (Ibid.). <?page no="29"?> 19 et de l’autre : ceux-ci regroupent, pour l’orthographe, un enseignement graphique et calligraphique 48 , et pour la prosodie, l’apprentissage de la métrique et de l’accentuation. Cet enseignement se trouve non seulement dans des sommes, telles que l’Ars Minor de Donatus ou l’œuvre de Priscien (voir infra, 1.3.2), mais fait parfois l’objet de manuels spécifiques et indépendants. En ce qui concerne l’orthographe, les études significatives que nous avons consultées n’indiquent pour l’Angleterre que l’incipit d’un seul texte : « Apud Latinos vinginti sunt litere » ( M INER 1961 : 4 ; M INER 1990 : 141). Nous mentionnerons un autre traité, puisque celui-ci se trouve dans un des codices que nous avons analysés pour notre étude de l’enseignement du français (voir chapitre 2) : « Orthographia secundum usum Beverlaci », qui débute le manuscrit Paris, Bibl. Nat., Nouv. acq. lat. 699 (XV 1 s. ; voir annexe 1, 2.2.1.8.). Pour l’apprentissage de la prosodie, nous pouvons citer les ouvrages de Richard of Hambury - maître de grammaire à Oxford à la fin du XIII e -siècle - ainsi que ceux de John Seward (1364/ 5-1435/ 6) : l’Hisagoga pour l’enseignement élémentaire et le Metristenchiridion pour l’enseignement avancé 49 . 1.3.2 Enseignement de la morphologie et de la syntaxe Au Moyen Âge et jusqu’à la Renaissance (et même au-delà 50 ), l’enseignement grammatical du latin est majoritairement basé sur l’Ars Minor de Donatus, grammairien latin du IV e -siècle. Cette œuvre a fait l’objet de nombreux remaniements - versions commentées, versifiées ainsi que traductions, voire réélaborations, en langue vulgaire - et apparaît souvent accompagnée de paradigmes verbaux et casuels 51 . L’œuvre complète de Donatus, l’Ars Grammatica, est composée de deux parties, qui s’ordonnent selon la difficulté des matériaux proposés et le public auquel elle s’adresse (débutants/ avancés). La première, l’Ars minor, expose succinctement les huit parties du discours, leurs caractéristiques et leurs flexions. Sa structure est catéchétique, la succession de questions-réponses permettant de faciliter la mémorisation. L’Ars maior quant à lui commente les parties du discours ; il fournit de plus des éléments de phonologie du latin (phonétique, métrique, accentuation et ponctuation), signale les défauts de l’énoncé (barbarismes, solécismes, etc.) ainsi que ses qualités (figures, tropes, etc.). Il n’y a donc pas, dans le développement de Donatus, d’enseignement syntaxique. La présentation de l’organisation des parties du discours et des liens qu’elles entretiennent ne se fait que par un traitement des qualités et défauts de l’énoncé (figures, barbarismes, etc.). Seul Priscien, grammairien du VI e -siècle largement lu et commenté au Moyen Âge, consacre à cet aspect de la grammaire une partie de son œuvre (Institutiones grammaticae, rédigées entre 526 et 527). Il termine sa somme grammaticale, dont la première partie est composée de deux livres de phonétique et de quatorze livres dédiés aux parties du discours (le Priscianus maior), par deux livres consacrés à la syntaxe (le Priscianus minor). Cette syntaxe traite « de ordinatione earum (dictionum), quae solet fieri ad constructionem orationis perfectae » 52 . Il s’agit, selon J.-C. C HEVALIER , 48 M INER 1990 : 152. 49 Ces deux textes sont cités par M INER 1990 : 152 ; pour d’autres traités, voir M INER 1961 : 4, 14. 50 C. L ECOINTRE (2005 : 139) indique que cette tradition perdure jusqu’au milieu du XVIII e -siècle. 51 Versions commentées : B URSILL -H ALL 1981 ; versions versifiées : G RONDEUX 2001 : 599 ; versions en langue vulgaire : S TÄDTLER 1988 et M ERRILEES 1993 pour le français, T HOMSON 1979 et 1984 pour l’anglais. 52 Voir C HEVALIER 1968 : 28. <?page no="30"?> 20 d’« un large tableau des possibilités de construction des segments du latin », et par conséquent d’une syntaxe « au sens formel, c’est-à-dire le moyen de joindre les mots selon leur accidents formels » (1968 : 41) 53 . Priscien ne livre donc pas une analyse de la syntaxe au sens moderne du terme : il fait une tentative d’analyse catégorielle mais ne propose pas de réflexion sur l’enchaînement des syntagmes dans l’ensemble de la proposition (si ce n’est l’énoncé que l’ordre des mots peut changer le sens de la phrase). C’est la grammaire spéculative qui se penchera, dès le XIII e -siècle, sur le problème des rapports fonctionnels qui unissent les éléments les uns aux autres : l’étude de la syntaxe est donc, du moins pendant une partie du Moyen Âge, entre les mains des modistes 54 , et nous verrons qu’elle est absente de la tradition de l’enseignement du français. Les Institutiones grammaticae de Priscien étant d’une teneur trop compliquée pour être utilisées dans les cours élémentaires et intermédiaires de grammaire 55 , celles-ci constituent surtout une œuvre de référence pour les professeurs ainsi qu’un texte de base pour les cours universitaires 56 . De fait, certains grammairiens médiévaux établissent et développent, à partir du XIII e - siècle et sur le modèle de Priscien, l’étude des relations syntaxiques entre les différents éléments de la phrase 57 . L’analyse de la phrase par Priscien (oratio) était essentiellement basée sur l’ordonnance des mots individuels (ordinatio) : « Oratio est ordinatio dictionum congrua, sententiam perfectam demonstrans » 58 . Le caractère flou de cette définition va amener les grammairiens médiévaux à commenter et à réélaborer ces notions. Trois concepts fondamentaux ont ainsi régi la théorie de la syntaxe médiévale : congruitas (le lien correct qui existe entre les mots, au niveau des cas, des temps, des personnes et éventuellement du sens), determinatio (la relation de détermination qui existe entre deux termes, l’un spécifiant le sens de l’autre) et regimen (l’action d’un mot sur un autre, dont va dépendre l’attribution du cas de ce dernier) 59 . Les questions syntaxiques du regimen et de la congruitas sont ajoutées à l’exposé des huit parties du discours à partir de 1250 environ dans les remaniements et traduction du Donatus 60 . Dans ce contexte s’élaborent des traités ayant pour but l’explication des règles régissant la structure des phrases latines. Pour ce faire, ils s’appuient sur l’observation de l’ordre habituel des élements de la phrase en latin, mettant parfois en exergue les cas spécifiques où cet ordre ne doit pas être suivi 61 . Ces développements présentent généralement la règle, suivie d’une phrase l’illustrant puis, pour certains, de vers résumant la leçon et en permettant l’apprentissage par cœur. On peut noter le Speculum grammaticale (1346) de John of Cornwall, qui traite des parties du discours en prêtant une attention particulière aux liens qu’elles entretiennent avec les autres éléments de la phrase et en proposant une illustration de chacune par des phrases adaptées 62 . Il est le premier à introduire ces latinitates de manière systématique à la fin de 53 Priscien traite, de plus, des modes et des voix verbales. 54 Pour un développement des idées de Priscien dans le courant modiste, voir D E L IBERA / R OSIER 1992. 55 G RONDEUX 2001 : 600. 56 O RME 1973 : 92. 57 B LAND 1991 : 65sq. Un aperçu des questions abordées et des développements syntaxiques (congruitas et regimen) est proposé par P. S WIGGERS (1997 : 125) et C. R. B LAND (1991 : 65ss). 58 R EYNOLDS 1996 : 89. 59 Ibid. : 98-100. 60 C OLOMBO -T IMELLI 1996 : 17. 61 M INER 1990 : 158. 62 Pour une description précise de ces œuvres, cf.- G RONDEUX 2001 : 601-3 ; voir encore H UNT 1964 : 174. <?page no="31"?> 21 l’exposition de chaque partie du discours 63 . Sur un modèle similaire, John Leylond, maître de grammaire à Oxford dès 1415 et dont l’œuvre a bénéficié d’une grande diffusion en Angleterre, a construit l’Informatio ainsi que les Formula, version révisée de l’Informatio 64 . Les grammairiens médiévaux qui rédigent des manuels avec l’intention de compléter l’enseignement proposé ne se limitent toutefois pas à la syntaxe mais développent des manuels élémentaires ou des ouvrages plus théoriques en suivant tout ou partie de l’ordre canonique présent chez Donatus et Priscien 65 . Les plus importants sont : l’Accedence, un texte théorique sur les huit parties du discours, écrit en anglais et développé sur le modèle du Donatus ; le Dominus que pars ? , qui traite des parties du discours 66 en rassemblant des matériaux de Priscien, abrégés, auxquels ont été retranchées les informations syntaxiques et présentés dans une structure catéchétique ; le Doctrinale d’Alexandre de Villedieu (composé vers 1200), compilation versifiée de l’essentiel des Institutiones grammaticae de Priscien et de la troisième partie de l’Ars maior de Donatus sur les qualités et défauts de l’énoncé 67 ; le Graecismus d’Évrard de Béthune (début du XIII e -siècle), à la frontière entre le lexique et la grammaire, renseignant sur les parties du discours, les homonymes, les synonymes, et proposant des chapitres de syntaxe selon les concepts présentés plus haut 68 . Il faut de plus noter, dès le milieu du XIV e -siècle, la production de traités en anglais, qui s’inscrit dans les efforts didactiques des grammairiens d’Oxford 69 (voir infra, 1.5.1.1). Il faut cependant attendre le XVI e -siècle pour que les auteurs développent une nouvelle approche de la syntaxe par le biais de l’énoncé de règles claires et concises (Libellus de constructiones octo partium orationis (1513, 1515), de William Lily ; De emendata structura Latini sermonis (1524), de Thomas Linacre ; etc. 70 ). En l’absence d’une théorie générale sur l’élaboration de la phrase, il semble que ce soit plutôt par l’observation et l’analyse de constructions latines que la syntaxe a pu être enseignée ainsi que par une pratique de la traduction ou de la composition visant à appliquer les règles de grammaire apprises de manière théorique. 1.3.2.1 Phase de réception par la lecture de textes et l’analyse de phrases modèles L’apprentissage des structures syntaxiques du latin semble se faire moins par l’apprentissage de règles strictes que par l’analyse et la lecture commentée de textes littéraires, de même que par le recours à des phrases individuelles élaborées dans ce but. La technique de l’expositio est un chemin fréquemment emprunté au Moyen Âge pour procéder à l’analyse syntaxique et morphosyntaxique de constructions latines : il s’agit 63 H UNT 1964 : 174. 64 Pour une description de ces textes en moyen anglais, voir T HOMSON 1979 : 9ss ; O RME 2000 : 452 ; O RME 2006 : 107. Édition : T HOMSON 1984. 65 R. W. H UNT (1964) ainsi que N. O RME (1989 : 65-66) donnent une liste des grammairiens médiévaux et de leurs production. Pour un répertoire quasi-exaustif de ces matériaux et des manuscrits dans lesquels ils apparaissent, voir B URSILL -H ALL 1977. 66 M ERRILEES 1990 : 25. 67 CTLF 2008 ; O RME 2006 : 91. Voir encore C HEVALIER 1968 : 42ss pour une présentation des principes syntaxiques décrits dans ce texte. 68 CTLF-2008 ; O RME 2006 : 92. 69 Cf.- T HOMSON 1979 ; 1983 : 302 ; O RME -2006 : 107. 70 Cf.- C OLOMBAT 2001 : 662. <?page no="32"?> 22 d’illustrer les points d’un texte grammatical par l’analyse de citations littéraires en recourant à la glose, qu’elle soit lexicale ou syntaxique. Ces deux types de glose, qui peuvent apparaître dans un même texte ou de façon indépendante 71 , permettent une récriture des exemples par une approximation sémantique et une syntaxe plus familière 72 . Les gloses syntaxiques interlinéaires, qu’elles se présentent sous la forme de mots ou de symboles, facilitent notamment l’étude de l’ordre des mots (ordo) et des relations grammaticales (regimen) : (2) Just as the lexical glosses offered the Anglo-Saxon reader vernacular equivalents for the Latin words in the text, the syntactical codes helped him to construe the Latin syntax and to find simple vernacular equivalents for the often complicated Latin word-order patterns ( R OBINSON 1973 : 443). Les gloses alphabétiques, parfois accompagnées de paraphrases marginales qui reproduisent le nouvel ordre des mots proposé par les gloses syntaxiques, sont utilisées pour l’ordo tandis que les relations entre les mots (regimen) sont signalées par un système de points et de traits afin d’indiquer les éléments solidaires 73 . On retrouve ces procédés jusqu’au XV e -siècle dans un exemplaire des Disticha Catonis présentant des gloses anglaises et des gloses syntaxiques 74 . Plus généralement, l’apprentissage par l’imitation des auteurs fait appel à des gloses interlinéaires continues. Celles-ci, explique S. R EYNOLDS ( 1996 : 33ss) , reflètent certainement les commentaires oraux aussi bien thématiques que grammaticaux que devait faire le professeur lors de la lecture de textes habituellement tirés du Liber Catonianus ou des auctores sex ou octo, compilations d’ouvrages en vers 75 . Selon F. C. R OBINSON (1973 : 448), ces gloses interlinéaires continues s’apparentent plus à une traduction littérale qu’à un système de glose - peu de mots étant laissés sans équivalents, pronoms personnels inclus. On les trouve notamment dans certains psautiers anglo-normands 76 . En ce qui concerne le Psautier d’Eadwine (première moitié du XII e -siècle), S. R EYNOLDS (1996 : 9) indique que ces traductions mot à mot, que ce soit en ancien français ou en anglo-saxon, attestent leur utilisation dans les premières étapes de la lecture pour l’apprentissage du latin. 77 71 Les textes uniquement glosés syntaxiquement ont pu, selon F. C. R OBINSON , être utilisés par des lecteurs qui n’avaient plus besoin d’aide pour la compréhension du vocabulaire (1973 : 465). 72 R EYNOLDS 1990 : 32sq. 73 Ibid. : 34. 74 T HOMSON 1979 : 28 (Oxford, Bodleian Libr., Hatton 58). 75 La liste des Auctores Octo subit plusieurs modifications, notamment à partir du milieu du XIV e - siècle où un enseignement religieux et moral (bonnes manières, comportement social, etc.) est souhaité ou imposé dans les écoles de grammaire par certains protecteurs et donateurs. La liste finalement stabilisée et qui perdure jusqu’au milieu du XVI e -siècle est composée, en plus des Distiques de Caton et les Eclogues de Theodule,-des œuvres suivantes : Fabulae d’Ésope, Facetus, Floretus, Parabolae d’Alain de Lille, Thobias de Mathieu de Vendôme et Contemptu mundi ( H UNT 1991 : 70). Le livre de Caton, imprimé par William Caxton en latin et en anglais, est d’ailleurs un des premiers manuels scolaires à être imprimé en Angleterre ( O RME 1989 : 17). Pour des exemples de compilation et l’évolution de leur composition, voir H UNT -1991 ( 59-79). Pour une traduction en français de certaines de ces œuvres, voir D EAN 1999 (§255, 257). 76 Psautier d’Arundel (mil. XII e s. ; DEAF : PsArundB) ; Psautier de Cambridge (de Canterbury, d’Eadwin ; 1 ère m. XII e s. ; DEAF : PsCambrM). 77 D’autres exemples de textes, notamment des psautiers , sont donnés par F. C. R OBINSON (1973 : 466). <?page no="33"?> 23 Ce traitement connaît une évolution à la Renaissance puisqu’il prend la forme de textes bilingues pour lesquels la traduction n’est plus présentée de manière juxtalinéaire, mais en regard du texte source. Comme au Moyen Âge, il s’agit d’œuvres de morale, de sentences et proverbes, ainsi que de certaines œuvres des auctores octo 78 , liste à laquelle il est possible d’ajouter des pièces de théâtre. Dans ce dernier groupe, on peut mentionner les Ecphrasis Anglica in comoediam Acolasti (1540), traduction anglaise par John Palsgrave de la comédie Acolastus (la pièce latine de Guillelmius Follonius, 1529). Certains corpus sont spécifiquement développés pour cette analyse. Priscien, dans ses Partitiones versuum XII Aeneidos, se proposait d’analyser mot à mot, en distinguant les différentes parties du discours, le premier vers de chacun des douze chants de l’Énéide sous la forme de questions-réponses. Ces exemples tirés de la littérature servaient donc de support aux explications touchant notamment la syntaxe telle que nous l’avons définie plus haut. Une telle utilisation de phrases illustratives non seulement se retrouve chez Ælfric (Excerptiones de Arte Grammatica Anglice, fin du X e -siècle, voir infra, 1.3.4 et 1.4), mais perdure tout au long du Moyen Âge : on trouve notamment des phrases modèles visant à illustrer des problèmes grammaticaux particuliers 79 . D. T HOMSON (1979 : 27) donne, pour le XV e - siècle, l’exemple de phrases illustratives répétées avec un agencement différent des mots qui les composent. Selon lui, elles indiquent « an interest with the process of construing and rearranging Latin to translate it into English ». Il mentionne de plus un procédé similaire pour des versions réarrangées de psaumes et d’hymnes. Ces latinitates sont susceptibles d’avoir été utilisées en trois étapes : une première phase d’analyse, puis une éventuelle traduction, et enfin, dans certains cas, leur apprentissage par cœur 80 . On relève, principalement lorsque l’ordre des mots est inhabituel, des exemples rédigés à la fois en latin et en anglais, afin peut-être d’en faciliter la mémorisation 81 . 78 John Brinsley (1566-1630) a élaboré des traductions de textes parmi lesquels on retrouve les Distiques de Caton et une partie des Fables d’Ésope. 79 Il est probable que certaines collections de sophismes aient été utilisées dans ce but. On trouve en effet l’emploi de sophismes grammaticaux dans le cadre des universités, où il s’agit d’analyser des énoncés problématiques et les difficultés qu’ils contiennent, afin d’étudier la syntaxe latine ( R OSIER 1991 : 177). L’Arcubius (XIII e -siècle ; voir M ERRILEES 1990 : 26-7), apparaissant dans un volume français contenant deux versions de l’Ars Mineur (c’est-à-dire le Donatus traduit en français ; Paris, Mazarine 3794), indiquerait ce genre d’emploi à un niveau élémentaire. Nous reprenons ici le nom que donne B. Merrilees à cette œuvre, pour laquelle il ne précise ni la date ni l’origine. Cependant, l’incipit qu’indique B. Merrilees « Arcubius descendens de turre frangitur crus. In hoc latino tria noto : primo quod Arcubius idem est quod excubitor gallice eschauguete et dicitur ab artis et cubo cubas id est cubans in arte » (Paris, Mazarine 3794, f.-69va ; XIV e -siècle) présente des ressemblances avec un passage des Sophismata Anonymi Avenionensis présentés par A. G RONDEUX : « In isto proverbio sunt tri notabilia. Primum est super hoc quod dico arcubius, quia arcubius est figure composite de ars, tis et cubo, bas, id est cubans in arte » (2002 : 55 ; XIV e -siècle). Il peut donc s’agir de deux versions d’un même ouvrage ou du moins issues d’une même tradition (certainement du XIII e -siècle). Les particularités que A. G RONDEUX trouve dans ce texte-plaident selon elle : en faveur soit d’un niveau soit d’un mode d’enseignement qui ne sont pas ceux dans lesquels circulent ordinairement les collections de sophismes, même s’il est par ailleurs extrêmement difficile de cerner à quel type d’enseignement correspondent les grandes collections de sophismes du XIII e - siècle. Si le recueil s’adresse en effet à des élèves de niveau non universitaire, il est intéressant de voir des méthodes d’enseignement (l’utilisation de sophismes comme amorce d’une leçon), rapportées par des maîtres de leur cursus universitaire peut-être parisien, se diffuser dans leur enseignement secondaire (…) (2002 : 44). 80 O RME 1973 : 99. 81 M INER 1990 : 156-60. <?page no="34"?> 24 1.3.2.2 Étape de production par la traduction et la composition Les attestations explicites concernant la mise en application au moyen de la traduction ou de la composition des connaissances grammaticales acquises par l’étudiant sont rares avant la fin du XV e - siècle. En effet, si l’utilisation des gloses interlinéaires continues en langue vulgaire - qui n’est rien d’autre qu’une forme de traduction - est attestée pour le commentaire de textes, la question de la production par l’étudiant d’un thème ou d’une version, de même que celle de compositions latines, se heurte au problème du silence des sources médiévales. Alors que la Renaissance voit l’émergence d’un métadiscours qui accompagne l’enseignement, les ouvrages du Moyen Âge ne nous livrent que des textes bruts : tout texte est ainsi susceptible d’avoir servi de support à un exercice de traduction. 1.3.2.2.1 Développements dans l’utilisation du thème et de la version au XV e -siècle C’est à partir du XV e -siècle, surtout dans le contexte de la création des collèges et lorsque l’anglais fait son entrée officielle comme véhicule de l’enseignement du latin (voir infra, 1.5.1.1), qu’une grande place est explicitement accordée en Angleterre à la traduction pour l’enseignement du latin. Cette tendance peut s’expliquer par l’habitude anglosaxonne déjà ancienne, que l’on trouve chez Ælfric, d’utiliser la langue maternelle dans l’apprentissage des langues. Certains exercices explicites de traduction datés du deuxième quart du XV e - siècle 82 nous sont néanmoins parvenus sous la forme d’ouvrages compilés pour servir de support à ces exercices. Il s’agit de vulgaria, phrases habituellement en anglais illustrant des règles de grammaire précises et que l’étudiant devait traduire en latin 83 . Certaines d’entre elles sont accompagnées de modèles de traduction en latin, appartenant au professeur ou présentes dans des cahiers de note d’étudiants 84 . Elles attestent donc généralement la pratique du thème, même si les exercices de version devaient aussi être monnaie courante : dans certains ouvrages, il apparaît parfois que le latin est sans aucun doute la langue source puisque la version anglaise présente une syntaxe inappropriée, issue d’une traduction littérale 85 ou fragmentaire 86 du latin. Ces vulgaria présentent généralement des anecdotes de la vie de tous les jours du milieu estudiantin 87 , ainsi que des proverbes, des énigmes 88 et des conseils moraux. Les premiers devaient permettre de rendre l’exercice plaisant et vivant, et les seconds de conjuguer l’apprentissage de la langue et celui de la vertu. L’utilisation de la traduction dans l’enseignement du latin devient très importante au XVI e -siècle et fait l’objet de réflexions théoriques. À la suite de l’humaniste Juan Vives, 82 Voir Lincoln, 1425-1450 : Beinecke Libr. 3, 34, f.-5 (éd. O RME 1989 : 82-85) ; Bristol, env. 1427-1435 : Oxford, Lincoln College, lat. 129, E, pp. 187-202 ; O RME 1973 : 98, note 6 ; S ULLIVAN 2005 : 36, note 34. 83 Selon W. E. M ILLER , les phrases devenaient plus complexes et plus longues au fil des progrès de l’élève (1963 : 165). 84 O RME 1973 : 98 ; 1981 : 11 ; 2006 : 112. 85 Parue Latinitates de Termino Natalis Domini, de John Drury, professeur de grammaire enseignant à Beccles vers 1434-(Cambridge, Add. 2830 ; M EECH 1934). 86 Il s’agit, dans le manuscrit London, Brit. Libr., Royal 12.B.xx (env. 1500), clairement d’un exercice de thème. La traduction latine est négligée à divers endroits, et certaines lettres de même que certains mots, pourtant nécessaires, sont absents ( O RME 1981 : 13). 87 Dans un style différent, on peut noter les Vulgaria quedam abs Terentio in Anglicam Linguam traducta de John Anwykyll, enseignant à Magdalen College, à Oxford (1481-7), qui contiennent, comme le titre l’indique, des passages de Térence. 88 Pour des exemples, voir T HOMSON 1979 : 29-30. <?page no="35"?> 25 dans son De tradendis disciplinis (1531), Roger Ascham (1515-1568) 89 , dans The Schoolmaster (1570, édition posthume), préconise la double traduction d’un livre modèle 90 . L’élève doit, selon lui, commencer par analyser et traduire le latin en anglais, puis retraduire sa propre interprétation en latin afin que le professeur puisse comparer les deux versions : (3) In summary, the method was this. The teacher read over to the pupil some carefully selected Latin word, analyzed the subject matter, construed the passage into English, and parsed it. The pupil imitated the teacher by construing the same passage into English and parsing it. The pupil now took a paper book and, sitting by himself without prompting, translated his lesson into English. The result was shown to the master, who then took the pupil’s Latin text from him ; after at least an hour’s interval, the pupil translated his own English into Latin again in another paper book. Finally, the child’s Latin version was compared with the original Latin and praise or blame given to the child in accordance with his due (pp. 182-185 and 244-246) ( M ILLER 1963 : 169-70). Alors que Vives indique qu’il préfère la traduction de la langue maternelle en latin, puis à nouveau dans la langue maternelle, Ascham préconise le contraire. Selon ce dernier, cette pratique doit permettre à l’étudiant d’apprendre des points de grammaire difficiles, et, de manière générale, d’exercer les connaissances aquises 91 . Il précise que cet enseignement peut de plus s’étendre au style et à la rhétorique, puisqu’ils s’y trouvent ainsi illustrés ; ce témoignage a le rare mérite d’expliciter les visées de la traduction. Il devait exister dans ce processus des ouvrages jouant le rôle d’aide au professeur. La difficulté réside, dit W. E. M ILLER , dans le manque d’informations explicites quant à ce but précis : (4) Any translation of a literal sort from Latin into English could be used as a basis for retranslation into Latin, or for verifying the accuracy of a pupil’s translation from Latin into English. It is entirely possible that some of the « grammatical » translations of the sixteenth century, and the early part of the seventeenth, were intended partly as aids for instructors who wished to use double translation, but 89 Roger Ascham est un pédagogue anglais, professeur de grec à l’Université de Cambridge. Il fut l’instituteur d’Élisabeth I er , fille de Henri VIII et future reine d’Angleterre, et le secrétaire d’Édouard VI d’Angleterre. 90 Ascham tente de valider sa méthode en s’appuyant sur d’éventuelles traditions anciennes et en brandissant la méthode de Cicéron : There is a waie, touched in the first booke of Cicero De Oratore, which, wiselie brought into scholes, truely taught, and constantly vsed, would not onely take wholly away this butcherlie feare in making of latines, but would also, with ease and pleasure, and in short time, as I know by good experience, worke a true choice and placing of wordes, a right ordering of sentences, an easie vnderstandyng of the tonge, a readines to speake, a facultie to write, a true iudgement, both of his owne, and other mens doinges, what tonge so euer he doth vse (The first booke for the youth). W. E. M ILLER conteste cependant cette filiation, l’apprentissage par la double traduction n’étant pas attesté chez Cicéron (1963 : 167, note 7). En effet, Cicéron, dans De oratore (XXXIV, 155), indique : (…) Postea mihi placuit, eoque sum usus adulescens, ut summorum oratorum Graecas orationes explicarem. Quibus lectis hoc adsequebar, ut, quum ea, quae legeram Graece, Latine redderem, non solum optimis uerbis uterer et tamen usitatis, sed etiam exprimerem quaedam uerba imitando, quae noua nostris essent, dum modo essent idonea. On trouve cependant la mention de ce procédé dans deux ouvrages du début du XVI e s. ( W AKELIN 2008 : 471) : The Flores of Ovide de Arte Amandi with Theyr Englisshe afore Them (1513) et The Englysshe of Mancyne upon the four cardynale vertues (vers 1520) : And when he hath turnyd his englisshe into laten : let hym ouerse his laten diligentlye : that euery worde be acordynge to his englysshe/ and neyther more/ nor lesse : and that his laten haue a perfet sentence : when hit is englisshid worde by worde (The Englysshe of Mancyne, f.-3v). 91 M ILLER 1963 : 168-70. <?page no="36"?> 26 who lacked the knowledge or the confidence to do so without such help. The use of such a book as an aid to double translation, even if only by instructors, must have weakened Ascham’s concept. If the book was used by pupils as well, it must have left nothing of double translation but the name (1963 : 172). Ce point de vue est susceptible de donner une justification à certaines des traductions littérales qui nous sont parvenues. 1.3.2.2.2 Exercices de composition en prose et en vers Afin d’apprendre à construire des phrases grammaticalement correctes, les étudiants doivent se livrer à un autre exercice que celui de la traduction : l’élaboration de passages en vers et en prose. Les sources qui attestent ce procédé sont aussi peu explicites que pour la traduction. Les statuts de l’université d’Oxford élaborés au XIV e - siècle, et visant à y réglementer l’enseignement des professeurs de grammaire, indiquent qu’à cette période un accent particulier est mis sur l’application d’exercices en prose et en vers 92 : (5) Quid ipsi docere tenentur. Item, tenentur singulis quindenis versus dare, et literas compositas verbis decentibus non ampulosis aut sexquipedalibus, et clausulis succintis, decoris, metaphoris manifestis et, quantum possint, sententia refertis, quos versus et quas literas debent recipientes in proximo die feriato vel ante in percameno scribere, et deinde sequenti die, cum ad scolas venerint, magistro suo corde tenus reddere et scripturam suam offerre (statut d’avant 1380 ; G IBSON 1931 : 171) 93 . De même, un passage des Vulgaria datant du XVI e -siècle 94 témoigne d’exercices de composition en vers : (6) I consellyd you to make uersis thes holydays [and] when ye had mayde them to sett them vp apon this post (Vulgaria, f.-47v ; London, Brit. Libr., Royal 12 B.xx, éd. O RME 1981 : 30). M. C AMARGO (2007 : 68) indique que les informations sont cependant maigres en ce qui concerne les traités utilisés dans cet enseignement et l’insertion de ce dernier dans les cours habituels des étudiants de grammaire 95 . Il semble que la composition, surtout en vers, ait été considérée comme adaptée à des étudiants avancés 96 . Même s’il est malgré tout probable que celle-ci ait été enseignée dans certaines écoles de grammaire, rien ne 92 Selon M. C AMARGO (2007 : 68), la composition en prose était, dans les écoles de grammaire autres que celles d’Oxford, majoritairement enseignée par le biais d’exercices de traduction, et l’ars dictaminis devait être étudié soit à un niveau plus élevé d’instruction, soit pas du tout comme tendrait à l’indiquer le peu de traités dictaminaux apparaissant dans les codices répertoriés par D. T HOMSON (1979). 93 D. T HOMSON (1983 : 298) précise que la date de ces statuts a été revue et avancée d’une trentaine d’années. 94 Cet enseignement est, selon R. W. H UNT , bien attesté à Londres au début du XV e - siècle (1964 : 187, note 4). 95 Cet enseignement est lié, dans les statuts, aux cours prodigués par des professeurs enseignant sous la supervision de l’université ( C AMARGO 2007 : 68). 96 Voir T HOMSON 1983 : 305 ; C AMARGO 1994 : 182 ; O RME 2006 : 151. Les volumes compilés aux XV e et XVI e - siècles pour former un support de cours complet contiennent des traités d’ars dictaminis mais attestent une évolution majeure dans l’utilisation de ces supports : l’enseignement de la composition n’est plus basé sur les formules médiévales, mais sur les lettres des auteurs classiques, notamment celles de Cicéron ( B URTON 2007 : 89). La pratique de l’ars dictaminis est donc de moins en moins orientée vers une pratique professionnelle et notariale, et de plus en plus vers la rhétorique et l’enseignement humaniste. <?page no="37"?> 27 permet d’attester que l’on dispensait un enseignement théorique de l’ars dictandi à ce niveau d’études 97 . D. T HOMSON (1979 : 29) mentionne la présence de lettres et de documents juridiques modèles dans certains volumes, ce qui témoigne du développement d’une approche plus pragmatique de l’enseignement, apparue avec les débuts de l’humanisme au XIV e -siècle. C’est d’ailleurs la méthode adoptée par les dictatores, comme Thomas Sampson, enseignant vraisemblablement par la mémorisation de formules et l’imitation de modèles concrets plutôt que par la théorie 98 . 1.3.3 Enseignement du lexique L’enseignement du vocabulaire ne nous apparaît pas, lui non plus, de façon claire. Outre des glossaires et des dictionnaires - pour certains thématiques 99 , pour d’autres basés sur le principe de la dérivation 100 --, il existe un enseignement explicite du vocabulaire. On peut notamment mentionner un texte traitant des homonymes et des synonymes sous une forme versifiée 101 : il s’agit de l’œuvre de Serlo de Wilton, Versus de differenciis (début du XII e -siècle), qui est l’une des premières d’une longue série 102 , dont la plus connue contient deux poèmes, Synonyma et Equivoca, de Jean de Garlande (première moitié XIII e - siècle, enseignant à Paris et Toulouse 103 ). En ce qui concerne le traitement de la question des homonymes, il semble qu’il soit accompagné et complété par des collections d’énigmes et énoncés ambigus, vraisemblablement utilisées comme exercices pratiques dès les XIV e et XV e -siècles 104 . L’equivocatio, c’est-à-dire l’ambiguïté, naît en effet du fait qu’un même terme peut avoir des significations ou des valeurs morphosyntaxiques différentes 105 . Selon A. G ALLOWAY (1995 : 69), ce genre d’énoncés et de maximes devait donc être non seulement au service de la rhétorique, mais aussi de la grammaire (comme cela peut être le cas des sophismes, cf.-note 79). La mémorisation de listes de vocabulaire est facilitée par des lexiques mis en contexte, et souvent versifiés, qui consistent en la description d’activités, de paysages, de situations, etc. : on y trouve le De Nominibus Utensilium, de Nequam (introduisant le vocabulaire de l’équipement d’une maison 106 ), le Dictionarius et le Commentarius de Jean de Garlande (le premier contenant une description des parties du corps, de l’équipement d’une maison, 97 C AMARGO 1994 : 170. 98 Une différence majeure existe entre l’enseignement de l’ars dictaminis par les professeurs de grammaire et par les dictatores : tandis que dans les traités élaborés par les premiers il n’y a presque pas de lettres modèles, les supports d’enseignement des seconds mettent l’accent sur la pratique ( C AMARGO - 1994 : 170-1 ; voir encore C AMARGO 2007). 99 Elementarium de Papias (XI e -siècle), le Catholicon de Giovanni Balbi (fin XIII e -siècle), etc. ( O RME 2006 : 95). 100 Cf.-notamment les Derivationes, dictionnaire étymologique de Hugotio da Pisa (milieu du XII e -siècle), ainsi que le Liber Derivationum de Osbern of Gloucester (env. 1123-1200). 101 B LAND 1991 : 11. 102 H UNT 1991 : 136. 103 O RME 1973 : 91 ; H UNT 1991 : 136sq ; cf.- S HAW 2004. 104 Voir à ce propos les manuscrits suivants : Cambridge, Gonville and Caius College, 230/ 116, datant de la deuxième moitié du XIV e - siècle, et contenant des matériaux et exercices rhétoriques, légaux, astronomiques, grammaticaux et mathématiques ; London, Brit. Libr., Harley 3362, datant du dernier quart du XV e -siècle, dans lequel les Equivoca de Garlande sont accompagnés d’énigmes et de paradoxes verbaux de même que d’un poème didactique en latin visant à l’instruction des enfants quant aux manières de table, le Stans puer ad mensam ( G ALLOWAY 1995 : 68-70). 105 V ALENTE 1990 : 75-6 ; L IBERA / R OSIER 1992 : 179. 106 H UNT 1991 : 177-91 ; O RME 2006 : 93. <?page no="38"?> 28 une liste d’animaux, etc. 107 , et le second focalisant sur la vie aristocratique et le vocabulaire qui l’accompagne : équipement, art de la fauconnerie, de la chasse, etc. 108 ) ainsi que le Deus nichil fecerat frustra (décrivant les occupations associées à chacune des classes de la société) 109 . Il faut encore ajouter à cette liste deux textes, élaborés sur le même modèle : l’un d’eux est généralement désigné par son incipit « Os, facies, mentum », et l’autre connue sous les titres Liber Caballus ou Bursa Latini 110 . L’acquisition du vocabulaire devait également être facilitée par la lecture de textes 111 , les exercices de traduction et de composition, de même que la pratique orale du latin. 1.3.4 Utilisation et pratique du dialogue Ce n’est que ponctuellement dans l’histoire de l’enseignement du latin en Angleterre qu’est attesté le recours aux dialogues comme faisant partie intégrante de l’apprentissage de la langue. En effet, si le dialogue est présent dans l’enseignement du latin tout au long du Moyen Âge, c’est plus fréquemment comme véhicule de la connaissance que comme modèle à reproduire. La structure catéchétique et dialoguée qui apparaît dans nombre de grammaires, dont le Donatus, atteste certainement qu’un échange convenu en latin devait avoir lieu entre le maître et l’élève. Ce procédé, qui prend ses racines dans la diffusion du savoir pendant l’Antiquité, est commun à d’autres disciplines et fréquent dans les écoles médiévales 112 . Il s’agit surtout d’une méthode qui favorise la mémorisation de la matière à acquérir. C’est sous la plume d’Ælfric 113 qu’apparaissent, à la fin du X e -siècle, des dialogues modèles élaborés afin d’enseigner de manière ciblée le vocabulaire nécessaire dans les situations de la vie quotidienne et de permettre à l’élève d’entraîner sa maîtrise orale du latin tout en favorisant l’acquisition de la syntaxe 114 . Il livre, dans ses Excerptiones de Arte Grammatica Anglice, un dialogue (Colloquium) entre le maître et son élève, décrivant les activités ainsi que les outils de divers commerçants et de travailleurs : (7) In the first stages he no doubt suggested specimen answers, much as he does in the Grammar, but his aim was to encourage his pupils to frame their own replies, based on their own observation of the manifold activities of a monastic house. It may well be that the Colloquy contains some of the best of these replies, edited by Ælfric himself ( G ARMONSWAY 1967 : 14). Cependant, rien de semblable n’apparaît après Ælfric - dont l’œuvre cesse d’être utilisée peu après la conquête normande 115 - pour une grande partie du Moyen Âge. Il 107 H UNT 1991 : 191-204. 108 Ibid. : 235-74. 109 M INER 1961 : 7. 110 Ibid. : 6. 111 Un manuscrit du XV e -siècle (Oxford, Bodleian Libr., Hatton 58) contient des listes de mots tirés du Liber Parabolarum et du Facetus, groupés selon leur nature grammaticale et précédant les textes en question ( T HOMSON 1979 : 28). 112 C OLOMBO -T IMELLI 1996 : 5. 113 G ARMONSWAY 1967 : 12 ; D EKKER 2001 : 630. 114 Ce procédé est bien attesté dans l’Antiquité pour l’étude du latin et du grec, sous la forme des lexiques dialogués Hermeneumata Pseudodositheana ; voir G ODARD 2004 : 2. 115 Voir H UNT 1991 : 100 ; CTLF 2008. <?page no="39"?> 29 faut attendre le début du XV e - siècle pour retrouver la trace d’un enseignement par des dialogues familiers, dont les premiers connus apparaissent sous la forme de collections de questions et de réponses en latin qui imitent la conversation d’étudiants d’Oxford 116 . Cet art du dialogue se retrouve plus tard chez William Lily 117 (1527), chez Erasme, chez Juan Vives-- dans son Exercitatio linguae latinae (déjà imprimée en 1539), contenant des formules de salutations et traitant des thèmes familiers comme l’école, les repas et la maison - ainsi que chez bien d’autres auteurs humanistes. Nombre d’entre eux, fidèles à la volonté humaniste d’apprentissage d’un latin à la fois « pur » et vivant, privilégient les formes dialoguées de la langue des auteurs classiques. Ainsi, on assiste à l’utilisation de pièces de théâtre de Térence 118 , de même que des dialogues philosophiques et des épîtres de Cicéron 119 . 1.4 Mise en volume des manuels pour former un programme d’enseignement complet L’observation des divers volumes compilés pour l’apprentissage du latin nous permet de cerner plus précisément le programme d’enseignement dans sa globalité. Nous avons choisi de présenter quelques-uns de ces codices - sélectionnés parmi les manuscrits unitaires - non pas dans le but de dégager une éventuelle continuité ou des innovations dans ce programme, puisque nous nous limitons à reprendre des analyses issues d’études antérieures, mais d’illustrer les constantes et les évolutions qu’il révèle. Il faut bien sûr résister à l’envie de voir dans ce programme un système d’instruction unifié et cohérent : les manuscrits présentent de grandes différences, leur contenu étant bien souvent un mélange entre des matériaux anciens et des matériaux nouveaux choisis selon leur disponibilité ou par la nécessité pratique de cet enseignement 120 . Certains traités sont eux-mêmes déjà composés de plusieurs parties : il s’agit de sommes complètes cherchant à décrire la plupart des aspects importants de l’enseignement du latin. C’est le cas du Donatus, minor et maior, ainsi que des Institutiones de Priscien. Des productions plus récentes suivent cette structure, qui inclut des parties traitant de l’orthographe, de la prosodie, de la morphologie (etymologia) et de la syntaxe : on peut par exemple noter, dans cette veine, la grammaire qui débute le Catholicon de Giovanni Balbi (Orthographia, Etymologia, Diasyntactica et Prosodia 121 ) ainsi que le Memoriale Juniorum de Thomas Hanney, daté du premier quart du XIV e -siècle (id. 122 ). 116 Lincoln College, lat. 129 (XV e s.) ; B LAND 1991 : 13. Selon C. R. B LAND (1991 : 13), on retrouve des phrases conversationnelles semblables, en anglais et en latin cette fois-ci, dans le manuscrit National Library of Wales 423D (XV e s.). 117 Cette dernière grammaire, prescrite par édit royal comme grammaire nationale dans les écoles anglaises, comprenait des dialogues habituellement non traduits et traitant de sujets familiers. Ils étaient mémorisés et jouaient le rôle de lectures intermédiaires qui permettaient de passer, ensuite, à la lecture des auteurs classiques tels que Caton, Cicéron, etc. ( L AMBLEY 1920 : 181). 118 Voir les Floures for Latine Spekynge (1533), livre de conversation latine par Nicholas Udall, pour lequel il a sélectionné des passages des pièces de Térence et les a traduites en anglais. 119 G ODARD 2005 : 17. 120 Voir T HOMSON 1979 : 25. 121 T HOMSON 1989 : 35. 122 T HOMSON 1979 : 37-8 ; O RME 2006 : 105. <?page no="40"?> 30 Mais c’est par l’addition de différents traités théoriques et de textes de lecture et/ ou d’exercices pratiques dans un même volume que l’enseignement global de la langue se fait tout au long du Moyen Âge. Le premier parmi les plus importants des volumes qui nous sont parvenus et qui ont bénéficié d’une longue tradition est l’œuvre composite d’Ælfric, les Excerptiones de Arte Grammaticae Anglice. Il s’agit d’une grammaire, glosée en anglo-saxon et datant de la fin du X e -siècle. Elle suit le plan du Donatus et ses huit parties du discours tout en empruntant des illustrations à Priscien 123 . L’œuvre d’Ælfric dans sa totalité présente trois parties : une partie grammaticale (morphologie et syntaxe, avec analyse de phrases modèles), une partie lexicale (matériaux lexicographiques) et un exercice pratique du dialogue servant à l’application des connaissances linguistiques acquises dans les deux premières parties (Colloquia) 124 . Comme nous l’avons mentionné plus haut, il faut attendre les XIV e et XV e -siècles pour voir ressurgir non seulement l’utilisation du dialogue dans l’enseignement du latin mais aussi celui de la langue maternelle des apprenants. Dans le programme plus généralement proposé au Moyen Âge, il est possible de dégager deux niveaux différents d’études. Les manuscrits attestent tout d’abord que l’enseignement de la grammaire élémentaire s’appuie sur l’Ars Minor de Donatus - en latin mais aussi dans ses versions traduites ou ses adaptations anglaises, telle l’Accedence - de même que sur des traités annexes portant sur la conjugaison et la déclinaison. À cet enseignement grammatical s’ajoutent des textes de lecture 125 tirés du Liber Catonianus ou des auctores sex ou octo, jugés adaptés à ce niveau d’instruction comme les Distiques de Caton et les Eclogues de Theodule 126 . Outre un caractère moral ou religieux - certaines pièces proposent un contenu permettant la pénitence, comme le Liber Penitencialis 127 --, ces textes peuvent contenir un enseignement des règles de politesse et de courtoisie, comme c’est le cas du Facetus, qui fait partie du Liber Catodianus, ou des créations plus tardives telles le Stans puer ad mensam (probablement composé par Robert Grosseteste dans le deuxième quart du XIII e -siècle 128 ) ou le Liber Urbanitatis (aussi attribué à Grosseteste 129 ) ainsi que le O Magnatum filii nostri commensales, un poème goliard rimé 130 . Ces lectures ont un rôle dépassant l’enseignement de la langue et faisant partie d’une éducation globale. Ce programme est conservé jusqu’au début du XVI e - siècle, comme l’indique un extrait de vulgaria de cette période, signalant que ce premier niveau de l’enseignement du latin implique l’apprentissage de règles élémentaires ainsi que d’exemples latins et de lecture des auteurs expliqués simplement : 123 Il s’agit d’une adaptation des Excerptiones de Prisciano (un ensemble de textes tirés des Institutiones), des Partitiones de même que du De accentibus de Donatus ( D AHAN / R OSIER / V ALENTE 1995 : 294). 124 H UNT 1991 : 99 ; D AHAN / R OSIER / V ALENTE 1995 : 294. 125 Selon le curriculum indiqué par Alexander Nequam, la littérature classique est en effet lue immédiatement après l’Ars Minor de Donatus, et avant les ouvrage syntaxiques de Priscien ( R EYNOLDS 1990 : 48, note 17). En Angleterre, le programme n’est pas tout à fait le même que sur le continent, et varie d’un grammairien à l’autre : on y retrouve cependant les Distiques de Caton et les Eclogues de Theodulus, ainsi que le Liber parabolarum ( O RME 2000 : 453). 126 M ERRILEES 1990 : 15. 127 O RME 2006 : 101. 128 O RME 2000 : 454, 2006 : 102sq. 129 M INER 1961 : 9. 130 I bid. : 10 ; M INER 1990 : 150. <?page no="41"?> 31 (8) Good techeres gather smalle rules and latyns and part them a-mong the yong scolares, and as the go forward a lityll and a lityll expownde vnto them all the best authores, and sease not teching them vntyll the be able to red them selfe and to vnderstand that as they rede and to gether out of that as the vnderstane all thinges as be most profitable for them (Vulgaria, f.-43, London, Brit. Libr., Royal 12 B.sxx, éd. O RME 1981 : 30). L’instruction plus avancée conserve, quant à elle, une partie des éléments du premier niveau ; elle est cependant complétée par les grammairiens du temps, par la rédaction de sommes ou l’élaboration de compilations de traités plus ciblés selon le choix du compilateur, et comporte une approche grammaticale plus théorique. Ainsi on trouve, rassemblées avec le Donatus en latin ou ses adaptations et ses traductions, des grammaires en latin telles que le Dominus que pars ? , le Doctrinale d’Alexandre de Villedieu, le Graecismus d’Évrard de Béthune, les Derivationes, dictionnaire étymologique de Hugutio de Pisa (milieu du XII e -siècle), l’œuvre de Jean de Garlande sur les synonymes et homonymes (première moitié du XIII e -siècle) ainsi que le Speculum grammaticale (1346) de John of Cornwall 131 . On y trouve également des traités en moyen anglais, la plupart rédigés par John Leylond (début du XV e -siècle) : Comparatio, un texte sur la formation des comparatifs, Informatio et Formula (voir supra, 1.3.2). Certains de ces codices contiennent, de plus, des lexiques et des glossaires. À cela s’ajoutent d’autres supports d’enseignement, comme des exercices servant à la composition ou à la traduction : (9) For a schoolmaster the essential manuals of his trade were one or two miscellaneous volumes, copied, purchased or inherited, which contained the basic grammars of Alexander or Évrard, the Sex or the Octo Auctores, with perhaps the master’s own commentaries of abridgements, and his vulgaria or exercices for translation ( O RME 1973 : 126). Nous ne donnons ici que quelques exemples de ces compilations : pour une liste plus développée, voir les études de D. T HOMSON (1979) et de J. N. M INER (1990 : 136ss). Un volume de la fin du XV e - siècle, le manuscrit London, Brit. Libr., Arundel 249, révèle l’existence d’un enseignement complet et complémentaire : il débute par un traité moral, des oraisons et des prières 132 (ff.-1-9), suivis de Vulgaria (ff.-9-62r) ainsi que d’une liste de mots et de phrases familières en anglais et en latin (ff.- 62r-72v) ; une collection de lettres modèles, en anglais et en latin, forgées afin de servir d’exemples (ff.-73r-80v), est accompagnée de lettres authentiques et uniquement en latin (ff.-81r-87r) ; un vocabulaire versifié (ff.-88r-90v) précède un dictionnaire latin-anglais, pour lequel les mots sont arrangés par thèmes (ff.-92r-93v) ; la section « littéraire » est composée d’une collection de poèmes latins de l’humaniste italien Stefano Surigono, enseignant à Oxford dans la dernière partie du XV e -siècle (ff.-94r-117v) ; ce manuscrit se termine par un traité grammatical (ff.-118r-120v), qui est une étude sur les composés de sum et fero 133 . Ce codex s’inscrit dans la tradition d’enseignement du latin dispensé au collège Magdalen d’Oxford 134 . 131 O RME 1989 : 8 ; M ERRILEES 1990 : 22. 132 Voir la description sur le catalogue disponible en ligne, www.bl.uk/ catalogues/ manuscripts. 133 N ELSON 1956 : xv-xvi, note 3. 134 Il contient non seulement des pièces attribuées à John Stanbridge, un professeur de ce collège, mais aussi des lettres nommant d’autres personnalités du lieu. <?page no="42"?> 32 Dans un contexte dépassant la seule formation linguistique, John Drury (professeur de grammaire enseignant à Beccles vers 1434) livre un enseignement à la fois grammatical et religieux. Il s’agit, pour la partie grammaticale, du Parue Latinitates de Termino Natalis Domini, manuel composé de séries de phrases de nature amusante rédigées en latin et dont la version anglaise est donnée en parallèle, ainsi que d’une copie du Comparatio 135 et du Tractus iuvenum pro dogmate factus de Leylond dans lesquels les passages concernant les règles principales sont rédigés en vers latins alors que le corps de l’explication est en prose anglaise. On y trouve encore le Dominus que pars ? , la conjugaison de certains verbes irréguliers, des Versus differentiales et de nombreuses latinitates. À ces traités s’ajoute un guide pour la confession, Tractatus de Modo Confitendi composé, comme le dit Drury luimême, afin d’enseigner la confession en période de Carême. Il s’agit de notes - résumant certainement, indique S. B. M EECH (1934 : 73), un enseignement oral plus développé - sur les trois parties de la confession, les dix commandements, les sept péchés capitaux et les sept vertus, etc. Ces notes ont été originellement écrites en latin versifié puis traduites intégralement en anglais. Dans le manuscrit (Cambridge, University Libr., Add. 2830 136 ), la version originelle apparaît à la suite de la version anglaise. Il est possible que cette dernière partie ait été utilisée comme texte de lecture. Ce manuscrit s’adresserait, selon D. T HOMSON , à la partie cultivée du milieu marchand plutôt qu’aux professionnels de l’écriture et aux membres du clergé (1979 : 15). Pour ce qui concerne la fin du XV e -siècle et le début du XVI e -siècle, nous pouvons considérer la production de deux professeurs du collège Magdalen d’Oxford, auteurs de plusieurs œuvres largement diffusées pour l’enseignement élémentaire : John Anwykyll - directeur du collège vers 1481 - et John Stanbridge - directeur du collège de 1488 à 1498 137 . John Anwykyll a produit deux œuvres : les Compendium totius Grammaticae, qui est une discussion sur les quatre parties de la grammaire - orthographe, accidents, syntaxe et prosodie--, basée sur les maîtres italiens Perotto et Valla et accompagnée d’exemples empruntés auteurs classiques, ainsi qu’une série de vulgaria tirée des pièces de Térence. Quant à l’œuvre de John of Stanbridge, elle doit beaucoup, selon N. O RME , à ses prédécesseurs (1973 : 97). Il s’agit, en plus d’un nombre important de vulgaria, des œuvres suivantes : l’Accidence 138 , un texte théorique sur les huit parties du discours, écrit en anglais et développé sur le modèle du Donatus 139 ; les Parvula, petit traité de syntaxe élémentaire rédigé dans une structure catéchétique pour aider les étudiants à traduire d’anglais en latin, augmenté lors d’une réédition de références aux auteurs classiques indiquées en notes marginales afin d’illustrer les règles de syntaxe énoncées ; les Vocabula, un glossaire de mots latins arrangés en hexamètres, présentant des gloses interlinéaires anglaises et traitant divers thèmes de la vie (corps humain, famille, commerce, agriculture, animaux, plantes, guerre et instruments de musique) 140 . 135 S. B. M EECH (1934), qui présente ce programme, ne mentionne pas la filiation entre le texte de Leylond et celui de Drury, mais D. T HOMSON (1984 : 70ss) édite ce texte avec les autres version du Comparacio. 136 M EECH 1934 : 74. 137 Voir O RME 1973 : 107sq. 138 Cette œuvre est un remaniement de l’Accedence, composée en anglais probablement à la fin du XIV e -siècle ( T HOMSON 1979 : 11 ; B LAND 1991 : 47ss). 139 O RME 2006 : 452. 140 O RME 1973 : 109. <?page no="43"?> 33 Pour un témoignage explicite du programme d’apprentissage, l’ordonnance de la Goldsmiths Company 141 concernant ses apprentis permet de se faire une idée des connaissances exigées dans le domaine de son administration : (10) Perhaps only the scriveners, with reason, insisted on their apprentices possessing the « perfect congruity of grammar » needful for writing deeds and copying books. In their ordinance, also of 1498, they commanded their apprentices to be « completely erudite and learned in the books of Parvula, genders, declensions, preterites and supines, Equivoca and synonymes, with the other petty books » ( O RME 1973 : 48). Ces mêmes thèmes et structures d’enseignement se retrouvent encore tout au long du XVI e - siècle 142 (voir infra, 1.6), même si la Renaissance renonce à certains manuels très utilisés au Moyen Âge, comme le Donatus, et privilégie un apprentissage plus concret, par le biais de manuels courts ainsi que la pratique du dialogue. 1.5 Méthodes didactiques et outils d’apprentissage Malgré la richesse des sources évoquées, beaucoup d’informations demeurent cachées par leur caractère implicite ou parce qu’elles ont été transmises oralement. Il s’agit notamment, pour le Moyen Âge, de la question des méthodes et des outils d’apprentissage - qui seront en partie explicitées par les grammairiens de la Renaissance. 1.5.5 Utilisation des langues en parallèle En Angleterre, comme dans d’autres pays de langues non romanes 143 , le latin est enseigné très tôt et de manière massive par le biais d’une autre langue, qu’il s’agisse de l’anglo-saxon (chez Ælfric), de l’anglais ou du français. Cette utilisation répond ainsi à la nécessité de faciliter l’accès des structures non familières de la langue à des étudiants ne parlant pas une langue issue du latin 144 . N. O RME est d’avis que, dans les niveaux élémentaires, l’anglais a dû être utilisé pendant tout le Moyen Âge, tandis que le français et/ ou le latin étaient les langues de l’enseignement pour les étudiants plus avancés (2006 : 87 145 ). Cette utilisation de la langue vulgaire est thématisée par Alexandre de Villedieu (début du XIII e -siècle), dans son Doctrinale, qui conseille d’enseigner aux enfants dans leur propre langue, la laica lingua : (11) Si pueri primo nequeant attendere plene/ hic tamen attendet, qui doctoris vice fungens/ atque legens pueris laica lingua reserabit/ et pueris etiam pars maxima plana patebit (Doctrinale, proemiums, v. 7-10). La Renaissance ne remettra pas en cause cette tradition, mais la perpétuera. Les buts de cet enseignement s’appuyant sur les langues vulgaires semblent être, nous allons le voir, non seulement de favoriser la compréhension de l’enseignement prodigué, 141 Corporation des orfèvres de Londres, organisée en guilde à partir du XII e -siècle et qui reçoit une existence légale à partir de 1327 ( J EFFERSON 2000 : 175). 142 C OLOMBAT 2001 : 663-4. 143 A. A HLQVIST (1992 : 111) donne l’exemple de gloses en ancien irlandais dans un commentaire de Priscien, datant vraisemblablement du VII e -siècle. 144 O RME 1973 : 95-97 ; D AHAN / R OSIER / V ALENTE 1995 : 301. 145 Voir encore H UNT 1991 : 86-161, R OTHWELL 2001a : 2. <?page no="44"?> 34 mais aussi de permettre l’utilisation de la comparaison des deux langues dans une optique contrastive. 1.5.1.1 Utilisation de la langue vulgaire pour favoriser la compréhension Dans la tradition française comme dans la tradition anglaise, un aperçu des codices contenant une ou plusieurs versions du Donatus témoignent de la fréquence du bilinguisme dans l’enseignement élémentaire. Selon B. M ERRILEES (1990 : 21), et pour la France, « le latin aurait pu servir à l’enseignant comme point de référence tandis que le français aurait été l’instrument du discours pédagogique ». En Angleterre, c’est le français qui est tout d’abord utilisé comme langue vulgaire dans les écoles, du moins chez les grammairiens d’Oxford. Cette langue va cependant progressivement être remplacée par l’anglais dès le milieu du XIV e -siècle, peut-être même avant pour les niveaux élémentaires 146 . La première attestation de cette tradition nous est parvenue par l’intermédiaire de l’œuvre de John of Cornwall, qui fournit des explications en anglais dans son Speculum grammaticale (1346). John Trevisa, dans sa traduction du Polychronicon de Ranulph Higden, indique qu’en 1385 tous les maîtres de grammaire enseignaient le latin par le biais de l’anglais 147 : (12) So that now, in the yer of our Lord a thousond three hondred foure score and fyve (…) in al the gramer-scoles of Engelond children leveth Frensch and construeth and lurneth an Englysch (Polychronicon, Roll Series ii.57). Les premiers traités entièrement en anglais que nous possédons datent du début du XV e -siècle. Pour un exemple de cette utilisation de l’anglais, nous pouvons considérer la production de John Leylond (début du XV e -siècle), de John Drury (milieu du XV e -siècle) et de John Stanbridge (début du XVI e -siècle ; voir supra, 1.4). Cette utilisation croissante de l’anglais accompagne les nouvelles méthodes d’enseignement apparues à Oxford à la fin du XIV e -siècle, tournées vers une approche plus pragmatique et moins théorique (voir infra, 1.6). 1.5.1.2 Dialogue entre les langues dans une optique contrastive Des réflexions de nature contrastive naissent dans les échanges que nous venons de décrire entre le latin et les langues vernaculaires. Elles apparaissent déjà chez Ælfric et sont fréquentes dans les versions bilingues du Donatus, où les exemples sont parfois donnés dans les deux langues 148 , ainsi que dans d’autres grammaires, comme le Speculum Grammaticae (1346 149 ) ou le Parue Latinitates de Termino Natalis Domini. Dans ce dernier ouvrage, le dialogue entre le latin et l’anglais semble être spécifiquement développé. En effet, tandis que pour certaines phrases la version anglaise présente un équivalent acceptable (cit. 13), dans d’autres cas, les traductions anglaises sont intentionnellement mauvaises (souligné par 146 H UNT 1964 : 175 ; T HOMSON 1983 : 208-9. D. T HOMSON indique qu’entre 1300 et 1340, les traités copiés présentent des gloses en français et latin uniquement, mais qu’à sa connaissance aucun n’a été, à cette époque, élaboré (nous soulignons) en latin ou en français (1983 : 308). N. O RME précise que pour les étudiants avancés, le latin reste la langue support de l’enseignement (2006 : 148). 147 Dans le dernier quart du XIV e - siècle, cependant, on demande aux professeurs anglais d’alterner le français et l’anglais dans cet enseignement, afin de conserver la connaissance du français en Angleterre (cf.- R ICHARDSON 1942b : 335 ; K IBBEE 1991 : 36). 148 D AHAN / R OSIER / V ALENTE 1995 : 302 ; voir encore C OLOMBO -T IMELLI 2007 : 231sq. 149 Voir T HOMSON 1979 : 39-40. <?page no="45"?> 35 M EECH 1934 : 73). Il serait question dans cette traduction (cit. 14) de suivre fidèlement l’ordre des mots latins : (13) Myn bowe hath to meche bend (To ante nomen adiectiuum erit nimis) Arcus meus habuit tensuram nimis intensam ( M EECH 1934 : 83, l. 35-7) (14) Myn primer lyth in myn lapp þat can oure ladyis matenys Primarium meum iacet in gremio meo qui scio matutinas sancte marie (ibid. : 82, l. 9-10) S. B. M EECH , et à sa suite S. R EYNOLDS (1996 : 109) et N. O RME (2006 : 112), y voient une démarche visant à illustrer un problème rencontré par les étudiants lors de la traduction : (15) They are ingenious illustrations of the dependence of English upon word-order to express syntactic relations and most salutary correctives of the universal tendency of the schoolboy to render his Latin word by word into English ( M EECH 1934 : 74). D. T HOMSON (1984 : xvii-xxiii) quant à lui mentionne, en référence aux exemples de S. B. Meech, l’existence dans différentes grammaires latines rédigées en anglais de constructions anglaises calquées sur les formulations latines. Il reste cependant prudent dans ses conclusions et convient que même si ces constructions ne sont pas impossibles en anglais, elles sont néanmoins peu usuelles et attestent une volonté par le rédacteur de conserver la correspondance entre les deux langues. Il pourrait donc s’agir, dans ce cas, de tentatives de traduction didactique, dans le but de faire correspondre l’ordre des mots anglais à celui du latin. Cette tendance à la traduction littérale existe en outre, plus tardivement, dans certaines traductions dédiées à l’observation de la langue d’un point de vue syntaxique et visant donc explicitement une analyse de l’ordre des mots dans la phrase. Le titre de la traduction anglaise par Palsgrave de la comédie Acolastus semble indiquer une démarche similaire 150 : (16) Ioannis Palsgraui Londoniensis, ecphrasis Anglica in comoediam Acolasti. The comedye of Acolastus translated into oure englysshe tongue, after suche maner as chylderne are taught in the grammer schole, fyrst worde for worde, as the latyne lyeth, and afterwarde accordynge to the sence and meanyng of the latin sentences [nous soulignons] : by shewing what they do value and countervayle in our tongue, with admonitions set forth in the margyn, so often as any such phrase, that is to say, kynd of spekyng used of the latyns, whiche we use not in our tonge, but by other wordes, expresse the sayd latyn maners of speakinge ( C ARVER 1937). G. S TEIN voit dans l’œuvre une volonté manifeste d’enseignement contrastif : (17) In the introduction to The Comedy of Acolastus we are given a very clear account of Palsgrave’s education views (…). For him, the main task of a langue teacher consists in the exposition of the difference between two languages. That is, he advocates explicit contrastif teaching (1997 : 446). 150 Selon S. B ADDELEY : En suivant le modèle déjà utilisé par Mathurin Cordier, De corrupti sermonis emendatione (Paris, R. Estienne, 1530), auquel il se réfère explicitement, Palsgrave donne d’abord une traduction littérale du texte, suivie de plusieurs versions possibles en bon anglais. Cette approche lui permet de cerner très précisément les décalages entre le latin et l’anglais et les pièges de la traduction, et de proposer, en même temps que l’apprentissage formel de la grammaire, l’étude d’un texte littéraire (2003 : 14). <?page no="46"?> 36 On retrouve cette particularité dans les écrits de John Brinsley (1566-1630), qui a élaboré des ouvrages dont le but est de fournir des traductions « grammaticales » et littérales d’œuvres littéraires, notamment issues des auctores octo 151 auxquelles peuvent s’ajouter des traductions alternatives ( M ILLER 1963 : 172). Même si les entreprises semblables sont tardives, utilisées surtout dans les classes humanistes d’enseignement du grec et du latin, W. E. Miller est d’avis qu’il a dû en exister d’autres auparavant. La méthode sous-tendue par ces traductions grammaticales est la suivante (la citation qui suit concerne des éditions « récentes » de traductions juxtalinéaires pour l’enseignement des langues anciennes, parues entre 1820 et 1940) 152 : (18) La méthode mise en œuvre dans les éditions juxtalinéaires consiste à procéder à deux traductions. La première, que nous appellerons « explication » plutôt que « traduction », établit une correspondance, réduite aux groupes de mots, entre le grec et le français, tandis que la deuxième met en regard le texte grec et le texte français comme deux entités autonomes. (…) En vérité, la première traduction ou explication est une recomposition de la phrase grecque suivant les usages de la grammaire française. Elle bouleverse l’ordre des mots de l’original pour former des groupes de mots grecs qui correspondent à l’ordre syntaxique de la phrase française. Autrement dit, cette méthode, improprement appelée « mot à mot », commence par détruire le texte original pour composer un nouveau texte. (…) La traduction définitive méprise non seulement l’ordre des mots de l’original, mais aussi (…) les mots eux-mêmes. Il s’agit en réalité de la traduction, à l’intérieur de la langue française, de l’explication littérale présentée au regard des groupes de mots grecs ( G ARNIER 1997 : 9-10). Cette méthode de traduction semble avoir été utilisée dans un but de lecture - c’est-à-dire de réception du texte--, et non d’imitation des structures de la langue enseignée - où il s’agirait alors de production : (19) La « lecture » est en réalité declaratio, c’est-à-dire mode d’expression, mode de manifestation d’une signification dans une langue donnée. Pour être perçue par l’élève, elle implique l’explication, non pas par la « construction » (« non construit ») du texte original, mais par sa « destruction » (destructio), qui précède sa recomposition (resolutio). L’élève doit détruire l’ordre des mots de l’original pour former au moyen des ensembles syntaxiques du texte source de nouveaux ensembles syntaxiques dans la langue cible. Il cherche la signification en segmentant la structure grammaticale, en segmentant les éléments mêmes des mots du texte à traduire ; à partir de ce point, il construit un nouvel ordre des mots (ordo), conforme à la grammaire et au découpage sémantique de la langue cible, mais aussi explicatif (et non imitatif) du texte original. Il s’agit donc, à l’origine, d’une méthode d’explication et non pas d’une méthode de traduction (ibid.). Nous insistons sur cette utilisation de la traduction grammaticale parce que son procédé nous paraît identique à celui des gloses syntaxiques présentes très tôt dans la tradition d’enseignement du latin. Si celles-ci ne font pas référence à une syntaxe vernaculaire, elles réécrivent cependant elles aussi la phrase latine d’après une syntaxe « grammaticale », ou, 151 On trouve parmi ces textes les Distiques de Caton et une partie des Fables d’Ésope. 152 Les principes sous-jacents à ce genre de traductions « modernes » - qui ont le ont le mérite d’être décrits, ce qui n’est pas le cas des traductions plus anciennes - nous semblent applicables aux ouvrages bilingues de la période qui nous intéresse dans cette étude. <?page no="47"?> 37 selon S. R EYNOLDS , « impose a grammatically based structure onto a rhetorically motivated text » (1996 : 110). 1.5.2 Deux phénomènes conjugués : analyse et imitation Pour résumer, l’enseignement du latin par la traduction, sous toutes ses formes, bénéficie de deux angles d’attaque. Le premier, la version, est assimilable à un processus d’analyse du texte latin - dont les meilleurs représentants sont les gloses mais aussi la traduction littérale--, qui favorise donc la compréhension. Le deuxième est constitué d’une tendance à l’imitation par le thème, dans les vulgaria, ou par l’exercice de composition. Quelques méthodes, de la Renaissance surtout, utilisent au maximum ces ressources, puisque ces deux processus sont combinés : la traduction en deux temps (traduction littérale puis littéraire) permet l’analyse du texte source et peut servir d’exercice de thème, comme c’est le cas des textes utilisés pour la double traduction. Analyse et imitation sont ainsi conjugués. Certains textes plurilingues, constitués - pour le latin du Moyen Âge à la Renaissance - d’œuvres de morale, de sentences et proverbes, de pièces de théâtre ainsi que d’éléments issus des auctores octo et offrant le (ou les) texte(s) cible en regard du texte source, peuvent avoir servi de support à ces exercices de traduction. Cependant, leur utilisation doit avoir été plus générale, englobant une lecture attentive. Ces ouvrages ont vraisemblablement permis une mise en contexte non seulement du lexique, mais aussi de la syntaxe et de la morphosyntaxe (par le biais de glossaires de mots qui les accompagnent, de gloses lexicales et syntaxiques, etc. 153 ), voire servi de modèles stylistiques 154 ; ils rejoignent en ce sens les œuvres de lecture monolingues, mais dans une approche basée sur la traduction et la comparaison entre les langues. 1.5.3 Complémentarité des supports écrits et des procédés mnémotechniques Il ne faut pas oublier, dans le processus d’analyse et d’imitation que nous venons de décrire, le rôle joué par la mémoire pour l’enseignement du latin : les stratégies didactiques à l’œuvre au Moyen Âge semblent caractérisées par l’apprentissage par cœur de textes latins et de règles grammaticales. La transmission et la production orales auraient ainsi massivement participé à l’apprentissage du latin, comme l’indique la présence dans nombre de traités de procédés ayant comme but de faciliter la mémorisation 155 . Ces caractéristiques des manuels n’indiquent cependant rien sur la possession ou non d’ouvrages par l’étudiant. P. R ICHÉ montre que, dès le XIII e -siècle, le livre joue un rôle important dans les universités (1985 : 144), et que l’enseignement repose à la fois sur l’oral et sur l’écrit, sur la parole et sur le livre 156 : on peut posséder des textes littéraires ou des florilèges - ou avoir accès à ces derniers grâce aux bibliothèques des collèges par exemple, si la bourse de l’étudiant ne permettait pas l’achat coûteux de ces ouvrages - mais on apprend par cœur une grande somme de références textuelles. 153 Voir T HOMSON 1979 : 28. 154 Cf.- C AMARGO 1994 : 173. 155 C OLOMBO -T IMELLI 1996 : 4. 156 R ICHÉ / V ERGER 2006 : 266. <?page no="48"?> 38 Il en est de même pour les écoles de grammaire. Si le livre est présent dans la formation qu’elles prodiguent, comme en témoignent des comptes et des registres du collège de Merton du début du XIV e -siècle mentionnant l’achat de parchemin et de papier - ce qui, selon D. T HOMSON , « reminds us that the instruction given was not completely oral » (1983 : 305)- -, l’oral reste très présent dans la production même des traités : la forme catéchétique de nombre de grammaires 157 , de même que l’utilisation de la forme versifiée-- que l’on trouve dans les manuels d’Evrard de Béthune et d’Alexandre de Villedieu 158 - permettent de simplifier la mémorisation de leur contenu 159 . Quelques versions du Donatus conjuguent les deux stratégies, puisque cette œuvre construite d’après une structure dialoguée initialement élaborée en prose a fait l’objet de remaniements en vers. Certains textes classiques ont, du reste, été versifiés dans l’optique de faciliter leur mémorisation par l’étudiant 160 . De manière générale, l’ouvrage ne devait donc pas se suffire à lui-même. En effet, pour ce qui est des manuels versifiés, N. O RME (1989 : 67) indique que les textes présentent des règles résumées dont les informations demandent des explications orales : (20) La versification des manuels de grammaire de la seconde partie du Moyen Âge, liée au fait que ce sont des textes d’enseignement, a favorisé la naissance de commentaires : un texte possédant cette double caractéristique, versification et visée pédagogique, doit être un instrument de mémorisation, non de lui-même, mais de l’arrière-plan plus large dont il est issu, et il n’est que l’instrument mnémotechnique d’une culture moins elliptique que son résumé en vers. La voie pour retrouver derrière ce texte concis sa source théorique est ouverte par le cours oral transcrit dans les manuscrits par les gloses (…) ( G RONDEUX 2001 : 604). Des vers mnémoniques apparaissent d’ailleurs, nous l’avons vu, à la fin de certains traités de syntaxe dans lesquels une latinitas illustrant un point de syntaxe particulier est suivie par une discussion grammaticale développée, résumée par quelques vers en permettant la mémorisation 161 . Si la prépondérance de la mémoire dans l’apprentissage est remise en question au XVI e - siècle (par Erasme, Rabelais, Montaigne ; R ICHÉ 1985 : 133), elle demeure un facteur important dans l’enseignement des langues. Un passage tiré de vulgaria (début du XVI e -siècle ; manuscrit London, Brit, Libr., Royal 12.B.xx) indique, notamment, que les règles pouvaient être lues dans un ouvrage mais devaient ensuite être apprises par cœur ( O RME 1981 : 18) : (21) (…) The meane season, do you recorde and can withowt boke suche thynges as wer thaugh[t]e hersterday (London, Brit. Libr., Royal 12.B.xx, f.-45r). Malgré le développement de dictionnaires (Promptorium paruulorum, de Galfridus, 1440 ; Catholicon Anglicum, 1480, etc. 162 ) remplaçant les vocabulaires versifiés comme outils de référence, ces derniers demeurent comme support de mémorisation 163 . De plus, nous 157 Une des versions conservées de l’Ars Minor ne contient que les questions, sous forme abrégée, ce qui indiquerait que le professeur connaissait l’œuvre par cœur ( M ERRILEES 1986 : 88). 158 M ERRILEES 1990 : 22 ; G RONDEUX 2001 : 600. 159 Voir O RME 2006 : 89sq. 160 R ICHÉ - 1985 : 143. 161 T HOMSON 1979 : 43-4. 162 Voir O RME 2006 : 109. 163 T HOMSON 1979 : 27. <?page no="49"?> 39 l’avons vu, les humanistes encouragent l’utilisation du dialogue à mémoriser et des témoignages attestent que l’exercice de la traduction et de la composition sont, au début du XVI e -siècle, vraisemblablement doublés d’un exercice de mémorisation et de récitation 164 . Deux mouvements coexistent donc à partir de la fin du XV e - siècle : l’amplification et la simplification de l’utilisation du livre grâce à l’imprimerie - qui va surtout permettre de développer un enseignement basé sur une série de traités courts 165 - et le développement d’un enseignement vivant, basé sur la mémorisation de dialogues. 1.6 Conclusion (22) The teaching of grammar (in the narrower sense) in the mid-fourteenth century is marked by two to some extent contradictory features. On the one hand features of the arts course are reproduced at a more elementary level. (…) The treatises of the fourteenth-century Oxford grammar masters include simplified quaestiones, frequent citations of Priscien and some modistic terms. Their structure as summae including both elementary and advanced material within a single theoretical classification also reflects their tendency to use a fairly sophisticated approach. (…) On the other hand, however, the instruction offered is also characterised by the use of methods and techniques more suited to an elementary course. Mnemonic verses, latinitates and vulgaria, notes and rules covering small areas of grammar are all found in the word of these same masters ( T HOMSON 1983 : 307-8). L’évolution dans la manière d’enseigner le latin décrite ci-dessus par D. Thomson, et que l’on retrouve modestement dans le petit panorama des supports didactiques que nous avons choisi de présenter, trouve son origine dans la production des grammairiens d’Oxford, particularité importante pour notre propos et mentionnée en introduction à ce chapitre 166 . En ce qui concerne l’influence de la grammaire spéculative sur l’enseignement grammatical, et notamment sur l’enseignement de la syntaxe 167 , cette dernière apparaît initialement en Angleterre dans le Speculum grammaticale de John of Cornwall (1346). Mais cet enseignement prend un caractère pratique par l’insertion systématique, nous l’avons dit, de latinitates afin d’illustrer les règles présentées. Cette particularité permet à R. W. H UNT de considérer cet auteur comme un précurseur, dans les productions anglaises, de la distinction entre grammaire (ars) et usage (usus) (1964 : 177). La discussion sur la différence entre ars et usus se limite ainsi, à la fin du XIV e - siècle et au début du XV e -siècle, à une recherche visant à favoriser non seulement l’utilisation de la langue maternelle pour l’enseignement du latin, mais aussi la simplification des traités grammaticaux en vue de proposer un enseignement axé sur la pratique 168 ; cette polémique perdurera tout au long du XVI e -siècle et s’étendra à l’enseignement des langues vulgaires. La production de Leylond révèle ce changement d’orientation didactique 169 : 164 S ULLIVAN 2005 : 41-2. 165 O RME 2006 : 107. 166 Pour une vue d’ensemble des développements dus à l’humanisme, voir O RME 2006 : 118ss ; pour l’application de cette évolution dans les manuscrits, voir T HOMSON 1979 : 23sq. 167 Voir H UNT 1964 : 178-9. 168 R. W. H UNT (1964) y voit une marque d’une diminution dans la qualification des maîtres de grammaire. Il est cependant contredit en cela par l’étude de D. T HOMSON (1983 : 299). 169 T HOMSON 1983 : 304. <?page no="50"?> 40 (23) Like that of his contemporary, Thomas Sampson, who taught the related legal and business studies at Oxford, his works consist of a number of short tracts on specific areas of grammatical concerns which together form a course rather than a summa. This reflects partly the more elementary level of the teaching, partly its more practical orientation towards translation and composition rather than an understanding of grammar as a discipline, and partly the new educational structure that was emerging with the growth of provincial grammar-school foundations ( T HOMSON 1979 : 41). L’enseignement du latin prend alors un tour plus pratique, avec pour objectif une certaine efficacité permettant de répondre à une plus grande demande d’instruction 170 . Cet aspect rappelle, comme le mentionne D. Thomson, l’enseignement linguistique à des fins professionnelles dispensé dans les écoles des dictatores ; il s’agit d’ailleurs d’un des points de rencontre entre les deux traditions pédagogiques que nous cherchons à comparer dans la première partie de cette thèse, comme nous le verrons dans le chapitre suivant. L’acquisition du latin quitte ainsi pour partie explicitement la sphère théorique pour rejoindre celle de compétences plus pratiques : on enseigne une « langue » plus qu’une « grammaire » 171 . Dans la démarche didactique, on s’approche ainsi d’un enseignement inductif, par l’exemple, qui insiste, nous l’avons vu dans les points traitant de la traduction et de la composition, sur la production et sur l’imitation. Cette imitation, qui se retrouve à la fois dans la pratique du dialogue et dans les lettres modèles, dépasse les seules leçons linguistiques : la langue, les valeurs morales et l’étiquette sont enseignées dans un même mouvement. Les supports didactiques mettent l’accent à la fois sur la forme et sur le fond, s’inscrivant ainsi dans une transmission intégrale du savoir. Ces particularités (enseignement global et axé sur la production et l’imitation) se retrouvent dans les méthodes pour l’acquisition de la langue latine à la Renaissance. Indépendamment du modèle linguistique proposé, une des ruptures majeures s’opère selon nous surtout d’un point de vue idéologique et dans la thématisation qui est faite de ces procédés didactiques. L’historicité qui marque la Renaissance d’un retour à l’Antiquité éloigne le latin du contexte utilitaire dans lequel il se plaçait alors : les mécanismes qui sont pour certains déjà attestés dès le XIV e -siècle sont alors mis en avant, justifiés et théorisés. N. O RME précise que le changement de méthode est lent et timide (2006 : 127). Cet enseignement plus pratique, basé sur l’acquisition par l’expérimentation et la reproduction, poursuit son développement dès la fin du XV e -siècle au collège Magdalen d’Oxford, un des centres les plus importants des études humanistes en Angleterre 172 ; il est marqué par des professeurs qui conservent cependant dans leur programme une partie de la tradition médiévale. Ainsi, dès la fin du XV e -siècle, au moment de la fondation du collège Magdalen par William Waynflete, les premiers professeurs engagés, dont Anwykyll, puis ses successeurs, Stanbridge surtout, vont conserver les structures en place tout en opérant un retour aux auteurs classiques et à un latin « humaniste ». Anwykyll, présenté par N. O RME (2000 : 458) comme « the first English schoolmaster (…) to be influenced by European humanism and to teach Latin in school according to its principles » semble avoir maintenu les structures anciennes en y coulant la nouvelle matière : un nouveau 170 Ibid. : 303. 171 La première est un savoir théorique alors que la seconde est une compétence pratique : parler une langue équivaut à maîtriser un art mécanique ( L USIGNAN 1987 : 963). 172 N ELSON 1956 : xviii-xix ; H UNT 1964 : 163 ; pour une histoire de cette école, voir O RME 1998. <?page no="51"?> 41 latin, enseigné sur la base de citations d’auteurs - notamment des pièces de Térence - mais présenté par d’anciennes formes d’enseignement : « [a] presentation of new wine in old bottles », comme le résume bien N. O RME (2000 : 459). Ainsi, la discussion qui s’engage concernant les méthodes à appliquer 173 est enrayée, dans le cadre des écoles de grammaire, à la moitié du XVI e - siècle, lorsqu’un ouvrage est prescrit au niveau national par Henry VIII. La grammaire choisie est celle éditée par William Lily et John Colet 174 , qui est grandement influencée par les écrits de Stanbridge (cf.-supra, 1.4.), successeur de Anwykyll et dont Lily fut l’élève. Pendant deux-siècles, cette dernière va être utilisée en Angleterre par la majorité des écoles de grammaire 175 . De fait, si l’enseignement humaniste met en effet l’accent sur une approche pragmatique marquée par la production et l’imitation (par le biais de dialogues, de composition de vers et de lettres), de même que sur la double traduction - qui n’est autre qu’une forme élaborée de l’imitation--, l’enseignement dans les écoles de grammaire reste relativement traditionnel 176 . La vraie rupture se situe donc, pour l’enseignement prodigué dans les collèges et les écoles « officielles », surtout dans l’abandon des textes médiévaux - qu’ils soient littéraires comme les œuvres contenues dans le Liber Parabolarum, ou qu’ils traitent explicitement de la langue, comme le Doctrinale, le Donatus ou les ouvrages lexicaux de Garlande - et dans le remplacement d’exemples forgés par des citations d’auteurs jugés « classiques ». La salle de classe semble ainsi peu adaptée à l’application des principes prônés par les théoriciens humanistes. C’est en effet principalement dans le contexte d’un enseignement privé qu’un apprentissage véritablement fondé sur le respect de l’usage des auteurs classiques et la pratique se développe, comme l’attestent les écrits de John Colet (Aeditio, 1527), Sir Thomas Elyot (1531) et de Roger Ascham (1570). 173 O RME 1973 : 106 sq., 1998 : 51. 174 A Shorte Introdvction of Grammar, generally to be used in the Kynges Maiesties dominions, for the bryngynge up of all those that entende to atteyne the knowledge of the Latine tongue. Le contenu de cette grammaire est le suivant : Accidence (du latin accidentia, « accidents », c’est-à-dire catégories afférentes aux parties du discours) traitant des 8-parties du discours de la tradition latine et de leur morphologie : le nom, ses nombre, ses cas, ses articles, ses genres, ses déclinaisons, la déclinaison des adjectifs, la comparaison des noms (8 p.) ; le pronom et ses déclinaisons (3 p.) ; le verbe, ses modes, ses temps, ses personnes, et ses tableaux de conjugaisons (14 p.) ; le participe (1,5 p. ) ; l’adverbe (1 p.) ; la conjonction (0,5 p.) ; la préposition (1 p.) ; l’interjection (0,5 p.). Puis, sous le titre Godly lessons for Chyldren, recueil de préceptes religieux ou maximes morales en langue anglaise, chacune assortie de sa traduction en latin (3 p.). Règles et observations réunies sous le titre The concordes of latine speche dont l’objectif est d’entraîner l’élève à identifier le cas à affecter aux mots lors de la traduction d’anglais en latin (17 p.). Et enfin, recueil de prières et de cantiques en latin (10,5-p.), pour terminer par le cachet et la devise de l’imprimeur (CTLF). 175 O RME 1998 : 64 ; voir encore 2006 : 294sq. 176 L AMBLEY 1920 : 182. <?page no="52"?> 42 2 Enseignement du français en Angleterre du Moyen Âge au début de la Renaissance Les manuels de langue pour l’apprentissage du français en Angleterre au Moyen Âge ont été largement décrits, commentés et analysés. Malgré cela, la question de l’enseignement complet et avancé de cette langue demeure : (1) De quelle manière - en dehors de certains séjours linguistiques sur le Continent qui ne devaient pas être à la portée de tout le monde - les intellectuels, les aristocrates et les bourgeois anglais du Moyen Âge apprenaient-ils non seulement à faire des phrases convenables en français élémentaire, à un niveau de langue enseigné par les manières de langage, mais à passer à un niveau de compétence supérieur ? Quel est l’enseignement qui leur permettait d’apprécier des textes littéraires français (on sait que l’Angleterre médiévale était friande de littérature française) et même d’en rédiger eux-mêmes ? Et de quelle manière les étudiants d’Oxford parvenaient-ils aux compétences linguistiques avancées dont ils avaient besoin pour accéder à l’enseignement théorique en grammaire et en orthographe qui leur était destiné ? ( K RISTOL 2001a : 151). Selon nous, la principale raison expliquant ces lacunes dans nos connaissances est le manque de vision globale que nous avons encore aujourd’hui des stratégies didactiques à l’œuvre à cette époque et dans ce contexte particulier. La citation qui suit témoigne de la séparation qui est habituellement faite entre les différents textes conservés : (2) Aucun des nombreux manuels de français rédigés en Angleterre depuis le milieu du XIII e s. ne semble avoir été conçu pour un enseignement pratique de l’écrit à un niveau avancé. Le Tretiz de Bibbesworth enseigne le lexique ; les Manières de langage sont axées sur la pratique de la communication orale ; les traités d’orthographe ont une orientation surtout théorique. En particulier, aucun manuel connu n’enseigne la syntaxe du français ( K RISTOL 1998 : 184-5). Traités comme des productions indépendantes et thématiquement différenciées, ces manuels n’ont jamais été envisagés, si ce n’est de façon ponctuelle, dans leurs rapports mutuels. Il est bien sûr judicieux de considérer les textes conservés dans leur contexte d’apparition, c’est-à-dire d’analyser chaque manuel de langue comme une unité indépendante résultant d’un besoin particulier d’apprentissage selon la période à laquelle il apparaît et le public auquel il s’adresse. Comme les domaines d’application du français en Angleterre sont divers et s’inscrivent dans une évolution diachronique, il est improbable que l’enseignement de cette langue ait pu être uniforme. Un tour d’horizon exhaustif des supports didactiques connus peut dès lors permettre d’identifier les différentes orientations de cet enseignement. Parallèlement, il nous semble aussi nécessaire d’analyser l’utilisation des supports didactiques, et donc la façon dont ils sont réinvestis. Il s’agit ainsi d’évaluer les liens existant entre les différents textes, tant au niveau des emprunts partiels, opérés d’un manuel à l’autre, qu’au niveau de la gestion de leur complémentarité, qui est révélée dans la compilation de ces matériaux en volume. Si certaines des compilations qui nous sont parvenues ont été faites a posteriori par des éditeurs ou des possesseurs, ou ne présentent qu’un assemblage hasardeux de textes divers, il est malgré tout possible d’y déceler une certaine cohérence. L’analyse des codices permet ainsi de conclure à une réutilisation tardive des manuels à d’autres fins que celles pour lesquelles ils étaient initialement prévus, <?page no="53"?> 43 conclusion attendue pour une époque où l’enseignement formel des langues vernaculaires n’en est qu’à ses débuts et où les manuscrits sont encore difficiles à obtenir. L’addition des manuels offre de fait un support de formation relativement complet, qui conjugue, par exemple, des approches à la fois théoriques et pratiques de la langue, ou fournit un enseignement portant sur des thèmes variés. C’est en tenant compte de ces deux points de vue, qui nous paraissent être complémentaires, que nous nous proposons de traiter les matériaux. Cette double approche des textes, considérés à la fois comme des entités distinctes et dans leurs rapports mutuels, ne saurait suffire mais doit nous mener vers une comparaison des stratégies qui y sont attestées avec celles qui sont à l’œuvre dans un contexte plus large, contexte que nous avons défini dans l’introduction comme englobant l’enseignement du latin et couvrant le Moyen Âge et le début de la Renaissance. Il faut bien sûr garder à l’esprit que ce panorama comporte des lacunes, la conservation des manuscrits étant basée sur le paradoxe suivant : la popularité d’un texte est à la fois une garantie de sa conservation et un facteur de sa disparition 177 . 2.1 Supports d’apprentissage du français 2.1.1 Périodisation, classement et description des manuels de langue Pour dégager les tendances et les caractéristiques de l’enseignement du français en Angleterre, comme annoncé dans l’introduction à ce chapitre, nous avons dressé une liste descriptive et commentée des différents manuels conservés à cet effet. La description fine des textes proposée par des études antérieures doit ainsi nous permettre d’asseoir le développement à suivre sur une base solide. Nous n’allons donc pas analyser en détail chacun de ces textes, mais en mentionner les traits caractéristiques afin de déterminer leurs visées didactiques, la modification de leurs caractéristiques au fil des copies et les liens qu’ils entretiennent avec le contexte plus général de l’enseignement de la langue 178 . Ces matériaux, pour les œuvres manuscrites du Moyen Âge uniquement, sont donc regroupés dans ce chapitre de façon thématique et traités d’après la chronologie de leur apparition avec, en annexe, le détail des manuscrits dans lesquels se trouvent les différents traités (cf.-annexe 1). Une périodisation a déjà été entreprise par A. K RISTOL (1990) : nous la reprenons en la développant et/ ou en la corrigeant sur la base de nos observations et des études spécifiques dédiées à chacune des œuvres en question. 177 Les recherches en codicologie quantitative ont mis en évidence une tendance selon laquelle « les livres les moins bien représentés dans les collections modernes sont précisément ceux qui étaient les moins rares - et avaient donc le moins de valeur - au Moyen Age » ( L USIGNAN / O UY 1991 : 156 ; voir aussi les études de B OZZOLO / O RNATO 1980). 178 Pour une description générale des manuels : S TENGEL 1879 ; K RISTOL 1998 ; R OTHWELL 2001a. <?page no="54"?> 44 2.1.1.1 Lexique 179 À la fin du XIII e -siècle apparaissent des vocabulaires rimés avec pour but explicite l’apprentissage du lexique. Cette tradition débute avec le Tretiz 180 de Bibbesworth (début du XIV e s. ; DEAF), écrit pour une dame de l’aristocratie, Dyonise de Mountechensi, afin d’enseigner le vocabulaire à ses enfants. Il s’agit d’un enseignement explicite qui se présente sous la forme d’un vocabulaire versifié : on y parle des activités d’un jeune noble en mettant en scène une terminologie spécialisée et en insistant sur les homonymes et paronymes du français. Ce texte est rédigé en vers octosyllabes et accompagné de gloses interlinéaires sporadiques : (3) Je vie une reyne (M. E. quene) sanz rey Pur une reyne (M. E. frock) fere desray Ki enmye le reume le rey En un reoun (M. E. forwe) sist en un rey (M. E. nette) (« I saw a queen without a king become agitated/ distressed on account of a frog that was sitting in a net in a furrow in the middle of the king’s realm ») ( R OTHWELL 1994a : 1). Cet enseignement est donc originellement un perfectionnement de la langue première et devait se faire grâce à l’apprentissage par cœur de mots et de formules à reproduire par l’enfant, aidé en cela par la structure à la fois rythmée et rimée des jeux verbaux. La fonction initiale du manuel a vraisemblablement été élargie lors des diverses réutilisations, et il est probable qu’il ait servi plus tard de texte de lecture (voir infra, 2.2.2.1.1). Cet ouvrage a en effet bénéficié d’une grande notoriété : il a été conservé dans 16 manuscrits dans lesquels les gloses en anglais augmentent au fil des copies. Il a, de plus, fait l’objet de deux réélaborations, le Nominale sive verbale au XIV e -siècle et le Femina au XV e -siècle, ce qui en fait le texte individuel le plus répandu pour l’enseignement du français en Angleterre. Le Nominale sive Verbale in Gallicis cum expositione ejusdem in Anglicis se présente sous la forme d’une collection de phrases courtes en français visant à mettre le vocabulaire en contexte, classées par matières, souvent rimées et accompagnées d’une traduction interlinéaire en anglais 181 : (4) De la noyse et des faitz qe homme naturelment fait Homme parle et espire Man spekyth and vndyth Femme teinge et suspire Woman pantyth and sykyth Homme bale et babeie M. drauelith and wlaffyth F. bale et bleseie W. galpyth and wlispyth ( S KEAT 1906 : vv. 78-86) Ce texte a été développé en partie sur la base du vocabulaire contenu dans le Tretiz de Bibbesworth 182 . Pour comparaison avec les leçons du Tretiz : 179 Voir la bibliographie proposée par C OSERIU / M EISTERFELD 2002 : 304-7. 180 Éditions : extraits publ. W RIGHT 1857, G ÉNIN 1862,-M EYER 1874 ; édité par R OTHWELL 1990. 181 L AMBLEY 1920 : 16. 182 S KEAT 1906 : 2 ; DEAF-s.v. NominalS. <?page no="55"?> 45 (5) Homme chace tessoun et leuer M. huntith brokke and hare F. iungyues couere de leuere W. gomes helith with the lippe Homme vende cyre par la liuere M. selluth wax by the pounde F. enprent enfant sur liuere W. lernyth chylde on boke (Nominale sive Verbale ; S KEAT 1906 : vv. 139-146 ; [nous soulignons]) (6) La leuere deit close les dentz The lippe Le leuere en boys se tient de-deynz The hare La liuere sert a marchauntz The pounde La liuere aprent nous enfauntz The boke (ibid . : §626 ; [nous soulignons]) (7) lippe the hare Vous avez la levere e le lever the pount bocke La livere e le livre La levere, c’est ke enclost enchost les dens, Le levere ki boys se tent dedeins ; La livere sert de marchaundie Le livere nous aprent clergie. (Tretiz ; R OTHWELL 1990 : 4 ; [nous soulignons]) Dans la même veine, il faut encore prendre en compte l’existence d’un lexique trilingue (XIV e s. ; manuscrit London, Westminster Abbey 34/ 11 183 ) comportant certaines similitudes dans ses entrées avec celles du Nominale sive Verbale 184 . Une version revue et abrégée du Tretiz apparaît dans la première partie du Femina 185 (début du XV e s.), volume contenant en plus de cette version deux textes littéraires à teneur morale et un lexique (voir infra, 2.2.1). Ce remaniement du Tretiz est accompagné d’une traduction anglaise ainsi que d’informations sur la prononciation de certains mots (par un système de renvois marginaux à l’aide de lettres en indice : nous reproduisons ici la mise en page proposée par R OTHWELL 2005 : 15-6) : (8) Vous avez la lyre & le levere ʒ e haveþ la lire & le levere, balaunce & þe hare Le lyvere ensy & le luyere þe book also & þe lyppe. Le luyre est qe enclose lez dentez, g þe lyppe ys þat encloset þe teþ, Le levere en boys soy tient a dedeinz, þe hare in bussh hym holdyþ witynne, La lyre ser(i)t en marchaundyze, þe balaunce serveþ in marchaundyuze, Le livere noz print al clergize. þe boke us techeþ to clergyze g denz a teint Ce traité débute par une introduction en latin : Capitulum primum docet rethorice loqui de assimilitudine bestiarum. W. R OTHWELL est d’avis que cette mention, associée à l’utilisation du latin qui court tout le long du texte - dans des titres ou dans des gloses--, indique que 183 K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §303. 184 H UNT 1981 : 15. 185 La terminologie pour nommer ces deux œuvres varie dans la littérature critique et dans les diverses éditions. Le manuel de Bibbesworth est désigné par le titre Tretiz ou Femina, sa version remaniée prenant ainsi parfois, conformément à ce qui apparaît dans l’excipit de cette dernière, le nom de Femina nova. Nous avons choisi les titres Tretiz pour le manuel composé par Bibbesworth et Femina pour le texte remanié. <?page no="56"?> 46 cette œuvre était destinée à des jeunes gens, certainement d’une classe différente de celle que visait initialement le Tretiz 186 : (9) Beau enfant pur apprendre En franceis devez bien entendre Coment vous parlerez bealment Et devant lez sagez naturalment (2005 : 1, l. 1-4). Le Femina n’aurait donc plus comme fonction d’enseigner à des enfants le vocabulaire leur faisant défaut - par le biais de termes techniques mis en contexte et appris dans un milieu familial - mais s’adresserait à des jeunes gens souhaitant acquérir la phraséologie française ainsi qu’un comportement social adapté à de futurs administrateurs, hypothèse appuyée par la nature morale des textes qui l’accompagnent 187 . Ce traité s’inscrirait de fait, selon W. R OTHWELL , dans le contexte de l’enseignement commercial et administratif des dictatores d’Oxford (1998c : 57-8) 188 , qui prendront une place importante dans le développement de l’enseignement du français. Tout au long de la période d’enseignement du français apparaissent des listes de mots, regroupés de manière onomasiologique ou non 189 , - nominalia et glossaires - et précurseurs des dictionnaires que l’on trouvera à la Renaissance 190 . Parmi ces listes, il est malaisé, voire parfois impossible, de distinguer celles qui servent d’une manière sûre à l’enseignement du français de celles qui sont un support à l’apprentissage du latin 191 . Il faut attendre le premier quart du XIV e -siècle pour que se développent les seuls répertoires de mots que l’on peut avec certitude considérer comme des supports d’enseignement du français 192 : il s’agit d’ébauches de dictionnaires français-anglais ainsi que de répertoires de mots français non traduits, telles des listes de numéraux, d’adverbes, des jours de la semaine, ou des énumérations classées par champ sémantique (animaux, parties du corps humain, etc. ; voir Manières de langage de 1399 193 ). 186 Voir R OTHWELL 1998c. 187 R OTHWELL 2005 : i-ii. 188 Cette interprétation du Femina est novatrice. W. R OTHWELL lui-même (1982), dans un article précédant son édition, pensait que cette œuvre perpétuait le rôle du Tretiz. Il faut cependant préciser que rien ne nous indique avec certitude le type de public auquel cet enseignement était adressé. 189 Voir B URIDANT 1986 : 15. 190 Pour une typologie des ouvrages lexicographiques médiévaux, voir B URIDANT 1986. A. K RISTOL (1990), dans son répertoire des œuvres et manuscrits ayant servi à l’enseignement du français en Angleterre, a choisi d’y inclure les gloses françaises apparaissant dans certains textes didactiques latins élaborés à des fins lexicales (De nominibus utensilium d’Alexandre Nequam ; Unum omnium ; Dictionarius de Jean de Garlande ; Graecismus de Eberhard de Béthune ; Etymologiae d’Isidore de Séville). Ces gloses, qui n’étaient pas conçues à l’origine pour enseigner le français mais visaient l’explication des textes latins qu’elles accompagnent, ont pu, selon A. K RISTOL , avoir servi à l’enseignement du français dans une phase plus tardive (1990 : 293). Ces textes glosés n’apparaissant pas dans les codices dont nous nous occupons, nous ne les répertorions pas. 191 Au cours du Moyen Âge, le latin est, dans de nombreux cas, appris par l’intermédiaire des langues vernaculaires. Ainsi, des glossaires bilingues français/ latin, latin/ français ou trilingues latin/ français/ anglais peuvent-ils aussi bien servir à l’apprentissage du latin que du français (cf.- K RISTOL 1990 : 294). Les premières attestations concernent des listes de mots latin-français, dont l’apparition est datée par A. K RISTOL du XIII e -siècle (1990 : 322). Un deuxième groupe de glossaires, daté par A. K RISTOL de la deuxième moitié du XIII e -siècle (1990 : 322), présente le latin, le français et l’anglais en parallèle. 192 K RISTOL 1990 : 294. 193 K RISTOL 1995. <?page no="57"?> 47 (10) Cucuel : Cuccuke. [cuckoo] Sintyces : Swanbriddes. [cygnets] Oysouns : Geslingges. [goslings] Grusieler : Casberietre. [gooseberry bush] Cormaraunt : Scarf.-[cormorant] (…) ( A CKER 1993 : 286). (11) Lundedy, marsdy, merskerdy, joefdy, vendredy, samady, dysmeinge. (…) Un, deux, trois, quatre, cinque, sis, sept, oet, noef, dis (…) (Liber Donati ; M ER - RILESS / F ITZPATRICK 1993 : 18). Le rôle joué par ces listes dans l’enseignement de la langue a dû être variable : elles ont pu tenir lieu aussi bien de listes à mémoriser que d’outil de consultation. Pour le traitement du lexique, nous pouvons encore mentionner les textes descriptifs qui apparaissant dans les Manières de langage, et qui mettent en scène une terminologie particulière (comme par exemple des réalités agricoles, cf.-Manière de langage de 1396 194 ). 2.1.1.2 Orthographe et prononciation 195 Pour ce qui est de l’enseignement de l’orthographe et de la prononciation, il est assuré par différents textes disponibles dès la fin du XIII e - siècle. Il faut bien sûr envisager un apprentissage par mimétisme antérieur et parallèle à celui qui apparaît dans ces manuels, ceci dans le cadre d’une formation pratique des futurs scribes, clercs, juristes, etc. auprès de gens de la profession. Chronologiquement, le premier de ces traités est le Tractatus Orthographiae. Il est daté de la fin du XIII e -siècle et rédigé par T. H., désigné comme « Parisii Studentis » 196 . Autour de 1400, ce texte fait l’objet d’un remaniement - qui consiste notamment en l’ajout de nombreux exemples sous la forme de phrases complexes - par Coyfurelly, docteur de droit civil et canon de l’université d’Orléans 197 . Cela pourrait indiquer que ce manuel a été utilisé par les générations d’étudiants séparant ces deux rédacteurs 198 . Le but avoué du Tractatus et de sa version remaniée est le suivant : « sermones gallicanos et formam scripture cum regulis in eisdem (…) propulsare et secundum usum et modum modernorum tam in partibus transmarinis quam cismarinis dulciter explanare » ( P OPE 1910 : 189). L’enseignement porte donc sur la différence qui existe entre l’écrit et l’oral, en partant de la lettre 199 , et présente une prise en compte de certains traits régionaux : 194 Ibid. : 17. 195 Voir la bibliographie proposée par C OSERIU / M EISTERFELD 2002 : 300-2. 196 Édition : P OPE 1910 : 185-92. 197 Édition : S TENGEL 1879. 198 Un fragment de traité de prononciation est présent dans le manuscrit Cambridge, Univ. Libr., Gg 6.44 : il est considéré par B. M ERRILEES et B. S ITARZ -F ITZPATRICK (1993)-comme faisant partie du Liber Donati. Deux exemples qui se trouvent à la fois dans ce texte et dans les diverses versions du Tractatus orthographiae ( P OPE 1910 ; 189 ; S TENGEL 1879 : 16) pourraient indiquer qu’il s’inscrit dans la tradition du Tractatus orthographiae : « Savés vous traire de l’ark ? Sevés vous raire le barbe ? » (éd. M ERRILEES / S ITARZ - F ITZPATRICK 1993 : 7). 199 W. R OTHWELL indique : (…) Much of its teaching is given over pronunciation, not just spelling, the orthography of words being treated not as an end in itself but rather in relation to the phonetic value of each letter in speech (2001a : 8). <?page no="58"?> 48 (12) Item iste dicciones : aura, en array, sine e in medio [scribi debent et] sonari, secundum dulce gallicum, sine v ut sic : aray, en array que indifferenter sic scribi possunt. Tamen Romanici, Britannici et Anglii scribunt easdem dicciones cum e in medio ut averay, j’averay et sic de similibus ( P OPE 1910 : 189). Ces deux caractéristiques conduisent D. A. K IBBEE à postuler une utilisation originelle de ces textes dans un contexte commercial. Cette hypothèse pourrait être appuyée par la similitude du vocabulaire et des phrases proposées en exemple avec celles que l’on retrouve plus tardivement dans les dialogues modèles (1991 : 50) : (13) as tu fait prest nostre sopere (…) il puit malement (…) amy sount noz litz faits, sount nos porpoinz prestes beaucop des femmes en Loundres sount merchauntz voillez vous manger, seiez vous tres excellent, tres hautisme, tres honoure et tres humble (Tractatus orthographiae T. H., P OPE 1910 : 191-2). (14) Dieux vous gart biau sire, si Dieu m’ait, vous estez prodomme he regardez, mon tresgentil compaignon, coment leur vestementz sount bien et festisement entreilliez selon le guise du France, par le foy que je doy a Dieu, mon tresdoulz amy, j’en ay veu beaucop des gens huy ou marchee (Tractatus orthographiae Coyfurely, S TENGEL 1879 : 19-20). Les développements théoriques font appel, quant à eux, à une terminologie spécifique qui nécessite une connaissance des concepts grammaticaux de base : (15) Tamen in participiis, adjectis, nominibus et interjecionibus s simplex in fine diccionis debet retinere sonum suum licet consonans immediate sequatur, ut vouz auez assez de viund, jeo sui assez ben amez de mez servauntz, loiez soit dieus et sic de similibus ( P OPE 1910 : 191). Une seconde tradition de textes visant un enseignement graphique nous est parvenue sous la forme de l’Orthographia Gallica 200 , composée (ou remaniée) par Thomas Sampson, l’un des dictatores d’Oxford, vers la fin du XIV e -siècle et le début du XV e -siècle 201 . Cet ensemble de textes partage avec le Tractatus la particularité de mettre en rapport la prononciation avec la graphie, mais dans un processus inverse à celui qui était pratiqué dans le premier. En effet, la mise par écrit semble être au centre des préoccupations de ce manuel : on part ici du son pour aller à la lettre. L’Orthographia Gallica est conservée en plusieurs versions que l’on peut classer en trois catégories en fonction non seulement de la langue dans laquelle elles sont rédigées mais aussi du nombre de règles présentées : une version latine généralement nommée « brève » (la plus ancienne, et éventuellement l’originale, selon D EAN 1999 : §287) et qui ne contient que 27 règles dans sa copie la plus complète ; une version dite « longue » - sporadiquement glosée en anglais pour certaines des copies 202 - dont le texte le plus étendu présente 102-règles ; une version appelée « française », qui consiste plus précisément en un 200 Éditions : W RIGHT 1840, S TÜRZINGER 1884, B OLLAND 1912, J OHNSTON 1987. 201 I. A RNOLD (1937) attribue l’Orthographia Gallica à Thomas Sampson, alors que H. G. R ICHARDSON (1941a : 271, note 68) est d’avis que ce dernier n’a fait que remanier une œuvre plus ancienne. 202 La seule version glosée à laquelle nous avons eu accès est celle qui est contenue dans le manuscrit qui fait l’objet de notre étude. Nous n’avons pu, pour l’instant, consulter les volumes suivants : Warminster, Longleat House 37 ; Dublin, Trinity College 650. <?page no="59"?> 49 texte latin partiellement traduit et/ ou expliqué en français 203 , conservée dans une seule copie 204 . Le titre de la version brève présente dans le manuscrit London, Brit. Libr., Harley 4993 est Orthographia gallica et congrua in litteris gallicis dictata secundum usum modernorum, tandis que la copie « française » porte la mention Modus pronunciandi dicciones in gallicis dans la table des matières du codex qui le contient 205 . Cependant, si cette dernière version accorde explicitement dans son titre une place à la prononciation, les versions latines ne se limitent pas à la graphie mais contiennent les deux enseignements : (16) S2 : Si autem hec vocalis e pronuncietur aut, per se stare debet sine hujus vocalis i precessione, verbi graci, bevez, chevez, tenez, et sic de consimilibus ( J OHNSTON 1987 : 5). (17) L54 : Item post g vel q quamvis u scribatur non debet sonari, ut quatre, guerre, debet sonare qatre, gerre (ibid. : 15). À cet enseignement de nature grapho-phonétique sont jointes quelques informations morphosyntaxiques (cit. 18), syntaxiques (cit. 19) et lexicales, avec l’intention soit de différencier les homonymes (cit. 20) soit de fournir, pour un mot anglais, divers synonymes français (cit. 21) : (18) L61 : Item quando illa pronomina casus nominativi je, cil proferuntur insimul, illud subsequens ponetur pro obliquo, ut je et luy vel cil et moy ( J OHNSTON 1987 : 16). L99 : Item aliquando relacio tam in anglicis quam in gallicis ponitur conjunctive, verbi gracia « the woman that was yesturday at Oxenforde » or « the woman wylke was yesturday at Oxenforde » vel sic la femme q ˜ estoit ou q’estoit hier a Oxenforde (ibid. : 18). (19) L63 : Item quando petitis aliquid ab aliquo, potestis dicere vous pri sanz jeo (ibid . : 18 ). (20) L86. Item habetur diversitas inter apprendre, prendre et reprendre ; oez, oeps ; vys et huys ; kynil et kenil. L90. Item habetur diversitas inter estreym (strawe) et estreyn (hansel) (ibid.). (21) L87 : Item habentur diversa verba gallica pro isto verbo anglico « reed », videlicet rous chivaler, chival ; et harang soor ; escu de goules ; une rose vermaile. L88 : Item pro isto verbo anglico breke : fruchez chaud payn, debrisez l’os, rumpez la corde, enfraignez convenaunt, debrisez la hanap L89 : Item pro « blowe » : ventulez od le vent ; corneiez od le corn ; souflez de bouche (ibid. : 17-8). Une partie du vocabulaire attesté dans ces exemples est semblable à celui que l’on peut trouver dans l’enseignement de Bibbesworth et dans le Nominale sive verbale 206 . La version française contient des éléments qui pourraient, selon D. A. K IBBEE , indiquer que ces manuels s’adressent à une classe spécifique de professionnels (1991 : 51-3) : 203 Selon W. R OTHWELL , la proportion de texte latin dans la version dite « française » de l’Orthographia Gallica représente le quart du manuel (2001a : 11). 204 Voir R OTHWELL 2001a : 9-11. 205 J OHNSTON 1987 : 39. 206 J OHNSTON 1987 : 14 ; K IBBEE 1991 : 54 ; voir encore R OTHWELL 2001a : 10. <?page no="60"?> 50 (22) F38 : Auxint les nons adjectyfs et tiels nons sustentifs qe fineront el singuler en t, eles fyneront el plurell en s ou en z a la volonté de l’escriptour, come tenements ou tenemenz, ses, sez. F40a : et bons ditours eschueront de faire nulle vowel sivre altre en paroule, come solempne bone est ( J OHNSTON 1987 : 35). La mention des diteors et escriptours porterait ici non seulement sur l’aspect diamésique de la production, mais aussi sur le milieu de cette production : (23) In their most general sense, these two terms mean nothing more than « orators » and « writers ». In the context of the times, however, these designate specific legal functionaries. Diteors are those who make an accusation and escriptours are those who write escripts, that is, « a written document, especially an obligation or contract (…) ». Thus, this kind of orthographic treatise is designed for young men learning to practice law, both in its oral (diteors) and written (escriptours) forms ( K IBBEE 1991 : 51). Les destinataires de ce traité seraient donc des apprentis juristes, dont la fonction requiert l’emploi du français tant à l’oral qu’à l’écrit, ainsi qu’une précision formelle qui semble traditionnelle pour les documents légaux. Cette hypothèse serait, toujours selon D. A. K IBBEE , renforcée par l’apparition d’un important vocabulaire juridique dans ces règles : (24) tenements ; a vous, seignour, sire Justice ; a les Justices ; je m’affie ; du dit portour ; enfraignez covenaunt ; i’ay mys mon seal a ycestes (1991 : 52). Cette interprétation doit cependant être, selon nous, nuancée par les formules de salutation attestées dans les exemples et qui semblent appartenir à la tradition épistolaire : (25) L30 : (…) A le tredouté seignur, al tresdouté seignur, de la tresnoble seignur, del tresnoble seignur L47 : Item in propriis nominibus et cognominibus tam locorum quam hominum debent scribi cum k, ut Katerine, Dame de Knaptoun F67 : (…) A vous, sire, a a ma treshonuree dame votre compaigne, jeo me recommant ( J OHNSTON 1987 : 37). Il faut donc certainement ajouter aux juristes les secrétaires de maison ou toute personne en charge de la rédaction de lettres et de documents officiels. 2.1.1.3 Morphosyntaxe 207 Le premier des manuels de morphologie conservés est écrit vers le milieu du XIII e -siècle (Traité sur la conjugaison française) 208 . Celui-ci, rédigé en latin, donne les équivalences des temps en latin et en français, et met en évidence les différences essentielles entre les deux systèmes 209 . Il illustre de manière spécifique le fait qu’à un paradigme latin correspondent plusieurs formes françaises 210 : (26) Modus infinitivus non habet diversas constructiones. Omnia tempora verbi inpersonalis habent, verbi gracia : amatur, est amé et l’em aime ( S ÖDERGÅRD 1955 : 193). 207 Voir la bibliographie proposée par C OSERIU / M EISTERFELD 2002 : 302-4. 208 S ÖDERGÅRD 1955. 209 R OTHWELL 1976 : 461. 210 K RISTOL 1998 ; D EAN 1999 : §294. <?page no="61"?> 51 W. R OTHWELL (2001a : 4-7) le mentionne comme étant le premier manuel d’enseignement de la langue française tandis que D. A. K IBBEE (1991 : 26) évoque la possibilité qu’il s’insère dans un contexte d’exercices de traduction du latin en français (voir infra). Deux autres textes donnant des informations sur l’emploi des verbes nous sont parvenus : le premier date lui aussi du milieu du XIII e -siècle et consiste en un glossaire d’équivalents latins pour des verbes français 211 ; le second, apparaissant plus tard, au XV e -siècle, est une présentation théorique des temps et des modes en français, complétée par une liste de verbes latins (occasionnellement anglais) accompagnés de leur équivalent français 212 : (27) Oultre sachez que de verbez il y a cinq meufs c’est assavoir : le indicatif c’est a dir moustrant chose estre vray ou fauce, si come je ayme, le imperatif c’est a dire commandant chose a estre fait, si come ayme tu (…) ( S TENGEL 1879 : 33). (28) Video Voy, vois, voit, veons, veez, voient ; Veoie, veions, veoient ; Vi ; Verrey(e) ; oie ; Veisse ; Voy ; Veoir ; Veant ; Veu ( S TENGEL 1879 : 35). Mis à part ces quelques traités de morphosyntaxe verbale ponctuels, la plupart des textes de nature grammaticale connus à ce jour pour l’enseignement du français en Angleterre au Moyen Âge s’inscrivent dans la lignée du Donatus (voir le chapitre 1). 2.1.1.3.1 Tradition d’un courant de grammaire Précurseur d’une tendance descriptive, le Donait françois de John Barton 213 datant du début du XV e -siècle introduit une réflexion théorique sur le français. Rédigé en français, il présente un essai de description « scientifique » de la langue. Cet enseignement suit de près l’Ars minor de Donatus, si ce n’est quelques ajouts qui peuvent provenir de l’Ars maior ou des Institutiones de Priscien 214 : la première partie est une description phonétique (lieux d’articulation des sons, problèmes précis de prononciation, etc.) ; elle est suivie par un développement des accidents (genre, nombre, cas, etc.) ; la troisième section est consacrée aux différentes parties du discours, contenant quelques informations de nature syntaxique. Le lien qu’entretient cette œuvre avec les grammaires latines mérite d’être évalué. En effet, si le Donait emprunte en partie la structure du manuel latin, les matériaux témoignent d’une tentative d’intégration des connaissances grammaticales latines au français. Les emprunts opérés par Barton, tant au niveau de la structure que du titre, à une œuvre originellement destinée à un enseignement élémentaire du latin ont longtemps conduit les chercheurs à penser que ce manuel était destiné à un public ignorant à peu près tout de la langue française 215 , voire à des débutants en ce qui concerne les connaissances non seulement en français mais aussi en latin 216 . Cependant, cette hypothèse semble infirmée par le fait que la nomenclature française utilisée, les exemples latins et les présupposés linguistiques n’en permettent pas la compréhension à qui n’aurait pas déjà une certaine habitude des langues en question. W. R OTHWELL postule ainsi, pour ce manuel, 211 D EAN 1999 : §296 ; éd. H UNT 1980 : 16-9. 212 D EAN 1999 : §295 ; éd. S TENGEL 1879 : 33-40. 213 Éditions : S TENGEL 1879 : 25-40, S WIGGERS 1985a, S TÄDTLER 1988 : 128-37. Le texte conservé est incomplet. Voir encore C HEVALIER 1968 : 140ss pour une description des principes grammaticaux utilisés dans ce texte. 214 M ERRILEES 1993 : 279 215 L USIGNAN 1987 : 112. 216 S WIGGERS 1985a et K IBBEE 1991 : 88. <?page no="62"?> 52 un enseignement visant des étudiants avancés (2001 : 12-5) - ou du moins d’un support nécessitant des explications en anglais par le professeur- -, tandis qu’A. K RISTOL (1990) l’envisage dans une optique d’explication de la langue dépassant son enseignement. Le Donait s’approcherait ainsi d’une grammaire non plus didactique mais descriptive. Cependant, il garde selon nous un lien fort avec l’enseignement de la langue puisqu’il accompagne, dans le manuscrit qui l’accueille (voir infra, 2.2.2.1.1), des documents pour l’enseignement élémentaire, et que certaines citations utilisées pour illustrer les points de grammaire rappellent, comme le mentionne D. K IBBEE (1991 : 91), les dialogues modèles (« Quantez lieues est il de Londres jusques a Paris ? ») et contiennent des termes du langage commercial (termes de monnaies maille, denier, etc.) 217 . La relation des deux autres Donats anglo-normands conservés, le Liber Donati et le Donait soloum douce franceis de Paris, également datés du premier quart du XV e -siècle, avec le texte latin du Donatus n’est pas immédiatement apparente. Le Donatus latin étant essentiellement théorique, bon nombre de copies de l’Ars minor de Donatus étaient accompagnées de listes de conjugaisons dont les matériaux extraits du texte original, séparés et augmentés, servaient à pallier le manque de déclinaisons et de conjugaisons concrètes. Ces listes de conjugaison de verbes latins, qui apparaissaient donc initialement avec l’Ars minor, sont devenues semi-indépendantes et conservent parfois le nom de Donatus comme gage d’autorité : (29) By the 13th, 14th and 15th centuries when the French adaptations of the Ars Minor were being copied, these « traités annexes » were so common that their association with the true Donatus must have left the impression that they, too, were the work of the great fourthcentury grammarian ( M ERRILEES 1993 : 275). Le Liber Donati 218 , ainsi nommé par B. M ERRILEES et B. S ITARZ -F ITZPATRICK (1993), est en fait une compilation de listes de mots - vraisemblablement issues des traités annexes que nous venons de décrire - et de la Manière de langage de 1415, formant dans un volume une section qui se clôt par l’explicit « Liber Donati » (Cambridge Univ. Libr. Dd 12.23 ; cf.- infra,-2.2). Les listes que cette partie contient se retrouvent ensemble à plusieurs reprises, ce qui amène B. Merrilees et B. Sitarz-Fitzpatrick à donner ce nom de Liber Donati aux divers regroupements même partiels de ces mêmes répertoires. Par souci de clarté et de concision, nous faisons de même 219 . Le Liber Donati - in extenso - est composé de textes portant sur différents aspects de la langue. Une partie concernant la morphologie pronominale est présentée sur la base du système latin ; les modes et les temps verbaux sont expliqués par le biais d’une terminologie française 220 , et ce développement est accompagné des paradigmes de quelques verbes importants et représentatifs ; ces deux parties grammaticales sont suivies de glossaires (verbes, français-latin ; adverbes et prépositions, latin-français) et de nominale (listes de numéraux, des jours de la semaine, des fêtes, etc) 221 . 217 Voir l’édition de Th. S TÄDTLER (1988 : 130, 136). 218 Éditions : extraits publ. S TÜRZINGER 1884 : IV - V , VIII ; M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK . 1993. 219 Il faut cependant traiter à part le Conjugaciones donati in gallicis cum expositione earumdem in latinis (Cambridge, Univ. Libr. Ee 4.20) qui, s’il s’insère dans la tradition des traités annexes, est différent des matériaux présents dans le Liber Donati (voir éd. H UNT 1991 : 114-8 ; ment. M ERRILEES 1993 : 274, R OTHWELL 2001a : 11). 220 R OTHWELL 2001a : 12. 221 Ces pièces peuvent apparaître dans un ordre variable selon le volume qui les contient et être disjointes par d’autres textes (traité de comptabilité, London, Brit. Libr., Harley 4971 ; ars dictaminis, traité d’héraldique, Cambridge, Univ. Libr., Ee. 4.20 ; etc.). Un bref développement concernant la prononciation <?page no="63"?> 53 (30) Ego je/ moy in nominativo singulari, in ceteris casibus singularibus moy vel me, in quotlibet casu plurali nous ( M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 : 7). (31) Habeo, -es : En l’endicati[v]e moed : J’ay, tu as, il a ; pluralment : nous avons, vous avez, ils ont (ibid. : 8). (32) Credo : Je croie. Je croioie. J’ay creu. J’avoy creu. Je creray. Croez tu. Je creoiroie. Croer, croiant, crue (ibid. : 14). Le Donait soloum douce franceis de Paris 222 est lui aussi un descendant des « traités annexes » et contient une liste de conjugaison de verbes français correspondant à la liste de verbes latins du Donatus. Ce manuel a été élaboré par Richard Dove, moine du XV e - siècle de Buckfast, Devonshire 223 . (33) Habeo : Ay avoye eu aurey auroie eusse aye aveir aiant eu ; Ay as a avons avez ont ; Avoye avois avoit avions aviez avoient (…) ( M ERRILEES 1993 : 287). Ces matériaux sont donc des énumérations de formes, plus ou moins expliquées selon les parties concernées, et pourraient avoir eu une fonction proche de celles des nominalia, c’est-à-dire avoir servi d’outil de consultation ou de support à une mémorisation. 2.1.1.4 Techniques de la composition Des ouvrages visant à enseigner l’ars dictaminis 224 semblables à ceux qui existent pour le latin apparaissent pour le français au XIV e -siècle. Ils comportent un développement théorique en français ou en latin portant sur les différents modèles de production épistolaire, ainsi qu’une description des parties dont chaque modèle est composé (salutacio, narratio, peticio, conclusio, subsalutacio) et une liste des formules d’adresses à utiliser 225 . Ils sont généralement suivis de lettres modèles 226 . De tels traités visent à compléter la formation théorique que procurent les manuels grammaticaux et à permettre d’acquérir, lors de la formation professionnelle des clercs, des compétences dans le domaine de la rédaction épistolaire et de la rédaction de documents administratifs officiels. Cet enseignement est prodigué dans les écoles de dictamen, établissements para-universitaires à Oxford, qui produisent, entre la fin du XIV e -siècle et le début du XV e -siècle, des compilations pouvant servir de support didactique 227 . Il est probable, selon R. D EAN (1999 : §317), que le manuel ayant servi de modèle pour les différentes copies qui ont été conservées soit l’œuvre de Thomas Sampson. Aucun texte explicitement dédié à d’autres pratiques de la rédaction en prose ou en vers ne nous est parvenu pour le français. est mentionné par B. M ERRILEES et B. S ITARZ -F ITZPATRICK comme appartenant au Liber Donati. Ce texte n’apparaissant que dans un seul manuscrit (Cambridge, Univ. Libr., Gg. 6.44), nous avons choisi de le traiter de manière indépendante. 222 Édition : M ERRILEES 1993. 223 D EAN 1999 : §292. 224 Éditions : extraits publiés par U ERKVITZ 1898, A RNOLD 1937, R ICHARDSON 1942b.- 225 S TÜRZINGER - 1884 : xviii ; V OIGT 1981 : 577. 226 Éditions : extraits publiés par S TENGEL 1879, U ERKVITZ 1898, H ASKINS 1929, O WEN 1929 : 17, A RNOLD 1937, L EGGE 1941, R ICHARDSON 1942 b . 227 R OTHWELL 2001a : 16. <?page no="64"?> 54 2.1.1.5 Dialogues et Manières de langage 228 Dès la fin du XIV e -siècle et durant toute la Renaissance 229 se développe une tradition de textes mettant en scène des situations de la vie quotidienne, dans lesquels descriptions, récits et dialogues alternent. Les leçons contenues dans ces ouvrages sont multiples et pour partie particulières à chacun des textes conservés. Pour le Moyen Âge, trois grands groupes de manuels nous sont parvenus et sont généralement nommés par la date de leur rédaction - indiquée dans le texte ou déduite des événements décrits : il s’agit des Manières de langage de 1396, de 1399 et de 1415. Les matériaux contenus dans ces trois versions sont pour partie semblables : outre des formules de politesse et des dialogues pratiques plus ou moins élaborés (pour partir en voyage, à l’auberge, au marché, etc.), on y trouve un vocabulaire élémentaire lié à l’homme (parties du corps, équipement), à l’aménagement d’une maison, aux animaux, etc. Le traitement de ce lexique diffère d’une Manière à l’autre : énumérations pour la Manière de 1399, mise en scène de ce lexique dans des dialogues ou des narrations pour celle de 1396, vocabulaires rimés pour celle de 1415. Ces divergences dans la présentation du lexique s’inscrivent dans des stratégies didactiques plus générales qui nous semblent apparaître dans ces groupes de textes. La Manière de 1399 230 est centrée sur un enseignement élémentaire limité à des formules de salutations, des dialogues rudimentaires et des informations lexicales et phraséologiques simples 231 . Il est intéressant de noter que c’est dans cette version, pour certaines copies, que fait irruption la traduction interlinéaire (Lincoln, Lincolnshire Archives Office, Lincoln Formulary Book 23 ; Cambridge, Univ. Libr., Ii 6.17). Les Manières de 1396 et 1415 sont plus riches, contenant non seulement un nombre important de dialogues variés, mais aussi des passages narratifs et des parties rimées. Le traitement de ces matériaux diffère cependant entre ces deux groupes de manuels. La Manière de 1396 met l’accent sur les registres de langue et les genres textuels. Le contenu peut varier d’une copie à l’autre : à une scène d’aventure galante - qui se passe à l’auberge et alterne dialogues, poèmes et chansons, échange d’insultes et réflexions morales 232 - est substitué un conte, le mari battu, cocu et content 233 . Mais dans un cas comme dans l’autre, cette Manière semble s’adresser à un public maîtrisant déjà le français et souhaitant l’améliorer et acquérir des nuances : (34) Alors que les parties dialoguées du manuel ne reflètent que les formes de la communication orale, ce récit de type littéraire permet d’introduire une série de ressources syntaxiques du code écrit. Cela concerne surtout l’emploi du passé simple (qui est rare dans les dialogues), mais aussi le fonctionnement de l’incise 228 Voir la bibliographie proposée par C OSERIU / M EISTERFELD 2002 (302-3). Éditions : publications partielles M EYER 1870, S TENGEL 1879, S TÜRZINGER 1884, M EYER 1903, G ESSLER 1934, S ÖDERGÅRD 1953, B AKER 1989, M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; édition critique : K RISTOL 1995. 229 Voir B URIDANT 1986 : 33. 230 D EAN 1999 : §282. 231 La version la plus développée se trouve dans le manuscrit Oxford All Souls 182 qui, selon A. K RISTOL , contient des chapitres répétitifs, ce qui le fait ressembler « au ‘classeur’ d’un professeur qui a rassemblé ses différents brouillons » (1990/ 91 : 315). 232 D EAN 1999 : §§135, 145, 283, 284. 233 Le mari cocu, battu et content ( D EAN 1999 : §190) est un conte à quelques variantes près identique au récit de Bocace (septième journée, nouvelle septième). Il apparaît dans trois des volumes associés à l’enseignement de William of Kingsmill (voir infra). <?page no="65"?> 55 ou encore une série de conjonctions qui se rencontreraient difficilement dans l’oralité spontanée ( K RISTOL 1995 : xxiv). (35) (…) Les différentes formules de salutation que nous avons relevées attestent que ces auteurs avaient une très grande sensibilité non seulement des différences qui séparent le code écrit du code oral, mais encore des différents registres de la variation sociale et situationnelle du français parlé de leur époque ( K RISTOL 1992 : 48). La Manière de 1415 alterne, elle aussi, dialogues, parties narratives et vers, mais sans s’appuyer sur des registres littéraires traditionnels, comme le conte, la poésie courtoise, le chant de taverne, etc. Il s’agit ici non d’insertions de pièces illustratives d’un genre textuel particulier mais de la mise en forme des dialogues offrant ainsi un éventail large de styles et de structures de la langue : l’un d’eux propose le récit de la bataille d’Azincourt, d’autres présentent à quelques reprises une structure rimée. Ce dernier point rappelle la stratégie de mémorisation attestée dans le Tretiz de Bibbesworth, lequel a d’ailleurs non seulement fourni une partie du vocabulaire illustré dans cette Manière 234 , mais peut-être inspiré le jeu verbal contenu dans la dernière partie de ce texte : (36) Et quant ma femme serrat enseyntee, ele serra seintee de bone seinture, S’il ne soit de soy, il serra de quiyre (…) ( K RISTOL 1995 : 78). Ces productions se situent dans la même veine que le Livre des mestiers 235 (env. 1349), premier texte du genre portant sur le français et écrit par un professeur de Bruges, même si la rédaction du modèle anglais semble avoir été totalement indépendante. En revanche, les trois Manières que nous avons conservées se sont influencées réciproquement. Elles apparaissent d’ailleurs parfois conjointement dans un même volume (Oxford, All Souls College, 182 ; Cambridge, Trinity College, B. 14.40 ; etc. ; voir annexe 1) et il est probable qu’elles aient toutes trois été utilisées par les mêmes étudiants et professeurs. Ces Manières peuvent soit s’adresser à un lecteur individuel (comme le suggère la dédicace contenue dans une des familles de manuscrits de la version de 1396 236 ), soit être (ré)utilisées dans un contexte scolaire. Pour le français, on considère donc habituellement que cet enseignement se serait fait par l’exemple et la mémorisation des textes 237 , puisque l’on ne trouve pas dans ces traités de commentaires grammaticaux, et peu de commentaires métalinguistiques. Cette caractéristique doit, nous le verrons, faire l’objet d’une réanalyse à la lumière de la mise en volume de ces Manières. 234 Voir à ce propos K RISTOL 1995 : xliv-xlv. 235 Le Livre des mestiers est constitué d’une somme de dialogues en français et flamand, concernant les occupations des commerçants et marchands, divisée en trois parties : vie domestique, vie sociale, vie religieuse Cet ouvrage a été revu et transformé par William Caxton : Dialogues in French and English (1483). 236 K RISTOL 1995 : xxi. 237 D. A. K IBBEE (1991 : 81) et A. K RISTOL (1998 : 178) envisagent l’utilisation de ces textes comme exercices théâtraux. Selon L. K ELLY (1959 : 122-124), l’utilisation du théâtre pour l’enseignement des langues en général était déjà une pratique médiévale. Des textes théâtraux bilingues, ou en tous les cas des fragments de tels textes, seraient, d’après l’interprétation que fait D. L EGGE de ces matériaux, déjà attestés au Moyen Âge (voir à ce propos 1963 : 328-331). L’un de ces textes est daté de la fin du XIII e -siècle, l’autre du XIV e -siècle. Si le premier ne peut être contextualisé, le second pourrait, indique D. L EGGE , avoir appartenu à l’Abbaye de Bury, « an abbey where there had been great interest in the teaching of French in the schools under its juridiction » (1963 : 330). <?page no="66"?> 56 2.1.2 Différents besoins d’enseignement du français Une gradation dans le besoin d’instruction en français se dégage de la chronologie d’apparition des manuels d’enseignement. Cette gradation a été révélée par A. K RISTOL (1990), D. A. K IBBEE (1991) et W. R OTHWELL (2001a) lors d’études reposant sur une analyse des supports didactiques conservés pour la période médiévale ; ce sont ces derniers qui nous intéressent plus particulièrement ici. Il nous faut par conséquent présenter cette gradation, puisque nous nous appuyons en partie sur les études qui l’ont mise en évidence et sur certaines découvertes connexes, mais nous n’en débattrons pas. En effet, ces études envisagent les manuels un à un et n’ont donc pas de répercussion sur nos conclusions, qui sont fondées sur leur regroupement. En effet, la question pertinente pour notre propos est moins celle de la naissance de ce besoin - c’est-à-dire sa date et son contexte d’apparition - que celle des moyens par lesquels s’est fait l’apprentissage. Nous souhaitons en outre insister sur l’aspect formel de l’enseignement qui nous occupe ici, afin que le débat ne déborde pas sur la question qui touche la disparition ou le maintien du français langue maternelle d’une petite partie de la population en Angleterre, de même que le degré de connaissance de cette langue au sein de la population anglaise. Les réflexions que nous livrons dans notre étude ne concernent que l’enseignement par le biais d’ouvrages, et excluent ainsi le processus d’acquisition de la langue de façon naturelle, par immersion 238 . Si notre thématique nous oblige, bien entendu, à tenir compte de la situation linguistique en Angleterre, nous n’en traiterons que les aspects nécessaires à notre développement. C’est pourquoi nous renvoyons, sans les commenter, aux études, parfois sujettes à controverse, relatives aux problématiques suivantes : le degré de connaissance du français dans les différentes classes socioculturelles, la date d’émergence d’un besoin d’enseignement de cette langue et l’étendue de son utilisation orale au Moyen Âge 239 . A. K RISTOL (1990) dégage deux périodes dans l’apparition d’un enseignement formel du français en Angleterre : la première, qui débute au XIII e - siècle, est caractérisée par un enseignement partiel axé sur le vocabulaire tandis que la seconde se définit par l’enseignement global qui voit le jour à la fin du XIV e -siècle. La première étape est en effet marquée par la production de glossaires trilingues puis, au XIV e -siècle surtout, de listes de mots français-anglais. C’est aussi à cette période qu’apparaît le Tretiz, enseignement véritablement explicite de la langue, qui s’adresse spécifiquement 238 Selon A. K RISTOL , la conservation du français est assurée jusqu’au début du XIV e -siècle par le fait que certaines carrières - professeurs, juristes - se poursuivent d’un pays à l’autre, que les séjours en France favorisent l’apprentissage par immersion, et que certains cercles familiaux - notamment à l’intérieur de la noblesse - cultivent leur héritage linguistique (1998 : 179). Il admet, cependant, que les séjours linguistiques, de même que les précepteurs privés, n’étaient pas communément accessibles (2001a : 151) et résume la situation ainsi : Même s’il est toujours problématique de tirer des conclusions du silence des sources, il semblerait donc que jusqu’au début du XIV e -siècle, il y ait eu assez de locuteurs du français en Angleterre pour garantir une acculturation directe, par transmission orale de la langue. En tous cas, il est caractéristique que les nombreux manuels juridiques rédigés en français avant la fin du XIV e -siècle ne reflètent aucun besoin d’enseigner la langue française dont la connaissance semble aller de soi ( K RISTOL 1990 : 302, note 31). 239 Pour des études sociolinguistiques de l’Angleterre du Moyen Âge, voir notamment S UGGETT 1946, R ICHTER 1979, S HORT 1998, R OTHWELL 2001c, L USIGNAN 2009, S HORT 2009. Pour un état de la question quant aux débuts d’un apprentissage du français langue seconde : I NGHAM 2006 : 87 ; voir encore B ER - NDT 1972, R ICHTER 1979, L EGGE 1980, C LANCHY 1993, K IBBEE 1996, K RISTOL 1998, T ROTTER 2003a/ b . <?page no="67"?> 57 aux milieux aristocratiques. Les connaissances lexicales, en particulier le vocabulaire spécialisé, doivent être renforcées, mais on peut compter sur une connaissance suffisante de la grammaire 240 . W. R OTHWELL (2001a ; à la suite de B ERNDT 1965 241 ) nuance ce dernier point en se faisant le porte-parole d’un besoin rapide d’enseignement morphosyntaxique dans la classe cléricale de la société anglaise. Ce n’est cependant qu’à la fin du XIII e -siècle que le traitement théorique du français apparaît de façon claire , . Les manuels correspondant à cette tendance sont constitués de tableaux de conjugaison - avec parfois des indications sur la morphologie pronominale et sur les modes et les temps verbaux - et de traités d’orthographe - pour certains accompagnés d’indications grammaticales. Ce genre de grammaire a un objectif essentiellement scolastique et s’adresse à un public de clercs 242 . Il y a donc, entre les deux étapes énoncées, le développement d’une première tentative de description théorique du français 243 . Mais il faut attendre le début du XV e -siècle pour qu’apparaisse, avec le Donait français, un réel début de réflexion pré-scientifique sur la langue. La deuxième étape, mieux définie, débute vers la fin du XIV e - siècle comme l’attestent l’apparition des Manières de langage 244 et la multiplication des manuels. Il faut certainement imaginer un enseignement combinant pratique de l’écrit et de l’oral et s’adressant à un public plus large et plus panaché que celui de la noblesse et des clercs, ciblé antérieurement. C’est du moins ce que nous laisse entrevoir la réunion de ces traités en volumes. Il ne suffit plus à présent d’affiner les connaissances lexicales, c’est un enseignement plus global de la langue en tant que langue seconde qui est visé 245 . Vers la fin du XIV e -siècle et au début du XV e - siècle, le français est donc devenu en Angleterre une langue dont la connaissance nécessite un véritable apprentissage de type intellectuel et scolaire, par l’intermédiaire de grammaires, de traités d’orthographe et de dialogues modèles, selon les différentes nécessités liées à l’usage de cette langue. A. K RISTOL introduit dans sa chronologie l’enseignement professionnel qui voit le jour, à cette même période, dans les écoles des dictatores : (37) Au moment où la connaissance du français a dû devenir précaire en dehors des milieux aristocratiques qui continuaient à le cultiver pour des raisons politiques et sociales, à savoir au cours du XIV e s., nous voyons apparaître les artes dictaminis en français, accompagnées le plus souvent de larges collections de lettres modèles en français également. Conçus pour couvrir les besoins pratiques de l’expression écrite, ces ouvrages complètent la formation théorique que procuraient les manuels de type grammatical (1990 : 295). Nous pensons cependant que la place des traités mentionnés dans cette citation est ambiguë dans le contexte d’enseignement du français pendant le Moyen Âge - ambiguïté 240 K RISTOL 1990 : 301. 241 D’après R. B ERNDT (1965 : 178), les écoles des maisons religieuses ont dû enseigner le français, et non uniquement le latin. 242 K RISTOL 1990 : 295. W. R OTHWELL , qui dans un article de 1978 dépeignait un public possédant une parfaite maîtrise de la grammaire latine ainsi que de bonnes connaissances en français leur permettant de comprendre les exemples non traduits (1978 : 102-3), revient sur cette hypothèse en montrant que le latin, nous le verrons, n’est que la langue convenue pour ces manuels, et qu’elle n’est vraisemblablement pas langue d’enseignement ( R OTHWELL 2001a). 243 K RISTOL 1998 : 182sq. 244 K RISTOL 1990 : 296. 245 Ibid. <?page no="68"?> 58 résolue en partie à la Renaissance, nous le verrons - puisqu’ils participent à la fois d’une formation linguistique et d’un enseignement professionnel pratique. C’est d’ailleurs dans les « business schools » d’Oxford (cf.-chapitre 1, 1.2.) que l’importance de la chronologie dépeinte ci-dessus diminue. En effet, tous les manuels présentés se retrouvent compilés au XIV e -siècle dans des ensembles cohérents issus (ou en lien avec) des cours prodigués dans ces écoles. Ainsi, et quels que soient les besoins pour lesquels ces manuels ont été développés, il semble qu’ils aient été réutilisés, dans certains contextes en tous cas, de façon conjointe et dans leur complémentarité. Considérer les manuels précédemment décrits uniquement comme des productions isolées et thématiquement spécialisées amène selon nous à une mauvaise compréhension de leur utilité. Les liens sont nombreux, non seulement avec l’enseignement du latin, comme l’attestent les descriptions grammaticales du français s’inscrivant pour la majorité dans la tradition latine du Donatus, mais aussi entre les manuels de français. Plusieurs de ces traités sont des productions qui s’appuient pour tout ou partie sur des textes antérieurs, qu’ils traitent ou non des mêmes aspects de la langue. On se trouve ainsi face à une réutilisation des matériaux issus d’autres œuvres, que ce soit à l’intérieur d’une même thématique - comme on a pu le voir avec la tradition de remaniements du Tretiz de Bibbesworth - ou dans des domaines différents : nous pouvons l’observer notamment pour les grammaires et les manuels d’orthographe qui puisent des exemples dans d’autres textes pour illustrer les règles traitées ou des Manières de 1415 qui empruntent largement au Tretiz 246 . Ces liens entre les différents manuels semblent dépasser le cadre du Moyen Âge, puisque certains ouvrages du début de la Renaissance comprennent des éléments des textes médiévaux (voir infra, 2.2.3). En outre, l’enseignement contenu dans nombre d’entre eux est mixte : c’est le cas notamment des manuels d’orthographe et de prononciation, qui traitent ponctuellement de problèmes morphosyntaxiques, ou du Femina, qui ajoute des informations sur la prononciation du vocabulaire qu’il fournit. Les relations que nous venons de décrire sont des liens internes, présents dans la structure même du texte et voulus dès l’origine. Nous pouvons, comme nous l’avons annoncé, élargir notre angle de vue et observer à présent des liens externes, nés du regroupement ponctuel de ces mêmes manuels en unités plus larges et plus complètes au niveau de l’enseignement qu’elles contiennent. 2.2 Productions en contexte 2.2.1 Ébauches de compilations organiques de la fin du Moyen Âge Des compilations organiques nous sont parvenues pour la fin du Moyen Âge. Si celles-ci sont explicitement présentées comme formant une unité, elles sont cependant bel et bien constituées d’enseignements à la fois différents et complémentaires. Nous pouvons citer dans cette veine le Liber Donati, qui est, nous l’avons vu, constitué d’éléments portant sur la morphologie pronominale et verbale ainsi que de listes diverses et est suivi, dans trois manuscrits, de la Manière de 1415 (Cambridge, Trinity College, 246 Voir R OTHWELL 2008 : 118sq. <?page no="69"?> 59 B.-14.40 ; Cambridge, Univ. Libr., Dd 12.23 ; London, Brit. Libr., Add. 17716). C’est d’ailleurs par cette dernière œuvre que se clôt l’unité que le scribe du manuscrit Cambridge, Univ. Libr., Dd 12.23 nomme Liber Donati, puisque la mention « Explicit liber Donati » apparaît non pas après l’un des éléments traditionnels liés aux traités annexes du Donatus mais à la fin des dialogues. Selon B. M ERRILEES , cela indique « que ces dialogues en français constituent, avec les chapitres grammaticaux précédents, un livre intégral, un manuel pour apprendre le français comme langue seconde » (1985 : 110), conformation qui, selon lui - et nous partageons cette conclusion--, sera celle adoptée à la Renaissance (voir infra,-2.2.3.). Le Liber Donati, même lorsqu’il apparaît in extenso, ne se trouve jamais seul, mais est compilé avec d’autres matériaux dans les volumes en lien avec l’enseignement de William of Kingsmill et dont nous traiterons plus loin. Un autre ouvrage, très bref, constitué lui aussi de plusieurs sections thématiques différentes, est attesté au XV e -siècle. Si ce dernier n’a pas encore reçu tout l’intérêt qu’il mérite dans le cadre de l’étude de l’enseignement du français en Angleterre au Moyen Âge, il nous semble pourtant un élément important dans ce panorama. Il s’agit d’une grammaire du français rédigée en anglais (1450-1460 ; Norwich, Norfolk Record Office, Central Libr., Rye 38 247 ) et divisée en trois parties distinctes : prononciation et orthographe, syntaxe pronominale et morphologie verbale. L’enseignement que la première partie contient ressemble à ce que l’on trouve dans les traités d’orthographe et de prononciation présentés plus haut : (38) The ij rewle is þis þat þere byn many wordis wretyn at the last ynd with an .z and oder with j .s. Qwan ony wort with j .z. than þe vowel be fore þe sey[d] .z. sownit long example as buuez. venez. alez. portez. priez. amez (…) Item were two are iij vowellis come to geder þe vowell jn þe myddis is set a side and is ney wretyn neithere sownyd Example as jayme þat is as muche as je ayme quantum breuys tantum melyus ( D AVIS / I VY 1962 : 117). La section morphologique comprend la conjugaison de certains verbes : (39) J chuld be thouw schuldyst be he schul be je sarroi tu serrois il sarrot nous serrons vous serrez ilz sarroient we schull be ʒ e schull be thei schuld ( D AVIS / I VY 1962 : 119). La dernière partie est composée de phrases courtes en anglais accompagnées d’une traduction interlinéaire en français : (40) Tiell vn ad faith moy tort et je luy null Such on hath don me wrong and J hym non Je reporth moy du tout a deu qui cognjoist tout J reporth me of all to God qwuich knowit all ( D AVIS / I VY 1962 : 118). Un tel passage semble servir à illustrer l’utilisation des pronoms personnels. Cette hypothèse parlerait en faveur d’un enseignement syntaxique basé sur l’analyse de phrases 247 K RISTOL 1990 : 316 ; D EAN 1999 : §294r. Ce manuscrit contient, selon N. D AVIS et G. S. I VY (1962), surtout les armoiries des familles du Norfolk. <?page no="70"?> 60 modèles. La prière bilingue qui clôt le manuel pourrait, quant à elle, avoir pour fonction d’illustrer l’emploi du futur 248 : (41) Je confie in du qe tout serra bien J trus jn God þat all schall be wyll et qe nous aueroms bones nouelles dez totes nous amez and þat we schall haue goode tidinggis of all howre frindis et que la miere serra ben garde [et] nous enmez dicounfitez and þat þe ce schall be wylle kepth and owre enmis disconfith ( D AVIS / I VY 1962 : 120). Ce traité a vraisemblablement été destiné à - ou élaboré par - l’un des fils de la famille Paston (certainement William, 1378-1444), engagé dans une carrière juridique par le biais d’études à Cambridge puis dans les cours légales de Londres, formation nécessitant l’apprentissage du français 249 . Le latin, présent dans ces descriptions où il sert par exemple de comparaison pour le traitement des genres 250 , constitue certainement une langue préalablement apprise et mieux maîtrisée que le français : (42) French is clearly a third language for this learner, acquired, to the extent that it was acquired, late in the educational process, either as an adjunct to studies at Cambridge, or at the Inns of Court themselves ( K IBBEE 1992 : 417). Un enseignement mêlant apprentissage de la prononciation et lecture bilingue apparaît dans un autre ouvrage un peu antérieur (début du XV e - siècle), le Femina, lui aussi considéré en tant qu’œuvre organisée comme l’atteste l’explicit à la fin du glossaire : Qui scripsit carmen sit benedictus Amen. Explicit ffemina nova 251 . En effet, ce traité est formé de plusieurs parties : la première est une version revue et abrégée du Tretiz ; les deux suivantes contiennent un extrait d’Urbain le courtois (traité de morale, de manières et de conduite pour jeunes gens, rédigé au XIII e - siècle en couplets octosyllabes 252 ) et des proverbes empruntés à l’œuvre de Nicole Bozon, Proverbes de bon enseignement 253 ; tous trois sont accompagnés d’une traduction interlinéaire en anglais et la prononciation de certains mots apparaît au fil du texte, en commentaire marginal (ex. « Beau debet legi beu » 254 ). Ce manuel s’achève sur une annexe en trois colonnes, la première donnant la graphie (Linia scriptionis), la deuxième la prononciation (Regula locucionis) et la troisième la traduction anglaise (Regula construccionis ; R OTHWELL 2005 : i). La présence, dans ce volume, d’Urbain le courtois, de même que celle de sentences et de proverbes, est un élément qui tendrait à confirmer l’hypothèse, énoncée plus haut, de la réutilisation de la matière proposée par Bibbesworth : la version remaniée du Tretiz qui 248 K IBBEE 1992 : 416. 249 Cependant, D. A. K IBBEE précise que le manuscrit ne contient aucun document juridique en français (et uniquement quelques-uns en latin) (1992 : 417). 250 « Jtem as in latyn distjnccion is be twix þe femynyn gender and þe masculyne gender. so is jn this langgage were fore rith necessary it is to knowe þe pronons and þe declinacionis of þe verbis jn þe maner after folowyng » ( D AVIS / I VY 1962 : 118). 251 R OTHWELL 2005 : 118. 252 D EAN 1999 : §231. 253 A RNOULD 1939 : 4-8 ; non mentionné chez D EAN 1999 : §252 ; R OTHWELL 2005 : i. Le texte Proverbes de bon enseignement est un florilège de proverbes et de sentences des autorités classiques, tirés des Distiques de Caton, de Sénèque et de Salomon. 254 R OTHWELL 2000a : 1. <?page no="71"?> 61 débute cette compilation est susceptible d’avoir été utilisée non plus uniquement comme manuel contenant un vocabulaire spécifique à mémoriser, mais comme œuvre de lecture favorisant l’apprentissage de la syntaxe et de la morphosyntaxe. Comme le Liber Donati, le Femina ne nous est pas parvenu en tant qu’entité indépendante, mais intégré à un volume lié à l’enseignement de William of Kingsmill. 2.2.2 Codices Alors que, nous venons de le voir, l’unité formée par la compilation de certains de ces textes est signalée par une formule finale qui ne laisse pas d’équivoque, la majorité des volumes conservés pour le Moyen Âge ne comporte aucune information explicite quant à leur composition. Il est cependant rare que ces codices procèdent d’une compilation arbitraire : beaucoup présentent une grande homogénéité et ont certainement été rassemblés dans un même volume afin de former un ensemble permettant une complémentarité des approches didactiques : (43) Le plus souvent on trouve réunis un traité d’orthographe ou de grammaire, un nominale, parfois une manière de langage et le plus souvent des modèles de lettres ou de requêtes. Il arrive parfois que soient joints des traités juridiques (…). Ces constatations nous invitent à conclure que le regroupement des traités dans les codices ne s’est pas fait au hasard et répond à des buts bien spécifiques. Plusieurs de ces codices sont en effet des recueils de notes de cours issues d’un enseignement dispensé en vue de former des secrétaires ou des notaires (Arnold, 1937), ou des ouvrages de référence de quelqu’un exerçant une telle fonction (Legge, 1941). C’est ce qui se dégage des quelques études qui ont fait allusion à cette question et d’un rapide sondage de notre part dans les catalogues de manuscrits, qui mériterait sûrement d’être poursuivi par un examen attentif des codices ( L USIGNAN 1986 : 98). Les investigations qui ont été menées sur ces codices ne permettent pas d’avoir une vue globale de l’organisation en volumes des traités didactiques pour l’enseignement du français. Les analyses que nous possédons ne portent, pour certaines, que sur un manuscrit 255 , ou, lorsque leur but est d’intégrer les textes dans leur contexte de production, elles ne considèrent pas l’intégralité de la compilation mais s’arrêtent aux œuvres linguistiquement semblables (anglo-normandes, cf.- D EAN 1999), ou thématiquement liées (didactiques et juridiques, cf.- K RISTOL 1990). Afin de proposer un premier élément de réponse au desideratum de S. Lusignan quant à la nécessité d’un examen précis et approfondi de ces codices, nous avons cherché à caractériser ces regroupements afin d’en dégager des tendances didactiques et de tenter d’avoir accès aux « besoins et expériences » ( C LANCHY 1979 : 83) que ces collections sous-tendent. Notre démarche s’appuie sur l’analyse des compilations : elle doit donc être minutieuse et précise. Nous avons de fait eu recours aux catalogues de manuscrits lorsque ceux-ci étaient disponibles ou, dans le cas contraire, aux microfilms dont nous disposions. Les résultats obtenus ont été confrontés aux informations contenues dans la littérature secondaire. Ainsi, dans ce chapitre, la description des manuscrits obtenue est limitée à l’essentiel mais elle est affinée dans les annexes. 255 Voir par exemple M EYER 1903, 1907 ; L EGGE 1939 ; R ICHARDSON 1941a, 1942a. <?page no="72"?> 62 L’absence d’informations explicites sur le but de la collection des textes nous a obligée à procéder par rapprochements pour tenter de formuler des conclusions : nous avons donc compté sur les divers recoupements, nés de la comparaison entre les différents volumes de ce répertoire, pour révéler d’éventuels mécanismes et stratégies didactiques. Cette comparaison a permis le regroupement des volumes selon différents critères : thématiques (contenu juridique, linguistique, littéraire), linguistiques (présence ou non de traités en latin et/ ou en anglais) et externes (informations sur le possesseur ou sur l’auteur). Nous avons choisi, parmi ces différents classements possibles, ceux qui nous semblaient les plus pertinents pour notre propos. Ainsi, l’apparition dans une même compilation de plusieurs textes, explicitement dédiés à l’enseignement du français, met en lumière une première famille de codices en lien avec une forme organisée d’enseignement dans le cadre des cours des dictatores à Oxford. À l’intérieur de ce groupe, nous avons simplement cherché les similitudes entre les programmes d’enseignement de la langue proposés, sans prise en compte du contexte de leur composition. Nous sommes cependant consciente que d’autres choix de regroupement auraient pu être effectués, sur la base notamment des langues d’enseignement apparaissant dans ces divers traités 256 . À l’inverse, nous avons pu noter la tendance à l’isolement du Tretiz de Bibbesworth, déjà soulignée par S. L USIGNAN (1986 : 193). Nous avons tenté non pas d’en chercher la raison mais d’en déduire une éventuelle réutilisation de ce texte. 2.2.2.1 Volumes contenant un enseignement de la langue française dans le contexte de cours administratifs et juridiques Dans le cadre de la formation en ars dictandi se développe, nous l’avons vu au chapitre précédent, un cours construit d’études 257 de nature administrative et para-juridique que nous appellerions aujourd’hui « commerciales ». Cet enseignement, proposé par des dictatores à qui souhaite poursuivre une carrière administrative et juridique, a un caractère pratique et doit permettre aux étudiants d’entrer rapidement dans le monde du travail 258 . Il s’agit d’un enseignement, en latin et en français, de rédaction épistolaire et d’actes juridiques, de comptabilité, et de procédures légales élémentaires appliquées dans les cours de justice manoriales et baronniales 259 : (44) The pupils of the Oxford dictatores were, at least in large part, young men who were seeking employment in the households of the larger landowners, where they would write their lord’s letters, and keep his Courts and his accounts, and draw up for him conveyances and leases and other instruments as occasions arose. (…) The employers of these clerks might presumably be ecclesiastical as well as secular landowners : if secular, their lords might sometimes serve the 256 Voir à ce propos R OTHWELL 2001a. 257 M. C AMARGO (2007) détaille cette évolution jusqu’à William of Kingsmill dont la pratique atteste, selon lui, que l’enseignement administratif et para-juridique est devenu une « discipline » autonome. 258 Cf.- L EGGE 1939 ; R ICHARDSON 1939, 1941a et 1941b ; C AMARGO 2007. 259 D’après D. O SCHINSKY (1971) et P. D. A. H ARVEY (1972), des traités contenant des enseignements pour l’administration de domaines semblent avoir été utilisés dans la formation dispensée par les dictatores d’Oxford dès le deuxième quart du XIII e -siècle. On y trouve Les reules, par Robert Grosseteste, 1240-2 ( D EAN 1999 : §392), Seneschaucie, 1260-76 ( D EAN 1999 : §393) et Housbondrie de Walter of Henley, env. 1285 ( D EAN 1999 : §394 ; voir aussi O SCHINSKY 1971 ; H ARVEY 1972 ; C LANCHY 1979 : 268 ; 276 ; K IBBEE 1991 : 33 ; R OTHWELL 2010). <?page no="73"?> 63 office of sheriff or coroner and would need trained assistance in the detailed performance of their duties. But there were also clerks in no regular employment who were prepared to do a hand’s turn where they might ( R ICHARDSON 1941b : 334) 260 . Le premier professeur engagé dans cette formation dont nous connaissons le nom est John of Oxford (dernier quart du XIII e -siècle 261 ), responsable de la plus ancienne compilation qui nous soit parvenue ; cette dernière rassemble trois traités en latin portant sur la rédaction d’actes juridiques, la comptabilité et les procédures 262 . Lui succèdent John of Bromley (env. 1350-1360 ; London, Brit. Libr., Harley 4971 et 4993) 263 , Thomas Sampson (env. 1370-1409), Simon O. (vers 1410 ; Manchester, John Rylands Libr., lat. 394, P ANTIN 1929), William of Kingsmill (env. 1420-1450), William of Horbury (date ? ; London, Brit. Libr., Harley 773) et David Pancaer (env. 1440-1460 ? ) 264 . C’est avec Thomas Sampson et William of Kingsmill que le curriculum proposé se voit augmenté d’une formation en français et que son orientation para-juridique se trouve renforcée. Cette spécialisation est vraisemblablement en lien avec le développement de l’enseignement formel du Droit Commun à Oxford pendant la deuxième moitié du XIV e - siècle 265 . Dès lors, la formation devient multiple et comprend non seulement un enseignement professionnel à la fois en latin et en français afin de répondre aux différentes demandes des systèmes administratif et para-juridique, mais aussi un cursus proprement linguistique pour permettre la maîtrise du français. Ce programme est mentionné dans les statuts de l’Université d’Oxford en 1432 : (45) Item, cum racioni sit consonum, et in antiquioribus statutis implicitum, scolarem quemcumque artem aliquam addiscentem, nulla existente lectura ordinaria in eadem, ipsius facultatis seu sciencie ordinarium exercere debere, cui ars ipsa quam addiscit maxime vicinatur ; verum qui artes scribendi et dictandi loquendique Gallicum ydioma, in quibus nulle ordinarie sunt lecture, magis grammatice et rhetorice quam aliis scienciis aut facultatibus, tanquam eis subalternate, appropriquant, ordinauit igitur vniuersitas et decreuit quad singuli scolares competenter instructi in grammatica solummodo, artem scribendi vel dictandi vel loquendi Gallicum, siue cartas aliave huiusmodi scripta componendi, seu curias laicorum tenendi, 260 Les traités ayant pour but de former les étudiants à jouer le rôle de clercs de coroners se trouvent dans les manuscrits suivants : Cambridge, St. John’s College, 19 I ( R ICHARDSON 1941b : 335 ; K RISTOL 1990 : 320) ; London, Brit. Libr., Landsdown 560 ( R ICHARDSON 1941b : 335 ; K RISTOL 1990) ; Cambridge, Univ. Libr. Ee 4.20 (analysé dans ce travail ; cf.-annexe 1). 261 M AITLAND 1911 ; R ICHARDSON 1939 : 451 . 262 John of Oxford a probablement rédigé De placiti et curiis tenendi vers 1272 ( C LANCHY 1979 : 276). On trouve dans les volumes en lien avec les dictatores d’Oxford des manuels pratiques tels que le Natura brevium, les Curia baronis, le Fet asaver et les Tenures (à propos de ces ouvrages, voir B AKER 2000 : 419sq ; B RAND 2000 : 70sq). Si ces traités étaient initialement destinés à des étudiants en Droit Commun, il est probable qu’ils aient aussi servi à un public plus large ( B RAND 2000 : 71). 263 M. C AMARGO (2007) se base sur les travaux d’A. B. E MDEN (1957-9 : 59) pour la datation de l’activité de John of Bromley. Cela lui permet ainsi de corriger les informations de H. G. R ICHARDSON (1939) qui le considère comme successeur de Thomas Sampson en s’appuyant pour cela sur la mention de son nom dans un traité contenu dans un manuscrit daté de 1459 (London, Brit. Libr., Harley 4993). 264 Selon M. C AMARGO (2007 : 76), David Pancaer était impliqué dans la préparation d’ouvrages pour avocats de Droit Commun. 265 C AMARGO 2007 : 72 ; voir B RAND 1987. J. H. B AKER est d’avis que la formation linguistique a dû attirer un public engagé dans des études d’avocats, puisque que le français n’était vraisemblablement pas enseigné dans les Inns of Courts (1989 : 81). <?page no="74"?> 64 aut modum placitandi Anglicanum principaliter addiscentes, ordinarias lecciones arcistarum gramaticam vel rethoricam legendium frequentent, eis tanquam propriis magistris cumulando ( G IBSON 1931 : 240 [nous soulignons]). Les développements du système éducatif de la fin du Moyen Âge mettent fin à cet enseignement : (46) The New Learning, the rise of the collegiate system in the university, and the development of the inns of court and of chancery as centers of legal education may all have played a part in the decay of business instruction at Oxford ( R ICHARDSON 1941a : 274). H. G. R ICHARDSON (1941a : 271-2) classe les traités qui sont associés à Sampson - qu’ils soient composés par lui, comme c’est vraisemblablement le cas de l’Orthographia Gallica et de l’ars dictaminis, ou qu’ils apparaissent dans des codices faisant mention de son nom - en deux groupes : le premier comprend un enseignement linguistique s’appuyant sur des vocabulaires bilingues ou trilingues, des listes en français de jours de la semaine, pronoms, etc., des traités de conjugaison en français et en latin, l’Orthographia Gallica, des tables de conversion monétaire ; le deuxième contient des traités de nature essentiellement professionnelle, touchant la correspondance, la rédaction testamentaire, la comptabilité, les procédures et d’héraldique, dans l’une ou l’autre langue. En ce qui concerne les niveaux d’instruction, les informations que nous possédons sont maigres. Nous savons que les classes de Thomas Sampson accueillaient des élèves diversement formés et diversement instruits. Selon H. G. R ICHARDSON (1941a : 272), les traités du premier groupe s’adressaient plus particulièrement à ceux ne connaissant vraisemblablement que l’anglais, et leur contenu servait de support à un cours de « rattrapage » permettant une acquisition des rudiments de la langue française. En parallèle aurait existé un enseignement plus technique, professionel, basé sur les ouvrages du second groupe ; à ce niveau, les étudiants avaient des connaissances en français suffisantes pour que l’anglais n’apparaisse que sporadiquement pour gloser les termes spécifiques et peu usuels, les plus doués apprenant également les pratiques professionnelles en latin avec le français comme seule béquille 266 . Nous verrons que cette répartition n’émerge pas clairement de la distribution des traités dans les codices, et qu’il faut certainement reconsidérer l’image qu’en propose H. G. Richardson. Les volumes associés au nom de William of Kingsmill sont eux aussi diversement panachés, peut-être en fonction des connaissances linguistiques de l’apprenant. Pour ce qui est de l’enseignement du français prodigué chez Kingsmill, une publicité insérée dans l’un des dialogues de sa méthode de langue mettant en scène un enfant de douze ans nous donne quelques informations : on y apprend que ce dernier a suivi l’enseignement touchant le vocabulaire chez William of Kingsmill et qu’il sait dire son nom et nommer les parties de son corps, ce qui indique une formation élémentaire en français. La Manière de 1415 a certainement été élaborée par William of Kingsmill et atteste une compilation raisonnée. Elle contient, dans un premier chapitre, les salutations et les formules élémentaires, puis un récit - permettant « d’introduire l’emploi des temps et 266 Voir à ce propos les manuscrits London, Brit. Libr. Landsdown, 560 et Warminster, Longleat House, Marquess of Bath’s Libr., 37 ( R ICHARDSON 1941a : 272). Cf.-encore R ICHARDSON 1941b : 333 et 1942a : 298. <?page no="75"?> 65 des conjonctions dans un récit de type oral » ( K RISTOL 1995 : xlii-xliii)--, et des dialogues contenant la phraséologie de la vie courante. Dans la dernière partie se trouve la présentation du vocabulaire élémentaire qui, selon A. K RISTOL (1995 : xliv-xlv), « se présente essentiellement comme une compilation remaniée d’éléments et de phrases entières provenant du Tretiz, enrichies ça et là de listes de mots reprises à d’autres sources ». Pour son enseignement, Kingsmill s’appuie essentiellement sur des matériaux antérieurs et sur le travail de ses prédécesseurs 267 ; nous verrons que cette caractéristique est susceptible d’attester le début d’une tradition didactique manifeste. Nous avons regroupé les différents codices contenant des manuels d’enseignement du français liés au milieu de la production des dictatores d’Oxford 268 selon que ces volumes proposent un enseignement linguistique que nous jugeons « complet » - c’est-à-dire grapho-phonétique, morphosyntaxique et lexical - ou un enseignement partiel, uniquement axé sur l’un ou l’autre des aspects de la langue. Certaines de ces pièces peuvent être liées aux divers enseignements des dictatores 269 tandis que d’autres demeurent non attribuées mais présentent des contenus similaires. Nous avons choisi d’insérer cette information à côté de la référence du manuscrit. Il faut cependant garder à l’esprit que ces textes circulent, ce qui ne permet pas d’assurer qu’ils sont représentatifs du cours d’un professeur, et qu’il n’est pas rare que certaines compilations présentent une addition de textes rassemblés à mesure des activités ou des découvertes du possesseur 270 . Nous resterons donc prudente dans les conclusions que nous formulerons au terme de cette analyse. 2.2.2.1.1 Enseignement complet S’ils révèlent des structures communes, les volumes contenant un enseignement linguistique complet attestent cependant des choix différents quant aux supports didactiques utilisés. Les codices associés à l’activité de Thomas Sampson comprennent les textes suivants : l’Orthographia Gallica, qui fournit des indications grapho-phonétiques, les paradigmes et les listes du Liber Donati pour l’enseignement de la morphosyntaxe et une œuvre littéraire (le Manuel des péchés, de William of Waddington) ou un manuel de vocabulaire (le Nominale sive Verbale pour le second). On peut y ajouter, pour l’apprentissage du vocabulaire, les listes d’adverbes, de jour de la semaine, etc. du Liber Donati. 267 Certains de ces textes - Manière de 1415, Tretiz, traité épistolaire français, traité sur les chartes et une partie de l’art de plaider - seraient de la main même de Kingsmill-( L EGGE 1939 : 242 ; L USIGNAN 1986 : 99). Comme Thomas Sampson, Kingsmill fait apparaître son nom dans nombre de traités (London, Brit. Libr., Add. 17716 ; Dd. 12. 23 ; Cambridge, Trinity College, B. 14.40 ; L EGGE 1939 : 242). 268 Pour les manuscrits contenant uniquement du matériel en latin, voir K RISTOL 1990 : 320-1. Dans notre répertoire nous n’avons pas pris en compte les manuscrits ne contenant comme support d’enseignement que des gloses (London, Brit. Libr., Cotton Titus D.XX, fin du XII e - siècle ; London, Brit. Libr., Harley 1002, XV e -siècle). 269 Les attributions suivent celles données par H. G. R ICHARDSON (1941a : 271) et A. K RISTOL (1990). Elles sont basées sur l’apparition des initiales ou des noms en toutes lettres dans les traités. Pour les manuscrits contenant l’Orthographia Gallica, I. A RNOLD y voit une filiation directe : If we now turn to the classification of the manuscripts of the Orthographia Gallica, it seems likely a priori that we shall have a descent of lost originals (Sampson’s personal manuscript with its annual additions, excisions and variations, written in, or dictated by the lecturer), and, attached to each original, a student’s manuscript copy (…) (1937 : 208). 270 L EGGE 1939 : 246 ; L EGGE 1941 : xi. <?page no="76"?> 66 (47) London, Brit. Libr., Harley 4971 (TS ; XIV 2 -XIV 4/ 4 s.) 271 1) Version française de l’Orthographia Gallica ; 2) Instructions pour un majordome « Offys d’un clerc de servier nul seignour ou dame » suivi d’un nominale françaisanglais ; 3) ars dictaminis T. S. en français, « Ore fait a dire » suivi d’une collection de lettres modèles en français ; 4) Liber Donati : paradigmes verbaux ; 5) traité de comptabilité en latin « Modus qualiter clericus … » ; 6) « hic incipiunt bille secundum novum modum » en latin suivi de lettres modèles ? ; 7) Liber Donati : liste de numéraux, jours de la semaine, fêtes, etc. ; 8) prescriptions médicales en français ; 9) Ars notaria T. S. « regule cartarum » avec introduction en français et corps du texte en latin ; 10) table de conversion de pence à shilling et de marks à pounds, en latin ; 11) traité juridique « Modus tenendi curiam » en latin ; 12) lettre modèle en français ; [13) modèles de documents ? ] « Modus faciendi cartas, indenturas, obligacionis et acquitancias » (ff.-41v-65v) ; 14) « statua facto apud Westm. Tempore Regis Ricardi » ; 15) Manuel des péchés de William of Waddington ; [commentaire en latin concernant le texte qui le précède ? ] 272 . (48) Cambridge, Univ. Libr., Ee. 4.20 (TS ; XIV 2 s.) 273 1) Registre ; [ff.-91-101 : absents] ; 2) Ars notaria en latin, « Quia emptores » ; 3) traité testamentaire ; 4) traité sur les fonctions de coroner « Officium coronatoris », « Acquietancia facto executori » ; 5) [documents modèles ? ] : « Billa » et « Breue » ; 6) traité de comptabilité « De officio Clerici hospitii alicuius domini seu domine » ; 7) « Rotulus expensarum domus domini » ; 8) traité de procédure judiciaires « Forma attachiacionis et querelacionis in curiis diversorum dominorum » ; 9)-ars dictaminis en latin « De modo dictandi literas in latinis » ; 10) version longue de l’Orthographia Gallica ; 11) Liber Donati : liste de numéraux, jours de la semaine, fêtes, etc. ; 12) ars dictaminis T. S. « sachent touz que solonc l’enformacion Thomas Sampson » suivi de lettres modèles ; 13)-traité d’héraldique « De Heraudie » ; 14) Liber Donati : morphologie pronominale, liste de pronoms, adverbes, etc. latinsfrançais ; 15) Nominal sive Verbale in gallicis cum expositione ejusdem in anglicis ; 16) Conjugaciones donati in gallicis cum expositione earumdem in latinis ; 17) ars dictaminis « Ore fait a dire » et lettres modèles ; 18) Husbandry : « Qualiter auditor compoti onerabit prepositum sive ballivum » ; 19) divers documents (modèles ? ) officiels en latin et en français (ces documents - civils et ecclésiastiques - incluent une copie du « Modus tenendi curias »). Le contenu linguistique attesté dans ces deux volumes est semblable, pour ses caractéristiques générales, à celui que l’on trouve dans un volume non explicitement lié aux cours des dictatores. Il s’agit du manuscrit London, Brit. Libr. Sloane 513 (début XV e - siècle), unique survivant d’un monastère Cistercien de Buckfast Abbey et écrit par Richard Dove ; ce volume rassemble, en plus d’une collection de textes scientifiques et pseudo scientifiques 274 , quatre manuels de langue qui se succèdent directement : 271 Ce manuscrit contiendrait, selon I. A RNOLD , des notes prises par un étudiant d’un des premiers cours de Thomas Sampson (1937 : 204). 272 Ce contenu est suivi d’un fragment de Chrétien de Troyes « Erec et Enide », portant le titre « La rounde table » copié par une main plus tardive (XIV e -siècle) ainsi que de feuilles volantes offrant un texte glosé en latin. 273 Le manuscrit Cambridge, Univ. Libr., Ee. 4.20 est un répertoire compilé au monastère de St Albans à la fin du XIV e -siècle par William Wyntershulle ( M ERRILEES 1993). 274 Voir annexe 1, 2.1.1.1. ; M ERRILEES 1993. <?page no="77"?> 67 (49) London, Brit. Libr., Sloane 513 (XIV 2 -XV e s.) 275 1) Paradigmes des verbes avoir et être ; 2) Liber Donati : liste de numéros, jours de la semaine, fêtes, etc. ; 3) Donait soloum douce franceis de Paris ; 4) version longue de l’Orthographia Gallica ; 5) Tretiz de Bibbesworth. Pour ce manuscrit, B. M ERRILEES (1993 : 285) émet l’hypothèse d’un curriculum miniature dans lequel l’enseignement grammatical serait complété par un texte de lecture en vers permettant non seulement d’enseigner le vocabulaire mais aussi d’illustrer certains points de grammaire. Nous partageons cet avis quant à la possibilité que des œuvres telles que le Tretiz aient joué le rôle de texte de lecture, dépassant ainsi leur fonction de simple support d’apprentissage du vocabulaire pour servir de corpus d’exemples pour des constructions syntaxiques. L’insertion du Manuel des péchés dans le volume Harley 4971 cité plus haut pourrait naître d’une ambition similaire. Cette hypothèse est appuyée par le fait que dans les compilations organiques de la Renaissance visant l’enseignement du français apparaissent, adjoints à un enseignement grammatical et phonétique, des livres de morale, des prières, des proverbes, etc. (cf.-infra, 2.2.3.). Cette habitude est d’ailleurs bien attestée, comme nous l’avons vu, pour l’enseignement du latin. Il s’agirait donc ici d’une réutilisation de certains manuels à des fins différentes ou complémentaires de celles pour lesquelles ils ont été initialement produits. Si cette hypothèse est correcte, nous pouvons voir apparaître un réel « réinvestissement » des manuels, tout d’abord réalisés pour des besoins spécifiques puis insérés dans les compilations afin de jouer le rôle de supports didactiques complémentaires. B. M ERRILEES étend cette hypothèse à d’autres volumes qui présentent la caractéristique de regrouper une partie grammaticale et des dialogues : (50) Again, this combination of grammar + dialogues can be seen as resembling the format of grammar + reading texts which we have noted above and which we imply for All Souls 182 (1993 : 281). La tradition de tels manuscrits se rencontre dans l’enseignement de William of Kingsmill. Ce dernier retient du programme de Thomas Sampson le Liber Donati tandis qu’il substitue le Tractatus Orthographiae à l’Orthographia Gallica pour l’enseignement des éléments graphophonétiques. Dans les volumes concernés, l’acquisition du vocabulaire et des structures de la langue peut se faire par les Manières de langage (cit. 51-53) ainsi que, pour l’un d’entre eux, par le Femina (cit. 53 ; Cambridge, Trinity College B 14/ 40) : (51) London, Brit. Libr., Add. 17716 (WK ; XV 1 ) 276 1) Traité d’astronomie « De planetarum motibus inveniendis » ; 2) traité versifié de calcul calendaire d’Alexandre de Villedieu, « Massa Compoti » ; 3) ars notaria en latin T. S. révisée par W. K. ; 4) Tractatus orthographiae T. H. ; 5) collection de lettres et requêtes modèles en français ; 6) Liber Donati : liste de numéraux, jours de la semaine, fêtes, etc. ; 7)- Liber Donati : morphologie pronominale ; 8) Liber Donati : paradigmes verbaux ; 9) Manière de langage de 1415 ; 10) Manière de langage 275 Le manuscrit London, Brit. Libr. Sloane 513 a été rédigé par Richard Dove, un moine Cistercien de Buckfast Abbey ( M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 : 3). À propos de ce volume, D. B ELL indique : However, the contents of the book are interesting and include several rather unusual and somewhat surprising topics that fall outside the scope of the traditional university course, which centred on the Trivium [grammar, rhetoric and logic] and the Quadrivium [arithmetic, geometry, astronomy and music] (1989 : 75). 276 On trouve dans ce manuscrit, avant et après les traités didactiques mentionnés, diverses œuvres latines d’astronomie et de mathématique (voir annexe 1, 2.2.2.3.). <?page no="78"?> 68 de 1396 « La commune parlance » ; 11) traité de calcul calendaire « Compotus manualis, ad numeros aureos inveniendos… » ; 12) traité de mathématiques [d’Alexandre de Villedieu ? ] « Algorismus ». (52) Cambridge, Univ. Libr., Dd. 12.23 (WK ; XV 1 s.) 277 1) Tractatus Orthographie Coyfurelly ; 2) Liber Donati : paradigmes verbaux ; 3) glossaire de verbes français-latin ; 4) Liber Donati : glossaire d’adverbes latin-français ; 5) liste de numéraux, et jours de la semaine ; 6) Manière de langage de 1415 ; [7) formules juridiques modèles et notes explicatives ? ; 8) « Tenura dicitur per servicium militare »] ; 9)-Ars notaria W. K. « Curia Baronis » en français (ff.-25r-48v) ; 10) comptes et calculs (ff.-49r-50r) ; 11) [calendrier ou almanach, avec considérations astrologiques et remèdes ? ] ; 12) extrait du livre « De Costumis in camera Guyhalde ciuitatis London » en français ; [phrase jouant sur les paronymes (« je vey un count compter un count a Viecount de le countee … »)] ; 13) Manière de langage de 1396 « La commune parlance ». (53) Cambridge, Trinity College, B. 14.40 278 (WK ; XV 1/ 4 s.) 1) Femina ; 2) Liber Donati : liste de numéraux, jours de la semaine, fêtes, etc. ; 3) Liber Donati : morphologie pronominale ; 4) Liber Donati : paradigmes verbaux ; 5) Manière de langage de 1415 ; 6) Tractatus orthographie T. H. ; 7) numération arabe ; 8) ars dictaminis en français « Le manere de salutaçoun » et lettres modèles en français ; 9) ars dictaminis en latin « Modus composicionis litterarum » et lettres modèles en français ; 10)-Manière de langage de 1396 « La commune parlance ». Comme le mentionne B. Merrilees dans la citation ci-dessus (cit. 50), le manuscrit Oxford, All Souls College, 182 présente également la particularité d’allier enseignement grammatical et dialogues, et comprend, à l’image des volumes attribués à William of Kingsmill, le Tractatus Orthographiae comme support à un enseignement grapho-phonétique : (54) Oxford, All Souls College, 182 (XV 1 s.) Première partie : 1) « Registrum Epistolarum Fratris Johannis Peckham » 279 . Deuxième partie : 2) collection de lettres et pétitions ; 3)-Manière de langage de 1396 « la commune parlance » ; 4) Donait de John Barton ; 5) Manière de langage de 1399 ; 6) glossaire d’adverbes latin-français ; 7) proverbes français en prose ; 8) Chastel d’amour ; 9) proverbes français en octosyllabes, Les Diz et proverbe des sages ; 10) Tretiz de Bibbesworth ; 11) Tractatus orthographie Coyfurelly ; 12) lettres ; 13) traité de conjugaison ; 14) suppléments à la Manière de langage de 1396 : fatrasie ainsi que des réflexions morales et proverbiales suivies de parties rimées ; 15)-lettres patentes diverses. Selon toute vraisemblance, le possesseur de ce volume, John Stevenes 280 , a occupé la fonction de notaire, ce qui laisse entrevoir pour ce volume un curriculum linguistique complet, que Stevenes aurait alors suivi lors de sa formation. 277 A. K RISTOL indique que ce manuscrit est composé de trois parties différentes : une section linguistique contenant le Liber Donati et la Manière de langage, une deuxième partie juridique, qui prend fin avec le texte Curia Baronis ; les dernières pièces présentent une écriture différente (1990 : 301, note 41 ; voir encore L EGGE 1939 : 243). Les deux premières sections seraient, selon B. M ERRILEES et B. S ITARZ -F ITZ - PATRICK (1993), une adaptation tardive d’un cours de William of Kingsmill. 278 Le nom du possesseur a été effacé dans ce manuscrit ( J AMES 1912). 279 La première partie, en latin, de ce manuscrit a vraisemblablement eu une existence indépendante (ff.-1-190 ; W ATSON 1997 : 213). 280 L EGGE 1941 ; D EAN 1999 : §324. <?page no="79"?> 69 Un dernier manuscrit, rassemblant le Liber Donati in extenso accompagné de règles de prononciation - c’est-à-dire un programme « théorique » assez complet- -, ne contient toutefois pas la partie plus pratique généralement proposée sous la forme de récit, de lettre modèle ou de manuel de vocabulaire permettant d’illustrer la langue : (55) Cambridge, Univ. Libr., Gg. 6.44. (XIV 2 s.) 1) « Tenures » en français ; 2) Liber Donati : morphologie pronominale ; 3) règles de prononciation ; 4) Liber Donati : pardigmes verbaux ; 5) Liber Donati : glossaire de verbes latin-français ; 6) Liber Donati : liste de numéros, jours de la semaine, fêtes, etc. ; 7) Liber Donati : glossaire d’adverbes latin-français ; 8) Ars notaria « Curia Baronis », en français ; 9) traité juridique « Natura Brevium » en français. Comme le contenu non linguistique de ce manuscrit offre une thématique exclusivement juridique, il est probable que les documents modèles qui sont inclus dans cet ouvrage remplissent une fonction illustrative, à la fois professionnelle et linguistique. De même, dans d’autres volumes, les lettres modèles en français sont susceptibles de jouer un rôle à la fois dans l’apprentissage de la rhétorique épistolaire - pour l’aspect technique du cours - et dans la formation proprement linguistique, en diversifiant ainsi les structures linguistiques proposées 281 . C’est ce que semble attester le manuscrit Oxford, All Souls College, 182, qui ne contient, contrairement aux autres manuscrits vus jusqu’ici, aucun traité appartenant expressément à une formation professionnelle mais offre plusieurs collections de lettres. 2.2.2.1.2 Enseignement partiel Dans les manuscrits témoignant d’un enseignement partiel de la langue française, plusieurs combinaisons sont attestées et révèlent deux axes de spécialisation : d’une part une illustration de la mise par écrit (Orthographia Gallica) et de l’autre la présence de matériaux offrant un enseignement orienté vers une acquisition de la langue par mémorisation et par mimétisme (lexiques, Tretiz et Manières de langage). 2.2.2.1.2.1 Informations grapho-phonétiques 282 Quatre volumes comportent, comme seul enseignement portant sur la langue française, un manuel d’orthographe : il s’agit, pour tous les quatre, de l’Orthographia Gallica. (56) London, Brit. Libr., Harley 4993 (TS ; XIV e s.) 283 [1) comptes, recensions ? ] ; 2) ars dictaminis en latin suivie de lettres modèles en latin et français ; 3) version brève de l’Orthographia Gallica ; 4)-lettres modèles ? ; 5) ars notaria et collection d’actes juridiques en latin : « Quia emptores » et « Quid est carta » ; [6) documents administratifs ? (dès f.- 68r ; on y trouve à plusieurs reprises le nom de Johan de Waynflete, cf.-chapitre 3 de notre travail)] 281 Voir à ce propos N ISSILLE 2013a. 282 L’Orthographia Gallica se trouve dans certains manuscrits qui ne comprennent aucune autre œuvre associée à T. S. ( R ICHARDSON 1941a : 271, note 68). Il s’agit des manuscrits suivants : Cambridge, Corpus Christi College 335 - dont le contenu principal est le tractatus de Mahometo ( J AMES 1912 ; W ILKINS 1993)--, et vraisemblablement le manuscrit London, Brit. Libr., Lincoln’s Inn Misc. 173, pour lequel nous n’avons pas encore d’informations précises (voir R ICHARDSON 1941a : 271 : « This is appended to a Register of Writs »). 283 D’après H. G. R ICHARDSON (1941a : 278), il s’agit d’une copie du milieu du XV e -siècle d’un texte composé vers 1363. Le nom de John of Bromley apparaît dans ce manuscrit (voir supra, 2.2.2.1.). <?page no="80"?> 70 (57) Warminster (Wilts.), Longleat House, Marquess of Bath’s Libr., 37 (TS ; XIV ex- s.) 284 1) Ars notaria T. S. en latin, « Cartaria » ; 2) collection de chartes modèles en latin et français ; 3) ars notaria en latin, « Quid est carta ? » ; 4) recueil de phrases latines à insérer dans diverses lettres, « Exordia Senece » ; 5) ars dictaminis T. S. en latin, « Salutarium » ; 6) collection de lettres modèles en français et latin ; 7) ars dictaminis T. S. en français, « c’est la forme coment Thomas Sampson » ; 8) version longue de l’Orthographia Gallica ; 9) collection de lettres modèles en français ; 10)-collection de lettres modèles en latin. (58) Dublin, Trinity College, 605 (TS ; XIV ex -XV e s.) 1) Gesta Romanorum ; 2) traité juridique « Modus Tenendi Curiam » ; 3)-« Honus Curie » ; 4) ars notaria T. S. en latin, « Quid est carta » ; 5)-inventaire ; 6) traité de comptabilité en latin « Modus qualiter clericus … » ; 7) trois documents modèles en latin ; 8) version longue de l’Orthographia Gallica ; 9) nominale latin-français ; [10) informations grammaticales en latin ? ] ; 11) version de « De Causis Naturalibus » de Richardus Lauenham ; 12) « Questiones Naturales » ; 13) nominale latin-anglais ; 14) série de comptes. (59) Oxford, Bodleian Libr., Rawlinson C. 507 (T. S. ? ; XIV e s.) 1) ars notaria en latin ; 2) version brève de l’Orthographia Gallica ; 3)- modèles d’actes juridiques : collection de serments et hommages ; 4) Ars notaria « Curia Baronis » en français Ces volumes ont comme autre dénominateur commun d’être liés à l’enseignement de Thomas Sampson. On peut imaginer qu’ils s’adressent à des personnes connaissant déjà le français à qui il s’agit de fournir un outil permettant d’acquérir la précision dans la mise par écrit 285 , précision et correction étant, selon M. T. C LANCHY , des éléments importants dans la production de documents (1979 : 101). 2.2.2.1.2.2 Vocabulaire et Manières de langage Un enseignement dépourvu de considérations théoriques mais certainement centré sur l’usage apparaît dans plusieurs volumes. Pour l’un d’eux, A. K RISTOL conclut que « dans l’ensemble, cette collection forme un cours assez complet, qui contient un enseignement du lexique, de la langue parlée et de la langue écrite » (1992 : 43 286 ) : (60) Paris, Bibl. Nat., Nouv. acq., lat. 699 (TS ; XV 1 s.) 287 1) « Orthographia secundum usu Beverlaci » ; 2) « Tractatus de speciebus construcionum » ; 3) « Relationes [in grammatica] » ; 4) traité théologique Elucidarium « se pius rogatus a condiscipulis » ; 5) « Grammatica » et « ars versificatora » ; 6)-ars dictaminis en latin ; 7) Poetria nova de Geoffroi de Vinsauf ; 8) Tretiz de Bib- 284 Grâce aux lettres personnelles présentes dans ce manuscrit, nous avons connaissance du nom ainsi que d’une partie de la biographie de l’étudiant auquel il a appartenu : John Jeppe of Hastings. En 1383, ce dernier est envoyé à Oxford par William, abbé de l’abbaye cistercienne de St Mary Graces, à Londres, pour suivre un cours de secrétariat dispensé par Thomas Sampson. Ce cours devait durer 4 ans. John Jeppe n’en fera que deux avant de retourner à Londres ( A RNOLD 1937 : 193). 285 K IBBEE 1991 : 47. 286 A. K RISTOL (1992) fait également entrer dans cette catégorie les manuscrits Cambridge Trinity College, B. 14.39/ 40 et Cambridge, Univ. Libr., Dd 12.23, qui appartiennent à la tradition d’enseignement de William of Kingsmill. 287 Ce manuscrit se trouvait auparavant à la bibliothèque Philipps, de Cheltenham ( K RISTOL 1992 : 43). <?page no="81"?> 71 besworth ; [9) poème latin « Musa, veni, propera cum tui ancillis » ; 10) texte en prose « Augustinus de inhonesta mulierum familiaritate » ; 11) écrit théologique « super libro Trenorum », de John Lathbury] ; 12) Manière de langage de 1396 ; 13)-ars dictaminis T. S. en français « sachent touz que solonc l’enformacion Thomas Sampson ». Cependant, et pour le français, tout un pan grammatical, peut-être acquis ailleurs ou laissé de côté au profit d’un enseignement par l’usage, en est absent. On retrouve cette caractéristique dans quatre autres volumes s’inscrivant dans la tradition d’enseignement des dictatores : (61) Cambridge, Univ. Libr., Add. 8870 (XV e s.) 288 Première partie : 1) traités juridiques en français et latin (« Fet asaver », « Natura Brevium », « Quot modis dicitur exceptio ») ; deuxième partie : 2) « Statua antiqua », « Exposition vocabulorum », « De antiquo dominico corone », « Ordiatio de tenuris », « Quot modis fit devorcium » ; troisième partie : 3) nominale françaislatin/ anglais ; 4) traités juridiques en français et latin ; 5) Manière de langage de 1399 ; 6) traités juridiques en français et en latin ; quatrième partie : 7) statuts d’Edward III. (62) London, Brit. Libr., Harley 3988 (TS ; XIV 4/ 4 s.) 289 1) Manière de langage de 1396 « la commune parlance », ainsi que les suppléments suivants : fatrasie, réflexions morales et proverbiales suivies de parties rimées ; 2)-ars dictaminis T. S. en français « sachent touz que solonc l’enformacion Thomas Sampson ? » ; 3) lettres modèles. (63) Oxford, Bodleian Libr., Lat. misc. e. 93 (WK ; XV m s.) 1) Maniere de langage de 1415 ; 2) ars notaria en latin, W. K. (64) Lincoln, Lincolnshire Archives Office, Lincoln Formulary Book 23 (XV 1 -s.) 290 1) Lettres et documents administratifs en latin ; 2) Manière de langage de 1399 (accompagnée d’une traduction interlinéaire en anglais) ; 3)-lettres et documents administratifs en latin ; 4) ars notaria en français, fragment ; 5) lettres et documents administratifs en latin. Les tendances déductibles des regroupements effectués sur les différents manuscrits proposent un paysage assez différent de celui qui émerge suite à l’étude de l’apparition des textes didactiques. En effet, les informations que nous possédons sur l’utilisation des manuels pour l’enseignement du français en Angleterre au Moyen Âge, généralement issues d’études diachroniques qui mettent au jour une évolution des connaissances du français, pointent vers la répartition des modes d’apprentissage selon des catégories socio-professionnelles ciblées. Cependant, lorsque nous analysons leur regroupement en volumes, une telle répartition n’apparaît pas : au contraire il est possible d’observer, dès la deuxième moitié du XIV e -siècle, un emploi combiné de ces différents matériaux. W. R OTHWELL résume la situation ainsi : 288 J. H. B AKER propose comme possesseur un étudiant en droit, dont la formation professionnelle nécessitait la connaissance du français (1989 : 81). 289 J. G ESSLER (1934) indique que ce manuscrit viendrait de l’Abbaye de Bury. 290 Le manuscrit Lincolnshire Archives Office, Lincoln Formulary Book 23 est lié à l’activité de John Kemp, doyen du tribunal ecclésiastique de l’archevêché de Canterbury ( K RISTOL 1990/ 91 : 318, note 19). <?page no="82"?> 72 (65) The late Manieres and the texts of the dictatores reflect further changes in society. For their part, the Manieres represent a modernization of the type of instruction offered by Bibbesworth : they too are intended not for clerks bent over their desk, copying or drafting letters, deeds, wills and the like, but for nobles or riche merchants travelling in France or elsewhere and needing to use the accepted language of trade, whilst the dictatores aim to add a patina of elegance and refinement to the French already possessed by the students sent to Oxford in the late fourteenth century by wealthy parents in order to prepare them for a career in the upper reaches of administration or the law (2001a : 17). Il conserve donc la bipartition exposée par A. Kristol, dans la chronologie des manuels de langue (voir supra, 2.1.2.), en opposant l’instruction linguistique des marchands à celle prodiguée par les dictatores. Si ses conclusions quant à l’existence de différents publics ainsi qu’à la modernisation de l’enseignement nous semblent convaincantes, il nous faut toutefois évaluer la pertinence des catégories qu’il introduit dans l’utilisation de ces manuels. Nous avons en effet constaté que tant les Manières que le Tretiz sont contenus dans des volumes liés à l’activité des dictatores d’Oxford. Cette particularité avait déjà été mentionnée par D. L EGGE , qui résolvait la question en envisageant divers enseignements selon le public auquel le professeur s’adressait : (66) It is legitimate to suppose that [William of Kingsmill] kept a Grammar-hall or school in Cat-street, where to small boys (…) he would teach elementary French ; to young merchants, conversation and perhaps accountancy ; to the clerks, monks, civil-servants and lawyers at whom the statute of 1432 was aimed, French grammar, the drafting of charters and letters, and the art of pleading (1939 : 245). Lors de la tentative de classement que nous avons effectuée pour ces volumes, nous n’avons cependant noté aucune spécialisation thématique évidente dans les textes accompagnant les traités linguistiques. Les Manières apparaissent dans des codices contenant des artes dictaminis et des lettres modèles, des manuels de procédure et/ ou des traités portant sur la rédaction de chartes. De même, aucune spécialisation du public au niveau de la langue utilisée n’a pu être observée. Comme l’a démontré W. R OTHWELL (2001a), le latin présent dans les traités théoriques de grammaire et d’application pratique de la graphie n’est pas obligatoirement un réel vecteur d’enseignement, mais une grille de lecture et de présentation, c’est-àdire une convention. Le latin occupe donc une position artificielle et il est probable que l’enseignement se soit fait en anglais. Au sein des méthodes des dictatores, il existe bien, cependant, une répartition de cet enseignement. Celle-ci n’est néanmoins pas aussi nette qu’on a voulu le prétendre et va dépendre non seulement du domaine d’application du français, mais aussi du professeur ainsi que du niveau de connaissances de l’étudiant. Il émerge alors des catégories distinctes de volumes : dans le cas où ceux-ci contiennent des supports visant une instruction complète, cette dernière peut être plutôt orientée vers l’enseignement du code oral ou vers celui du code écrit ; pour les volumes attestant une formation linguistique partielle, celle-ci peut s’appuyer sur un enseignement théorique ou, au contraire, se faire par l’imitation. Les volumes contenant des enseignements liés à Thomas Sampson semblent révéler différents degrés de spécialisation des programmes proposés. Tout d’abord, on peut y observer une formation complète, tant linguistique que thématique, s’apparentant à un « tronc <?page no="83"?> 73 commun » et permettant de remplir aussi bien des fonctions de notariat que des tâches plus générales touchant la gestion d’un domaine (London, Brit. Libr., Harley 4971 ; Cambridge, Univ. Libr., Ee. 4.20). Cet enseignement semble viser une connaissance du français en tant que langue professionnelle, qui doit donc savoir être lue, écrite et certainement parlée, et non une formation linguistique élémentaire. Cette dernière ferait plutôt l’objet d’un enseignement partiel par l’imitation et la pratique, s’appuyant sur les Manières ou le Tretiz, ainsi que sur les lettres modèles afin d’illustrer les différents registres de la langue (London, Brit. Libr., Harley 3988). L’enseignement partiel que nous avons distingué pour les compilations associées à Thomas Sampson serait donc scindé en deux catégories bien distinctes : l’enseignement linguistique élémentaire que nous venons de mentionner et un enseignement technique et professionnel orienté et spécialisé sur l’acquisition (ou le perfectionnement) du code écrit par le biais de l’Orthographia Gallica (London, Brit. Libr., Harley 4993 ; Warminster, Longleat House, Marquess of Bath’s Libr. 37 ; Dublin, Trinity College, 605). Il n’existe pas une telle spécialisation dans les volumes liés à l’enseignement de William of Kingsmill. Chacun des codices proposant un enseignement de la langue française contient la Manière de 1415 : il doit donc s’agir d’un enseignement centré sur la pratique, complété dans certains volumes par des informations grapho-phonétiques, morphologiques et lexicales. L’accent mis sur la maîtrise de l’oral est appuyé par le choix du Tractatus ainsi que l’apparition du Femina - qui propose des indications sur la prononciation des mots qu’il contient - dans l’un des volumes. Pour ce qui est de l’aspect technique de la formation, les compilations conservées attestent une biparition, indépendante du programme linguistique, entre un enseignement s’adressant aux clercs (Cambridge, Trinity College, B.-14.40 ; London, Brit. Libr., Additionnal 17716 ; Oxford, Bodleian Libr., Lat. misc. e. 93 ; Cambridge, Univ. Libr., Dd. 5.46) et un autre s’adressant plutôt aux juristes (Cambridge, Univ. Libr., Dd. 12.23 ; Dublin, Trinity College, 662). On peut observer une différence entre l’enseignement de ces deux dictatores dans leur choix de supports didactiques. Les codices associés à Thomas Sampson livrent un programme dans lequel l’enseignement du français est peu développé en comparaison de ce que l’on peut observer dans les compilations attribuées à William of Kingsmill. Thomas Sampson, au sein des volumes visant ce que nous avons appelé un « enseignement global », s’appuie massivement sur l’Orthographia Gallica - qui doit être considéré non comme un ouvrage dont l’enseignement porterait sur l’orthographe uniquement, mais bien comme un petit traité touchant à la fois la morphosyntaxe, la prononciation, la graphie et le vocabulaire, résumé peut-être d’un enseignement plus développé--, des listes de mots, des paradigmes verbaux, matériaux accompagnés de textes monolingues moraux (Manuel des péchés) ou professionnels (le Husbandry) susceptibles d’avoir contribué à l’enseignement de la langue. Ce programme s’inscrit, selon nous, dans les structures larges de l’enseignement du latin, tendance que peut venir appuyer le choix par Thomas Sampson d’utiliser le Tretiz de Bibbesworth ou le Nominale sive Verbale, dont il semble s’être inspiré pour les quelques règles touchant le vocabulaire dans son Orthographia Gallica. Ces deux textes, nous le verrons, s’approchent de l’œuvre latine de Nequam (De Nominibus Utensilium), qui a peut-être influencé la production de Bibbesworth. Un des volumes, non attribué à Sampson mais s’inscrivant dans un programme similaire, semble en effet former un petit curriculum « à la <?page no="84"?> 74 mode latine » : il s’agit du manuscrit London, Brit. Libr., Sloane 513 (cit. 49 ; XIV 2 -XV e -s.), rédigé par Richard Dove, moine cistercien, et contenant les paradigmes des verbes avoir et être, les listes de numéraux, des jours de la semaine, etc. du Liber Donati, le Donait soloum douce franceis de Paris, la version longue de l’Orthographia Gallica et le Tretiz de Bibbesworth. Ce rapprochement avec l’enseignement du latin peut être souligné par la coexistence des deux formations, puisque deux volumes associés à l’enseignement de Thomas Sampson contiennent, en plus d’une formation professionnelle et d’un enseignement linguistique français, des pièces portant sur le latin : orthographe et/ ou grammaire, ainsi que pièces morales et théologiques (Dublin, Trinity College 605, cf.-cit. 58 ; Paris, Bibl. Nat., Nouv. acq., lat. 699, cf.-cit. 60). Ces volumes conjugueraient donc deux formations linguistiques : latine et française, particularité que rien ne nous permet d’attribuer de manière certaine à Thomas Sampson. Ici s’arrête cependant la comparaison avec le latin. L’enseignement prodigué par Thomas Sampson, même si ce dernier propose des éléments théoriques dans son ars dictaminis et dans l’Orthographia Gallica, est de nature essentiellement pratique. Son programme suit en cela les caractéristiques de l’enseignement émergeant dans la classe des dictatores et dont l’aspect pratique dépasse la formation linguistique. En effet, au moment où apparaît une classe professionnelle de notaires, les compilations de chartes modèles (cartuaria) élaborées pour les besoins de cette nouvelle formation influencent le développement des artes dictandi : l’importance de la théorie s’amenuise au profit d’un apprentissage davantage basé sur des lettres modèles 291 . La nouvelle classe de juristes dont la langue professionnelle n’est pas le latin mais le français n’apprend pas le droit dans les universités mais est formée par la pratique, un apprentissage qui consiste à fréquenter les procès, les cours et les plaidoyers qui s’y tiennent puis, à mesure de leur parution, à lire les traités de loi et les modèles de plaidoyers 292 . Ces derniers ont dû jouer un rôle similaire à celui des Manières de langage pour les commerçants. On les trouve notamment dans les Year Books ou dans certaines dépositions modèles, présentes par exemple dans The Court Baron 293 . On peut aussi signaler, dans le même ordre d’idée, la reproduction des paroles qu’une dame doit employer pour s’adresser à son haut sénéchal. Cette unique attestation est issue d’un des manuels de gestion et d’administration de domaines utilisés dans la formation dispensée par les dictatores d’Oxford 294 . M. T. C LANCHY mentionne une filiation entre ces modèles à reproduire contenus dans des ouvrages et la méthode antérieure d’apprentissage par assimilation : (67) An Anglo-Norman manual, The Court Baron, composed in c. 1265, instructs a seignorial steward in « how he ought to speak » by giving a series of dialogues, like a modern conversation primer for learning foreign language. Likewise, in the Rules of estate management, which Robert Grossetest wrote for the countess of Lincoln in the 1240s, the lady is instructed in how to adress her steward : « Good sir, you see plainly that I have had these inquiries and enrolments made to shed 291 C AMARGO 2007 : 73. 292 Voir W OODBINE 1943 ; C LANCHY 1979 : 276 ; K IBBEE 1991 : 30-3. 293 Cf.-encore les Placita corone (env. 1280 ; K IBBEE 2003 : 719). 294 Ces manuels sont les suivants : Les reules, par Robert Grosseteste, 1240-2 ( D EAN 1999 : §392), Seneschaucie, 1260-76 ( D EAN 1999 : §393) et Housbondrie de Walter of Henley, env. 1285 ( D EAN 1999 : §394 ; voir aussi O SCHINSKY 1971 ; H ARVEY 1972 ; C LANCHY 1979 : 268 ; 276 ; K IBBEE 1991 : 33 ; R OTHWELL 2010). <?page no="85"?> 75 light on my rights… » and so on. A schoolman like Grosseteste probably derived the idea of writing hypothetical speeches from the ars dictaminis taught in the universities, where students were shown how to write letters for all occasions in the way. Most English legal treatises of this sort contain the texts of oaths - a witness’s oath to tell the truth, a vassal’s oath of homage to his lord, a bailiff’s oath to act honestly, and others ; these examples are taken from How to Hold Pleas and Courts composed in c. 1272 by John of Oxford (…). Knowledge which a century before had been passed on by word of mouth from father to son, or learned from the old wise men of the court, was now part of an academic curriculum (1979 : 276). À deux reprises, le programme partiel associé à Sampson fait appel à la Manière de langage de 1396 ; celle-ci a pu fonctionner comme mini-curriculum, permettant d’enseigner non seulement le vocabulaire, les manières de salutation et le comportement social, mais aussi les structures de la langue et le style, notamment par les parties narratives. Il s’agirait d’un enseignement, nous l’avons dit, plus pratique et moins théorique. En ce qui concerne le programme de William of Kingsmill, il s’approche davantage d’un cours construit s’appuyant sur une tradition bien développée ; Kingsmill fait en effet une utilisation massive de textes déjà eux-mêmes le résultat de l’addition de plusieurs éléments (Liber Donati, Femina). Ces petites compilations proposent un contenu pour partie déjà attesté dans le programme de Sampson (listes du Liber Donati, version améliorée et transformée du Tretiz), mais complété et réélaboré peut-être pour répondre à des besoins plus précis. Par ailleurs, Kingsmill opère une distinction plus nette que Sampson entre les divers éléments formant son enseignement, notamment entre les enseignements phonétique et morphologique qui font l’objet de traités différents. Il faut de plus noter les corrélations existant entre les différents textes utilisés par Kingsmill, puisque le Tractatus semble emprunter largement ses exemples à la tradition des Manières de langage, dont l’une clôt le Liber Donati in extenso. Tous ces éléments semblent attester non une simple juxtaposition de textes mais bien l’élaboration d’un programme qui, selon nous, est déjà tourné vers ce qui sera proposé à la Renaissance pour l’enseignement du français (cf. infra). Quant au manuscrit Oxford, All Souls College, 182, contemporain de la production de Kingsmill, il rassemble les traités et les spécificités didactiques du programme des deux dictatores présentés ci-dessus, en y ajoutant un développement grammatical important : il s’agit du Donait de Barton, qui est en quelque sorte le véritable gagnant de ce mélange de traditions, puisqu’il insère des exemples empruntés aux Manières de langage dans les structures de la description grammaticale traditionnelle du latin. Précisons que nous n’avons pas cherché, dans ce qui précède, à déterminer le programme in extenso d’enseignement de ces dictatores, mais uniquement la formation qu’ils proposent dans les volumes contenant des supports d’apprentissage du français. Pour obtenir une vue plus générale, et donc plus précise, il serait nécessaire d’ajouter à ce panorama les codices contenant un enseignement exclusivement en latin. Il faut de plus garder à l’esprit que rien ne nous permet de confirmer que les volumes conservés reflètent des cours complets et, dans tel cas, s’il s’agit d’un rassemblement de notes de l’élève ou du classeur du professeur. Il serait donc imprudent de chercher à y observer autre chose que des tendances. Nous aimerions aussi insister sur le fait que cette étude ne peut manquer de donner une <?page no="86"?> 76 vision très partielle de la situation puisqu’elle ne peut reposer que sur des textes conservés. En effet, il nous semble significatif que les Manières de langage, généralement considérées comme des textes indépendants, n’apparaissent qu’à une seule reprise non accompagnées d’autres manuels de langue ou de matériaux liés à l’enseignement des dictatores (Cambridge, Univ. Libr. Ii 6.17) tandis que ce n’est pas le cas, nous allons le voir, du Tretiz de Bibbesworth. Cette différence de traitement peut être due à de multiples facteurs, la valeur accordée à l’œuvre n’en étant pas le moindre, et peut donc fausser nos conclusions. 2.2.2.2 Walter de Bibbesworth Le Tretiz de Bibbesworth présente la particularité, contrairement aux autres manuels de langue, d’apparaître majoritairement de façon isolée au sein des codices qui renferment des traités didactiques : sur 16 manuscrits, seuls 3 (sans compter celui qui contient le Femina) l’associent à d’autres manuels de langue 295 . Dans la majorité des cas, il apparaît donc soit seul (comme dans les manuscrits Cambridge, Trinity College, O 2.21 et London, Brit. Libr., Arundel 220), soit dans des compilations généralement constituées de proverbes, d’œuvres de morale, de dialogues pieux ou philosophiques, de traités encyclopédiques, pratiques (traité de chasse et de Fauconnerie ou sur l’équipement du chevalier) ou historiques, ainsi que de sermons 296 . On y retrouve à plusieurs reprises Urbain le Courtois, des listes de proverbes (dont ceux de Serlo de Wilton et les proverbes de bon enseignement de Nicolas Bozon) ainsi que des « folies », poèmes listant les divers égarements que l’on trouve dans les actions des hommes 297 . Ponctuellement, le Tretiz est accompagnée du Housbondrie, de Walter of Henley, du Chastel d’amurs et du Manuel des péchés de William of Waddington : (68) Oxford, Bodleian Libr., Selden Supra 74 (XIII 2 s.) 298 1) Tretiz de Bibbesworth ; 2) Housbondrie, de Walter of Henley ; (…) 10)-Urbain le Courtois ; 11) collection de proverbes rimés « Li respit del curteis e del vilain » ; 12) proverbes de bon enseignement de Nicole Bozon (…) ; 15)-« folies ». (69) Cambridge, Univ. Libr., Gg 1.1 (XIV 1 s.) 1) Urbain le Courtois ; 2) proverbes ; (…) 18) Tretiz de Bibbesworth ; 19)-Manuel des péchés, de William of Waddington (…) ; 50) « folies » (…). 295 L USIGNAN 1986 : 193-4. Pour A. K RISTOL , ceci ne serait qu’un simple reflet de la structuration chronologique des manuels : Si le Tretiz reste longtemps seul dans les manuscrits, c’est que, pendant longtemps, il n’y a effectivement pas d’autres manuels de français. Dès que l’éventail des matériaux didactiques se fait plus large, vers la fin du XIV e - siècle, les manuels conservés se transforment en de véritables compilations, dans lesquelles le traité de Bibbesworth trouve également sa place (1990 : 302-3). 296 Nous ne prenons pas en compte les pages de garde compilées dans un volume comportant des registres de l’Abbaye bénédictine de Ste Mary at York, collecté à la fin du XIII e -siècle et augmenté au XIV e -siècle des extraits de l’œuvre latine de Hugo de Sancto Victore : Oxford, Bodleian Libr., Bodleian 39 (XIV 1 s.) 1) Urbain le Courtois ; 2) Tretiz de Bibbesworth (fragments). 297 Les « folies » s’inscrivent dans la tradition de poèmes didactiques et de courtoisie (cf.- P ARSON 1929), dont l’origine semble les Distiques de Caton. Il est probable que les sources soient en latin (Sententiae) ( H UNT 1985 : 14-7). 298 Les deux partie de ce manuscrit étaient originellement séparées (cf.- H UNT 1985 : 22). <?page no="87"?> 77 (70) London, Brit. Libr., Add. 46919 (XIV 1 s.) 299 1) Tretiz de Bibbesworth ; 2) Chastel d’amurs ; (…) ; 34) poème sur l’amour de la Vierge ; 35) prière à la Vierge, de Walter de Bibbesworth ; (…) Certaines de ces œuvres, comme Urbain le Courtois (partie du Femina, Cambridge, Trinity College, B 14.39/ 40), le Chastel d’amurs (Oxford, All Souls College, 182) et le Manuel des péchés (London, Brit. Libr., Harley 4971) s’inscrivent dans une tradition didactique linguistique explicite tandis que le Housboundry permet quant à lui la formation pour la gestion de domaines. Si l’on en croit M. T. C LANCHY , qui mentionne le manuscrit Oxford, Bodleian Libr., Selden Supra 74 comme exemple de compilation reflétant l’unité de certains de ces miscellanées quant aux intérêts et besoins de leur possesseur, le Tretiz de Bibbesworth doit permettre dans certains de ces volumes de compléter la formation de la noblesse terrienne, conformément à son but initial : (71) An excellent introduction to the variety of works bound together into books in the thirteenth century is Oschinsky’s descriptive list of the manuscripts containing treatises on accountancy and estate management. (…) Ms 68 contains Walter of Henley’s treatise on husbandry, together with Walter of Bibbesworth poem to learning French, a moral poem (La desputaison du corps et de l’âme), proverbs, a brief encyclopedia called L’image du monde, and other works. Diverse as these subjects might appear to a modern scholar, they could all have been of interest or use to a country gentleman like Henry de Bray (1979 : 83). G. R. K EISER (2000) parvient aux mêmes conclusions, présentant ces miscellanées - dans lesquels il mentionne le manuscrit Selden Supra 74 ainsi que le manuscrit London, Brit. Libr., Add. 46919 - comme contenant majoritairement des textes à teneur pratique destinés à l’aristocratie terrienne 300 . Ces compilations se trouvent imprimées en grand nombre au XVI e -siècle. Le Tretiz peut ainsi avoir fourni une aide non seulement linguistique mais aussi pratique, touchant aux activités agricoles et fournissant des conseils quant à la tenue d’une maison et à l’art de recevoir (voir R OTHWELL 2008 : 121ss) 301 . L’existence d’autres écrits de Bibbesworth mérite d’être relevée et brièvement commentée. Dans le manuscrit London, Brit. Libr., Add. 46919 présenté ci-dessus, le Tretiz est accompagné d’un autre texte attribué à Bibbesworth : Prière à la vierge 302 . Il est selon nous probable que « de notre Dame », qui précède ce poème dans le volume, soit aussi le fait de Bibbesworth, puisque ces deux poèmes apparaissent ensemble dans un autre codex, le manuscrit Cambridge, Corpus Christi College 450 : 299 Ce volume a été compilé par Frère William Herebert of Hereford (mort en 1333 ? ), membre de l’ordre franciscain. Il a étudié à Paris et à Oxford (où il devient lecteur dans les écoles de l’ordre franciscain ; M EYER 1884). 300 Pour une présentation de l’unité de certaines compilations trilingues composées en Angleterre au Moyen Âge - dont le manuscrit London, Brit. Libr., Add. 46919--, voir H UNT 1999. 301 W. R OTHWELL arrive d’ailleurs à la conclusion suivante : « A knowledge of the vocabulary in the Treitiz would be essential for readers of Henley’s work on the pratical administration of an estate in French, what Bibbesworth’s Treitiz terms husbonderie and manaungerie so that the two works are in a very real sense complementary » (2010 : 48). 302 Éditions : fragments publiés par M EYER 1884 : 352, L EGGE 1963 : 348 ; édité par W ILKINS 1993 et R OTHWELL 2009 : 95-102 . <?page no="88"?> 78 (72) Cambridge, Corpus Christi College, 450 (XIV e s.) (…) 13) Tretiz de Bibbesworth (avec rubrique « ici comence ascun estrange parole de Fraunce ») ; 14) « folies », en couplets d’octosyllabes ; 15) « proverbes de Fraunce » ; 16) poème sur l’amour de la Vierge, sizains rimés (« de notre Dame ») ; 17) continuations du poème sur l’amour de la Vierge (« Rime estrange ») ; 18)-prières à la vierge, de Walter de Bibbesworth (titré « Uncor autre rime ») ; 19) trois chansons d’amour, jouant sur le thème de la fin’amor (titré « autre maner de rime » pour les deux premières, et « rime bon » pour la troisième) (…). L’ensemble de ces poèmes, à l’exception de deux des trois chansons d’amour qui ne suivent pas la même versification - dont le titre donné dans ce volume est d’ailleurs « autre maner de rime »--, est rédigé en rimes équivoquées ( D EAN 1999 : §§125, 799). N. W ILKINS (1993 : 130 sq ) propose une édition partielle des pièces présentes dans ce manuscrit (voir encore R OTHWELL 2009 : 95-102) : (73) « De notre dame » I. Nul ne doit monter en pris S’il n’est d’amour empris, Que c’est trop bel enpris. E pour ceo jou en l’enpris, Mes de tant peyne ne m’en pris Que dieu pas ne menpris, Pur quoi mon quor enpris ad D’amer tele que empris ad Totes bones enprises Que mayntenant menprisa. Et jeo doucement prisa Bon aprise enprises. (74) « Rime estrange » I. En chauntant concorderay Un chant que a concorder ay En acordant concordaunce E quant je descorderay Par cele me acorderay De qui vent tut acordaunce Si duz cordaunce Trofs en luy qe moun cuer daunce E pur ceo recorderay Sa trespleisaunte encordaunce Qe acorde descordaunce Ytel corde encorderay (75) « Uncor autre rime » Amour me unt si enchaunté Qe jeo ay tutdis deschaunté Tut quant qe jeo chauntey, Jeo teng mon chant deschaunt Quant jeo en chauntant chaunt, Par quey jeo enschaunt la chauntaunce Qui chaunt chaunceon ou chaunceonet (76) « Autre maner de rime » Malade sui, de joie espris, Tant suspire que ne repos ; Jeo ai mon quor en pensé mys, E si enpens de nule chose. Pover sui et de aver pleyn, Et si ne senk ne mal ne bien ; De joie est tut mon quor certeyn (…) (77) « Rime bon » De bon voler mon quor pris De ceo q’il fist si haut enpris D’amer cele que ad teu pris Que chescun entendant la pris. Sez beals firent la prise Dount jeo suy lié e pris. Amour, par vous sui surpris Eidez moi q’el soit ma prise. Ma chaunsoun et ma repris Envoy a ceux en pris E si je ai ren mespris Bien voile q’el soit mesprise (1993 : 130ss) D. L EGGE précise, dans sa brève présentation des écrits de Bibbesworth, que ce genre de rimes s’inscrit dans une tradition littéraire prestigieuse : <?page no="89"?> 79 (78) These are described in the Leys d’Amors and are used in lyrics by the Countess of Die and Bernart de Ventadorn. In narrative verse they occasionally occur as ornaments (1963 : 347). Même si le choix des rimes grammaticales semble en effet viser un effet de style et le jeu littéraire, il nous semble important de noter que de telles rimes ne dépareillent pas avec celles du Tretiz et permettent elles-aussi de jouer sur les sonorités. L’apparition de telles pièces dans le manuscrit London, Brit. Libr., Add. 46919, compilé par Frère William Herebert of Hereford (mort vers 1333 ? ) (voir annexe 1, 2.4.1.4.) - lecteur dans les écoles de l’ordre franciscain d’Oxford--, se justifie par la portée didactique au sens large 303 du volume contenant, en plus des textes pratiques, des poèmes pieux et des œuvres de morale pouvant servir d’inspiration à des sermons. Cependant, la présence de ces même pièces dans le manuscrit Cambridge, Corpus Christi College, 450 n’est pas sans soulever des questions. Le Tretiz et les poèmes de Bibbesworth, accompagnés de « folies » et de proverbes, y forment une section « littéraire » homogène en vernaculaire tandis qu’ils apparaissent au milieu d’écrits essentiellement grammaticaux (pour le latin), officiels et juridiques : cette brève section en français est en effet précédée d’une partie grammaticale et rhétorique, contenant des artes dictaminis en latin, des lettres - réelles ou modèles--, des documents à teneur principalement légale et quelques pièces littéraires en latin. À en juger par son contenu, il est probable qu’il s’agisse d’un volume ayant appartenu à un personnage notarial du diocèse de Durham ( J AMES 1912 ; C HENEY 1972-3). C. R. C HENEY , pour qui il s’agit principalement de documents copiés pour leur intérêt historique, politique et légal, tente une explication : (79) I imagine a clerk with a reasonable training in letters and a professional interest in the law. He makes this miscellany for his own use. He begins, perhaps, in early days when he is studying in the schools by buying or copying a few short treatises, and adds literary and theological quotations, proverbs, ribald Latin poetry, and some vernacular verse of a staider sort. As time goes on, and he is employed at Durham, he has access to ecclasiastical archives. He copies, or an underling copies at his orders, public documents and formulas which « come in useful some day ». The nature of the material relating to Durham suggests that he may have served both bishop and cathedral priory (1972-3 : 84). Il est bien sûr possible de discuter la cohérence que l’auteur - qui se penche avec beaucoup de précision sur le contenu du volume - attribue à cette compilation pouvant simplement faire partie du grand nombre de volumes encyclopédiques élaborés à cette époque. Cependant, l’unité de la partie en français et l’hypothèse d’un volume adressé à un possesseur évoluant dans un milieu juridique nous amène à penser que nous pourrions avoir affaire à un sous-ensemble visant l’enseignement de la langue française. Dans ce cas, il est possible que les poèmes, et éventuellement l’œuvre de Bibbesworth dans son ensemble, aient pu jouer le rôle de jeux verbaux rhétoriques, comme ceux que l’on trouve dans certaines distinctiones 304 ou être utilisés de la même façon que les comptines latines servant à apprendre les déclinaisons 305 . Les parties littéraires conjuguant sentences morales et 303 Voir H UNT 1999 : 65-6. 304 Il s’agit de répertoires exégétiques, fonctionnant notamment comme aide à l’élaboration de sermons. À propos de ces recueils, G. H ASENOHR (1978 : 89) mentionne l’utilisation de « jeux verbaux sur les formes à dérivation préfixale » (repris/ apris/ empris/ soupris/ entrepris), autant comme principes mnémotechniques que comme ornements rhétoriques. 305 R ICHÉ 1985 : 139. <?page no="90"?> 80 énoncés ambigus évoqueraient ainsi certaines stratégies employées dans l’enseignement du latin (cf.-chapitre 1, 1.3.3). Il est d’ailleurs remarquable que le poème de Bibbesworth à la Vierge débute par Regardez, lysez, apernez, formule rappelant bien sûr le jeu visuel produit par ces vers mais évoquant de plus un enseignement véhiculé par ces poèmes. Un passage comme celui qui suit nous semble le support idéal à un exercice de conjugaison des verbes et d’analyses morphologiques : (80) Le Ave Maria ou tel rime ad Qe quant nous bien la rymouns Tut droit nous le point rymouns Là ou li bon saintz rimerount Pour ceo qe Ave rimerent Ou il tuz jours rimerount Loanges qe a rimer unt. Gabriel, bien rimé as E en ta chaunceon bon rime as, Car qi bien la rimera, En Paradis rimera Ou nous trestuz rimerouns. Ore vous ai de Ave rimé ; Veez si jeo ai bien rimé ( W ILKINS 1993 : 135 ; voir encore R OTHWELL 2009 : 101-2). Cette hypothèse pourrait être appuyée par l’existence d’un même jeu, sur le verbe endurer, dans la Manière de langage de 1396 présente dans le manuscrit London, Brit. Libr., Harley 3988 306 . (81) J’endure et endure[r] me faut. Mal endurant ne poet durer. A bien enduré rien ne faut. Qi voult vivre il faut endurer ( K RISTOL 1995 : 30). 2.2.3 Programme et compilations organiques de la Renaissance 307 La tradition des compilations organiques imprimées de la Renaissance débute par un traité qui apparaît à la toute fin du XV e - siècle et semble regarder encore vers le Moyen Âge. Il s’agit du premier manuel d’enseignement du français imprimé conservé : Lytell treatyse for to lerne Englysshe and Frensshe. Ce traité, explicitement adressé à des commerçants 308 , est composé d’une liste de numéraux, d’une autre de denrées marchandes, de formules d’adresses et de salutations suivies de deux dialogues pratiques (« to bye and selle », « for to aske the waye »), d’un nominale contenant un vocabulaire élémentaire (traitant des parties du corps, des vêtements, etc), un texte de courtoisie ainsi que deux lettres modèles (« a prentyse wryteth to his master », la deuxième à teneur commerciale). Toutes ces parties apparaissent en version bilingue français-anglais. D. A. K IBBEE décrit ce traité comme une « compilation combining a small portion of the grammatical information included in Sampson’s syllabus with extracts from the « Book of Courtesy » tradition » (1991 : 111, 175). 306 D EAN 1999 : §135. 307 Pour une description de ces volumes, voir K IBBEE 1989a. 308 Le premier folio porte la mention : « ie vueil commencer a apprendre a parler francoys affin que ye puisse faire ma marchandise en france et allieurs … » (f.-1). <?page no="91"?> 81 Cette œuvre, malgré le peu d’intérêt que lui ont porté les études critiques dédiées à l’enseignement du français en Angleterre à cette époque, joue selon nous un rôle central dans la manière dont nous pouvons considérer cet enseignement en Angleterre à la fin du Moyen Âge. Elle permet de faire le lien entre les codices du Moyen Âge, par la similitude de l’enseignement qu’elle contient avec les matériaux antérieurs, et les compilations raisonnées de la Renaissance, par l’unité que lui confère son statut d’œuvre imprimée. D’autres textes présentent cette particularité. Tout d’abord, une réédition augmentée de ce manuel voit le jour cinquante ans plus tard : A very necessarye boke bothe in Englysshe and in Frenche wherin thou mayst learne to speake and wryte Frenche truly in a little space yf thou gyve thy mynde and diligence there unto (env. 1550 anonyme) 309 . Une partie du contenu de ce texte est identique à celui du manuel précédent : sont ajoutés quelques sentences sur la vertu du silence (suivies de la mention finis, ce qui laisse penser que c’est à cet endroit que se terminait la version originale) et un guide de prononciation tiré de l’ouvrage de Giles Du Wes (1532, An introductorie for to lerne, to rede to pronounce and to speke french trewly). Un autre volume similaire paraît en 1521 : il s’agit d’un manuel rédigé par Alexandre Barclay, Here begynneth the introductory to wryte and to pronounce Frenche 310 , qui contient une partie portant sur la morphologie verbale (avec équivalents en anglais), un traité de prononciation et un lexique français-anglais articulé selon les différentes parties du discours ; s’ensuit une liste de vocabulaire (numéraux, ordinaux, jours, saisons, mots savants communs aux deux langues) et deux textes en prose traitant de réalités agricoles, en français et en anglais 311 : (82) Dieu sauve la charue, God save the ploughe, Et celui qui la mane. And he the which it ledeth. Primierement hairois la terre, Firste ere the grounde, Apres semer le blé ou l’orge. After sow the whete or barley (…) (f.-15v). Ce manuel se présente comme étant destiné à tout « englysshe men as well gentylmen marchauntes, as other common people that are not expert in the sayd langage » ( L AMBLEY 1920 : 124). B ARCLAY indique dans son introduction que des travaux semblables au sien ont été entrepris par des prédécesseurs 312 : (83) The same treatyse hath ben attempted by dyuers men before my dayes (1521 : The prologue of the auctour) ; I have sene the draughte of other made before my tyme (ibid.). P ALSGRAVE mentionne lui aussi ce fait à propos de Barclay [nous soulignons] : (84) Where as there is a boke, that goeth about in this realme, intitled The introductory to writte and pronounce frenche, compiled by Alexander Barcley, in which k is moche vsed, and many other thynges also by hym affirmed, contrary to my sayenges in this boke, and specially in my seconde, where I shall assaye to expresse the declinations and coniugatynges with the other congruites obserued 309 D. A. K IBBEE (1989a : 65) ne mentionne pas cette filiation. 310 Il ne reste qu’un seul exemplaire de ce texte ; il se trouve à la Bodleian Library. 311 Ce manuel est suivi d’un traité sur les danses. 312 S TENGEL 1879 : 24. <?page no="92"?> 82 in the frenche tonge, I suppose it sufficient to warne the lernar, that I haue red ouer that boke at length : and what myn opinion is therin, it shall well inough apere in my bokes selfe, though I make therof no ferther expresse mencion : saue that I haue sene an olde boke written in parchement, in maner in all thynkes like to his sayd Introductory : whiche, by coniecture, was not vnwritten this hundred yeres. I wot nat if he happened to fortune upon suche an other : for whan it was commaunded that the grammar maisters shulde teche the youth of Englande ioyntly latin with frenche, there were diuerse suche bokes diuysed : wherupon, as I suppose, began one great occasyon why we of England sounde the latyn tong so corruptly, whiche haue as good a tonge to sounde all maner speches parfitely as any other nacyon in Europa (1530 : The fyrst boke, ch. xxxv, f.-21r). L’ouvrage dont parle Palsgrave serait le Tractatus Orthographiae, comme semble l’attester un exemple similaire donné dans les deux textes 313 . Si l’on considère les informations que nous possédons pour les méthodes d’enseignement du français en Angleterre à la Renaissance 314 , ce programme général présente bien souvent les mêmes quatre parties que celles que nous venons d’observer : prononciation, grammaire, exercice de lecture et de composition, et vocabulaire 315 : (85) Thus the student usually learnt the pronunciation by reading the French aloud with his tutor, referring to the rules of pronunciation whenever necessary, and then translating and retranslating the dialogues, grammar being supplied as the need for it was felt. (…) The dialogue form in which almost all the reading material is given, and the proverbs and familiar phrases, show the importance attached to a practical and colloquial knowledge of the language. The teaching of French was of a decidly business-like nature, and closely in touch with the concerns of life ( L AMBLEY 1920 : 180) 316 . L’aperçu grammatical contenu dans les manuels de la Renaissance - nous verrons plus loin que certains auteurs font le choix de ne pas proposer de commentaires grammaticaux (Here begynneth a Lytell treatyse, 1500 ; Gabriel Meurier ? , A Plaine Pathway, 1575 ; John Eliot, 313 « Lui papes de Romes », S TENGEL 1879 : 17, l.41 ; ment. 1879 : 23sq. Les études critiques divergent quant à l’identification de la source dans laquelle aurait puisé Barcley. Pour D. A. K IBBEE , la partie sur la prononciation des lettres serait « tirée directement des traités Orthographia Gallica de la fin du XIV e - siècle » (1989a : 63). Selon K. L AMBLEY : « he transcribed freely from the mediaeval treatises, especially the Donait françois of John Barton » (1920 : 78). S. B ADDELEY , dans son édition de Palsgrave, ajoute une note « Sans doute l’un des Donaits françois médiévaux » (2003 : 403). 314 Pour une typopologie de ces manuels, voir K IBBEE 1991 : 134-8, et pour une description complète, voir K IBBEE 1989a : 63-74. 315 Il existe ailleurs qu’en Angleterre des manuels construits sur un modèle identique, tel le Vocabulaire de Noël de Berlaimont (1530), flamand-français, qui bénéficiera d’une grande diffusion. Celui-ci contient un abrégé de grammaire et d’éléments concernant la prononciation du français, des lettres et des documents commerciaux ainsi que des dialogues et des prières ( R IEMENS 1919 : 21, 70-71 ; R OSSEBASTIANO 2001 : 693). Il a fait l’objet de nombreuses augmentations et rééditions multilingues : un enseignant d’espagnol en Angleterre a notamment ajouté à ces matériaux une section dévolue aux proverbes (William Stepnex, The Spanish Schole-master. Containing seven Dialogues, 1591), suivi par d’autres dans cette voie ( B REVA -C LARAMONTE 2001 : 718). 316 Pour De la Mothe, enseignant des Flandres, (1592), le programme est le suivant : (1) Apprendre la prononciation des lettres (3-4 jours) ; (2) commencer la lecture, en lisant à haute voix et en écrivant chaque mot 4 ou 5 fois ; (3) traduire du français en anglais, et ensuite retraduire en français, comparant le français du texte de base avec la traduction ; (4) fréquenter les Français et l’Église française ; (5) acheter un dictionnaire ; traduire les phrases difficiles. Il ne souffle mot de l’apprentissage de la morphologie ni des règles de syntaxe ( K IBBEE 1989a : 57). <?page no="93"?> 83 Ortho-Epica Gallica, 1593) - ne semble pas destiné à être appris par cœur mais plutôt à être utilisé comme texte de référence. Il s’agit pour la plupart de développements concernant les différentes parties du discours, sur le modèle du Donatus (John Palsgrave, Lesclaircissement de la langue francoyse, 1530 ; Guillaume Ledoyen de la Pichonnaye, A Playne Treatise to learne the Frenche Tongue, 1576 ; James Bellot, The French Grammar, 1578 ; Pierre Morlet, Janitrix sive institutio ad perfectam linguae gallicae cognitionem acquierendam, 1596) ou de petits commentaires grammaticaux réduits au minimum (Claude de Sainlien/ Holyband, The Frenche Schoolmaister, 1573). En ce qui concerne les observations syntaxiques présentes dans ces manuels, elles consistent bien souvent en ajouts de commentaires sommaires aux tableaux morphologiques. Il faut cependant noter quelques tentatives de description, notamment chez Palsgrave et Bellot. Après avoir présenté les parties du discours dans son deuxième livre, Palsgrave les développe dans le troisième et y traite des liens qu’elles entretiennent et de leur ordre dans la phrase : « And fardermore/ what order and congruite they use in the couenable ioynyng of euery of the sayd partes/ one with another/ as they come togyder in sentences » ( P ALSGRAVE 1530 : The thirde boke, f.-1r) 317 . Bellot, quant à lui, dans sa dernière partie intitulée Construction, met l’accent sur les différences de construction entre le français et l’anglais 318 . La section grammaticale est généralement accompagnée d’une sous-partie traitant de la phonétique par le biais de règles (Pierre Valence : Introduction in Frensche for Henry the Yonge, erle of Lyncoln, sonne of the most noble and excellent princesse Mary, 1528 ; Palsgrave 1530 ; Holyband, 1573), offrant le plus souvent une simple correspondance entre son et lettre, éventuellement accompagnée d’une comparaison avec l’anglais ou d’autres langues, avec parfois des ébauches de descriptions articulatoires (Bellot 1578). Quelques auteurs, comme Palsgrave, Du Ploiche (A Treatise in English and Frenche right necessary and proffitable for al young children, 1553) et Eliot (1593), proposent dans leur œuvre des tentatives de graphie phonétique : Palsgrave s’appuie sur des extraits de textes français (Chartier, Jean Lemaire de Belges, Roman de la Rose 319 ) ; Du Ploiche tire ses extraits de l’Évangile de Mathieu ; Eliot transcrit quant à lui ses dialogues, laissant certains d’entre eux libres de cette caractéristique afin de permettre de tester la compréhension des règles implicites par l’étudiant 320 . À ces descriptions grammaticales sont ajoutées des listes de noms, de verbes, d’adverbes (Barclay 1521 ; Palsgrave 1530 ; Du Wes, An Introductory for to learne to rede to pronounce and to speke French Trewly, 1532). Celles-ci participent, en même temps qu’une somme 317 Notons, par exemple, des développements sur l’utilisation du pronom interrogatif ( P ALSGRAVE 1530 : The thyrde boke, The Pronowne, f.-107r), sur la place de l’adjectif-(ibid., Annotacions vpon the seuenthe accident [of the adiectyue], f.-82r), etc. Palsgrave illustre ses descriptions par des exemples qui indiquent une inspiration littéraire (« Tout droyt men viens pour repasser la mer, lors tout acoup naigent et oultre tirent pour paruenir au loyer quil desirent, puis iescoute pour mon cuer resiouyr » ; ibid., The thyrde boke, Of the Verbe, f.-124r). Dans le troisième livre, annotations sur le verbe, il prend des exemples dans les « Epîtres de Jason et Médée et de Didon à Enée, qui montreront que le français utilise bien tous ces sept modes » (ibid., The thyrde boke, Of the Verbe, ff.-121v et suivants). 318 K IBBEE 1989a : 71. 319 Ibid. : 57. 320 Ibid. : 57 et 1991 : 155. <?page no="94"?> 84 importante de dictionnaires bilingues, alphabétiques ou thématiques, à l’apprentissage du vocabulaire. S’ensuivent généralement des dialogues familiers ou des recueils de phrases utiles 321 . En ce qui concerne les dialogues, ils divergent selon le public auquel ils s’adressent : dialogues pratiques (Du Ploiche 1553 ; Holyband 1573), commerciaux (Anonyme, Here begynnethe a Lyttel treatyse, 1500 ; Du Ploiche 1553 ; Gabriel Meurier, Communications familieres non moins propres que tresutiles a la nation Angloise desireuse du langage Francois, 1563), moraux et philosophiques (Du Wes 1532), dialogues rabelaisiens (Eliot 1593), etc. On peut ajouter, comme exercice pratique, la lecture de textes littéraires, simplifiés ou bilingues (romans, ouvrages moraux ou à caractère religieux, recueils de proverbes, etc.) qui closent bien souvent les manuels : guide de courtoisie dans Here begynnethe a Lyttel treatyse, 1500, et A very necessary boke, 1550 ; catéchisme, litanies et prières chez Du Ploiche, 1553 322 ; proverbes et prières chez Holyband (1573 et 1576, The Frenche Littelton). Ledoyen de la Pichonnaye (1576) recommande, selon D. A. K IBBEE ( 1989 : 70), « des textes littéraires et religieux (Le théâtre du monde, les œuvres de Calvin) où l’étudiant apprendra à appliquer les règles contenues dans sa grammaire », suivi en cela par Holyband (1576). Le programme que contiennent ces manuels est diversement accommodé, selon qu’il s’agit de « grammaires proprement dites » destinées aux nobles ayant un maître de français (et l’on range généralement sous cette catégorie les ouvrages de Barclay, Valence, Palsgrave et Du Wes) ou de petits manuels destinés aux marchands. Ces derniers, bien souvent élaborés dans le cadre d’écoles de français dont la première est celle de Du Ploiche suivie de celle de Holyband, présentent un compromis entre la qualité des dialogues et la description grammaticale 323 . Il faut bien sûr imaginer la possibilité d’un apprentissage mené de manière indépendante par le biais de certains des manuels complets disponibles à cette époque, dont nous ne connaissons pour leur auteur ni école ni étudiant privé (De la Mothe, Eliot, etc.). 2.3 Stratégies didactiques et programme d’enseignement Il faut à présent, pour le Moyen Âge et la Renaissance, aborder plus précisément les stratégies didactiques opérant dans ces manuels, développer la question de l’enseignement par les règles ou par la lecture et l’imitation et évaluer la place de la traduction et de l’analyse dans ce processus. 321 Dans certains manuels, comme celui de Du Ploiche par exemple, il n’y a pas d’enseignement explicite du vocabulaire (listes de mots), mais le lexique semble uniquement mis en contexte par des textes ou des dialogues ( K IBBEE 1991 : 139). 322 L’enseignement religieux faisait certainement partie du curriculum, conformément à l’ordonnance d’Henri VIII, puis d’Edward VI, qui demande que l’on enseigne aux enfants le Notre Père, les Dix Commandements ainsi que le Credo ( L AMBLEY 1920 : 130). Du Ploiche n’était, semble-t-il, pas le seul à utiliser des livres religieux pour l’enseignement de la langue, puisqu’en 1559-60, William Griffith, imprimeur de Fleet Street, obtient la permission d’imprimer un catéchisme en latin, français et anglais ( L AMBLEY 1920 : 130) et que l’on retrouve plusieurs pages de prières dans The French Schoolmaister de Holyband (1573) ( K IBBEE 1989a : 68). 323 K IBBEE 1989a : 55. <?page no="95"?> 85 2.3.1 Règles et usage À la Renaissance, la différence qui existe entre les divers programmes didactiques disponibles se situe principalement au niveau de la méthode : aux partisans de la pratique s’opposent les partisans des règles. Si cette division semble également attestée pour le Moyen Âge, elle n’est cependant pas explicite et demeure donc difficile à appréhender. Nous avons pu voir qu’il existe une partition entre les volumes qui ne contiennent que le Tretiz et/ ou les Manières, et ceux qui présentent un contenu plus (ou exclusivement) théorique et grammatical : ces derniers se limitent généralement - à l’exception du Donait de John Barton, qui apparaît tardivement - à des tentatives de descriptions grapho-phonétiques et à des listes de formes et de paradigmes à mémoriser. Il faut cependant garder à l’esprit que nous n’avons pas d’information sur les explications théoriques qui devaient être fournies oralement 324 . À la Renaissance, cette partition prend une tournure idéologique. Certains professeurs et grammairiens (Palsgrave 1530 ; Ledoyen de la Pichonnaye 1576 ; Bellot 1578 ; Morlet 1596) prennent scrupuleusement modèle sur le latin afin d’enseigner les langues vulgaires par les règles, ou les « principes » 325 . Un des représentants les plus importants de ce mouvement est John Palsgrave. Ce grammairien a pour ambition, dans son Esclarcissement de la langue francoyse 326 (1530), de décrire la langue de manière exhaustive et d’en donner des règles précises qui, selon sa méthode d’apprentissage, devront être mémorisées. Il semble que les élèves n’aient pas accueilli très favorablement cette grammaire, préférant les traités plus simples et plus succincts 327 . En effet, ces œuvres théoriques requièrent une connaissance préalable de la langue française et s’approchent plus de grammaires descriptives, voire prescriptives pour certaines, de la langue vulgaire que de manuels d’apprentissage 328 . À l’opposé de cette démarche, certains grammairiens et professeurs (Barclay 1521 ; Du Wes 1532 ; Du Ploiche 1553 ; Holyband 1573 ; De la Mothe, The Frenche Alphabet, 1592 329 ; Eliot 1593) fondent leur apprentissage sur l’imitation de l’usage : pour eux, la pratique doit occuper une place beaucoup plus importante que la théorie. Aux tentatives de description 324 Voir à ce propos R OTHWELL 2001a. 325 Le rapprochement avec le latin est parfois explicitement présenté, comme c’est le cas dans le titre de l’ouvrage de Pierre Anastaise Hyperphragme, enseignant de français dans les Flandres : formulaire des conjugaisons Flamen-Françoyses … pour apprendre à parler le François par art, comme lon apprend le latin (1576). 326 Cet ouvrage a été élaboré pour l’éducation de Marie d’Angleterre, sœur d’Henri VIII, en vue de son mariage avec le roi de France, Louis XII ( R OSSEBASTIANO 2001 : 696). 327 L AMBLEY 1920 : 76. 328 Nous l’avons mentionné pour le Donait de John Barton, la limite entre grammaire visant l’enseignement et grammaire descriptive est cependant parfois floue et peut être aisément franchie. Ce glissement de l’une à l’autre est parfois explicite, comme c’est le cas dans la première grammaire complète de la langue espagnole écrite en vernaculaire, la Gramática de la lengua castallana (1492) d’Antonio de Nebrija. Si l’auteur l’annonce comme pouvant servir dans l’enseignement de l’espagnol langue seconde, il se donne aussi pour but de fixer la langue et de faciliter l’apprentissage du latin par la connaissance de la grammaire espagnole ( B REVA -C LARAMONTE 2001 : 719). De même, la première grammaire française écrite en France, In linguam Gallicam isagoge una cum eiusdem Grammatica Latinogallica, 1531, de Jacques Dubois (Sylvius), est rédigée en latin, selon les dires de l’auteur, pour qu’elle puisse être utile aux étrangers souhaitant apprendre le français ( K RISTOL 2001b : 767). À l’inverse, la grammaire française de Jean Pillot, rédigée en latin pour enseigner la langue française à son pupille allemand Institutio gallicae linguae (1550), est annoncée par l’auteur comme pouvant être aussi utile aux Français ( C ARAVOLAS 1994 : 150). 329 Le titre complet est éloquent : The Frenche Alphabet, teaching in a very short time by a most easie way to pronounce French naturally, to read it perfectly, to write it truly, and to speak it accordingly. <?page no="96"?> 86 grammaticale et à leur utilisation pour l’enseignement, ils allèguent que cet enseignement ne saurait être que partiel. Les arguments sont nombreux : tout d’abord, les règles ne sont jamais absolues 330 ; ensuite, pour que cet apprentissage soit exhaustif, il faudrait un nombre de règles infini ; de plus, les règles sont utiles au maître plus qu’à l’élève. Selon eux, c’est donc l’habitude, la lecture, la pratique orale et la compagnie des personnes françaises qui vont permettre d’apprendre une langue 331 . Cette opinion largement partagée prévaudra jusqu’à la fin du XVI e -siècle : les règles sont donc réduites au minimum dans une majorité des manuels de la Renaissance. Il ne s’agit cependant pas de deux blocs parfaitement antagonistes et clairement séparés, puisque l’on trouve néanmoins, chez les auteurs qui rejettent l’emploi des règles, des descriptions grammaticale et phonétique minimales, sommaires et pratiques, limitées au strict nécessaire : prononciation et conjugaison des verbes les plus fréquents (Barclay 1521 ; Valence 1528 ; Du Wes 1532). 2.3.2 Apprentissage par la lecture, l’analyse et l’imitation Le pan pratique de l’enseignement du français en Angleterre au Moyen Âge et à la Renaissance, qu’il soit composé de vocabulaires versifiés, de dialogues, de textes de lecture ou de lettres modèles, présente une caractéristique commune à ces différents supports : celle de se faire par l’exemple. D’aucuns offrent un enseignement plutôt stylistique (lettres et dialogues modèles 332 , textes littéraires), tandis que d’autres proposent des formules à reproduire (vocabulaires versifiés ou mis en scène, formules de salutation). Dans ce cas, il est probable que les moyens didactiques aient été la mémorisation, la lecture accompagnée éventuellement d’une étape de reproduction par la composition ou par la traduction, ainsi qu’une analyse des structures attestées. Certains de ces textes, comme les lettres modèles, ont pu aussi simplement jouer le rôle d’ouvrages de référence. L’utilisation de ces œuvres a dû être multiple. Tout d’abord, nous l’avons vu, il faut reconsidérer la question de la fonction des Manières de langage, habituellement considérées comme manuels de conversation, attendu qu’elles ne sont pas uniquement composées de parties dialoguées, mais aussi de passages descriptifs ou de récits, parfois de réflexions morales et proverbiales. Elles peuvent donc avoir eu comme but de proposer à l’élève non seulement des formulations à apprendre par cœur, mais aussi diverses structures linguistiques, registres de langues, etc. et ainsi rejoindre l’enseignement par les textes de lecture. De plus les dialogues modèles offrent un enseignement qui va au-delà des connaissances linguistiques pour aborder la question du comportement social, c’est-à-dire le côté pragmatique de l’activité verbale. Le Tretiz de Bibbesworth et ses réélaborations peuvent être considérés de la même façon. Si ceux-ci, de par leur structure à la fois rythmée et 330 Du Wes donne à ce propos l’exemple de la position du pronom régime ( L AMBLEY 1920 : 99). 331 L AMBLEY 1920 : 91. On peut noter qu’Holyband corrige sa méthode, puisque dans son Littleton (1576), il inverse l’ordre et met les dialogues avant les règles ( K IBBEE 1989 : 56) dans un souci d’efficacité : cela permet, selon lui, d’apprendre le français dans un court laps de temps. 332 Les modèles de conversation sont le parallèle des manuels de correspondance par leur utilité dans des situations bien codifiées ( H AASTRUP 1989 : 33-4). On peut d’ailleurs noter, dans les Manières de 1396, une mise en scène portant sur la façon de demander les services d’un clerc, dans laquelle sont mentionnées quelques formules épistolaires : Donc il seira et escriera un comissione en ceste manere : « A toutz yceux qui cestes letres verront ou orront, Johan d’Orlians de Parys, salutz. Sachent toutz gentz… Ou : Conu soit a toutz gentz que je, Johan…» et cætera ( K RISTOL 1990 : 28). <?page no="97"?> 87 rimée, peuvent avoir été utilisés pour un apprentissage par cœur de mots ou de formules à reproduire, il faut envisager, nous l’avons dit, de les considérer comme supports d’un apprentissage plus général. Chacune de ces productions doit être considérée, nous le verrons encore, comme s’inscrivant dans la transmission du savoir qui, au Moyen Âge et à la Renaissance, implique une éducation complète : pour le fond - conseils professionnels et moraux--, et pour la forme - illustration de la langue. 2.3.2.1 Traduction Dans les ouvrages de la Renaissance, les exercices de lecture sont généralement accompagnés d’une traduction anglaise 333 . Grâce au témoignage de John Eliot (1593), nous possédons un exemple d’une manière de procéder. Dans l’introduction de son ouvrage, il incite le lecteur à comparer les deux versions mot à mot afin de comprendre le français, puis de cacher petit à petit la version française afin de tenter de « franciser » la version anglaise 334 : (86) (…) He [the Reader] must get the true meaning of the French conferring it word for word with the English, and then when he hath so conferred it that in reading he doth understand the French well, let him begin after one months progress a little and a little to lay his hand on French to hide it, and looking only on the English, trie with hime selfe how swiftly he is able to Frenchifie the English, and if he misse, let him revise and correct himselfe still by his book (…) ( E LIOT 1593 : B ii recto). L’aspect littéral prime généralement sur l’aspect idiomatique dans ces traductions données en regard 335 . C’est le cas de l’œuvre de Du Wes (1534), dont la deuxième partie, pratique, comporte des lettres en vers et en prose ainsi que des dialogues accompagnés d’une traduction interlinéaire dans laquelle l’ordre idiomatique des mots est sacrifié en anglais au profit de la syntaxe de l’autre langue. Il en est de même dans l’ouvrage de Du Ploiche (1553), dont une grande partie des matériaux 336 est présentée sur deux colonnes. Il demande : (87) (…) that none blame or reproue this sayd translacion thus made in Englishe, because that is a litle corrupt : For [the author] hath done it, for the better and more euident declaryng of the diuersitie of one tounge to the other : and it is turned almost worde for worde, and lyne for lyne, that it may be to his young scholers more easy and lyght ( D U P LOICHE 1551 : A i recto). 333 Une partie de La Semaine de Du Bartas a, selon K. L AMBLEY , été traduite par William L’Isle en 1596 : « Part of Du Bartas, English and French, and in his own kinde of verse, so near the French Englished, as may teach Englishmen French, or a Frenchman English » (1920 : 185). 334 A. C ARAVOLAS , dans le chapitre où il brosse un portrait de l’enseignement en France, notamment de l’espagnol, écrit : Les maîtres qui enseignent les langues vivantes par règles utilisent d’habitude la même méthode que ceux qui enseignent les langues anciennes. La « voie » pour apprendre l’espagnol « sans s’ayder de la grammaire », proposée par Salazar, est fondée sur la lecture, la traduction et la mémorisation. L’élève choisit un livre ; lit une page devant le maître, qui lui corrige les fautes de prononciation ; écrit les mots difficiles dans un cahier spécial et les traduit ; lit la page une deuxième fois et traduit mot à mot, en s’aidant au besoin de son cahier ; lit la page une troisième fois « sans s’arrester à la prononciation ni interprétation » ; traduit par écrit quelques phrases du français en espagnol et le lendemain les montre au maître pour qu’il les corrige ; enfin, il apprend par cœur à saluer et à prononcer de courts dialogues (1994 : 208). 335 L AMBLEY 1920 : 90. 336 Il s’agit de catéchismes, de litanies, de prières et/ ou de textes religieux donnés en français et en anglais sur deux colonnes, puis de dialogues familiers dans les deux langues ( L AMBLEY 1920 : 130-1). Cette matière est suivie d’un abécédaire, de règles de prononciation ainsi que d’une grammaire sommaire. <?page no="98"?> 88 Du Ploiche avait d’ailleurs comme projet de s’atteler à la traduction d’une œuvre qu’il a rédigée en français, Petit Recueil des homaiges, honneurs et recongnoissances deubz par les hommes a Dieu le createur, avec certaines prieres en la recognoissance de soy mesme, « mot pour mot et ligne pour ligne, affin d’augmenter les couraiges des professeurs » ( L AMBLEY 1920 : 134). La même stratégie se retrouve chez Holyband (1573 et 1576) : la lecture, sur laquelle il fonde une grande partie de son enseignement est toujours expliquée par le biais de traductions anglaises, qui ne servent que de moyen d’interprétation sans chercher à rendre un anglais pur 337 . En ce qui concerne le Moyen Âge, une traduction intégrale et juxtalinéaire en anglais est donnée dans deux copies des Manières de langage 338 et apparaît pour chacun des textes contenus dans le Femina. La présence, pour cette version tardive, d’une traduction intégrale est généralement considérée par les spécialistes comme attestant la perte progressive de compréhension du français : selon eux, on ne peut plus à cette époque compter sur une connaissance minimale du vocabulaire et de la structure de la langue française parmi les étudiants. Il est possible d’opposer à cette interprétation le fait que d’autres copies du Tretiz contemporaines du Femina conservent le système des gloses 339 , ce qui interdit de conclure à une réelle gradation dans l’apparition de la traduction. La présence de la traduction attesterait un emploi différent de ces matériaux. A. K RISTOL y voit un changement de stratégie didactique : (88) (…) à un moment où le « substrat » linguistique anglo-normand s’efface de plus en plus, la méthode directe, monolingue, qui est encore celle de la Manière de 1396 (et celle de la version OA de la Manière de 1399), semble désormais concurrencée par un enseignement qui s’appuie d’avantage sur la traduction (1995 : xxxvi). Nous partageons cet avis. La traduction interlinéaire que présente le Femina nous semble préfigurer l’utilisation de la traduction que nous voyons massivement adoptée au XVI e -siècle. Il ne s’agit plus de donner l’équivalent des mots difficiles, mais de fournir une traduction globale, comme c’est le cas pour nombre de manuels postérieurs qui basent l’apprentissage sur la traduction. W. R OTHWELL a du reste constaté une différence dans le choix des équivalents entre le Tretiz (et ses copies) et le Nominale sive verbale d’un côté, et le Femina de l’autre : (89) Not only does the overall use of English differ markedly between the Bibbesworth manuscripts and Femina, but the character of the individual English words found in the two is fundamentally different. The English glosses in the Bibbesworth manuscripts are overwhelmingly native to England, whilst virtually all the English lexis of Femina, with the exception of the basic prepositions, articles, verbs endings, etc., is of French origin, so much so that its users would be reading French dressed up as English in order to learn French (2000a : 40). 337 Il faut cependant garder à l’esprit qu’une partie de ces professeurs sont d’origine française, et qu’ils n’auraient peut-être pas été capables d’écrire un anglais idiomatique ( L AMBLEY 1920 : 179). Ces mises en garde ont peut-être comme but de faire de leur point faible une vertu. 338 Les fragments bilingues se trouvent dans Lincoln, Lincolnshire Archives Office, Lincoln Formulary Book 23 (première moitié du XV e s.)-et Cambridge, Univ. Libr., Ii 6.17 (fin du XV e -s.). 339 En effet, alors qu’au-siècle précédent le Nominale Sive Verbale contenait lui aussi une traduction complète en moyen anglais, une version du Tretiz contemporaine du Femina maintient le système des gloses (Oxford, All Souls College, 182) ( K RISTOL 1995 : xxxvi, note 12). <?page no="99"?> 89 L’intégralité du lexique d’origine française présent dans la traduction du Femina est attestée dans le MED, ce qui indique que ce vocabulaire doit faire partie, selon W. R OTHWELL , de la langue maternelle des étudiants concernés : (90) If, then, they understood the Middle English, their own language, they must have understood all those French terms whose form and meaning correspond so closely to that Middle English. In effect, they were using French to learn French (2000a : 44). Les buts et les stratégies didactiques sous-jacents diffèrent donc entre ces deux manuels. Ainsi, - si nous comprenons bien l’enjeu, non explicité par W. Rothwell, de cette différence dans les stratégies didactiques - les étudiants pourraient replacer, dans le Tretiz, le nouveau vocabulaire appris par les gloses dans les structures grammaticales qu’ils maîtrisaient déjà ; dans le Femina, au contraire, il s’agirait de comprendre la syntaxe par l’analyse de la structure des phrases grâce à la reconnaissance d’une partie du vocabulaire partagé par les deux langues : (91) The extent to which Middle English was spoken at all levels of society and in all contexts during the fourteenth century cannot now be ascertained, but the statute of 1362, when set alongside the adoption en masse of French vocabulary into Femina illustrated above, shows that the barrier to the continued understanding of French in later medieval England was syntactical, not lexical. French terms in their hundreds, right across the lexical spectrum, had been assimilated (not « borrowed ») and were in daily use, but knowledge of the grammatical structures enabling these words to be assembled coherently into sentences had been lost as families became increasingly Anglicized ( R OTHWELL 2000a : 49). Cette démarche est analogue à celle que nous avons observée plus haut pour les traductions grammaticales visant à enseigner le latin, ce qui rend vraisemblable l’utilisation d’une telle méthode dans un but contrastif, afin de faciliter l’acquisition de la syntaxe. Ainsi, il est selon nous probable que le Femina ait joué le rôle de texte de lecture, dépassant de fait sa fonction de simple support d’apprentissage du vocabulaire afin de servir de corpus d’exemples pour des constructions syntaxiques. Il s’agirait donc ici, une fois encore, d’une réutilisation d’un manuel à des fins différentes ou complémentaires de celles pour lesquelles il a été initialement produit. 2.3.2.2 Analyse contrastive L’aspect contrastif est présent dans de nombreux manuels de la Renaissance. On le trouve chez Barclay (1521) ainsi que chez Palsgrave (1530) pour certains phénomènes ; tous deux proposent une explication de la langue enseignée par des comparaisons ponctuelles avec la langue maternelle ou avec le latin. En ce qui concerne la grammaire, P ALSGRAVE indique dans son introduction cette volonté de contraster l’anglais et la langue enseignée : (92) The diffyculte of the frenche tong/ whiche maketh it so harde to be lerned by them of our nation/ resteth chefely in thre thynges/ In the diuersyte of pronunciation/ that is betwene vs and them/ in theyr analogie and maner of congruite [= grammaire et jeu des accords et des désinences, selon B ADDELEY 2003 : 54]/ where in they be moche more parfyte and exquisyte than we be/ and moche approche towardes the parfection of the latin tong/ than we do/ And thyrdly in theyr propertes of spekyng [= syntaxe, selon S. Baddeley] where in <?page no="100"?> 90 theyr phrasys be dyfferent frome ours/ and letteth vs/ that thoughe we shulde gyue worde for worde/ yet the sens shuld moche differ betwene our tong and theyrs (1530 : The Introduction of the authour ; A6v). (93) And thirdly by cause thoughe we gyue worde for worde out of our tong in to theyrs/ yet we shall nat expresse the sence that they mean in theyr tong/ whiche thyng somethynge here in a generalte to expresse I shall consequently shewe the different vse betwene ys and them thorowe all theyr .ix. partes of speche (ibid. : The Introduction of the authour, f.-c.4v). La différence entre les deux langues vulgaires semble d’ailleurs être un des points centraux de son enseignement, comme il l’indique dans sa lettre au roi : (94) I haue nat onely assayde so to mary our tonge & the french togider/ that there shulde few wordes in comparison of bothe the tonges be wantyng/ nor phrases where the tonges diffre/ & haue nat worde for worde be vnsetforthe/ and by examples expressed (ibid. : to the kynge grace, A iii r. ; [nous soulignons]). Cette utilisation parallèle des langues peut aller de la simple présentation des formulations dans les deux langues (cit. 95) à une analyse par l’entremise de la grammaire du latin - témoin neutre de la comparaison des systèmes linguistiques du français et de l’anglais - (cit. 96) ou encore une traduction mot à mot, afin de générer une syntaxe anglaise fautive et mettre ainsi en évidence les différences de structure (cit. 97) : (95) Whan so euer we vse/ me/ in our tonge as gouerned of a verbe/ what so euer case the same verbe requyre in y laten tonge they vse euer « me ». Example/ the thirde. He loueth me/ he beholdeth me/ he telleth me/ « il mayme, il me regarde, il me dit » (id. : The thirde boke, f.-101r). (96) Whan we vse hym in our tonge after a verbe/ as gouerned of the same if the verbe be suche as of his own nature in the latyn tonge requyreth an accusatyue case they vse « le », if the verbe wyll haue a datyve case they vse « luy » (id. : The thirde boke, f.-101r). (97) for where as we say/ « he hurteth my hande/ I cut my fynger/ she did put out here eie » : they say/ « He me hurteth the hand/ I me cut the fynger, she her dyd put out the eie ». But hereof I shal in this place in the thyrde boke more at the length intreat : in this place I thynke sufficient to warne the lernar hereof/ bycause the kinde of speakyng is moche different from our tong (id. : The seconde boke, f.-36r). À ce propos, une indication d’Andrewe Bayton, élève de Palsgrave, donne un indice supplémentaire : (98) But to ease and satisfye the lernar in that behalf/ our maister/ as you know/ hath often shewed vs two generall rules/ one/ nat onely expedient for this purpose/ but also brefly to haue a great plenty of substantiues and adiectiues in the frenche tong/ for if any nowne of many syllables vsed in our tong/ approche any thyng towarde latine commenly that worde is also frenche/ for lyke as the frenche men borowe theyr wordes immediatly of the latines/ so do we borowe a great nomber of our substantiues and adiectiues immediatly of the frenche men/ whiche thyng for substantiues/ he declareth some thynn at the length/ in his thyrde boke/ in the .lv. lvi. and .lvii. chapiters/ before the table of substantiues/ and for adiectives in his sayd thirde boke in his annotacions upon the .vi. accident belongyng vnto adiectiues. And yet haue we fardermore/ as he hath euidently proued vnto vs a great nombre of other substantiues and adiectiues/ which in <?page no="101"?> 91 dede be very frenche wordes/ sauf that our English tong hath some thyng altred theyr later terminations/ but after theyr trewe orthographie and ryght pronunciatyon/ be ones knowen/ they be by any parson of our tong parceyued/ and also lerned atones and that foreuer after. So that if the lernar whan he begynneth to pratice/ shall fortune to mysse of any worde in the tables of substantiues or adiectiues/ lette hym fyrst haue recours vnto this general rule/ afore he iudge the tables insufficient ( P AL - SGRAVE 1530 : The Epistell of Andrewe Bayton ; [nous soulignons]). Ceci tendrait à indiquer un emploi des similitudes dans cet enseignement - ce qui est semblable n’a pas besoin d’être enseigné - et un accent mis sur les dissemblances 340 . 2.4 Mise en perspective de l’enseignement du latin et de l’enseignement du français Comme nous l’avons annoncé en introduction, il semble qu’il n’y ait pas de réelle rupture entre le modèle médiéval d’enseignement des langues et celui de la Renaissance. Ainsi, certaines des caractéristiques de la nouvelle méthode d’enseignement - que l’on fait généralement naître pour le français à la Renaissance avec les débuts de l’humanisme - sont vraisemblablement déjà attestées en Angleterre au XV e -siècle, voire même au XIV e -siècle. La rupture réside, selon nous et comme nous l’avons déjà suggéré pour le latin, majoritairement dans le métadiscours qui accompagne cet enseignement, dès le moment où les ouvrages didactiques quittent le domaine de la copie visant une utilisation restreinte et personnelle et sont destinés à une publication à grande échelle. Nous l’avons vu, les matériaux du Moyen Âge ne sont pas explicitement présentés comme supports pédagogiques, ce qui rend malaisée l’identification de leur utilisation. C’est ainsi, notamment, que les textes moraux apparaissant dans des codices contenant des matériaux didactiques pour l’enseignement du français au Moyen Âge sont généralement considérés comme externes à cette tradition didactique alors même qu’ils ont certainement joué un rôle complémentaire dans cette formation. Nous avons donc essayé de montrer qu’il faut envisager d’élargir notre champ d’investigation dont les limites sont peut-être responsables du silence des sources. Ce faisant, il est possible de mettre au jour pour les codices une structure complète et cohérente, née de l’assemblage et de la réutilisation des différents manuels disponibles. L’usage de tels volumes au Moyen Âge permet de faire le lien entre la tradition d’enseignement du latin et les stratégies didactiques à l’œuvre pour l’apprentissage du français à la Renaissance. Au moment de proposer des conclusions sur le panorama présenté dans les deux premiers chapitres de ce travail, il faut rappeler que la situation que nous cherchons à décrire est plus nuancée que ne le laisse apercevoir notre propos, qui se limite à déterminer les grands mouvements didactiques et leurs directions. Chaque enseignement devait être différent, dépendant du professeur et de l’école dans laquelle il était dispensé ainsi que des matériaux disponibles alors. De même, il ne faut pas perdre de vue que des caractéristiques 340 Nous trouvons des attestations de description constrastive pour d’autres langues, comme dans l’œuvre de Giovanni Mario Alessandri d’Urbino, Il paragone della lingua toscana et castigliana (1560), où ce dernier dépasse les frontières de l’espagnol afin de se concentrer sur les difficultés que cette langue présente pour des personnes de langue maternelle italienne ( B REVA -C LARAMONTE 2001 : 719). Giovanni Miranda, dans les Osservatione della lingua Castigliana (1565), présente une approche similaire dans la mesure où il prend en compte les interférences provenant de la langue de l’apprenant dans le processus d’acquisition de la langue seconde ( B REVA -C LARAMONTE 2001 : 720). <?page no="102"?> 92 communes entre ces différentes traditions didactiques peuvent avoir été engendrées par leur même objet d’étude, la langue sous toutes ses formes et quels que soient ses champs d’application. Cependant, certaines études - K. L AMBLEY (1920), D. A. K IBBEE (1991) et N. O RME (2006) - ont évoqué une influence du latin dans l’élaboration de l’enseignement du français. Parallèlement, H. G. R ICHARDSON (1939, 1941a, 1942b ), A. K RISTOL (1990), W. R OTHWELL (200 1a ) et M. C AMARGO (2007) indiquent l’émergence d’une discipline dans le milieu des dictatores, dans lequel les programmes se passent d’un professeur à l’autre. L’hypothèse d’une ébauche de tradition dépassant d’éventuels tâtonnements indépendants paraît donc recevable. Dans cette évolution, l’enseignement du français au Moyen Âge a pu jouer le rôle de substrat, tandis que l’enseignement du latin doit être vu comme une influence horizontale : ces deux assises sont susceptibles d’expliquer la réutilisation ou la continuité de ces stratégies didactiques et des outils sur lesquels elles s’appuient. Ce sont, selon nous, les deux éléments importants qui permettent de comprendre la lente élaboration d’une structure définie d’ouvrages ainsi que son maintien. En effet, comme l’a brièvement évoqué B. M ERRILEES , le modèle : prononciation, grammaire, vocabulaire, exercices de lecture et/ ou dialogues est déjà posé au Moyen Âge (1985 : 110 ; 1993 : 281). L’application de ce modèle « à la mode médiévale » tant au niveau formel et graphique qu’au niveau des informations et du volume occupé par ces informations perdure dans les premières œuvres imprimées du début du XVI e -siècle. Cette structure, si elle subit divers développements - par exemple par la multiplication des dialogues ou l’élaboration de dictionnaires - est néanmoins maintenue par la suite : (99) It has been seen that as a rule these books contained four parts - rules of pronunciation, rules of grammar, reading exercices, and vocabulary. They are generally written throughout in French and English (in parallel columns), the reason of this being the importance attached to reading and to double translation, from French into English and English into French ( L AMBLEY 1920 : 179). Ce programme est bien évidemment diversement accommodé selon les choix des grammairiens ou professeurs concernés ; cependant, nous pouvons noter non seulement une récurrence de l’architecture générale de ce programme, mais aussi une filiation manifeste des éléments qui la composent. Au niveau des informations grapho-phonétiques, que l’on trouve en première partie de nombreux ouvrages de la Renaissance, la différence majeure entre le français et le latin est l’importance que le français accorde à la distinction entre lettre et son : les grammairiens de la Renaissance continuent et améliorent l’enseignement de l’Orthographia Gallica et du Tractatus Orthographiae - certains auteurs comme Barclay s’inspirant directement des textes médiévaux (cf.- supra, 2.2.3.) - et introduisent ponctuellement des transcriptions phonétiques (déjà en partie attestées dans le Femina) ainsi que des ébauches de descriptions articulatoires. Les informations morphologiques s’inscrivent, quant à elles, dans la lignée du Donatus - ou de Priscien, en ce qui concerne Palsgrave - ou des traités annexes qui l’accompagnent. Pour le lexique, les listes de mots qui sont présentes dans les manuels de français du XVI e -siècle de même que les dictionnaires qui se développent alors sont un héritage des nominalia biou trilingues déjà attestés au Moyen Âge, pour le latin comme pour le français. L’utilisation de récits ou de poèmes latins (Nequam, Jean de Garland) mettant en scène le vocabulaire se retrouve dans l’œuvre de Bibbesworth et perdure à la Renaissance. <?page no="103"?> 93 Il en est de même de l’information sur les homonymes et paronymes (Serlo de Wilton, Jean de Garlande) : (100) Walter’s Tretiz (« treatise ») bears a striking resemblance to some of the writings by these grammarians that we shall encounter in the following chapter [« The teaching of Grammar »]. It is cast in verse, a popular format for Latin grammatical treatises, and is primarily a vocabulary, including a large number of French words with explanations of their meanings. Rather than compiling a mere vocabulary, however, Walter followed Latin writers like Adam of Balsham and Alexander Nequam in constructing his poem as a narrative based on scenes of everyday life. (…) The Tretiz further reflected contemporary Latin vocabularies by giving special attention to what the grammariens called differentia - words that are written or pronounced similarly but which have different meanings ( O RME 2006 : 74-5). En l’absence d’une réelle description syntaxique, tant en latin qu’en français, avant la seconde moitié du XVI e -siècle 341 , c’est soit par la comparaison avec l’anglais soit par l’analyse de phrases modèles, l’imitation et la lecture que l’apprentissage de la construction des phrases et de l’ordre des mots semble se faire : (101) Rein theoretische Abhandlungen über Syntax darf man überhaupt um so weniger erwarten als die lateinische Grammatik im Mittelalter nichts Derartiges bietet. Statt allgemein gültige Regeln für den Bau der Rede aufzustellen, benügte man sich mit der Vorarbeit, mit dem Sammeln von mustergültigen Beispielen, an die sich der Lernende im gegebenen Fall zu halten hatte. Und zwar wird hier ein Unterschied gemacht zwischen der gesprochenen und der geschriebenen Sprache. Die Sammlungen von Musterbeispielen für den mündlichen Ausdruck erscheinen wenigstens unter dem Namen maneres de langage, -de parler, -de parlance, commune parlance und sind getrennt von denen für den schriftlichen Ausdruck, die epistolaries oder chartuaries betitelt sind ( S TÜRZINGER 1884 : x-xi). En latin, cet enseignement grammatical est complété et illustré par la lecture des auteurs classiques, les auctores octo, ou de phrases modèles. Cette étape est certainement suivie ou accompagnée d’un processus de production sous la forme d’exercices de composition en prose ou en vers et/ ou de traduction. Pour le français, la présence de lettres modèles dans des manuels (au Moyen Âge comme à la Renaissance) ainsi que, selon nous, de textes moraux (Manuel des péchés, Urbain le courtois, Chastel d’amurs, etc.) et de proverbes, atteste une stratégie semblable. Le Moyen Âge voit en effet fleurir, pour le latin et le français, de nombreux ouvrages qui, outre leur caractère plaisant, ont différents buts didactiques : enseigner la courtoisie, les bonnes manières, les valeurs religieuses ou morales 342 . Ces différents ouvrages sont destinés à un vaste public, incluant enfants, adolescents et adultes. Comme pour le latin, il est probable que ces œuvres aient pu être utilisées dans l’enseignement de la langue, permettant d’allier formation linguistique et spirituelle. Ceci semble attester une transmission intégrale du savoir qui conjugue formation linguistique et morale. D. A. K IBBEE présente cette tendance comme une innovation du milieu du XVI e -siècle : 341 Thomas Linacre et William Lily pour le latin, voir C OLOMBAT 2001 : 662 ; Antoine Cauchie pour le français, voir K RISTOL 2001b : 768. 342 À ce propos, voir W ATSON 1908 : 98, K LINE 2007. <?page no="104"?> 94 (102) Thus extra cultural material in the grammars shifts from the « book of courtesy » (elementary guides to good table manners) in the early part of the century, to religious and moral material in the middle part of the century (Du Ploiche’s catechism, Hollyband’s treatise against dancing), to brief guides to popular wisdom and European culture at the end of the century. All of this reflects the importance accorded a new model of gentleman in the 16th century (1991 : 103-4). Il faut cependant nuancer ces propos puisque, si cette transmission se développe de façon importante à la Renaissance - notamment dans l’œuvre de Sir Thomas Elyot (1531) et celle de Roger Ascham (1570) qui trouvent leur modèle dans l’éducation du jeune homme noble de la Renaissance décrite dans Il Cortegiano de Castiglione--, elle est attestée à la fois pour le latin et pour les langues vernaculaires dès le Moyen Âge. C’est à partir du XV e -siècle que la pratique de la traduction, présente auparavant en latin dans la technique de l’expositio, semble avoir joué un rôle important dans le processus de réception et de production de la langue, non seulement comme moyen d’application des connaissances linguistiques mais aussi comme outil permettant de révéler et souligner, dans un processus contrastif, les structures de la langue enseignée. Tandis que pour la fin du Moyen Âge nous n’avons que le témoignage indirect des vulgaria, le XVI e -siècle voit l’émergence d’une réflexion théorique : la traduction prend alors un nouvel essor par le biais de la double traduction, pour l’apprentissage du latin mais aussi du français. Cette tendance justifie, semble-t-il, l’apparition de textes bilingues. Tandis qu’un métadiscours sur leur portée contrastive accompagne certains de ces textes à partir de la deuxième moitié du XVI e -siècle environ 343 , ce procédé devait déjà être attesté au Moyen Âge (cf.-Femina), période pour laquelle nous n’avons pas de témoignages explicites. La traduction au XV e -siècle n’est plus une aide d’apprentissage, comme c’était le cas des gloses, mais devient un instrument d’apprentissage. Ce développement a lieu au moment où l’on privilégie l’utilisation de la langue maternelle dans l’enseignement du latin et prend place dans le cadre de l’humanisme naissant attesté dans les collèges d’Oxford. C’est à cette même période qu’apparaissent pour le français les premiers textes bilingues (XIV e -XV e -siècle ; Femina, Manières de langage de 1399, Nominale sive verbale), dont la majorité est contenue dans des codices liés à l’enseignement de Thomas Sampson et de William of Kingsmill. Ces dictatores enseignant en marge du milieu des collèges et des universités ont dû, selon nous, bénéficier des innovations qui apparaissent pour l’enseignement du latin : il nous semble fondé d’imaginer que c’est par ces enseignants, dont le statut est flou et dont l’enseignement est prodigué dans l’une et l’autre langue, que l’influence des stratégies didactiques à l’œuvre pour le latin a pu pénétrer dans le domaine du français. Dans un mouvement inverse, comme nous l’avons énoncé dans nos conclusions au chapitre précédent, l’enseignement du latin dans les écoles de grammaire acquiert une tournure pratique semblable à celle des dictatores. Il est ainsi probable, selon nous, que l’utilisation du dialogue pour l’enseignement du français - bien attestée dès la deuxième moitié du XIV e -siècle à Bruges et à la fin du XIV e -siècle en Angleterre - ait influencé le développement de ce moyen pour l’apprentissage du latin. Celui-ci apparaît à la fin du XV e -siècle et se développe largement au XVI e -siècle sous l’impulsion d’humanistes qui, tels Vives et Erasme, ont élaboré leurs programmes dans les pays bénéficiant d’une tradition d’enseignement du français importante (Flandres et Angleterre). 343 Pour le latin, voir notamment Palsgrave, dans son Acolastus de 1540-et John Brinsley (1566-1630) ; pour le français, voir E LIOT 1593. <?page no="105"?> 95 K. L AMBLEY mentionne la ressemblance qui existe entre « the actual methods used by French teachers and those advocated by would-be reformers of the teaching of Latin » (1920 : 183) en se référant aux conseils prodigués par E LYOT : (103) But there can be nothyng more convenient/ than by litle and litle to trayne and exercise them in spekyng of latyne : infourmyng them to know first the names in latine of all thynges that cometh in syghte/ and to name all the partes or theyr bodies : and gyuyng them some what that they couete or desyre/ in most gentyl maner to teache them to aske it agayne in latine (1531, f.-18v ; [nous soulignons]). (104) And if a childe do begyn therin at seuen yeres of age/ he may continually lerne greke autours thre yeres/ and in the meane tyme vse the latin tonge as a familiar langage : which in a noble mannes sonne my well come to passe/ hauygne non other persons to serue him or kepyng hym company/ but suche as can speak latin elegantly. And what doubt is there : but so may he as sone speake good latin/ as he maye do pure frenche/ whiche now is broughte in to as many rules and figures/ and as longe a gramer/ as is latin or greke (ibid., f.-30r ; [nous soulignons]). Il existerait donc deux mouvements croisés. Le français en Angleterre - langue de prestige, voire langue technique - est devenu à la fin du XIV e -siècle une langue d’école, à l’image du latin. De fait, il est donc considéré comme une langue qui doit être apprise de manière réfléchie 344 . Pour ce faire, le milieu dans lequel le français est enseigné formellement, c’està-dire celui des dictatores, développe un programme semblable à celui de l’enseignement du latin, que ces professeurs côtoient ou ont côtoyé lors de leur formation en grammaire. Inversement, au moment où l’enseignement du latin est basé sur la pratique, on emprunte à l’enseignement des langues vulgaires les stratégies didactiques qui manquent à celui de la langue savante. 344 L AMBLEY 1920 : 28 ; L USIGNAN 1986 : 196. <?page no="106"?> 96 3 Description du manuscrit Le manuscrit qui est au cœur de notre étude s’inscrit, d’après son contenu, dans l’enseignement des dictatores d’Oxford que nous avons présenté dans le chapitre précédent : (1) Oxford, Magdalen 188 (XV 2/ 4 s.) 1) Orthographia Gallica « version longue » ; 2) nominale trilingue latin-françaisanglais ; 3) Liber Donati : liste de numéraux, jours de la semaine, fêtes, etc. : 4) ars dictaminis en français « Ore fait a dire » T. S., suivi de lettres modèles ; 5) version trilingue de la Somme le Roi. En effet, les différents textes qu’il réunit semblent former un ensemble thématique réfléchi et cohérent, si l’on considère le texte de la Somme le Roi comme un texte de lecture trilingue ou un exercice de traduction appliquant certains des enseignements de la première partie théorique ; il s’agirait ainsi d’un codex semblable à ceux utilisés dans les cours de Thomas Sampson ou de William of Kingsmill. Cette hypothèse, qui s’impose suite au panorama proposé, doit être confrontée à l’analyse du manuscrit lui-même, tant au point de vue de son histoire que de ses caractéristiques internes. Ainsi, les informations accessibles au sujet de ses éventuels auteurs, compilateurs et possesseurs doivent nous donner une idée non seulement du contexte de son élaboration, mais aussi de son hypothétique lectorat. C’est la confrontation de ces éléments qui est susceptible de confirmer ou d’infirmer l’hypothèse d’un manuel de langue et de nous donner, le cas échéant, des indices sur les applications et les méthodes didactiques dont ce codex a été le support. De plus, un rapide survol de la manière dont ce manuscrit se présente aux niveaux formel et structurel peut nous permettre de définir l’ordre des différentes étapes de son élaboration. L’analyse codicologique 345 est ainsi susceptible de servir à préciser des hypothèses touchant à la confection des traductions, au statut et à l’utilisation du manuscrit. Il s’agit de constater l’unité du manuscrit, ou au contraire de montrer, par l’analyse de la réglure, des rubrications, des « mains », etc., que nous nous trouvons en face de deux unités codicologiques différentes. De même, la mise au jour d’étapes de réalisation concernant la copie, les relectures et la rubrication, peut permettre d’évaluer l’intervention du (ou des) copiste(s), du compilateur, du (ou des) possesseur(s). Le caractère soigné du manuscrit qui nous occupe, copié sur du vélin et agrémenté de lettrines, suggère que l’on n’a pas affaire à un premier jet au niveau de son élaboration mais à une réalisation méditée. L’écriture est régulière, la copie présente peu de ratures et d’exponctuations, et ne contient aucun grattage. Il ne s’agit vraisemblablement pas d’une traduction « de première génération » - c’est-à-dire d’une production originale composée sur ce support-même - mais d’une réalisation consécutive à diverses opérations préparatoires, par un copiste consciencieux et professionnel mettant au propre un brouillon ou copiant une œuvre de référence. Ces caractéristiques, que nous nous proposons d’analyser dans ce chapitre, suffisent à indiquer que la variation dans les choix de traduction, la littéralité et les imperfections de cette dernière ne témoignent pas d’une élaboration rapide et dans l’urgence ou d’une faiblesse dans les compétences du traducteur, mais d’un travail concerté et conçu à des fins pédagogiques. Ce dernier point doit ainsi nous permettre de justifier les analyses linguistiques de la seconde partie de notre travail. Il nous 345 Pour la description codicologique, nous adoptons, sauf indication contraire, la terminologie de D. M UZERELLE (1985). <?page no="107"?> 97 oblige donc à considérer la réalisation de ce manuel en plusieurs étapes : l’élaboration du texte, et donc de la traduction de première génération, et celle du manuscrit, c’est-à-dire de la copie - ou de l’une des copies - de cette traduction. Nous ferons donc, dans ce qui va suivre, la différence entre ces deux épisodes. Toutefois, que le copiste et le traducteur soient ou non une même personne, il faut considérer que le texte dans sa globalité - traduction puis copie de cette traduction - a été jugé acceptable par le possesseur (professeur ou étudiant) et doit donc, dans le cas d’un manuel de langue, représenter la langue étudiée. 3.1 Le manuscrit et son contenu Le manuscrit Oxford Magdalen 188 peut être daté, grâce à des indices répartis dans le volume, du deuxième quart du XV e - siècle (cf.- 3.4.1.). Il s’agit d’un codex en vélin de grande taille ( 345mm x 220mm) contenant 102 folios. Il est composé de treize cahiers, parmi lequels douze quaternions et un ternion, qui sont assemblés dans l’ordre suivant : 1 8 -[cahier(s) manquant(s)] 2-11 8 12 6 13 8 . 3.1.1 Première partie : ouvrages didactiques La première partie du manuscrit est constituée d’un seul cahier de quatre bi-feuillets (ff.-1r-8v) : celle-ci forme une unité et offre un ensemble théorique de plusieurs extraits de manuels d’enseignement. Elle est composée de trois textes probablement copiés par la même main - dans une écriture mêlant deux des styles anglais traditionnels anglicana et secretary - et dont les contenus se succèdent sans rupture et sans changement de folio. Une copie fragmentaire de la « version longue » latine de l’Orthographia Gallica débute ce manuscrit (ff.-1r-4v) : (2) incipit : Orthographia Gallica et congrua in litteris gallicis dictata secundum usum modernorum Regula prima Dictio gallica dictata habens primam sillabam vel mediam in E - excipit : debet scribi sine titulo positus interrogatiue set quelle debent scribi relatiue Colyngburne. Ce fragment se termine avec la règle 98 346 et est suivi du nom Colygbourne 347 . Il s’agit ici, selon la description que fait R. H ANNA de ce manuscrit (à paraître : ms Lat. 154), du nom du scribe responsable de la copie de cette première partie. Une variante unique apparaît dans la version contenue dans ce volume : la règle illustrant l’utilisation de « de » et « a » (règle 78, fol. 4) donne comme exemple « De monseur Iohan De Waynflete » (le frère du fondateur du collège, voir infra, 3.4.), en lieu et place de la mention qui apparaît dans les autres manuscrits : « ut a mon seignur le Counte d’Oxenforde, de mon seignour Thomas d’Irlonde » ( J OHNSTON 1987 : 30). Les trois dernières lignes du folio 4v accueillent le début d’un nominale trilingue françaislatin-anglais. Ce nominale s’inscrit pour partie dans la tradition du Liber Donati puisqu’il est composé d’une liste des nombres cardinaux et numéraux, des jours de la semaine, des 346 La version latine la plus complète de l’Orthographia Gallica comporte 102 règles ( J OHNSTON 1987). 347 D EAN 1999 : §287. <?page no="108"?> 98 mois, des jours de fête, des adverbes, des participes, des conjonctions, des prépositions, etc., (ff.-4v-8r 348 ). Au milieu de ce nominale a été inséré un glossaire des réalités domestiques et des fournitures de maison (ff.-5r-7v) 349 : (3) incipit : Dimenge Sonday. Lundy Monday Mardy tuysday … Ianuer Feuerer Marche Marcz Aprill Daprill … [fol. 5r] Ad mea principia sit semper virgo maria Amen Vn j Deuy ij trois iij … Primer seconde tierce … Instrumenta que debent esse in hospicio hominis primo in aula Vnum focarium est vn astre an harston Vnum fumirale est vn amiur a smokhole Vnum lodium est vn amiur a louer - excipit : seint Bartholomew l’appostre lassumpcioun et la Natiuite nostre Dame lexaltacioun de la seint Crois. Cette liste prend fin à la deuxième ligne du folio 8r, et est suivie sans interruption manifeste par un fragment d’ars dictaminis (ff.-8r-v 350 ), accompagnée de deux versions - longue et brève - d’une lettre modèle : (4) incipit : Ore fait à dire quant vous fres as seignours en maniere de lettre quant en manere de Bille - excipit : purroit sinder tresdure a assuager luy voillez bon amy estre sachant de certeyne [appel : qil ad fait] (ff.-8r-v). 3.1.2 Seconde partie : la Somme le Roi La seconde partie, quantitativement beaucoup plus importante (ff.-9r-102v) que la première, présente une plume et une écriture différentes : de grandes lettres gothiques textura quadrata pour le texte français, une écriture cursive - mélange de style anglicana et secretary - pour les textes anglais et latin 351 . Elle est constituée de onze cahiers de huit bi-feuillets et d’un cahier de six bi-feuillets. Cette partie est composée d’une copie partielle, traduite en latin et en moyen anglais, de la Somme le Roi 352 , appelée aussi Livre (ou Somme) des vices et des vertus, rédigée à la demande du roi de France Philippe III le Hardi en 1280 353 par Lorens d’Orléans, frère dominicain et confesseur du roi : (5) L’ouvrage, en prose française, (…) est un traité de morale à l’usage des laïcs, 354 destiné à faciliter l’examen de conscience des pénitents, au moment de la confession, et à les engager à la pratique d’une bonne vie chrétienne, par la connaissance des vices à fuir et des vertus à cultiver ( B RAYER 1958 : 1-2). La structure de cette œuvre, présentée par P. M EYER (1892 : 68-95) et précisée par E. B RAYER , est la suivante : 348 Ibid. : §300. 349 Ibid. : §302 ; fragment édité par O WEN 1929 : 145-6. Ce nominale est interrompu par la formule « Ad mea principia sit semper virgo maria Amen », écrite en grandes lettres soignées. 350 D EAN 1999 : §317. 351 H ANNA à paraître : ms lat. 188 ; P ARKES 1969. 352 R. D EAN ne mentionne que la première partie de ce texte, c’est-à-dire celle qui traite des Dix Commandements (1999 : §678). 353 Concernant l’explicit : « en l’an de l’incarnacion nostre Seigneur Jhesuscrist .Mil. CC. et soixante et XIX », E. B RAYER indique « Quelques manuscrits ajoutent : « ou mois de mars » ; c’est pourquoi nous adoptons la date de 1280 (nouveau style) » (1940 : 2). 354 Le public à qui s’adresse cette œuvre est mentionné explicitement dans le texte : Ces sont lez branches d’avarice ; assés y a d’autres mes eles aupartiennent plus aus clers que aus lais et cist livres est plus fet pur les lais que pur les clers qui sevent lé escriptures. (f.-70v). <?page no="109"?> 99 (6) 1) Traité des dix commandements de Dieu. - Déb. : Li premiers commandemens que Dieu commande, c’est cestui… 2) Traité des douze articles de la foi, contenus dans le Credo. - Déb. : Ce sont li article de la foi crestienne que chascuns crestiens doit croire fermement… 3) Traité des sept péchés mortels, auxquels sont ajoutés les péchés de la langue. - Déb. : Messir sainz Jehan, ou livre de ses revelacions qui est appelez l’Apocalipse, si dit que il vit une best qui issoit de la mer… (…) (1958 : 2). C’est à la fin de cette troisième section que s’achève notre manuscrit, au milieu de la discussion portant sur « de peccata lingue » dans le chapitre « de litigio ». Le texte original dans sa totalité compte en outre un traité de la vertu, en général, et un traité des vertus, en particulier, qui n’apparaissent donc pas dans la version de notre manuscrit. Ce texte a fait l’objet d’une première édition critique pour notre mémoire de maîtrise ( N ISSILLE 2000). Nous proposons en annexe une nouvelle version de cette édition, revue et corrigée par nos soins, et augmentée de la comparaison avec certaines leçons des autres textes français (sur la base de B RAYER / L EURQUIN -L ABIE 2008). 3.2 Unités codicologiques D’un point de vue codicologique, il est malaisé de définir si les deux éléments thématiquement distincts contenus dans ce manuscrit ont initialement été élaborés dans le but d’être assemblés au sein d’une unité cohérente, ou si leur copie a été indépendante (voir encore 3.4.1.). Il est d’ailleurs probable que l’assemblage des cahiers, qu’il n’est pas possible de situer avec exactitude dans le processus d’élaboration du manuscrit, se soit fait en deux temps : tout d’abord l’assemblage de la seconde partie, puis la réunion des deux unités thématiques. Le seul élément clair qui émane de la mise en page est qu’une suite était prévue pour chacune des deux parties thématiquement distinctes. En effet, c’est par la réclame q’il ad fait que l’unique cahier composant la première partie se termine, ce qui porte à croire qu’il devait initialement être suivi d’au moins un autre cahier, aujoud’hui perdu ou dont la rédaction a été abandonnée. La seconde partie se termine elle aussi par une réclame. Ce dernier élément indique qu’une suite était prévue, et que celle-ci a été égarée ou a fait l’objet d’un second volume. Une certaine unité semble néanmoins se dégager de l’ensemble. En effet, les deux parties du manuscrit affichent une réglure et une linéation similaires. La mise en page présente une zone d’écriture de 230-5 mm x 130-5 mm organisée en longues lignes, et chaque page compte vingt-sept lignes. De plus, des rehauts à l’encre rouge semblent faire partie d’une toute dernière étape de relecture, touchant l’intégralité des versions et des ajouts, de quelque nature qu’ils soient : les éléments de structuration et certaines lettres du texte 355 sont ornés de rouge, cette mise en valeur se trouvant à la fois dans le texte, les ajouts marginaux, les en-têtes, les dessins et les appels de fin de cahier. Ces rehauts sont le fait du compilateur ou d’un possesseur ultérieur 356 , 355 Dans la seconde partie, la mise en valeur n’est pas régulière, et se fait parfois dans les trois langues, parfois uniquement en français et en latin, parfois uniquement en anglais. 356 De petites taches rouges sur certaines pages pourraient indiquer que la mise en valeur à l’encre rouge a été faite rapidement et en continu, le scribe feuilletant le manuscrit sans laisser à l’encre le temps de sécher avant de tourner la page (f.-88r). <?page no="110"?> 100 puisque la mise en valeur rythme et traverse tout le codex et a pour objectif d’unifier la présentation générale. Ce dernier point pourrait indiquer une volonté de faire de ce manuscrit un ensemble cohérent. ff.-8v-9r : sur la page de gauche, fin de la première partie du manuscrit, se terminant par un fragment d’ars dictiminis ; sur la page de droite, premier folio de la Somme le Roi. À une occasion, l’encre rouge a été utilisée dans la seconde partie pour rédiger un commentaire marginal, consigné à l’aide d’une plume très fine et dans une écriture relâchée. Il est difficile de savoir si ce dernier a pour but de préciser une notion lexicale par une mise en situation - la notion de detracion - ou s’il s’agit d’un commentaire théologique : (7) Texte : « En cest commandement nous est devee qui l’en ne mente ne s’en parjure ne en jugement ne hors jugement pur nuire a autrui et que l’en ne mesdie d’autrui en mal entencion de lui empirier de sa bone renommee ou la grace que il a. Car c’est peché mortel. En contre cest commandement font ceux qui mesdient des preudommes par derriers a leur escient ou par malice que l’en apele detracion. » (f.-16r) Commentaire marginal : « as they that be moost entriked with synne and those a devot man or womman, they wil say : ‘loo þe ypocrite how holy he makith hym, we shal come as sone to heven as he for alle his holynes’ ». <?page no="111"?> 101 f.-16r : commentaire anglais L’utilisation de l’encre rouge pour rédiger cet ajout marginal dans un folio que caractérise la présence de traits verticaux rehaussés de rouge, les derniers du manuscrit (cf.-3.3.1.5), nous fait penser que c’est lors de la dernière relecture qu’a été inséré ce commentaire. En ce qui concerne la copie des deux parties et leur structuration thématique (rubrication, titres courants, soulignement), celles-ci ont, selon toute apparence, été d’abord indépendantes, comme nous allons le voir. 3.2.1 Première partie La mise en page des trois textes composant la première partie témoigne d’une rédaction ininterrompue : ils n’ont donc pas été rassemblés a posteriori mais bien copiés l’un à la suite de l’autre afin de composer une unité que la thématique commune, visant l’enseignement du français, justifie d’emblée. Cependant, les mains et les plumes étant généralement difficiles à différencier, rien ne nous indique que les trois textes aient été copiés par Colynbourn, le scribe vraisemblablement responsable de la copie de l’Orthographia Gallica 357 . 357 On ne peut pas exclure la possibilité que cette signature ait été présente dans la version antérieure servant de modèle à ce manuscrit, et donc identifiée par le scribe comme appartenant au corps du texte. Cependant, les diverses dates et lieux de rédaction pouvant être déduits de l’analyse de la forme et du contenu du volume dans sa globalité rendent plausible la participation de Colynbourn à son élaboration (voir infra, 3.4.1.). <?page no="112"?> 102 ff.-4v-5r : sur la page de gauche, la fin du fragment de l’Orthographia Gallica (avec la mention du nom du scribe « Colynbourne ») et le début, pages de gauche et de droite, du nominale Cette première partie débute par une lettrine d’or sur fond diapré rouge et bleu : f.-1r : début de l’Orthographia Gallica <?page no="113"?> 103 La structuration thématique se fait par le biais d’insertions, dans le corps même du texte, de rubriques précédées de pieds de mouche en bleu, ainsi que par la mise en évidence de certains passages soulignés en noir (numérotation des règles de l’Orthographia Gallica). 3.2.2 Seconde partie Dans la seconde partie, et d’un point de vue graphique, le texte français a la suprématie sur les deux autres. L’écriture est grande, soignée, exécutée à l’aide d’une plume large (gothique textura quadrata). La succession des mots est régulière. Les deux autres langues - le latin apparaissant au-dessus de la version française et la version anglaise au-dessus de la version latine - sont toutes deux rédigées dans une écriture cursive (anglicana/ secretary) au moyen d’une plume fine. La succession des mots est irrégulière, chacun étant calé sur le mot français correspondant. Ces versions - latine et anglaise - sont souvent lacunaires. De ce fait, elles ressemblent plus fortement à des gloses interlinéaires continues qu’à une traduction littéraire soignée et complète. D’un point de vue graphique, le style d’écriture utilisé pour la copie du texte français n’apparaît pas ailleurs dans le manuscrit. Nous nous trouvons donc ici devant une version très formelle, constituant la version prestigieuse de ce texte. Plusieurs structurants et ajouts marginaux (rubrication, rehauts, titres courants, citations, etc.) rythment le document : ff.-24v-25r : double page illustrant une partie des ajouts et structurants <?page no="114"?> 104 Chaque nouvelle grande partie thématique débute par une lettre peinte en bleu à filigranes rouges 358 : f.-24v : lettrine Une tentative d’organisation du contenu du manuscrit se manifeste, comme dans la première partie, par des rubriques et par le soulignement de certains passages. Ces procédés ont pour but de marquer la progression thématique du texte lors de l’introduction d’un nouveau commandement ou d’un nouveau péché. En ce qui concerne le soulignement, c’est tout d’abord, dans les premiers folios, la version française uniquement qui est soumise à cette structuration thématique. La situation s’inverse rapidement au profit d’un soulignement dans les traductions latine et anglaise. Cette mise en relief disparaît entièrement vers le troisième tiers du texte (à partir du folio 69r). D’un point de vue général, il est difficile de savoir si la main est la même pour toutes les versions du texte, les insertions et les citations qui apparaissent dans la seconde partie de ce manuscrit. En effet, le changement de plume de même que la différence d’écriture n’indique pas de manière certaine une multiplicité de scribes 359 . En revanche, il est possible de classer, comme nous allons le voir dans le point suivant, les différentes étapes de copie et de rédaction. 358 L’oubli d’une lettre filigranée au folio 18r révèle une lettre d’attente dans la place laissée à cet effet. 359 L’étude paléographique de ce manuscrit, conduisant à comparer les différentes mains, mériterait une attention particulière. Une rapide confrontation du ductus des diverses versions de la seconde partie nous conduit à considérer qu’elle a été réalisée par un seul scribe. <?page no="115"?> 105 3.3 La Somme le Roi et sa traduction bilingue 3.3.1 Élaboration de la copie : une composition en plusieurs étapes 3.3.1.1 Transcription du texte français Plusieurs indices - tels l’insertion de rubriques et la régularité de la copie de la version française, nous le verrons - laissent croire que le scribe a tout d’abord transcrit intégralement le texte français, en ménageant, grâce à la linéation, deux espaces destinés à accueillir les traductions latine et anglaise 360 . 3.3.1.2 Première relecture La relecture de cette première copie et l’introduction de rubriques, insérées dans le texte, ont dû constituer la deuxième étape de l’élaboration de la seconde partie de notre manuscrit. Les rubriques sont rarement traduites et sont donc prises lors de la traduction pour ce qu’elles sont : des structurants thématiques ne contenant aucun message linguistique et ne nécessitant pas de traduction. ff.-24v-25r : rubriques et titres marginaux Ces titres ont été réalisés après la transcription intégrale du texte en français et il est probable que cette étape ait eu lieu avant la copie de la traduction dans les deux langues support. En effet, lorsque la place n’a pas été ménagée pour accueillir ces titres, ou qu’elle est insuffisante, ils ont été écrits sur deux ou trois lignes et débordent ainsi sur les lignes prévues pour les versions latine et anglaise. Dans ce cas, ils empêchent la traduction dans l’une ou l’autre des langues support : (8) and it by hovith to yelde or to honge. et illud oportet reddere vel […] Le quarte chief et il covient rendre ou pendre . de la best (f.-47r) 361 Ces titres sont accompagnés de titres marginaux, rédigés avec une plume très fine et dont l’écriture est rapide et peu soignée. Ceux-ci fonctionnent comme un rappel des rubriques : ils ont donc pu fonctionner soit comme des titres d’attente, permettant au copiste de 360 Nous pouvons d’ailleurs relever à la fin du folio 79v dans la marge, les inscriptions an la ga (anglice, latine, gallice), suivant le schéma de composition du texte. L’indication an se présente ainsi sur la ligne réservée à l’anglais, la sur celle du latin et ga sur la ligne du texte français. Il s’agit vraisemblablement de mentions d’attente ; il est cependant étonnant que cette indication apparaisse si tardivement dans notre texte. Ces inscriptions se trouvant juste à côté du texte, et la marge étant substantielle, il est exclu que de telles insertions aient couru sur l’intégralité du manuscrit et aient été rognées lors de la reliure. 361 Nous voyons ici un ajout sur deux lignes. Ce titre a été écrit avant la version latine et le scribe n’a pas eu la place d’y insérer la traduction latine du verbe pendre, verbe qu’il sait pourtant traduire puisqu’il le fait ici en anglais, ainsi qu’en latin au folio 61v. <?page no="116"?> 106 retrouver l’endroit où il doit ajouter une rubrique une fois la copie terminée, soit comme des structurants thématiques insérés plus tard. Plusieurs éléments nous permettent de faire pencher la balance du côté de la première solution. Tout d’abord, ces titres d’attente se trouvent généralement sur la ligne devant accueillir la rubrique, et non sur celle qui débute la nouvelle thématique (cf.-f.-52r) : f.-20r : titre d’attente : « le quinte article » De plus, un ajout fait par cette même main apparaît à l’intérieur du texte pour combler les lacunes de la version française : f.-19v : titre inséré à l’intérieur du texte : « le .iii. article » La présence d’un tel titre dans le corps du texte le rend non pertinent en tant que structurant thématique - ce qui renforce l’idée qu’il doit s’agir d’un titre d’attente. Le fait que cet élément soit traduit en latin et en anglais démontre que son insertion dans le texte a été antérieure à la transcription de la traduction. 3.3.1.3 Copie de la traduction 3.3.1.3.1 Copie d’une traduction pré-existante ou traduction de 1 re génération ? La qualité de la graphie et le caractère prestigieux de ce manuscrit nous obligent, nous l’avons dit en introduction à ce chapitre, à renoncer à l’éventualité d’une traduction de première génération et à envisager la transcription d’une traduction pré-existante. Il est cependant malaisé de trouver d’autres preuves parlant pour l’une ou pour l’autre des hypothèses. La présence de corrections dans la traduction - exponctuations, ajouts, éléments <?page no="117"?> 107 biffés - peuvent indiquer l’un ou l’autre processus. En effet, ces corrections (cf.-3.3.1.5.) peuvent signaler les tâtonnements d’une traduction en cours d’élaboration, des erreur de copie de la part d’un copiste reproduisant cette traduction ou encore des modifications apportées par un lecteur ultérieur. Quelles que soient les raisons de ces amendements, ils indiquent une exécution soignée et la volonté d’améliorer le texte. C’est surtout au niveau de l’éventuelle existence de décalage entre l’une ou l’autre des versions qu’est susceptible d’apparaître un témoignage du processus d’élaboration du manuscrit. C’est le cas notamment dans l’exemple suivant : (9) Or whan man swerith by his creaturis. As he saith « by this sunne. that shyneth » or 362 « by this fyre that brenneth ». or « by myn hed »/ or « by the soule of my fader ». or othir ylyke suche wordes forbedith god in the gospelle vel quando homo jurat per suas creaturas. cum (sicut) unus dicit « per istum solem qui lucet. per istum ignem qui ardet » vel « per meum caput ». vel « per animam mei patris ». vel aliis similibus/ tales sermones/ prohibet deus in evangelio Ou 363 quant l’en jure par ces cultures com l’en dit « par cest soleil. qui luist. par cest fu que ard » ou « par mon chief » ou « par l’ame mon pere » ou autre semblable. tiex sermons deffent diex en le vangile 364 . (f.-99r) Dans ce passage, la version française ne suit pas l’original, la forme cultures naissant certainement d’une mauvaise lecture de creatures. Les traductions offrent quant à elles une traduction basée non pas sur la leçon présente dans notre texte mais sur celle proposée par l’original 365 . Ailleurs dans le texte, une leçon erronée apparaissant dans la version anglaise indique une interprétation à attribuer à un problème de copie : (10) that is lytil and skarce./ And it happith fulle ofte that h[e th]at 366 by physike lyveth : by phisike dyeth. que est parva et mediocris. et contingit multociens quod ille qui per phisicam vivit per phisicam moritur. qui est petit et estroite. et avient souvent que cil qui par phisique vit par phisique moert. (f.-82v) Dans cet exemple, le français cil qui est traduit par hat, erreur qui selon nous est plus susceptible d’apparaître sous la plume d’un copiste que sous celle d’un traducteur. 3.3.1.3.2 Copie en deux temps de la traduction Nous avons montré plus haut que la transcription du texte français a été élaborée avant la copie de la traduction : ce n’est donc pas une copie réalisée linéairement. La copie de la traduction a ensuite été faite pour chaque ligne, d’abord en latin, puis en anglais 367 . Au niveau de la mise en page, plusieurs indices viennent confirmer cette dernière hypothèse. 362 Correction par le scribe : ajout de or. 363 Correction par le scribe : ajout de u. 364 Lecture proposée : l’evangile. 365 On peut d’ailleurs noter qu’au folio suivant (99v), et dans un contexte différent, on trouve créature traduit par creaturas et creatures. 366 Leçon rejetée : hat. 367 À plusieurs reprises, des mots n’ont pas été compris et l’espace correspondant a donc été laissé vide par le traducteur, ceci afin de conserver le parallélisme entre les trois versions voire, peut-être, dans l’attente de trouver la traduction adéquate. Ces deux solutions ne sont bien sûr pas exclusives. C. W ITTLIN (1976 : 605) indique qu’il n’est pas rare que le traducteur médiéval, devant des mots inconnus, <?page no="118"?> 108 Dans l’exemple suivant, la précision latine id est adulatione a été insérée, par manque de place, sur la ligne réservée à l’anglais, ce qui a obligé le copiste à décaler la traduction anglaise de ce mot d’une ligne au moment de sa copie : (11) flateringe which is synne mortal [………..] (id est adulatione) whan on saith [………………….] quod est peccatum mortale, vel ex laudacione quando unus dixit in sua presencia qui est pechié mortel 368 ou de losenge quant ung la dit en leur present (f.-16v) Certaines corrections effectuées lors de la traduction attestent ce même processus. Il arrive, par exemple, que les deux traductions anticipent la version française et que le traducteur corrige cette tendance qui s’accroît au fil du texte : (12) for he dooth ayenst the precept of god a foresaid and of holy quia ille facit contra mandatum dei antedictum et de sancte car il fet contre le comandement dieu devant dit et de holy chirche ecclesie seint eglise. (f.-12r) Dans ce passage, les adjectifs sancte et holy ont ainsi été biffés, dans une tentative de maintenir les traductions en regard du texte français. Cette correction prend place lors de la troisième étape de la copie puisque le traducteur, qui insère le mot anglais correspondant à la ligne suivante, se trouve dans l’impossibilité de modifier la version latine et donc d’y introduire le mot latin à déplacer. Cependant, alors que l’ordre de la copie des traductions nous est connu, il est difficile de discerner si les versions ont été ajoutées phrase après phrase, page après page ou si elles ont été entièrement réalisées l’une après l’autre. Une particularité de la traduction anglaise pourrait corroborer l’hypothèse d’une copie intégrale. En effet, la version anglaise est parfois absente sur un ou plusieurs folios entiers (ff.-79r à 81r, 87v à 89r, 94v). Comme cet abandon de la traduction n’apparaît ni ne disparaît en milieu de page mais plutôt en début et en fin de page, il est probable que ce soit un oubli du copiste qui aura manqué un, voire des folios entiers lors de la troisième étape, celle de la copie de la traduction anglaise 369 . se résigne à transcrire le mot tel quel ou à laisser l’espace suffisant en espérant qu’il trouvera plus tard la solution. Il donne l’exemple de Denis Foulechat, traducteur du Policraticus, qui confesse avoir usé de ce procédé : « En plusieurs lieux ou je n’ay peu trouver conseil n’en livre n’en plus souffisans de moi, j’ay laissié les espaces, en esperance de les corriger ». 368 M (10, §74) : qui est pechié d’adulacion ou de losenge. 369 Un folio contient, cependant, la traduction de quelques mots anglais : sic venit mors qui [……………………………………….] hii sunt ainz vient la mort que l’en en sente les mors. Ces sont […………………] wherof […….] saith [……………………..] eten (bytyn) […] male loquentes unde salamon dicit (loquitur) quod illi mordent sicut les mesdisanz dount salemon dit qu’il mordent com [………………………………………………………………………………………] serpens in tradicione et hoc venenum mactat tres ad unum ictum serpent en traison. et cest venin en tue .iii. a un cop. hym […………………………………………………………………………………………….] illum qui loquitur. et illum qui ascultat. et illum de quo ille male loquitur Celui que dit et celui qui escoute et celui de qui il mesdit. (f.-94v) Nous n’avons pas trouvé d’explication à ce phénomène. <?page no="119"?> 109 Il est à noter que l’absence de traduction anglaise est parfois maintenue jusqu’à la fin d’un cahier et ne reprend qu’au début du cahier suivant (voir ff.-79r à 81r). Cette information pourrait indiquer une copie non pas globale, une fois l’ouvrage relié, mais plutôt cahier par cahier en reproduisant vraisemblablement la mise en page du brouillon ou du manuel servant de modèle. La traduction aura donc été copiée étape par étape par un scribe intéressé à faire, à son tour, l’exercice ou désireux de bien comprendre le texte afin de l’améliorer. 3.3.1.3.3 Ajouts marginaux divers Des ajouts marginaux ont été insérés vraisemblablement en même temps que la copie de la traduction, soit que ces citations et commentaires aient fait partie du manuel servant de modèle, soit que le scribe ait eu sous les yeux ou en mémoire des passages d’autres ouvrages traitant de la même thématique. Citations : À quelques occasions, des citations latines apparaissent dans la marge : celles-ci reprennent certains éléments de la thématique du texte, voire de sa formulation. La Somme le Roi est elle-même émaillée de citations tirées non seulement de la Bible et des Pères de l’Église, mais aussi des auteurs classiques, notamment Dionysius Cato ( C ARRUTHERS 1986 : 15). L’auteur des ajouts marginaux apporte à ces références des informations supplémentaires ou des liens vers d’autres écrits : (13) Texte : « (…) Pur ce les apele le scripture 370 enchanteors qu’il enchantent tant l’omme que il les croit plus que soi meismes que il croit miex ce qe il oit que ce qe il voit et ce que il dient de lui que ce que il ensient 371 . » (f.-93r) Citation marginale : « Cato : plus aliis de te, quam tu tibi credere noli. Siquis te laudat nunquam cum gloria fraudat, plus laudatori quam tu tibi credere noli. » 372 (14) Texte : « Cest pechié est laid en celui qui par sa propre bouche se vaunte ou de son parage ou de ces oevres ou de ces prouestes ». (f.-33v) Citation marginale : « Qui se collaudat stercore coronabitur. Si quis te laudat nun quam cum gloria fraudat. Plus laudatori quam tu tibi credere noli ». (15) Texte : « Et en leu de samedy qui estroitement soit gardés en la vielle loy-· estably seint eglise le dimenche à garder en le novele loy. Car nostre sires iresourt 373 de mort a vie ». (f.-11v) Citation marginale : « Sonday quia in die dominica surrexit sol justicie christ[us] deus noster qui confundens mortem donavit nobis vitam sempiternam » 374 . (16) Texte : « qui ne sont mie peché mortel com sont mavis esmovemens de char qui l’en ne puet pas de tout eschiver ». (f.-14v) Citation marginale : « quia primus motus non est in nostra potestate » 375 . 370 Lecture proposée : l’escripture. 371 Lecture proposée : en sient. 372 La citation conservée dans les Distiche Dionysii Catonis : de moribus ad filium est la suivante ( C ONSTANT 1937) : « Cum te aliquis laudat, judex tuus esse memento : Plus aliis de te quam credere noli » (XIV). 373 M (10, §30) : i resourdi de mort a vie. 374 Cette citation s’inspire d’une hymme des vêpres de la fête de la nativité de la Vierge (voir M IGNE , J.-P. (1880), Patrologiae cursus completus, series latina prior, 150, Paris : Garnier, 150, 1322). 375 On retrouve cette citation dans les écrits de St. Augustin, voir Collectanea franciscana (1931), Istituto storico dei frati minori cappuccini, Collegio San Lorenzo da Brindisi, Rome, 305. <?page no="120"?> 110 (17) Texte : « Car com seint augustin dit ‘combien qui cil que mente par sa mençonge face de bien autrui toutes voies il fent 376 son propre dommage’ ». (f.-97r) Citation marginale : « nota cato Sic bonus esto bonis ne te mala dampna sequntur » 377 . La plume utilisée pour ces ajouts marginaux semble être la même que celle des traductions. La comparaison graphique entre ces différents niveaux ne nous permet cependant pas de l’affirmer. Ces ajouts peuvent donc aussi être le fait d’un possesseur ultérieur, intéressé par le contenu théologique de notre texte. Commentaires didactiques explicites : Le manuscrit contient deux ajouts marginaux qui s’apparentent à des commentaires didactiques explicites. Ainsi nous trouvons, concernant les choix lexicaux, des développements visant à proposer des synonymes ou à distinguer des homonymes. Dans le premier commentaire de ce genre, un synonyme de vergoigne plus courant à l’époque du manuscrit, à savoir honte, est indiqué dans sa forme substantive et adjective : (18) The seventhe braunche Septimus ramus La septime branche […………] is fole drede and unwys shame superbie est stultus timor et imprudens pudor vel verecundia d’orgueil est fole paor et fole vergoigne (f.-40v) Ajout dans la marge : « shame hounte shame[th] hounto[s] ». Cet ajout présente un style graphique très peu formel et une graphie anglo-normande (hounte, hountos). Plus loin, c’est une explication de la parenté entre deux homonymes qui est fournie : (19) This is the scorpione that shewith faire in face and envenymeth with the tayle. Iste est scorpio qui blanditur in facie et entoxicat cum cauda C’est li escorpions que blandist de la face et envenime de la queue. (f.-96r) hec diccio : But in gallicis : is the ende of a thinge, so this. But in englisshe is wel lyknid to the tayle of the serpent wiþ whiche he envenymeþ, so he that saith this is a good man he shewith now þe face of the scorpione. But he hath such a defaute : loo, now the ende of the scorpi[one] But in frensche and in engliss[he], But evermore envenymeth. 376 M (39, §102) : fet. 377 Cette citation est tirée des Distiche Dionysii Catonis : de moribus ad filium, XI ( C ONSTANT 1937). <?page no="121"?> 111 Ce commentaire traite de l’équivalence qui existe entre la forme française queue et son emploi en anglais. Cet emprunt fait au français par l’anglais, et dont la première attestation dans le MED date de 1500, pourrait ainsi avoir été jugé impropre à traduire la réalité présente, pour laquelle le traducteur aurait préféré tayle. La plume ainsi que l’écriture utilisées pour cet ajout ressemblent à celle(s) des traductions et des citations latines. Dessins : Divers croquis ont été insérés dans les marges du texte : une manicule (ff.-33v, 83v, 84v, 86v, 99r), qui accompagne parfois des titres thématiques marginaux 378 ou indique la ligne de la traduction anglaise ; deux dés symbolisant le jeu (f.-53r) ; le dessin d’un homme à oreilles d’âne en train de boire une coupe, symbolisant la « gloutonnie » (f.-76v) ; deux visages se disputant et illustrant la discorde (f.-102r). Ces dessins ont probablement été ajoutés en même temps que la copie de la traduction et non par un possesseur ultérieur, comme le suggère le fait qu’ils ont été rehaussés de rouge. Cette mise en valeur fait en effet vraisemblablement partie d’une dernière relecture lors de l’élaboration du manuscrit (cf.-3.2.). 3.3.1.4 Deuxième relecture : rubrication Lors d’une deuxième relecture, postérieure à l’assemblage des cahiers de la seconde partie, prend place un processus de structuration thématique sous la forme de titres courants en latin, situés en haut à gauche du folio recto. Ils constituent un résumé succinct de la thématique traitée dans les folios recto et verso : (20) De .7. speciebus superbie. et primo de Infidelitate que producit. .3 es . ramos. primus ramus Ingratitudo (f.-28r) Dans certains cas, ces rappels thématiques apparaissent dans la marge, en regard du texte correspondant 379 : (21) « nota de ingratitudine » : inséré dans la marge du texte traitant du péché d’ingratitude (f.-28r) D’un point de vue paléographique, ces rappels ressemblent peu aux autres ajouts présents dans le texte. R. H ANNA (à paraître : ms lat. 188) mentionne que ces en-têtes semblent être une partie des finitions habituelles de John Dygon, le possesseur - voire le commanditaire - du manuscrit et un important donateur d’ouvrages au collège Magdalen d’Oxford (voir infra, 3.4.1.). John Dygon apparaît comme un possesseur consciencieux. Au sujet du manuscrit Oxford, St John’s College, 77, R. H ANNAH indique : (22) As owner, he went through the book very carefully ; he at least read portions against copy and supplied number of small eye-skip omissions. And he left a few finding notes for topics that interested him. But he was most concerned with making the book reader-friendly : he, not the scribe, foliated in arabic, and he was especially concerned with indexique its contents (…). But, in addition to listing them elsewhere, he also filled in the heading for a vast number of the inclueded texts (…) (2006 : 127-8). 378 Nous n’avons malheureusement pu trouver d’explication pour chacune de ces insertions de manicules. 379 Cf.-encore f.-74r : nota historiam. <?page no="122"?> 112 f.-9r : première page de la Somme le Roi, pour laquelle les traits verticaux sont nombreux et rehaussés <?page no="123"?> 113 3.3.1.5 Correction et amélioration du texte Une tentative de relecture assidue et d’amélioration du texte se présente sous la forme de corrections, telles des ajouts de mots et de lettres, ainsi que des exponctuation. Il n’est cependant pas possible de connaître la main responsable de ces amendements : il peut s’agir du copiste - cherchant à corriger des erreurs qu’il aurait introduites ou désirant améliorer le texte qu’il a sous les yeux - ou d’un relecteur, voire d’un possesseur ultérieur. Certains de ces éléments sont susceptibles d’avoir été introduits par John Dygon, puisque ce dernier, nous l’avons vu (cit. 22), s’adonne à ce genre de corrections dans les manuscrits qu’il possède. 3.3.1.5.1 Traits verticaux La mise en page du texte présente des traits verticaux, tracés à l’encre noire, visant à faire correspondre les mots français avec leur traduction. La traduction de chaque mot ou groupe syntaxique est ainsi ajustée pour correspondre visuellement avec son référent. Les traits verticaux, qui font double emploi avec les espacements, sont progressivement abandonnés et disparaissent entièrement après le folio 10v, sauf utilisation ponctuelle au folio 15v. Ils réapparaissent néanmoins dès que la proposition est trop complexe ou regroupe trop d’éléments morphologiquement semblables pour que le seul système des espaces suffise à une bonne compréhension. (23) he synneth dedly if he not it yelde thider whider he ought if he ille peccat mortaliter si ille non restituit illuc ubi ille debet. si ille il peche mortelment se il nel rent la ou il doit se il it knowe whider it may be doo or if he not it knowe hoc scit ubi hoc potest facere vel si ille non hoc scit le siet ou le puisse fere ou se il ne le set (f.-15v) 381 380 f.-15v : traits verticaux visant à faire correspondre les mots français et leurs traductions 380 Dans cet exemple, la complexité de la phrase, due au nombre élevé de pronoms personnels ainsi qu’à l’ambiguïté de la forme ou - relatif ou coordonnant--, peut empêcher l’identification des formes d’un seul coup d’œil. Dans ce cas, les traits verticaux sont les bienvenus et aident à la compréhension. <?page no="124"?> 114 Cependant, ces traits n’influent sur la régularité des espaces entre les différents mots ni en français, ni dans les traductions, ce qui nous indique qu’ils ont été ajoutés après la transcription du texte. Ils ont été rehaussés, comme les autres ajouts, de rouge (cf.-3.2.) 381 . 3.3.1.5.2 Corrections On peut noter, en ce qui concerne la copie du texte français, diverses corrections au niveau de la graphie qui révèlent le désir du scribe - ou d’un relecteur - de rester fidèle au texte original ou, du moins, de gommer les graphies anglo-normandes ou les graphies « phonétiques » qui peuvent apparaître dans cette copie. Ces corrections - lettres biffées, ajouts de lettres en indice - peuvent avoir plusieurs buts non exclusifs : la reproduction du modèle, le gommage de certains anglo-normandismes, l’application des consignes reçues dans le contexte d’un enseignement linguistique ou encore la régularisation de la graphie (voir chapitre 5). Les traductions elles aussi sont parfois corrigées. Il est cependant difficile de savoir si les leçons considérées comme erronées et corrigées par le copiste sont le fait du traducteur ou si elles sont nées sous la plume de ce même copiste, par distraction ou par émancipation face à son modèle. Certaines modifications semblent avoir été insérées au cours de la copie des traductions. Ainsi, dans l’exemple suivant, il est probable que la traduction latine ait été corrigée par le copiste au moment de la copie de la traduction anglaise, qui ne suit pas la traduction latine initialement proposée. Ainsi, racine apparaît tout d’abord en latin sous la forme racemus, avant d’être corrigée en radix : (24) This vice is a ful evel rote that casteth out ful many evel braunches hoc vicium est unus nimis malus racemus radix qui jactat multos malos ramos Cest vice est.i. trop mal racine qui gette trop de males branches. (f.-47r) Plusieurs cas de figure sont envisageables pour expliquer cette correction. Il est tout d’abord possible que les deux traductions aient présenté une transposition inadaptée du mot racine, ce dont le copiste se sera rendu compte à la copie du texte latin et qu’il aura corrigé - étape lui permettant alors d’adapter la version anglaise au cours de la copie. Les deux traductions ont pu aussi présenter une interprétation différente - racemus et rote--, cas de figure qui n’est pas exceptionnel dans ce manuscrit (cf.-chapitre 4). Dans ce cas, le copiste (ou un relecteur) aura ainsi uniquement amendé la version latine. Finalement, nous ne pouvons pas exclure que les deux traductions aient bien présenté les leçons radix et rote, mais que le copiste y ait introduit une formulation spontanée et indépendante du texte à copier née de sa propre interprétation du texte français (ou de sa connaissance de la langue latine). Ce dernier mécanisme est attesté à plusieurs reprises, notamment dans l’exemple suivant, où l’impersonnel il de la formule il y a a été rendu en latin par illi avant d’être biffé : 381 Le renforcement en rouge apparaît uniquement dans les folios 9r et 10r, 16r. Dans ce cas, ils font la plupart du temps double emploi avec les traits déjà présents en noir, même s’il arrive qu’ils les complètent. <?page no="125"?> 115 (25) The secunde synne is greet. the lytel good deed that here infaunt dooth whom they yeven souke : the dedis and þe wordes they encresten or dowblen and justifien of hem so muche. that me hath more of lesynge than of trouthe. and ther fore these ben callid fals wytnesses in holy scripture Secundum peccatum est magnum. Exiguum bonum quod 382 illorum infans facit quem isti ablactant facta vel dicta ipsi concrescunt vel duplicant et justificant de eis tantum quod illi habetur magis de mendacio quam de veritate et ideo ista vocantur falsa testimonia in sancta scriptura Le secont pechié est grant 383 le petit bien que leur enfant fet que il aletent fet ou dit il croissent ou doublent et a joustent 384 de leur tant que il y a plus de mençonge que de voir et pur ce sont il apelé faus tesmoingnes en seinte escripture. (ff.-92v-93r) Il est probable que les différents cas de figure que nous venons d’énoncer se retrouvent dans les diverses corrections qui courent sur tout le manuscrit (voir d’autres exemples dans le ch. 5). Certaines des corrections touchent toutes les versions, copie française incluse. Ces interventions ont vraisemblablement eu lieu à la fin de la copie de la traduction, c’est-à-dire soit pendant la copie de la traduction anglaise, soit au moment d’une relecture ultérieure. Dans l’exemple suivant, on peut noter l’ajout marginal de le, illum, hym visant à fournir à chaque infinitif un pronom personnel régime : f.-9v : correction par insertion marginale (26) And for that they oughte serve and hym Et propter hoc illi debuissent servire et illum Et pur ce lé 385 deussent servir et le 386 thanke and above alle thynge love and worship regraciari et super omnes res amare et honorare mercier et seur totez choses amer et honorer (f.-9v) Même s’il n’est généralement pas possible d’attribuer précisément ces corrections à l’une ou l’autre des étapes d’élaboration du manuscrit, elles attestent tout au moins le soin apporté à cette copie et l’intervention du scribe, ou du possesseur, dans son élaboration. 382 Correction par le scribe : sue biffé et ajout de illorum. 383 M (39, §57) : quant. 384 Lecture proposée : ajoustent. 385 Lecture proposée : le ; M (10, §9) : le deussent il servir. 386 Ce pronom personnel régime est absent de M (19, §9). <?page no="126"?> 116 Dans la suite de notre travail, nous ferons référence aux leçons maladroites et aux corrections présentes non seulement en français, mais aussi et surtout dans les traductions. L’attention accordée par le copiste à l’élaboration de ce manuscrit autorise, selon nous, à considérer que son travail complète celui du traducteur, et qu’il accepte et embrasse les interprétations qu’il ne corrige pas. Les étapes que nous présentons dans le point suivant sont donc susceptibles d’avoir été reproduites à plusieurs reprises, à mesure des copies sucessives ; c’est-à-dire que nous avons choisi d’y présenter l’élaboration de la traduction de première génération, mais que les observations que nous livrons peuvent s’adapter à chaque reproduction de ce texte. Dans la suite de ce travail, nous ne ferons plus que rarement la différence entre le copiste responsable de la copie du manuscrit - ou l’éventuel correcteur ultérieur - et le traducteur du texte (voir encore infra, 3.3.) : nous les confondrons en une entité que nous nommerons « traducteur ». 3.3.2 Élaboration du texte : un processus de construction en plusieurs phases d’encodage-décodage La multiplication des étapes dans l’élaboration du texte qui nous occupe - copie de la Somme le Roi et traductions confondues - a des conséquences sur sa matière textuelle : il faut les dissocier afin de tenter de comprendre leurs implications linguistiques spécifiques. Le processus de la traduction médiévale peut être schématisé ainsi 387 : Initialement prévu pour une analyse sociolinguistique de la traduction, ce schéma présente la transformation qui s’opère entre le premier message - qui contient une information (= O), dont la forme est déterminée par son émetteur (= E, auteur ou copiste) et par la langue que ce dernier emploie (= V), et conçu en fonction du destinataire de ce message (= D) - et celui qui est délivré par le traducteur. Le message traduit est lui aussi déterminé par ces mêmes éléments : (27) Ce qui se trouve en contact dans la traduction, par l’intermédiaire du traducteur, ce ne sont pas deux systèmes arbitrairement définis, ce sont deux idiomes ayant un statut sociolinguistique. Le message est émis dans un idiolecte [= V] propre à l’émetteur, lequel idiolecte se trouve - sociolinguistiquement - défini par des coordonnées sociolinguistiques diverses (géographiques, sociales, techniques). L’émetteur lui-même conçoit son message en fonction du destinataire qui se trouve lui-même défini par des coordonnées sociolinguistiques. 387 P ERGNIER 1980 : 60 ; B URIDANT 1983 : 89. <?page no="127"?> 117 Le traducteur, de son côté, aborde une traduction avec son propre idiolecte dans la langue de départ et dans la langue d’arrivée. Il opère donc sur une pluralité de « codes » juxtaposés et superposés qui s’imbriquent les uns dans les autres ( P ERGNIER 1980 : 396-7). Le traducteur, selon ce schéma, est ainsi récepteur (= R ; c’est-à-dire lecteur du texte) puis émetteur, puisqu’il récrit le texte qu’il a sous les yeux. C’est ce double rôle qu’il faut examiner ici. Parmi ces différents contacts, nous nous intéressons donc spécialement au rapport message-R, c’est-à-dire à la façon dont est compris le message par le récepteur, et au rapport R-E ou, comme le dit Cl. B URIDANT , « au traducteur lui-même dans sa formation et son information » (1983 : 93). En ce qui concerne le corps même du texte, sa réalisation est le résultat d’une démarche en deux temps : transcription puis traduction. Ces deux étapes sont elles-mêmes doubles, puisqu’elles sont toutes deux constituées d’une phase de décodage - ou de lecture - et d’une phase d’encodage - ou de production. En effet, le scribe s’est attelé, lors d’une première lecture, à la transcription intégrale du texte français, puis, au cours d’une deuxième lecture, à la traduction de ce texte. C’est au cours de ces deux phases que le scribe-traducteur adapte et interprète le texte français. Il est bien entendu possible que les deux interventions - copie du texte français et traduction - aient été opérées par des personnes différentes. J. N. M INER , pour le processus de création de support des professeurs de latin, indique : (28) The procedure appears to have been twofold : the grammar master copies out an authoritative tract, in whole or in part - or commissions a scribe to do so - and then adds a commentary on it or an interlinear gloss, and sometimes, tracts of his own devising (1961 : 15). Qu’il s’agisse ou non d’une seule personne, nous nous trouvons devant un processus d’élaboration complexe et devant une lecture que l’on pourrait décrire comme polyphonique : nous faisons donc ici artificiellement, et dans le but d’exprimer de façon précise notre propos, la différence entre le « copiste » et le « traducteur » afin de distinguer les différentes interventions dans l’une ou l’autre des étapes de l’élaboration de ce texte. 3.3.3 Étape de transcription Si nous connaissons l’émetteur du texte original, c’est-à-dire Lorens d’Orléans, nous ne savons rien de la main, qui dans notre schéma correspond à E (= émetteur) et qui est responsable de la copie du texte français sur laquelle a travaillé notre scribe. Une comparaison avec le manuscrit Paris Bibl. Mazarine 870, considéré comme proche de l’original ( B RAYER 1940 : 2 ; B RAYER / L EURQUIN -L ABIE 2008), révèle une version peu altérée et peu transformée. Les caractéristiques morphosyntaxiques et lexicales n’ont pas été modernisées, ce qui indique une réelle tentative de conservation de la tradition linguistique de la version originale et une absence de récriture du texte. Différents phénomènes morphosyntaxiques relèvent donc de l’état de langue V (= vecteur) du texte original rédigé en français du XIII e -siècle. Au niveau des habitudes graphiques du scribe responsable de la transcription, la version française du manuscrit Oxford Magdalen 188 présente les caractéristiques suivantes : si elle contient quelques traits anglo-normands, elle s’insère cependant dans une tradition <?page no="128"?> 118 graphique majoritairement continentale et centrale ; la graphie est assez régulière et les variantes peu nombreuses. Malgré l’introduction - ou le maintien, dans le cas de copies anglo-normandes intermédiaires - de quelques particularités anglo-normandes, nous pouvons postuler une version O (= objet) très peu marquée. Dans la plupart des cas, notre scribe est donc un « copiste » consciencieux qui tente de reproduire une copie fidèle de son modèle. Cependant, il n’est pas rare de voir apparaître certaines interprétations et leçons divergentes : le scribe endosse donc parfois le rôle d’« éditeur ». Nous l’avons dit, et cela sera démontré dans le chapitre 5, la morphosyntaxe et le lexique ne sont pas modernisés et adaptés à l’état de langue anglo-normand du XV e -siècle, qui est vraisemblablement celui de notre scribe. En revanche, une particularité se dégage au niveau de la ponctuation qui est abondante et rythme très régulièrement l’enchaînement des propositions. Plusieurs éléments nous amènent à penser que la majorité des signes de ponctuation a été ajoutée par le scribe au cours de la copie ou de la traduction. En effet, les passages que notre traducteur ne comprend pas - et ne traduit pas - ne sont pas ponctués. À d’autres endroits, la ponctuation est erronée et l’interprétation ainsi que la traduction s’en trouvent faussées (voir N ISSILLE 2000). Ces deux particularités permettent d’étayer notre hypothèse relative à l’intervention du scribe. Il semble donc que ce dernier pâtisse de l’absence de structuration claire du texte de base, ce phénomène justifiant son désir d’agencer son matériel didactique par le biais d’une aide externe au texte 388 . Ce processus naît certainement de la nécessité de structurer un texte difficile, de matérialiser l’alternance des propositions afin de définir le lien qui les unit 389 . Pour autant le rôle du scribe en tant qu’« éditeur » n’est pas réduit à l’insertion de marques de ponctuation : à maintes reprises, il transpose et interprète les graphies de son modèle selon sa propre perception de la langue. C’est-à-dire que malgré les efforts visibles qu’il fait pour rester fidèle au texte qui lui sert de modèle, certaines graphies anglo-normandes subsistent ou sont introduites (voir chapitre 5). De même, nous pouvons observer des interprétations graphiques erronées. L’exemple suivant atteste une erreur de copie apparaissant par deux fois dans notre manuscrit : il s’agit de la forme pex, traduite par pedes et pedum : (29) A knyght ther was that swere by the feet of god a noon this ye lep out upon the cheker unus miles erat qui juravit per pedes dei statim suus oculus saltabat supra scakcarium Uns chivalers fu qui jura par les pex dieu : tantost son oil li sailli de seus l’eschequier. (f.-70r) 388 Le texte français comprend beaucoup plus de signes de ponctuation que les deux langues de traduction, dans la première moitié de notre texte surtout. Ceci s’explique par le fait que les deux traductions sont initialement au service de la version française. Mais peu à peu, à partir du milieu du texte (f.-50r), le processus s’inverse et ce sont les deux langues support qui présentent de plus en plus de signes de ponctuation, et ceci même aux endroits où la version française n’en contient pas. L’émancipation progressive des langues support par rapport au modèle - en anglais surtout - et une moins grande nécessité d’articuler la syntaxe du français---langue dans laquelle le traducteur se sent certainement de plus en plus à l’aise au fur et à mesure qu’il progresse dans le texte--- sont autant d’explications possibles à ce phénomène. 389 Les ponctuants internes - coordonnants, conjonctions, adverbes de phrase - semblent pour notre traducteur ne pas suffire à remplir cette tâche et sont parfois ignorés lors de la traduction ou mal interprétés (cf.-chapitre 5). <?page no="129"?> 119 (30) Lecherie of herte hym dividith in to lecherie of feet of mouth of hondis of eris of alle þe wyttis of body Luxuria cordis se dividit in luxuria pedum oris manuum aurium omnium suarum sensuum corporis Luxure de cors se devise en luxure des pex de bouche des mains d’oreles de touz ces senz du cors (f.-72v) Il peut paraître pour le moins inhabituel qu’un chevalier jure par les pieds de Dieu, la formule du serment faisant généralement appel à des concepts plus nobles tels que le nom, la tête, la grâce, etc. De plus, celui qui parjure est habituellement puni à la mesure de son péché : un œil pour un œil. Il en est de même pour le deuxième exemple : puisqu’il est fait référence aux sens, il semblerait logique que la vue - et non les pieds - accompagne le goût, le toucher et l’ouïe. Il est donc fort probable que le scribe ait confondu, dans son modèle, la lettre y du mot yex (< OCULOS ) avec un p 390 . La leçon yex est confirmée par la version du manuscrit Paris, Bibl. Mazarine 870 (= M 36, §211 ; 37, §47 ; B RAYER / L EURQUIN - L ABIE 2008). Ces deux lectures erronées ont cela d’intéressant qu’elles signalent que dans la langue du scribe la forme pex comme variante de piéz - ce mot apparaissant toujours sous cette dernière forme - est envisageable. Alors que cette interprétation s’explique en partie par le fait que les graphèmes e, ie et ei sont en interchangeables anglo-normand (cf.-chapitre-5, 5.1.2.2.), elle suppose que la finale x soit acceptée par le copiste-- qui ignore peut-être la valeur de l’abréviation x pour us en ancien français - comme une marque de pluriel quelle que soit la voyelle qui précède. Nous pouvons citer un deuxième exemple pour illustrer l’intervention du scribe lors de la copie : (31) the feet were lyke to the feet of a bere that hath strong feet and armes and haldeth faste and byndeth that that he enbraceth pedes fuerunt similes ad pedes ursi qui habet fortes pedes et brachia et tenet firmiter vel fortiter et ligat hoc quod ille amplectitur les piéz estoient sembla[b]les auz piéz d’ours qui a la forte espiéz et esbraz et tient forment et lie ce que il embrace (f.-24v) La leçon du manuscrit qui a la forte espiéz et esbraz, interprétée comme « qui a les pieds et les bras forts » ainsi que le confirment les traductions, doit certainement être corrigée par qui a la force es piéz et es braz, c’est-à-dire « qui a de la force dans les pieds et dans les bras » (confirmé par M, 31, §10). La forme enclitique es (en les) a donc été, lors de la copie, agglutinée aux deux substantifs piéz et braz 391 . Cette identification est renforcée par une méprise portant sur la lecture du substantif force, la distinction entre les lettres c et t n’étant pas toujours aisée. La forme résultant de cette lecture est donc l’adjectif forte, adjectif antéposé : la structure syntaxique est ainsi modifiée et correspond à une tendance anglaise pour laquelle l’ordre substantif-adjectif est moins fréquente que l’inverse 392 . Une 390 On retrouve cette forme au folio 30r où yex, accompagné de la traduction oculos, vient appuyer notre correction : by fore the yen of his lord ante oculos sui domini devant les yex son seignour (f.-30r) 391 Le problème de la distinction entre préfixes et prépositions est fréquent chez notre scribe (voir chapitre-6). 392 C ARRUTHERS 1986 : 67. <?page no="130"?> 120 méprise entraînant l’autre, le scribe reconstruit donc les formes afin de pouvoir facilement les insérer dans la nouvelle structure syntaxique ainsi créée. Ce premier processus d’interprétation est parfois assez malaisé à saisir, puisque rien ne nous indique que les leçons divergentes et les phénomènes anglo-normands n’étaient pas déjà présents dans la version modèle. Quoi qu’il en soit, il faut considérer cette version du texte français comme « acceptable » par le copiste. 3.3.4 Étape de traduction La deuxième étape, celle de la traduction, voit naître le rapport de R (= récepteur) à E’ (=-émetteur 2), c’est-à-dire le rapport du scribe à lui-même puisqu’il va baser les traductions latine et anglaise sur sa propre transcription. Dans ce processus de réception du texte, le traducteur interprète les formes qu’il a sous les yeux à travers son « architectonique mentale » ( B URIDANT 1983 : 93). Ce sont en effet ses connaissances linguistiques qui guident sa compréhension du texte, et celles-ci sont fonction non seulement des particularités de la langue française qu’il connaît, mais aussi certainement de l’enseignement scolaire qu’il a reçu. Les lacunes de cet enseignement de même que les décalages diachroniques entre la langue du texte et celle qu’il a apprise sont susceptibles de provoquer des erreurs d’interprétation. Comme nous avons la chance de pouvoir comparer la traduction avec le texte source, nous n’avons pas, à ce stade, à mettre ces maladresses sur le compte d’une éventuelle version modèle corrompue. La grille linguistique interne du traducteur est bien illustrée non seulement par les lacunes lexicales que compte la traduction, mais aussi par le traitement parfois erroné qui est fait des phénomènes morphosyntaxiques, peut-être archaïques par rapport à la langue qu’il connaît. Le phénomène le plus intéressant concerne son appréhension de la graphie. La grande majorité des méprises et des maladresses présentes dans la traduction est générée par des ressemblances grapho-phonétiques entre des mots étymologiquement différents n’appartenant souvent pas à la même classe grammaticale (cf.-chapitre-5). L’exemple suivant illustre ce processus d’interprétation lors de la traduction : (32) […] Quartus modus est in illis qui prestant alienos denarios vel provocant appetitum ad prestandum […] La quarte manere est en ceus qui prestent d’autrui deniers ou enpromptent apetit coust pur prester a plus granz cous. (f.- 54v) [lecture proposée : enpromptent a petit coust] La quatrième branche qui naît du péché d’usure dont il est question ici consiste à emprunter à un faible taux d’intérêt pour prêter à autrui avec un intérêt plus élevé. Il faut donc bien sûr lire ici « empruntent à petit prix » et non, comme l’a compris notre traducteur - ainsi que l’atteste la traduction latine--, « rendent plus prompt l’appétit ». Dans sa logique, créer et augmenter la demande amène à emprunter plus. Lors de la copie - ou dans le modèle dont le scribe disposait--, la préposition a a été agglutinée à l’adjectif petit qui le suit. Ainsi, au moment de la traduction, cette forme a été interprétée comme le substantif apetit (< APPETITUM ). La forme verbale empromptent - variante graphique (« o graphique ») de emprunter (<-*imprumutuare)--, qui est traduite <?page no="131"?> 121 par provocant, a certainement été comprise comme la forme conjuguée d’un verbe non attesté *emprompter dérivé de prompt (< PROMPTUS , participe passé de PROMERE « faire sortir, exprimer »). De ce fait, le substantif coust n’est pas traduit, ne pouvant être inséré ni dans la logique de cette interprétation ni dans la syntaxe de la proposition. Il faut ajouter, en conclusion de cette analyse des processus d’encodage et de décodage, qu’il est malaisé de démêler les différentes strates d’interprétation du texte, et qu’il ne nous est pas toujours possible d’identifier à quelle étape d’élaboration il faut attribuer l’une ou l’autre des maladresses de notre copiste-traducteur. Ainsi, pour résumer ces étapes de production et les différents mécanismes qui sont à l’œuvre, nous pouvons reprendre le schéma précédent et le modifier afin d’illustrer le processus de production du texte de la façon suivante : Nous ne sommes pas en mesure d’évaluer la distance qui existe entre l’orginal de Lorens d’Orléans et la copie que le scribe avait sous les yeux, c’est-à-dire le nombre de copies qui séparent ces deux versions. Nous résumons donc ce passage par l’élément représentant le diasystème français. Lors de l’étape de transcription, que nous considérons comme une première « lecture », le copiste se penche sur un texte - probablement déjà une copie de l’œuvre orginale de Lorens d’Orléans - dont les particularités lexicales et morphosyntaxiques remontent au XIII e -siècle et dont la graphie est vraisemblablement continentale (ou peu marquée par des traits anglo-normands). Ce sont donc ses propres connaissances linguistiques - et nous allons pour l’instant postuler qu’il s’agit de la variété anglo-normande du XV e -siècle (voir chapitre-5) - qui vont le guider dans son rôle d’éditeur. Au moment de la traduction, et donc de la deuxième « lecture » de ce texte, c’est à nouveau à travers sa perception de la langue qu’il analyse le texte qu’il a sous les yeux, le faisant passer à travers le filtre de ses connaissances parfois un peu approximatives, mais surtout influencées par la tradition linguistique à laquelle il appartient. <?page no="132"?> 122 3.4 Un codex La question qui naît suite à cette description du manuscrit est celle du but visé par la réunion de ses différentes parties. S’agit-il d’un recueil dont la composition est due au hasard ou d’une compilation correspondant à un projet bien particulier, pensé autour d’une unité thématique ? Pour répondre à cette question, il nous faut analyser le contexte de production de ce volume et évaluer les différentes hypothèses quant au lectorat auquel il est susceptible de s’adresser et aux objectifs de sa rédaction. 3.4.1 Composition et histoire : scribes et possesseurs Trois noms apparaissent implicitement ou explicitement liés à cet ouvrage : Colyngburn, John Waynflete et John Dygon. Comme nous l’avons vu plus haut, la copie de la première section de notre manuscrit doit être attribuée à Thomas Colyngburn, un scribe professionnel que R. H ANNA (à paraître : ms lat 154) dépeint comme vraisemblablement londonien, travaillant à ou pour la chartreuse de Jésus de Bethleem de Sheen (Surrey) 393 tandis que M. B. P ARKES (1969 : fig. 24 et 24.i) le rattache plutôt au milieu de la production manuscrite d’Oxford 394 . La seconde partie du manuscrit est liée, par l’ajout des en-têtes de folio, à John Dygon (c. 1384-1456 ? ) 395 , un juriste formé à Oxford, bachelier en droit canon (1406) et en droit civil (1424), prêtre séculier, recteur de plusieurs paroisses (Salisbury, Londres et Holborn) puis cinquième reclus du monastère de Sheen (c. 1435 ? 396 ). John Dygon est l’un des plus grands donateur d’ouvrages au collège Magdalen d’Oxford (19 ouvrages conservés 397 ). Il est non seulement un possesseur désireux de structurer consciencieusement les manuscrits qu’il réalise par le biais de la numérotation des folios, de l’insertion d’index et d’en-têtes de folio 398 , mais aussi un annotateur (lat. 60, 79) et un copiste (lat. 93, 150, 182). Deux pôles apparaissent dans la collection léguée par Dygon 393 La chartreuse de Jésus de Bethleem de Sheen, commune de Richmond, a été fondée par Henri V en 1415. Face à cet édifice, de l’autre côté de la Tamise, a été bâti un autre monastère, l’abbaye de Syon qui accueille les Brigittines (voir à ce propos L AWRENCE 1996). C. DE H AMEL (1991 : 143, note 92) mentionne une signature « quod Colyngburn », dans le manuscrit Harley 612, fol. 107v, qui est un ouvrage copié d’un exemplaire de Syon. De plus, un des ouvrages à présent conservé au collège Magdalen d’Oxford et auquel a collaboré Colynburn (ms lat. 145) présente une reliure contemporaine à l’élaboration du texte qui porte un cachet lié à Sheen ( H ANNA 2006 : 136). 394 Colyngburn semble avoir collaboré à l’élaboration de quelques autres manuscrits conservés à la bibliothèque du collège Magdalen (mss lat. 145, 154, 156 ; H ANNA à paraître : ms lat 154). 395 H ANNA 2006 : 129. 396 1435 est la date à laquelle Dygon quitte sa fonction de recteur dans le diocèse de Holborn. On sait très peu de choses de son entrée à Sheen comme reclus et de sa vie dès lors ( H ANNA 2006 : 129). 397 Le ms lat. 154 porte le commentaire suivant : « Iohannes Dygon quintus Reclusus de Bethelem de Shene et Iohanna Reclusa in ecclesia sancti Bothulphi london extra Bysschoppysgate dederunt hunc librum incompletum Thome filio dicte Recluse ad terminum vite sue et cum compleuerit cursum huius vite dant eundem librum ad Aulam siue Collegium sancte Marie Magdalene ad vsum et proficium studencium ibidem in perpetuum vt orent pro animabus dictorum donancium ». Les manuscrits lat. 156 et 157 ont aussi été légués à Thomas Grenewode (fils de la recluse) pour la durée de sa vie avec obligation de les transmettre au collège Magdalen ( H ANNA à paraître : lat. 154, 156 et 157). 398 H ANNA 2006 : 127. <?page no="133"?> 123 au collège : une grande partie des ouvrages sont des outils servant à la préparation des prêches (sermons, exégèses bibliques, predicabilia, etc.) 399 , en lien avec sa carrière paroissiale, tandis qu’un autre pan est formé de textes portant sur la vie solitaire, et s’inscrit ainsi dans sa condition de reclus. Les noms de Colyngburn et de Dygon apparaissent ensemble dans un autre manuscrit de la bibliothèque du collège Magdalen (lat. 154), et il est probable que Sheen soit un des liens qui les unissent. Leur éventuelle collaboration dans la production écrite des monastères de Sheen et de Syon permettrait, de plus, de comprendre la mention de John Waynflete dans la première partie de notre manuscrit. En effet, même si les informations que nous possédons sur la famille Waynflete concernent plutôt William Waynflete/ Patten (c. 1400-86), fondateur du collège Magdalen (1479) 400 et évêque du diocèse de Surrey, certaines études nous apprennent que son jeune frère, John Waynflete/ Patten, mort en 1479, a été doyen de Chichester 401 et archidiacre de Surrey dès 1448 402 . Les dates et les informations ne convergent malheureusement pas toutes 403 . Cependant, il semble assuré que vers le milieu du XV e - siècle, John Waynflete était une personne influente dans le diocèse qui abrite l’abbaye de Syon et le monastère de Sheen, ce qui éclaire la mention de ce personnage dans une des règles de l’Orthographia Gallica (cf.-supra, 3.1.1). La date de la copie du manuscrit lat. 154 par Colyngburn (1448 404 ), qui correspond à l’accession de John Waynflete au rang d’Archidacre de Surrey, pourrait venir corroborer ces diverses hypothèses. Ainsi, et selon R. H ANNA , le manuscrit Oxford Magdalen 188 appartiendrait à un groupe d’ouvrages commandés par Dygon, pendant sa réclusion 405 : 399 Ibid. : 133. 400 O RME 1998 : 1. 401 John Waynflete/ Patten, portant selon la mention le titre de bachelier de droit canon, apparaît dans les registres en tant que Doyen en 1455 et en 1478 ( H ORN 1964 : 4-6). Une lettre datant de 1473 et adressée à Édouard IV est signée par John Waynflete, Doyen de Chichester (document trouvé sur le site internet des archives nationales anglaises ; www.nationalarchives.gov.uk ; référence : SC 8/ 235/ 11718). 402 John Waynflete/ Patten, portant selon la mention le titre de bachelier en droit civil, est promu le 5-janvier 1448 au rang d’Archidiacre de Surrey et réapparaît dans les registres en février 1478 ( J ONES 1963a : 48-9). 403 J. S TÜRZINGER formule une hypothèse : « ist wirklich der Dekan von Chilchester († 1481), Bruder des Bischofs William de Waynflete, des Gründers des Magdalene College gemeint, so dürfte das Ms. nicht vor 1420 geschrieben worden sein, da die Brüder Barbor erst von da an den Namen de Waynflete trugen » (1884 : xxvi). Selon R. C HANDLER (1811 : 239), il fut Doyen de Chichester entre 1425-9, mais il faut, selon W. Coolidge, certainement revoir cette datation qui a été reprise dans d’autres documents (voir C ORLETTE 1901). Ce dernier nous le présente ainsi : « John Patten, brother of Bishop. Waynflete, Bachelor of Canon Law of Oxford. 1448, and Archdeacon of Surrey 1447 » ( C OOLIDGE 1881 : 181-224). Ce nom de John Wanyflete/ Patten apparaît à plusieurs reprises dans des registres de revenus ecclésiastiques (prébendes) : 1) 1450-1457 : prébendier d’Osbaldeswick ( J ONES 1963b : 73--5) ; 2) depuis 1457 : prébendier de Wistow ( J ONES 1963b : 92-4) ; 3) depuis 1461 : prébendier d’Alton Australis (par échange) ( H ORN 1964 : 21-2) ; 4) en 1465 : échange la prébende de Cantlers avec Robert Ballard pour l’église de Fulham, Middlesex ( H ORN 1964 : 26-8). Dans ces mentions, John Waynflete est parfois présenté comme bachelier en droit canon, parfois comme bachelier en droit civil. 404 « Anno regni regis henrici vi ti xxv, xxi Iunii Thomas Colynborne senior » (f.-18r ; P ARKES 1969 : 24i). 405 R. H ANNA (2006 : 140-1) indique-que malgré sa réclusion, et le fait que celle-ci lui interdisait une prédication active, son intérêt pour le service divin sous toutes ses formes a persisté et que sa résidence à Sheen concorde avec un approfondissement intellectuel et spirituel. <?page no="134"?> 124 (33) These four Dygon books [mss 145, 154, 156, 188] presumably represent his orders for personal use, and they stem from the period of his metropolitan reclusion ; Collingburn would appear to be a London professional, hired on to do work for Syon/ Sheen (2006 : 137). Dans le contexte de production de l’époque, certains volumes composés d’œuvres diverses- - de forme, de production et d’utilisation multiples - offrent une unité thématique et linguistique, tandis que d’autres forment un mélange de textes variés, latins et vernaculaires, religieux et profanes confondus 406 , mais toutes les études auxquelles nous avons eu accès mentionnent une multitude de scribes ayant participé à l’élaboration de ces ouvrages. Dans le cas d’œuvres contemporaines de celle qui nous occupe, deux cas de figure semblent apparaître : les recueils ont pu soit être élaborés par une équipe de scribes et supervisés par le commanditaire du début à la fin (comme l’a fait Dygon pour le manuscrit Oxford, Magdalen College, lat. 93 407 ), soit être le résultat d’une production commerciale réunissant les textes les plus demandés. Pour ce dernier point, nous avons des témoignages attestant qu’autour des Universités notamment, mais aussi dans les grandes villes comme Londres, est né au XII e -siècle déjà un commerce organisé de livres et de textes scolaires 408 . Ce commerce devint très important au XIV e -siècle. Ainsi, des scribes professionnels étaient regroupés dans des rues et quartiers, à côté d’enlumineurs et d’artisans du parchemin (en tous les cas certainement à Londres et Oxford), ce qui favorisait la collaboration des divers corps de métier. Il existait donc un travail en équipe visant un but commercial et répondant à des commandes. La production se faisait par cahiers et il est probable, selon les études mentionnées par A. T AYLOR (2003 : 9-11), que certains de ces cahiers aient été copiés à l’avance puis, pour les œuvres les plus connues, stockés, ce qui permettait soit de faire face à des commandes soit de proposer un choix à l’acheteur parmi les textes déjà copiés 409 . L’homogénéisation se faisait alors au moment de la reliure et de la décoration, comme c’est le cas pour le manuscrit Oxford Magdalen 188. Déterminer si notre manuscrit, dans son contenu général, est issu d’un travail organisé et supervisé par un maître d’œuvre - éventuellement Dygon - ou le résultat d’une commande particulière relèverait de la pure conjecture. 3.4.2 Objectifs et lectorat : hypothèses Les particularités de ce texte - la notoriété dont il bénéficie, le message spirituel qu’il véhicule - et le traitement trilingue dont il fait l’objet dans notre manuscrit obligent à évaluer les différentes hypothèses quant à son utilisation. Il peut en effet s’agir d’une simple 406 T AYLOR 2003 : 16. 407 Le manuscrit Oxford, Magdalen College, lat. 93-présente trente-cinq textes, parmi lesquels une grande partie sont des sermons et des homélies en latin. Il semble avoir été élaboré par une équipe de scribes, sous la direction de John Dygon, dont plusieurs auraient travaillé parfois de manière simultanée sur les mêmes folios ( H ANNA 2003). 408 T AYLOR 2003 : 9. 409 Le manuscrit Bodleian Douce 132 et 137, compilé à Oxford, contient un ensemble assez hétérogène de textes latins et anglo-normands célèbres de l’époque : traités juridiques, de comptabilité et de gestion de domaine, romans et textes moraux, tels le Chasteau d’amour de Grosseteste et les Fables de Marie de France ( T AYLOR 2003 : 11 ; voir encore R OBINSON 1980). <?page no="135"?> 125 compilation hétérogène de textes connus, d’une source d’inspiration pour la préparation d’homélies ou encore d’un support - manuel théorique ou corrigé d’exercice - permettant un apprentissage portant soit sur la langue, soit sur les techniques de la traduction. 3.4.2.1 Une compilation de textes ? Nous avons vu, dans le deuxième chapitre notre travail, l’importance de l’Orthographia Gallica et de l’ars dictaminis dans la tradition de l’enseignement du français en Angleterre. La Somme le Roi s’inscrit quant à elle, dans une longue tradition de traités s’attachant à la description des vices et des vertus 410 . Elle en est même la première représentante en langue vernaculaire 411 . Ce texte connut une grande popularité : (34) La Somme le Roi arrivait à point nommé pour satisfaire aux besoins des enseignants de la religion populaire, soucieux, surtout depuis les directives du concile de Latran IV (1215), de la diffusion des éléments essentiels de la foi. Au cours du XIII e - siècle, de nombreux évêques européens ordonnèrent au clergé de savoir et d’enseigner aux fidèles, dans la langue vulgaire, les articles de la foi, les dix commandements, le Credo, les sept œuvres de charité, les sept vertus cardinales, les sept péchés capitaux et les sept sacrements. Ces efforts, voulant assurer l’instruction du clergé presque autant que celle du peuple, reçurent, en Angleterre, une force d’ordre national en 1281, quand l’Archevêque de Cantorbery, John Peckham, publia les constitutions du Concile de Lambeth. (…) C’est dans ce climat qu’il faut voir la pérennité de la Somme le Roi, lue, étudiée et enseignée en Angleterre comme en France ainsi qu’en d’autres pays pendant trois-siècles ( C ARRUTHERS 1986 : 15-6). La Somme le Roi, dont il nous reste une centaine de copies dans les bibliothèques tant françaises qu’anglaises 412 , mais aussi de Belgique, d’Italie et des États-Unis, semble avoir connu une diffusion internationale puisqu’elle a fait l’objet de nombreuses traductions dans diverses langues au cours du Moyen Âge : occitan, italien, espagnol, flamand, catalan et anglais 413 . A. T AYLOR (2003 : -8) déclare à ce propos que la propagation de cette caté- 410 L. C ARRUTHERS (1986 : 12-13) donne la liste suivante pour les écrits latins : St-Ambroise, évêque de Milan (374-97), Alcuin de York (735-804), Gulielmus Peraldus (Guillaume Peyraut, v. 1200-1271), Summa de vitiis et virtutibus. L’œuvre de Peyraut, selon L. Carruthers, a très tôt trouvé des imitations : elle a influencé Lorens comme source principale, ainsi que des adaptations anglo-normandes attribuées à Guillaume de Waddington, le Manuel des Pechiez (v. 1275 ; A RNOULD 1940) lui même source du Handlyn Synne (1303 ; F URNIVAL 1901-1903) de Robert Mannyng. À la suite de la Summa on trouve encore le Miroir du Monde, court résumé de la section traitant les vices en les plaçant dans une allégorie de la propre invention de l’auteur anonyme. Pour les relations entre la Somme et le Miroir du Monde, voir B RAYER 1958. Pour les relations entre la Summa et la Somme, voir C ARRUTHERS 1986 : 14-5 et S TRATFORD 2000 : 271. 411 B RAYER 1958 : 1-2. 412 Un nombre important de ces copies est anglo-normand. E. B RAYER , dans sa thèse (1940), donne la liste suivante : Cambridge, St. John’s Coll., B.9. (début XIV e ), S. 30. (début XIV e , cf.- D EAN 1999 : §678r) ; London, Brit. Libr., Add. 24125 (1450), Add. 28162 (XII-XIV e ), Cotton Cléo. A.V. (XIV e ), Egerton 745 (XIV e ), Egerton 945 (XIV), Roy. I9 C. II. (fin XIV e ) ; Bibl. archiespisc. de Lambeth (XIV e ) ; Oxford Bod. F.f.2 (début XIV e ) ; Berne-, Bibl. municipale, 614 (début XIV e ) ; La Sarraz, Archives communales, Genève. R. D EAN ( 1999 : §678r) donne aussi comme copie anglo-normande Paris, Bibl. Ste-Geneviève, 2899 (vraisemblablement copiée par un franciscain anglais, à la suite de la Jerarchie de John Peckam) (voir encore B RAYER / L EURQUIN -L ABIE 2008 pour une description de ces manuscrits). 413 C ARRUTHERS 1986 : 17-8. <?page no="136"?> 126 gorie de textes en langue vernaculaire 414 a certainement été encouragée par les autorités ecclésiastiques. Il est donc à première vue envisageable que notre codex regroupe simplement des textes connus et estimés, qui conjugueraient le soin apporté à la connaissance de la langue française, pour la première section, à celui apporté à la connaissance de l’âme, pour la seconde. Dans ce cas, la question de la pertinence d’une traduction bilingue latin-anglais se pose. Prendre le soin de faire apparaître les trois versions dans un manuscrit, qui n’est vraisemblablement pas un brouillon, n’est pas anodin. De ce point de vue, il pourrait éventuellement s’agir d’une œuvre s’adressant tant à un public connaissant le français qu’à un public monolingue anglais. Le succès de la Somme le Roi a en effet permis de voir naître plusieurs traductions anglaises 415 , dont deux bénéficient d’une grande diffusion : The Book of Vices and Virtues (= BVV) 416 et Ayenbite of Inwyt (= AI) 417 . Ces traductions présentent des particularités semblables à celles de la version contenue dans le manuscrit Oxford Magdalen 188 : un grand nombre de gallicismes, une traduction littérale, des erreurs de compréhension, etc. 418 . Cette explication ne permet cependant pas de résoudre la question de la traduction latine : il faut peut-être envisager celle-ci comme une tentative par le traducteur de fournir une version savante de ce texte visant à le valider et à lui donner une autorité. Dans ce dernier cas, il nous reste à expliquer les caractéristiques syntaxiques de la langue dans laquelle est composée cette traduction (cf.-chapitre 4). Cette langue n’est pas sans rappeler le latin macaronique attesté dans la production des praticiens, qu’il s’agisse de documents de chancelleries et de tribunaux ou d’ouvrages médicaux, mais aussi de sermons 419 . Certaines homélies conservées partagent d’ailleurs avec le texte qui nous intéresse la particularité d’apparaître dans une version bilingue, ce qui nous permet de considérer l’éventualité que ce texte ait servi de source d’inspiration pour l’élaboration de sermons. Cette dernière hypothèse peut être appuyée par la thématique du texte et par l’unité qu’il forme avec les autres ouvrages légués par Dygon puisque, nous l’avons vu, nombre d’entre eux contiennent des sermons, des homélies ainsi que des textes d’instruction morale 420 . 414 Dans la même mouvance ont été rédigés Le manuel des péchés, attribué à William de Waddington ( T AY - LOR 2003 : 6 ; voir à ce propos A RNOULD 1940) et le Chasteau d’Amour, de Grosseteste ( T AYLOR 2003 : 7). 415 L. C ARRUTHERS (1986 : 20-22) mentionne qu’il existe en effet onze versions anglaises de ce texte, parfois fragmentaires, connues à ce jour auxquelles vient s’ajouter désormais celle du ms Oxford Magdalen 188. Voir N ELSON 1942 : xxxii-xlvi pour une liste et une description de ces traductions, ainsi qu’une présentation en parallèle des différentes versions d’un même passage de The Book of Vices and Virtues. 416 F RANCIS 1942. L’analyse paléographique et linguistique indique que ce texte fut écrit vers 1375 dans les Midlands du Sud-Est, non loin de Londres ( C ARRUTHERS 1986 : 35). Il serait ainsi de la même veine que les écrits de Chaucer. 417 G RADON 1965. L’Ayenbite, rédigé en dialecte kentois en 1340, contient beaucoup d’archaïsmes ( C AR - RUTHERS 1986 : 25). 418 C ARRUTHERS 1980 : 23. Même si leur rédaction semble avoir été totalement indépendante, les traductions anglaises conservées semblent plus proches de la source française que d’une autre traduction anglaise. 419 Voir W RIGHT 1992, 2000 ; W ENZEL 1994 ; H UNT 2000 ; L USIGNAN 2004 ; H ORNER 2006 ; T ROTTER 2011. 420 The Pore Caitif, qui apparaît dans le ms lat. 93, présente une thématique semblable à celle de la Somme le Roi ( H ANNA 2003 : 134). <?page no="137"?> 127 3.4.2.2 Une source servant à l’élaboration d’homélies ? Il n’est pas rare que des manuscrits, comme par exemple le manuscrit Cambridge, Trinity College, B. 14.39 (3 e quart du XIII e - siècle), contiennent des homélies apparaissant par paires. Il s’agit majoritairement de textes latins suivis d’une version anglaise, mais J. S CAHILL (2003 : 20) ajoute à cette liste deux textes en latin accompagnés par une version française, ainsi qu’un texte en français suivi par une traduction anglaise. Ces traductions de latin en anglais semblent attester que le latin était la langue de la mise par écrit. Les scribes étant formés très tôt en latin, cette langue peut parfois apparaître comme la langue privilégiée pour la prise de notes 421 , tandis que la langue vernaculaire était préférée pour la communication orale du message, celui-ci s’adressant surtout à un public ne connaissant pas le latin et préférant l’anglais au français : (35) Since most of the bilingual texts are homiletic, it appears that preachers most accustomed to reading and writing in Latin were encountering congregations little able to understand it, and more conversant with English than French (…). Though the matter has been much debated, there are good reason for believing that sermons noted in Latin might be delivered in a vernacular language ( S CAHILL 2003 : 21). Dans les traductions présentées par J. Scahill, certaines versions anglaises n’ont pas été produites ad hoc mais copiées sur la traduction d’un autre texte latin circulant à la même période. Dans ce dernier cas de figure, il est probable, selon lui, que ces juxtapositions aient simplement pour but de valider un texte vernaculaire par un équivalent de ce texte en latin 422 . Il nous semble cependant clair, dans le cas de notre manuscrit, que le latin ne peut remplir aucun des rôles sus-mentionnés, puisqu’il n’est ni la langue de l’élaboration du texte ni une copie d’un autre texte permettant de valider le message véhiculé par la Somme le Roi. Ce passage par le latin pourrait éventuellement se justifier dans un processus d’analyse du texte, étape qui aurait pu permettre à l’ecclésiastique préparant son sermon de bien comprendre le sens du texte dont il s’inspire avant de le traduire en anglais. Une telle démarche n’exclut d’ailleurs pas d’autres hypothèses et pourrait s’accorder avec toute traduction de vernaculaire en vernaculaire 423 , éventuellement dans le cadre d’exercices pratiques de traduction visant à apprendre cet art. 3.4.2.3 Un support pour apprendre l’art de traduire ? Une traduction élaborée en deux étapes comme l’est celle qui nous occupe, pourrait être le témoin d’une recherche de fidélité au texte source. Une telle méthode s’inscrit aisément dans la réflexion émergente sur la traduction qu’accueille le XV e -siècle anglais, et qui voit s’opposer une traduction littérale qui respecte l’auctoritas et une nouvelle génération de traducteurs consciencieux pour lesquels la traduction doit s’émanciper du texte source 424 . Dans un domaine plus pragmatique, ce même genre de pratique peut avoir eu pour but 421 Voir à ce sujet certaines reportationes qui retranscrivent des sermons prononcés en français ou en anglais-( S CAHILL 2003). 422 S CAHILL 2003 : 22. 423 Les traductions de français en anglais ne sont pas rares à l’époque qui nous intéresse, comme l’attestent notamment les différents textes anglais de la Somme le roi que nous avons déjà mentionnés (cf.- C AR - RUTHERS 1986 : 20-2). 424 Communication personnelle de L. Carruthers. <?page no="138"?> 128 de faciliter le passage de l’une à l’autre langue, dans les chancelleries notamment. La traduction latine serait, en l’occurrence, non pas une étape intermédiaire d’analyse, mais une des versions possibles pour un même document. Cela dit, le choix d’un texte spirituel concorde mal avec les thématiques habituellement abordées dans les écrits utilitaires attestant une production multilingue. Dans les deux cas, l’utilisation d’un support prestigieux comme l’est le vélin ainsi que la décoration de ce manuscrit parleraient en faveur non pas d’un exercice de traduction mais d’un manuel présentant les diverses étapes du processus. Cependant, cette hypothèse doit être confrontée au fait que tout, dans ce manuscrit, indique que c’est la langue française qui est à l’honneur, que ce soit au niveau graphique et décoratif du texte trilingue, ou au niveau du contenu global du manuscrit. En effet, les spécificités de la première partie théorique de ce codex semblent plutôt attester un enseignement centré sur la mise par écrit du français. Nous revenons donc à notre hypothèse initiale qui englobe, en quelque sorte, celles que nous venons d’analyser, tout ou partie. 3.4.2.4 Un manuel de langue ? Notre hypothèse, nous l’avons dit en introduction de cette première partie, est que notre manuscrit reflète la tradition didactique de l’apprentissage du français non seulement par le biais de l’enseignement explicite que contiennent les premiers folios, mais aussi et surtout par une application pratique de cet enseignement, mise en place par la traduction bilingue. Les quatre textes que ce codex contient sont des textes importants, fort connus et bien établis dans leur-siècle. En effet, la première partie est une compilation fragmentaire de supports d’enseignement du français suffisamment réputés pour que plusieurs copies de chaque composante nous soient parvenues, alors que la seconde est une œuvre de morale dont le nombre de copies conservées suffit à indiquer l’importance. Cette présence simultanée dans un même manuscrit de manuels de langue et d’une œuvre de morale n’est pas unique, puisque le Manuel des péchés, attribué à William de Waddington, et le Chastel d’Amour figurent eux aussi dans des codices incluant un enseignement linguistique (voir chapitre 2, 2.2.2.). Ce contenu fait d’ailleurs écho à celui du manuscrit London, Brit. Libr., Harley 4971, incluant le Manuel des péchés, et que nous avions mentionné comme étant issu de la formation prodiguée par Thomas Sampson et offrant un enseignement linguistique complet : (36) London, Brit. Libr., Harley 4971 (TS ; XIV 2 -XIV 4/ 4 s.) 1) Version française de l’Orthographia Gallica ; 2) instructions pour un majordome « Offys d’un clerc de servier nul seignour ou dame » suivi d’un nominale françaisanglais ; 3) ars dictaminis T. S. en français, « Ore fait a dire » suivi d’une collection de lettres modèles en français ; 4) Liber Donati : paradigmes verbaux ; 5) traité de comptabilité en latin « Modus qualiter clericus … » ; 6) « hic incipiunt bille secundum novum modum » en latin suivi de lettres modèles ? ; 7) Liber Donati : liste de numéraux, jours de la semaine, fêtes, etc. ; 8) prescriptions médicales en français ; 9) ars notaria T. S. « regule cartarum » avec introduction en français et corps du texte en latin ; 10) table de conversion de pence à shilling et de marks à pounds, en latin ; 11) traité juridique « Modus tenendi curiam » en latin ; 12)- lettre modèle en français ; [13) modèles de documents ? ] « Modus faciendi cartas, indenturas, obligacionis et acquitancias » (ff.-41v-65v) ; 14) « statua facto <?page no="139"?> 129 apud Westm. Tempore Regis Ricardi » ; 15) Manuel des péchés de William of Waddington ; [commentaire en latin concernant le texte qui le précède ? ]. L’hypothèse que la Somme le Roi ait joué, comme nous l’avons proposé pour les deux textes mentionnés ci-dessus, le rôle d’œuvre de lecture bénéficie donc d’arguments que nous jugeons décisifs. En effet, alors que les autres hypothèses présentent le défaut de ne pouvoir être étayées par aucun autre exemple similaire à celui qui nous occupe, l’éventualité que la Somme le Roi ait été utilisée comme support pratique servant à illustrer de manière contrastive le fonctionnement de la langue française peut s’inscrire dans une tradition établie que nous avons décrite dans le chapitre précédent. Nous pensons donc que cette hypothèse d’un manuel de langue est la seule qui permette d’expliquer à la fois la composition de ce codex et l’apparition des traductions en parallèle. La question de l’intérêt de Dygon pour un tel ouvrage demeure cependant : (37) (…) Some other texts in [Dygon’s] books remain unexplained. Thomas Collingburn’s quire in Magdalen, ms lat. 188 is one such example ; it includes materials associated with Thomas Sampson and William Kingsmill. These two forgotten individuals established instruction in (business) French and Ars dictaminis (in both French and Latin) at Oxford in the early fifteenth century. Such interests may well have appealed to Dygon as a trained lawyer ; this instruction would have been useful (at least before « he got religion », as it were), were he pursuing a career as an administrator for ecclesiastical clients. Certainly, the unique trilingual Somme le roi which occupies most of this book, even if not in Dygon’s hand, looks very much like an exercice combining both piety and foreign-language practice ( H ANNA 2006 : 140). 3.5 Conclusion Le manuscrit Oxford Magdalen 188, en empruntant des matériaux aux volumes utilisés dans les cours de Thomas Sampson pour la formation linguistique des futurs administrateurs et notaires - à savoir l’Orthographia Gallica, qui semble indiquer un enseignement axé sur la mise par écrit, et la présence d’un texte de lecture à teneur morale 425 --, limite au minimum l’enseignement professionnel qui accompagne généralement cette formation. La nature exclusivement linguistique du contenu de ce manuscrit, de même que l’utilisation de la traduction dans le texte de lecture, l’éloignent du programme prodigué par Thomas Sampson et le rapprochent des volumes liés à l’enseignement de William of Kingsmill 426 , en dépit de son utilisation du latin et de l’absence des Manières de langage. Notre manuscrit est ainsi à bien des égards une œuvre charnière, qui hérite des particularités didactiques de l’une ou l’autre traditions d’enseignement des langues au Moyen Âge - français et latin confondus - et s’inscrit déjà dans la structure des premiers imprimés de la Renaissance. Tout en fournissant un enseignement moral et religieux, adressé initialement aux laïques, il permet une formation linguistique, si ce n’est exhaustive du moins globale. Le long texte de lecture doit en effet permettre d’acquérir à la fois un vocabulaire étendu et une connaissance des phénomènes syntaxiques et morphosyntaxiques fondamentaux : 425 Cf.-manuscrit London, Brit. Libr., Harley 4971. 426 Cf.-manuscrit Cambridge, Trinity College, B. 14.40. <?page no="140"?> 130 temps verbaux, négation, ordre des mots, etc. Cet enseignement serait parfait d’une connaissance plus spécifique de la précision dans la mise par écrit, par le biais de l’Orthographia Gallica, et d’un vocabulaire spécialisé ou peu usuel grâce au nominale trilingue. Ce dernier contient en effet la liste de certaines réalités domestiques susceptibles de se trouver dans la maison d’un seigneur : (38) Instrumenta que debent esse in hospicio hominis p[otius ? ] in aula ; Apparatus pro corp[or]e domini ; Ornamenta et jocalia domine ; Puellarum juvenum constat tota cura crinibus et cornibus et in tricatura ; Plures bone species ; In grangia sunt diuersa blada ; In granario sunt diuersa blada ; In molendino sunt diuersa instrumenta ; In pistrina sunt diuersa necessaria ; In bracina sunt diuersa necessaria (bratiarium) ; In panetria sunt diversa necessaria ; In pincerna sunt diuersa [necessaria]. Un tel public peut surprendre, compte tenu des informations que nous avons du contexte d’élaboration concret de ce manuscrit. Si, comme nous l’avons évoqué plus haut, cet ouvrage fait partie des commandes passées par Dygon pendant sa réclusion, il faut envisager son utilisation dans le cadre d’une formation à l’intérieur du monastère. Nous avons d’ailleurs mentionné de tels volumes appartenant à des maisons religieuses dans la liste de codices examinés dans le chapitre précédent. W. R OTHWELL (2001c) insiste sur le fait que c’est en partie dans les monastères que se conserve le meilleur français, et nous pouvons noter, dans le survol que nous avons proposé des supports d’enseignement du français, que de nombreux volumes ont été compilés par et pour des ecclésiastiques. H. G. R ICHARDSON confirme cet intérêt des monastères pour de tels volumes : (39) (…) Throughout the Middle Ages religious houses acquired, or had, written for them, dictaminal tracts, formularies of various kinds, law books and treatises on conveyancing. But all this was largely a matter of buying and borrowing (…) (1941b : 329). D. T HOMSON témoigne du fait que Sheen aurait fait copier des ouvrages de grammaire (1979 : 20) afin d’assurer un enseignement de qualité du latin dans le monastère. Le caractère séculier du contenu de notre manuscrit peut cependant s’expliquer par le lien entretenu par Dygon avec Oxford, puisqu’il y devient bachelier en droit canon en 1406. Il est donc envisageable qu’il ait fréquenté les cours de Thomas Sampson, ou du moins suivi un enseignement dans un contexte similaire. Il aurait donc pu réutiliser ou s’inspirer de matériaux dont il aurait lui-même bénéficié. Quant à la manière dont cet enseignement s’est fait, il nous faudra déterminer, dans le chapitre suivant, si cette double traduction atteste son utilisation afin de former des publics différents ou si nous nous trouvons, par cette étape intermédiaire, devant la méthode de lecture basée sur la traduction grammaticale utilisée dans l’enseignement des langues savantes et développée sur la base de la technique de l’expositio. Dans ce dernier cas, le manuscrit Oxford Magdalen 188 emprunterait donc une stratégie bien attestée pour le latin à la Renaissance, voire vers la fin du Moyen Âge déjà (cf.-chapitre 1, 1.3.2.1.). L’utilisation de la traduction dans une visée contrastive est une technique vraisemblablement déjà à l’œuvre, nous l’avons vu, dans le Femina et que l’on retrouve dans plusieurs volumes de la Renaissance, mais l’innovation majeure de la traduction bilingue de la Somme le Roi réside dans l’apparition dans ce processus du latin comme langue cible. <?page no="141"?> 131 B. Seconde partie La conclusion à laquelle nous a menée la première partie de ce travail est que la traduction opérée dans le manuscrit Oxford Magdalen 188 a pour objectifs de mettre en scène le fonctionnement de la langue, d’en révéler les structures et d’en favoriser l’observation, tant d’un point de vue morphosyntaxique, syntaxique que lexical. Si cette conclusion est correcte, l’étude de ce document peut donc nous permettre d’apporter des indications sur la pratique de cet enseignement et les moyens didactiques qu’il met en œuvre. La traduction livrée dans ce texte présente, nous l’avons déjà indiqué, un caractère fortement littéral. En ce qui concerne la traduction en latin, cette littéralité la rapproche même davantage d’une glose interlinéaire continue que d’une réelle traduction. De fait, de nombreux passages reflètent une syntaxe maladroite et peu idiomatique dans les langues cibles, notamment en latin. Non seulement le traducteur utilise rarement la traduction la plus naturelle à la langue cible, mais il fait de plus un usage important de binômes synonymiques, dans lesquels le premier est étymologique et le second idiomatique, et de toutes sortes de constructions lui permettant de désambiguïser les formes. Il semble ainsi mettre tout en œuvre pour identifier les mots et les structures de la langue source, sans chercher à rendre un texte clair et naturel dans les langues cibles. Cette traduction porte donc la marque de procédés pédagogiques visibles et évidents, qui l’inscrivent dans un processus d’identification des formes et d’explication du sens par le biais des langues cibles. Il s’agit d’étudier les choix de traduction visant à illustrer les structures en présence de la langue source. Les questions auxquelles il nous faut répondre peuvent être résumées comme suit : Quelle est la technique appliquée par le traducteur ? Quel est son profil linguistique ? Comment, avec l’un et l’autre, parvient-il à circonscrire les faits de langue du français ? Dans cette démarche, il est nécessaire non seulement de caractériser les versions latine et anglaise, mais aussi de constituer une grille d’analyse de la traduction permettant de classer et de comparer les différents choix qui y sont opérés. C’est ce que nous chercherons à faire dans le premier chapitre de la seconde partie de notre travail. La description ainsi obtenue de l’acte de traduction effectué par le traducteur devrait nous permettre, dans le chapitre suivant, de mettre au jour une cohérence dans le traitement des particularités morphosyntaxiques, syntaxiques et lexicales de la langue source. Ainsi, nous serons en mesure d’évaluer les facteurs susceptibles d’avoir dirigé la compréhension du traducteur, telles que sa formation scolaire, les notions grammaticales à sa disposition ou encore sa perception de l’interaction entre les langues. C’est par l’étude d’un cas, choisi pour sa complexité, que nous nous efforcerons, dans le dernier chapitre, d’illustrer l’analyse grammaticale à laquelle s’applique le traducteur dans sa perception de la catégorie et de la fonction des éléments rencontrés. Nous verrons que son interprétation du texte n’est pas exempte d’erreurs et que la grammaire qu’il tente de mettre en lumière est difficile à circonscrire. En effet, et comme l’a souligné à plusieurs reprises Cl. B URIDANT dans ses publications récentes, le linguiste moderne qui s’occupe de la grammaire de l’ancien français est confronté au caractère polyvalent des formes grammaticales que l’on rencontre dans les textes - tension constante pour l’infinitif entre le plan verbal et le plan nominal, etc.--, à l’ambiguïté des catégories grammaticales - limite confuse entre l’adverbe et la préposi- <?page no="142"?> 132 tion, etc. - et plus généralement au « système souple de la grammaire floue » de l’ancien et du moyen français (1996 : 111). Au niveau lexical, le sémantisme large et peu défini de certains mots en ancien français est relevé par J. C HAURAND , qui précise que « le mot isolé ne prend consistance que dans son rapport à un contexte qui actualise la qualité dénommée » (1999 : 80). Nous souhaitons insister sur l’importance du contexte mentionné ci-dessus et l’étendre à un processus de lecture qui dépasse celui du simple sémantisme du vocabulaire médiéval. On peut en effet voir apparaître la prise en compte de cette notion de contexte et de sémantisme de la phrase dans la description grammaticale du français qui émerge à la Renaissance sous la plume de John Palsgrave. Alors que les débuts timides de description grammaticale, qui nous sont parvenus avec le Donait de John Barton, se limitent au XV e -siècle à décrire les parties du discours - sur le mode du Donatus--, d’en présenter les accidents (genre, nombre, cas) et de « définir les fonctions par des critères morphologiques » ( C HEVALIER 1968 : 148), ce grammairien, tout en suivant lui aussi la même structure, entrevoit un-siècle plus tard la possibilité pour une partie du discours d’être utilisée à la place d’une autre, comme c’est le cas pour la fonction adverbiale ( P ALSGRAVE 1531 : The seconde boke, f.-56v) ou des infinitifs substantivés (ibid. : The thirde Boke, f.-3r). Palsgrave propose de fait quelques éléments de réponse pratiques pour permettre à l’apprenant d’identifier la fonction de la forme devant laquelle il se trouve. L’auteur fait ainsi appel au latin et/ ou à l’anglais comme pierres de touche, généralement par une comparaison raisonnée avec le premier et une mise en parallèle de la traduction pour le second, tout en proposant une prise en compte du contexte sémantique ou morphosyntaxique de la proposition 427 : (1) The same worde in our tonge whiche endeth in ynge/ maye with vs bothe be a substantyue and also our present partyciple/ onely the vse and sence muste shewe the difference (…). If the sentence fall so in our tonge that a preposycion come byfore our partyciple in ynge/ the frenche men in the same sentence vse nat their participle in ant, but their present infynityue ( P ALSGRAVE 1531 : The thirde Boke, f.-412v). À plusieurs reprises, en effet, Palsgrave propose comme critères permettant à l’étudiant de choisir correctement l’élément servant à introduire dans la phrase la perfection, la complétion ou le sens de la proposition. Nous pouvons citer comme exemples l’épineux problème du choix de la forme pronominale après les verbes ou celui des conjonctions : (2) But some thyng to lede the lerner in this behlafe by a generall rule/ whan so euer we vse hym/ or her/ after a verbe in our tonge where the sentence of him selfe may be parfyte without addyng any mo wordes thervnto/ we shall in the frenche tonge vse le, or la. I loue hym/ I behold hym/ I folowe hym/ I se hym/ I here hym/ ie layme, ie le regarde, ie le fuis, ie le voys, ie los. (…) But if there be requysete to adde also a substantyue/ outher a lone of with some other partes of speche after hym of her or euer the sentence can be parfyte/ than vse they in the stede of hym and her luy. In these sentences/ I tell hym/ I make hym/ I ordayne hym/ I purpose hym/ I do him (…) and suche lyke : for so moche as the sentences requyre or they be parfyte that I sholde expresse what I tell or make or ordayne/ or purpose/ or 427 Voir encore P. S WIGGERS 2007 : 8, <?page no="143"?> 133 to do hym/ or her/ I shall before all suche verbes vse luy ( P ALSGRAVE 1531 : The thirde boke, f.-101v-102r) 428 . (3) Thyrdly and chefely if the lerner outher here or rede a worde in a sentence whiche muste nedes haue an other worde and also a sentence/ or at the lest an other sentence to folowe the firste sentence whiche wente byfore or euer he can be fully satysfyed what is ment by the firste sentence/ let hym seke for all suche wordes as well them that come byfore in the firste sentence/ as them that folowe in the latter sentence here in this table of coniunctions (ibid., f.-402v). Au moment où la traduction qui est au centre de notre travail est composée, des réflexions syntaxiques de ce type n’ont pas encore été élaborées pour la langue française, et nous avons émis dans le chapitre 2 l’hypothèse que l’enseignement syntaxique doit alors se faire par l’analyse et l’imitation de textes ou de phrases modèles, comme c’est le cas pour le latin. Cependant, les mécanismes que nous observons sous la plume du traducteur rappellent, nous le verrons dans la seconde partie de ce travail, la « méthode » d’analyse contextuelle et sémantique que décrit Palsgrave. Plusieurs indices nous portent à croire, nous le verrons, que le traducteur n’est pas de langue maternelle française et que ses connaissances linguistiques ont été acquises par un biais similaire à celui proposé dans le manuel qu’il élabore : il aura donc eu lui-même sous les yeux différents textes - anciens et plus récents - qu’il aura lus et analysés sans nécessairement se rendre compte de la différence diachronique. C’est certainement à l’aide de ces différentes « grammaires » croisées à mesure des lectures qu’il aura reconstruit la sienne, par un processus d’analogie et de correspondance entre les langues qu’il connaît. 428 Cette citation est mentionnée et analysée par J.-C. C HEVALIER (1968 : 152-3). <?page no="144"?> 134 4 Caractérisation de la traduction et des procédés didactiques Afin de parvenir à une meilleure compréhension du document qui fait l’objet de notre étude, il semble inévitable de tenter de démêler les divers actes de traduction et de forger des outils d’analyse et de classement des phénomènes qui y sont illustrés. Pour ce faire, il s’agit observer les choix de traduction opérés par le traducteur dans le processus même d’encodage du texte et d’en comprendre les mécanismes sous-jacents en dégageant une grille de lecture des phénomènes lexicaux, syntaxiques et morphosyntaxiques qui nous permette d’analyser plus en détail l’une ou l’autre de ces caractéristiques de la langue source (voir chapitres 5 et 6). Au niveau de l’élaboration de la traduction, les ressemblances syntaxiques, morphosyntaxiques et lexicales qui existent dans ce texte entre les trois langues favorisent le recours à une traduction littérale. Cette littéralité est cependant fréquemment abandonnée au profit de tournures plus idiomatiques. Les formules attestant la recherche d’un équivalent acceptable dans les langues cibles, de même que les nombreuses corrections que la traduction contient - ajouts ou exponctuations--, sont autant de phénomènes importants pour la caractérisation du document. Ils interdisent de ne considérer cette traduction que comme un exercice peu soigné et automatique 429 , mais attestent une volonté permanente de trouver une formule jugée adéquate. Ainsi, nous pouvons parfois voir le traducteur corriger dans une des langues supports une traduction idiomatique, syntaxiquement correcte et certainement née d’une formulation spontanée, afin de rendre cette version littérale : (1) And in stede of þe sabbat day Et in loco diei sabbati Et en leu de samedy (f.-11v) Dans cet exemple, le mot diei, de la locution diei sabbati, a été exponctué. Nous nous trouvons ici devant la formule latine consacrée pour nommer ce jour de la semaine, formule qui est à l’origine du mot samedi mais dont la filiation étymologique n’est plus directement perceptible dans le mot français. Par conséquent, fidèle à sa volonté de s’approcher d’une traduction littérale - ou du moins de conserver la littéralité de la traduction qu’il copie--, le copiste gomme ce qu’il juge probablement comme une spécificité de l’une des langues support. Certaines caractéristiques de la langue source semblent être spécialement soumises à des traductions idiomatiques dans les langues cibles. C’est notamment le cas des prépositions que le caractère synthétique du latin classique ne privilégie pas (cit. 2), ou qui peuvent porter sur plusieurs termes d’une énumération (cit. 3) : 429 C. W ITTLIN , dans sa présentation des techniques de la traduction au Moyen Âge et des difficultés qui en découlent, indique que le travail du traducteur médiéval peut se limiter à une transcription mécanique lorsque celui-ci emploie des mots dérivés de la même racine que ceux du texte source, et donc que l’utilisation de mots d’étymologie différente de ceux de l’original est un signe d’application (1976 : 603). <?page no="145"?> 135 (2) and it fulfillen with vanite illud reimplent cum vanitate et la remplent de vanité (f.-89r) 430 (3) that is to wyte in the synne of glotenye that is synne of the mouthe in drynkynge and in etynge. videlicet in peccato gule quod est peccatum oris in potacione et in comestione. C’est assavoir ou pechié de glotonie qui est pechié de bouche en boire et en mangier. (f.-76r) Dans ce cas, comme l’indiquent les citations ci-dessus, il est fréquent que le copiste corrige ces formulations en ajoutant a posteriori la traduction des prépositions afin de privilégier une structure plus conforme à celle de la langue source. Toutefois, ces divers ajustements ne favorisent pas toujours une correspondance mot à mot entre les traductions, mais sont parfois au contraire destinés à combattre des traductions littérales, comme l’attestent certains passages : (4) For also as he may not nothinge bere by in obedience Quia sicut similiter ille non potest aliquid portare per in obedienciam Car aussi com il ne puet rien porter par inobedience (f.-51r) (5) Now be it that ther be some braunches that be not dedly synne Nunc sit hoc quod sunt aliqui rami qui non sunt omnino peccatum mortale Ja soit ce qu’il ait aucunes branches qui ne sont mie peché mortel (f.-14v) 431 En effet, tandis que dans le premier de ces exemples le copiste insère dans la version anglaise un deuxième élément négatif afin de retranscrire la formulation discontinue du français (voir chapitre 5, 5.2.2.2.), dans l’autre, une correction illustre le processus inverse. Cette oscillation entre traduction littérale et traduction idiomatique est attestée à plusieurs reprises dans notre document, comme c’est le cas pour le traitement de l’article défini. Le copiste opte tantôt pour l’expression de cet élément dans la langue cible, tantôt pour son omission, et corrige ses choix à quelques reprises : 430 L’utilisation de la préposition cum avec le verbe implere, absente semble-t-il de la langue classique, est néanmoins attestée dans les Îles Britanniques. On trouve cette construction chez Alcuin (Epistolae, 121, p. 174 ; DMLBS) avec le sens présent dans notre texte, « remplir (une personne) d’émotion », ainsi que dans les écrits de Bede (673-735 ; Historia ecclesiastica gentis Anglorum, V2, p. 283 ; DMLBS) où il signifie « compléter (temps) ». Il apparaît que, de manière générale, cette préposition bénéficie d’une utilisation étendue, spécialement pour dénoter l’instrumentalisation (DMLBS, sv. cum). 431 Le traducteur n’a pas compris la locution conjonctive ja soit ce que « quoi que, bien que ». Alors que le latin classique demanderait tametsi, la traduction est ici un pur mot à mot. Il en est de même pour cette même construction plus loin dans le texte : The secunde boughe of pride is the power of pride this is […] that is a ful gret synner And now is it it that noon synneth dedly synnes ne is not with out despite of go[d] alwayes aftir that that we speken here of despite especially in thre maneris fallith oon in synne by this synne Secundus ramus superbie […] omnibus viis secundum hoc quod nos loquimur hic de despectu specialiter in tribus modis cadit unus in peccato per istud peccatum La secunde branche d’orgueil. c’est la poesté d’orgueil. si est des[pi]t qui est mult grant pechier. Et ja soit ce que nus mortiex pechiés ne soit sanz despit de dieu toutes voies selo[n]c ce que nous parloms ci de despit especialment en trois maneris chet on en pechié par cestui pechié. (ff.-31r-v) <?page no="146"?> 136 (6) For suche harme or hurt comiþ of evel covetise whan that the consent is certayn and bythught Quia tale nocumentum venit ex mala concupiscencia quando illa consensus certus et cogitatus est Car tele envi vient de mauvese convoitise quant li consentementz certains et apensés i est (f.-17v) (7) vel tradunt suas bestias ad medietatem in tali modo quod illi si moriantur illa medietas illi allocet allias in suo loco tam valentes Ou baillent leur bestes a mietoue en tel manere que il se muerent le mitoier 432 imetra autres en son leu ausi vaillans. (f.-55v) (8) For oon goodnes asketh another goodnes Quia bonitas aliam bonitatem requirit Car bounté autri requiert. (f.-29r) Seule une analyse précise de la perception des différentes caractéristiques de la langue source par notre traducteur (voir chapitre 5) peut expliquer ces choix. La question qui se pose alors est de savoir comment la correspondance entre la langue source et les langues support est utilisée, et de comprendre à quel moment et pourquoi le traducteur va privilégier l’une ou l’autre forme et quel rôle cette sélection va jouer dans sa stratégie didactique. Il faut juger les choix des formes latines et anglaises par le traducteur sur deux axes : l’un paradigmatique, sur lequel opère la sélection de la forme choisie, et l’autre syntagmatique, sur lequel se réalise la combinaison de ces formes entre elles. 4.1 Formes à disposition Les deux traductions en latin et en anglais présentent fréquemment des formes et des structures apparentées à celles du français ; cette tendance semble favorisée par les similitudes qui existent entre les deux langues. Elle naît en effet d’un rapport de presque-filiation complexe et particulier. Dans cette Angleterre triglossique, les langues cibles sont en contact constant avec le français. L’équilibre qui existe dans leur répartition fonctionnelle les conduit à un enrichissement mutuel, lui-même nourri par des liens étymologiques déjà existants, et qui, en conséquence, va entretenir ces similarités dans un cercle vertueux. Au sujet de la contribution du français à l’anglais et au latin d’Angleterre, W. R OTHWELL écrit : (9) Ever since the Conquest a constant stream of French vocabulary from different registers had been absorbed into English. Most of these words took root in England and many developed semantically there, whilst Latin terms coined to render concepts unknown to the world of Cicero or Virgil 433 were largely sterile calques often based on French and which stared out from the pages as foreign implants (2001b : 555). 432 Interprétation inadéquate : le scribe a compris « moitié » en lieu et place de « metayer » (voir chapitre 5). 433 « E. g. terminology connected with the feudal system, industry and commerce which are in process of constant change, new building techniques for houses, castles, ships, etc., different types of clothing, etc. » ( R OTHWELL 2001b : note 68). <?page no="147"?> 137 En ce qui concerne la réciprocité, il n’est pas nécessaire d’insister ici sur la contribution du latin au développement du français et sur la continuelle relatinisation lexicale de ce dernier. Du côté de l’apport de l’anglais à l’anglo-normand, un nombre significatif d’emprunts est attesté dans l’AND2 434 . Les langues cibles sont ainsi apparentées à la langue source : le latin l’est en amont, puisqu’il s’agit de la « langue mère », alors que l’anglais peut être considéré en quelque sorte comme « langue sœur » - même si ce n’est pas le cas d’un point de vue génétique--, principalement en raison du grand nombre d’emprunts qu’il fait au français. De ce fait, divers enrichissements lexicaux-- innovations lexicales sur des radicaux étrangers, emprunts, calques, etc. - intensifient le lien et les similitudes qui existent entre les trois langues. Le rapport de parenté permet ainsi une utilisation des ressemblances entre ces langues mais aussi de leurs dissemblances. Le traducteur a, de ce fait, le choix de privilégier les correspondances formelles (ou transparences 435 ) ou de faire jouer les équivalences 436 . Pour apprécier les choix ponctuels opérés par le traducteur, nous avons cherché à élaborer une grille de lecture : elle s’appuie sur ce que Cl. B URIDANT (2003) a développé pour l’analyse des traductions vernaculaires du latin. Ce dernier reprend un schéma proposé par G. A NTOINE (1959 : 64) - dans lequel trois types de phénomènes sont distingués : dominance, résistance et émergence - pour déterminer dans quelle mesure « la langue source, en l’occurrence le latin, se heurte à la résistance de la langue cible, étaye sa dominance, ou favorise l’émergence de faits linguistiques nouveaux » ( B URIDANT 2003 : 72). Par dominance, il faut comprendre les faits linguistiques de la langue source qui s’imposent ; résistance qualifie les faits linguistiques de la langue cible qui résistent à la pression ; quant à l’émergence, elle désigne l’apparition de particularités jusqu’alors situées en marge de la langue (ibid.). Dans notre étude, la situation est en quelque sorte inversée par rapport au cas de figure habituel. Non seulement la traduction ne se fait pas dans le sens langue savante-langue vulgaire, mais elle doit en outre se faire vers deux langues différentes. Il est donc nécessaire d’adapter ce schéma à nos besoins, d’en redéfinir les facteurs et surtout de les différencier, selon que la langue cible est le latin ou l’anglais. 4.1.1 Dominance Nous parlerons de dominance dans le cas où les structures communes aux langues cibles et source sont privilégiées. Cette stratégie ne peut par définition être adoptée que lorsque les langues cibles possèdent les mêmes structures que le français. C’est ce type de traduction « mécanique » qui est fréquemment choisi pour le lexique. Ainsi, bon nombre de choix lexicaux sont opérés dans le sens d’une correspondance étymologique et formelle, que ce 434 Voir T ROTTER 2011 : 362-4. 435 Nous empruntons la notion de transparence aux études proposées dans le cadre d’Eurom-4, programme consistant à élaborer une méthode d’enseignement de plusieurs langues romanes ( B LANCHE - B ENVE - NISTE / V ALLI 1997). La méthode repose sur l’utilisation maximale des transparences : « les zones-transparentes sont celles que les débutants jugent faciles par le vocabulaire (radicaux presque semblables) et par la syntaxe (ordre canonique S V O) » ( C ASTAGNE 2002 : 25). 436 Nous utiliserons le terme équivalents pour désigner des lexèmes non transparents mais dont l’emploi est adéquat pour traduire le mot français, tant au niveau de la fonction que du sens. <?page no="148"?> 138 soit par l’utilisation de l’étymon latin et de l’emprunt fait au français par l’anglais 437 ou simplement par celle de formes apparentées : (10) And he oughte to restrayne and to refrayne as muche as he may not enywise hem to norisshe ne to seche ouþer by unmesurabilnes of drynke or of etynge or by evel thynkynges over longe holden by evel touchynges Et debet quis restringere et refrenare tam sicut quis potest non omnino eas nutrire neque adquirere vel per briam 438 potacionis vel comestionis vel per malas cogitaciones nimis diu tentas per malas palpaciones Et doit l’en restraindre et refraindre tant com l’en puet non mie lez norrier ne purchacer ou par outrage de boivre ou de mangier ou par mauveses pensees trop longument tenues par mauvéz atouchemens. (f.-14v) (11) Ne they also that taken away or withholden wrongfully or with strengthe. or hiden that that be approprid to holy chirche or hem payen evel./ Neque illi eciam qui tollunt vel retinent injuriose sive cum fortitudine vel celant ea que sunt appropriata sancte ecclesie vel ea pacant non bene. Ne cil aussi qui tolent ou retiennent a tort ou a force ou celent les 439 que sont approprieez a seint eglise ou les paient mauvesement. (f.-63r) De nombreux phénomènes syntaxiques, comme l’emploi des temps verbaux et l’ordre des mots (position de l’adjectif, des syntagmes nominaux et verbaux), sont soumis de même à ce choix de correspondance. D’un point de vue morphosyntaxique, nous pouvons remarquer la tendance du traducteur à utiliser des prépositions en latin, même lorsqu’il s’agit de marquer le complément du nom : (12) this is the fourte leef of this braunche that is propirly callid or nemnyd detraccione hoc est quartum folium de isto ramo quod est proprie vocatum detraccio c’est la quarte fuelle de cest branche qui est proprement apelee detraccion (f.-95v) (13) But lesyngis plesynge ben muche gretter synne as the lesynges of these japers and the tripheleris and mynstrelles Sed mendacia placencia sunt magis gravia peccata sicut mendacia de istis […] et de trufatoribus et de histrionibus Mé les mençonges plesans sont plus grant pechié com les mençonges de les losengeres et des truffleurs et de minstreux (f.-97r-v) L’ordre des mots des langues cibles est bien souvent identique, lui aussi, à celui du français, que ce soit à l’intérieur du syntagme - antéposition de l’adjectif (cit. 14), l’ordre des éléments (sujet, verbe et complément) du syntagme verbal (cit. 15) - ou entre les différents syntagmes (cit. 16, 17) : 437 Dans ces analyses, il faut tenir compte que l’anglais de cette époque est une langue en voie d’élaboration. Il sera donc souvent difficile de déterminer s’il s’agit d’emprunts déjà attestés dans la langue ou d’emprunts faits par le traducteur pour les besoins de sa cause. Nous partons du principe que l’attestation d’un mot à même époque ou à époque antérieure dans d’autres textes est un indice d’intégration de cette forme dans la langue anglaise. 438 Voir annexe 3, f.-14v. 439 M (36, §136) : les choses. <?page no="149"?> 139 (14) This vice is a ful evel rote that casteth out ful many evel braunches hoc vicium est unus nimis malus radix qui jactat multos malos ramos Cest vice est.i. trop mal racine qui gette trop de males branches. (f.-47r) (15) To suche ende ledith sleuthe man. Ad talem finem ducit accidia hominem. A tel fin moine accide l’omme. (f.-52r) (16) For whan god puttith in man a good wille in his herte of wel doynge. quando deus ponit in homine bonam voluntatem in suo corde ad bene faciendum Car quant diex met en l’omme bon volunté en son cuer de ben fere. (f.-49v) (17) this commaundement us forbedith to take and to resceyve oþeres thynges whatsom ever þat it be by evel encheson hoc preceptum nos prohibet capere et recipere alienam rem qualemcumque que illa sit per malam racionem Cest commandement nous devee prendre et recevoir autrui chose quele que ele soit par mavese reson (f.-15r) 4.1.2 Résistance À l’inverse, le traducteur choisit parfois d’utiliser différentes formulations propres à la structure des langues cibles. Il va donc explorer les multiples équivalences en latin et en anglais et faire jouer le facteur résistance. Pour le lexique, il s’agit de l’utilisation des divers équivalents propres aux langues cibles : (18) Ferst they trespace in greet expensis Aftir that that they usen in over greet hastynes. and over greet delectacione/ And aftyr in vayn glorie that he had in hem/ Primo peccant in magnis expensis/ Post hoc quod illi utuntur in nimis magna aviditate et nimis magna delectacione/ Et postea in vana gloria quod 440 in ea habebat/ Premerment pechent en granz despenz. Aprés ce que il usent 441 en trop grant ardeur et grant delit. Et aprés en la vaine gloire que ele en out 442 (f.-85r) (19) assentenge comyth desire and greet ardure that he hath of synnynge. Post consensum venit desiderium et magnus fervor quod ille habet peccandi. Aprés le consentement vient le desirrier et le grant ardure que il ont de pechier. (f.-72r) Dans ces deux exemples, le traducteur a préféré au latin ardor, forme transparente, les équivalents aviditas et fervor, plus appropriés sémantiquement dans le contexte en question. L’anglais présente, quant à lui, alternativement l’équivalent (hastynes) et le correspondant étymologique (ardure). De telles alternances sont fréquentes. Ainsi en atteste 440 La grammaire du latin classique demanderait quam, mais ici l’abréviation apparaissant dans notre texte est celle généralement utilisée pour quod. 441 Le manuscrit Paris, Bibl. Mazarine, 870-( = M ; éd. B RAYER / L EURQUIN -L ABIE 2008 : 38, §165) contient la leçon suivante : aprés, en ce que il en usent. 442 Leçon proposée : ele en ont. <?page no="150"?> 140 l’exemple suivant qui présente, toujours pour ard(e)ur, le correspondant latin (ardura 443 ). Ce dernier choix permet d’avancer que le traducteur avait connaissance de ce mot : (20) And howmuche more the hastyfnes is gret/ so muche more grevous is this synne/ Et quam major est gravis hec grandis ardura magis est grave hoc peccatum Et com plus est grant cest grant ardur plus est grantz le pechiéz (f.-84r) En ce qui concerne les phénomènes morphosyntaxiques, on peut citer l’exemple du sujet indéterminé l’en, difficilement traduisible littéralement en latin et dont on trouve dans notre manuscrit différentes traductions, comme : - quis/ eny : (21) For the more 444 hym blame eny and chastiseth þe more he wrethiþ and hym defent. Quia eo 445 magis illum reprehendit quis et castigat tanto magis ille irascit et defendit. Car plus le blame l’en et chastie tant plus s’aire et deffent. (f.-26v) - une construction passive 446 : (22) Fourte slouthe that is callid in clergie unlust Quartum accidia vel segnicies que vocatur in clerimonia segnicies Le quarte paresce. que l’en apele en clercois accide (f.-25v) - quidam/ they : (23) « Alas for sorowe » saith seint Bernard. « how he this hath fonned joye and ful sorowful they maken hem develes by cause that they holden hem angele »/ « Proth dolor » dicit sanctus bernardus « quam stultam gloriam habet iste et dolorosam illi faciunt se diabolum propter hoc quod quidam se tenent pro angelis » « Heelas » dit seint bernard « com ci a fole vanitance et doleureuse il se font diable pur ce que l’en les tigne pur anges ». (f.-92r) Les pronoms personnels de troisième personne constituent un phénomène de choix pour l’observation de la sélection d’équivalents propres au latin puisque la concordance entre les deux systèmes, celui du français et celui du latin, est imparfaite (voir encore chapitre-5). Ainsi, le traducteur va tour à tour traduire ces pronoms par ille, la forme dominante, et par ses équivalents is et ipse : (24) For whan the devel fyndith a man ydel. he hym puttith in occupacione. Quia quando diabolus invenit hominem ociosum. ille illum ponit in assiduitate. Car quant le deable truve l’omme oiseus. il le met en oevre. (f.-48r) 443 Ce lexème bénéficie de deux attestations dans MLW, mais est absent de DMLBS qui ne contient que ardor. 444 Correction par le scribe : men biffé. 445 Correction par le scribe : ajout de eo. 446 Il faut noter que dans la Grammatica compendiosissima de Guillaume Tardif, dans laquelle figurent des équivalents français pour la grammaire latine, la construction impersonnelle avec on est indiquée comme un substitut facultatif de la voix passive ( R ICKARD 1976 : 16). Il s’agit donc d’un savoir dont on peut penser qu’il était généralisé. <?page no="151"?> 141 (25) So muche hath th’envious in herte envenymed thoughtis venemous of false domes that noon hem ne may noumbre Tantum habet in corde intoxicato cogitaciones venenatas falsa judicia quod nullus ea non possit numerare Tant ad ou cuer l’envenimeus de penssees venimeuses de faus jugemenz que nul ne les purroit nombrer./ (f.-41v) (26) and þat noon curse eny othir in evel entencion hym to appeyre of his good loos or of the grace that he hath. et quod nullus maledicet aliquem alterum in mala intencione ad ipsum deteriorandum a sua bona fama vel a gracia quam ipse habet et que l’en ne mesdie d’autrui en mal entencion de lui empirier de sa bone renommee ou la grace que il a. (f.-16r) En ce qui concerne l’ordre des mots, alors que le latin tend à approcher dans notre traduction une correspondance parfaite avec le français, l’anglais semble volontiers s’en émanciper : (27) over stronge myghty was the wyne yesterday nimis fuit heri vinum forte trop fu er soir le vin fort (f.-77v) (28) For likwyse as sayen þe right scripture thre manere therbe Quia similiter sicut dicunt recte scripture tres sunt modi Car aussi com dient li droit escript il sont .iii. maners (f.-65r) (29) oo greet dedly synne and horrible or greet unum magnum peccatum mortale et horribile vel magnum .i. grant pechié mortel et horrible ou grant (f.-65v) 4.1.3 Émergence Toutefois, le traducteur peut recourir à une formulation non ou peu attestée dans la langue cible ou détourner un élément linguistique de sa fonction grammaticale habituelle. Nous nous trouvons alors devant le facteur émergence. Un des exemples privilégiés pour observer l’émergence de formes peu fréquentes en latin est la négation renforcée par les substantifs pas ou mie : (30) Or for that that oon prayseth not nowyse an othir rightfully in his herte as he aughte vel propter hoc quod unus non laudat omnino alium recte in suo corde sicut ille debet Ou par ce que on ne prise pas l’autre a droit en son cuer si come il doit.-/ (f.-31v) (31) not in nowise in to that partie where were the dampnid that were deed in here synnes and in her mysbileve them toke he nought in nowyse non omnino in illam partem ubi erant dampnati qui erant mortui in suis peccatis et in suis infidelitatibus illos non traxit ille aliquomodo non mie en cele partie ou estoient li dampné qui estoient mort en leur pechiéz et en leur mescreantises ceus n’en trait il mie (f.-20v) <?page no="152"?> 142 Si cette formulation n’est pas étonnante pour l’anglais, elle reste peu naturelle dans ce genre de proposition. Il faut d’ailleurs noter que ni The Book of Vices and Virtues (= BVV) ni l’Ayenbite of Inwyt (= AI), deux autres traductions anglaises de la Somme le Roi offrant pourtant une traduction à caractère littéral 447 , n’attestent cet emploi de la négation discontinue 448 . Le système de l’article défini est lui aussi une particularité du français, partagé avec l’anglais, que le traducteur doit chercher à traduire en latin avec les éléments qu’il a à sa disposition. Pour ce faire, il peut se tourner vers hoc, iste ou ille : (32) And howmuche more the hastyfnes is gret/ so muche more grevous is this synne/ Et quam major est gravis hec grandis ardura 449 magis est grave hoc peccatum Et com plus est grant cest grant ardur plus est grantz le pechiéz/ . (f.-84r) (33) Aftir this comyth the manaces and bygynnen the medelynges and the werres Post hoc venit in minaciones. et incipiunt iste intromissiones et guerra Aprés ce vient les menaces et commencent les melléz et les guerez. (f.-102v) (34) Vayn glorie is that greet wynde that throwith down the greet toures and the greet holdes puttith downward to the erthe. Vana gloria est ille magnus ventus qui deicit illas magnas turres et illa magna fortalicia mittit deorsum ad terram Vaine gloire est li granz ventz qui abat les grantz toures et les grantz forteresses met a derriere au terre. (f.-36r) Nous verrons ces deux phénomènes en détail dans les chapitres suivants. Observer le facteur émergence dans le traitement du lexique est peu aisé et nécessiterait une étude lexicale approfondie qui nous éloignerait de notre propos. En effet, il est probable que certaines transpositions de mots français dans les langues cibles soient des créations du traducteur. Pour l’anglais, il s’agirait d’emprunts non encore attestés dans la langue du XV e -siècle ou au bénéfice d’un sens différent de celui communément employé à cette époque, tandis que pour le latin cela concernerait des formes présentant un emploi non conventionnel. Dans un cas comme dans l’autre, rien ne nous permettrait cependant d’assurer la fiabilité des informations, puisque l’absence d’une forme dans les dictionnaires ou les corpus à disposition ne suffit pas à en garantir l’absence d’emploi. 447 C ARRUTHERS 1980 : 23. 448 Seul BVV atteste une double négation, mais sans l’apparition de formules telles que in nowise, in eniwyse : thow shalt not honour in nowise diverse goddess Tu non adorabis omnino diversos deos Tu n’aoueras pas diverse diex (f.-9r) BVV : Thou ne schalt not haue dyuerse goddes AI : Thou ne sselt habbe god/ bote me. thou shalt not take in eniwyse the name of god in vayn tu non assumas quovismodo nomen dei in vanum Tu ne prendras pas · le noun dieu en vain (f.-9v) BVV : thu ne schalt not take the name of thi God in veyn AI : thou ne sselt nime/ godes name : in ydel 449 Cette forme bénéficie de deux attestations dans MLW, s.v. ardura, mais est absent de DMLBS qui ne contient que ardor. <?page no="153"?> 143 Les facteurs dominance, résistance et émergence - qu’ils portent sur des lexèmes ou des syntagmes - remplissent des rôles différents dans la traduction. L’utilisation de structures dominantes, et donc transparentes, favorise la mise en valeur de la correspondance de la formule avec ceux de la langue cible, tandis que l’apparition des structures résistantes, et donc équivalentes, participe à une analyse fonctionnelle et sémantique en contexte. En ce qui concerne les formes émergentes, leur utilisation privilégie une mise en évidence discursive par l’utilisation de formules inattendues. Elles peuvent permettre au traducteur de résoudre des difficultés d’équivalence entre la langue source et une des langues cibles ou d’insister sur la valeur qu’il attribue à un mot ou à une construction dans le contexte concerné (voir chapitre 5). 4.2 Facteurs de choix Les principes de répartition de l’alternance par le traducteur dans ses choix lexicaux entre correspondances et équivalences ne sont malheureusement identifiables que dans le meilleur des cas : ils peuvent naître de contraintes issues du processus de traduction et des spécificités des langues cibles ou d’une volonté délibérée chez le traducteur de sélectionner la forme la plus adaptée au contexte. 4.2.1 Interférences dues au processus de traduction Dans l’analyse des choix de l’un ou de l’autre élément par notre traducteur, il faut tenir compte du processus même de traduction qui est susceptible de les guider, que ce soit en latin ou en anglais. L’ordre de traduction - en latin tout d’abord puis en anglais - peut conditionner les choix lexicaux et morphosyntaxiques de la deuxième étape. Un premier cas de figure apparaît lorsque ce processus de traduction fait accidentellement privilégier une concordance de l’anglais avec le latin sans prise en compte de la langue source. L’exemple suivant, qui contient un latinisme néologique dans la traduction anglaise, en est la meilleure illustration : (35) The thridde is obstinacye that is hardnes of herte whan oon is so indurat in his malice that noon may […] Tercium est obstinacio hoc est duricia cordis quando unus est sic induratus in sua malicia quod quis non potest ipsum […] Le tiers est obstinacion c’est durté de cuer quant un est ci endurci en sa malice que l’en ne puet flechir (f.-44v) Ce cas demeure cependant rare, et la plupart des correspondants anglais sont des mots intégrés dans la langue dès la fin du XIV e -siècle 450 : (36) wher fore man enhaunseth so his herte by fastynge by wakynge and by other occupacions that he falleth in to anguishe or in to suche infirmite that he may not labour in the service of god qua propter homo super ducit sic suum cor per jejunia per vigilias et per alias occupaciones quod ille incidit in languorem vel in talem infirmitatem quod ille non potest laborare in servicio domino 450 Voir MED, s.v. occupacioun, infirmite, labour. <?page no="154"?> 144 par quoi l’omme seur maine si son cuer par jeunes par veilles et par autres oevres que il enchiet en languer ou en tele maledie que il ne puet travaillier ou service dieu (f.-50v) 451 Dans d’autres cas, des formes latines ambiguës - c’est-à-dire pouvant remplir plusieurs fonctions - sont susceptibles de conduire à une réinterprétation lors de la traduction en deux temps. Par exemple, dans le traitement des articles définis, le traducteur privilégie la forme ille (voir chapitre 6) ; elle peut être utilisée à la fois pour traduire l’article défini, le démonstratif (pronom et déterminant) et le pronom personnel. Cette polysémie fonctionnelle de ille peut donc induire le traducteur en erreur ou en tout cas le diriger vers une voie parallèle si sa traduction anglaise s’appuie sur le latin et non sur le français : (37) this is the maystresse she that hath so greet askole that alle comen forto study as saith the scripture. hec est magistra illa que habet tam magnam scolam quod omnes veniunt ad studendum sicut dicit scriptura. C’est la metresse que a si grant escole que tout iviennent 452 pur estudier sicom dit l le scripture 453 ./ (f.-52r) L’article défini la a été traduit par le démonstratif illa en latin et postposé au verbe, structure qui n’est pas rare pour la syntaxe latine. Cette formulation rend la proposition ambiguë, puisqu’à la lecture de cette traduction, il est possible d’interpréter la forme illa comme le pronom personnel antécédent de la relative. Dans notre exemple, le traducteur semble contourner le problème, consciemment ou non, en effectuant en anglais une double traduction de cette forme - article et antécédent. Cette interprétation ne modifie pas le sens de la phrase, mais ne nous permet pas d’appréhender l’analyse que le traducteur a faite de la proposition. Le problème se répète avec les pronoms is, ea, id : (38) For whan they seen that he or she whom they wole prayse of wel sayinge or of good dede : anon they shal say to hym self.-but to that that they han vayn glorie/ But her defautes they shal never say. Quia quando illi vident quod ille vel illa quem volunt adulari de bona locucione vel de bono facto : statim illi dicent ad ipsum met Sed propter hoc quod ille haberet vanam gloriam. Sed sua mala non ei dicet unquam. Car quant il voient que cil ou cele que il vulent loer 454 a ben dit ou bien fet tantost lui dient a lui meismes. mes pur ce que il ait vaine gloire. Mes ses maus ne li diroit ja 455 / . (f.-92v) Dans la traduction latine, le pronom personnel régime indirect li est correctement traduit par l’anaphorique ei, datif masculin singulier, tandis que dans la version anglaise, l’allocutaire li n’apparaît pas mais le traducteur y introduit le pronom personnel sujet they. Il est bien évidemment possible que cette traduction anglaise soit née d’une traduction contextuelle non basée sur la lettre (cf.- 4.3), traduction meilleure que l’interprétation latine reproduisant la leçon maladroite proposée par la version française, qui contient un 451 Nous pouvons noter que si l’on observe d’autres passages dans lesquels apparaissent les mots oevres, maledie et travaillier, les traductions présentent pour certaines les formes résistantes, à savoir werkis (operibus, f.-33v), sickness (infirmitas, f.-26v) et work (laborandum, f.-60r). 452 Lecture proposée : i viennent. 453 Lecture proposée : l’escripture. 454 M (39, §55) : chuer (variante : chuffler). 455 M (39, §56) : mes ses maus ne li diront il ja. <?page no="155"?> 145 problème au niveau de la cohérence du nombre du syntagme verbal. Nous ne pouvons cependant pas exclure qu’il s’agisse ici, dans le cas d’une traduction anglaise s’appuyant sur la version latine, d’une interprétation de l’anaphorique latin ei comme un nominatif masculin pluriel, fonction que cette forme remplit en plus de celle de datif masculin singulier. Cette ambiguïté de ei dans le paradigme latin peut dont avoir influencé la traduction anglaise. 4.2.2 Limite des langues cibles Un autre facteur susceptible d’influencer le traducteur dans ses choix réside dans les limites des langues cibles quant à leurs ressources lexicales ou morphosyntaxiques : tout système linguistique étant unique, il est bien évident qu’une traduction parfaitement littérale reproduisant verbum pro verbo chacun des éléments de la langue source est impossible. Nous nous bornerons ici à donner quelques exemples expliquant le choix d’équivalents et non de formes apparentées. Dans la proposition suivante, la sélection de quietus pour traduire a iese est simplement déterminé par l’absence d’un correspondant adéquat en latin 456 : (39) he may not be in quiet ne make no glade chere ne noo fayre semblaunce ille non potest esse quietus neque facere hilarem vultum nec non pulcram faciem il ne puet estre a iese ne fere bele chere ne ne biau semblant. (f.-42r) Il existe en effet une évolution sémantique importante entre l’étymon ADJACENS et son résultat en ancien français - différence ayant notamment longtemps empêché l’identification du lien étymologique, qui ne s’est faite que tardivement (1897, Antoine Thomas, voir TLF s.v. aise 2 ) - interdisant tout rapprochement interlinguistique par le traducteur. Ceci amène ce dernier à privilégier un équivalent lexicalement différent, qui possède par ailleurs un correspondant en anglais 457 . En ce qui concerne la traduction de chere, une traduction étymologique apporterait un sens différent de celui attesté dans le texte français, puisque cara ne porte pas le sème « expression, mine » que chere contient ici et qui est par contre inclus dans vultum. 456 Il nous semble se présenter ici un élément de réponse au problème soulevé par A. K RISTOL concernant les interinfluences entre les trois versions : Il n’est pas facile de déterminer les rapports qui existent entre la traduction intermédiaire latine, la traduction anglaise et l’original français. Dans certains passages, les choix lexicaux de la version anglaise sont manifestement influencés par le texte intermédiaire en latin (…). Plus souvent, pourtant, la traduction anglaise s’appuie directement sur le texte français (2001a : 154). Pour appuyer ses propos, il donne l’exemple que nous venons d’analyser ici ainsi que celui du participe passé blaméz, traduit par culpatur et blamyd (f.-42r) : il est probable que le correspondant latin blasphemare a été écarté en raison de la différence trop importante entre le sens qu’il véhicule et celui assumé par le mot français. L’échantillon de cas que nous avons analysé présente un problème similaire de sémantisme non adapté ou d’absence en latin classique. 457 Plus loin, ce mot est rendu en anglais par le correspondant du lexème français ou par un des équivalents propres aux deux langues cible : I shal never be wel at ese ego non ero unquam dispositus je ne seroie mes aiese (f.-77v) of alle kynde of restis of the body omnium generum requiarum corporis toutez maneris d’aiese de corps (f.-73r) <?page no="156"?> 146 C’est ce même phénomène de recherche de concordance sémantique qui semble avoir guidé le choix du traducteur dans l’exemple suivant : (40) The seventhe braunche […] is fole drede and unwys shame Septimus ramus superbie est stultus timor et imprudens pudor vel verecundia La septime branche d’orgueil est fole paor et fole vergoigne (f.-40v) Dans ce passage, la forme dominante, pavor, a été écartée de la traduction. Timor présente en effet un sens plus proche de celui du substantif français paor « crainte, appréhension, effroi, peur » tandis que pavor a deux sens différents : « agitation, trouble, émotion » et « crainte, peur, effroi ». En ce qui concerne la traduction de vergoigne 458 , elle présente dans la version latine un binôme synonymique, stratégie régulièrement utilisée par le traducteur afin de mettre en balance la forme correspondante - étymon ou emprunt - et la forme sémantiquement équivalente (voir infra). 4.2.3 Importance du contexte Le contexte, qu’il soit thématique ou linguistique, est cependant le facteur le plus important dans les choix du traducteur. Il est en effet rare qu’un élément du texte français soit traduit de manière identique dans l’intégralité du texte. Pour le lexique, on peut noter quelques exemples isolés de traduction unique courant sur tout le texte : (41) alme, anima, soule (ff.-13r, 23r, etc.) ; richeces, divicias, richesses (ff.-29r, 37v, etc.) ; seignour, dominus, lord (ff.-10r, 10v, etc.) ; se repentire, se penitere, to repente (ff.-44r, 45r, etc.) En ce qui concerne les phénomènes morphosyntaxiques du texte source, le seul exemple de ce type dans notre manuscrit est le complément déterminatif absolu, toujours rendu par le génitif latin et par un complément prépositionnel en anglais : (42) the seconde is the synne of hem that sellen the worde of god secundus est peccatum de illis qui vendunt verbum dei Le secont est le pechié de ceus qui vendent la parole dieu (f.-64r) (43) therfore he that sweret with outen reson the [n]ame 459 of oure lord and for nought propter hoc qui jurat sine racione nomen nostri domini et pro nichilo pur ceo qui jure sans reson le noun nostre seignur et pur nient. (f.-10r) Plus généralement, la langue du texte français est soumise à des traductions alternatives, pour lesquelles les choix entre formes dominantes et résistantes se font selon différents critères (de sens, de contexte, mais aussi, entre autres, phonétiques et grammaticaux). Pour le lexique, les agencements entre correspondants et équivalents sont généralement nombreux pour un même mot : 458 Il semble d’ailleurs que ce mot ait fait l’objet d’une réflexion, puisque l’on trouve un commentaire marginal à son propos (voir chapitre 3). Ajout dans la marge : shame hounte shame[th] hounto[s]. 459 Leçon rejetée : mame. <?page no="157"?> 147 (44) repentance : compunccionem, repentaunce (f.-44r) ; compunctionem, penaunce (f.-45r) ; condolenciam, forthynkyge (f.-32v) ; penitentiam, penaunce (f.-40r) vilanie : rusticitate, harlotrie (f.- 90v) ; turpia, harlatrye (f.- 48r) ; scurilitas, harlotrie (f.-28r) ; rusticitas, uncurtosie (f.-28v) ; rusticitatem, ungentilness (f.-28v) ; turpitudo, harlotrye (f.-28r) ; turpitudinem, felthe (f.-28r) Ces traductions alternatives ont souvent pour but de préciser la valeur sémantique d’un terme ou d’insister sur la nuance de sens que ce terme peut prendre, comme le montrent les passages suivants, où faus(se) et marchié sont tous deux traduits par des formes distinctes en anglais et en latin : (45) Ferst ben the false plaintifs that make the untrewe peticions and sechen the false juges Primo sunt falsi implacitantes qui faciunt falsas peticiones et querunt infideles judices Premerment sont li faus pleintif qui font lez fausses peticions et quierent les faus juges (f.-60r) (46) The fifte is of hem that by marchaundise (bargeyn) made leven the benefices or choppen on for an oþer. The sixte is of hem that by covenant made entre in to religione and in hem that in suche manere hem resceyven. Quintus est de illis (vel illorum) qui per mercandizacionem factam dimittunt beneficia vel cambiunt Sextus est illorum qui per convencionem factam intrant in religionem et in illis qui in tali modo illos recipiunt Le quinte est de ceus qui par marché fesant lessent les benefices ou eschangent. Le siste est de ceus qui par marchié fesant entrent en religion et en ceus qui en tel manere les reçoivent. (f.-64v) Pour ce qui concerne les phénomènes morphosyntaxiques, une alternance est notamment attestée pour la négation (voir chapitre 5) et pour le pronom on/ en. Ce dernier phénomène est illustré dans le tableau ci-après : (47) ( K RISTOL 2001a : 157) <?page no="158"?> 148 Ces traductions semblent explorer tous les équivalents, même si quelques séries sont plus fournies que les autres. On peut en effet dégager une tentative d’isoler certains emplois plus spécifiques de l’indéterminé français, tel « un emploi généralisant, un sens individualisant ou plus personnel, un sens pluralisant, etc. » ( K RISTOL 2001a : 157). La majorité des phénomènes morphosyntaxiques bénéficie d’un traitement attestant une même variation. Nous verrons certains exemples en détail dans les chapitres suivants. Dans ce cadre, le plus intéressant est sans conteste le cas des traductions cumulatives. Elles se présentent sous la forme de binômes synonymiques (voir B URIDANT 1983) qui peuvent soit être insérés dans la traduction - que nous pourrions alors nommer binômes synonymiques syntagmatiques--, soit apparaître sous forme de mots glosés, la glose se situant en exposant - binômes synonymiques paradigmatiques (nous les indiquons entre parenthèses) : (48) vilainement : rustice, vileynously (kerlike) (f.-62r) ; rusticaliter (turpiter), knavoslyche (f.-99v) ; turpiter, foule (f.-100r). L’apparition de binômes synonymiques peut avoir plusieurs fonctions non exclusives. Le traducteur va ainsi parfois juxtaposer forme littérale et forme équivalente afin de jouer sur la parenté formelle et préciser le sens grâce au deuxième terme, c’est-à-dire permettre de faire correspondre forme et sens. Au niveau du latin, il lui suffit bien souvent d’introduire l’étymon du mot français à traduire : (49) aimer : se invicem diligunt (vel amant) ; them loven togedre (f.-66r) ; amour : appetitus (amor) ; love (f.- 52v) ; devourer : devorare (deglutire) ; devoure (f.- 86r) ; taverne : taberna (caupona), taverne (f.-86r). En ce qui concerne la traduction anglaise, la glose présente dans ce cas un emprunt directement motivé par le mot français qu’il traduit, et un mot indigène (ou parfois un autre emprunt déjà assimilé) : (50) grant merciz : gracias magnas tibi ; thonkes (or grant mercy) to the (f.-24r) consentement : concupiscenciam ; consente or desire (f.-17r) mortellement : mortaliter ; mortaly (dedly) (f.-10v) muser : musare ; dote (vel muse) (f.-72r) En revanche, lorsque le traducteur cherche à préciser le sens d’un lexème, notamment dans des cas de polysémie, les deux traductions reproduisent à titre égal les acceptions différentes du terme français : (51) pleurer [cez pechiéz] : lacrimatur (lamentatur) ; weyleth (wepith) (f.- 77v) ; jugé : judicabitur (vel condempnabitur) (f.-96r) ; devant : ante (coram) (ff.-32v, 89v, 95v) ; gent(z) : populos vel gentes (f.-23r), populo (gente) (f.-81v) ; force : fortitudinem (violenciam) (f.-70v) ; regarde : tuicione (visione) (f.-71r) ; reprueche : reprobat (recitat) (f.-102v) À quelques occasions, les deux desseins précités - l’insertion de l’étymon et la précision du sens - se conjuguent : (52) […] sicut illi jejunant propter assiduitates temporales usque ad nocte[m] (vesperum) aussi com il jeunent pur les bosoignes temporiex jusque a nuit (f.-79v) <?page no="159"?> 149 Il y a certainement, dans le traitement du substantif nuit, l’intention de présenter non seulement à la fois la forme étymologique et la forme non apparentée, mais aussi les différents sens du mot : « laps de temps qui s’écoule entre le coucher et le lever du soleil » (latin noctem), « moment où le soleil se couche » (latin vesperum). D’autres exemples viennent appuyer cette analyse : (53) of lecherie and of gloteney And therfore that suche synnes rysen comunely in the taverne that is the welle of synne ex luxuria et de gula et propter hoc quod talia peccata surgunt communiter in taberna (caupona) que est fons (origo) peccati de la lecherie et de la gloutonnie et pur ce que tiex pechiéz sourdent comunelment en la taverne qui est fontaine de peché (f.-86r) (54) For it is contrary to the holy goost þat es the welle of alle goodnes Quia illud est contrarium sancto spiritui qui est fons (sive origo) omnium bonorum Car il est contraire au saint esprit qui est fontaine de touz biens. (f.-44r) La différence entre fons et origo se situe non seulement dans le lien que ces mots entretiennent avec fontaine (forme étymologique et forme non apparentée), mais aussi entre l’emploi figuré « source, origine, cause », qui est attesté à la fois pour fons et origo, et l’emploi plus concret, « source, fontaine, eau de source », qui ne l’est que pour fons. Ce genre de procédés se retrouve aussi pour des phénomènes morphosyntaxiques et syntaxiques. Dans l’exemple suivant, il s’agit de la proposition d’une alternative temporelle : (55) in wysshinge that they had had a nekke as akrane in […] quod illi haberent (habuissent) collum gruis en sohetant que il eussent col de greu (f.-86r) L’irréalité marquée ici par le subjonctif imparfait en français est rendue en latin par le même- temps (haberent) et, ajouté en glose, par le plus-que-parfait du subjonctif (habuissent). Les deux formes sont également acceptées pour marquer l’irréalité en latin, mais le plus-que-parfait du subjonctif présente pour le traducteur l’avantage d’indiquer la correspondance formelle entre les terminaisons verbales du français et celles de son étymon. L’anglais, quant à lui, présente une fois de plus une traduction idiomatique. Généralement, ces ajouts visent à donner des précisions sur l’un ou l’autre élément de la phrase. On peut par exemple noter dans les gloses une information sur la valeur de certaines prépositions françaises, la première forme proposée étant généralement une traduction littérale, la seconde une traduction plus idiomatique qui permet de préciser le sens : (56) The fifte is of hem that by marchaundise (bargeyn) made leven the benefices or choppen on for an oþer. Quintus est de illis (vel illorum) qui per mercandizacionem factam dimittunt beneficia Le quinte est de ceus qui par marché fesant lessent les benefices (f.-64v) De illis est ici la traduction littérale de la formulation prépositionnelle de ceus, tandis que illorum insiste sur le rapport de détermination exprimé par le syntagme français (et vient <?page no="160"?> 150 en quelque sorte corriger le sens de « au sujet de, concernant » que peut véhiculer en latin de + ablatif) 460 . Dans l’exemple suivant, il s’agit de préciser par un datif la portée de la préposition a qui indique un rapport d’attribution : (57) Alle metis ben good to good meen and to hem qwiche by reson and by mesure usen Omnes esce sunt bone ad bonos (bonis) ad eos (eis) qui per racionem et per mensuram fruuntur Toutes viandes sont bones aus bones a ceus qui par reison et par mesure enusent 461 (f.-84r) La valeur des prépositions françaises est aussi parfois explicitée par l’emploi d’une préposition latine non apparentée, plus à même de préciser le sens : (58) and be in reest from werkes bodily et esse quietus de (ab) operibus de […] et estre repos des oevres de seur semaine (f.-12r) (59) and eten in tyme and at an houre et comedunt ad tempus (in tempore) et ad horam et manguent a temps et a eure (f.-82v) 462 À l’inverse, le traducteur peut introduire une tournure prépositionnelle là où l’original n’en comporte pas. Dans l’exemple suivant, la précision per illos renvoie aux constructions prépositionnelles utilisées quelques lignes plus haut dans le même contexte et permet donc de cerner la valeur que prend ici le pronom personnel accusatif pluriel : (60) Or whan man swerith by his creaturis. As he saith by this sunne. that shyneth or by this fyre that brenneth. or by myn hed/ or by the soule of my fader. or othir ylyke (…) and whan I swere hem attentifly I brynge to hem a worship that I aught to brynge to god alone vel quando homo jurat per suas creaturas. cum (sicut) unus dicit per istum solem qui lucet. per istum ignem qui ardet vel per meum caput. vel per animam mei patris. 460 Autres exemples : The fourte is the synne of hem that by yiftes or by prayeris or by promisses or by services inhoneste yeven the prebendes or the parisshes or other benefices what som everthen be. Quartus est peccatum de illis (vel illorum) qui per dona vel per rogaciones sive per promissiones. vel per servicia dishonesta dant prebendas vel parrochias vel alia beneficia qualiacumque illa sint Le quarte est le pechié de ceus qui par donnes ou par prieres/ ou par promisses ou par services deshonestes dounent les provendes ou les parroices ou les autres benefices quel que il soient. (f.-64v) The fifte is of hem that by marchaundise (bargeyn) made leven the benefices or choppen on for an other. Quintus est de illis (vel illorum) qui per mercandizacionem factam dimittunt beneficia vel cambiunt Le quinte est de ceus qui par marché fesant lessent les benefices ou eschangent. (f.-64v) To this perteyneth the synne of hem that hem joycen of the goodes that they have or trowen to have of here nobilnesse./ or of here wysdomm Ad hoc pertinet pecatum de illis (illorum) qui se gloriantur de bonis que illi habent vel credunt habere de sua nobilitate. vel de sua prudencia A ce apartient la peché de ceus qui se vantent des biens que il ont ou il cuident avoir/ de leur noblece/ . ou de leur proueste/ . (f.-91r) 461 Lecture proposée : en usent. 462 Deux explications quant à l’insertion du binôme synonymique-en latin sont possibles : il peut s’agir de la tentative de rendre deux sens différents de la formulation française - ad tempus « au moment fixé » et in tempore « au bon moment, à propos » - ou d’un désir de désambiguïser la forme issue de la traduction littérale ad tempus qui signifie aussi « pour un temps, temporairement » et « suivant les circonstances ». <?page no="161"?> 151 vel aliis similibus (…) et quando ego illos (id est per illos) juro cogitanter ego eis apporto unum de honoribus quem ego deberem portare deo soli Ou quant l’en jure par ces cultures com l’en dit par cest soleil. qui luist. par cest fu que ard ou par mon chief ou par l’ame mon pere ou autre semblable (…) et quant je les jure apensement je leur porte unes des honeurs que je doy porter a dieu seulement. (f.-99r-v) Ce genre de compléments apportés à la traduction latine est fréquent ; il peut s’agir par exemple de précisions insérées dans le texte pour rappeler le référent d’un pronom personnel (cit. 61) - afin de désambiguïser les anaphoriques - ou d’un possessif (cit. 62) : (61) whan he bythinkeþ hym not of the goodes that god hath doo to hym quando ille non ei recolit de bonis que ille (scilicet deus) illi (homini) fecit quant il ne luy souvent dez biens que il luy a fetz (f.-28v) (62) Alle these articles been knowen in the crede the which the .xii. apostles made of whiche everych made his article Omnes isti articuli sunt cogniti in simb[o]lo quod duodecim apostoli faciebant quorum quilibet composuit suum scilicet articulum Toutez ces articles sont conues 463 en la credo que lez .xii. apostres firent dont chescun imist 464 le sien. (f.-18v) Ces gloses et ces traductions cumulatives témoignent d’une tentative du traducteur de comprendre la structure du texte en en faisant l’analyse grammaticale. Un exemple est notamment très représentatif du mécanisme qui se trouve dans cette traduction : le problème que le traducteur tente de résoudre est celui du système bicasuel - certainement absent de ses connaissances linguistiques, nous le verrons plus loin (voir chapitre 5) - qui a ceci de particulier qu’il induit souvent une contradiction apparente entre la marque graphique du nombre du sujet et son accord avec le verbe : (63) oon callith inhoneste whan þe service is doon by inhonestee cause or principally for spiritual thinge unus vocat dehonestatem quando servicia sunt facta (servicium est factum) per inhonestam causam vel principaliter propter rem spiritualem on apele deshoneste quant ly servises est fet per deshoneste cause ou principaument pur chose espirituel. (f.-65v) Ainsi, servicia sunt facta correspond à une traduction accordée avec la marque graphique du sujet singulier ly servises, que notre traducteur exprime par une traduction au pluriel. La deuxième traduction, en glose - servicium est factum - a pour but de rendre l’expression du nombre attendu dans le syntagme verbal. Il semble que la traduction en latin permette au traducteur de tâtonner pour circonscrire le phénomène. La version anglaise, quant à elle, fournit une traduction contextuelle ayant vraisemblablement pour fonction de garantir le sens de la phrase. 4.3 Combinaison des formes Ainsi, il s’agit de considérer la traduction présente dans notre document à la fois comme « paratactique » ou « morphématique » - offrant une lecture mot à mot permettant une 463 M (10, §6) : contenu. 464 Lecture proposée : i mist. <?page no="162"?> 152 correspondance verticale entre les éléments - et syntaxique ou discursive - c’est-à-dire tenant compte de l’économie de la phrase 465 . Dans cet équilibre particulier, la traduction latine fonctionne à la manière d’une glose interlinéaire continue tandis que l’anglais s’approche davantage de la traduction proprement dite 466 . De ce fait, cette traduction en deux temps peut être considérée comme une élaboration en deux étapes linguistiquement et méthodologiquement distinctes. Le traducteur utiliserait donc le latin - dans ses ressemblances étymologiques avec le français mais aussi dans ses différences - comme révélateur du sens et de la forme de son texte. En effet, la langue latine non seulement est la langue de culture que tout lettré manie le plus facilement et dans laquelle le savoir encyclopédique du traducteur est par conséquent susceptible d’être le plus riche, mais elle constitue aussi un filtre testé, théoriquement analysé à travers lequel il peut faire passer les structures « floues » du français. La version latine présente dans notre document jouerait ainsi le rôle de traduction « grammaticale », permettant au traducteur de tâtonner lorsqu’il peine à dégager le sens de la phrase. Comme nous l’avons vu dans la citation de B. G ARNIER (voir chapitre-1, 1.5.1.2.), le mécanisme de traduction grammaticale suppose une phase de destruction de la phrase, de segmentation des structures de la langue source afin de chercher la signification de la proposition et de la mettre en évidence (1997 : 9-10). Cela nous amène à penser que dans les propositions dont la traduction s’approche du minimum interlingual 467 - c’est-à-dire lorsque le traducteur emploie pour le latin des calques morphosyntaxiques ou des formes étymologiques--, la limite entre traduction et transposition intralinguale n’est plus tout à fait perceptible : la traduction latine devient une récriture d’une « même » langue. Le processus serait donc analogue à celui observé par Cl. B URI - DANT dans certaines traductions vernaculaires de textes latins, mais dans un sens inverse : (64) (…) Mais il est certain que pour ces bilingues que sont les traducteurs, un texte latin n’est pas à proprement parler un texte étranger : le transposer dans une langue vernaculaire peut être davantage considéré comme une transposition intralinguale d’une langue de culture à une langue de diffusion que comme une traduction (1983 : 119). 465 Nous utilisons l’expression « économie de la phrase » pour indiquer la distribution des éléments dans la proposition, à savoir leur place et le rôle qu’ils y tiennent. 466 Les gloses interlinéaires continues doivent - selon S. R EYNOLDS (1996 : 64), qui développe cette question au sujet du latin-- être distinguées de la traduction proprement dite, attendu qu’elles font partie d’une lecture mot à mot essentiellement grammaticale, au service du latin et non du vernaculaire : Their aim is not to « translate » in the sense of making a « new » text, but rather to transform the text into a source of Latin vocabulary. This kind of non-appropriative translation is embodied most memorably in the medieval interlinear translations of the Psalms, such as Eadwine’s Psalter, where the Latin text remains the focus of attention and the word by word glosses follow its style and syntax slavishly. They do not produce an autonomous vernacular text but a key to reading the Latin ( R EYNOLDS 1996 : 67). 467 Nous empruntons cette terminologie à Cl. B URIDANT , dans son schéma de classification des corpus de traduction, proposé originellement pour classifier les différentes traductions du latin au français disponibles à ce jour : Traduction intralinguale Traduction interlinguale ou traduction proprement dite Minimum : Minimum récriture de la tradition manuscrite gloses interlinéaires continues ou dans le passage du manuscrit à l’imprimé Maximum : Maximum récriture d’une « même » langue d’une traduction autonome, adaptation époque à une autre (1983 : 88) <?page no="163"?> 153 Il faudrait donc, du moins en ce qui concerne la différence entre le latin et le français, envisager ces langues non comme des entités distinctes, mais comme des registres fonctionnels : (65) (…) La « translation » du latin en français ne saurait être perçue par le clerc ou le magister comme le passage d’une langue étrangère à la langue maternelle, mais plutôt comme le passage d’un registre soutenu au registre familier, que le traducteur possède et maîtrise au même niveau ( C OLOMBO -T IMELLI 1996 : 10). En poussant notre raisonnement plus loin, il devient possible de considérer l’étape intermédiaire comme la transposition du français dans un état de langue plus « grammatical » : le traducteur ferait ainsi naître ce que l’on pourrait considérer comme un espace de dialogue interlinguistique. Cependant, si le traducteur recourt en latin au mot à mot, parfois sans réelle prise en compte du contexte, les phrases obtenues s’avèrent généralement cohérentes et les relations syntaxiques respectées. Ainsi, il n’est pas rare qu’il rétablisse la correspondance entre les temps lorsqu’il le juge nécessaire. Il introduit, notamment, un futur dans la principale d’une formule proverbiale au présent gnomique, ce qui lui permet de marquer le rapport de conséquence : (66) he that hath not helþe he shal have not Qui non habet sanitatem ille non habebit aliquid Qui n’a santé il n’a nient (f.-83v) Lorsqu’il s’agit de phrases au passé, l’enchaînement des actions est fréquemment explicité par l’emploi différencié de plusieurs temps et modes verbaux : (67) And whan thou aughtist to here the sermone or þe masse in chirche thou talkidest or playdist by fore god and in that barest þou litil of worship byfore god Et quando tu debuisses audire sermonem vel missam in ecclesia tu confabulasti vel ludisti coram deo et in hoc ferebas tu modicum honorem ante (coram) deum Et quant tu devoies oir le sermon ou la messe au mostier : tu Jangloies ou burdoies devant dieu et en ce portoies tu pou d’onneur devant dieu. (f.-32v) Alors que dans cet exemple le français neutralise par l’utilisation d’un temps unique l’antériorité des actions les unes par rapport aux autres, le traducteur propose une analyse fine de la phrase : devoies est traduit par debuisses, subjonctif plus-que-parfait marquant pour la principale un fait irréel dans le passé ; jangloies et burdoient sont quant à eux traduits par un parfait, ce qui indique ainsi une action accomplie et terminée dans le passé ; portoies, pour finir, est traduit par un imperfectum impliquant l’aspect inaccompli de l’action et la transformant ainsi en un énoncé général. De même, lorsque le traducteur comprend de façon erronée un passage ou que l’analyse mot à mot qu’il fait d’une locution l’empêche d’en comprendre le sens, l’analyse qu’il propose est souvent judicieuse et implique la plupart du temps la réinterprétation de formes pourtant connues. Ainsi, dans l’exemple suivant, la locution a son dit « selon lui, à ce qu’il dit » a été mal identifiée : (68) He es wel renegat that the lond the whiche he holt of his lord puttith it in the hond of his enemy and to hym dooth homage (…) For whan he hath made of hym homage to the devel and by comyth his man and to hym yeldith asmuche as he holdeth of god and body and soule and othir goodis that he puttith to the <?page no="164"?> 154 service of the devyl and alle is at his word or biddynge he forsakith his cristendom by þe dede and showith that he is not. Ille est bene renegatus qui terram quam ille tenet de suo domino ponit in manu sui inimici (scilicet domini) et ei facit homagium (…) Quia quando ille fecit ex ipso homagium diabolo et devenit suus homo et illi reddit quantum ille tenet de deo et corpus et animam et alia bona que ille ponit servicio diaboli et totus sit ille ad suum dictum cristianitatem ille negat per opera et monstrat quod non est. Cil est bien renoiéz qui la terre que il 468 tient de son seignour met en la main de son anemi et li fet hommage. (…) Car quant il a fet de lui hommage au diable et devient son homme et lui rent quanque il tient de dieu et corps et alme et autres biens que il mette au service au deable et tout soit il a son dit crestien il renoie par oevre et mostre que non est. (f.-30v) La traduction latine rend mot pour mot cette formulation que le traducteur n’a vraisemblablement pas comprise et qu’il faut lire, selon la leçon proposée par le manuscrit Paris, Bibl. Mazarine, 870 (= M ; éd. B RAYER / L EURQUIN -L ABIE 2008 : 32, §§226-7), de la façon suivante : (…) qui il met ou service au deable ; et tot soit il, a son dit, crestiens, il le renoie (…). Dans notre texte, tout soit il a son dit a été interprété comme signifiant « il est entièrement à son [du diable] service », dit étant investi par le traducteur d’un des sens de son correspondant latin et étymon dictum, qui peut en effet signifier « ordre, commandement », sens que la forme française n’a pas conservé. De fait, l’adjectif crestien - qui est traduit correctement dans le reste du texte (ff.-18r, 99v) - est interprété comme un synonyme du substantif féminin crestienté (f.-100r), et devient ainsi l’objet du verbe renoier. La suite de la phrase doit donc, selon le traducteur, être lue comme suit : « il renie sa nature de chrétien par ses actes ». Il s’agit d’une traduction mot à mot erronée, mais qui n’est pas dénuée de sens et est reproduite dans la version anglaise. Il arrive, cependant, que la traduction littérale et morphématique proposée en latin ne satisfasse pas au sens de la phrase, le traducteur ayant opéré une équivalence semi-automatique entre le français et le latin aux dépens du contexte. Dans ce cas, cette interprétation n’est pas validée dans la traduction anglaise : (69) This synne is unwys or lowde in hym that by his owne mouth prayseth hymself outhir of his kyn outhir of his werkis or of his wysdommes But he hym […] hem that the bosteris and the flatereres sichen and praysen and yeven habundantly of here for hem to prayse and to say to hem that they durst not say and forto lye of hem and forto proclame her obles or wafres hoc peccatum est insipiens in illo qui per suum proprium os se collaudat vel de suo genere vel de suis operibus vel de suis prudenciis Sed ille ipsum duplicat in illos quod illi pomposi et adulatores adquirunt et laudant et habundanter dant de suis propter eos laudare et dicere ad illos hoc quod illi non auderent dicere et mentiri de ipsis et pro clamare suas […] Cest pechié est laid en celui qui par sa propre bouche se vaunte ou de son parage ou de ces oevres ou de ces prouestes./ Mes il se double en ceus qui les vantures et lez losengiers quierent et loent et seurdonent de leur pur euls loer/ et dire a ceus ce que il n’oseroient dire et pur mentier d’euz et pur crier leur oubléz/ (ff.-33v-34r) 468 Correction par le scribe : -le final exponctué (ille). <?page no="165"?> 155 Dans cet exemple, le syntagme verbal il se double a été traduit en latin par ille ipsum duplicat : cette formule est partiellement laissée sans traduction en anglais, vraisemblablement à cause d’un problème référentiel. En effet, pour traduire le pronom personnel il, la version latine reprend celui, le sujet de la relative dans la proposition précédente, et non cest pechié, comme le sémantisme de la phrase le demanderait. Le traducteur reproduit en partie cette interprétation en anglais avant de suspendre sa traduction, par incompréhension du sens global de la phrase. La traduction anglaise semble donc jouer ici le rôle d’une étape de vérification sémantique. Dans le processus habituel de la traduction grammaticale, et toujours selon B. G ARNIER , la phase de décomposition, semblable selon nous à celle que l’on peut observer dans la traduction latine proposée par notre traducteur, est suivie d’une recomposition de la phrase source en suivant les usages de la grammaire cible (1997 : 9-10) : c’est la fonction que remplirait ici la traduction anglaise, qui, dans notre document, prend appui non pas uniquement sur cette étape intermédiaire mais sur les deux versions, française et latine, du même texte. Ainsi, lorsque certaines expressions n’ont pas pu être traduites « morphématiquement » en latin - ou qu’elles n’ont pas été comprises dans le détail--, il n’est pas rare que la version anglaise propose néanmoins une traduction, parfois approximative, le traducteur étant en cela certainement aidé par le sens général de la phrase : (70) and be in reest from werkes bodily et esse quietus de (ab) operibus de […] et estre repos des oevres de seur semaine (f.-12r) (71) Whan the champione over comyth his felowe. and he holdith hym by the throte that he releve not Quando campio devincit suum socium et superavit et illum tenet per guttur […] Quant le champion a son compaignon a batu 469 et il le tient par la gorge a envis se releve (f.-76v) Nous nous trouvons donc devant une complémentarité des approches dans les deux langues cibles : une première étape en latin permettant de révéler la structure de la phrase et une seconde étape en anglais visant à mettre en évidence le sémantisme du passage. La version anglaise vise donc généralement à fournir une interprétation cohérente et adaptée au contexte, garante du sens, tandis que la version latine reproduit mot pour mot la version française et vise l’identification formelle. 4.4 Procédés didactiques Par des analyses préliminaires à l’étude du manuscrit Oxford Magdalen 188, présentées dans trois articles (1998, 2000, 2001), A. K RISTOL aboutit à des résultats qui lui permettent de décrire la méthode didactique appliquée dans ce texte comme « la tentative de s’approprier la langue cible par une observation attentive, concrétisée par une traduction précise » (2001a : 152). La question à laquelle il nous faut à présent répondre est celle de la forme revêtue par cette « observation attentive ». L’auteur de ces études, dont le propos est certes moins de décrire le processus à l’œuvre que de présenter ce document et d’en proposer les premières pistes de lecture, avance quelques éléments de réponse sans toutefois les développer : l’observation des faits de langue serait possible par la fonction des traductions 469 Lecture proposée : abatu. <?page no="166"?> 156 qui « consiste[rait] à expliciter différents aspects de la langue cible qu’il s’agit de maîtriser, à savoir le français » (ibid . : 152-3 ; [nous soulignons]), dans un processus contrastif reposant essentiellement sur le latin. Ce dernier « fonctionne[rait] donc comme une sorte d’adjuvant qui permet[trait] de mettre en relief, par le mépris même de la syntaxe latine, les particularités de la phrase française » (ibid . : 153). Le processus décrit répondrait ainsi à une volonté délibérée d’expliciter la langue et cette explicitation porterait de plus sur une sélection de phénomènes traités. A. K RISTOL indique en effet : (72) (…) On constate que la traduction latine est beaucoup plus servile au début, et devient plus idiomatique par la suite : le plus souvent, c’est au moment où un nouveau phénomène grammatical est thématisé que la traduction « colle » au texte original ; ensuite, la grammaire latine reprend ses droits. La traduction se compose ainsi d’une série de « chapitres » aux contours vagues, au hasard de l’apparition des différents phénomènes dans le texte (2001a : 153). Il est incontestable que la traduction témoigne d’une recherche de divers équivalents pour certains phénomènes - et A. Kristol analyse avec beaucoup de pertinence le traitement de la négation et du pronom indéfini on/ en - ainsi qu’une perception particulière de ces phénomènes par notre traducteur. Cependant, lors des analyses ayant conduit aux résultats présentés dans cette thèse, aucun élément ne nous a permis de révéler une démarche visant à expliciter la grammaire du texte, et à « thématiser » certains phénomènes (ibid. : 154). Nous donnerons comme exemple l’analyse que fait A. K RISTOL d’un passage où l’auxiliaire anglais marquant le futur est postposé à l’infinitif en tant qu’illustration étymologique, conclusion qui nous semble donc à nuancer : (73) Dans l’exemple suivant (…) la traduction anglaise « décompose » et calque fidèlement la forme française. Pour la tradition scolaire qui est reflétée ici, la formation du futur français était donc étymologiquement transparente ou en tous cas « analysable » : but þe reste shalt sed te resquiescas Mes te reposeras (f.-10r) Si cette explication est exacte, un tel exemple est une attestation remarquable pour un type d’analyse qui précède de plus d’un- siècle et demi les premières descriptions explicites de la formation du futur français, dans les grammaires françaises rédigées en Angleterre au début du XVI e (Palsgrave et Du Wes) (1998 : 193). Si l’origine étymologique est en effet présente dans l’analyse par notre traducteur de certains phénomènes, nous ne pensons pas qu’il s’agisse ici d’une décomposition de la structure infinitif + habere mais simplement d’une traduction littérale, voire d’une formulation poétique ou archaïque 470 . Nous pouvons d’ailleurs opposer à cette interprétation d’une volonté illustrative le traitement du passé composé, pour lequel le traducteur ne 470 La construction infinitif + shall est attestée dans le corpus du MED : Whensoeuer youre sovereyn a feest make shall, demeene what estates shalle sitte in the halle (date : a1475 ; s.v. dem ē inen (v.)) ; Pleasaunt odours engendred be shall of cleane and pure substaunce and fumygalle, as it appereth in ambre, narde and mirre (date : a1550 ; s.v. aumbre (n.)) ; The seller of the ware The prys and profit have shall. Certeyn, the bier shal leese all (œuvre poétique de G. Chaucer ; date ? a1425 ; s.v. biere (n.)). <?page no="167"?> 157 livre jamais une formulation contenant habere + participe passé mais un parfait (cit. 74) ou un imparfait (cit. 75) : (74) Aftir thynke how often thou hast bore lytil of worship ne of reverence to hem whom thu oughtist Postea pensa quam tociens tu parvam portasti honorem reverenciam eis quibus tu deberes Aprés pensees quantes fois tu as petit porté d’onneur ne reverence a ceus qui tu dois (f.-32r) (75) For whanne he had alle vices overcome yit est 471 assailid pride more strongly Quia quando ille omnia vicia vincebat iterum resiliit superbia magis fortiter Car quant il a toutz vices veincus lors l’assaut orgueil plus forment. (f.-27r) Ainsi, si nous pouvons observer chez le traducteur une forte propension à la traduction littérale pour la version latine de son texte, les faits de langue inhabituels au latin classique alors induits ne semblent pas avoir pour but d’expliciter la construction mais s’intègrent dans un processus d’identification des formes et de révélation du sens. En effet, pour une majorité des exemples dans lesquels la formulation latine semble être produite au mépris du système de la langue, les choix opérés par le traducteur peuvent être expliqués - nous l’avons vu et nous le verrons encore dans les chapitres suivants - par une erreur de lecture du texte français ou justifiés par une volonté de rendre un sens précis. Le fonctionnement de la langue est mis en lumière uniquement par l’interprétation du texte, le traducteur cherchant à trouver la signification du texte source et non à prouver l’usage, ce qui l’amène à déchiffrer le français, non à le thématiser. La grammaire est de fait traitée de façon implicite, et l’aspect contrastif naît ainsi du rapport entre les langues qu’instaure la traduction permettant l’explication du texte source à l’aide des deux langues cibles. Il nous semble peu réaliste de considérer une volonté didactique raisonnée à l’œuvre pour chacun des phénomènes particuliers au français : il est peu probable que ce texte ait servi, à l’image des latinitates, de corpus d’exemples utilisés de manière non linéaire, le professeur faisant appel transversalement dans le texte à l’un ou l’autre phénomène. Il est bien sûr possible que dans les premiers folios les informations aient été plus denses que dans la suite du texte, puisque différentes particularités morphologiques et syntaxiques du français ne peuvent manquer d’apparaître dans une même phrase. Nous verrons cependant, dans les chapitres suivants, que la recherche d’équivalents peut, pour certains phénomènes, courir sur l’intégralité du texte. La traduction qui nous est livrée ne serait donc que la justification de la compréhension du texte par l’enseignant, son illustration à mesure de l’apparition des phénomènes et pour chaque occurrence de ceux-ci : une traduction linéaire, qui n’atteste comme seule évolution dans la façon de traiter les structures de la langue source que les tâtonnements du traducteur peinant parfois à trouver le sens juste selon le contexte ou parvenant, enfin, à circonscrire un élément qui lui échappait jusque-là (cf.-traitement de la négation, 5.2.2.2.). Le corpus sur lequel le traducteur s’appuie, loin d’être une collection d’exempla illustrant les particularités linguistiques à expliquer par des phrases modèles décontextualisées - comme il en existe pour le latin--, est un texte in extenso contenant des redondances et dans lequel les phénomènes grammaticaux apparaissent au fil de la lecture. La langue ne peut 471 Cette forme n’a pu être identifiée et demeure pour l’instant sans explication. <?page no="168"?> 158 donc être appréhendée et illustrée que dans son fonctionnement global. Ce qu’il faut retenir des leçons du traducteur, nous le verrons en détail, est qu’un phénomène ne peut pas toujours être analysé de la même manière, mais que la valeur de ce dernier dépend de son contexte d’apparition. La redondance doit ainsi être regardée sous des angles différents, et la kyrielle de cas et d’accidents offerts par la langue traitée per se. C’est certainement le moyen le plus propre à illustrer une grammaire dont les contours ne sont pas encore bien définis, ni dans leur appréhension théorique ni dans leur application : la langue de notre texte est, comme dans tout texte en ancien français, soumise à la variation et présente un système réglé mais souple, en évolution et composé de formes en concurrence. Nous sommes loin d’une langue qui attribuerait de façon bi-univoque à une forme une seule fonction. Par conséquent, c’est le « système souple de la grammaire floue » de l’ancien et du moyen français ( B URIDANT 1996 : 111) que la traduction opérée dans notre manuscrit est susceptible de mettre en relief. 4.5 Conclusion Dans notre tentative de caractérisation de la traduction bilingue que fournit le manuscrit Oxford Magdalen 188, nous n’avons considéré que la production par le traducteur, c’est-à-dire l’élaboration du texte. Nous n’avons donc pas envisagé les potentiels didactiques que cette traduction recèlerait pour un public d’étudiants ou pour un lecteur autonome. Deux interprétations s’offrent à nous : soit cette traduction servait de support à une lecture linéaire présentée par oral à des étudiants, le professeur expliquant ses choix de traduction, soit elle était destinée à une lecture individuelle et un apprentissage autonome, comme il semble que ce soit le cas de certains traités dès le début du XVI e -siècle. Nous nous prononçons en faveur de la première solution : il nous semble en effet que cet enseignement, pour être efficace, nécessite des informations théoriques ponctuelles. C’est d’ailleurs une stratégie encore actuellement appliquée, dans nos sociétés, pour l’enseignement des langues anciennes, qu’il s’agisse du latin, du grec ou encore de l’ancien français : la lecture du texte est accompagnée d’une traduction linéaire au cours de laquelle les points grammaticaux rencontrés sont expliqués et les passages difficiles commentés. Dans le cas de notre manuscrit, les commentaires oraux accompagnant cette traduction ont pu se limiter à une mise en perspective par un parallélisme avec le latin, et éventuellement l’anglais. A. K RISTOL envisage deux hypothèses non exclusives : (76) Face à ces traductions interdépendantes, on se pose évidemment la question de savoir quelle est l’utilité de la double traduction. Une première réponse, de nature sociolinguistique, est que - selon un témoignage de Thomas Sampson lui-même - une partie du public anglais de son époque n’a pas de connaissances suffisantes en latin pour profiter de cet enseignement. La double traduction pourrait donc signifier que cet exercice était destiné à deux types d’élèves : des clercs qui savent le latin, et des laïcs qui l’ignorent. Une deuxième réponse est de nature plus proprement linguistique. Elle s’appuie sur l’observation que les deux traductions présentent souvent une vraie complémentarité, surtout dans le domaine du lexique, mais aussi dans le domaine de la morphologie ou de la syntaxe. Alors que le traducteur ne dispose évidemment encore d’aucune théorie lexicographique ou sémantique explicite, les deux traductions lui permettent en effet de nuancer le sens d’un mot français, en « explorant » sa polysémie par des traductions multiples, ou par des traductions alternatives d’un <?page no="169"?> 159 même terme français dans des contextes similaires. Ces précisions se trouvent tantôt dans le texte latin, tantôt dans le texte anglais (…) - un tel texte, qui s’appuie évidemment sur la tradition de la glose interlinéaire, vaut beaucoup mieux que les glossaires biet trilingues de l’époque qui sont incapables de fournir la moindre précision sémantique au sujet des mots qu’ils traduisent (2001a : 155 [nous soulignons]). Il n’est en effet pas possible d’exclure l’hypothèse d’une spécialisation opérée en fonction du public auquel ce manuel s’adresse 472 . Cependant, la complémentarité des deux approches que nous avons soulignée dans notre développement plaiderait plutôt en faveur d’un enseignement visant un même public, chaque langue recelant dans ce cas une utilité propre. Ces deux langues possèdent en effet naturellement des statuts particuliers : le latin, langue savante, est théorisé et acquis de manière scolaire tandis que l’anglais, langue maternelle, est soumis à la variation et est encore en cours d’élaboration, rejoignant sur ces deux derniers points les particularités du français. Leur complémentarité est donc acquise et permet de circonscrire la langue source de manière fine : l’exemple en latin relierait l’enseignement prodigué à un acquis théorique et l’exemple en anglais ferait, quant à lui, appel à des connaissances intuitives en tant que langue maternelle. On aborderait de ce fait les phénomènes illustrés sous deux angles différents afin qu’ils se complètent, à savoir réflexion linguistique et utilisation spontanée. Cette dernière hypothèse s’inscrit dans les courants didactiques de l’époque. En effet, nous avons déjà mentionné dans la première partie de ce travail le caractère double du français par sa nature particulière de langue vulgaire apprise. Même s’il est devenu une langue confinée dans un rôle bien spécifique, le français enseigné en Angleterre reste rattaché à un tronc vivant et en constante évolution sur le continent. Parallèlement, le français est amené à remplir le rôle d’une langue savante et apprise par le biais d’un enseignement théorique en Angleterre. Il demeure donc une langue vivante, véhiculant un lexique familier dont l’équivalent latin est peutêtre inconnu à l’étudiant 473 , et doit en même temps être appréhendé comme une langue précise et technique. Cette dualité est susceptible d’être unifiée par le biais de la traduction dont il est ici question puisque le recours à deux outils typiques par leur appartenance à ces deux pôles, langue vulgaire/ langue savante, peut amener le dialogue entre les deux aspects. Cette démarche didactique serait particulièrement adaptée à un apprentissage par le biais de la lecture s’adressant à un apprenant autonome. Dans le cas d’un enseignement oral adressé à un public d’étudiants, nous peinons cependant à envisager une expositio linéaire dans les deux langues cibles. Il est plus probable que, dans le contexte d’une salle de classe, le professeur n’ait livré qu’une seule des deux versions, avec parfois peut-être des développements ou des digressions à propos de l’autre langue visant à donner des précisions ou à expliquer un passage spécialement difficile. Les citations marginales en latin, de même que les références à Caton et le contexte du monastère dans lequel le possesseur de cet ouvrage résidait, pourraient indiquer que c’est en latin que le commentaire a dû se faire, ou du moins que la traduction a été présentée. Dans cette optique, ce long exercice constituerait donc les notes du professeur, dont la 472 L’étude plus approfondie des manuels d’enseignement du français disponibles à la fin du XIV e -siècle et au début du XV e -siècle amène en effet à revoir l’idée que l’apprentissage de cette langue nécessitait la maîtrise du latin ( R OTHWELL 2001 : 16 ; voir chapitre 2). 473 S. R EYNOLDS (1996 : 64-5) indique que l’insertion de certaines gloses en vernaculaire pour des réalités concrètes (plats, ustensiles, etc.) dans les textes qu’elle a rencontrées est parfois non seulement guidée par l’absence de correspondant en latin mais aussi et surtout par le fait que c’est en vernaculaire que les élèves connaissent ces mots. <?page no="170"?> 160 partie anglaise formerait le filet lui assurant une bonne compréhension du sens et lui permettant de développer, en langue maternelle, les détails supplémentaires nécessaires à son auditoire. Toutefois, les caractéristiques de la traduction latine telle que nous les avons présentées parleraient plutôt en faveur d’une étape intermédiaire à l’usage du traducteur et/ ou du professeur uniquement, qui ne livrerait de fait à ses étudiants que la traduction idiomatique en anglais. Ce processus s’intégrerait alors plus exactement dans les tendances didactiques humanistes des écoles oxfordiennes. Les explications orales accompagnant cet enseignement nous faisant défaut, nous ne pouvons trancher entre les différentes hypothèses proposées et ne considérons, dès à présent, la traduction que dans son rapport au traducteur, sans davantage revenir sur les mécanismes didactiques mis en œuvre lors de son utilisation ultérieure. <?page no="171"?> 161 5 Profil linguistique du traducteur Les choix de traduction opérés par le traducteur nous permettent d’avoir accès à sa compréhension du texte et à son appréhension des particularités du français. Celles-ci sont fonction de « sa formation et [de] son information » ( B URIDANT 1983 : 93), c’est-à-dire de l’instruction qu’il a reçue et de l’ensemble des connaissances qu’il possède et pour lesquelles nous n’avons aucune information explicite, que ce soit en français - objet de notre étude--, en latin ou en anglais. Nous avons choisi de dresser son profil en analysant ses tâtonnements et ses erreurs d’identification afin d’en dégager une cohérence susceptible de mettre au jour son « architectonique mentale » ( B URIDANT 1983 : 93). Il faut, pour cette analyse, éviter le raisonnement en boucle qui amènerait à tenter de saisir la perception des structures lexicales et morphosyntaxiques du français par le traducteur uniquement à l’aide des traductions latine et anglaise ponctuelles. En effet, les équivalents choisis sont eux-mêmes polysémiques, en particulier en ce qui concerne l’anglais, qui reste à cette époque une langue en cours d’élaboration. De plus, nous ne savons rien des connaissances linguistiques du traducteur : il peut donc être dangereux d’attribuer une traduction particulière ou erronée à une méconnaissance de la forme française alors que ce sont ses connaissances dans les langues cibles qui peuvent être incriminées. Ainsi, lors de lacunes ou de problèmes dans l’interprétation, plusieurs indications peuvent nous permettre de nous assurer que c’est bien la version française qui pose problème à notre traducteur et non une absence d’équivalent dans les deux langues cibles. La première de ces indications est la concordance entre les traductions lorsque les deux langues cibles développent une même idée ou attestent une même erreur d’interprétation. Un deuxième élément réside dans la cohérence qui peut exister au sein même de la tradition de notre texte quant au phénomène concerné ; c’est-à-dire qu’il est nécessaire de prendre en compte les constructions soumises à une traduction identique à celle qui nous intéresse à l’intérieur du corpus : ceci permet d’évaluer le sens que donne le traducteur aux mots qu’il utilise dans les deux langues cibles. Finalement, une prise en compte du nombre d’occurrences pour chaque choix de traduction peut permettre de faire le tri entre les habitudes et les accidents nés d’une forme ou d’un contexte particuliers - même si ces derniers, nous le verrons, ne sont pas sans intérêt. Dans ce chapitre, nous avons pris les précautions susmentionnées afin de traiter les phénomènes avec rigueur. Nous avons cependant choisi de ne pas livrer l’intégralité de nos analyses ni des exemples examinés. Ce choix a été dicté par plusieurs facteurs, dont le premier est la masse trop importante d’informations récoltées. D’autre part, les résultats des analyses ayant conduit aux observations présentées dans cette thèse ont été pour certains décevants et nous ont menée à la conclusion qu’un traitement exhaustif de tous les phénomènes choisis s’avère non pertinent. Si l’examen des particularités attestées dans la traduction peut permettre de constater des tendances générales - identifications graphiques, problèmes posés par l’ordre des mots, etc.--, il n’est bien souvent pas possible d’en tirer des conclusions plus précises sur la grammaire personnelle du traducteur. Il faut garder à l’esprit qu’il s’agit de mécanismes humains, qui ne sont par essence pas toujours explicables ni justifiables, ni même toujours représentatifs des phénomènes présents <?page no="172"?> 162 dans le reste du document. Ainsi, bien que certains passages contredisent ce que d’autres semblent indiquer, nous avons tenté de dégager des tendances générales. Nous avons donc choisi d’éviter l’approche pointilliste qui consisterait à lister tous les phénomènes de la langue source afin de trouver une cohérence dans leur traitement pour- nous concentrer sur la recherche des grands mouvements directeurs dans les connaissances linguistiques de notre traducteur. 5.1 Connaissances linguistiques 5.1.1 Langues cibles Les particularités de la traduction anglaise indiquent qu’il s’agit probablement de la langue maternelle du traducteur : les formulations sont idiomatiques, le vocabulaire nuancé et étendu. Il arrive cependant que la traduction manque en anglais alors qu’elle est présente en latin. De tels cas sont rares et l’absence de traduction anglaise indique généralement des passages où la traduction proposée en latin - et donc l’interprétation de la forme française par le traducteur - est incompatible avec le contexte. Quelques exemples peuvent suffire à illustrer ce fait : (1) The secunde batayle that that felon heth it is to god For wrathe and felonye he berith […] a felon for ony adversite temporel or for seknes or for þe deth of frendes or for eny myschef that his wille is nothing doo so that he gruche ayenst his lord and maligneth god and the saintz Secundum guerrum quod ille felonus habet hoc est deo Quia ira et felonia superportat et approbat si aliquando cor felonis propter aliquam adversitatem temporalem sive propter infirmitatem vel propter mortem amicorum sive propter aliquam infortuniam quod sua voluntas non est omnino facta quod ille murmurat erga suum dominum et malignat deum et sanctos La secont guere que li felons a ci est a dieu. Car ire et felonnie seurporte et esprueve si aucune fois la cuer de felon pur aucune adversité temporel ou pur maladie ou pur mort de amys ou pur aucune mescheance que sa volenté n’est pas fet que il murmure contre son seignur et magré dieu et lé seinz (ff.-45v-46r) Esprueve, qui ici signifie selon la leçon proposée par notre manuscrit « met à l’épreuve », a été traduit en latin par approbat, c’est-à-dire « approuve » (voir infra, 5.1.2.3.1.1). Que la leçon du texte français soit correcte ou non (le manuscrit Paris, Bibl. Mazarine, 870 propose la leçon esprent : « enflammer » ; B RAYER / L EURQUIN -L ABIE 2008 : 34, §45), le sens que le traducteur donne en latin à ce verbe ne s’insère pas dans le contexte sémantique de ce passage. C’est certainement la raison pour laquelle cette forme est laissée sans équivalent dans la traduction anglaise. Dans d’autres cas, ce sont les leçons de la version française qui semblent poser problème au traducteur, comme l’illustre l’exemple suivant : (2) or for othir goodes what som ever they be. by whiche thou more […] than thou aughtist and other lasse vel propter alia bona qualia que illa sunt quapropter tu laudareris magis quam tu non deberes et alii minus. <?page no="173"?> 163 ou autres biens quel que il soient par quoi tu prisoies 474 plus que tu ne deusses et les autres moins. (f.-32r) L’équivalent anglais du verbe prisier est connu du traducteur puisque ce dernier le traduit dans les folios précédents (commendid, f.-26r ; prayseth, f.-31v ; etc.) : l’absence de traduction anglaise ne révèle donc pas un problème de disponibilité lexicale dans la langue cible mais une inadéquation sémantique. Il manque un complément à ce verbe dans la version française (M, 32, §261, donne la leçon tu te prisoies), ce qui ne permet pas au traducteur d’en dégager un sens acceptable. Ainsi, même si le traducteur a tenté de proposer en latin une formulation adéquate - « par quoi tu serais loué plus que tu ne devrais et les autres moins » - il ne valide pas cette interprétation en anglais. C’est peut-être que lors de la traduction anglaise, le traducteur (ou le copiste responsable de version que nous possédons) a comparé les deux versions précédentes et a décelé une disparité entre la forme verbale active du français et la forme passive introduite en latin. Pour terminer, nous pouvons encore noter la traduction de rainsseléz « petite branche » par le latin radices « racines » (voir traitement des suffixes, 5.1.2.3.1.), qui ne s’insère que mal dans le contexte et que, comme dans l’exemple précédent, le traducteur ne valide donc pas lors de la traduction anglaise : (3) the thridde branche of covetise is thefte that hat many […] Tertius ramus avaricie est rapina que habet multas radices La tierce branche d’averice est rapine que a mult de rainsseléz. (f.-58v) Puisque la traduction anglaise, nous l’avons vu dans le chapitre précédent, est garante du sens, il est normal que le traducteur soit précautionneux dans l’élaboration de celle-ci. Pour ce qui est du latin, la situation linguistique et culturelle de l’Angleterre nous apprend qu’il ne peut s’agir que d’une langue apprise dans un contexte scolaire. Le caractère littéral de cette traduction, calquée sur le français, rend malaisée l’identification des connaissances linguistiques en latin du traducteur. Celles-ci semblent néanmoins bonnes : malgré la littéralité de la traduction qu’il nous livre, les cas et les déclinaisons sont respectés, les calques maladroits généralement évités, la gestion des temps et modes verbaux très cohérente. Cependant, des omissions n’apparaissant que dans la traduction latine confirment que la maîtrise de cette langue par le traducteur est limitée en ce qui concerne le lexique : (4) they ben the charbuckes that the floures suken and eten the dunge/ isti sunt […] qui flores sugunt et comedunt fimum Ce sont li escharboc qui les fleurs suient 475 et manguent les fiens. (f.-95r) (5) But lesynge ben muche gretter synne as the lesynges of these japers and the tripheleris and mynstrelles Sed mendacia placencia sunt magis gravia peccata sicut mendacia de istis […] et de trufatoribus et de histrionibus Mé les mensonges plesans sont plus grant pechié com les mençonges de les losengeres et des truffleurs et de minstreux (f.-97r-v) 474 M (32, §261) : par quoi tu te prisoies. 475 M (39, §81) : fuient. <?page no="174"?> 164 (6) The secunde ben false plaintifs that eschewen and flee that. that right is./ And sechen stopage and delaies to take away from other þat is his./ Secundus sunt falsi […] qui vetant et fugiunt hoc quod rectum est. Et querunt […] et dilaciones ad tollendum ab alio sua Li seconde sont li faus pleintis qui eschivent et fuient ce que drois est. Et quierent barres et de lais 476 pur tolir a autrui le sien. (f.-60v) Ces lacunes lexicales ne sont pas prévisibles : dans le domaine du lexique domestique, le traducteur ne connaît pas escharboc « escargot » mais traduit correctement paiel « poële » (frixorium, f.-35r) ; pour le lexique plus abstrait, oubléz (dans l’expression crier leur oubléz) « (proclamer leurs) louanges » (ff.- 34r, 92r), parcreu « grandi, fort » (f.- 40r) et tapissoient « cachaient » (f.- 40r) sont laissés sans traduction latine tandis que des équivalents sont proposés en anglais (obles or wafres, f.- 34r, wafres, f.- 92r ; growyn up, f.- 40r ; for slouthid, f.-40r). Il nous faut donc considérer les limites du traducteur quant à ses connaissances pour la langue latine comme étant déterminées par les leçons apprises, les lexiques à sa disposition et les textes lus. Le latin que connaît le traducteur s’inscrit non pas dans la tradition linguistique des textes classiques mais bien dans celle du latin médiéval des Îles britanniques, comme le prouvent certains choix lexicaux. Nous pouvons notamment noter l’utilisation du lexème mistera avec le sens de « métier, fonction, office », qui se trouve dans DMLBS (s.v. misterium) : (7) othir that for moneye and for temporel profit submitten hem to crafte of inhoneste. that may not be doo with owte synne alii qui pro denariis et pro commodo temporali se humiliant (subiciunt) ad misteram inhonestatis que non potest esse facta sine peccato d’autres qui pur deners et pur preu temporiel s’abandonnent a mestier deshoneste qui ne puet estre fet sans pechié (f.-69r) (8) the nynthe is in evel craftis Nonus est in malis misteris Le .ix. est en mauvéz mestiers. (f.-53r) À la place de la forme classique ardor, le traducteur emploie ardura, qui bénéficie de deux attestations dans MLW : (9) And howmuche more the hastyfnes is gret/ so muche more grevous is this synne/ Et quam major est gravis hec grandis ardura magis est grave hoc peccatum Et com plus est grant cest grant ardur plus est grantz le pechiéz. (f.-84r) De même, le verbe consulere a, en latin classique, le sens de « délibérer sur, discuter, examiner, consulter, demander conseil, demander l’avis, décider » et non celui de « conseiller qqn ou qqch » - présent dans les textes classiques sous la forme consilior - qu’il lui donne ici et qui se trouve dans DMLBS : (10) Aftir he that consentit or hym counseyle or hym byddith to doo. Postea ipse qui consentit vel ipsum consulit vel ipsum precipit facere Aprés sil que le consent ou le conseille ou le commande a fere. (f.-58r) 476 Lecture proposée : delais (confirmée par M 36, §111). <?page no="175"?> 165 5.1.2 Français Certaines lacunes et erreurs attestées dans la traduction suffisent, nous le verrons, à nous convaincre que le français n’est pas la langue maternelle du traducteur. La question qui demeure est celle de la manière dont ce dernier a appris cette langue et qui est un facteur susceptible d’en influencer sa maîtrise. Nous avons postulé, en conclusion à la première partie de notre étude, que le traducteur a appris le français par les livres et que la langue qu’il s’est lui-même forgée ne représente pas un état de langue diachroniquement et diatopiquement localisable. Nous ne pouvons cependant exclure qu’il ait appris le français par immersion, lors de séjours sur le continent ou par la pratique orale en compagnie d’un précepteur privé ou dans un contexte scolaire similaire à celui de la formation parajuridique décrite dans le chapitre 2. Les connaissances du traducteur sont susceptibles d’être différentes selon la manière dont il a appris le français de l’une ou l’autre façon, c’est-à-dire comme une langue vivante ou par la fréquentation d’un savoir livresque. Quelques éléments de réponse peuvent émerger de l’étude de ses connaissances lexicales, graphiques, syntaxiques et morphosyntaxiques. Un survol des principales caractéristiques du texte source quant à la tradition graphique qu’il contient et des phénomènes morphosyntaxiques qui sont à l’œuvre peut nous permettre d’observer un éventuel décalage diachronique et/ ou diatopique dans la réception de ces mêmes phénomènes par le traducteur et donc potentiellement de le localiser dans le temps et dans l’espace. 5.1.2.1 Connaissances lexicales En ce qui concerne le lexique, il semble que le bagage du traducteur soit pour partie confiné à des domaines d’application précis. La traduction comporte tout d’abord des manques touchant particulièrement les mots désignant des réalités administratives et juridiques : (11) chalonge (ff.-52v, 60r), chatel (ff.-53r, 54v), termoiement (f.-55r), conchiement (f.-61r), corvees (ff.-53v, 58v), creanté (f.-101r), loiaus (f.-54v), loier (ff.-54v, 59r, 60v, 66v), lointains (f.-60v), rançons (f.-54v), tailles (f.-58v). Cette dernière observation contraste avec la situation linguistique dépeinte dans la première partie de ce travail et qui suppose une tradition pour laquelle la langue administrative et juridique est le français. Elle tendrait à indiquer que notre traducteur n’a pas (encore) suivi de formation parajuridique telle que celle proposée par les dictatores. Les termes de société (cit. 12), les proverbes ou expressions (cit. 13), ainsi que certains mots qui perdent leur vitalité au cours de l’évolution de la langue (cit. 14) sont eux aussi inconnus du traducteur : (12) recreans (f.-50v), caoursins 477 (f.-54r), (13) qui ne sert et ne parsert son loier pert (f.-51r), je vengerai fourré 478 (ff.-91r-v) (14) goupille (fol. 94r), ainz (ff.-77r, 89r, 94v), ançois (ff.-51r, 81v) 477 Caversin signifie « originaire de Cahors », ville dans laquelle se trouvait nombre de lieux de prêt. Cette forme prend le sens par extension de « prêteur ». Ce mot est attesté dans l’AND2 : Plus mauveis sunt qe sarazins, Userers & cauersins (sv. cauersin). 478 « Formule ironique qu’on applique à un chevalier trop présomptueux » ( B RAYER / L EURQUIN -L ABIE 2008 : 401). <?page no="176"?> 166 La raréfaction de ces derniers pourrait expliquer que ces formes ont pu être absentes de l’état de langue du traducteur - dans le cas d’un apprentissage par immersion - ou de ses lectures, et donc justifier leur méconnaissance. En effet, les conjonctions de coordination et de subordination ainz et ançois sont fortement concurrencés en moyen français par d’autres éléments de même sens, pour leur emploi adversatif ou lorsqu’ils marquent l’antériorité 479 . Qu’il s’agisse d’un problème diachronique ou non, il semble que ces formes soient étrangères au traducteur, qui tente de les relier à des éléments connus par une analyse « graphique ». Pour ainz, il postule dans une occurrence anecdotique une forme *à vis - qui pourrait signifier « à volonté » - par le biais d’une interprétation erronée du jambage (cit. 15). Mais dans la majorité des cas il l’interprète comme une variante de la forme ainsi (cit. 16, 17) : (15) god byddith hym to faste. the wombe saith « nay at wille ete thou longe and a treet »./ deus ipsum precipit jejunare/ Venter dicit quod « non : ad libitum comedas longe diuturne et successive » diex li commande a jeuner. li ventres dit que « noun : ains mangeras longument et a tret ». (f.-77r) (16) but they be not as ben maliciouses sed non sunt sicut sunt maliciosa mes ne sont ainz sont dommageuses (f.-89r) (17) […] Quia sic venit mors qui […] Car ainz vient la mort que l’en en sente les mors. (f.-94v) La forme ançois est quant à elle généralement non traduite (ff.-28v, 29v, 51r) : (18) This is the sexte vice of an evel servaunt whan he failleth […] that he come to the ende or to his terme. Hoc est sextum vicium de malo serviente quando ille deficit […] quod ille venit ad finem vel ad suum terminum. C’est le siste vice du mauvés sergant quant il defaut ançois que il vigne a la fin ou a son terme. (f.-51r) À une occasion, elle est identifiée comme une variante de l’adverbe ainsi : (19) And the thother saith : « doo not soo thou shalt faste somuche that thou be leve and pale » Alter ait « non facias taliter. jejunabis tantum quod tu sis macer et pallidus ». Li autre dit : « non feras ançois juneras tant que tu soies megres et pales ». (f.-81v) La méconnaissance du substantif goupille (f.- 94r) peut elle aussi avoir comme cause la distance diachronique qui existe entre l’état de langue présent dans le texte source et l’époque à laquelle est élaborée la traduction, puisque ce mot - qui perdure cependant jusqu’au XVII e -siècle 480 - est peu à peu remplacé par renard dès le XIII e -siècle. Mais il est aussi probable qu’il appartienne à un champ lexical secondaire et marginal - comme c’est le cas d’autres mots désignant des animaux et que le traducteur ne traduit pas : chavesouriz 479 FEW XXIV, 639b, ante ; voir encore B ADIOU -M ONFERRAN 2007 : 7. 480 TLF sv. renard. <?page no="177"?> 167 (f.- 41v), chuete (f.- 41v) et hyene (f.- 94v) - ou que le traducteur ne l’ait jamais appris ni croisé au hasard de ses lectures. Nous sommes en effet obligée de constater que pour la majorité des lacunes lexicales dans les connaissances de notre traducteur, aucune explication diachronique ou diatechnique, voire diatopique, ne peut être avancée : (20) couciaus (f.-53v), courpes (f.-46v), honnir (f.-43v), mue (f.-78v et 97r), non chalant (49r et 50r), eschoichent (f.-58v), escorchent (f.-59r), espi (f.-43v), espoventable (f.-23v et 24r), estrepent (f.-66v), paien (f.-10r), raiembent (ff.-59r et 67r), a rebours (f.-91v), reverse (ff.-73v et 74v), ruser (f.-35v), tricherie (f.-94r), etc. De plus, plusieurs mots de cette liste sont attestés comme emprunts dans le MED, à l’exemple de ruse (sv. ruse), reverse (sv. revers), estrepent (sv. strepen). Cette constatation nous interdit de supposer une absence de connaissance particulière des mots non partagés par au moins l’une des langues cibles de la traduction, même s’il nous semble évident que l’expérience lexicale du traducteur ne peut qu’être nourrie par la correspondance qui existe entre les trois langues pour une partie du lexique. De fait, rien ne permet dans le traitement du lexique de définir la nature de la langue que connaît le traducteur, encore moins la manière dont ce dernier a pu l’apprendre. Nous pouvons cependant observer un certain enrichissement du lexique possédé par le traducteur au fil du texte, par l’expérience acquise, la consultation d’un nominale ou les conseils d’un collègue. Ainsi, quelques mots qui lui sont tout d’abord inconnus sont traduits plus loin dans le texte et dans un contexte similaire. C’est le cas de guerroier, non traduit à trois reprises (cit. 21, 22), puis par divers équivalents dans le reste du texte (cit. 23, 24) : (21) Pride […] god of his goodes and god […] pride and […] superbia […] deum de suis bonis et deus […] superbiam […] Orgueilguerroiedieudecesbienz/ etdieuabatorgueiletlaguerroie./ (f.-27r) (22) This ungentilesse dooth man to god whan he bythinketh hym not of the goodes that god hath doo to hym and that he to hym dooth evermore nothere hym thonketh […] and in that that he usith evel. the goodes and ayenst the wille of god. hanc rusticitatem facit homo deo quando ille non ei recolit de bonis que ille (scilicet deus) illi (homini) fecit et quod ille illi facit continue neque illum regraciatur […] et in hoc quod ille utitur male scilicet bona et contra voluntatem dei. Cest viloinie fet homme a dieu quant il ne luy souvent dez biens que il luy a fetz et que il luy fet continulment ne ne l’en mercie/ ançois guerroie l’en souvent et en ceo que il enuse 481 mauvesment et contre la volunté deu./ (f.-28v) (23) But the prowdman sellith hem to the devel for untrewe penyes of vayn glorie and often maketh batayle with god of alle his goodes wher of he shulde thanke god Sed ille superbus illa vendit diabolo pro falsis denariis de vana gloria et guerrat multociens deum de omnibus suis bonis unde ille deberet regraciari Mes li orguelleus les vent au deable pur les faus denieres de vain gloire/ et guerroie souvent dieux. de toutz ces biens dont ille 482 devroit mercier./ (f.-37r) 481 Lecture proposée : en use (confirmée par M 32, §197). 482 Lecture proposée : il le (confirmée par M 32, §424). <?page no="178"?> 168 (24) But with payne it happith that man hym repentith of that synne that he withstood the holy goost with his myght and the grace of the holy goost Sed cum pena evenit quod homo se penitet de hoc peccato quod repugnavit sanctum spiritum cum sua potestate et graciam sancti spiritus mes a poyne avient que l’en se repente di cest pechié qui guerroie seint espirit a son povoir. La grace de seint esprit 483 . (f.-44r) Il en est de même, par exemple, des verbes abatre (ø f.-27r ; deicit, throwith down, ff.-36v et 38v ; diminuendam, to abate, f.-43v ; etc.) et abaisser (ø f.-43v ; decrescit, is lesse, f.-74v) et du substantif ostiex (ø f.-57r ; hospiciis, hostries, f.-59r). 5.1.2.2 Tradition graphique Nous pouvons voir apparaître dans le texte source ainsi que dans sa réception par le traducteur quelques phénomènes graphiques propres à l’anglo-normand, qui s’inscrivent dans la continuité d’un processus d’évolution et de différenciation en cours depuis des-siècles déjà au moment de l’élaboration de cette traduction. Au niveau de l’encodage du texte, le caractère anglo-normand de la graphie, qui présente une régularité importante, est peu marqué. Nous avons vu au chapitre traitant de la description du corpus que les nombreuses corrections du scribe attestent une volonté éditoriale nette, visant peut-être une fidélité au modèle du document copié. Les caractéristiques de ce dernier nous sont cependant inconnues et rien ne nous permet de savoir si le texte que le scribe a sous les yeux présente déjà cette régularité ainsi que les traits anglo-normands relevés. Nous considérons cependant, et ce postulat a été présenté dans le chapitre 3, que les formes que copie le scribe sont jugées acceptables par ce dernier et qu’elles font donc partie de son système linguistique 484 . Quant à l’éventualité d’une distinction à opérer entre le scribe et le traducteur, celle-ci est neutralisée par le fait que la majorité des phénomènes attestés lors de la production de la copie se retrouve, nous le verrons, dans la réception des formes qu’elle contient. 5.1.2.2.1 Traitement des voyelles Neutralisation de l’opposition graphique oi, ei, e, ie, ai, i - Une des particularités graphiques de l’anglo-normand est d’enregistrer la simplification phonétique des anciennes diphtongues ei, ie et ai qui a lieu en français d’Angleterre 485 . Au niveau graphique, ce phénomène est enregistré par une neutralisation complète ou partielle de l’opposition entre les graphies oi, ie, e, ie, ai, i. Il s’agit d’une neutralisation complète pour ce qui concerne la voyelle issue de Ĭ / Ē [, comme l’attestent notamment les variations graphiques enregistrées dans les articles de l’AND2 : (25) treis, treys, trais, trei, treies, tres, trez, tresz, tris, troeis, trois, troies, troi, troiz (AND2, sv. treis 1 ) (26) heir, heyr, heire, heyre ; heier, heiir, heoir ; her, here ; hair, haire, hayre ; hier, hyer, hir ; hoir, hoyr ; eir, eire ; eer, er ; air, ayr, aire, ayre, aier, aiere ; pl. hieres, hoires (AND2, sv. heir) Elle est par contre partielle pour ce qui est de l’ancienne diphtongue ie et comprend uniquement, d’après les tests que nous avons opérés, les graphies ie, e, ei : 483 M (33, §88) : qui guerroie a son pouair la grace du Saint Esperit. 484 Dans les cas où le traducteur ne les traduit pas, il faut par contre escompter qu’il ne se juge pas compétent pour les corriger. 485 Voir P OPE 1934 : -§1154-8 ; K RISTOL 1994 ; S HORT 2007 : §§2-4, 8, 9, 11, 12. <?page no="179"?> 169 (27) er, eer, eir, ier, yer ; heer, heir, her, hier (hiere) (AND2, sv. er 1 « hier ») (28) pé, pee ; pié, pied, piee ; pet, peit ; pl. pedz, pees, peez ; pés, pez ; peiz, peiez ; pieez, piés, pietz, piez ; paes (AND2, sv. pé 1 « pied ») (29) pere, peer, peere, pier ; piere, pierre (AND2, sv. pere 2 « pierre ») Quant à l’ancienne diphtongue ai, il est possible de trouver, en plus de la forme originelle, les graphies e, ei, ainsi que plus rarement ea ou oi : (30) paire, pere, peire, poire ; pair, peir (AND2, sv. paire 1 « réunion de deux choses ») (31) raisun, raison, raisoun, raisoune ; reisun, reisoun ; reason, reasoun ; reson, resone, resun, resoun (AND2, sv. raisun) L’utilisation de certaines de ces graphies - à l’exception de oi, du moins pour les formes rencontrées dans notre échantillonnage des formes de l’AND2 486 - s’étend à l’expression du e issu de l’évolution de A[ : (32) pere, paire, peere, peir, perre ; pier, pire, piere (AND2, sv. pere 2 « père ») (33) mere, meir, meire, meer, meere, mere, merre ; maire, mire, miere (AND2, sv. mere 1 « mère ») (34) pré, pred, pree, pret, preet ; praye, prié, priee (AND2, sv. pré 1 « pré ») (35) mer, meer, meere, mere, merre, miere, mier, mieer (AND2, sv. mer « mer) Dans la version de la Somme le Roi que contient ce manuscrit, la neutralisation n’est pas complète et dépend de la nature de l’ancienne diphtongue concernée. Pour la voyelle issue de Ĭ / Ē [, les graphies attestées sont les suivantes : ei, e, oi - veisin (f.-57v)/ voisins (f.-59r) ; treis (f.-69v)/ tres (f.-28r)/ trois (f.-31v)--, mais la majorité des occurrences se présente sous une forme continentale. C’est donc surtout dans le traitement graphique de l’ancienne diphtongue ie que notre texte est soumis à la variation, les formes ie, e et parfois i alternant librement (premier (f.-9r)/ premir (f.-25v)/ premer (f.-73r) ; vient (f.-86r)/ vent (f.-42r)). La graphie en e fait d’ailleurs l’objet d’une correction par l’ajout en indice d’un -ijugé comme manquant. Nous pouvons l’illustrer par les exemples suivants : (36) c i el (f.- 10r), merc i er (f.- 29r), t i ent (f.- 29v), tresb i en (f.- 31v), v i ent (f.- 45r), cimet i ere (f.-62v), g i eus (f.-69r), mang i er (f.-76r), qu i erent (f.-88v), n i ent (f.-97r), av i ent (f.-98v). Cette graphie en ie est aussi parfois utilisée pour rendre la voyelle e issue de l’évolution de A[ : (37) à la destre dieu le pierre (f.-21r), a ton piere et a ta mere (f.-33r) Quant à l’ancienne diphtongue ai, celle-ci est majoritairement représentée par e (mes, plere, mauvés) 487 . Il est à noter une correction concernant cette forme : au folio 84r mais 486 La neutralisation s’étend à oi dans notre texte (cf.-note suivante). 487 Nous trouvons à une reprise la forme soit pour set, que le traducteur n’a pu identifier : To this synne perteyneth wel the synnes of the womman that dooth so muche by her synne that she makith that she […] that is of avoutrie bereth the heritage where he hath no right Isti peccato pertinent bene peccata de muliere que facit tantum per suum peccatum que facit quod illa […] qui est ex adulterio portare hereditatem ubi ille non habet rectum A cest pechié apartient bien li pechéz de la fame qui fet tant par son pechié que li [enfes] qu’ele soit de voir qui est d’avoutierre enporte l’eritage ou il n’a droit (f.-57r) <?page no="180"?> 170 est corrigée en mes, ce qui peut témoigner d’une tentative de cohérence dans la graphie, cohérence que l’on rencontre dans le traitement de cette évolution 488 . En effet, les occurrences montrent une tendance à la spécialisation selon le verbe ou le substantif dans lequel ce phonème apparaît : traire (10 occurrences) mais atrere (2 occurrences), (des)plere (8 occurrences), naistre (3 occurrences), fere (123 occurrences sur 124), etc. Lors de la traduction, certaines formes sont interprétées conformément à la tradition graphique anglo-normande au sein de laquelle le traducteur ne peut pas s’appuyer sur les différences graphiques pour distinguer les paronymes. Ainsi, l’adverbe leement (dérivé de lié < LAETUS , comme l’atteste la graphie liement présente dans M 39, §37) a été traduit par fideliter/ trewly, c’est-à-dire considéré comme une forme adverbiale formée sur loyal (< LEGALIS ), interprétation qu’autorise la neutralisation de l’opposition entre les graphies e, oi, etc. : (38) it is the synne of hem that noo thynge doon trewly. ne they peyne hem not to doo wel. ne to say wel. but that they seen or heryn. hoc est peccatum illorum qui nichil faciunt fideliter neque non se conantur. ad bene faciendum neque bene dicendum nisi hoc quod illi vident vel audiunt/ c’est le peché de ceus qui rienz ne font leement ne ne se poinent de ben fere ne de bien dire fors com les 489 voient ou oient (f.-91r) À l’inverse, une forme du verbe loisir (< LICERE ) a été comprise comme appartenant au verbe lessier (< LAXARE ) : (39) But in a good cause may oon swere without sinne or in doom (…) or in othir good causes and honeste and profitable or in oþer wyse leve he not enywyse to swere and therfore he that sweret with outen reson the [n]ame of oure lord and for nought if he swere fals of his wytynge he hym forswereþ and dooþ ayenst this comaundement and synneth dedly Sed in bona causa potest unus jurare sine peccato · vel in judicio (…)· vel in aliis bonis causis et honestis et proficuis sive in altero more ne dimitat aliquomodo jurare et propter hoc qui jurat sine racione nomen nostri domini et pro nichilo Si ille jurat false ex sua sciencia ille se perjurat et facit contra hoc preceptum et peccat mortaliter Mes a bone cause puet on jurer sanz pechié · ou en jugement (…) · ou en autres bones causes et honestes · et profitables · ou en autre manere · ne loist pas jurer et pur ceo qui jure sans reson le noun nostre seignur et pur nient. C’il jure faus a son escient : il se parjure et fet contre cest comandement et peche mortelment. (f.-10r) Nous pourrions encore mentionner emploient (f.-12r) compris comme une forme du verbe emplir (implent/ fulfyllen) et non du verbe emploiier (f.-12r ; TL III 1 , 117), ainsi que la forme verbale vint (f.-41r) traduite par un présent (venit, come) alors même que le contexte appelle un passé. Neutralisation de l’opposition graphique eu, ou, o, u, eo, e - Les voyelles issues de l’évolution de Ō / Ū et Ŏ toniques en syllabe ouverte sont, en anglo-normand, simplifiée en [u] ou en [e] 490 . Graphiquement, ce résultat phonétique est rendu par une neutralisation de l’opposition eu, ou, o, u, eo et e. 488 L’intégralité des occurrences, à savoir 27, présente cette graphie mes. 489 M (39, §38) : ne ne se painnent de bien fere ne de bien dire, mes que quant on les voit ou oit. 490 Voir P OPE 1934 : §1143 ; K RISTOL 1994 : 74 ; S HORT 2007 : §§6, 10, 17). <?page no="181"?> 171 Cette neutralisation est attestée dans les articles de l’AND2 : (40) flurs, floures, flours, flures, flurez ; fleurs, fleures ; flors (AND2, sv. flurs 1 ) (41) colur, coler, coleure, color, colour, coloure, colure ; culur, culure ; collour ; coilour (AND2, sv. colur) (42) chaceur, chaceor, chaceour ; chacer, chaçur ; chasceor, chasceur, chasçur ; chasour, chasur ; chassur (AND2, sv. chaceur) Dans notre texte, les graphies eu et ou se partagent la majorité des occurrences et alternent librement : couleur (f.- 24r)/ colour (f.- 97r), douleur (f.- 42v)/ dolour (f.- 42r), antecesseures (f.-54r)/ antecessour (f.-61v). Quelques occurrences présentent la forme eo : menteor (f.-96v), ferveor (f.-50v), losengieors (f.-49r), ainsi que oe : devinoer (ff.-30v-31r), coer (f.-71v), demoere (f.-71v), la graphie ue : languer (f.-50v), cuer (ff.-49v, 50v) ou la simplification du digraphe : vantures (f.-34r), chevauchurs (f.-38r), seignur (f.-44v), creatore (f.-12r), paor (ff.-40v, 48v). Quelques corrections ont été faites par le scribe - la s e ue (f.-84v), o e vre (f.-72r) - pour lutter contre ce dernier phénomène de simplification graphique. Il existe une tendance à la spécialisation des formes, puisque nous trouvons quelques mots n’apparaissant que sous la graphie continentale (cit. 43) de même que d’autres ne se présentant que sous une graphie anglo-normande (cit. 44) : (43) leur (101 occurrences), honneur (5 occurrences), fleur (3 occurrences), (44) pao(u)r (10 occurrences), seignour (18 occurrences), creato(u)r (4 occurrences) En anglo-normand, la neutralisation semble être complète - même si elle est limitée à certains mots - puisqu’elle s’étend notamment à la voyelle issue de l’évolution de Ū [ : (45) mur, mure ; meur, mour ; more (AND2, sv. mur 1 « mur ») Dans notre texte, nous n’avons trouvé qu’une seule forme présentant l’extension de cette neutralisation, et celle-ci touche le o issu d’une voyelle prétonique : doleureuse (f.-82r). La neutralisation qui existe en anglo-normand entre les graphies e et eu est vraisemblablement un facteur qui va permettre au traducteur d’identifier le substantif pechier ( PECCATUM ) comme une forme du substantif pecheur et le traduire par synner : (46) The secunde boughe of pride is the power of pride this is […] that is a ful gret synner Secundus ramus superbie […] La secunde branche d’orgueil. c’est la poesté d’orgueil. si est dest 491 qui est mult grant pechier. (f.-31r) C’est aussi certainement ce phénomène qui lui fait interpréter gen - qu’il faut lire geu (< JOCUM ) - comme un équivalent de jeune : (47) though they lesen a yongman si illi perdunt juvenem. se il perdent le gen 492 (f.-52r) 491 Leçon proposée : despit-(confirmée par M 32, §253). 492 M (35, §220) : geu. <?page no="182"?> 172 Il semble que dans la graphie de notre texte, la neutralisation entre ce phénomène et le précédent (neutralisation de l’opposition graphique oi, ei, e, etc.) soit achevée, comme l’indique la graphie vois pour la deuxième personne du singulier du verbe voloir que le traducteur identifie correctement : (48) wolt thou that men lye of the . and 493 that men holde the an ypocrite vis tu quod unus menciatur de te et quod quis te teneat ypocritam vois 494 tu que l’en se gale de toi et que l’en te teigne pur papelarde ? (f.-83v) Neutralisation de l’opposition graphique o, ou, u - Alors que l’on peut noter que les copistes anglo-normands de la fin du Moyen Âge opèrent une distinction dans l’utilisation des graphies o, ou, u pour rendre le son [u] entre leur emploi en syllabe étymologiquement tonique (écrit généralement ou) et leur emploi en syllabe étymologiquement atone (écrit généralement u, plus rarement o) 495 , notre texte nous livre, sans spécialisation de formes, une majorité de graphies en ou, des formes en o et quelques occurrences en u : (49) ou : bouche (f.-72v), tout (f.-27v), glouton (f.-77r) o : totez (f.-9v), novele (f.-11v), glotonie (f.-76r) u : buche (f.-41v), tut (f.-27r), glutonnie (f.-25v) De nombreuses corrections - par le biais de lettres suscrites - apparaissent et semblent avoir pour but de régulariser le traitement de cette voyelle : sa o uler (f.- 85v, 99r), p o uent (f.-79r), t o urnir (f.-34r), to u tez (f.-18v), glo u tons (f.-76v), o u -(f.-99r). En anglo-normand, cette absence de distinction graphique touche la voyelle issue de l’évolution de Ū libre (voir supra) et entravé 496 : (50) suget, sugeit, sugett, sugget, sujet ; soget, sogiet ; subget, subgit, subgiet, subjet, subject ; souget, souuget, sougit ; suzgit, souzgit ; susget, susgit, susjet ; suzget, susjet (AND2, sv. suget) Dans notre manuscrit, ce phénomène est aussi attesté dans une correction du scribe : s o ugez (< SUBJECTOS ; subditos/ sugettis) (f.-59v). Nasales - Les nasales [ ɑ̃ ] et [ ɔ̃ ] sont rendues, en anglo-normand, par les graphies aun et oun 497 . Dans notre texte, les graphies anglo-normandes et continentales alternent librement : bontéz (29r)/ bounté (29r), mountier (f.-35r)/ monter (f.-35r) ; graunt (f.-38r)/ grantz (f.-38v), enchauntemenz (f.-66r)/ enchanteor (f.-63v). À deux reprises, cependant, le copiste introduit une correction dans le traitement de la nasale [ ɑ̃ ] : commaundement (f.- 9v) 498 , gra u nt (f.- 77r). Ces deux corrections attestent des choix contraires, puisque dans la première le copiste gomme un trait graphique anglonormand, tandis que dans l’autre il l’ajoute. Le caractère contradictoire de ces corrections exclut l’hypothèse d’une tentative d’appliquer un enseignement reçu. On peut d’ailleurs relever, à ce propos, les leçons de l’Orthographia Gallica, qui thématise la mise par écrit de 493 Correction par le scribe : ajout de and. 494 M (38, §120) : veuz tu. 495 K RISTOL 1994 : 82. 496 P OPE 1934 : §1120 : S HORT 2007 : §7. 497 P OPE 1934 : §1152. 498 Malheureusement, le manque de distinction entre le u et le n ne permet pas de savoir si le copiste corrige une faute de jambage, une répétition fautive de la consonne nasale ou le groupe nasal anglonormand aun. <?page no="183"?> 173 cette voyelle nasale - dans une règle qui contient notamment la forme grant--, en insistant sur le fait que le u, qui se prononce, ne doit pas apparaître à l’écrit : (51) L36 Items iste sillabe seu dicciones quant, grant, demandant, sachant et huiusmodi debent scribi cum simplici n sine u, sed in pronunciacione debet u proferri ( J OHNSTON 1987 : 14). Il faut encore noter qu’il existe une spécialisation graphique pour certains lexèmes - à l’exemple de commandement, qui n’est jamais attesté sous une forme anglo-normande - et que seules quelques formes semblent pouvoir accueillir cette graphie (dont notamment devaunt, taunt, graunt, quaunt, braunche) 499 . Même si nous ne pouvons pas exclure une volonté du copiste de rester fidèle au modèle qu’il transcrit, il est néanmoins possible, comme nous l’avons vu pour les digraphes ai et eu/ ou, qu’il considère la forme de certains mots comme « canonique ». Pour la nasale [ ɔ̃ ], outre la graphie anglo-normande -oun-, nous pouvons noter une neutralisation de l’opposition -unet -on- : ung (pronom indéfini ; f.-94r), aucon (f.-43v), neutralisation bien attestée dans la tradition anglo-normande : (52) ascun, acun, accun, acon, acoun, acounn ; akun, akoun, aqun, aquun ; alcon, alcun, alkun, alquon ; aucun, auchun, aukun, auqun, aucuin ; ascon, ascuin, achun, aschun, asqon, asqun, asquin, auscun (AND2, sv. ascun) Un trait graphique qui n’est, quant à lui, pas attesté dans la tradition anglo-normande apparaît dans notre texte : il s’agit de la neutralisation de l’opposition des graphies -en et -on : religiens (f.-84v), lessont (f.-26r). Celle-ci est aussi absente des articles de l’AND2 : (53) serement, serrement, serreement ; sarement, sairement, seirement, seigrement, seurement ; saerment, serment, serrment, seurment, sierement ; cerment (AND2, sv. serement) (54) religiun, religion, religioun (AND2, sv. religiun) Cette neutralisation est de plus attestée à trois reprises dans la traduction (ff.-100v et 98r, 99r), le traducteur interprétant le mot serment (< SACRAMENTUM ) comme une forme de sermon (< SERMONEM ) : (55) god that loveth symplenes and trouthe in suche sense resceyveth þe tale and understondith the word deus qui amat simplicitatem et veritatem in tali sensu recipit sermonem et intelligit verbum dieu qui aime simplece et verité en tiel senz reçoit le serement et entent la parole (f.-100v) De même, on trouve dans un autre passage la forme demanderent (leçon confirmée par M 39 , §133), qui a été identifiée non comme la forme attendue du passé simple mais comme une variante du futur demanderont : (56) they take hym more cruelli than the jewys that hym crucifieden. they brake not of hym any bon. these rentyn hym more smal than me dooth an hogge in the bocherye These shul aske nought of oure lady These hym teryn so foule and hym and his other saintis. that this is wondere that cristendom it suffrith. 499 Nous pouvons ajouter à cette liste les formes suivantes, qui ne sont attestées pour la plupart qu’une seule fois sous cette graphie : vaunter, plesaunce, repentaunce, marchaundise (2 occurrences), enchauntemenz, ardaunt, chaunter. <?page no="184"?> 174 ipsi sumunt magis crudeliter quam judei qui ipsum crucifixerunt illi non fregerunt omnino nullum os. Sed isti ipsum dilacerant magis minutim quam faciunt porcum in macello Isti non petent aliquid de nostra domina. Isti ipsum defrustrant tam turpiter et ipsum et suos alios sanctos quod hoc est mirabile quomodo cristianitas illud suffert Il resont plus cruel que li juef qui li crucifierent il n’i briserent mie nul dez oz. mes cist le depiecent plus menuement qu’en ne fet le porcel en la boucherie. Cist ne demanderent rien de nostre dame. Cist la depiecent si vilainement et luy et ces autres seinz que c’est merveille coment cristienté le sueffre (f.-100r) 5.1.2.2.2 Graphies issues de l’accentuation Certains traits anglo-normands concernant les voyelles naissent de l’accentuation anglaise. Segmentation des mots - L’accent tonique qui frappe, en anglais, la première syllabe du radical provoque en anglo-normand la chute de certaines syllabes initiales ( K RISTOL 1994 : 80). Graphiquement, ce phénomène fait écho à l’hésitation quant à la segmentation graphique des mots dans la tradition graphique du Moyen Âge. Les « cas d’écriture en segments graphiques disjoints » ( B ADDELEY / B IEDERMANN -P ASQUES 2004 : 184) sont fréquents dans notre texte et sont facilités par la ressemblance entre certaines prépositions et l’initiale (a-, de-), ainsi que par la présence de formes clitiques précédant cette syllabe (article, adverbe ou pronom personnel) et susceptibles d’accueillir la voyelle : (57) Cest commandement a complist espirituelment cil qui garde a son povoir la pes de sa conscience (f.-11r) Et cil qui plus la custument plus pechent. (f.-11r) Une interprétation maladroite du traducteur relative à ce phénomène lors de la traduction apparaît au folio 24v : qui a la forte espiéz et esbraz à la place de qui a la force es piéz et es bras (voir chapitre 3, 3.2.1.). Représentation graphique du e final atone et tonique - Comme deuxième phénomène né de l’accentuation, nous pouvons noter l’absence de distinction qui est faite en anglo-normand entre le e étymologiquement atone et le e tonique 500 . Les graphies -ee, -es, -e, -er, -ez se partagent les fonctions sans distinction de forme et sont interchangeables. C’est le cas dans notre manuscrit : (58) e tonique : lé escriptures (f.-71r), lé escoutent (f.-89v), si commence ses matins, et sé priers (f.-77v), sé deciplez (f.-86v) ; et ceux aussi qui loent lez mauvéz et lez fetz (f.-16r) ; ou par mauveses pensees trop longument tenues (f.-15r) ; comment il puissent d’une chose diverse mez desguiséz pour leur paléz plus délicier (f.-85v), quant il revient il n’a que le puisse porté, ne sustiner (f.-86v), ne cuident pas grievment peché (f.-72r) (59) e atone : Aprés pensees quantes fois tu as petit porté d’onneur (f.-32r), homme qui parfitement puit eschiver toutez les maneris (f.-25r), quantes hontes tu lui as fetez (f.-33r) En anglo-normand tardif, ce e final a tendance à se réaliser en [i] 501 . Ce phénomène est attesté à quelques reprises dans notre texte : charettis (f.-53v) et manieris (f.-59v). 500 K RISTOL 1994 : 81. 501 P OPE 1934 : §1140 ; K RISTOL 1994 : 79. <?page no="185"?> 175 L’homophonie que fait naître l’absence de distinction entre e atone et e tonique participe à certaines confusions concernant le découpage des mots - parallèlement au phénomène de segmentation des mots vu ci-dessus - entre la préposition de ou l’article le et le substantif : (60) taverneris that fillyn the mesure with skome. tavernarii (tabernarii) qui implent mensuram de spuma. li taverner qui emplent le mesure de scume. (f.- 68r) [lecture proposée : d’escume] (61) […] mala lingua est arbor quem deus maledixit in evangelio le mal langue est li abres que diex maudit en le vangile (f.- 88r) [lecture proposée : l’evangile] Représentation graphique du e en syllabe initiale - Conjointement à une évolution en moyen anglais aux XII e et XIII e -siècles, l’anglo-normand voit la fermeture du / E/ en / I/ en syllabe prétonique 502 . Notre manuscrit présente une graphie majoritairement continentale, que ce soit pour les syllabes initiales pre- (premier) ou des- (desloiauté). On trouve évidemment aussi les formes primier (f.-45v), et disloial (f.-57r) mais dans une bien moindre mesure. 5.1.2.2.3 Traitement des consonnes Consonnes finales - En anglo-normand, la tendance à prendre la phrase plutôt que le mot comme unité phonique, qui amène l’effacement des consonnes finales en position préconsonantique à l’intérieur de la phrase, apparaît plus rapidement que sur le continent. Cette tendance à l’amuïssement s’étend aux mots utilisés à la fin de l’unité phonique 503 . A. K RIS - TOL (1994 : 77-8) mentionne la règle de l’Orthographia Gallica qui traite de ce phénomène : (62) L27 Item quandocumque aliqua diccio incipiens a consonante sequitur aliquam diccionem teminantem in consonante in racionibus pendentibus, consonans anterioris diccionis potests scribi sed in pronunciacione non debet proferri, ut aprés manger debet sonari apré manger (Johnston 1987 : 13). Dans notre texte, l’absence de consonne finale est fréquente : (63) que il aime miex que diex e le creint et le sert (f.-77r), Mé les mençonge (f.-97r). À plusieurs reprises, notre scribe rectifie cette tendance à la graphie phonétique en corrigeant la forme par l’ajout de la consonne finale manquante : tiex son t cil (f.-57v). Dans un mouvement inverse, nous pouvons observer certains cas où les consonnes finales sont appuyées par un e final, que ce soit devant une voyelle (cit. 64) - peut-être à cause de la liaison de la consonne finale avec la voyelle suivante - ou devant une consonne (cit. 65) : (64) de morte à vie (f.-23r), hautes honneures (f.-37v), Aprés quant on fet en mostier si que sanc i este espandu (f.-62v). (65) Belle l’avoit fet [se rapporte à lucifer], (f.-26r), defaute de cuer (f.-50v), despite (f.-27v), qui les maudit ou leur nuist par malice (f.-12v), il perde le droit (f.-75r). Le scribe corrige cette tendance à une occasion : toutez jours (f.-29r). 502 K RISTOL 1994 : 79 ; S HORT 2007 : §8. 503 P OPE 1934 : §1202 ; S HORT 2007 : 22-4. <?page no="186"?> 176 Nous pouvons élargir la problématique aux représentations graphiques des voyelles nasales, notamment des voyelles issues de la nasalisation de / U/ et de / I/ . La présence d’un -e final peut initialement être un signe d’absence de nasalisation 504 , mais elle est certainement appuyée par le maintien de la prononciation de certaines consonnes finales : (66) Car il covient que tiel vine saile par le douzsille com il a ou tonel. (f.-42v), La quarte guerre est par dehors a ses voisines qui sont environ luy (f.-46v), aprés quant une jure (f.-96v), ugne male (f.-29r). À plusieurs reprises le scribe corrige ces -e finaux : (67) Il se font mauvés pur ce que l’en les tigne pur bones (f.-92r), fine droit (f.-100v). Mais ce phénomène rencontre le problème plus général qui est celui du genre en anglonormand 505 , et il est parfois malaisé de déterminer s’il s’agit d’un problème phonétique ou morphosyntaxique. Ainsi, on peut noter l’absence du -e final dans les cas d’adjectifs devant être accordés au féminin : (68) cil escrivein qui mostrent bon lettre (f.-68r), en quel manere que ele soit fet (f.-15r), mauvés reson (f.-17v). Cette absence de -e final est corrigée à deux reprises, pour un adjectif ou pour un substantif : bon e renommee (f.-16r), gelin e s (f.-57v). Consonnes internes - Une tendance à la graphie phonétique amène des hésitations dans la graphie de notre manuscrit - notamment dans les cas des consonnes amuïes suite à des évolutions phonétiques : chute de -sdevant -tet -s-, -zdevant -m-, vocalisation ou disparition de -lpréconsonantique 506 - entre graphie phonétique et graphie étymologique : (69) -s- : chatiaus (f.-66v), ne n’et pas merveile (f.-52r), n’et nul (f.-43v)/ chastiaux (f.-66v), despit (f.-98r), espoventable (f.-24r) ; (70) -z- : septime (f.-40v), blame (f.-95r), blaméz (f.-42r)/ meisme (f.-12v), blasme (f.-33v), aumosne (f.-27r) ; (71) -l- : sepuchre (f.-39v), euz (f.-34r), mut (f.-96v), fiz (f.-90r)/ mult (f.-90r) -majoritaire-, filz (f.-18v) -majoritaire, eulz (f.-35v). Le copiste corrige à quelques occasions ces graphies non étymologiques : (72) fi l z (f.-19r), bla s me (f.-46r). De manière générale, la graphie attestée dans ce document nous apparaît comme le résultat d’une tension entre variation formelle et graphie convenue. Il est possible que le copiste considère, nous l’avons dit, la forme de certains mots comme « canonique » 507 . Nous avons cité, par exemple, le traitement régulier des formes honneur 508 et com(m)ande- 504 Ces voyelles se nasalisent tard - XIV e et XV e -siècles--, et cette nasalisation ne touche vraisemblablement pas l’anglo-normand. 505 Voir I NGHAM 2012 : 89sq. 506 K RISTOL 1994 : 75-9. 507 F. W. M AITLAND (1903 : xliv sq.) a identifié ce même phénomène dans les Year Books. 508 Cette régularité peut être comparée avec les variantes proposées par l’AND2 : honur, honeir, honeur, honor, honour ; honneure, honnoir, honnour ; honeure, honore, honoure, honure ; hounour ; onur, oner, oneur, onor, onour ; ounour ; oneure ; enor, enour, enur, henor, henur ; unor (sv. honur, AND2) ; comandement, comaundement ; commandement, commaundement ; commandment ; cumandement, cumaundement, cummandement ; comondement (sv. comandement, AND2). <?page no="187"?> 177 ment, mais d’autres « normalisations » de formes apparaissent lors d’une analyse attentive et exhaustive de ce document. Comme il s’agit non pas de phénomènes phonétiques et graphiques traités toujours de la même façon mais plutôt de mots ponctuels, il nous semble probable que cette régularité soit le résultat de l’existence pour le scribe de graphies consacrées par l’usage 509 et non de l’application d’une connaissance théorique apportée par un enseignement, comme celui de l’Orthographia Gallica, par exemple. En revanche, cette précision graphique ne semble pas influencer la traduction puisque le schéma linguistique qui guide la réception des éléments par le traducteur est fortement marqué par la variation et la neutralisation de la différence entre les graphèmes. 5.1.2.3 Morphologie Au niveau morphologique, la variation est aussi très présente, notamment en ce qui concerne l’affixation, que celle-ci soit lexicale ou morphosyntaxique. En effet, comme nous allons le voir, la compréhension des mots par le traducteur est moins guidée par la forme graphique des éléments qu’il rencontre que par une reconnaissance visuelle et sémantique du radical ou de la racine du terme sans réelle prise en compte des informations morphologiques. 5.1.2.3.1 Affixation lexicale De façon générale, les affixes sont des éléments qui semblent interchangeables et sémantiquement non pertinents pour notre traducteur 510 : il est ainsi fréquent qu’il confonde des formes présentant des radicaux apparentés mais dont les affixes divergent. Le problème de l’affixation s’inscrit ainsi dans celui, plus général, de la paronymie. 5.1.2.3.1.1 Préfixes En ce qui concerne les préfixes, nous avons déjà mentionné les formes espiéz et esbraz nées d’une mauvaise segmentation graphique (voir supra, 5.1.2.2.2.). Cette particularité s’inscrit dans une tendance anglo-normande attestant une variation ordinairement libre de la préfixation 511 : (73) esjoir, esjoier, esgoir ; engoir, enjoier, enjoier, enjoir, enjuer ; enchoier, enchoir ; ajoir, ajoier ; ejoir (sv. esjoir ; AND2) (74) encontrer, encontrere, encountrer, encountrere ; encountreir, encunterer, encuntrer ; encountre ; acountrer, acuntrer ; contrer (« rencontrer ») (75) embaudissement, enbaudisçment, enbaudissement ; esbaudissement ; abaudicement, abaudissement (sv. embaudissement) préfixes a-, es-, des- - Dans notre document, certains préfixes sont soit détachés du mot auquel ils appartiennent, soit simplement non pris en compte lors de la traduction. Dans 509 Y. C AZAL et al. arrivent d’ailleurs, suite à une étude quantitative sur les habitudes graphiques d’un échantillon de scribes, à la conlusion qu’« à côté [des] graphies utilisées concurremment avec d’autres, tout copiste possède dans sa pratique des graphies privilégiées, qu’il emploie avec une fréquence élevée » (2003 : 103). 510 À propos de la préfixation, voir S HORT 2007 : §30. 511 Pour une question de l’existence de variantes libres en ancien français, voir K LEIBER 1978 et B URIDANT 1996 : 104 (qui mentionne le précédent). <?page no="188"?> 178 les deux cas de figure, une modification du sens peut apparaître pour ces formes sous la plume du traducteur. Dans l’exemple suivant, le verbe ajouter a été interprété - certainement à cause de sa graphie en segments graphiques disjoints a joustent - comme une forme du verbe justifier 512 : (76) the lytel good deed that here infaunt dooth whom they yeven souke : the dedis and þe wordes justifien of hem so muche. that me hath more of lesynge than of trouthe. and ther fore these ben callid fals wytnesses in holy scripture Exiguum bonum quod illorum infans facit quem isti ablactant facta vel dicta ipsi et justificant de eis tantum quod habetur magis de mendacio quam de veritate et ideo ista vocantur falsa testimonia in sancta scriptura le petit bien que leur enfant fet que il aletent fet ou dit il a joustent 513 de leur tant que il y a plus de mençonge que de voir et pur ce sont il apelé faus tesmoingnes en seinte escripture (ff.-92v-93r) Plus loin, le verbe deffendre a été compris avec le sens d’« offenser », vraisemblablement par analogie de forme avec ce dernier 514 : (77) Evel thinge is to lye but more grevous synne is of hym to forswere and to offende oure lord/ mala res est mentiri. sed magis grande peccatum est de se perjurare et ad offendendum dominum nostrum Mal chose est de mentir. mes plus grant pechié est de soy parjurer et pur deffent nostre seignour 515 . (f.-97v) De même, un passage atteste la confusion des verbes espruever et approuver 516 : (78) For wrathe and felonye he berith […] Quia ira et felonia superportat et approbat si aliquando cor Car ire et felonnie seurporte et esprueve 517 si aucune fois la cuer (f.-45v) préfixe re- - Le sens du préfixe re-, marquant la réciprocité, le retour en arrière, la répétition ou le renforcement, n’est pas compris par le traducteur. Une partie des formes contenant ce préfixe ne sont pas traduites - ravient (f.-88r), rebee (f.-43v), rechief (f.-88r) - ou sont réinterprétées, comme l’indiquent les diverses traductions proposées pour la forme 512 Les formes attestées dans l’AND2 pour le verbe justifier sont les suivantes : 1) justifier ; 2)-justiser, justicer, justisier, justizer ; joustisere (sv. justiser 2 ). En ce qui concerne le verbe ajouter, celui-ci apparaît - en plus des variantes ajoster, ajouster ; ajuter ; adjuster, adjouster ; adjoustre (sv. ajuster) - sous la forme juster, joster, jouster-(sv. juster). 513 Lecture proposée : ajoustent. 514 Cette forme a néanmoins été correctement identifiée dans d’autres passages (ff.-9v, 26v, etc.). Il faut supposer ici une influence du contexte de la phrase dans cette réception : l’oubli du démonstratif ce lors de la copie attribue à la forme verbale de troisième personne du singulier deffent, qui entre ainsi dans la formation d’une complétive infinitive, une valeur d’infinitif comme l’indiquent les traductions latine et anglaise. Le sujet nostre seignour devient de ce fait complément du verbe. Le sens du verbe ne peut donc plus être celui d’interdiction mais doit désigner un péché fait contre Dieu, au même titre que parjurer. 515 M (39, §110) : et por ce le desfent tant Nostre Sires. 516 Pour ces deux verbes, l’AND2 donne les variantes suivantes : 1) « éprouver » : esprover, esproveir, esprovoir ; esprever ; espruver ; eprover ; enpruver ; prover ; (sv. esprover) 2) « approuver » : approver, aprover, aprouer, aproer, apruere, aprouver, apruver, apruwer ; appruer, apruer ; empruer ; emprover, enprouer, enpruer, enprower (enpurwer) (sv. approver 1 ). Le FEW (IX, 405b) ne donne pour ce verbe que deux seules occurrences présentant le sens « approuver » (exprover (hapax du XIV e s. ; espruever, ancien liégeois, ca. 1380 ; reprend les formes de Gdf). 517 M (34, §45) : esprent. <?page no="189"?> 179 resont 3e p. pl. au présent du verbe restre (re- + être) « être de nouveau, être de son côté » (Gdf 131b). Celle-ci est interprétée selon les similitudes formelles qu’elle peut présenter avec d’autres verbes : (79) resont : traduit par assimilantur, ben like compris comme la 3 e p. pl. du verbe ressembler (forme non attestée) « ressembler » < lat. SIMILARE these ben the flatererys that by faire songe bringen aslepe the greet men in her synnes they ben lyke to a serpent that hath to his name ciren isti sunt adulatores (histriones) qui per pulcrum canticum sompn[o]lentant magnatos in suis peccatis ipsi assimilantur unum serpentem qui habet cirenus nomine Ce sont li losengier qui par biau chaunter endorment les grans en leur pechiés Il resont un serpens qui ont seraines a noun (f.-94r) (80) resont : traduit par resonent, sounen compris comme la 3 e p. pl. du verbe résonner (forme non attestée) « résonner » < lat. RESONARE For þer is oon manere of spekyngis of ydel wordes. Wherof these tunges ben so fulle that they speken by fore and by hynde whiche ben as clappes of a mylle that not hym self stylle And they sounen a speche curiouse of hem that so gladly counten tytyngis Quia unus est/ modus locucionum vanarum unde iste lingue sunt tam plene quod illi locuntur ante (coram) et retro qui sunt sicut […] molendini qui non se potest cistere Et si resonent unam loquelam curiosam de illo qui tam libenter computant (narrant) novas Car il sont unes paroles vaines dont ces langues sont si plaines que il parlent avant et arriere qui sont si com batiaus du molin qui ne se puet taire. Et si resont unes paroles curieuses de seuz qui tant volentiers content nouvelles (ff.-89r-v) (81) resont : traduit par sumunt, take compris comme la 3 e p. pl. du verbe résumer (forme attestée dans FEW 10, 327b) 518 « ressaisir, prendre de nouveau » < lat. RESUMERE In this synne be crysten men worse than sarracens qwyche wolde not swere ne suffer in no wyse that eny shulde swere so foule jhesu crist as doon the cristien they take hym more cruelli than the jewys that hym crucifieden. In isto peccato sunt cristiani pejores quam saraceni qui non jurarent neque dimitterent in nullo modo quod quis juraret tam turpiter jhesum cristum sicut faciunt cristiani ipsi sumunt magis crudeliter quam judei qui ipsum crucifixerunt En cest pechié sont crestien piour que sarazin que ne jureroient ne ne souffroient en nul manere que l’en jurast si vilainement jhesu crist com font li cristien. Il resont plus cruel que li juef qui li crucifierent (f.-100r) 5.1.2.3.1.2 Suffixes Une identification formelle du radical sans réelle prise en compte des suffixes peut aussi être observée pour certains substantifs, adverbes ou adjectifs. racine ; rainsseléz, rainssiaus ; raisin - Une confusion semble exister pour le traducteur entre racine (< RADICINA ) et rainssaus (< *ramuscellus, « petit rameau »), ce dernier étant à plusieurs reprises traduit par radix et rote (cit. 82, 83) ou laissé sans équivalent (cit. 84). 518 Pour la forme résumer, le FEW donne uniquement le sens de « reprendre (un objet qu’on a jeté) ». <?page no="190"?> 180 (82) the thridde branche of covetise is thefte that hat many […] Tertius ramus avaricie est rapina que habet multas radices La tierce branche d’averice est rapine que a mult de rainsseléz. (f.-58v) (83) And eche of thise rotis hym dividith in many maneris Of whiche the ferst rote that is usury hym dyvideth in many maneris that is to say in seven branches. Et quilibet istorum radicorum se dividit in multis modis Unde primus radix que est usura se dividit in multis modis hoc est dicere in septem frondes. Et chescun de ces rainssiaus se devise en mult de maneris. Dont le premier rainssiau qui est usure se divise en mult de maneres. c’est a dire en .vii. chions. (f.-53r) (84) These ben the […] that grawyn of the branchis of sacrilege. Isti sunt […] qui nascuntur de ramis sacrilegii. Ces sont lez rainsseléz qui naissent des branches de sacrilege. (f.-63v) Ces deux termes racine et rainssiaus semblent par ailleurs avoir tous deux été compris comme des variantes de raisin (< RACEMUS ), puisqu’ils ont été traduits en latin par racemus (« grappe »), erreur que le traducteur, ou le copiste de la version qui nous est parvenue, corrige en remplaçant racemus par radix (cit. 85) ou par rami (cit. 86) : (85) This vice is ful evel rote hoc vicium est unus nimis malus racemus radix Cest vice est .i. trop mal racine (…) (47r) (86) But specially and propirly of the rote of avarice springen many boughes that ben many greet synnes Set specialiter et proprie de radice avaricie ex crescunt multi racemi qui sunt multa grandia peccata Mes especiaument et proprement de la racine d’avarice issent mult de rainssaus qui sont mult grantz pechiés (f.-52v) Il identifie cependant correctement la forme lorsque le contexte qui précède lui donne une information suffisante pour le faire : dans la citation suivante, les rainssiaus sont explicitement définis comme prenant naissance sur des branches : (87) But in everyche of braunchis or boughes ben many smale braunchis Sed in quolibet istorum ramorum sunt multi parvi ramunculi Mes en chescun de ces branches a multz de petiz rainssiaus. (f.-28r) Nous pouvons observer ce même traitement du mot dans sa globalité plutôt que par une analyse de ses composantes morphologiques dans l’identification de certains adverbes, comme c’est le cas notamment de la marque morphologique adverbiale -ment (voir infra, 5.2.1.2.). Dans l’exemple suivant, perdurablement a été compris comme un adjectif : (88) And for that they good shulle in that day in body and in soule in lyf everlastynge Et propter hoc erunt boni in illa die in corpore et in anima in vita eterna Et pur ce seront li bon a celui jour 519 en corps et en alme en vie perdurablement (f.-23v) De même, lorsque la copie du texte français contient des formes erronées dans lesquelles les finales adjectivales -eux, -euse ont été ajoutées ou oubliées, le traducteur identifie la forme incriminée sans prise en compte de cette particularité : pereceus et outrageus sont 519 M-(20, §66) : et pour ce seront li bon a celui jour glorifié en corps et en ame. <?page no="191"?> 181 ainsi interprétés comme des équivalents de peresce et outrage tandis que douleur est pris pour l’adjectif doloreuse : (89) The secunde is slouthfulnes that is softnes of herte whiche is the couche to the devel where he hym restith and saith to man and womman Secundum est segnicies hoc est mollicies cordis que est cubile diabolo ubi ille se requiescit et dicit homini et mulieri Le secont est pereceus. c’est molté de cuer qui est la coute au deable ou il se repose. et dit a l’omme a la fame. (f.-47v) M (35, §28) : tendretez. (90) After alle these sorouful paynes of slouthe the devel gevith to hym the stroke mortal and put hym in to despeyre Post omnes istas dolorosas penas accidie sibi donat diabolus ictum mortalem et ponit ipsum in desperacione Aprés touz ses douleurs poines d’accide li donne le deable le cop mortel et le met en desperance (f.-51v) M (35, § 210 ) : dolereus. (91) To this synne perteyneth alle thinges by qwiche the flesshe sowith and desireth suche werke as be outrageous excesse of drynke and of mete and softe bedde and of gownes delicat and of alle kynde of restis of the body above mesure (out of nede) of nede Ad hoc peccatum pertinent omnes res per quas caro seminat et desiderat tale opus sicut sunt excessus potacionis et commestionis. mollis lectus robarum deliciosarum et omnium generum requiarum corporis ultra necessitatem A cest pechié apartinent toutes les choses par quoy la char sement 520 et desire tel oevre com sont li outrageus de boire et de mangier/ . li suoef lit/ . robes delicieuses et toutez maneris d’aiese de corps outre neccessité/ . (f.-73r) M (37, §81) : outrage. 5.1.2.3.2 Morphosyntaxe D’un point de vue morphosyntaxique, le traitement du nombre du substantif et du verbe est soumis à de nombreux tâtonnements, lors de la copie et dans le processus de traduction. Accord nominal et adjectival - Une tentative de régularité dans le traitement de l’accord nominal et adjectival par le scribe-traducteur se heurte à la présence dans le document de marques graphiques héritées du système bicasuel. Ce dernier est soumis à un certain flottement dans les textes dès le XIII e -siècle 521 et son utilisation n’est pas toujours cohérente dans les copies les plus anciennes de la Somme le Roi 522 . Nous pouvons d’ailleurs noter que les manuels d’enseignement du français en Angleterre ne font pas allusion au système bicasuel ou le traitent comme une particularité de certaines variétés de français ; c’est ce que fait le Tractatus, qui le considère comme trait picard, sans en comprendre le fonctionnement : 520 Lecture proposée : s’emeut (37, §80 : s’esmuet). 521 B URIDANT 2000 : §48 ; voir encore M ARCHELLO -N IZIA 1979 : 97. 522 Par exemple : Le quarte comandement est tiex. (M : 10, §38)-mais : Li huitiemes comandemenz est tiex (M : 10, §70) ; etc. <?page no="192"?> 182 (92) Item Romanica nomina dignitatis aut officii, que sunt singularis numeri, scribunt pluraliter in effectu, ut « lui papes de Rome, l’empereurs d’Alemaigne, lui rois d’Engleter et de France, lui chauncellers du seint peres, lui tresorerers mons. lui duques de Launcastre, lui recevours madame la roigne, lui sainz esperes vous garde » ; ubi vero Gallici sine s scribunt huiusmodi nomina singulariter, quod pulcrius et brevius est, ut « le pape de Rome, l’empereur de R., le Roy de l’Engleterre » et sic de ceteris. ( S TENGEL 1879 : 17 [nous soulignons]). L’Orthographia Gallica n’en fait pas mention, et donne comme règle pour former le pluriel d’ajouter un -s à la fin du mot : (93) L80 : Pro omnibus dictis signis in singulari debemus scribere es, as in plurali ( J OHNSTON 1987 : 17). Dans notre texte, la déclinaison bicasuelle est attestée, mais d’une manière très irrégulière. Le copiste a conservé dans certains passages des formes qui suivent les déclinaisons du système bicasuel, tant au niveau des marques graphiques (cit. 94) que des formes particulières du cas sujet issues d’imparisyllabiques latins (cit. 95) : (94) En cest pechié sont crestien piour que sarazin que ne jureroient ne ne souffroient en nul manere quant li consentementz certains et apensés i est. (17v) non mie en cele partie ou estoient li dampné qui estoient mort en leur pechiéz (f.-10v) C’est le deniers au deable (f.-36r) (95) Car qui se vante est apertement lierres deu et li veut (f.-90v) Ceus apele nostre sires sepuchres paintz deorrés (f.-39v) Mais de manière générale, le système mis en œuvre dans la copie de ce texte est un système qui oppose graphiquement les substantifs et les adjectifs quant à leur nombre - le -s final tenant le rôle de marque du pluriel - et non plus en fonction de leur cas : (96) Le secunde commandement (f.-9v) ; Le tiers commandement (f.-11r) ; Le quarte comandement est tiex. (f.-12v) ; etc. Le menteor est entre les hommes com le faus denier entre les bons (f.-96r) 523 (97) Se sont les articles de la foy crestienne (f.-18r) Toutez ces articles sont conues en la credo (f.-18v) 524 Il faut cependant noter des inconséquences dans certaines phrases présentant les deux systèmes de façon concomitante. Dans l’exemple suivant, la forme du déterminant et la désinence de l’adjectif sont conformes à celles attendues dans le système de la déclinaison bicasuelle, tandis que le substantif ne présente pas le -s du cas sujet : (98) Li premiers comandement que diex comanda (f.-9r) Accord verbal - Le problème du nombre touche non seulement les formes encore soumises aux règles de la déclinaison bicasuelle, mais aussi et surtout le traitement des troisièmes personnes du singulier et du pluriel, pour lesquelles les pronoms sujets il et cil ne présentent pas de marque du pluriel dans la langue du texte source 525 . 523 M (163, §96) : Li menterres est entre les hommes comme li faus deniers entre les bons. 524 M : Ce sont les article de la foi (107, §2) ; Tuit cist article sont contenu (107, §6). 525 G. Z INK indique le début du XIV e -siècle comme date de l’apparition du pluriel ils (1997 : 15). <?page no="193"?> 183 Dans la version française, on peut voir le scribe corriger le pronom démonstratif sujet pluriel cil en ciex : (99) But yit more synnen they that fulfyllen in the sonda and in festis in synnes and in lecheriis Sed adhuc magis peccant illi qui implent in die dominica et in festis in peccatis et in luxuriis Mes plus pechent cil ciex qui emploient le dimenche et les festes en pechiés et en lecheries (f.-12r) Cette correction nous indique que l’information du nombre est néanmoins pertinente pour le copiste, du moins en ce qui concerne certains pronoms. Il faut d’ailleurs noter que ciex n’apparaît à aucune autre occasion dans le manuscrit : il s’agit probablement d’une forme propre au scribe. Ainsi, cette absence de régularité dans la marque numérale des pronoms de 3 e personne n’aide pas notre scribe à identifier le cas de figure devant lequel il se trouve et peut entraîner un accord spontané du verbe avec le sujet qu’il identifie graphiquement, au mépris du contexte de la phrase : (100) And he that wil not obeye to hem that haven the charge of hym whan he techeth wel (good) that he shulde doo grevously synneþ Et ille qui non vult obedire eis qui habent curam ipsius quando ille docet bonum quod ipse tenetur facere graviter peccat Et cil qui ne veut obeier a ceux qui ont la cure de luy quant il ensegne le bien qu’il est tenuz a fere : griefment peche (f.-13r) 526 M (10, §43) : il enseignent le bien. Mais ce flottement ne se limite pas au problème d’absence de marque graphique du sujet et touche l’accord général du verbe, comme l’illustre l’exemple suivant dans lequel le dernier des verbes coordonnés ne porte pas, contrairement aux autres, la marque du pluriel : (101) The fyfte synne is whan the flatereris menteyne and hem excuse and hyden (or cover) the vices Quintum peccatum est quando adulatores defendunt et se excusant et cooperiunt vicia Le quinte pechié est quant lé flateur defendent et s’escusent et cuevre les vices (f.-93v). M (39, §65) : Li flateur desfendent et escusent et cuevrent les vices. Le tâtonnement et l’incohérence observés quant à l’accord nominal, adjectival et verbal dans la copie rencontrent, et peut-être appuient, les problèmes d’identifications du traducteur quant au nombre des éléments de la phrase. En effet, le traducteur ne comprend pas toujours les marques graphiques de la déclinaison qui subsistent dans le texte français. Ainsi, dans l’exemple suivant, les deux adjectifs larges et deboneres ont tout d’abord été traduits au pluriel en latin, interprétation corrigée comme l’indique la suppression par le traducteur des finales en -es : 526 Le syntagme verbal il enseigne se rapporte ici bien entendu à ceux qui ont la cure de luy, et non à luy. Le verbe devrait donc être au pluriel. <?page no="194"?> 184 (102) by whiche on is more naturelly than other or large or debonnaire or more gracious or wel temperide or wel ordeyned per quas unus est magis naturaliter quam alii vel largiores vel humiliores vel graciosior vel bene temperatus vel bene ordinatus par quoi li uns est plus naturelment que li autres ou larges ou debonneres ou gracieus ou bien a trempéz 527 ou bien ordennéz (f.-37r) De manière générale, la traduction est marquée par une prise en compte de la présence ou de l’absence de -s ou de -z finaux pour les adjectifs et les substantifs - le -s final étant généralement compris comme morphème du pluriel par le traducteur - et nous pouvons observer un tâtonnement lorsque cette marque est en inadéquation avec celle du verbe. Dans ce cas, il arrive que le traducteur traduise littéralement chaque élément selon qu’il apparaît singulier ou pluriel (cit. 103), mais généralement il choisit l’une ou l’autre des solutions (cit. 104, 105) et respecte dans les langues cibles l’accord entre le sujet et le verbe (cit. 106) : (103) These ben they […] that make that noo good man loven not to resceyve in to her service that is untrouthe Hec sunt […] que faciunt quod nullus bonus vir non amant recipere in eorum servicio hoc est infidelitas Ce sont taches de mavéz verganz 528 que font que nule preudomme n’aiment a recevoir en leur service cest desloiauté (f.-49r) (104) The fifte is in hem […] her sugettis by over greet procuracions or by overmuche oþer accions that they doo in many wyses These ben the wolfes that eten the shepe Quintus est in illis magnis prelatis that […] suos subditos per nimias magnas procuraciones vel per nimias alias acciones quas illi faciunt in multis modis Isti sunt ille lupus qui comedit oves Le quinte est en ceus granz prelaz qui escorchent et raiembent leur sougéz par trop grant procuracions ou par trop d’autres accions que il font en maintes manieris. Ci sont ly leu qui manguent les brebis. (f.-58v-59r) 529 (105) oon callith inhoneste whan þe service is doon by inhonestee cause or principally for spiritual thinge unus vocat dehonestatem quando servicia sunt facta (servicium est factum) per inhonestam causam vel principaliter propter rem spiritualem on apele deshoneste quant ly servises est fet per deshoneste cause ou principaument pur chose espirituel. (f.-65v) 530 527 Lecture proposée : atrempéz. 528 Leçon proposée : serganz (confirmée par M 35, §92). 529 La traduction latine au singulier peut se justifier, selon nous, par une identification par le traducteur d’une comparaison sous-entendue - les granz prelaz sont com ly leu - sur le même modèle des citations suivantes : they ben as the cokkowe that can not synge but of hym self.- ipsi sunt sicut cuculus qui nescit cantare preter de se ipso/ il sont com le cucu qui ne siet chanter fors de soy. (f.-91r) they ben also as adunbitel that in th’ordure of man maketh his nest hii sunt similiter qui […] qui in stercore hominis facit suum nidum Cil sont aussi com la huppe que en ordure d’omme fet son ni (f.-95r) 530 Pour une explication de la présence de traductions cumulatives, voir chapitre 4 (4.2.3). <?page no="195"?> 185 (106) god yaf licence to the feende to entre in to hogges and whan they were entrid they drowned theym in the see deus dabat licenciam diabolo intrandi in porcos et quando fuerant intrati ille i eos submergebant in mari diex done 531 congié au diable 532 d’entrer es porciaus et quant ifurent 533 entré : il les noierent en la mer. (f.-76v) Il est fréquent que dans ses tâtonnements le traducteur soit guidé par la finale du sujet, suivant une interprétation découlant d’une analyse généralement linéaire. C’est-à-dire que s’il identifie en effet le -s final du substantif comme marque du pluriel, et se situe donc dans un système qui n’est plus celui de la déclinaison bicasuelle, il ne prend pas en compte les informations morphologiques du nombre contenues dans la forme verbale : (107) These vices leden aman in to shame (…) These synnes dyvyden hem aftir saint gregore in fyve maneris Hec vicia ducunt hominem pudorem. (…) hec peccata se dividunt secundum sanctum Gregorium in quinque modis. Cist vices moine homme a honte (…) Cist pechiéz se divise selonc seint g[r]egoires en .v. maneres. (f.-78r) Dans cet exemple, le traducteur a interprété à deux reprises le syntagme verbal singulier comme un pluriel - le contexte nous indiquant qu’il s’agit ici de la gloutonie--, ayant certainement été induit en erreur par les -s et -z finaux du cas sujet de la déclinaison bicasuelle. Cette absence de prise en compte des désinences verbales ne se limite pas aux verbes réguliers formant la troisième personne du pluriel en -ent, mais est aussi attestée pour des verbes irréguliers comme avoir, être et aller, ce qui exclut une mauvaise analyse graphique de la désinence. Ainsi, dans les exemples suivants, la forme verbale fu a été traduite par un pluriel (cit. 108) tandis que ont est rendu à deux reprises par un singulier (cit. 109, 110) : (108) that is to wite pride covetyse malice and othir deedes evel of whiche me knowith wel openly that the trees were never good and that alle was fantasie and ypocrisie that ever he had byfore shewyd hoc scire 534 superbia. avaricia malicia et alia facta mala ex quo quis cognoscit apertequod ille arbores non fuerunt unquam bone et quod totum fuit fantasma et ypocrisia quantum ille antea monstravit C’est assavoir orgueil. avarice. malice et autres fetz 535 mauvés a quoi l’en conoit apertement que li abres ne fu unqes bons et que tout fu faintisie et ypocrisie quanque il avoient devaunt mostré. (f.-40v) (109) Aftir assentenge comyth desire and greet ardure that he hath of synnynge. Post consensum venit desiderium et magnus fervor quod ille habet peccandi. Aprés le consentement vient le desirrier et le grant ardure que il ont de pechier. (f.-72r) 531 M (38, §10) : dona. 532 M (38, §10) : es deables. Le contexte demande en effet ici un substantif pluriel. 533 Lecture proposée : i furent. 534 Leçon proposée : hoc est scire. 535 M (32, §669) : fruiz. <?page no="196"?> 186 (110) But thou owest to knowe that ther is oo wrathe the whiche is vertu that a good man hath ayenst the shrew. Sed tu debes scire quod est una ira que est virtus quam bonus homo habet contra malum. Mes tu dois savoir que il est ugne ire qui est vertu que preudomme ont en contre le mal. (f.-45r) 5.1.2.4 Syntaxe Pour analyser le traitement syntaxique des phénomènes caractéristiques de la langue source par le traducteur, nous avons choisi des éléments qui se modifient au cours de l’évolution de l’ancien au moyen français 536 . 5.1.2.4.1 Pronom sujet en position disjointe Un problème lié à la transformation du système morphosyntaxique français au fil des siècles concerne le domaine des pronoms personnels atones et toniques. Dans cette évolution, le pronom sujet cesse de pouvoir être employé en position disjointe du verbe et devient clitique. Dans ce cas de figure, la forme tonique régime prend peu à peu le relais dans un processus déjà amorcé en ancien français. Nous pouvons voir à plusieurs occasions dans notre traduction que lorsqu’un pronom sujet faible est séparé du verbe par une apposition, cette formulation n’est pas comprise par le traducteur et est transformée afin de rapprocher le sujet d’une forme verbale. Dans l’exemple suivant, le pronom sujet il est disjoint du verbe mue, séparé de celui-ci par la proposition a chascun coulour que il voit : (111) So dooth the lyer/ wherfore he is also as the camelion that lyveth by the aire and hath noght in his bowelle but/ wynde and that he hath every colour […] ad instar (similiter) facit mendax/ unde ipse est similiter ut est […]qui vivit de aere et non habet aliquid in suis visceribus preterquod ventum et quod ille habet quemlibet colorem quem ipse videt […] aussi fet le menteor dont il est aussi com le camelion qui vit del air/ et n’a nient en ces entrailles fors vent et que il a chescun colour que il voit mue la sue/ . (f.-97r) Cet emploi particulier du pronom sujet atone de même que l’absence de ponctuation encadrant l’apposition induisent notre traducteur en erreur. Il identifie ainsi la préposition a comme une forme conjuguée du verbe avoir, il a. Dans la phrase suivante, le pronom sujet il est coordonné à un pronom, autre, faisant lui aussi office de sujet. Il se trouve donc ici en position disjointe du verbe : (112) ceus qui par douns (…) font tant qu’il ou autres soient esleu aus dignités de seint eglise (…). Le copiste semble ne pas pouvoir accepter ou comprendre cet usage et détourne donc la formulation. Il a certainement réinterprété la forme ou en on et l’a corrigée pour la transformer en une forme verbale : 536 La question des démonstratifs, qui eux aussi subissent une modification dans le temps, sera traitée en détail dans le chapitre suivant. <?page no="197"?> 187 (113) hem that by yifte or by promisse or by prayeris […] make somuche that they […] dignitees of holy chirche illis qui per dona vel per promissiones vel per deprecaciones […] faciunt tantum quod illi habent […] dignitates sancte ecclesie ceus qui par douns ou par proumesses ou par prieres armees ou charnex font tant qu’il ont 537 autres soient eslevaus 538 dignités de seint eglise (f.-64r) Nous ne pouvons cependant pas savoir si la version était déjà corrompue dans son modèle. Le cas échéant, sa connaissance du français semble ne pas lui permettre de corriger cette formulation. En revanche, les tournures dans lesquelles le sujet est séparé du verbe par l’adjectif meismes sont correctement identifiée et traduites : (114) And so muche hym sourmountith that sorowe that what somever oon saith to hym or what ever that he here or seeth alle noyeth hym to lyve so that he hymself hatith and desireth his deeth. Et tantum se supergreditur illa tristicia quod quantumcumque unus ei dicit vel quodcumque ille audit et quodcumque ille videt omnia ei nocent vivere sic quod ille semetipsum odit et desiderat suam mortem. Et tant le seurmonte cele tristrece que quanque on li dit ou quanque il oit et quanque il [v]oit tut li anui de vivre si que il meismes se het et desire sa mort (f.-51v) Il existe dès l’ancien français une concurrence entre formes faibles et pronoms régimes forts pour les cas d’utilisation en positition disjointe 539 . Cette coexistence persiste en moyen français. Ch. M ARCHELLO -N IZIA (1979 : 184) fait une différence quant à la fréquence des diverses solutions selon les contextes morphosyntaxiques concernés : les cas où le sujet est séparé du verbe par une apposition bénéficient encore vers le milieu du XIV e - siècle d’une dominance des formes faibles, tandis que les formes fortes sont majoritaires à cette même époque dans les cas de coordination de plusieurs sujets. Aucune de ces structures n’est comprise par le traducteur. À l’inverse, la formule comportant un pronom sujet faible suivi de meismes, que notre traducteur identifie correctement, est encore attestée au milieu du XV e -siècle et est conseillée par P ALSGRAVE (1530 : The The thirde boke, The Pronowne, ch. xvi, f.-105v). 540 Ces datations et leur correspondance partielle avec ce que nous observons dans notre traduction pourraient parler pour une connaissance d’une langue vivante ancrée synchroniquement dans l’époque de l’élaboration de cette traduction. Cependant, et nous le verrons en détails dans le chapitre suivant, il est probable qu’il s’agisse du phénomène plus général de la distance que ces formulations induisent entre le sujet et le verbe, à tel point qu’en cas d’absence de sujet, tout terme apposé au verbe est susceptible dans la réception du traducteur de remplir cette fonction (voir chapitre suivant, 6.3.2.). 537 Leçon proposée : qu’il ou autres (confirmée par M 36, §147). 538 Lecture proposée : esleu aus (confirmée par M 36, §147). 539 B URIDANT 2000 : §348. 540 Voir M ARCHELLO -N IZIA 1979 : 181-2. <?page no="198"?> 188 5.1.2.4.2 Complément de nom (115) Le complément déterminatif absolu placé immédiatement après le substantif complété existe encore en moyen français, et il n’est pas exceptionnel ; il est cependant fortement concurrencé par la construction en de essentiellement, et par celle en à accessoirement, selon les textes ( M ARCHELLO -N IZIA 1979 : 318-9). Malgré la concurrence que décrit Ch. Marchello-Nizia, les constructions déterminatives absolues sont correctement identifiées par le traducteur : (116) therfore he that sweret with outen reson the [n]ame of oure lord and for nought propter hoc qui jurat sine racione nomen nostri domini et pro nichilo pur ceo qui jure sans reson le noun nostre seignur et pur nient. (f.-10r) Même dans les cas plus ambigus, c’est cette dernière fonction qui est privilégiée dans la traduction 541 : (117) For that þat they bileve more than they aughte as doon the divynours et wycches et charmeresses that werken by þe craft of þe devel. propter hoc quod illi credunt plus quam illi non debent sicut faciunt incantatores et sortilegi et aruspices qui operantur per artem diaboli. Du 542 pur ce que il croit plus que il ne doit com font lé devinoer et les sorciers et les charmeresses qui oevrent par art deable. / (f.-30v-31r) M (32, §249) : art de diable. Il est probable que dans tels cas, le traducteur soit aidé par l’existence en latin médiéval d’une formule similaire (cf.-Artes diaboli « magie », DMLBS s.v. ars). Nous pouvons noter que notre traducteur étend - dans son interprétation du texte français et certainement sur le modèle latin - cette construction à toute forme d’apposition de substantifs, que le syntagme nominal déterminatif soit un animé ou un inanimé - classe pour laquelle cette construction n’est pas employée, sauf à de très rares exceptions 543 : (118) othir that for moneye and for temporel profit submitten hem to crafte of inhoneste. that may not be doo with owte synne alii qui pro denariis et pro commodo temporali se humiliant (subiciunt) ad misteram inhonestatis que non potest esse facta sine peccato d’autres qui pur deners et pur preu temporiel s’abandonnent a mestier deshonesté qui ne puet estre fet sans pechié (f.-69r) Il est malaisé, après ce tour d’horizon de quelques phénomènes saisissables quant à la réception de la langue par le traducteur, de discerner un état de langue clairement délimité et localisé. Il est certain que la production et la réception graphique s’inscrivent dans une tradition anglo-normande. En revanche, en ce qui concerne l’aspect diachronique, si certains éléments semblent en effet absents des connaissances linguistiques du traducteur, d’autres 541 Diable est attesté comme adjectif dans TL (sv. diable, 1904). On le trouve d’ailleurs plus loin dans le texte traduit dans un emploi adjectival : whan a man is malicieux and so develych that he douteth not enywise to doo oo greet dedly synne and horrible quando homo est maliciosus et sic diabolicus quod ille non dubitat omnino facere unum magnum peccatum mortale quant li hons est malignez et si deable que il ne redoubte pas a fere .i. grant pechié mortel (f.-65v) 542 Leçon proposée : ou (confirmée par M 32, §230). 543 Voir B URIDANT 2000 : §59. <?page no="199"?> 189 nous indiquent des particularités contradictoires ; nous verrons dans le chapitre suivant que sa réception des pronoms personnels et des démonstratifs ne s’insère que partiellement dans un état de langue du moyen français. Pour mieux comprendre les particularités qui naissent sous la plume du traducteur, il est selon nous nécessaire d’inscrire ces traits particuliers dans un mouvement plus général des mécanismes de réception de la langue. Nous avons vu que le problème de l’identification du nombre dépassait la seule méconnaissance du système bicasuel par le traducteur et s’inscrivait dans une dynamique de lecture linéaire de la phrase. Plusieurs particularités vues plus haut attestent le même phénomène d’identification des formes dans leur apparence générale, qu’il s’agisse de la souplesse affixale ou de la neutralisation des oppositions graphiques spécifiques à l’anglo-normand. Nous pensons que le profil du traducteur est marqué par une analyse souple dans sa démarche de reconnaissance formelle, ainsi que par une tendance à la comparaison interlinguistique et intralinguistique. Il s’agirait d’une lecture générale : le mot est autant identifié d’après sa forme globale et/ ou son radical que par sa contextualisation dans la phrase. Cette réception peut particulièrement être observée dans le traitement par le traducteur de certains phénomènes délicats. 5.2 Exemples de phénomènes délicats Les exemples particuliers que nous allons traiter maintenant sont des morceaux choisis. Il s’agit d’observer le traducteur à l’œuvre pour des phénomènes délicats de la langue source, comme le sont le problème de la polyvalence fonctionnelle de certains éléments, leur perte de sémantisme au profit d’un rôle grammatical ainsi que de la question de l’identification du référent dans le cas d’indéfinis. 5.2.1 Classes grammaticales transverses (119) L’ancien français présente des classes de mots qui peuvent se regrouper autour des constituants majeurs de la proposition, soit le syntagme nominal et le syntagme verbal, ou autour des éléments articulant des proposition. Cependant, ces classes sont souvent « transverses », offrant la particularité, bien plus largement qu’en français contemporain, de transgresser les catégories grammaticales figées et fixées par la tradition grammaticale héritée du latin, exploitées au maximum de leurs possibilités dans une « grammaire floue », au gré des exigences de la communication et des impératifs formels ( B URIDANT 2000 : §25). La grammaire floue telle que la dépeint Cl. Buridant dans cette citation pose le problème de l’identification de la fonction des éléments composant la phrase. L’absence de désinence ou de marques morphologiques permettant de distinguer les divers emplois d’un même élément nécessite le recours à une analyse syntaxique de la phrase, à savoir l’ordre des mots et l’entourage morphosyntaxique. <?page no="200"?> 190 5.2.1.1 Infinitif L’utilisation de l’infinitif en ancien français est marquée par une forte tension entre le plan nominal et le plan verbal 544 . En ce qui concerne la distinction entre l’emploi verbal de l’infinitif et son emploi substantival, le traducteur identifie correctement la fonction de l’infinitif lorsqu’elle ne porte pas à confusion. Ainsi, dans les cas où l’utilisation de l’infinitif tend du côté verbal, le traducteur les rend dans les langues cibles par un infinitif (cit. 120) ou par le gérondif (cit. 121, 122) : (120) For also lyke as it is noo synne to have richesses but the overmuche and gret love so is it not in nowyse synne to ete good metis but to ete hem over gredyly and hastily or to muche inordinatly. Quia similiter sicut illud non est peccatum habere divicias sed eas nimis amare/ sic non est omnino peccatum comedere bonas dapes sed comedere eas nimis ardenter vel nimis inordinate/ Car aussi come ce n’est pechié d’avoir richesses mes de lez trop amer. aussi n’est pas pechié de manger les bones viandes. mes de manger lez trop ardaument ou trop desordenement (f.-84r) (121) Ferst braunche wher thurghe man synneth in etynge byfore th’oure it is fulle unwys thyng of aman that hath age whan he may abyde th’oure to ete Primus ramus unde quis peccat in comedendo ante horam est nimis fatua res/ hominis qui habet etatem quando potest expectare horam comedere La premier branche dont l’en peche en mangier avaunt eure est trop laide chose d’omme qui a eage quant puet attendre eure de manger (f.-78r) (122) […] Et debes scire similiter sicut qui peccant in nimis mane comedendo. sic similiter peccant qui in nimis tarde cenando/ Et dois savoir ausi come l’en peche en trop matin manger/ : aussi peche l’en en trop tarde soper/ . (f.-79v) Il semble cependant connaître l’emploi substantival, comme l’indiquent plusieurs exemples dans lesquels l’infinitif est traduit par un substantif en latin ainsi que, dans certains cas, en anglais : (123) And he oughte to restrayne and to refrayne as muche as he may not enywise hem to norisshe ne to seche ouþer by unmesurabilnes of drynke or of etynge or by evel thynkynges over longe holden by evel touchynges Et debet quis restringere et refrenare tam sicut quis potest non omnino eas nutrire neque adquirere vel per briam 545 potacionis vel comestionis vel per malas cogitaciones nimis diu tentas per malas palpaciones Et doit l’en restraindre et refraindre tant com l’en puet non mie lez norrier ne purchacer ou par outrage de boivre ou de mangier ou par mauveses pensees trop longument tenues par mauvéz atouchemens. (f.-14v) (124) that is to wyte in the synne of glotenye that is synne of the mouthe in drynkynge and in etynge/ videlicet in peccato gule quod est peccatum oris in potacione et in comestione/ 544 Voir B URIDANT 2000 : §244, 2006 : 70. 545 Voir annexe 3, f.-14v. <?page no="201"?> 191 C’est assavoir ou pechié de glotonie qui est pechié de bouche en boire et en mangier/ / (f.-76r) (125) The first is to hym self For whan wrathe berith up man she tourmentith the soule and the body so that man may not slepe ne reste in eny tyme it takith from hym drynke and mete and makith hym to falle into suche a fever or in suche sorowe that he takith. He is a fole that wasteth alle the goodes of the Primum est sibi ipsi Quia quando iram supra portat homo illa 546 tormentat animam et corpus sic quod homo non potest dormire neque quiescere aliquo tempore. sibi retrahit potum et idulium et ipsum facit cadere in talem febrem sive in talem tristiciam quam ipse capit hoc est unus insipiens qui vastat omnia bona 547 La primier est a soy mesmes. Car quant ire seur porte homme ele le tormente l’ame et le cors si que l’omme ne puet dormir ne reposer aucune fois li oste le boire et le mengier et le fet choer en tel fievre ou en tele tristrece qu’il enprent 548 . (f.-45v) (126) for this oon redith in mete tyme in this religions/ for that whan the body takith his sustinaunce of oo parte/ the herte may take his . on the tothir party propter hoc legit unus in prandio in his reli[gi]onibus propter hoc quando corpus capit suum victum ex una parte/ cor recipit suum ex altera parte pur ce lit on a manger en ces religiens. pur ce quant le corps prent sa viande d’une par/ le quer repregne la seue d’autre part. (f.-84v) Dans l’exemple suivant 549 , le traducteur hésite entre emploi nominal et emploi verbal, l’une et l’autre interprétation pouvant d’ailleurs se justifier 550 . (127) This bronche dividith hym into seven sprayes./ Wherof the ferst is stryf the secunde chidynge. the þridde dangerouste. The fourte evel wrethe. The fyfte : reprevynge or undernemynge the sexte is manasynge The seventhe discord to areyse. Iste ramus se dividit in septem ramunculos, Unde primus est contencio Secundus objurgare Tercius dangerositas Quartus mala ira Quintus improperacio vel reprobacio Sextus est minacio Septimus discordiam resuscitare Cest branche se devise en .vii. reinselez. dont la primer est estriver. Le secont. tencier. Le tierce le dengier. Le quart maus ire. Le quinte. repreucher ou reprouver Le siste menacier. La .vii. me descorde susciter. (f.-101r) M (39, §147) : li tierz ledengier, li quarz maudire. Cette identification de la fonction de l’infinitif semble dictée non par une connaissance fine du système linguistique, mais par le contexte. Si nous n’avons pu trouver de systématique pour la traduction de l’infinitif dans son emploi substantival ni de constante en ce qui concerne les structures syntaxiques dans lesquelles il est attesté, nous avons cependant pu dégager certaines tendances quant à son entourage morphosyntaxique. Ainsi, dans un contexte où l’infinitif apparaît coordonné avec des substantifs, celui-ci va être identifié comme appartenant à cette même classe : 546 Correction par le scribe : ipsum biffé. 547 Correction par le scribe : domus biffé. 548 M (34, §27) : que il en prent la mort. 549 N ISSILLE 2000 : 93 ; repris par K RISTOL 2001a : 162, voir encore B URIDANT 2006 : 70. 550 On peut noter que le verbe ledengier a été, à la copie, graphié en segments graphiques disjoints pour former un syntagme nominal le dengier (< *dominiarium) et interprété de la même façon lors de la traduction. <?page no="202"?> 192 (128) In this commandement es forboden raveyn and usury and deceyt to othir to have his goodes In hoc mandato est prohibitum rapina et usura et fraudulencia alteri propter sua habenda En cest commandement est devee rapine et usure et baretter autrui pur le sien avoir (f.-15v) De même, le choix de traduction tend majoritairement vers le substantif lorsque l’infinitif est précédé d’une préposition (autre que en et de, qui sont souvent suivis d’un infinitif ou d’un gérondif) : (129) But wrethe or indignacione that passith lightly with oute wil of fulfillynge and consentynge to noye ony is not in no wise synne dedly Sed ira vel indignacio qui preterit leviter sine implecione voluntate et consensu nocendi alteri non est omnino peccatum mortale Mes ire ou indignacion qui passe legerment sans parfere volunté et consentement de nuire autrui n’est pas pechié mortel. (f.-14r) (130) In this commaundement to us it is forboden þat noon lye not ne hym forswere noþer in doom ne out of doom to the hurt of eny In isto precepto nobis est prohibitum quod ullus non mencietur neque se perjuret nec in judicio nec extra judicium ad nocumentum alicujus En cest commandement nous est devee qui l’en ne mente ne s’en parjure ne en jugement ne hors jugement pur nuire a autrui (f.-16r) 5.2.1.2 Adverbe Les adverbes sont un terrain très fertile pour les tâtonnements, puisqu’il s’agit d’une classe de mots constituée de formes issues de différentes évolutions, parfois irrégulières : il s’agit pour certaines de formes morphologiquement marquées par leur fonction, comme les dérivés en -ment, mais aussi de formes appartenant initialement à une autre classe (adjectifs, voire substantifs) et bénéficiant d’un emploi adverbial 551 . Leur syntaxe n’est pas clairement définie, ce qui rend malaisée leur identification au premier coup d’œil. Ces différentes caractéristiques favorisent les interprétations erronéees et induisent des pirouettes syntaxiques plus ou moins heureuses. Comme pour l’infinitif, c’est donc ici aussi le contexte - sémantique et morphosyntaxique - qui semble guider le traducteur. Un exemple représentatif est selon nous le lexème bien, pouvant être à la fois substantif et adverbe, voire adjectif dans la tradition graphique anglo-normande 552 . Dans notre traduction, cette forme est du reste interprétée selon chacune de ces trois fonctions, parfois de manière erronée. Bien est généralement traduit de façon adéquate comme adverbe lorsqu’il est précédé ou suivi par un verbe conjugué dont il précise le sens : 551 Voir B URIDANT 2000 : §168, §406. 552 L’AND2 propose, dans l’article bon adj., une variante ben-qui se retrouve dans les formes attestées pour bien adv. : bon, ben, beon, boen, boon, boun, buen, bun (sv. bon) bien, been, bein, beien, ben, biene, bin, bine, biens (sv. bien). <?page no="203"?> 193 (131) And wel knowe to whom they perteen and them wole not yelde Et bene sciunt quibus illa pertinent et non ea volunt reddere Et bien sevent a qui eles sont et ne les vuelent rendre (f.-57v-58r) (132) Ther is noon so good aman if he taketh vel seeth hede wel his deedes that ne shal fynde ynowgh to say alle day in his confessione. Non est ullus tam bonus homo si ille respicit bene sua facta qui non inveniet satis ad dicendum omnibus diebus in sua confessione. N’est nul si preudomme se il veoit bien sez féz 553 qui ne trove asséz a dire touz les jours en sa confession. (f.-50r) (133) These ben ful unwys Isti sunt bene insipientes Cist sont bien sot. (f.-40r) En retour, bien est toujours compris et traduit correctement comme substantif lorsqu’il est accompagné d’un déterminant (adjectif ou article) : (134) For they cooveren the synnes and drytte of riche men for som temporel good wherfore they ben wel lykkned to the tayle of […] Quia illi cooperiunt peccata et stercora divitum hominum propter aliquod bonum temporale unde ipsi sunt bene comparati ad caudam […] Car il cuevrent les pechiés et les ordures de riches hommes pur aucun ben temporiel dont il sont bien comparee au queue de goupille (f.-93v-94r) (135) These thre maner of goodes that man hath of god ben the goodes of nature fortune and of grace Isti tres modi de bonis quos homo habet ex deo sunt bona nature fortune et gracie Ces .iii. maneris des bens que li hons a de dieu sont les biens de nature de fortune et de grace. (f.-36v) Par contre, dans les cas où le contexte est moins clairement défini, il est fréquent que le traducteur attribue à bien une fonction différente de celle que cet élément remplit en français. Ainsi, lorsque bien substantif 554 n’est pas accompagné d’un déterminant, il arrive qu’il soit traduit par un adverbe : (136) For whan þe man is rebelle to alle hem that wolde hym good Quia quando homo est rebellis omnibus illis qui bene sibi volunt Car quant li hons est rebellez a toutz ceus qui bien lui vulent./ (f.-34v) (137) For he bakbytith and discoverith every day som pece of the goodes that he herith of othir For whan oon seith wel of eny by fore hym alday he this fyndith and puttith som blame./ Quia ille detrahit et descooperit omni die aliquam peciam de bonis que ille audit ex (de) alio Quia quando unus dicit bene de aliquo ante ipsum (coram ipso) omni die ipse invenit et ponit unum malum 553 M (35, §149) : defaut. 554 Un emploi adverbial ne se justifie pas, selon nous, dans ces deux exemples. En effet, il est fréquent en ancien français que bien soit, dans des syntagmes similaires à ceux que nous donnons ici en exemple, accompagné d’un article, ce qui indique sa fonction substantivale : ainsi, à côté de voler bien a (AND2, s.v. voler 2 ), on trouve voloir le bien de (AND2, s.v. apetizer) ; voir encore dire, parler (le) bien (de) (AND2, s.v. bien). Dans les cas où bien est considéré comme adverbe par la lexicographie, le sens est différent de celui qui est attesté ici : dire bien « avoir raison » ; voloir bien « être d’accord » (TL, s.v. bien adv.). <?page no="204"?> 194 Car il detrait et descuevre 555 touz jours acune piece des biens que il ot d’autrui. Car quant un dit bien d’autrui : devant lui tout jour itruve et imet 556 un mal 557 . (f.-95v) De même, lorsque l’adverbe est suivi d’un infinitif ou d’un participe passé ou présent - tous trois pouvant appartenir à la classe verbale ou à la classe nominale 558 --, et précédé d’une préposition, il est fréquent qu’il soit considéré comme un adjectif (cit. 138, 139) ou un substantif (cit. 140) 559 : (138) […] he male societates quas ille potator ille luxuriosus in aliis malis que ipsi faciunt peccant. quod est proprium diaboli quando illi retrahunt de bono opere/ ipsi dicunt quod illi non possunt jejunare sed ipsi menciuntur Lé mauveses companies que cil beveur cil lecheur en lez autres maus que il font .i. pechié. qui est proprement au diable 560 . quant il retraient de bien fere. il dient que il ne pouent jeuner mes il mentent (f.-79r) (139) For whan they seen that he or she whom they wole prayse of wel sayinge or of good dede : anon they shal say to hym self.-but to that that they han vayn glorie/ Quia quando illi vident quod ille vel illa quem volunt adulari de bona locucione vel de bono facto : statim illi dicent ad ipsum met Sed propter hoc quod ille haberet vanam gloriam. Car quant il voient que cil ou cele que il vulent loer 561 a ben dit ou bien fet tantost lui dient a lui meismes. mes pur ce que il ait vaine gloire/ . (f.-92v) (140) And other ther be also as[…] that blosomen in wel profitynge to god or to the world and hem […] he […] and to destruy with his myght. 555 Lecture proposée : descueure. M (39, §87) : recope : « diminue ». Il s’agit ici certainement du verbe decure (AND2), dont une des signification est « diminuer, affaiblir ». 556 Lecture proposée : i truve et i met. 557 M (39, §88) : un mes. 558 L’interprétation d’un participe passé en tant que substantif apparaît à une autre occasion : they have lordshipe upone the body. that is disciplines and doctrines. So that he asketh noon excesse. and dooth that the spirit commaundeth withe oute grucchynge Hi habent dominacionem super corpus id est disciplinas et doctrinas sic quod ille non petit nullum excessum et facit hoc quod spiritus sibi precipit sine murmuracione Cil ont seignourye sus le corps qui est deciplinéz et doctrinés si que il ne demande nul outrage et fet ce que ly espiris li commande sanz murmure (f.-83r) 559 Cette hésitation peut même s’exprimer par un choix différent non seulement dans les diverses attestations, mais aussi entre les deux langues cibles-pour le même passage : On the soule byhalve clere witte for to understonde good for to fynde goode good mynde for to holde good thynge Ex parte anime. clarum ingenium propter bonum intelligere propter bonum invenire bona memoria propter bene retinere De par l’ame. cler senz pur bien entendre pur bien trover / [f.- 37r] bone memoire pur ben retenir/ . (ff.-36v-37r) Le traducteur a choisi de rendre bien à deux reprises par un substantif, puis par un adverbe lors de la troisième occurrence. De plus, dans cette dernière occurrence, le syntagme verbal ben retenir a été traduit en latin par adverbe + infinitif, alors qu’en anglais il est rendu par infinitif + substantif.-Le changement de folio peut bien sûr avoir influencé ces choix, ou en tous cas avoir empêché la cohérence. 560 M (38, §51-2) : car il leur fet brisier leur jeunes et faire leur gloutonnie dont il se guardessent se ne fussent les mauveses compaignies ; car cil beveur et cil lecheur, entre les autres maus que il font, il font un pechié qui est proprement mestier au deable. 561 M (39, §55) : chuer (variante : chuffler). <?page no="205"?> 195 Alii sunt eciam sicut […] qui florent in bono proficiendo deo vel seculo et illos […] ille […] et destruere cum sua potestate. Li autre sont aussi com enespi 562 qui florissent en bien prophitant au dieu ou a secle et ceus rebee il a honnir et a destruire a son povoir. (f.-43v) Les adverbes en -ment, dont la fonction est morphologiquement identifiable, sont eux aussi analysés d’après le contexte morphosyntaxique. Dans ce cas, le traducteur ne prend pas en compte l’information morphologique apportée par l’élément à traduire (comme nous l’avons déjà vu pour les affixes). Ainsi, certains adverbes ont été traduits par des équivalents substantivaux ou adjectivaux, lorsqu’ils présentent les caractéristiques de l’un ou l’autre de ces éléments, c’està-dire qu’ils sont positionnés entre le verbe être et un substantif (cit. 141) ou lorsqu’ils suivent ou précèdent un substantif (cit. 142, 143) ou un élément pouvant être interprété comme tel, à l’image d’un infinitif (cit. 144) : (141) […] he male societates quas ille potator ille luxuriosus in aliis malis que ipsi faciunt peccant. quod est proprium diaboli quando illi retrahunt de bono opere/ ipsi dicunt quod illi non possunt jejunare sed ipsi menciuntur Lé mauveses companies que cil beveur cil lecheur en lez autres maus que il font .i. pechié. qui est proprement au diable 563 . quant il retraient de bien fere. il dient que il ne pouent jeuner mes il mentent (f.-79r) (142) And for that they good shulle in that day in body and in soule in lyf everlastynge Et propter hoc erunt boni in illa die in corpore et in anima in vita eterna Et pur ce seront li bon a celui jour 564 en corps et en alme en vie perdurablement (f.-23v) (143) I brynge to hem a worship that I aught to brynge to god alone ego eis apporto unum de honoribus quem ego deberem portare deo soli je leur porte unes des honeurs que je doy porter a dieu seulement. (f.-99v) (144) Ferst in folyly seynge. After in folily spekynge Aftir in folysshe touchinges. After in fonnyssh kyssyngis.Aftir he comith to the dede : of folyly beholdynge oon comith to the speche. and fro spekynge. to touchynge. And fro touchynge in to kyssinge. an fro kyssynge to the dede. Primo in fatua tuicione (visione) Postea in stulta locucione Postea in stultos tactus postea in stultis osculis postea venit ad factum de respectu stulto venit unus ad loquelam. et de loqucione ad tactum et de tactu ad osculum et de osculo ad opus (factum). Premerment en fol regarde. Aprés en folement parler. Aprés en fols atouchemens. Aprés en fols baisers. aprés vient au fet du regarder folement vient on au parler et du parler au touchier et de touchier au beiser et du beiser au fet. (f.-71r) À l’inverse, certains substantifs et adjectifs, apparaissant quant à eux après un verbe, ont été compris comme des adverbes : 562 Lecture proposée : en espi (confirmée par M 33, §75). 563 M (38, §51-2) : car il leur fet brisier leur jeunes et faire leur gloutonnie dont il se guardessent se ne fussent les mauveses compaignies ; car cil beveur et cil lecheur, entre les autres maus que il font, il font un pechié qui est proprement mestier au deable. 564 M-(20, §66) : et pour ce seront li bon a celui jour glorifié en corps et en ame. <?page no="206"?> 196 (145) That is whan man light in senne and felith the temptacions of the devel and of his flesshe that hym assaylen and folowyn wykkidly nother wole left up his hed stedefastly to god by contricione. nothir crye out by confessione ne holde out his handis by satisfaccione hoc est quando homo jacet in peccato et sentit temptaciones diaboli et de sua carne que ipsum impugnant et prosequntur 565 maligniter 566 neque vult levare caput firmiter ad deum per contricionem neque clamare euax per confessionem neque extendere manus per satisfaccionem C’est quant li hons gist en peché et sent les temptacions au deable et de sa char qui la saillent 567 et persuie mauvestié ne veut lever chief ferme a dieu par contricion. ne crier harou par confession ne tendre les meins par satifaccion (f.-48v) 568 (146) they take hym more cruelli than the jewys that hym crucifieden. ipsi sumunt magis crudeliter quam judei qui ipsum crucifixerunt Il resont 569 plus cruel que li juef qui li crucifierent (f.-100r) Dans ce dernier exemple, le verbe resont n’a pas été reconnu en tant que forme préfixée du verbe être, mais considéré comme signifiant « se saisir » (voir supra). Cette forme passant ainsi de verbe intransitif à transitif, la forme originellement adjectivale cruel se doit d’être transformée en adverbe de manière, déterminant ainsi le verbe transitif.- Ainsi, nous pouvons voir que même lorsque les adverbes ne laissent pas de doute sur leur nature, comme c’est le cas des formes en -ment, ceux-ci peuvent néanmoins être analysés par le traducteur d’après le contexte de la phrase et non d’après leur forme. Il ne s’agit pas ici d’un problème de disponibilité de ces mots dans les langues cibles, puisque chacun d’entre eux apparaît ailleurs dans le texte accompagné d’une traduction en latin et en anglais conforme à la fonction qu’il remplit dans la phrase 570 . 5.2.2 Éléments grammaticalisés Certains adverbes de phrase ont subi, dans leur processus de grammaticalisation, une perte de sémantisme : ils sont réduits à de simples particules de rappel ou de renforcement. Dans de tels cas, nous pouvons observer le traducteur tâtonner pour en chercher le sens. 565 Le sujet du verbe est mal identifié : il s’agit bien évidemment ici de li hons, et non de les temptacions, comme l’a compris le traducteur. 566 La forme maligniter n’est pas attestée dans les dictionaires consultés (DLMBS : malignanter). 567 Lecture proposée : l’assaillent (confirmée par M 35, §65). 568 Une comparaison de cette traduction avec la citation suivante nous permet de confirmer que mauvestié a bien été identifié de la même façon que l’adverbe mauvesement : and demeth wykkidly or that that he seeth or that that he herith and et judicat maligniter vel hoc quod vidit vel hoc quod ille audit. et et juge mauvesment ou ce que il voit ou ce que il oit. (f.-41v) 569 Pour une explication de l’identification par le traducteur de cette forme, voir supra (traitement du préfixe re-). 570 Proprement : prioprie/ priopirly (ff.-52v, 85r) ; proprie (f.-80v). Perdurablement : in eternum, for ever (f.-20v). Seulement : solummodod/ only (f.-85r). Folement : insipienter/ unwisely (f.-35r, 66r) ; insagaciter/ folily (f.-35r). Mauvestié : mala facta/ evel dede (f.-52r). Cruel : crudelis/ cruel (ff.-24r, 53v, etc.). <?page no="207"?> 197 5.2.2.1 Adverbe de phrase si Nous trouvons dans notre texte plusieurs emplois classiques de si, particule d’articulation du discours. Outre sa fonction de particule intensive et de coordonnant de deux propositions indépendantes (temporelle, additive, consécutive, adversative), elle apparaît souvent à l’intérieur de la proposition pour mettre en rapport le sujet et le verbe 571 . Dans ce cas, si est désémantisé et sert à appuyer le sujet en le thématisant. 572 Cet emploi perdure en moyen français où si est souvent utilisé comme ponctuant. Dans quelques cas, le traducteur laisse cet élément sans traduction : (147) The fourte is the evel exaumple whiche he that pleyeth yevith to other that beholden the pley. Quartus est malum exemplum quod ille qui ludit dat ad alios qui respiciunt ludum Le quarte si est le mal essample que cil qui gieu donne aus autres qui regardent le geu. (f.-70r) (148) Anothir is in spekynge therfore he divydith hym in two principal partes. Aliud est in locucione propter hoc se dividit in duobus partibus principalibus Li autre si est en parler pur ce se devise en .ii. parties principaus (f.-76r) Mais plus généralement, il tente de donner un sens à ces éléments et oscille entre différentes traductions. Il utilise ainsi alternativement une formule présentative (cit. 149, 150) - hec ou ista, this - insistant sur l’aspect démonstratif, et l’adverbe latin sic (cit. 151, 152) - étymon de l’adverbe français - et sa traduction anglaise thus : (149) The fyfte braunche of this bough is this : skorne. Quintus ramunculus de isto ramo hec est derisio Le quinte chion de cest branche si est derision. (f.-34r) (150) The seventhe hed of the beest is this : the synne of the mouth whiche hath two offices, Septimum caput bestie est hoc peccatum de ore quod habet duo officia La septisme chief de la beste si est la pechié de la bouche que a .ii. offices (f.-76r) (151) the lord saint Johan in the book of his visions the whiche he clepith Apocalipse saith thus that he saugh a beest Dominus sanctus Johannes in libro suarum revelacionum quem vocat Apocalypsis sic dicit quod ille vidit unam bestiam Li sire seint Jehan ou livre de ses revelacions qu’il apele l’apocholipse si dit qu’il vit une beste (f.-23v) (152) An other maner is. whan oon mesurith not with a trewe weyght or with a trewe mesure. as doon taverneris that fillyn the mesure with skome. Alio modo sic est quando quis non mensurat cum recto pondere sive cum vera (recta) mensura sicut faciunt tavernarii (tabernarii) qui implent mensuram de spuma. L’autre manere si est quant l’en ne mesure a droit pois ou a droit mesure si com font li taverner qui emplent le mesure de scume 573 . (f.-68r) 571 Voir à ce propos l’étude de Ch. M ARCHELLO -N IZIA (1985). 572 Si souligne que l’élément qui le précède est le thème dont il introduit le prédicat, en particulier lorsqu’il est postposé à un sujet nominal d’entrée ( B URIDANT 2000 : §410e). Dans ce cas, il peut être supprimé sans porter atteinte à la phrase. 573 Lecture proposée : d’escume. <?page no="208"?> 198 Nous pouvons noter des cas d’alternance entre ces deux choix, le traducteur adoptant l’une puis l’autre solution dans un même contexte (cit. 153) ou proposant une traduction accumulative combinant les deux formes (cit. 154) : (153) in thre maneres The toon is thus in the herte The secunde is this whan he hath The thridde is this whan he desirith in tribus modis. Unus sic est in corde Alter ista est quando ille habet Tertia est ista quando ille desiderat en .iii. maneris. L’une si est ou cuer (…) L’autre si est quant il a (…) La tierce si est quant il desire (ff.-38v-39r) (154) Thrid wyse is. that whan he that sellith by weyghte purchasith and dooth somuiche that þe thenge þat he ought weye be hevyer more weyenge Tercius modus sic (hoc) est quando ille qui vendit cum pondere procurat et facit tam quod illa res quam quis debet trucinare sit pejori magis ponderans La terce manere si est quant cil que vent a pois purchace et fet tant que la chose que l’en doit peser soit au pere plus pesanz (f.-68r) En une seule occurrence, l’adverbe si est identifié comme forme graphique de l’adverbe aussi, et est alors traduit par similiter et also : (155) where of aftir the gospel the good also hath thre states.. Unde secundum evangelium bonus similiter habet .iii. status. Dont selonc l’evangile li bien 574 si a .iii. estaz. (43r) Les tâtonnements du traducteur se font ainsi à l’aide de la gamme d’éléments formellement apparentés qui sont à sa disposition. Si son choix de l’adverbe sic est probablement dicté par une analyse correcte de la correspondance étymologique, l’identification de l’adverbe si comme une variante du présentatif ce est et de l’adverbe aussi repose vraisemblablement sur un processus d’analogie intralinguistique. 5.2.2.2 Négation La recherche de sens que nous venons d’observer avec l’adverbe si se retrouve dans le traitement de la négation discontinue pour laquelle le traducteur tente de traduire les adverbes de renforcement. Dans les cas où seul l’adverbe de négation ne apparaît dans la version française, le traducteur utilise la négation simple : (156) he falleth in to anguishe or in to suche infirmite that he may not labour in the service of god and of that fallith he in suche slouthe that he hath ony savour of wel doynge ne devocion. ille incidit in languorem vel in talem infirmitatem quod ille non potest laborare in servicio domino et ex hoc cadit ille in talem accidiam quod ille non habet saporem de bene facere nec devocionem il enchiet en languer ou en tele maledie que il ne puet travaillier ou service dieu et de ce chiet il en tele peresce que il n’a saveur de bien faire ne devocion. (f.-50v) Quant aux adverbes de renforcement de la négation, ils sont généralement traduits selon le sens qu’ils lui apportent. Ainsi ne… ja/ mes/ onques est traduit par non… unquam/ (not)… never : 574 M (33, §73) : blés. <?page no="209"?> 199 (157) But her defautes they shal never say. Sed sua mala non ei dicet unquam. Mes ses maus ne li diroit ja/ . (92v) (158) that is to wite pride covetyse malice and othir deedes evel of whiche me knowith wel openly that the trees were never good hoc scire 575 superbia. avaricia malicia et alia facta mala ex quo quis cognoscit aperte quod ille arbores non fuerunt unquam bone C’est assavoir orgueil. avarice. malice et autres fetz 576 mauvés a quoi l’en conoit apertement que li abres ne fu unqes bons (f.-40v) (159) « I shal never be wel at ese tyl I have drinke » « ego non ero unquam dispositus donec habeam potum »/ « je ne seroie mes aiese si auroi beu »(f.-77v) L’adverbe rien est rendu quant à lui par aliquid en latin et nothing en anglais : (160) For also as he may not 577 nothinge bere by in obedience ne may he eny thyng suffir by impacience so that noon dar not to hym speke for his profite. Quia sicut similiter ille non potest aliquid portare per in obedienciam potest ille aliquid sufferre per impacienciam sic quod nullus non audet ei loqui de suo commodo. Car aussi com il ne puet rien porter par inobedience ne puet il riens soffrir par impacience si que nus n’ose a luy parler de son preu. (f.-51r-v) (161) For ther ben som so evel ytaught that they can not say eny thyng with owt sweringe./ Quia sunt quidam (aliqui) tam male eruditi (docti) quod illi non sciunt rem (aliquid) dicere sine juramento./ Car il sont aucun si mal enseingné q’il ne saveront riens dire sanz jurer. (f.-98v) Cette même recherche d’équivalence apparaît avec la négation renforcée par les adverbes pas et mie 578 , pour lesquels le traducteur se heurte à un problème de sémantisme. En effet, ceux-ci se désémantisent au cours de l’évolution de l’ancien au moyen français - pas, dont le sémantisme n’est pas transparent, étant grammaticalisé plus rapidement que mie 579 - pour devenir simples particules de renforcement. Nous pouvons ainsi observer le traducteur hésiter pour leur attribuer un sens dans les premiers folios. On trouve ainsi la tentative de rendre le sens de « n’importe comment », « de quelque façon … » (non… quovismodo, ne… aliquodomo, non… nullo modo, nequaquam/ not / not … (in) eniwyse ; not… in nowise ; cit. 163-166) ainsi que « absolument, généralement, entière- 575 Leçon proposée : hoc est scire. 576 M (32, §669) : fruiz. 577 Correction par le scribe : ajout de not. 578 Point et goute n’apparaissent qu’à une seule occasion : […] illi tradunt suas terras et suas magnas hereditates in vadium et in morgage qui nunquam non ea acquietant. Car il leur baillent leur terres et leur granz heritages en gage et en gage mort qui point ne sa quite./ (f.-55r) [lecture proposée : ne s’aquite] But rechelesnesse and foryetfulnesse blynden good men that they see nothing in the boke of her consciences Sed necgligencia et oblivio excecant bonos homines quod illi non vident aliquid in libro suarum conscienciarum Mes necligence et oubliance avuegle les preudommes que il ne voient goute ou livre de leur conscience./ (f.-50r) 579 Voir B URIDANT 2000 : §606. <?page no="210"?> 200 ment » (non… omnino et en anglais not… in nowise, not… enywise, not, etc.) (cit. 162, 167, 169). À de rares occasions, le second élément de la négation reste non traduit (cit. 168) (les citations sont données dans l’ordre de leur apparition dans le document) : (162) thow shalt not honour in nowise diverse goddes Tu non adorabis omnino diversos deos Tu n’aoueras pas diverse diex (f.-9r) (163) thou shalt not take in eniwyse the name of god in vayn tu non assumas quovismodo nomen dei in vanum Tu ne prendras pas · le noun dieu en vain (f.-9v) (164) that is to say thou shalt not swere onywise the name of god in vayn for nought and wiþout agood cause hoc est dicere tu non jurabis quovismodo nomen dei in vanum pro nichilo et sine bona causa. C’est a dire. tu ne jureras pas · le noun dieu en vain pur nient · et sanz bone cause (f.-9v) (165) or in oþer wyse leve he not enywyse to swere sive in altero more ne dimitat aliquomodo jurare ou en autre manere · ne loist pas jurer (f.-10r) (166) But if eny swere horibly or of (by) oure lord or by his saintes and hem despisith and also saith blasphemes the whiche be not to be sayd he synneth mortaly (dedly) Sed si quis jurat horribiliter vel de nostro domino vel de suis sanctis et eos despicit et [etiam] dicit blasphemias que nequaquam sunt dicende ille peccat mortaliter Mes c’il 580 jure horriblement ou de nostre seignour ou de sez saintz et les despit et en dit blasphemes qui ne sont pas a dire cil peche mortelment. (f.-10v) (167) That is to say thou shalt not do in þe day of sabbat thy werkes (bysines) and thy werkis and tho that þou were wont to doo in othir dayes Hoc est dicere tu non facias omnino in die sabbati tua 581 negocia et tua opera et ea que tu solebas facere in aliis diebus C’est a dire. tu ne feras pas au jour de samedy tes bosoignes et tes oevres et ce que tu seuls fere aus autres jours. (f.-11r) (168) thou shalt not doo noon avoutry Tu non non 582 facias adulterium. Tu ne feras pas avoutrie (ff.-14r-v) (169) thou ne shalt doo nowise thefte Tu non facias omnino furtum. Tu ne ferras pas larracin. (f.-15r) En ce qui concerne mie, celui-ci est tout d’abord traduit par omnino, sur le modèle de l’adverbe pas, puis le traducteur corrige sa traduction en la biffant et en laissant mie sans équivalent : 580 M-(10, §20) : cil qui jure horriblement. 581 Correction par le scribe : -sexponctué (tuas). 582 La réduplication de l’adverbe de négation non est certainement due ici au changement de folio, qui se fait entre l’adverbe de négation ne et le verbe. Ainsi, le traducteur traduit tu ne par tu non, et feras pas par non facias. <?page no="211"?> 201 (170) Now be it that ther be some braunches that be not dedly synne as ben evel steryngis of the flessh that noon may not enywise from alle bedefendid. Nunc sit hoc quod sunt aliqui rami qui non sunt omnino peccatum mortale sicut sunt male mociones carnis quod ullus non potest omnino ab omnibus munire Ja soit ce qu’il ait aucunes branches qui ne sont mie peché mortel com sont mavis esmovemens de char qui l’en ne puet pas de tout eschiver. (f.-14v) Il est probable qu’il s’agisse ici d’une hésitation du traducteur quant au sémantisme à donner à cet élément. L’exemple suivant, dans lequel seul l’adverbe est utilisé pour exprimer la négation, tendrait à indiquer que ce dernier n’est pas compris : (171) The tother thef prive ben thei that stelyn […] but at prives and of suche ther be had greet and finale. Alter latro secretus sunt illi qui furantur […] sed ad secretos et de talibus habentur magni et parvi. Li autre larron privé sont cil qui emblent mie aus estrangéz 583 méz aus privéz et de tiex i a granz et petiz./ (f.-56v) Dès sa deuxième apparition, celui-ci rejoint le traitement de pas : (172) Thwo shalt not say in nowise fals witness ayenst thyn neyghbore. Tu non dices omnino falsum testimonium adversus tuum proximum Tu ne dirras mie faus tesmoing en contre ton proisme. (f.-16r) (173) But covetyse light to have otheris thynge or by good reson is noo synne Sed cupiditas levis habendi alienam rem vel per bonam racionem non est omnino peccatum Mes convoitise legiere d’avoir autrui chose ou par bone reson n’est mie pechié. (f.-17v) (174) that is to understonde in to þat parte where were the holy not in nowise in to that partie where were the dampnid that were deed in here synnes and in her mysbileve them toke he nought in nowyse hoc est intelligendum in illam partem ubi erant sancti non omnino in illam partem ubi erant dampnati qui erant mortui in suis peccatis et in suis infidelitatibus illos non traxit ille aliquomodo. C’est a entendre cel partie ou estoient li seintz non mie en cele partie ou estoient li dampné qui estoient mort en leur pechiéz et en leur mescreantises ceus n’en trait il mie. (f.-20v) (175) […] lord as he ought nother to hym yeldeþ oon thonke of the goodes that he to hym hath made. hoc est oblivio dei et de suis bonis quando quis non regraciatur ullomodo nostrum dominum sicut ipse debet neque ipsi reddit unus omnino gracias de bonis que ille sibi fecit c’est oubliance de dieu et de ces biens quant l’en ne mercie mie nostre seignour. si com l’en doit ne lui rent on mie graces des biens que il luy a fet./ (f.-28r-v) Le traducteur semble abandonner ces tentatives de donner des équivalents contextuels en latin au cours de la traduction, puisque nous pouvons noter que celles-ci apparaissent principalement dans les premiers folios (jusqu’au folio 30r, environ), puis uniquement de manière ponctuelle (ff.-46v et 66r) : 583 M (36, §73) : qui n’emblent pas es estranges, mes es privez. <?page no="212"?> 202 (176) Aftir batayle mortale ful often by twene frendis wher it is ful often greet evel and perilles that mowe not be in eny wyse amendid Postea guerrum mortale multociens inter amicos dum ille est multociens nimis d[…] et de periculis que non possunt nullo modo esse emendata Aprés guere mortel souvent entre les amis/ dont il est 584 sovent trop de maus/ et des periles. que ne purroient mie estre amendé./ (f.-46v) (177) Or that tho persones that be not yit ywedid them loven togedre unwysly and by synne Vel quod persone que non sunt adhuc in conjugio se invicem diligunt (vel amant) insipienter et per peccatum Ou que persones que ne sunt mie en mariage s’entre aiment folement et par peché/ (f.-66r) Ce dernier exemple illustre bien, par ailleurs, le processus dans lequel notre traducteur s’inscrit : dans les traductions latine et anglaise, il propose une interprétation sémantique du contexte. Pour lui, ces deux personnes ne sont pas encore mariées, mais il est évident qu’elles le seront. Dans le reste du manuscrit, c’est donc le latin non … omnino qui est choisi comme équivalent : (178) Or for that that oon prayseth not nowyse an othir rightfully in his herte as he aughte vel propter hoc quod unus non laudat omnino alium recte in suo corde sicut ille debet Ou par ce que on ne prise pas l’autre a droit en son cuer si come il doit. (f.-31v) (179) Or for that that he not berith enywyse honour ne reverence thidire whider he aught Vel propter hoc quod quis non fert omnino honorem neque reverenciam illuc ubi ipse debet Ou pur ce que l’en ne porte pas honneur ne reverence la ou l’en doit. (f.-31v) (180) For this is the custume of aprowed man to surquidrie that it sufficit not to hym in eny wyse in his herte For to despise other men that have not tho graces that he wenith to have Quia hoc est consuetudo superborum […] quod illud illi non sufficit omnino in suo corde ad despiciendum alios qui non habent omnino illas gracias quas ille credit habere Car c’est custume d’orguelleus seurcuidé que il ne li suffit pas en son cuer de despire les autres qui n’ont pas ses graces que il cuide avoir (f.-34r) (181) Wher of they ben yopecrites that maken the good man and be not in nowise Unde illi sunt ypocrite qui faciunt bonum hominem. et non sunt omnino Dont cil sont ypocrite qui font le preudomme et ne sont pas. (f.-39v) (182) Ful greet is the goodnes of god that suffreth man that he swere that that he knowith that is not trewe or that he byhoteth thynge that he wole not in nowyse halde whan þe devyl strangleth hym not a noon forthwith. 584 M (34, §56) : issent. <?page no="213"?> 203 multum est grande bonitas divina que hominem permittit quod jurat hoc quod ille scit bene quod non est omnino verum. vel ipse promittit rem quod 585 ille non vult omnino tenere quando diabolus non ipsum jugulat statim in continenti Mult est grant la debonerté dieu que homme sueffre qui jure cest que il siet bien que n’est pas voir. ou li promet chose qu’il ne veut pas tenir. quant li diables nel estrangle tut meintenant. (f.-100v) Rien ne nous permet de dire à quoi il faut attribuer cet abandon : la leçon est-elle jugée suffisante ou la discipline du traducteur faiblit-elle ? Il est aussi probable qu’il ait trouvé le sens qu’il cherchait à donner à cet élément, à savoir que ce dernier indique l’aspect complet de la négation : « ne … complètement ». Quoi qu’il en soit, il semble que ces adverbes de négation soient considérés de la même façon que les adverbes ja, mais, onques, et le pronom rien, c’est-à-dire comme des éléments qui définissent le champ de la négation et le caractérisent. Cette grille de réception peut expliquer que dans la moitié des cas où pas et mie apparaissent sans traduction, ils sont suivis d’un adverbe : (183) Aftir thynke hou often thou hast evel yservyd oure lord jhesu crist or in that that þou ne hast not wilfully herde his service neyþer hast saide his houres neyþer his sermouns hast herd Postea pensa quam tociens tu male servivisti nostro domino jhesu cristo vel in hoc quod tu non voluntarie audisti suum servicium neque dixisti suas horas neque suos sermones audisti Aprés pensees quantes foiz tu as messervi nostre seignour jhesu crist ou en ce que tu n’as pas volenters oï son servise ne dites ses oeures ne ses sermons oïs. (f.-32r-v) 586 (184) Aftirward hou thou often tyme hast had lytil worship to the body of jhesu crist whan thou savest it to be bore or whan þou it resceyvedist or þat that thou were not clenly arayed by confessione Postea quomodo tu multociens tulisti modicum honorem ad corpus jhesu cristi quando tu illud vidisti portari. vel quando tu illud recepisti vel hoc quod tu non eras honeste preparatus per confessionem Aprés coment tu as mult de foiz porté petit d’onneur au corps jhesu crist quant tu le veoies porter ou quant tu le reçoives 587 ou ce que tu n’estoies pas nettement apparelliéz par confession 585 L’abréviation utilisée par le copiste est celle généralement introduite dans le manuscrit pour quod, et non quam comme le demanderait le latin classique 586 La négation ne… not n’est pas utilisée par notre traducteur pour rendre la négation discontinue en français, mais pour la négation simple : And now is it it that noon synneth dedly synnes ne is not with out despite of go[d] […] Et ja soit ce que nus mortiex pechiés ne soit sanz despit de dieu/ (f.-31r) The herte of th’envious is so envenymed and so overthewert that he may not se the wel of other. that he ne peyse it not with in his herte and demeth wykkidly Cor invidiosi est sic entoxicatum et sic vers versutum quod ille non potest alterius bonam videre quod ille non id ipsum trucinat infra suum cor et judicat maligniter Le cuer de l’envieus est si envenimee et si bestornéz que il ne puet autrui bien voier que il ne l’en poise de denz son cuer et juge mauvesment (f.-41v) Il s’agit d’une formulation usuelle en moyen anglais. R. F ISCHER indique à ce propos : In late Middle English no(gh)t has become the rule, but there are some texts of the southeastern region (notably Chaucer’s prose and contemporary London documents (…)) where ne… not and unsupported ne are still regularly used ( 4 2006 : 281). 587 M (32, §317) : recevoies. <?page no="214"?> 204 (185) For that is not al only lecherie of glotonye […] that coveyten so riche metis and gay and putten so many mees that often come of them muche harme/ / Quia hoc non solum est solummodo luxuria gule […] qui cupiunt tam splendidas (divites) epulas. et ponunt tanta fercula quod multociens eveniunt/ multa mala. Car ce n’est pas seulement lecherie de gueule ainz est souvent par bolan 588 qui convoitent si richez viandes 589 et metent tant de mes que souvent enviennent 590 mult de maus. (f.-85r) Cela tendrait à indiquer que le traducteur prend en compte les adverbes de renforcement de la négation pas et mie lorsque la négation n’est pas déjà appuyée ou définie par un autre élément. A. K RISTOL analyse le traitement de la négation dans notre manuscrit de la façon suivante : (186) Tout d’abord, les traductions montrent que l’adverbe de négation (pas) est complètement désémantisé ; son sens premier n’est plus perçu. Par contre - bien qu’en français continental, au cours du XIV e s., la négation discontinue du type ne … pas se banalise et devienne rapidement la forme la plus fréquente (Marchello-Nizia 1979 : 241) - l’enseignement du français langue étrangère prend une attitude conservative par rapport à cette évolution en traduisant l’adverbe de négation par un élément de renforcement sémantique plein (« pas du tout » : quovismodo, in eniwyse). Malheureusement, dans l’état actuel de nos connaissances, rien ne nous permet de savoir si cette démarche illustre un « sentiment linguistique » en synchronie ou si elle repose sur une tradition grammaticale plus ancienne. Il n’est pas exclu en effet qu’à l’époque où notre manuscrit a été réalisé, l’adverbe de négation simple ait toujours été perçu comme un élément d’appui. Il se peut pourtant aussi que la tradition scolaire anglaise maintienne ici une explication remontant à une époque où c’était effectivement le cas (1998 : 192). Palsgrave, cent ans plus tard, donne lui aussi une valeur à cette négation renforcée : en effet, si dans un passage de son ouvrage il la considère comme un élément grammatical obligatoire (cit. 187), plus loin il lui donne une valeur emphatique (cit. 188) : (187) In negacion. For where as they put ne before theyr verbes/ so often as they expresse negation/ like as we vse nat in our tong after our verbes. They put also after theyr verbe pas, poynt, or mye/ whiche of theym selfe signifye nothyng/ but onely be as signes of negation : Nowe be it/ it is nat in the spekars pleasure to vse one of the sayd .iii. wordes or nat/ lyke as it is of en in theyr affirmations : for in maner there is no verbe that hath ne afore hym/ but he must haue eyther pas, poynt, or hym after hym ( P ALSGRAVE 1530 : The second boke, f.-46r). (188) To knowe whan we shall vse pas, poynt or mye Whan the sentence is negatyue in our tonge/ that is to saye that the verbe hat nat after hym/ as I wyll nat/ I se nat/ I wotte nat whyther to go/ and all suche lyke : the frenche tong remoueth the negacion and putteth hym byfore the verbe/ and immedyately after the verbe putteth pas, poynt, or mye, especially if the verbe be indycatyue/ and the laste worde in the sentence. So that pas, poynt, or mye, be vsed for a more clere expressyng of negacion/ as as though the speker wolde byde by 588 M (38, §166-7) : bobanz, 589 M (38, §166-7) : car il quiere si chieres viandes. 590 Lecture proposée : en viennent. <?page no="215"?> 205 the thing whiche be denyeth : in so moche that if the speker do but fayntly denye a thyng/ they vse that to leaue out pas, poynt, or mye ( P ALSGRAVE 1530 : The thirde boke, Of the Verbe, f.-132r). Il est donc probable que ces éléments soient, du moins dans le contexte de l’enseignement du français en Angleterre, considérés encore au XVI e -siècle comme investis d’une valeur emphatique. Néanmoins, la démarche de notre traducteur, si nous la considérons dans un contexte plus large, paraît tendre vers une analogie fonctionnelle dans laquelle les adverbes désémantisés mie et pas sont traités comme n’importe quel adverbe de renforcement de la négation. Dans sa tentative de dégager le sens du texte, nous pensons qu’il cherche simplement à faire une différence entre la négation simple et celle renforcée par l’un ou l’autre des adverbes de temps ou de quantité ou par le pronom rien, et donc de donner un sens à tout élément rencontré en français comme il le fait pour l’adverbe si ou le pronom indéfini on (voir infra). La difficulté réside pour lui dans la possibilité de trouver une traduction pour des adverbes dont il ne connaît peut-être pas le sens - comme c’est probablement le cas de mie--, ou dont l’emploi n’est pas transparent - à l’image de pas 591 . 5.2.3 Identification du référent Les pronoms indéfinis français ont comme caractéristique de renvoyer à un référent général ou non identifié, comme c’est le cas du pronom on. Le traducteur, dans sa recherche du sens de la phrase, s’efforce d’inscrire ce pronom dans le contexte syntaxico-sémantique de la proposition et donc d’en chercher le référent. 5.2.3.1 Pronom indéterminé on/ l’en/ ung Le pronom indéterminé on (< HOMO ), nous l’avons vu dans le chapitre 4 (4.2.3), apparaît sous plusieurs formes dans le texte français 592 : l’en, en, on, un, ung. Tandis que dans la tradition des Donats latins, l’équivalent de la tournure impersonnelle est le passif 593 , le traducteur semble choisir ses formes dans les langues cibles non seulement d’après le contexte syntactico-sémantique, mais aussi d’après la forme que prend ce pronom. En effet, les choix de traduction du traducteur sont différents pour les formes l’en et en et pour les formes on, un, ung. Tout d’abord, les formes on, un, ung 594 , issues de HOMO ou du numéral UNUS 595 , sont presque systématiquement traduites par unus / oon 596 . Ainsi, dans la grammaire du traducteur, le pronom indéterminé apparaissant sous une graphie autre que (l’)en semble être analysé comme une forme pronominale du numéral un, ce que confirme la traduction anglaise : 591 Selon Cl. B URIDANT , cet élément est grammaticalisé dès les premiers textes en ancien français (2000 : §606). 592 Pour un traitement de ce phénomène, voir K RISTOL 2001a : 157. 593 Voir C OLOMBO -T IMELLI 1997 : 146, note 33. 594 Nous ne traitons pas ici les occurrences de l’un, puisque celui-ci joue dans notre manuscrit exclusivement le rôle de numéral. 595 Une éventuelle tentative de départager ces formes quant à leur appartenance étymologique, qui ne pourrait se faire qu’à l’aide du contexte, nous a semblé peu pertinente et trop artificielle pour être entreprise. 596 Voir à ce propos le corpus exhaustif des pronoms pronoms indéterminés on, (l’)un, (l’)en, dans N ISSILLE 2009 (annexe 3). <?page no="216"?> 206 (189) The secunde is lewde purpose to make greet despenses that me callith largenesse whan oon maketh expenses with oute mesure outhir of his owne or of othires for to be the more made of or for that men shulde holde the more large and more curteys Secundus est stulta propositio ad faciendum magnos sumptus […] vocatur prodigalitas quando unus facit absque mensura expens[as] vel ex proprio vel alieno quod vellet laudari vel propter hoc quod illum illi tenerent magis largum et magis gratis Le socont est fole emprise de fere granz despenz que l’en apele prodigalité quant on fet outrageus despenz ou de sien ou d’autrui pur estre loé ou pur ce que l’en le tigne au plus large et au plus curtois. (f.-33r-v) (190) The last ccommaundement ofb this abraunche 597 is whan oon trespasith his faith and that that he hath by hote […] or by faith or by worde trespasith./ ultimus ramus de hoc precepto est quando unus delinquit suam fidem et hoc quod quis promisit et […]vel per fidem vel per verbum delinquit La derraine branche de cest commandement est quant un trespasse sa foy et ce que l’en a promys et creanté ou par foy ou par serment trespasse. 598 (f.-101r) (191) Wher of aftirward the stryf and chydynge comythe the rumour and the stryf Even also as whan oon lightneth the fyre Unde post contencionem et objurgacionem venit rumor et lis ad instar sicut quando unus eluminat ignem Dont aprés l’estrif et le contens vient la noise et la tençon. tout aussi come quant un alume le feu. (f.-101v) Ce choix par le traducteur de traduire on par le numéral et (l’)en par d’autres équivalents nous paraît dicté non pas uniquement par une volonté de marquer la distinction entre les pronoms présents dans une même phrase quant à leur référent (cit. 189, 190), mais par une analyse de ces mots en tant qu’entités bien distinctes. Une correction de la main du traducteur permet selon nous d’illustrer cette hypothèse : (192) Alle these synnes ben ayenst the goodnes of the holy goost and they ben so greet that with laboures comyth oon to the right repentaunce Omnia ista peccata sunt contra bonitatem sancti spiritus et sunt tam grandia quod cum labore quis veniet unus ad rectam compunctionem. Tut cist peché sont contre la bonté de seint espirit et sont si grant qu’a poines en vient on a droite repentance (f.-45r) Dans cet exemple, l’adverbe en a tout d’abord été compris comme une forme du pronom indéterminé et traduit en latin par quis. Le traducteur corrige son erreur en biffant cette traduction, certainement rendu conscient de sa faute par l’apparition du pronom indéterminé véritable à la suite du verbe. Cependant, il ne se contente pas de déplacer sa traduction après le verbe, mais choisit un autre équivalent : à on, il fait correspondre le numéral unus, et non la forme préalablement choisie quis. Quant à en et l’en, ceux-ci sont traduits par différents équivalents (13 en latin, 10 en anglais), mais nous verrons que certaines séries sont plus fréquentes que d’autres. Le traducteur fait donc appel, majoritairement, aux formes résistantes et émergentes plutôt qu’à l’étymon homo (5 occurrences sur 88). Il y a une volonté claire, comme le formule 597 Correction par le scribe : il restaure l’ordre du syntagme nominal. 598 M (39, §143) : car foi mentie ou seremenz trespassé est aussi tout comme un. <?page no="217"?> 207 A. K RISTOL , d’« explorer toutes les équivalences possibles en latin et en anglais » (2001a : 156). Ce dernier a mis à jour une partie des emplois spécifiques à chaque traduction, et nous avons tenté de les compléter. Lorsqu’il s’agit d’une personne indéterminée, quis « quelqu’un » est la traduction majoritaire sur tout le corpus (30 occurrences, traduites par les éléments suivants, présentés par ordre décroissant de fréquence : he, me, eny ou any, (n)oon, men, man, a man) ; suivent unus « quelqu’un, un certain » (9 occurrences, traduites majoritairement par (o)on, et à une reprise par men) - avec, comme l’indique A. K RISTOL (ibid.), peut-être un « sens individualisant ou plus personnel »--, homo « l’homme » (5 occurrences, traduit par man, on, men, me) et aliquis « quelqu’un » (2 occurrences, traduit par any et noon). Une spécialisation morphosyntaxique semble apparaître dans la traduction par ullus (2-occurrences) « un, quelqu’un », puisque ce dernier se rencontre toujours en contexte négatif (traduit par noon) : (193) And he oughte to restrayne and to refrayne as muche as he may not enywise hem to norisshe ne to seche ouþer by unmesurabilnes of drynke or of etynge or by evel thynkynges over longe holden by evel touchynges Et debet quis restringere et refrenare tam sicut quis potest non omnino eas nutrire neque adquirere vel per briam 599 potacionis vel comestionis vel per malas cogitaciones nimis diu tentas per malas palpaciones Et doit l’en restraindre et refraindre tant com l’en puet non mie lez norrier ne purchacer ou par outrage de boivre ou de mangier ou par mauveses pensees trop longument tenues par mauvéz atouchemens. (f.-14v) (194) that he hymsilf forbedith oure lord in the gospel that noon shal not swere nother bi heven nouther by the erthe noþer by othir creature hoc ipsemet prohibet noster dominus in evangelio quod aliquis non juret neque per celum neque per terram neque per alteram creaturam Ce meismes deffent nostre sire en l’evangile · que l’en ne juret · ne par le ciel · ne par la terre · ne par autre creature. (f.-9r-v) (195) Sacrilege is whan on brekith or hurtith or drawith violently the thyngis halwed or the persones of holy chirche Or the […] that ben stablid to the service of god and approprid and that maketh to be doo covetise in many wises Sacrilegium est quando unus rumpit vel ledit vel trahit violenter res sanctas vel personas de sancta ecclesia vel bon[…] […]qui sunt stabilita servicio domino et appropriat[a] et hoc facit fieri cupiditas in multis modis Sacrilege est quant l’en brise ou blece ou traite vilainement les choses seintes ou les personnes de seinte eglise. Ou les leus bones 600 qui sont establis au service dieu et approprié et ce fet fere convoitise en maintes maneris. (f.-62r) (196) The goodes or fortune ben high worshipes richesse delites and prosperites in whiche on synneth in many manerys Bona fortune sunt alte honores divicie delicie et prosperitates unde homo peccat in multis modis Les biens de fortune sont hautes 601 honneures richeces delices et prosperitéz ou l’en peche en mult de maneris 599 Voir annexe 3, f.-14v. 600 M (36, §127) : beneiz. 601 M (32, §427) : hauteces. <?page no="218"?> 208 (197) In this commaundement to us it is forboden þat noon lye not ne hym forswere noþer in doom ne out of doom to the hurt of eny isto precepto nobis est prohibitum quod ullus non mencietur neque se perjuret nec in judicio nec extra judicium ad nocumentum alicujus En cest commandement nous est devee qui l’en ne mente ne s’en parjure ne en jugement ne hors jugement pur nuire a autrui Dans les cas où le contexte présente une affirmation à « valeur générale » ( K RISTOL 2001a : 158), touchant ce que chaque homme doit croire ou doit faire, la traduction présente à deux occasions la forme quisque : (198) In this oweth every man to understonde and to belyve þat he is lyke and egale in alle thynges with the godehede and is oon theself thynge In hoc debet unusquisque intelligere et credere quod ille est similis et equalis in omnibus rebus ad deitatem et est una eadem res En ce doit l’en entendre et croire que il est semblable et ygaus en toutes choses a la deité. (f.-19r) (199) For alle the sacramentes of holy chirche aman aught to entrete clenly (honestly) and to have in greet reverence Quia omnia sacramenta sancte ecclesie quisque debet tractare ornate et habere in magna reverencia Car tous les sacremenz de seinte eglise l’en doit traiter netement et aver en graunt reverence/ . (f.-74r) Lorsque l’en désigne une entité responsable d’un acte, d’un jugement ou d’une parole transmise, les traductions sont majoritairement au passif (13 occurrences, traduites par me, une formule au passif, men), mais présentent aussi le mot quidam « quelqu’un, un certain » (5 occurrences, traduites par som, they, men et me). Il semble y avoir ici la volonté de désigner un actant que l’on ne peut ou ne veut pas nommer, et ainsi indiquer l’anonymat et la multitude : (200) they maken hem develes by cause that they holden hem angele/ They maken hem evel for the wolde that men so sholde holde hem good/ A man myght no more hem wrathe. than to say that. « veryly that is trewe »/ illi faciunt se diabolum propter hoc quod quidam se tenent pro angelis. ipsi se faciunt malos qua propter quod quidam ipsos tenerent pro bonis. non magis non poterit illos quis irritare. quod hoc dicere/ « certe hoc verum est »/ il se font diable pur ce que l’en les tigne pur anges. Il se font mauvés pur ce que l’en les tigne pur bons/ . ne plus ne les purroit on coroucier que se dire. « certes c’est voir »/ . (f.-92r) (201) To this braunche perteynen alle the falsenesse and stryves and desceytis that be doo thorou out the worlde to desceyve […] and to hynder in soule and in body outhere in here goodis or in here loos. what so ever it be. Ad istum ramum pertinent omnes falsitates et contenciones et deceptiones que faciuntur per totum mundum ad alios decipiendum et deteriorandum in anima et in corpore vel in bonis vel in fama quale quod illud sit A cest branche a partiennent 602 toutez lez faussetés et les baraz et les guiles que l’en fet par mi le monde pur autrui decevoir et dommager en alme et en corps ou en avoir ou en renommee quele que ele soit. (f.-97v) 602 Lecture proposée : apartiennent. <?page no="219"?> 209 En ce qui concerne l’utilisation des pronoms personnels ille (7 occurrences, traduites majoritairement par he, mais aussi à une occasion par man) et ipse (4-occurrences, traduites par he), tous deux apparaissent lorsque le pronom est déjà présent plus haut et est traduit par l’un des éléments présentés ci-dessus (l’en traduit par quis, on traduit par unus, etc. ; cit. 202, 203) ou annoncé par le contexte de la phrase (cit. 204) : (202) in thre maneris fallith oon in synne by this synne Or for that that oon prayseth not nowyse an othir rightfully in his herte as he aughte Or for that that he not berith enywyse honour ne reverence thidire whider he aught. Or for that that he not obeyeth enywise to hem to whom he shulde owe to obeye in tribus modis cadit unus in peccato per istud peccatum vel propter hoc quod unus non laudat omnino alium recte in suo corde sicut ille debet Vel propter hoc quod quis non fert omnino honorem neque reverenciam illuc ubi ipse debet vel propter hoc quod ille non obedit omnino eis quibus ille deberet obedire en trois maneris chet on en pechié par cestui pechié. Ou par ce que on ne prise pas l’autre a droit en son cuer si come il doit. Ou pur ce que l’en ne porte pas honneur ne reverence la ou l’en doit. Ou pur ce que l’en n’obeist pas a ceus a qui l’en devroit obeir/ . (f.-31v) (203) Ayenst this commaundement doo (…) they also that preysen wikked men and the dedes of here shrewdenes and of here folynesse knowen or seen or of werkes which is synne mortal […] flateringe whan on saith […]or falsnesse or lesynge whan he of whom they speken nys present Econtra hoc mandatum faciunt (…) illi eciam qui laudant malos et facta 603 suarum pravitatum et suarum stultitiarum cognitarum vel visionum vel operum quod est peccatum mortale. vel ex laudacione (id est adulatione) quando unus dixit in sua presencia vel falsitas vel mendacium quando ille de quo illi loquntur non est presens En contre cest commandement font (…) ceux aussi qui loent lez mauvéz et lez fetz de leur mavesté et de leur folies seues ou veues ou ovrees 604 qui est pechié mortel 605 ou de losenge quant ung la dit en leur present ou fausseté ou mençonge quant cil de qui l’en parole n’et present. (f.-16r-v) (204) Fyfte maner is to selle other thynge than he before had shewid as the scryveyn that shewith good lettre in the begyninge and after maken evel Quintus modus est vendere alias res quam ipse antea demonstrabat sicut ille scriptor qui monstrat bonam litteram in principio et postea faciunt malas. La quinte manere est vendre autre chose que l’en a devant mostré com cil escrivein qui mostrent bon lettre au commencement et puis font mauvese. (f.-68r-v) 606 Ceci peut être confirmé par une traduction cumulative présente dans la version latine : (205) The fourte is the evel exaumple whiche he that pleyeth yevith to other that beholden the pley. The fyfte is to lese the tyme that he aughte to fille in good werkis and many othir synnes that longe thynge sholde be to say. 603 Correction par le scribe : de exponctué. 604 M (10, §74) : oïes. 605 M (10, §74) : qui est pechié d’adulacion ou de losenge. 606 Interprétation inadéquate : la proposition cil escrivain qui monstrent bon lettre a été traduite au singulier (voir supra, accord nominal et verbal). <?page no="220"?> 210 Quartus est malum exemplum quod ille qui ludit dat ad alios qui respiciunt ludum Quintus est perdere tempus quod quis (ille) debet implere in bonis operibus et multa alia peccata quod longa res esset dicere Le quarte si est le mal essample que cil qui gieu donne aus autres qui regardent le geu. Le quinte si est perdre le temps qui l’en doit emploirer 607 en bones oevres et mult d’autres pechiés que longue chose seroit a dire/ . (f.-70r) Il est probable que le second choix, ille, soit induit par la présence dans la proposition précédente de cil, traduit par ille et he. Dans ce cas, l’en reprendrait implicitement pour le traducteur un sujet déjà énoncé. Pour le traitement de l’indéfini, le traducteur se baserait donc non seulement sur le contexte sémantique, mais aussi sur le contexte morphosyntaxique et - pour les formes le permettant - sur les correspondances formelles. Ainsi, et même si certaines interprétations demeurent difficiles à expliquer et naissent la plupart du temps de la somme de plusieurs paramètres, nous pouvons déceler une certaine cohérence en ce qui concerne nombre de phénomènes. Trois grands facteurs d’influence se dégagent : l’existence d’analogies formelles - entre l’élément à traduire et d’autres formes du français ou des langues cibles--, le contexte morphosyntaxique et syntaxique - la place de l’élément, son rôle morphosyntaxique, etc. - et le contexte sémantique - le sens général de la phrase ou du passage. 5.3 Facteurs de réception du texte par le traducteur L’appréhension du texte par le traducteur se concrétise, nous l’avons vu dans le chapitre traitant de la traduction (cf.-chapitre 4), par deux sortes de traductions à la fois distinctes et liées : une traduction paratactique ou morphématique- - dans les cas où le traducteur se concentre sur la forme du mot à traduire - et une traduction syntaxique ou contextuelle - lorsque les mots sont pris dans leur contexte, à la fois thématique et morphosyntaxique. De nombreux exemples confirment cette démarche résumant le problème qui existe entre la forme d’un mot (sa catégorie grammaticale et les informations morphosyntaxiques qu’elle affiche) et sa fonction syntaxique et sémantique dans la phrase. Le traducteur est ainsi confronté à la gestion de la variance dont nous avons parlé en introduction de cette deuxième partie, et plus généralement des formes jugées équivalentes ou du moins interchangeables. Dans sa démarche, il fait appel, pensons-nous, au processus d’analogie, que celle-ci soit « formelle » ou « contextuelle ». Ainsi, le traducteur rapproche les formes qu’il rencontre d’éléments formellement comparables dans un processus d’analogie intralinguistique. Mais cette reconnaissance visuelle et sémantique du mot s’étend à une identification analogique interlinguistique. Ainsi, certaines analyses erronées peuvent aussi naître d’une ressemblance formelle entre les éléments de la langue source et ceux des langues cibles. Ceci atteste l’existence pour le traducteur de correspondances visuelles d’une langue à l’autre. Un facteur autre que cette reconnaissance formelle oriente la traduction et s’inscrit dans un processus d’analogies que nous pourrions appeler « fonctionnelle » et « sémantique ». 607 Leçon proposée : employer (confirmée par M 36, §215). <?page no="221"?> 211 C’est-à-dire que dans le cas de formes polysémiques, homonymiques ou difficilement analysables, l’interprétation des formes est guidée par leur entourage morphosyntaxique ainsi que par l’économie et le sémantisme de la phrase. Nous avons choisi quelques exemples de chaque processus d’identification afin d’illustrer ce que nous venons de présenter (pour l’analogie intralinguistique, voir notamment les exemples traités dans notre analyse de l’affixation lexicale, 5.1.2.3.1). 5.3.1 Identification analogique interlinguistique 5.3.1.1 Ressemblances avec l’anglais : faux amis L’existence de faux amis amène le traducteur à opérer des calques sémantiques. lierre - Lierre, cas sujet de larron « voleur » (< LATRONEM ), est compris ici comme « menteur », certainement à cause de la ressemblance avec l’anglais liar (< O. E. leogere ; substantif du verbe leogan « mentir », OED s.v. liar), mot avec lequel il partage des similitudes formelles et le sème de tromperie : (206) For he that hym rejoyceth is an openlyer on god and from hym wole take his glorie as we shal say her aftyr/ Quia qui se gloriatur est aperte mendax dei et ab ipso (scilicet deo) vult suam (scilicet dei) gloriam tollere sicut nos dicemus postea Car qui se vante est apertement lierres deu et li veut sa gloire tolir si com nous disoms pieça/ . (f.-90v) laid - C’est l’hypothèse d’un calque sémantique qui semble permettre d’expliquer l’interprétation de laid (< laiþ (ancien bas francique) « désagréable, gênant, repoussant »), qui, loin d’indiquer uniquement le sens de laideur morale et physique que ce mot a en ancien français, prend dans notre traduction le sens de « sot, imprudent, idiot ; ignorant, insensé » 608 . En effet, le lexème laid est à une occasion traduit par une paire synonymique : insipiens, unwys or lowde. (207) The fourthe braunche of this bough (…) is avaunt or bost that fulle lowde synne and to god and to the worlde This boster is the cokkowe that can not synge but of hymself This synne is unwys or lowde in hym that by his owne mouth prayseth hymself Quartus ramunculus de iste ramo (…) est pompositas que est multum insipiens peccatum et deo et mundo Iste pomposus est cuculus qui nescit cantare nisi ex de seipso. hoc peccatum est insipiens in illo qui per suum proprium os se collaudat Le quarte chion de cest branche (…) est vantance qui est mult laid pechié et a dieu et a monde / Li vantierres est li cucus qui ne sciet chanter fors de soy. / Cest pechié est laid en celui qui par sa propre bouche se vaunte (f.-33v) 608 Les traductions en latin et en anglais sont les suivantes : unwys : « indiscret, imprudent ; idiot, bête, insensé » (MED ; OED) lewde : 1) « laïc, illettré, ignorant ; de basse extraction » ; 2) « Stupide, qui manque de jugement ; sot, fou ; laid ; mauvais, malhonnête » (MED ; OED) fatuus : « imprudent ; sot, sans esprit, idiot » (TLL) insipiens : « qui manque de discernement, de raison ; sot, stupide » (TLL) <?page no="222"?> 212 Le traducteur tente ici de rendre les sens d’« idiot, bête, insensé » et « ignorant, déraisonnable », comme l’indiquent les autres lexèmes traduits de la même manière, à savoir sot (f.-40r) et fol (ff.-33r, 69r, 71r, 81v). C’est ce même sens qui est présent dans les différentes traductions de cet adjectif : (208) Ferst braunche wher thurghe man synneth in etynge byforeth’oure it is fulle unwys thyng of aman that hath age whan he may abyde th’oure to ete Primus ramus unde quis peccat in comedendo ante horam est nimis fatua res/ hominis qui habet etatem quando potest expectare horam comedere La premier branche dont l’en peche en mangier avaunt eure est trop laide chose d’omme qui a eage quant puet attendre eure de manger (f.-78r) (209) Aftir comythe synne of avauntaunce whiche is fulle greet and greet folye fulle gret et falsenes and ful greet vilanye. it is ful grevous Postea venit peccatum de magnificacione quod est nimis grave et magna fatuitas/ magna falsitas/ et magna rusticitas/ illud est nimis grave/ Aprés vient le pechié. de vantance qui est mult granz et mult laide/ . mult faus et mult vilains il est mult grant / . (f.-90v) (210) For of tho goodis he might have gotyn heven whiche he gevith for a lytel delectacione and that is ful lewde Quia de (ex) illis bonis ipse potuisset adquirere celum quod ille dat propter unam parvam delectacionem . et illud est nimis fatuum Car de ces biens il purroit acquere le ciel que il done pur .i. pou delit/ . et si est mult laide pechiéz (f.-90v) La lexicographie de l’ancien français 609 , pour le lexème laid, ne semble pas prendre en compte cette notion de « sottise » ou de « déraison », mais insiste plutôt sur les idées de laideur physique et morale ou de corruption. Il n’est cependant pas possible ici de dégager de contextes particuliers qui pourraient expliquer ce choix. L’attestation du binôme synonymique présent dans le premier exemple proposé, unwys or lowde, permet d’expliquer en partie ce traitement particulier de laid. En effet, la moitié des occurrences présente la traduction anglaise lewde. Or, cette traduction est utilisée dans notre texte tant pour « laïc » que « laid » 610 , et possède en effet un sémantisme assez large comprenant ces deux sèmes. De plus, l’étymologie de cette forme semble problématique : la lexicographie anglaise ne tranche donc pas pour l’homonymie et les deux sens sont considérés comme faisant partie d’un seul mot, classés de fait sous une seule entrée (MED, OED). Une correspondance existe en français et se trouve dans la paire lai (« laïque, illettré » < LAICUS ) et laid (« hideux, etc… » < germ. Leid). L’« homonymie » semble donc trouver une correspondance pour notre traducteur dans les deux langues. Il est probable que nous nous trouvions ici devant un calque sémantique, laid prenant ainsi le sens qui lui manque, celui d’« idiot, stupide ». 609 Nous avons consulté les ouvrages suivants : AND2, FEW, TL et Gdf. 610 Voir par exemple la citation suivante : and this boke is more made for lewde men than for clerkis et iste liber est magis editus (factus compositus) propter laicos quam propter clericos et cist livres est plus fet pur les lais que pur les clers (f.-70v) <?page no="223"?> 213 5.3.1.2 Ressemblances avec le latin : identification étymologique Pour le latin, nous pouvons noter une conscience de l’appartenance étymologique ou de la ressemblance entre les langues semblable à celle observée plus haut pour l’anglais, et celle-ci peut mener à une analyse particulière. sueur - Le mot sueur, qui signifie dans le contexte de notre texte « peines que l’on se donne pour réussir en qcch » (< SUDOR « sueur ; travail, difficulté, effort » ; FEW XII 398b, 1226), semble avoir été compris avec le sens de « temps consacré au sommeil, somme » (sompnum, slepe) : (211) The fourte is thynkynge whan man is thenkynge that that he lovith not but to lye in his bed and to reste and to slepe other while he is sette to bysynes But had lever lese foure masses than oo slepe oo […] Quartum est cogitacio quando homo est cogitans hoc quod ille non amat preter jacere suo lecto et quiescere et dormire aliquando est ille positus ad operaciones Sed magis vellet perdere quatuor missas quam unum sompnum unam dormicionem. Le quart est pensantume 611 quant li hons est pensans 612 se que il n’aime fors gesir en son lit 613 et reposer et dormir aucune fois est il assés aus besongnes 614 . Mes miex voudroit perdre .iiii. messes que un sueur .i. dormur 615 (f.-48v) Considérant la correspondance dormur/ dormicionem, on pourrait imaginer une correspondance identique pour sueur, non pas avec sompnum mais avec sopor, dont sueur est d’ailleurs potentiellement la forme héréditaire. Cependant, cette éventualité d’une forme héréditaire du latin SOPOR est à écarter, la lexicographie n’en donnant aucune trace (absent de FEW XII, 105a, Gdf, TL et AND2). Il faut toutefois se demander si ce n’est pas l’analyse de ce lexème qu’a fait le traducteur, habitué à la gestion des ressemblances entre les deux langues et certainement aidé par la présence en juxtaposition de la forme dormur. ment - Le substantif nient (« rien ») est identifié, peut-être lors de la copie déjà, comme la forme ment, prenant le sens d’ « esprit » comme le démontrent les traductions latine et anglaise mentis et mynde. (212) The sexte is cowardnes In this synne ben they that han drede of mynde that dar not by gynne to do wel Sextum est pusillanimitas. In hoc delicto sunt illi qui habent timorem mentis qui non audent incipere bene facere La siste est pusillanimité. En cest vice sont cil qui ont paor de ment qui n’osent comencer bien a fere. (f.-48v) M (35, §84) : neant. 611 M (35, 57) : pesentume. 612 Ibid. : pesenz. 613 Correction par le scribe : ajout de son lit, suo lecto et in his bed dans la marge, en regard les uns des autres suivant la mise en forme habituelle. 614 M (35, 62) : Aucunes foiz sont il assez esveillié es besoignes du monde, mes il sont endormi es besoignes Dieu. 615 M (35, 64) : une sueur ou un dormir. <?page no="224"?> 214 Néanmoins, cette forme n’est pas attestée avant le XVI e siècle(FEW VI 1 708b) : il est donc probable que cette analyse par notre traducteur naisse d’une correspondance avec la forme mens, mentis du latin. 5.3.2 Analogie fonctionnelle L’identification de la catégorie grammaticale et de la fonction de l’élément à traduire est à plusieurs reprises conditionnée par celle des formes voisines. De manière générale, les éléments coordonnés dans une énumération ont tendance à être compris comme jouant le même rôle morphosyntaxique. Dans l’exemple suivant, la formulation curre sus est comprise comme une variante de courroux : (213) The fourte braunche of covetyse is clepid […] and wrathe to oþer of unright. Quartus ramus de avaricia est vocatus […]et iracundia alteri ex injuria. Le quarte branche d’avarice est apelé chalonge et curre sus autrui a tort. (f.-60r) Il faut ici cependant corriger la leçon du texte français puisque les versions auxquelles nous avons eu accès proposent courre autrui seure (M 36, §106 ). Il s’agit donc ici d’un syntagme verbal, curre sus, sur le modèle de celui que l’on trouve plus loin dans le texte et que le traducteur identifie correctement : (214) they ben more cruel than helle whiche devourethe not but helle but these sechen above to the good illi sunt magis crudeliores quam infernus qui non devorat preter quod malos/ sed isti querunt super ad bonos il sont plus cruel que enfer qui ne deveure que les mauvés. mes cist querent sus aus bons (f.-95r) Il est probable que dans sa réception, le traducteur se soit laissé influencer non seulement par la forme graphique de cette expression - une agglutination des deux éléments (curresus) entraînant une similitude avec les substantifs désignant la colère ou celui qui la ressent 616 - mais aussi et surtout par la présence, en position coordonnée, d’un substantif précédant cette formulation : est apelé chalonge et curre sus. Cette tendance est d’autant plus claire lorsque l’une ou l’autre des formes qui l’accompagnent présente une forme similaire ou identique : (215) But in a good cause may oon swere without sinne or in doom or they be requiered of the trouthe or without doom Sed in bona causa potest unus jurare sine peccato, vel in judicio vel eis perquisitum fuerit de veritate, vel sine judicio Mes a bone cause puet on jurer sanz pechié · ou en jugement · ou l’en demandé sereinent 617 de verité · ou hors de jugement (f.-10r) 616 Les formes attestées dans l’AND2 sont les suivantes : corus, corot, coroz, corouce, corous, corouz, coruce, corusce, coruse, coruss, coruz ; courous ; corrouz ; curuce, curus, curut, curuz ; curruz (AND2, sv. corus « colère ») coreceous, corechos, coreços, coreçous, coreçus, coresçus, coreiços, coreiçus ; coriceous, corisous ; coroçous, corouceous, corouçous ; curceus, cursus ; cureiçus, curesçus, curuçus (AND2, sv. [corusus] « en colère ») 617 Lecture proposée ou l’en demande serement de verité (confirmée par M 10, §14). <?page no="225"?> 215 Dans cette citation, la deuxième occurrence de la forme ou - adverbe relatif- - est rapprochée par le traducteur de la première - conjonction de coordination-- : elle est ainsi analysée de manière erronée et traduite par vel et or. Cette interprétation est probablement aidée non seulement par la ressemblance graphique qui existe entre les deux formes mais aussi par leur proximité syntaxique. Ce processus peut conduire à une complète réinterprétation de plusieurs éléments : (216) He is lyke to hym þat dare not entre or fele for the snayle that shewith his hornes Ille assimulatur illi qui non audet intrare vel sentire propter limacem qui monstrat sua cornua Cil resemble celui qui n’ose entrer ou sentier pur le lymaz qui mostre ses cornes (f.-49r) Le syntagme verbal entrer ou sentier est compris comme une coordination de deux verbes à l’infinitif.-La forme ou (amalgame de en le) est prise pour le coordonnant ou, et sentier (< *semitariu) pour l’infinitif du verbe sentir (simplification du digraphe ie en anglonormand). Il est probable que la présence d’un verbe à l’infinitif (entrer) ait influencé la réception des formes qui le suivent (ou sentier). Cette lecture contextuelle semble cependant se faire de façon linéaire et non dans une lecture globale de la phrase qui conduirait à la prise en compte des éléments qui suivent chaque terme à traduire. Nous avons déjà vu ce phénomène en ce qui concerne l’accord des verbes (voir supra) et nous pouvons l’observer dans l’exemple suivant : (217) That is to wite presumpcion that maketh over large the mercy of oure lord and to take lytel hede of his ryghtwysnes hoc sciendum est presumpcione qui facit nimis largam misericordiam dominum nostri et modice vacare suam justiciam. C’est assavoir presumpcion qui fet trop elargier la misericorde nostre seignur et pou prisier sa justice./ (f.-44v) L’infinitif elargier, de la subordonnée infinitive elargier la misericorde nostre seignur, a été considéré comme un adjectif. Il est possible que ce soit la construction faire + adverbe + élément qui ait conduit à cette interprétation (voir supra, 5.2.1.2). L’intérêt majeur de ce passage est qu’il indique que, contrairement à ce que nous avons vu dans les trois exemples précédents, la présence d’un élément semblable - ici une seconde subordonnée infinitive (pou prisier sa justice) attestant une structure identique à la première - n’influence pas la traduction de ce qui précède. 5.3.3 Analogie sémantique Les cas d’analogies sémantiques sont plus complexes à déceler. Chaque mot, dans l’interprétation particulière qu’en fait le traducteur, a vraisemblablement été analysé en partie grâce au contexte sémantique dans lequel il s’inscrit, mais rares sont les exemples qui nous permettent d’illustrer ce fait. Conter - Le verbe conter (< COMPUTARE ) apparaît dans ce texte avec les sens de « calculer » et « narrer », sens que l’étymon connaît dès l’époque médiévale 618 . Cette forme conter est employée jusqu’en moyen français pour ces deux sens qui ne se distinguent dans la graphie 618 Cf.- D U C ANGE , t. 2, 473a ; MLW s.v computo. <?page no="226"?> 216 qu’à partir du XVI e - siècle, où la forme relatinisée compter remplace la forme héréditaire pour le sens de « calculer ». Dans notre corpus, il est possible dans la plupart des cas, et grâce au contexte, de différencier les sens suivants : « calculer, faire les comptes » (cit. 218, 219) et « faire le récit de ; relater » (cit. 220, 221) : (218) And that is werst they wole acompte two tymes or thre in the yere to make ascende tho usures. Et quod pejus est volunt computare duobus temporibus vel tribus anni ad faciendum ascendere illas usuras. Et que pis est vuelent conter .ii. fois ou .iii. l’an pur fere monter les usures. (f.-53r) (219) That stelen the amendes and hem with holden from her lordis and reken more in mises and in expenses in many resceites qui furantur emendaciones et illas retinent abs suis dominis et computant magis in misis et in expensis in multis receptis qui emblent les amendes et les retiennent a leur seignours et content plus en mises et en despenz en maintez receptez (f.-57r) (220) If thou wilt in suche wyse the remembre thou shalt se that thou hast many moo[r] Tymes synned in suche wyse of pryde that is callid despite that thou shalt thou shalt not conne counte hem Si tu vis in tali modo recordare tu videbis quod tu multociens plus fecisti peccatum in tale modo superbie qui vocatur despeccio quod tu ne tu ne scires computare Si te veus en tel manere recorder / tu verras que tu auras plus de fois pechié en tele manere d’orgueil qui est apelé despit que tu ne saveroies raconter. (f.-33r) (221) Ho that takith good hede in alle these goodes of kynde that I have shortly rekenyd synneth by vayne Qui bene capit intencionem in omnibus istis bonis nature que breviter computavi peccat per vanam Qui bien prent garde en toutz ces biens de natur que j’aie brevement conté pechie par vaine 619 (f.-37r) Le traducteur ne fait généralement pas de différence entre ces deux emplois 620 , qu’il traduit indistinctement en latin par la forme transparente et étymologique computare et en anglais par la forme transparente counten (« compter, énumérer ; rendre des comptes ; raconter (une histoire, la vérité) » ; OED) et la forme équivalente rekenen « énumérer ; raconter, dire ; calculer, compter » ; OED). Dans un passage, cependant, il prend en compte le sème de narration et traduit le verbe conter par un binôme synonymique - computant et narrant : (222) And they sounen a speche curiouse of hem that so gladly counten tytyngis whiche ful often bryngen the hertis to unrest of them that hem herken and maken the telleris ful often to be haldyn for folis and for lyeris Aftyr be the tales and the fayre wordes Et si resonent unam loquelam curiosam de illo qui tam libenter computant (narrant) novas que multociens mittunt corda […] eorum qui eos ascultant et faciunt 619 Leçon proposée : vaine gloire (confirmée par M 32, §425). 620 Les traducteurs de BVV et AI font quant à eux la différence, même si les choix ne sont pas les mêmes : BVV : « conter1 » : acount/ « conter2 » : reken ; AI : « conter1 » : reken/ « conter2 » : tell. <?page no="227"?> 217 narratores multociens tenere pro stultis et pro mendacibus/ Post sunt narraciones et pulcra dicta Et si resont 621 unes paroles curieuses de seuz qui tant volentiers content nouveles que souvent metent les cuers a mesaise de ceus qui lé escoutent et font les recountours sovent tenir pur foules et pur meinturs. Aprés sont les contes et les biaus diz (f.-89v) Les particularités qui peuvent induire le traducteur à rendre ce verbe par des équivalents latin et anglais adaptés - et peut-être simplement lui permettre de le faire - sont le contexte sémantique (avec son développement sur les péchés de la langue), ainsi que peut-être le contexte phraséologique : conter des nouvelles. 5.4 Conclusion Pour clore ce panorama des caractéristiques de la langue de notre traducteur, il nous faut préciser que nous ne pouvons reconstruire que ses compétences passives, c’est-à-dire ce qu’il admet sans peut-être pouvoir le justifier. Il est en effet confronté à un texte qu’il ne comprend pas toujours, qui lui est livré dans une copie peut-être déjà corrompue, et dont la langue est sous certains aspects désuète. Tout nous porte à croire qu’il n’a pas conscience de ce décalage, étant certainement habitué à traiter des textes variants : il s’agit toujours pour lui de français, quelle que soit la variété de langue qui y est illustrée. Cela nous semble significatif de l’ouverture dont il fait preuve - ouverture peut-être caractéristique du français d’Angleterre qui admet de nombreuses formes concurrentes - et qui le conduit à choisir le texte pour le signifié, et non pour la langue. Les difficultés du texte source le poussent à faire des approximations et des équivalences : il joue du flou des catégories pour parvenir à une traduction acceptable lorsqu’il se trouve dans des impasses. Ce sont ainsi ses maladresses de traduction qui permettent d’évaluer sa compétence en français. Ce que nous pouvons observer est donc une dialectique entre deux « grammaires » : sa grammaire « floue » qui s’appuie sur l’analyse et sa grammaire de perception du sens. Les deux éléments se renforcent l’un l’autre. L’appréhension de la langue par notre traducteur est sous-tendue par trois mécanismes d’identification des formes rencontrées, à savoir une réception formelle axée sur la racine du mot - généralement sans prise en compte de la présence d’éventuelles informations morphologiques--, une analyse de ce mot dans l’économie de la phrase selon son contexte sémantique et morphosyntaxique, et une identification de la forme basée sur d’éventuelles correspondances intralinguistiques - formes apparentées, potentiellement jugées comme faisant partie d’une même famille dérivationnelle - et interlinguistiques - perception de la ressemblance avec une forme latine ou anglaise connue. Ces habitudes sont en partie confirmées par la comparaison de ces résultats non seulement avec les phénomènes attestés dans d’autres traductions, mais aussi et surtout avec les caractéristiques de certains textes insulaires et les leçons des manuels scolaires contemporains ou antérieurs à notre texte. 621 Interprétation inadéquate : la forme verbale resont a été identifiée comme la 3 e p. pl. du verbe resonner (voir supra, §5.1.2.3.). <?page no="228"?> 218 Au niveau de la réception des formes, un pointage opéré sur les formes proposées par deux autres traductions de la Somme le Roi à notre disposition - The Book of Vices and Virtues (= BVV) et l’Ayenbite of Inwyt (= AI) - a permis de révéler des caractéristiques similaires à celles que nous avons mises au jour pour notre traduction, notamment au niveau de l’identification des graphies à travers un filtre anglo-normand 622 . Sans aller jusqu’à considérer les profils de ces trois traducteurs comme équivalents, nous pouvons cependant envisager une parenté dans leurs mécanismes de réception. Plus généralement, en ce qui concerne la production même de documents, une réception globale du mot dans son contexte a été postulée par W. Rothwell pour expliquer certaines graphies attestées dans des écrits anglo-normands et jugées erronées ou déviantes par les philologues modernes. Le scribe anglo-normand tendrait à se concentrer « on the complete word rather than on the individual letters which go to make it up, treating the word not in isolation, but situating it in its context » ( R OTHWELL 2004 : 4). (223) In reality, the essence of Anglo-French lies not in sound-values deduced selectively from rhymes and considered in isolation, independently of meaning, but in complete words having widely accepted semantic content embedded in a recognizable syntactical framework so as to constitute a viable means of communication. Sound and form in Anglo-French may be variable, its syntactical system may not conform to what philologists in the past would have us believe to have been a uniform form of French current throughout medieval France, a credo now increasingly under threat, as will be shown, yet its consistent semantic structure nevertheless guaranteed its intelligibility for those who used it. The concern of those who compiled the voluminous body of documents of all kinds in later Anglo-French that are an anathema to the traditional philologist was not to display their command of the minutiae of an imagined rigid orthographical conformity, but to communicate, and their work would be valued by their own and subsequent generations for its content, not its spelling ( R OTHWELL 2004 : 6 [nous soulignons]). Selon W. Rothwell, c’est donc par le contexte et sans s’arrêter aux imprécisions graphiques que le lecteur médiéval anglo-normand appréhenderait le texte qu’il a sous les yeux. Il souligne, dans ce processus, la possibilité d’une rupture entre le son et le signe engendrée par une tradition exclusivement écrite de la langue française : (224) If the repeated error in this particular Anglo-French text [= the Rotuli Parliamentorum] is scribal rather than editorial, it would be an illustration of the fundamental difference between the written forms of a language based on the spoken vernacular of continental France, despite all its dialectal divergences, and the Anglo-French variety passed from one generation to another by scribes nurtured on Latin (…), who spent their days with pen and parchment and might well have never heard the word in question spoken by a native speaker of French ( R OTHWELL 2004 : 52). La production de documents est répartie dans un continuum qui englobe des textes dans lesquels il est parfois difficile de savoir à quelle langue un mot appartient 623 - emprunts, calques, alternances codiques - et d’autres rédigés dans une langue mixte formée de termes anglais, français et latins dans des combinaisons variées. Comme l’indique L. W RIGHT , « it is easier to find macaronic documents from the late Medieval period in Record Offices 622 Voir N ISSILLE 2007. 623 Voir R OTHWELL 1994, 2001b. <?page no="229"?> 219 than it is to find monolingual texts » (1992 : 2). Cette langue mixte semble être un mode de discours spécifiquement choisi comme moyen approprié pour la communication 624 . Dans le processus de réception de cette variété linguistique, la communication semble être basée sur des affinités visuelles entre les mots ou les radicaux partagés par deux ou trois des langues de la situation linguistique. Ceci est mis en œuvre par l’exploitation des formes apparentées étymologiquement et l’utilisation fréquente et simplifiée du système d’abréviations et de suspensions. Ces deux éléments assurent « the visual mapping of one language onto another » ( W RIGHT 2000 : 155). Ainsi, cette réception dépend de la reconnaissance du radical du mot par le lecteur, qui peut alors se concentrer sur le contenu sémantique sans prise en compte des informations morphologiques des matériaux, lecture favorisée par une syntaxe claire et simplifiée 625 . Le même type d’usage de la correspondance interet intralinguistique est attesté dans les manuels de langue du français en Angleterre à cette époque, ce qui nous permet de rapprocher l’enseignement dispensé à l’aide de ces manuels de toute la production à laquelle nous venons de faire référence. Les indices contenus dans ces manuels nous offrent un panel d’utilisation de ces correspondances, qu’elles soient volontaires ou accidentelles. Nous avons tout d’abord pu observer l’utilisation didactique des correspondances entre les diverses langues comme stratégie d’enseignement chez Palsgrave et dans le Femina dans la première partie de ce travail (2.3.2). Pour ce qui est d’un éventuel enseignement explicite concernant les similitudes interlinguistiques, des leçons du Tractatus (cit. 225) et de l’Orthographia Gallica (cit. 226, 227) attestent du lien entretenu avec le latin ainsi que de la perception de la graphie du français en Angleterre. On y incite le scribe à appuyer sur les correspondances avec le latin lors de l’encodage du français : (225) §26. Item quelibet diccio gallica concordans latino in quantum poterit debet sequi scripturam latini ( P OPE 1910 : 193) (226) L85 : Item pro majori parte scribetis gallicum secundum quod scribitur in latinis, ut « compotum » acompte, « septem » sept, « prebenda » prebendre, « opus » oeps, etc. ( J OHNSTON 1987 : 17) (227) F63 : et en plusours lieux acorderés ove le latyn, come « septem » sept, « prebenda » prebendre et serra soné provendre. ( J OHNSTON 1987 : 36) Même si Y. C AZAL et al. voient majoritairement dans ces exemples une volonté de revendiquer l’étymon qui pourrait attester une « émancipation de la langue écrite par rapport à la langue orale » dans un processus de stabilisation linguistique, ils mentionnent néanmoins comme résultat le calque visuel stipulé par L. Wright (cf.-supra) : (228) C’est ainsi tout d’abord que les lettres étymologiques, en arrimant les mots à leur étymon latin - dont le sens est connu de tous--, confèrent au français écrit une stabilité dont l’oral (et une orthographe phonocentrée) est dépourvu. L’oral, en effet, est mouvant, mutable dans le temps et dans l’espace. Il n’est pas indifférent à cet égard que le traité Orthographia Gallica soit composé en Angleterre, destiné à des scribes pour lesquels le français, langue officielle, est une langue seconde, 624 R OTHWELL 1994 : 50-3. 625 R OTHWELL 2001a : 18, 2001b : 555. <?page no="230"?> 220 non maternelle et qu’eux-mêmes ou leurs lecteurs ne pouvaient identifier avec certitude un mot d’après sa prononciation. S’il s’agit en effet de doter la langue française écrite d’une aire de diffusion la plus large possible, une graphie ainsi latinisée a le mérite de rapprocher le mot d’une langue stable et d’en permettre l’identification à l’œil (et non plus à l’oreille) ou à l’esprit 626 , quel que soit le vernaculaire du lecteur (2003 : 106 [nous soulignons]). Une autre forme de prise en compte des similitudes formelles apparaît dans l’Orthographia Gallica sous la forme d’une mise en garde contre les homonymes et paronymes : (229) L50 : Item diversitas scripture facit differenciam aliquarum diccionum, quamvis in voce sint consimiles, verbi gracia ciel, ceel ; seel, seal ; celee, ceele ; coy, quoy velquoy ; moal, moel ; cerf, serf ; veile, veille ; vile, ville ; brahel, brael ; herde, erde, enerde ; essil, huissel, assel ; nief, neif, neof ; baaile, baile, bale ; litter, littere ; forveier, forrier, foriere ; raster, rastuer ; mesuere, mesiere ; piel, peel ; berzis, berzize ; grisil, grele ; towne, tonne ; neym, neyn. ( J ONSTON 1987 : 15) (230) L86. Item habetur diversitas inter apprendre, prendre et reprendre ; oez, oeps ; vys et huys ; kynil et kenil. (ibid. : 18) (231) L90. Item habetur diversitas inter estreym (strawe) et estreyn (hansel) (ibid.) Enfin, certains de ces manuels présentent des fautes ayant pour origine une analyse interou intralinguistique. Ainsi, dans l’index du Femina l’adverbe maintenant est analysé en maint + tenant ; dans plusieurs copies du Tretiz de Bibbesworth, la forme esche « appât, amorce » est glosée par ameçon, certainement par assimilation avec hook 627 . Ce parallèle entre enseignement et production textuelle soulève la question du lien que peuvent entretenir les étapes d’apprentissage de la langue et de l’application de cet apprentissage. En effet, il faut envisager la possibilité que l’utilisation d’une langue mixte dans la production soit un résultat de stratégies ciblées d’acquisition de la langue, ou du moins en soit révélatrice. En retour, ces stratégies pourraient privilégier les structures communes aux trois langues afin de répondre à des besoins linguistiques adaptés à la production des textes mixtes. L’efficacité serait donc au centre des préoccupations. Il reste à se pencher sur la manière dont s’est faite cette formation. S’agit-il de l’application de méthodes enseignées dans un processus d’acquisition de la langue ou d’une tendance spontanée, naturelle et logique ? Ces deux solutions ne sont pas exclusives. Il nous faut bien évidemment garder à l’esprit que dans une société plurilingue, dans laquelle une voire plusieurs des langues doivent être scolairement apprises, il est plus qu’habituel de favoriser des structures et caractéristiques communes afin de permettre une compréhension interlinguale maximale. De plus, des méprises telles que celles observées dans ce chapitre ainsi que l’exploitation de similitudes formelles et de liens étymologiques font partie du processus d’acquisition d’une langue étrangère. Ces hypothèses doivent donc être manipulées avec prudence, mais elles suggèrent fortement un enrichissement mutuel entre l’enseignement et la production de documents, basée sur des similitudes linguistiques. 626 « À cet égard, on peut appliquer à notre corpus de textes littéraires la remarque que fait C.-T. Gossen à propos des rédacteurs de chartes médiévaux : « Le souci principal des scribes médiévaux était donc moins de transmettre certains phonèmes que de transmettre une charge sémantique », « Méditations scriptologiques », Cahiers de Civilisation Médiévale, 22, 1979, p.-265 ». 627 Voir à ce propos N ISSILLE 2010. <?page no="231"?> 221 6 Étude de cas : analyse partielle des sous-systèmes des démonstratifs, des articles et des pronoms personnels Les résultats obtenus lors de l’étude du profil du traducteur ainsi que des facteurs principaux susceptibles de guider sa réception du lexique et des structures du français (cf.-chapitre 5) ouvrent la voie à des analyses plus précises de phénomènes propres à la langue source. Il ne s’agit donc plus de révéler le profil linguistique du traducteur, qui faisait l’objet du chapitre précédent, mais d’observer de quelle manière il influence sa traduction. L’objectif de ce chapitre est donc de circonscrire la « grammaire » que révèle le traitement des trois systèmes partiels suivants : les pronoms personnels de 3 e et 6 e personnes, les pronoms-adjectifs démonstratifs et les articles définis. L’intérêt majeur de ces trois microsystèmes pour une étude de ce type réside avant tout dans leurs origines et leurs caractéristiques communes. Tous trois sont en effet issus du réaménagement d’un système de formes latines apparentées qui, qu’elles soient déictiques, anaphoriques ou intensives, peuvent être en latin à la fois pronom et déterminant. Leur lente réorganisation au cours de la formation des langues romanes a amené les formes à se répartir sur un axe pronom-déterminant, et donc à spécialiser leur fonction. Les soussystèmes que le traducteur doit décrire dans sa synchronie se situent ainsi à un carrefour de tensions, puisqu’ils partagent avec ceux du latin des ressemblances étymologiques mais s’en distancient au niveau fonctionnel. Cet état de fait oblige le traducteur à les explorer dans leur fonctionnement par le biais des équivalents et des correspondants, c’est-à-dire en faisant jouer dans sa traduction toute la gamme des dominances, des résistances et des émergences. L’autre intérêt de ces microsystèmes réside dans leur organisation. En effet, celle-ci est suffisamment éloignée de l’organisation des microsystèmes anglais équivalents pour que la traduction soit exempte de formes étymologiquement semblables et que les choix opérés par le traducteur expriment exclusivement la fonction qu’il leur attribue. 6.1 Méthode d’analyse et résultats attendus Nous serons spécialement attentive aux cohérences et aux incohérences dans le traitement par le traducteur de ces trois sous-systèmes : ceux-ci étant complexes et intimement imbriqués tant au niveau de leur forme qu’au niveau du rôle qu’ils assument dans la phrase, ils constituent un bon support à l’analogie et à la réinterprétation. Nous chercherons à dégager dans la réception de ces formes non seulement les tendances communes, mais aussi les cas particuliers qui s’en détachent. Dans une démarche à la fois quantitative et qualitative, nous nous efforcerons de tirer des conclusions à partir de certaines tendances générales se dessinant dans le nombre d’occurrences d’une traduction pour une forme donnée tout en faisant appel à des exemples particuliers, révélateurs selon nous de la perception du traducteur de certains phénomènes bien précis. Pour ce faire, la méthode choisie est celle de l’exhaustivité. Seul un répertoire de toutes les occurrences pour un même phénomène, analysé dans son contexte, permet une réelle vue d’ensemble et une compréhension de la cohérence dans le traitement du corpus. En effet, si les particularités de chaque exemple pris séparément peuvent être expliquées en faisant appel à de multiples facteurs, les similitudes et les parallèles qui existent entre ces exemples permettent, quant à eux, de proposer un schéma cohérent en ce qui concerne la démarche suivie par l’auteur de ce manuscrit. Un corpus exhaustif a donc été élaboré <?page no="232"?> 222 pour chaque forme de chaque sous-système 628 . Nous avons reporté les informations quantitatives qui découlent de son analyse dans un tableau en y indiquant le nombre d’occurrences pour chaque traduction. Il faut noter que ces décomptes sont établis sur le nombre d’occurrences effectives, c’est-à-dire qu’ils ne tiennent pas compte de l’absence de traduction dans l’une et/ ou l’autre langue cible - absences générées par des lacunes dans les connaissances linguistiques du traducteur--, l’abandon passager de la traduction en anglais ou simplement le choix par le traducteur de ne pas traduire l’élément du texte cible, dans le cas des articles, par exemple. C’est ce qui explique, à plusieurs occasions, la discordance entre les nombres d’occurrence en français et dans les langues cibles. Les tendances émergentes ont été mises en évidence, dans un souci de lisibilité immédiate, par l’intensité du grisé. Puisque nous ne connaissons pas la grammaire du traducteur, et que c’est elle que nous souhaitons dégager, nous avons choisi de ne pas l’identifier par anticipation avec celle que les études nous dépeignent pour l’époque présumée de rédaction de cette traduction. C’est pourquoi, plutôt que de comparer la grammaire des microsystèmes du texte source et de la traduction afin de mesurer d’éventuels décalages entre la langue du XIII e -siècle et celle du XV e -siècle anglo-normand hypothétiquement reflétée par la plume de notre traducteur, nous mettrons l’accent sur des phénomènes plus globaux susceptibles d’encourager ou de limiter le traducteur dans sa réception de la langue source : à savoir les diverses irrégularités et variations des formes composant ces sous-systèmes, la présence ou le manque de symétrie dans leurs paradigmes ainsi que les ressemblances ou les différences qui existent entre ces microsystèmes en français et ceux opérant dans les langues cibles. Nous nous limitons donc à postuler, au niveau des connaissances susceptibles de guider la réception grammaticale et sémantique du traducteur, trois grands processus sur lesquels nous pouvons compter et que nous avons observés dans le chapitre précédent : la réinterprétation analogique des morphèmes par leur mise en parallèle avec des formes semblables, leur analyse étymologique et, éventuellement, leur comparaison avec les structures de la langue maternelle du traducteur. C’est l’application croisée de ces diverses grilles de lecture qui nous semble susceptible de diriger sa réception empirique des sous-systèmes des démonstratifs, des pronoms personnels et de l’article défini. À partir de ces résultats, nous tenterons d’appréhender la réception par notre traducteur de formes en présence dans une dynamique diachronique. Il faut bien évidemment préciser qu’il serait illusoire de chercher à situer précisément ce système dans l’évolution habituellement décrite pour le français : celle-ci est marquée par des systèmes en concurrence, qui plus est différents selon les régions et les domaines d’application de la langue. Cependant, d’éventuelles tendances émergentes, une cohérence dans la répartition des formes, la présence ou l’absence de spécialisation formelle ou fonctionnelle, etc. pourront certainement nous indiquer si nous nous trouvons bien en présence d’une variété linguistique ancrée dans un lieu et une époque ou s’il s’agit, comme nous l’avons vu dans la conclusion du chapitre précédent, d’une perception des phénomènes en présence par le traducteur issue d’une expérience forgée par des lectures. Si tel est le cas, nous pourrons observer une « grammaire » élaborée sur la base de systèmes multiples rencontrés dans 628 Voir N ISSILLE 2009 (annexe 4). <?page no="233"?> 223 la lecture de textes appartenant certainement à des traditions différentes et nourrie par l’analogie interet intralinguistique que le traducteur a pu dégager. Afin de mettre en perspective les résultats obtenus dans notre étude avec les courants généraux d’analyse de la langue française au Moyen Âge et au début de la Renaissance, nous indiquerons les éventuels parallèles attestés dans les manuels de l’époque. Les ressemblances susceptibles d’apparaître entre les explications fournies dans ces manuels et les choix de traduction opérés dans notre texte peuvent, selon nous, naître soit de la reproduction dans chacun des supports d’une tradition grammaticale bien établie en Angleterre à cette époque, soit d’analyses isolées, dont la symétrie résulterait alors de leur provenance d’un même milieu linguistique et intellectuel favorisant des réflexions linguistiques similaires. 6.2 Structures et particularités des microsystèmes dans les trois langues Avant de procéder à l’analyse, il faut commencer par répertorier les composantes des trois microsystèmes dans chacune des langues et décrire leur fonction dans la langue concernée - fonction que nous supposons connue et maîtrisée par le traducteur en ce qui concerne les langues cibles 629 (voir chapitre 5, 5.1.1). 6.2.1 Français Lorsque l’on considère les microsystèmes français de l’article défini, des pronoms personnels de personnes 3 et 6 ainsi que des démonstratifs, il apparaît qu’ils sont intimement liés étymologiquement, - paradigme du démonstratif cist, ceste et pronom ce mis à part : (1) Les trois systèmes des articles, démonstratifs et pronoms personnels offrent la particularité de remonter, pour le tout ou pour une partie, à une origine commune : le démonstratif latin ille. (…) D’une manière générale, chacun des ensembles catégoriels du latin a généré en français un ensemble correspondant et un seul (nom, adjectifs, possessifs, relatifs…), sauf le déictique ille, qui au départ ne constituait, d’ailleurs, qu’une sous-classe au sein de la catégorie démonstrative, mais qui a pris, à basse époque, un développement si considérable que, par un phénomène unique dans l’histoire des langues romanes, il s’est, pour ainsi dire, diffracté en engendrant, outre sa descendance directe, deux systèmes ou éléments de système parfaitement différenciés : dans son prolongement, le démonstratif cil ; latéralement, les personnes 3 et 6 du pronom personnel non réfléchi (il, le, li…) et, dans une classe toute nouvelle de déterminants créés pour actualiser le nom dans la phrase, l’article défini ( Z INK 1994 : 65). L’origine commune de ces trois microsystèmes explique non seulement l’homonymie qui existe entre les articles définis et les pronoms personnels le, la, les, mais aussi le parallélisme des démonstratifs cil, cele, celui, ceux et des pronoms personnels il, ele, lui, eux. De même, elle est responsable de certaines similitudes fonctionnelles et sémantiques qui demeurent ou se développent au cours de l’évolution de la langue entre les différents éléments composant ces sous-systèmes, ce qui les rend donc susceptibles d’être utilisés dans des contextes semblables. 629 Ce postulat permet d’éviter autant que possible le raisonnement en boucle qui consisterait à définir les éléments latins et/ ou anglais par leur utilisation dans la traduction du français, et vice-versa. <?page no="234"?> 224 Les pronoms de 3 e et 6 e personnes, contrairement à ceux des personnes 1 et 2 qui relèvent de la deixis verbale 630 , ont perdu la valeur déictique de leur étymon ille pour devenir des anaphoriques 631 puisque, comme l’indique Cl. B URIDANT , « le référent auquel ils renvoient, avec reprise de marque et de nombre et possibilité d’en occuper les fonctions, doit être identifié à partir d’un élément saillant dans la situation » (2000 : §325). Il y a en effet eu, au cours de leur évolution, une perte de sémantisme au profit de la fonction de marqueur de la personne. Ce sont les démonstratifs, pouvant être utilisés dans certains cas en concurrence avec les pronoms personnels, qui comblent les lacunes au niveau de la valeur déictique de ce système : (2) (…) Cist, cil prennent à il des emplois précis de signalisation référentielle, à la charnière des phrases ou dans des effets d’opposition spatio-temporelle et, d’une manière plus générale, s’offrent pour mieux souligner le mouvement anaphorique chaque fois qu’on en sent le besoin. Le démonstratif vient ainsi compléter le pronom personnel en comblant les lacunes, en affinant la référence, en fournissant des doublets emphatiques ( Z INK 1997 : 370). Quant au système des démonstratifs, il présente en ancien français une double fonction, tant sur le plan grammatical - fonction de pronom et fonction de déterminant - que sur le plan sémantico-pragmatique - fonction déictique et fonction anaphorique 632 . Ce système, issu de la transformation des pronoms/ déterminants déictiques latins hoc, iste et ille, perd au cours de son évolution jusqu’en français moderne la symétrie pronoms/ déterminants qu’il possédait en latin 633 . Les paradigmes sont ainsi marqués par la disparition de certaines formes et subissent une spécialisation qui occasionne la séparation des fonctions de déterminant et de pronom. Le microsystème des démonstratifs glisse donc d’une opposition sémantico-pragmatique à une opposition fonctionnelle pronomdéterminant s’exprimant par deux catégories grammaticales différentes 634 . L’article défini, pour sa part, conserve dans certains de ses emplois la valeur déictique de son étymon (et ceci jusqu’en français moderne 635 ) ainsi que la fonction pronominale de ce dernier (voir infra) 636 . Mais de manière générale il perd, comme le pronom personnel, une valeur sémantique pour remplir un rôle proche de celui d’anaphorique. Il se grammaticalise donc peu à peu, précisant tout d’abord en ancien français « l’appariement référentiel » du substantif qu’il détermine en signalant « l’importance textuelle d’un tel référent » ( C ARLIER / DE M ULDER 2007 : 109) 637 , pour prendre en français moderne le rôle plus général d’assiette du substantif.- 630 Z INK 1997 : 10. 631 Nous avons choisi de faire une distinction entre déictiques et anaphoriques, malgré les défauts de cette séparation théorique qui conduit, comme le dit G. K LEIBER , « à la séparation en deux de certaines expressions selon leur renvoi à un référent mentionné antérieurement (anaphore) ou à un référent hôte de la situation d’énonciation » (1986 : 6). Nous parlerons donc, lorsqu’il s’agit de formes pouvant remplir les deux fonctions, de « déictiques-anaphoriques ». 632 M ARCHELLO -N IZIA 2004 : 71. 633 M ARCHELLO -N IZIA 1995 : 115. 634 M ARCHELLO -N IZIA 2001 : 38. 635 Cf.- N YROP 1928 : §132. 636 Pour des exemples et une analyse des emplois démonstratifs et pronominaux de l’article défini, voir N YROP 1928 : §132, M ÉNARD 1980 : 27, B URIDANT 2000 : §86, C ARLIER / DE M ULDER 2007 : 89. 637 G. K LEIBER propose une approche en terme de quantification, qui selon lui permet de rendre compte de tous les emplois et absences des articles tant définis qu’indéfinis : <?page no="235"?> 225 6.2.2 Latin Au vu de la complexité du système des pronoms/ déterminants démonstratifs latins, largement analysé et discuté par les spécialistes du domaine, il nous semble prudent de nous limiter à une description sommaire. Nous considérons ainsi les formes hic, iste, ille et is en tant que pronoms/ déterminants démonstratifs, les trois premiers pouvant être définis comme déictiques-anaphoriques exprimant l’opposition spatiale et la situation d’interlocution, le dernier plus généralement considéré comme pronom-adjectif démonstratif de rappel, sans référence spatiale ni personnelle. Nous renvoyons, pour plus de détails, aux études de A. M. O RLANDINI (1987), de P. D E C ARVALHO (1991) et de G. S ERBAT (1994) et souhaitons simplement mentionner, pour ces quatre formes, la perméabilité et le glissement, décrits par G. S ERBAT , qui existent « entre emplois ostensifs et anaphoriques [qui n’ont] rien pour surprendre, si l’on pense que l’ostention est une deixis extra-textuelle, l’anaphore une deixis intra-textuelle » (1994 : 577). Pour la deixis, il suffit pour notre propos de considérer, comme le fait P. De C ARVALHO , que l’opposition entre hic/ iste et ille est celle de « l’appartenance, positive ou négative, du désigné à l’emprise du ‘moi’ » (1991 : 230) et donc du locuteur. Il faut ajouter à cette liste ipse et idem 638 , jouant le rôle d’intensifs et de marqueurs d’identité - le premier s’opposant à l’altérité, le second au changement de référent- -, ainsi que le pronom réfléchi se, qui est quant à lui utilisé pour référer au rang de la personne et renvoie au sujet de la proposition 639 . En latin classique, toutes les formes citées, le réfléchi se mis à part, sont susceptibles de fonctionner à la fois comme déterminants et comme pronoms. La présence ou l’absence de ces éléments en tant que déterminants dans la phrase latine est généralement dictée par le contexte et le cotexte : (3) Au niveau sémantico-pragmatique, les « ainsi nommés » déterminants (« possessifs », « démonstratifs », « indéfinis » de toutes sortes) peuvent certes participer au processus référentiel mais n’y sont jamais nécessaires ( M AUREL 1984 : 204 ; l’auteur souligne). Au lieu d’accorder aux articles une fonction référentielle première, on émettra l’hypothèse que comme en français moderne, leur valeur fondamentale est une indication de quantification, dont dérivent, secondairement, les usages référentiels. (…) Au lieu d’un outil référentiel qui renvoie à un objet déjà connu (ou identifié ou déterminé), nous ferons de l’article défini un quantificateur de totalité existentielle. Combiné à un substantif comptable, le sens de le est d’indiquer (asserter ou présupposer, peu importe) qu’il existe un et un seul individu qui possède la propriété véhiculée par le substantif (1984 : 259-60). 638 Idem, comme équivalent du pronom démonstratif, n’est présent dans notre texte qu’à deux reprises et bénéficie d’une utilisation particulière : This synne is perilous Hoc idem peccatum est periculosum. Cist pechiéz est perilleus. (f.-44r) For the same wordles self holde[n] hym for fooly Quia eadem ipsamet secula illum tenent pro stulticia Car li siecles meismes l’entent pur fole (f.-90v) 639 Le réfléchi peut aussi s’employer dans une subordonnée pour renvoyer au sujet du verbe principal à condition que celle-ci exprime la pensée du sujet. <?page no="236"?> 226 Les déterminants latins ont ainsi pour fonction « d’insister sur la référence établie ou [de] marquer que la référence est autre que celle qu’on serait enclin à établir » ( B URIDANT 2000 : §27). 6.2.3 Anglais Les équivalents anglais pour la classe des pronoms/ déterminants sont les suivants : il s’agit de this et de that pour les pronoms et de this, that et the pour les déterminants. Le moyen anglais présente, pour ces morphèmes, des fonctions en cours de spécialisation : le système anglais à trois formes s’est développé, lors du passage de l’ancien anglais au moyen anglais, sur la base d’un système initialement réparti pour les pronoms/ déterminants démonstratifs en deux paradigmes, SE (se, séo, thaet) - démonstratif jouant le rôle de proto-article- - et THES (thes, théos, this) - que R. L ASS ( 4 2006 : 113-4) présente comme « démonstratif emphatique ». Les différences de fonction(s) ne sont pas cependant clairement définies entre ces deux paradigmes. Ainsi, certaines formes du système des démonstratifs de l’ancien anglais, qui ne comporte initialement pas de différence distale/ proximale, se spécialisent dès le XII e -siècle. La forme neutre that (et ses pluriels those, tho 640 ) issue du paradigme SE prend un sens distal clair, et s’oppose ainsi à this. The, résultat de la simplification de ce même paradigme SE, endosse le rôle d’actualisateur du substantif (voir L ASS 4 2006 ; F ISCHER 4 2006). En ce qui concerne les pronoms personnels, les formes à disposition sont les pronoms sujets he, she, they, it et leur régime hem, them, him, it. 6.3 Analyse des choix de traduction Au vu des particularités dans les ressemblances, les divergences interlinguistiques et les spécificités intralinguistiques des sous-systèmes présentés, nous pouvons entrevoir trois points sensibles dans leur réception par le traducteur. Tout d’abord, ce dernier se trouve, à l’égard de l’article défini, confronté en français à un élément généralement dénué de valeur sémantique. La fonction d’actualisateur que cet élément remplit est inconnue en latin, puisque les déterminants y sont tous investis d’une valeur déictique, anaphorique ou intensive. Il est ainsi probable que le traducteur cherche à reproduire dans sa réception du système de l’article défini français celui du latin et à donner à cet article les valeurs précitées. Cependant, cette tendance ne peut manquer d’être contrebalancée par l’existence, en anglais, d’un système de l’article défini globalement identique à celui du français. Il nous faut donc observer si dans la traduction proposée l’article conserve, comme en latin, une valeur sémantique ou si au contraire n’est restituée que sa fonction grammaticale. De même, la charge sémantique éventuelle portée par les éléments constitutifs des systèmes analysés est susceptible d’influencer la réception, par le traducteur, du sous-système des pronoms/ déterminants démonstratifs du français. Celui-ci est en effet en cours de spécialisation fonctionnelle aux dépens de la valeur sémantico-pragmatique qu’il tient du latin, spécialisation en opposition avec les systèmes opérant dans les langues cibles, puisque les systèmes tant latin qu’anglais possèdent une valeur déictique ainsi qu’une symétrie pronoms/ déterminants (hoc, iste, ille ; this, that). Ces particularités partagées par les deux langues cibles - partage favorisant ainsi l’analogie interlinguistique - peuvent 640 La forme tho a été considérée dans le tableau comme appartenant au paradigme THAT. <?page no="237"?> 227 conduire le traducteur à restaurer, dans sa perception de la langue, la symétrie en français et à accorder à chaque démonstratif une fonction double de pronom et de déterminant. De plus, le microsystème des démonstratifs du français recoupe en partie celui des pronoms personnels, puisque la spécialisation subie par les pronoms personnels vers une fonction de pronom anaphorique est complétée par l’utilisation de formes pronominales démonstratives afin de compenser la perte de valeur déictique occasionnée (cf.- supra). En latin, ce système des pronoms est parallèle à celui des déterminants démonstratifs et anaphoriques (hic, iste, ille, is, ipse) et ne présente comme exclusivement dédié au pronom personnel que le réfléchi se. L’anglais offre, quant à lui, un système semblable à celui du français. Une particularité les distingue toutefois : tandis qu’en anglais les pronoms utilisés comme pronoms personnels (he, she, they, him, her, them) sont bien différenciés, au niveau de leur forme, de l’article défini (the) et des démonstratifs (that, this), le français présente une symétrie partielle entre son sous-système pronominal des personnes 3 et 6 (il, le, la, lui, li, les, etc.) et celui de l’article défini (le, la, li, les), ainsi que des rappels formels avec celui des démonstratifs (cil, celui). Cette présence d’éléments graphiquement semblables en français, appuyée par la symétrie attestée en latin, peut conduire notre traducteur à une analyse intralinguistique l’amenant à interpréter tout morphème issu de ILLE (articles définis et pronoms/ déterminants démonstratifs) comme un pronom personnel. 6.3.1 Valeur déictique, anaphorique, intensive Pour évaluer la valeur déictique que le traducteur accorde aux éléments rencontrés, il faut différencier les choix de traduction selon les informations qu’ils fournissent : toutes ne sont pas pertinentes pour cette évaluation. En effet, dans le microsystème des démonstratifs, constitué de deux groupes différenciés au niveau formel - CIST vs CIL--, chacun des morphèmes a un correspondant dans les langues cibles : correspondant étymologique issu des paradigmes iste et ille pour le latin, correspondant sémantique appartenant aux paradigmes this et that pour l’anglais. En ce qui concerne les pronoms personnels et l’article défini, leurs correspondants formels sont aussi des formes du paradigme latin ille tandis qu’en anglais, il s’agit de correspondants fonctionnels (he, she, them, etc. pour les pronoms personnels et the pour l’article défini ; cf.-plus bas). Dans les cas où le traducteur utilise ces formes correspondantes, il faut envisager la possibilité qu’il s’agisse pour le latin d’une simple analyse automatique et étymologique, traduction étymologique reproduite dans la traduction anglaise par transposition lors de la deuxième étape de traduction (voir chapitre 4, 4.2.1). Le choix des formes dominantes nous renseigne donc surtout sur la conscience qu’a le traducteur de la correspondance entre les langues. Ainsi, seule l’utilisation régulière d’un équivalent non apparenté pour certaines des formes, et majoritairement pour celles-ci, est susceptible de nous fournir des résultats incontestablement parlants quant à la valeur attribuée à l’élément traduit. Ce dernier point nous a permis d’observer deux résultats différents dans le traitement par le traducteur des déterminants et des pronoms : la présence d’une tripartition sémantique des déterminants démonstratifs (6.3.1.1) et la neutralisation déictique du paradigme CIL dans son emploi pronominal (6.3.1.2.). Quant aux valeurs que le traducteur attribue aux pronoms personnels et à l’article défini, elles semblent être liées au contexte dans lequel ils sont utilisés (6.3.2). <?page no="238"?> 228 6.3.1.1 Déterminants L’analyse quantitative des traductions latines pour les déterminants, démonstratifs et articles définis confondus, révèle une tendance à la spécialisation des formes quant à leur valeur déictique : La traduction latine se caractérise non seulement par l’utilisation des seuls déictiques-anaphoriques hic, iste, ille, mais aussi par un emploi massif des formes dominantes : ille pour les déictiques CIL et l’article défini, et iste pour le paradigme CIST. Le démonstratif ces, non marqué formellement quant à son appartenance étymologique, rejoint par sa traduction majoritaire en iste le paradigme CIST. Pour ce qui est du facteur résistance, l’analyse des occurrences présentant le démonstratif latin hic donne des résultats semblables à celle du démonstratif iste. 6.3.1.1.1 Démonstratifs Une analyse du co-texte dans lequel apparaissent ces morphèmes a pu montrer que le choix des déictiques par le scribe lors de la copie, en dehors de quelques exceptions que nous allons présenter, correspond à ceux des autres versions de la Somme le Roi qui sont à notre disposition. Nous n’entrerons cependant pas dans les détails de la valeur qui oppose CIL et CIST dans ce système déictique complexe et dont l’interprétation divise les philologues 641 . Il suffit, nous semble-t-il, de mentionner que le traducteur reproduit dans les textes cibles la répartition entre CIST/ CIL attestée dans le texte source : il traduit par iste/ hoc et this le déterminant CIST, qui accompagne les substantifs identifiables par le contexte (cit. 4, 5), et par ille et the/ that (voir infra) le déterminant CIL, utilisé quant à lui pour déterminer l’antécédent d’une proposition relative (cit. 6) ou un substantif non directement identifiable (cit. 7) 642 : 641 Voir M ARCHELLO -N IZIA 1995 : 129sq. Nous avons choisi de retenir la position de G. K LEIBER qui nous semble à la fois précise et suffisamment large pour englober les différents emplois attestés dans notre texte : Les démonstratifs ne sont plus les montreurs qui, comme le doigt tendu, indiquent où se trouve le référent : ils attirent simplement l’attention de l’interlocuteur sur l’existence d’un référent à identifier à partir de la situation d’énonciation de l’expression démonstrative employée (1987 : 19). G. Kleiber parvient à la conclusion qu’au contraire de CIL, non marqué par la déictique, CIST suppose que le référent est « identifiable dans son contexte immédiat » (contextuel ou situationnel) ( M ARCHEL - LO -N IZIA 2004 : 73). Pour une discussion de cette théorie ainsi qu’une proposition de réinterprétation du sous-système des déictiques, voir M ARCHELLO -N IZIA 2004. 642 L’utilisation des déictiques dans la Somme le Roi mériterait qu’on lui accorde une étude fine. Cependant, nous jugeons que cette tâche dépasserait le but que nous nous sommes fixé dans l’analyse que nous menons. <?page no="239"?> 229 (4) Covetise is a love inordinate of havynge. This inordinatez hem shewen in thre maneris. Avaricia est appetitus (amor) inordinatus habendi. Iste inordinaciones se demonstrant in iii bus modis. Avarice est amour desordenee d’avoir. Cist desordenemenz se demostre en .iii. maneris. (f.-52v) (5) For god saith in the gospel he that synneth ayenst the holy goost shal never mercy have in this worlde ne in the tothir quia deus dicit in evangelio ille qui peccat contra sanctum spiritum nunquam misericordiam habebit in hoc seculo neque in altero. Or dieu dit en l’evangile qui que peche contre le seint esprit ja mercy n’aura en cest secle ne en l’autre. (f.-44r) (6) Fyfte maner is to selle other thynge than he before had shewid as the scryveyn that shewith good lettre in the begyninge and after maken evel Quintus modus est vendere alias res quam ipse antea demonstrabat sicut ille scriptor qui monstrat bonam litteram in principio et postea faciunt malas. La quinte manere est vendre autre chose que l’en a devant mostré com cil escrivein qui mostrent bon lettre au commencement et puis font mauvese. (f.-68r) (7) The sexte is to hide the trouthe of the thinge that he wole selle as doon the scorseres of hors Sextus est celare veritatem de re quam ille vult vendere sicut faciunt illi cambiatores equorum La siste est celer la verité de la chose que l’en veut vendre com font cil maquignon de chevaus. (f.-68v) Il s’agit donc d’une traduction à la fois morphématique et contextuelle, et rien ne nous permet de dire si elle résulte d’une analyse du texte par le traducteur ou s’il s’agit d’une transposition mécanique. Cependant, quelques exemples semblent indiquer une régularité dans la correspondance interlinguistique quant à ces morphèmes. En effet, si le traducteur utilise à une seule reprise un équivalent non apparenté (cit. 8) lorsque le choix du déictique en français peut être discuté (et nous avons choisi comme exemples des cas où les leçons divergent de celles des versions de la Somme le Roi éditées par E. B RAYER et A.-F. L EURQUIN -L ABIE 2008), il conserve généralement une traduction littérale, non contextuelle (cit. 9, 10) : (8) And first we shal say of the synne of glotenye whiche is a vice that plesith muche the devel and gretly displesith god by this vice hath the devel greet power in man Et primo dicemus de peccato gule quod est unum vicium quod multum placet diabolo et nimis displicet deo per istud vicium habet diabolus magnam potesta in homine Et premerment dirons de pechié de gloutonnie qui est .i. vice qui mult plet au diable et mult desplet au dieu. per cel pechié a le diable grant povoir en homm[e] 643 . (f.-76r-v) M (38, §9) : per tieu. 643 Leçon rejetée : hommo. <?page no="240"?> 230 (9) and of that fallith he into sorowe. that is þe fourte vice And so muche hym sourmountith that sorowe that what somever oon saith to hym or what ever that he here or seeth alle noyeth hym to lyve so that he hymself hatith and desireth his deeth. and that is þe fifte vice et ex hoc cadit ille in tristiciam. que est quartum vicium. Et tantum se supergreditur illa tristicia quod quantumcumque unus ei dicit vel quodcumque ille audit et quodcumque ille videt omnia ei nocent vivere sic quod ille semetipsum odit et desiderat suam mortem. et hoc est quintum vicium et de ce chiet il en tristrece. qui est le quarte vice. Et tant le seurmonte cele tristrece que quanque on li dit ou quanque il oit et quanque il [v]oit 644 tut li anui de vivre si que il meismes se het 645 et desire sa mort et c’est le quinte vice. (f.-51v) M (35, §§206-8) : et tant le seurmonte ceste tristece (10) While or siþe this word saturday the whiche þe jues clepen sabat it is as muche worth as reste. Dummodo hoc verbum sabbatum quod judei vocant sabbatum valet tantum quantum requies Dont cest mot de same dy que li Juis apelent sabat vaut a taunt come repos (f.-11v) M (10, §27) : Dont ce mot samedy. La traduction anglaise confirme en partie le partage CIST/ CIL observé, mais révèle néanmoins une distribution non uniforme des équivalents anglais this et that : il ne s’agit plus comme pour le latin d’une répartition radicale CIL et CIST, puisque le paradigme CIL atteste une traduction anglaise particulière de certaines de ses formes en dépit de l’unité de la traduction latine : Ainsi, la forme cil semble neutralisée au niveau du sémantisme spatial, comme l’indique la majorité des occurrences en the, trait qu’il partage avec l’article défini (voir infra, 6.3.1.1.2) : (11) Also as the heraude and the champion and many othir that for moneye and for temporel profit submitten hem to crafte of inhoneste. that may not be doo with owte synne and of hem that hem doo and of hem that hem susteynen 644 Leçon rejetée : oit. 645 M (35, §209) : souhede. <?page no="241"?> 231 Similiter sicut ille nuntius et ille pugil et multi alii qui pro denariis et pro commodo temporali se humiliant (subiciunt) ad misteram inhonestatis que non potest esse facta sine peccato et de illis qui eas faciunt et de illis qui illos sustinent Aussi com cil heraut et cil champion et mult d’autres qui pur deners et pur preu temporiel s’abandonnent a mestier deshonesté 646 qui ne puet estre fet sans pechié et de ceus qui lé 647 fount et de ceus que les 648 isustiennent 649 . (f.-69r) (12) Seventhe is to make and to procure that that thynge he wole selle seme better than it is as doon the draperis that chese derke places where they sellen here clooth Septimus est facere et procurare quod illa res quam ille vult vendere appareat melior quam cum illa non est sicut faciunt illi pannarii qui eligunt loca obscura ubi illi vendunt suos pannos La septisme est fere et purchacier que la chose que l’en veut vendre apparege meilleur com que ele n’est com font cil drapour qui elisent les leus obscurs ou il vendent leur drap (f.-68v) Le déterminant démonstratif cil diffère donc pour sa traduction anglaise des autres formes du paradigme CIL, à savoir de cel, celui, ces derniers étant traduits par that : (13) And so muche hym sourmountith that sorowe that what somever oon saith to hym or what ever that he here or seeth alle noyeth hym to lyve so that he hymself hatith and desireth his deeth. Et tantum se supergreditur illa tristicia quod quantumcumque unus ei dicit vel quodcumque ille audit et quodcumque ille videt omnia ei nocent vivere sic quod ille semetipsum odit et desiderat suam mortem. Et tant le seurmonte cele tristrece que quanque on li dit ou quanque il oit et quanque il [v]oit tut li anui de vivre si que il meismes se het et desire sa mort (f.-51v) (14) But in alwayes it is nedful to lay persones that thay hem kepe fro that synne in thre cases. Sed omnibus viis est necesse laicis personis quod illi se custodiant de (ab) illo peccato in tribus casibus. Mes toutes voies est il mestier aus laies personnes que il se gardent de cel pechié en .iii. cas. (15) under that juge was jhesu crist demed wrongfully atte requeste of the wykkid Juwes and crucified and deed and yput in the sepulcre Sub illo judice fuit jhesus cristus judicatus injuste ad requisicionem impiorum judeorum et crucifixus et mortuus et positus in sepulcro Souz celui juge fu jhesu crist jugiet a tort a la requeste tresfelons juis et crucifiéz et mort et mis ou sepuchre (f.-20r) (16) And for that they good shulle in that day in body and in soule in lyf everlastynge Et propter hoc erunt boni in illa die in corpore et in anima in vita eterna Et pur ce seront li bon a celui jour 650 en corps et en alme en vie perdurablement. (f.-23v) 646 Lecture proposée : deshoneste. 647 Leçon proposée : le (confirmée par M 36, §197). 648 Correction par le scribe : ajout de les. 649 Lecture proposée : i sustiennent. 650 M-(20, §66) : et pour ce seront li bon a celui jour glorifié en corps et en ame. <?page no="242"?> 232 De fait, la correspondance entre la traduction latine et la traduction anglaise est rompue pour les formes cel et celui et ce choix nous apparaît notable. Cette différence de traitement entre cil et cel-/ ceux ne peut être expliquée par le contexte sémantico-pragmatique, puisque les facteurs dictant la distinction qui existe en français entre l’emploi de ces formes sont le nombre et le cas du substantif qu’ils déterminent. Même dans les cas où ces derniers apparaissent dans un emploi déterminatif (qui caractérise la majorité des exemples que nous avons pour cil), les choix de traduction sont ceux que nous venons d’annoncer : (17) And for the ferst man it acordid that they sholde alle goo down in to helle And there they abood the good and the evel in certayne hope that jhesu cryst the sone of god hem sholde come to delyver aftir that that he had promysid by his prophetis and for this reson he wolde aftir his deth goo down in to helle that is to understonde in to þat parte where were the holy not in nowise in to that partie where were the dampnid that were deed in here synnes and in her mysbileve Et propter primum hominem conveniebat illud quod illi descenderent omnes in infernum Et ibi expectabant boni et mali in certa spe quod jhesus cristus filius dei illos veniret deliberare secundum illud quod ille promisit per suos prophetas et propter istam racionem voluit ille post suam mortem descendere in infernum. hoc est intelligendum in illam partem ubi erant sancti non omnino in illam partem ubi erant dampnati qui erant mortui in suis peccatis et in suis infidelitatibus Et pur le 651 primier homme covenoit il que il descendissent tout en enfer. Et la tendoient 652 li bon et li mal en certaine esperance que jhesu crist le filz dieu les vendroit delivrer selonc ce qu’il avoit promis par ces prophetes et pur cest reson vout il a pres 653 sa mort descendre en enfer. C’est a entendre cel partie ou estoient li seintz non mie en cele partie ou estoient li dampné qui estoient mort en leur pechiéz et en leur mescreantises (f.-20v) (18) that is to say that he suffrid under ponspilate whiche was […] and juge in that tyme jerusalem ordeyned under þe romayns hoc est dicere quod ille paciebatur sub poncio pilato qui erat […] et judex in illo tempore in jerusalem ex parte romanorum. c’est a dire qu’il soufri souz ponce pilate qui estoit paien et juge en celui temps en jerusalem de par les romains. (f.-20r) Les choix du traducteur s’effectuent donc au niveau de la sélection de la forme, et non de sa mise en contexte : une fois de plus, il s’agit de traductions morphématiques, et non contextuelles. Ainsi, l’analyse que propose la traduction anglaise est celle d’une spécialisation entre cil (the), cel-/ ceux (that) et cist/ cest- (this). Une telle répartition se retrouve dans le Donait de John Barton (cf.-chapitre 2, 2.1.1.3.), qui donne pour les démonstratifs (déterminants et pronoms) les indications suivantes : (19) Mais ces trois mos « cil », « cest », « cel » sont pronoms demonstratifs, mais « cel » moustre de long, et « cil » et « cest » de pres. Et unqore « cest » moustre plus pres que ne fait « cil », sicome « cest homme icy et cil homme illoeques et cel homme la au mort s’entrehayent » ( S WIGGERS 1985a : 247). 651 M (20, §29) : car pour le pechié du premier homme convenoit que tuit descendissent en enfer. 652 Lecture proposée : l’atendoient ; M (20, §30) : et la atendoient li bon. 653 Lecture proposée : aprés. <?page no="243"?> 233 La différence entre cas sujet et cas régime est ainsi transcendée par Barton au profit d’une distinction sémantico-pragmatique pour le paradigme CIL. Selon W. R OTHWELL , Barton prétend ici que le français, au début du XV e -siècle en Angleterre, opère comme certaines autres langues romanes jusqu’à nos jours, une division tripartite de l’espace suivant l’exemple latin hic, iste, ille, dans une correspondance hic : cest + icy, iste : cil + illoeques et ille : cel + la (2001a : 15). (20) Mais sçachéz icy que, ja soit ce cest mot « cel » sans « y » devant soit demonstratif de bien loing, toutez vois quant il y a « y » devant, sicome « ycel », doncques il est affirmatif de la chose avant dite, ou demonstratif de bien pres que n’est cest mot « cest », sicome en cestz exemples : « Que brait ainsi ? » - « Cil homme illoques. » - « Ne mie, ce est cest homme icy ! » - « Salve vostre grace, ce est cel homme la ! » - « Salve la vostre, ce est icel ycy ! » - « Par Dieu, voir, ce est icel icy non plus ne mains ! » ( S WIGGERS 1985a : 248). W. R OTHWELL propose un début d’analyse de cette particularité : (21) Barton’s equivalent terms are cest (1 st person), cil (2 nd person) and cel (3 rd person). However, he reinforces them by the use of icy, illoeques and la, so that, if the second person is eliminated, his terms are not too far away from the modern celui-ci and celui-là. In effect, then, his deictics are a mixture of French and Latin. Where he found this strange information about the threefolds division of space in the French of his day is impossible to tell (…) (2001a : 15). Le fait de retrouver une même tripartition à la fois dans notre traduction et dans les développements de Barton pourrait témoigner d’une particularité de l’anglo-normand tardif. Cette hypothèse est malaisée à vérifier dans les textes de l’époque, non seulement parce qu’une différence de contexte entre un emploi du démonstratif exprimant le « loin » et un autre exprimant le « très loin » est difficile à objectiver, mais aussi parce que la différence grapho-phonétique pouvant exister entre cel et cil est susceptible d’être neutralisée dans la tradition anglo-normande (voir chapitre 5, 5.1.2.2.). Une trace de tripartition est attestée dans certains dialectes du Nord-Ouest 654 . Celle-ci ne touche que les adverbes accompagnant les démonstratifs, mais elle indique cependant que le système déictique tripartite peut se recréer oralement, si besoin est 655 , et que vraisemblablement une telle formation des démonstratifs modernes possède une réalité régionale dans un domaine voisin de l’Angleterre. Rien ne nous permet cependant de savoir si une telle distribution existait en ancien et moyen français, mais nous ne pouvons exclure la possibilité que Barton reproduise dans sa grammaire un système existant dans le Nord-Ouest de la France et éventuellement en français d’Angleterre. Néanmoins, la possibilité de « mixture of French and Latin » dont fait mention W. Rothwell mérite d’être évaluée : elle témoignerait de la volonté de retrouver en français, du moins de façon théorique dans les écrits de Barton, une partition latine. L’explication d’une telle 654 Communication personnelle de J.-P. Chauveau. Voir la répartition de chyn, lo, là à Jersey ( L E M AISTRE , F. (1966), Dictionnaire jersiais-français par Frank Le Maistre, avec Vocabulaire français-jersiais par Albert L. Carré : le parler normand à Jersey ; Jersey) et à La Hague ( F LEURY , J. (1886), Essai sur le patois normand de La Hague ; Paris, 69) ; pour le gallo, cette tripartition est devenue rare, mais est cependant attestée avec les formes si, ile˙ et là ( C HAUVEAU , J.-P. (1984), Le Gallo : une présentation ; 2 vol. ; Brest, 176). 655 En français moderne informel, une telle répartition se retrouve dans les démonstratifs celui-ci, celui-là, celui-là là-bas. <?page no="244"?> 234 répartition pourrait se trouver dans la neutralisation de l’article démonstratif cil quant à son appartenance à l’axe déictique, tendance que nous pourrons observer plus loin pour le pronom. Ainsi, cil s’insérerait au point zéro de l’axe déictique de l’ancien français en tant que forme non marquée, neutralisée, laissant le paradigme CIST d’un côté, et les autres formes du paradigme CIL de l’autre. En ce qui concerne le déterminant démonstratif ces 656 , sa traduction anglaise par le démonstratif this confirme la tendance que nous avons pu voir se dégager dans la traduction latine : sa répartition est semblable à celle du paradigme CIST, lui aussi traduit par hoc/ iste en latin et par this en anglais. La distribution indique donc une propension du traducteur à considérer cette forme comme appartenant à la deixis in praesentia. Cette analyse ne s’inscrit cependant pas dans le mouvement général de l’ancien français en ce qui concerne l’évolution des démonstratifs, dans laquelle ce et ces semblent neutralisés du point de vue du sens (de par leur double origine < CIL et < CIST 657 ), et donc pouvoir se substituer à l’un ou à l’autre des déictiques CIL et CIST 658 . Dans la Somme le Roi, certains exemples nous paraissent en effet attester cette neutralisation, puisqu’ils sont utilisés non seulement dans des cas où le référent est identifiable contextuellement, mais aussi dans des contextes plus généraux (emploi déterminatif, cit. 22 ; utilisation sans référent direct, cit. 23) : (22) In that that synne many folke and in many wysis as these fonnysshe wymmen. that for litil money bynden hem to synne. In hoc peccant multi gentes et in multis modis sicut iste fatue femine que propter modicum argenti obligant se ad peccatum En ce pechent mult de genz. et en mult de maneris com ces foles femmes que pur .i. pou d’argent s’abandonnent a pechié. (f.-68v-69r) (23) For þer is oon manere of spekyngis of ydel wordes. Wherof these tunges ben so fulle that they speken by fore and by hynde whiche ben as clappes of a mylle that not hym self stylle unus est/ modus locucionum vanarum unde iste lingue sunt tam plene quod illi locuntur ante (coram) et retro qui sunt sicut […] molendini qui non se potest cistere Car il sont unes paroles vaines dont ces langues sont si plaines. que il parlent avant et arriere qui sont si com batiaus du molin qui ne se puet taire. (f.-89r-v) La bipartion opposant ce, ces et CIST à CIL est identique à celle que proposera Palsgrave un-siècle plus tard. Ce dernier considère en effet les paradigmes CIST et CIL comme des formes non primitives, construites à partir du démonstratif ce : les formes cist, cest, etc. sont ainsi analysées comme résultant de la déclinaison du démonstratif ce, tandis que le paradigme CIL est, toujours selon Palsgrave, composé de formes dérivées sur ce même radical 659 . Il est probable que la description de Palsgrave reproduise la dernière étape de l’évolution du système des démonstratifs, atteinte aux XV e et XVI e -siècles, désormais spécialisé dans ses fonctions déterminatives et pronominales et dans lequel les déterminants sont 656 Le démonstratif ce est trop peu représenté pour que l’on puisse déduire une éventuelle tendance quant à sa réception. 657 Voir D EES 1975 : ch. 4. 658 M ARCHELLO -N IZIA 2001 : 36. 659 Pour les formes du paradigme CIL : P ALSGRAVE 1530, The Second Boke, f.-34r ; pour CIST : ibid. f.-36v. <?page no="245"?> 235 ce(t), cette, ces 660 . Le choix de notre traducteur pour cette même répartition peut donc nous inciter à croire qu’il fait preuve d’une conscience linguistique similaire et reproduit le système des démonstratifs de son époque. Cependant, il faut noter que loin d’être neutralisés sémantiquement, comme c’est le cas dans le système spécialisé fonctionnellement, ces démonstratifs sont chargés, dans leur réception par le traducteur, d’une valeur proximale. Il est donc selon nous plus vraisemblable que cette répartition ait été favorisée, dans la traduction qui nous occupe, par la correspondance formelle qui existe entre ces et cest, cist, formes paronymes dans la tradition graphique anglo-normande décrite dans le chapitre 5 et qui tend à l’effacement des consonnes finales ainsi qu’à la neutralisation de la différence entre e et i (5.1.2.2.1 et 5.1.2.2.3) 661 . 6.3.1.1.2 Article défini Dans la majorité des cas, la traduction de l’article défini reproduit le système des langues cibles : cet article est rendu par the en anglais 662 et laissé sans équivalent en latin : (24) Sevente aftire the spirite and after the love of god. Septimus secundum spiritum et secundum amorem dei Li autre selonc l’esperit et selonc l’amour dieu. (f.-81r) (25) He whom covetyse ledithe hath suche mesure as the purse wole qwiche is lady and commaundatrice of the hous and by twene the purse and the wombe to a gloton me hath muche fayre dispitesone Ille quem avaricia ducit habet talem mensuram prout bursa vult que est domina et preceptrix domus et inter bursam et ventrem guloso habetur valde pulcra disputacio/ Cil qui avarice moine a tele mesure com la bourse veut que est dame et comanderesse del ostol. et entre la bourse et le ventre. au glouton avera 663 trop bel desputeson. (ff.-81v-82r) Pour quelques cas, cependant, une traduction latine de cet élément par les équivalents hic, iste ou ille, parfois accompagnés de this ou that en anglais, indique qu’il peut conserver, dans la réception du traducteur, la valeur déictique de son étymon. Mais cette traduction de l’article en latin est soumise à de nombreux tâtonnements, et ceux-ci demeurent difficiles à saisir, tant au niveau du choix de l’une ou l’autre forme latine - qui reproduit généralement la répartition vue pour les démonstratifs - qu’au niveau de l’apparition ou non d’une traduction latine pour cet élément. En effet, il est fréquent que, dans un même contexte, les choix soient différents : (26) In this synne ben the prince and baron that by her strengthe taken citees londes the castellis the baronies. and the oþer riche man that fro her pore neyghboris taken by strengthe londes vynyerdis and other thyngis and taken on the right/ and on the left/ that nothyng ne hem may eskape. 660 M ARCHELLO -N IZIA 1995 : 175. 661 Nous n’envisageons pas l’hypothèse d’une connaissance par le traducteur d’un état de langue incluant l’ancienne forme cez, féminin pluriel (CS/ CR) appartenant au paradigme CIST, peu à peu remplacée dans le courant du XIII e -siècle par la forme non marquée ces du nouveau troisième paradigme ( M AR - CHELLO -N IZIA 1995 : 121). 662 Pour une analyse du traitement de l’article en anglais par le traducteur, voir N ISSILLE 2009. 663 M (38, §98) : Dont entre la bourse et le ventre du glouton aver a trop bele desputoison. <?page no="246"?> 236 In isto peccato sunt princeps et baro qui per suas fortitudines tollunt civitates terras castella baronias et ille alius dives homo qui a suis pauperibus vicinis capiunt ex fortitudine terras vinetas et alias res et capiunt a dextris et a sinistris quod nulla non eis potest evadere En ce pechié sont li prince et li baron qui par leur force tolent lez cités les terres les chastieux les baronnies et li autre riche homme qui a leur poures voisins tolent a force terre vignes et autres choses et prennent a destre et a senestre que riens ne leur puet eschaper. (ff.-58v-59r) Dans cet exemple, seul l’article du syntagme nominal li autre riche homme est traduit en latin, tandis que les articles présents dans les syntagmes li prince et li baron sont laissés sans traduction. De même, dans l’exemple suivant, deux propositions présentant un parallélisme syntaxique important - Aprés sont les contes et les biaus diz qui et Aprés sont les bourdes et les truphes (…) que - sont traitées différemment quant à la traduction des articles qu’elles contiennent : (27) Aftyr be the tales and the fayre wordes whiche haven muche of vaynglorie if they that hem can suttelly say to make hem that herken wel to lawgh./ Aftir ben the japes and tho triphles fulle of unclennesse and lesyngis qwiche they callen ydel spechis. Post sunt narraciones et pulcra dicta que multum habent de vana gloria si ipsi qui eas sciunt subtiliter dicere propter ipsos ascultantes bene facere ridere/ Postea sunt illa joca et ille truphe plena immundiciis et mendaciis que ipsi vocant ociosas. Aprés sont les contes et les biaus diz qui 664 mult ont de vaine gloire c’il 665 qui les sevent soutilment dire pur les escoutanz ben fere rire. Aprés sont les bourdes et les truphes plaines d’ordures et mençonges que il apelent paroles oiseuses. (ff.-89v-90r) Nous pourrions multiplier les exemples de ce type. Mentionnons simplement encore que ni la fonction du substantif (antécédent du relatif) ni son identité (les commandements de Dieu, entités connues ce qui suppose que le référent est identifiable) n’influent sur la présence ou sur l’absence d’une traduction de l’article en latin : (28) suche be the myracles that the devel dooth. talia sunt hec miracula que ille diabolus facit tiex sont lez miracles que li diablez fet/ . (f.-87r) (29) These ben the articles that longen to þe sone hii sunt articuli qui pertinent filio Ce sont les articles qui apartiennent au filz. (f.-21v) (30) this secunde comaundement is suche hoc secundum mandatum est tale Le secunde commandement est tiel. (f.-9v) (31) the fourte commaundement is suche Quartum mandatum est tale Le quarte comandement est tiex. (f.-12v) Une correction laisse cependant penser que, comme c’est le cas du pronom personnel régime (voir infra), l’article ne prend corps - si ce n’est pour le traducteur du moins pour 664 M (39, §22) : ou. 665 Lecture proposée : cil. <?page no="247"?> 237 le copiste (ou le relecteur)--, qu’en fonction du contexte dans lequel il est utilisé ou de sa place dans l’économie de la phrase : (32) For suche harme or hurt comiþ of evel covetise whan that the consent is certayn and bythught Quia tale nocumentum venit ex mala concupiscencia quando illa consensus certus et cogitatus est Car tele envi vient de mauvese convoitise quant li consentementz certains et apensés i est (f.-17v) Il semble que le substantif consentement, ni antécédent du relatif ni présent dans le contexte immédiat, ne soit pas suffisamment identifié pour justifier la traduction par un déictique de l’article qui l’accompagne. 6.3.1.2 Pronoms La répartition des traductions latines pour les pronoms démonstratifs et les pronoms personnels est sensiblement différente de celle que nous avons observée pour les déterminants : aux déictiques latins il faut ajouter, pour quelques occurrences seulement, les équivalents ipse, is et se, sibi (cf. tableau infra). 6.3.1.2.1 Pronoms personnels Dans notre traduction, certains pronoms semblent perdre la valeur démonstrative de leur étymon : c’est le cas des pronoms personnels sujets et régimes, généralement traduits par is 666 , ipse ou se, et pour lesquels ne subsiste comme déictique dans cette traduction que le démonstratif ille 667 . 666 Is n’est généralement employé par le traducteur que dans sa fonction pronominale. Dans 3-occurrences seulement il est utilisé comme adjectif, exclusivement pour traduire le possessif leur. Cette spécificité dans le latin du traducteur mériterait d’être analysée à la lumière des réflexions proposée par G. S ER - BAT sur la nature de is (1984), analyse qui dépasserait notre propos. L’apparition de cette forme pour traduire le possessif français pose cependant la question de la valeur que le traducteur accorde à leur. 667 Les 7 occurrences de hic comme équivalent utilisé pour traduire un pronom régime et mentionnées dans le tableau présentent une spécificité : il s’agit de cas où le pronom le se rapporte à un substantif latin neutre-ou est indéfini : For he that withholdeþ fro eny and to hurt and by evel encheson he synneþ dedly if he not it yelde thider whider he ought if he it knowe whider it may be doo or if he not it knowe doo he with the counsel of holy chirche. Quia qui retinet ab aliquo et injuriose et per malam racionem ille peccat mortaliter · si ille non restituit illuc ubi ille debet. si ille hoc scit ubi hoc potest facere · vel si ille non hoc scit faciat cum consilio sancte ecclesie. Car qui retient l’autrui et a tort et par mauvese reson il peche mortelment se il nel rent la ou il doit se il le siet ou le puisse fere ou se il ne le set face au conseil de seint eglise (f.-15v) Interprétation inadéquate : la structure de la proposition subordonnée se il le siet ou le puisse fere est la suivante : se + indicatif + conjonction de coordination ou + subjonctif.-Le traducteur intreprète la conjonction ou - qu’il devrait traduire par aut/ or - comme l’adverbe relatif où, ce qui l’induit à traduire le verbe qui suit au présent, potest/ may. þis synne of here lecherie dividith hym into many branches after the staat of the persones that doo hem and goo in encressinge fro evel in to yvel and from badde to worse hoc peccatum suarum luxuriarum se dividit in pluribus ramis secundum statum personarum illarum qui hoc faciunt et transiunt in ascensum de malo in malum et de malo in pejus. Le pechié de leure de luxure se devise en mult de branches selonc l’estat des personnes qui le font et va en montant de mal en mal et de mal en pis. (f.-73r) <?page no="248"?> 238 Le pronom sujet est majoritairement traduit par la forme dominante latine ille ainsi que par l’intensif ipse. Pour l’anglais, c’est bien évidemment he et they qui sont utilisés par le traducteur. L’absence de traduction par is ainsi que par hoc ou iste pourrait indiquer que le pronom sujet n’est pas considéré comme pronom déictique ou anaphorique, mais bien comme un intensif.-Il est d’ailleurs notable que dans les quelques cas où le pronom sujet est absent dans une proposition du texte source, le traducteur pallie ce manque en identifiant les éléments de la phrase antéposés au verbe comme des sujets, qu’il s’agisse d’un pronom régime de 3 e personne (voir infra, 6.3.2.), du pronom adverbial i (cit. 33) - qu’il prend peut-être pour une graphie phonétique du pronom personnel il, forme que connaît l’ancien français 668 - ou d’un pronom réfléchi (cit. 34) : Interprétation inadéquate : le nombre du syntagme verbale va en montant a été mal identifié. Dans l’interprétation du traducteur, le sujet est les personnes, qui montent l’échelle du mal (transiunt in ascensum) et non, comme c’est le cas dans la version française, le péché qui augmente. the self develis that this synne purchasid han greet shame whan oon dooth it ipsi met diaboli qui hoc peccatum procurarunt habent magnum pudorem quando unus hoc facit li deables meismes qui le peché purchaça en a graunt honte quant l’en le fet (f.-76r) Interprétation inadéquate : le sujet de la proposition li deables est compris par le traducteur comme une forme au pluriel. La suite de la proposition est donc accordée en conséquence. 668 B URIDANT 2000 : §335 ; Z INK 1997 : 13. <?page no="249"?> 239 (33) For whan oon seith wel of eny by fore hym alday he this fyndith and puttith som blame. Quia quando unus dicit bene de aliquo ante ipsum (coram ipso) omni die ipse invenit et ponit unum malum Car quant un dit bien d’autrui : devant lui tout jour i truve et i met un mal. (f.-95v) (34) If thou wilt in suche wyse the remembre thou shalt se that thou hast Si tu vis in tali modo recordare tu videbis quod tu multociens Si te veus en tel manere recorder tu verras que tu auras (f.-33r) En ce qui concerne les pronoms régimes, leur traduction en latin indique que leur valeur ne semble pas fixée et qu’elle doit dépendre du contexte : ces pronoms peuvent jouer le rôle d’anaphoriques, d’intensifs, de réfléchis, etc., mais nous n’avons pu déceler, outre certaines tendances, aucune cohérence dans les choix du traducteur. Ainsi, se est majoritairement utilisé lorsque, comme en latin, le pronom renvoie au sujet de la proposition ou, dans le cas où il apparaît dans une subordonnée, à celui du verbe principal. L’intensif ipse semble n’être utilisé que pour les pronoms référant à des personnes, et ille et is présentent un emploi plus général d’anaphorique. La traduction latine dépend donc du rôle joué par le référent auquel il se rapporte. La traduction anglaise, quant à elle, ne nous donne aucune information sur la valeur de ces éléments, puisqu’elle ne présente invariablement que les pronoms personnels sujets he, she, they et régimes hem, them, etc. Il arrive cependant que les pronoms personnels régimes ne soient traduits ni en latin ni en anglais, ce qui pourrait indiquer que le traducteur, dans certains contextes, leur attribue une valeur nulle : (35) the first synne devideth hym and stretchith in so many partis that with out greet labour oon may not nombre primum peccatum se dividit et se extendit (expandit) in tam multis partibus quod ex nimia difficultate poterit quis numerare Le premier pechié se devise et s’espant en tant de parties que a poine lé purroit on nombrer./ (f.-27v) (36) This vice displesith god For the gloton dooth over greet shame qwan he makith his god of his sakke fulle of dunge Hoc vicium displicet deo./ nimis magnum pudorem quando ille facit suum deum de uno sacco pleno fimorum Cist vice displait a dieu. Car le glouton li fet trop graunt hounte quant il fet son dieu d’un sac plein de fiens 669 / . (f.-77r) (37) Aftir the lecherie that is in etynge comith the vaynglorie þat is in thynkynge aftyr in wysshinge that they had had a nekke as akrane/ and a wombe as kowe. for that the morcellis myght abyden in the throte and that they myghten more devoure./ Post luxuriam que est in comestione venit gloria que est ad memorandum postea in […]quod illi haberent (habuissent) collum gruis et ventrem vacce eapropter quod illi morcelli expectarent 670 magis in gutture et magis possent devorare (deglutire) 669 Interprétation inadéquate : le -s final du substantif fiens est interprété comme une marque du pluriel. Il s’agit ici d’un singulier : « le fumier ». 670 Interprétation inadéquate : le nombre du syntagme nominal li morsiaux est mal identifié. <?page no="250"?> 240 A pres 671 la lecherie qui est a manger/ vient la gloire qui est au recorder aprés en sohetant que il eussent col de greu et ventre de vache. pur ce que li morsiaux li demorast plus en la gorge et plus puissent devourer/ . (f.-86r) Certaines corrections de la main du copiste dénoncent des hésitations, en cas de réduplication du pronom, par exemple dans une construction à double régime direct 672 (cit. 38) ou lorsque le même pronom est employé avec deux verbes consécutifs (cit. 39) : (38) For whan wrathe berith up man she tourmentith the soule and the body Quia quando iram supra portat homo illa ipsum tormentat animam et corpus Car quant ire seur porte homme ele le tormente l’ame et le cors (f.-45v) (39) This ethethe a man alle hool The tothir etith not in nowyse but he hym bytith and takith a pece hic comedit hominem totum integraliter Alius non ipsum comedit omnino sed ille ipsum mordet et capit unam peciam Cist mangue l’omme tout entier Ly autres ne le mangue mie. mes il le mort et prent un piece (f.-95v) À l’inverse, la traduction de ce pronom semble parfois nécessaire comme l’indique, dans l’exemple suivant, l’ajout de ipsum qui a certainement eu lieu lors de la traduction en anglais : (40) That is whan man light in senne and felith the temptacions of the devel and of his flesshe that hym assaylen and folowyn wykkidly hoc est quando homo jacet in peccato et sentit temptaciones diaboli et de sua carne que ipsum impugnant et prosequntur 673 maligniter C’est quant li hons gist en peché et sent les temptacions au deable et de sa char qui la saillent 674 et persuie mauvestié (f.-48v) Un dernier exemple semble résumer le doute du copiste quant à l’expression ou la non expression des pronoms sujet et régime : (41) And for that they oughte serve and hym thanke and above alle thynge love and worship Et propter hoc illi debuissent servire et illum regraciari et super omnes res amare et honorare Et pur ce lé deussent servir et le mercier et seur totez choses amer et honorer (f.-9v) M (10, §9) : et pur ce le deussent il servir et mercier La traduction proposée pour le premier pronom régime singulier le peut avoir deux explications : il se peut que le traducteur ait traduit idiomatiquement le (…) servir en latin par la formule adéquate au datif illi servire et que, en traduisant en anglais, il se soit mépris et ait interprété ce datif comme un nominatif pluriel (voir 4.2.1.) ; mais il est aussi possible que ce pronom latin ait été inséré pour servir de pronom sujet pluriel, celui-ci n’étant pas exprimé en français et manquant de fait dans l’appréhension qu’a notre traducteur de la 671 Lecture proposée : aprés. 672 B URIDANT 2000 : §363.1. 673 Interprétation inadéquate : le traducteur considère les temptacions comme sujet de la forme verbale persuie, alors qu’il s’agit ici de li hons. 674 Lecture proposée : l’assaillent (confirmée par M 35, §65). <?page no="251"?> 241 langue (cf.-infra). Quoi qu’il en soit, cette interprétation laisse la proposition sans objet, et le copiste - voire un relecteur ou un possesseur - l’ajoute dans les trois langues afin de réintroduire l’objet des verbes servir et mercier. L’analyse des pronoms régimes se fait donc, comme nous l’avons vu aussi pour le pronom sujet, dans le contexte plus global de l’économie de la phrase. La question de l’importance du pronom régime dans la proposition, loin d’être limitée à la seule réception de la langue par notre traducteur, s’inscrit dans un contexte linguistique plus large puisqu’en ancien français la non expression du pronom anaphorique est possible, voire fréquente, dans un contexte suffisamment explicite 675 . 6.3.1.2.2 Démonstratifs Les pronoms démonstratifs conservent pour certains une valeur déictique nette. Ainsi, dans les choix opérés par le traducteur parmi les formes hic, iste et ille, la traduction en latin reproduit globalement la partition qui existe en français entre CIST et CIL que nous avons mise au jour pour les déterminants démonstratifs. À quelques reprises, cependant, et pour le démonstratif cil uniquement, nous pouvons voir apparaître une traduction contextuelle : cil est ainsi traduit par hic ou par iste lorsque le référent auquel il se rapporte est présent dans le contexte immédiat (cit. 42-44), sur le modèle du paradigme CIST (cit. 45) : (42) The thridde ben false witnesses Thei make the false mariages. They take away heritages Tercius sunt falsi testes hii faciunt falsa matrimonia. Hii tollunt hereditates Li tiers sont li faus tesmoigne. Cil font les faus mariages. Cil tolent les heritages. (f.-60v) (43) For they make of here wombe her god These ne have neyþer reson ne mesure / Quia illi faciunt de suo ventre suum deum. Hi non habent neque racionem neque mensuram. / Car il font de leur ventre leur dieu. Cil n’ont ne reson ne mesure. (f.-81r) (44) These ben ful unwys For they make of metalle false moneye These ben ypocrites sutylles that suttelly or sodenly wole stye up on hygh and stele the dignites and the bayle wykes These doon as good man oweth to doo so as me may not knowe hem unto that that they ben growyn up and enhaunsid on high and in dignite and than they shewyn the vices that they for slouthid to roote in here hertis Isti sunt bene insipientes Quia illi faciunt de metallo falsam monetam Isti sunt ypocrite subtiles qui subtiliter vel subito volunt in altum ascendere et furari dignitates et balliva Isti faciunt sicut bonus homo debet facere sic (ita) quod quis non illos potest cognoscere usque ad tantum quod illi sunt […] et exaltati in altum et in dignitatem et tunc monstrant illi vicia que illi […] radicata in suis cordibus Cist sont bien sot. Car il font de metal fausse monnoie. Cist sont ypocrite soutil qui sutivement vulent en haut monter et embler les dignités et les bailleez. Cil font quanque preudomme doit fere si que l’en ne les puet conoistre jusques a tant que il sont parcreu et en haut mounté et en dignité / et a dont mostrent il les vices que il tapissoient enraciné en leur cuerz / (ff.-39v-40r) 675 B URIDANT 2000 : §365. <?page no="252"?> 242 (45) they take hym more cruelli than the jewys that hym crucifieden. they brake not of hym any bon. these rentyn hym more smal than me dooth an hogge in the bocherye These shul aske nought of oure lady These hym teryn so foule and hym and his other saintis. that this is wondere that cristendom it suffrith. ipsi sumunt 676 magis crudeliter quam judei qui ipsum crucifixerunt illi non fregerunt omnino nullum os. Sed isti ipsum dilacerant magis minutim quam faciunt porcum in macello Isti non petent aliquid de nostra domina. Isti ipsum defrustrant tam turpiter et ipsum et suos alios sanctos quod hoc est mirabile quomodo cristianitas illud suffert Il resont plus cruel que li juef qui li crucifierent il n’i briserent mie nul dez oz. mes cist le depiecent plus menu e ment qu’en ne fet le porcel en la boucherie. Cist ne demanderent rien de nostre dame. Cist la depiecent si vilainement et luy et ces autres seinz que c’est merveille coment cristienté le sueffre (f.-100r) C’est-à-dire que si le paradigme CIST conserve, comme pour le déterminant démonstratif, une valeur déictique bien marquée, la valeur de CIST semble, dans son utilisation pronominale, dépendre du contexte. Ce fait est confirmé par quelques choix ponctuels du traducteur parmi les équivalents latins is, ipse et se pour la traduction des formes de ce paradigme : (46) and maken often tymes to lese her good querelle by her malice or by ignoraunce or by negligence and turnen ther sayingis and make al day by her covetise as they that ben maystres of gyle and of barat […] et faciunt multociens perdere suas bonas querelas per suam maliciam vel per ignoranciam vel per negligenciam et convertunt dicta et faciunt omnibus diebus per suam cupiditatem sicut ipsi qui sunt magistri decepcionis […] et font sovent perdre leur bones quereles par leur malice ou par ignorance ou par negligence et convertissent lez ditz et font toutz les jours par leur convoitise com cil qui sont mestre de guile et de barat et de conchiement (f.-61r) (47) But whan on swerith by the gospelle or by hym of whom the wordes ben whiche be writen Sed quando unus jurat per evangelium vel per ipsum cuius hec verba sunt que sunt scripta Mes quant un jure par l’evangile ou par celuy qui les paroles sont qui sont escriptes. (f.-99v) (48) […] Sed occidere malefactores propter justiciam faciendam et tuendam vel propter aliam bonam causam licet bene secundum legem sibi qui facere debet et tenetur Mes occire les maufesours pur justice fere et garder ou pur autre bone cause loist bien selonc la loy a celui qui fere le doit et tenuz i est. (f.-13v) (49) And he that wil not obeye to hem that haven the charge of hym whan he techeth wel (good) that he shulde doo grevously synneþ and that may be that inobedience/ that is dedly synne Et ille qui non vult obedire eis qui habent curam ipsius quando ille docet bonum quod ipse tenetur facere graviter peccat et illud potest esse illa inobediencia quod est peccatum mortale 676 Interprétation inadéquate : la forme verbale resont a été identifiée comme la 3 e p. pl. du verbe résumer (voir chapitre 5, 5.1.2.3.). <?page no="253"?> 243 Et cil qui ne veut obeier a ceux qui ont la cure de luy quant il ensegne 677 le bien qu’il est tenuz a fere : griefment peche et celui 678 puet estre l’inobedience qui est peché mortel. (f.-13r) (50) Of hem ben had many maneris in londe and in see. Ex eis habentur multos modos in terra et in mare. De ceus y a maintes maneris en terre et en mer./ (f.-56v) L’explication probable du choix de ces formes latines pour traduire les pronoms démonstratifs du paradigme CIL réside vraisemblablement dans leur spécialisation syntaxique : en effet, is, ipse et sibi n’apparaissent, sauf à une exception (cit. 50), que lorsque CIL présente un emploi déterminatif - emploi qui perdure jusqu’en français moderne 679 - et qu’il quitte donc fonctionnellement la sphère des déictiques. La traduction anglaise confirme cette analyse de CIL en tant que pronom personnel et, loin de la restreindre aux cas où celui-ci joue le rôle de pronom déterminatif, l’étend à son emploi général de démonstratif.-Elle offre en effet pour ces formes un nombre majoritaire de traductions faites à l’aide des pronoms personnels régimes ou sujets, si ce n’est quelques occurrences pour lesquelles nous voyons apparaître le pronom tho, forme plurielle de that : (51) The tothir is a synne of surquidrie as he saith : « I wole make this I wol […] I wole make hilles and valeyes » / Aliud est peccatum de supercredulitate sicut ille dicit : « ego faciam hoc ego vindicabor […] ego faciam montes et valles » Li autres est li pechéz de seurcuidance si com cil dit / . « je ferai ce / je vengerai fourre / Je frai les mons et les vaus ». / (f.-91r) (52) not in nowise in to that partie where were the dampnid that were deed in here synnes and in her mysbileve them toke he nought in nowyse non omnino in illam partem ubi erant dampnati qui erant mortui in suis peccatis et in suis infidelitatibus illos non traxit ille aliquomodo non mie en cele partie ou estoient li dampné qui estoient mort en leur pechiéz et en leur mescreantises ceus n’en trait il mie (f.-20v) (53) But he hym […] hem that the bosteris and the flatereres sichen and praysen and yeven habundantly of here for hem to prayse and to say to hem that they durst not say and forto lye of hem and forto proclame her obles or wafres Sed ille ipsum duplicat in illos quod illi pomposi et adulatores adquirunt et laudant et habundanter dant de suis propter eos laudare et dicere ad illos hoc quod illi non auderent dicere et mentiri de ipsis et pro clamare suas […] Mes il se double en ceus qui les vantures et lez losengiers quierent et loent et seurdonent de leur pur euls loer/ et dire a ceus ce que il n’oseroient dire et pur mentier d’euz et pur crier leur oubléz / (ff.-33v-34r) (54) and ther be twelve aftir þe nombre of of þe xii apostles þat hem stabled to be kept and holden to alle thoo that wolen be savid et sunt duodecim secundum numerum apostolorum qui illos stabilierunt teneri et custodiri omnibus illis qui volunt esse salvati et sont .xii. (douze) solonc le nombre des apostres qui les establirent a tenir et a garder a toutz ceus qui vulent estre sauvéz. (f.-18v) 677 M-(10, §43) : enseignent. 678 M (10, §44) : tele. 679 Cf.- M ARCHELLO -N IZIA 1995 : 164. <?page no="254"?> 244 (55) and of alle tho that fro the begyninge of the world dieden in trewe faith and in hope that they shulde be sauffe by hym et omnium illorum qui ab inicio vel origine mundi moriebantur in vera fide et in spe quod illi essent illi essent salvi per ipsum et de toutz ceux qui dez le commensement de monde morurent en vrai foy et en esperance qu’il seroient sauvé par luy (f.-20r) Nous nous trouvons bien devant une spécialisation dans la réception par le traducteur du paradigme CIL, divergeant en cela de CIST qui, déterminant ou pronom, demeure, quant à lui, traduit uniquement par des déictiques anglais. Cette différence de traitement apparaît clairement en anglais dans des emplois contextuellement analogues pour les deux paradigmes : cil est alors traduit par un pronom personnel (cit. 56, 57), tandis que cist est rendu par le déictique this/ these (cit. 58, 59) : (56) They ben ypocrites foule that maken the felthes in suspecte place. and the good man by fore the puple ille sunt ypocrite turpes qui faciunt turpitudines in loco suspecto et bonum hominem coram gentes Cil sont ypocrite ort qui font les ordures en repostailes et le preudomme devaunt la gent / . (f.-39v) (57) these ben ypocrites foles that ynough hem kepe clene as to the body isti sunt ypocrite stulti qui satis (nimis) se custodiunt munde quantum ad corpus Cist sont ypocrite sot qui assés se gardent netement quant au corps (ff.-39v-40r) (58) But if eny swere horibly or of (by) oure lord or by his saintes and hem despisith and also saith blasphemes the whiche be not to be sayd he synneth mortaly (dedly) Ne he may not have reson that hym may excuse Sed si quis jurat horribiliter vel de nostro domino vel de suis sanctis et eos despicit et [etiam] 680 dicit blasphemias que nequaquam sunt dicende ille peccat mortaliter Neque ille non potest habere racionem que ipsum potest excusare. Mes c’il 681 jure horriblement ou de nostre seignour ou de sez saintz et les despit et en dit blasphemes qui ne sont pas a dire cil peche mortelment. Ne il ne puet avoir reson qui l’en puisse escuser. (ff.-10v-11r) (59) Now it byhoveth hym to have two mesures oon litel and on strayte whiche he usith byfore the puple And oon he hath good and large which he usith qwan noon hym seeth This holdeth not rightful mesure Nunc illum oportet habere duas (binas) mensuras unam parvam et unam strictam qua ille utitur coram populo (gente). et unam bonam et largam qua ille utitur quando nullus ipsum non videt. iste non tenet rectam mensuram. Or li covient avoir .ii. mesures / une petit et une escharce dont il use devant la gent / et une bone et large dont il use quant nus ne le voit / cist ne tient la droit mesure / . (f.-81v) La traduction des formes pronominales du paradigme CIL par des formes similaires à celles utilisées pour les pronoms personnels positionne selon nous ce paradigme comme un pont entre les deux systèmes. Il est en quelque sorte « neutralisé », non marqué par la 680 Abréviation non identifiable, généralement utilisée pour et, accompagnée ici d’un tilde de nasalisation. Dans ce texte, cette notation est réservée à and dans la traduction anglaise. Etiam est la solution la plus probable. 681 M-(10, §20) : cil qui jure horriblement. <?page no="255"?> 245 déixis. Cette conclusion rejoint celle de G. K LEIBER , qui présente comme différence entre CIST et CIL « une opposition de type marqué/ non marqué » (1987 : 5). Plusieurs éléments sont susceptibles d’avoir dirigé cette distinction opérée par le traducteur. Tout d’abord, il est probable que sa traduction de CIL par un pronom personnel soit issue d’une habitude de lecture ; ainsi, les emplois similaires rencontrés dans les textes - peut-être contemporains - qu’il a lus seraient traduits correctement et idiomatiquement, tandis que les formes et les emplois plus rares - parce qu’issus d’une langue plus ancienne, non contemporaine - donneraient lieu à une traduction littérale, malaisée. Nous pensons toutefois que le traducteur a pu être influencé par la correspondance formelle qui existe entre ces démonstratifs et les pronoms personnels correspondants (il, lui, eus). Cette même analyse formelle aurait, selon Ch. M ARCHELLO -N IZIA (1995 : 175), conditionné également l’évolution historique du système des pronoms démonstratifs et serait responsable de la sélection d’une série de démonstratifs - celui, celle, ceux - parallèle au système des pronoms personnels - lui, elle, eux. Dans ce processus, ce aurait joué le rôle de déterminant, lui, elle, eux celui de forme pronominale (sur le modèle celui = ce + lui, ceus = ce + eus, etc). Nous pouvons d’ailleurs noter que les manuels contemporains de notre traduction attestent directement ou indirectement l’emploi de CIL comme pronom personnel. L’Orthographia Gallica témoigne de ce phénomène de manière détournée, puisque cet ouvrage présente cil et non il comme pronom personnel de troisième personne dans les exemples qu’il propose : (60) L61 : Item quando illa pronomina casus nominativi je, cil proferuntur insimul, illud subsequens ponetur pro obliquo, ut je et luy vel cil et moy L64 : Item si aliquis alius rogat aliquem, tunc dicetis cil vous prie. ( J OHNSTON 1987 : 169). F17 : Qant nulle autre supplie, dont vous escriverez cil ou il vous prie, et altres disons cil ou il vous plest et faillont, car pry, ples[t] sont des diversez significacions (Ibid. : 34). Barton, dans son Donait, indique comme l’Orthographia Gallica les formes cil et ceux dans les pronoms personnels, à la place des pronoms singulier et pluriel il(s) : (61) Quantez personnes est il ? - Trois. - Quelles ? - La primier, la deusiesme, la troisiesme, sicome « je », « tu », « cil » en singuler, « nous », « vous », « ceulx » en pulier. (…) Et la tierce est celuy du quel le parler est fait entre la primier et la seconde, sicome « cil » et « ceux ». Et tous les nouns et tous les pronouns et tous les participres sont la tierce personne for que « je », « tu », « nous » et « vous » et leurs obliques et le vocatif case ( S WIGGERS 1985 : 243). Cette particularité se retrouve dans le Liber Donati, ainsi que dans certains Donats latins utilisant le français comme métalangue : (62) « Ille, il et cil in nominativo, in ceteris casibus singularibus, luy, cellui, se et soy, ils in nominativo plurali, eux, ceux, les et celles et lours in ceteris casibus pluralibus. Illa, elle, cele et la in singulari, eux, ceux, les et celles in quolibet casu plurali » (Cambridge, Univ. Libr., Gg. 6.44, f.-19r ; M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 : 7). (63) Je est la premiere ou singulier, tu secunde, cil tierce. Nous est la premiere personne ou plurier, vous est la seconde, iceuls est la tierce (ms M1 = Paris, Bibl. Mazarine, 3794, 14 e s. ; S TÄDTLER 1988 : 99). <?page no="256"?> 246 En ancien et en moyen français, cil est en effet, comme nous l’avons vu plus haut (cit.-2) 682 , substituable au pronom il : il joue bien sûr le rôle d’antécédent de la relative, mais il n’est pas rare qu’il apparaisse comme simple substitut du pronom personnel de la troisième ou de la sixième personne. L’AND2 propose pour cet emploi les exemples suivants : (64) il le fent des qu’as denz e cil chiet jus sovin TextHorn 1684 ; il l’enpeinst (=-the stone) un petit e cele fu volaunt […]TextHorn 2620 (AND2, sv. cel) Ore parloun des limouns qe ces singnefient BOZ Char 129 (AND2 sv. cest) On retrouve la présentation de cil comme équivalent du pronom personnel chez les grammairiens anglais du début de la Renaissance. Si Barclay se contente de signaler cette particularité (cit. 65), P ALSGRAVE fait une différence entre les pronoms primitifs (je, tu, il, elle, l’en, l’on ou on, se (singulier), nous, vous, ils, elles, se (pluriel)), et les pronoms démonstratifs (ce et ses dérivés : cely, cela, cil ou celuy, qui est suivi de qui, yceluy, cestuy et ycestuy) (1530 : The seconde boke, f.-34r). Il n’indique donc l’emploi de cil en tant que pronom personnel que comme antécédent du relatif (cit. 66, 67) : (65) je in frenche is a moche to say in english as I, tu, thou, il, he, nous, vous, ilz or els : we may use sometyme ceux for this worde ilz ( B ARCLAY 1521, f.-1). (66) To know whan we shall vse ilz, les, leur or eulx Whan so euer we vse they/ in our tonge as nomynatyue case to a verbe vnderstanding masculyne substantyues/ they vse euer ilz, except whiche or that/ come betwene y verbe and they/ for than they vse ceulx, as I wyll herafter shewe/ ( P ALSGRAVE 1530 : The thirde boke, f.-103v). (67) Annotacyons to knowe whan we shall vse cyl, celuy, ceulx, celle or celles. Capi. xxvii. Whan so ever we vse in our tonge these wordes/ he that/ him that/ she that/ her that/ or then that/ vnderstandyng men or women/ they say one of y fyue wordes here a fore rehersed/ with qui, next folowynge hym/ of suche gendre and nombre as the preposycion is that they serue for. ( P ALSGRAVE 1530 : The thirde boke, f.-111r). Pour résumer, nous pouvons donc observer pour le traitement des démonstratifs dans notre manuscrit une tendance à la spécialisation du paradigme CIL en tant que pronom intensif non déictique, peut-être sur le modèle de la correspondance cil/ il, celui/ lui, etc., tandis que CIST et ces, déterminants et pronoms, sont marqués par une valeur déictique proximale. 6.3.2 Fonction pronoms/ déterminants Pour traiter la question de la réception par le traducteur des fonctions des différents éléments composant les trois microsystèmes qui font l’objet de notre étude, il faut distinguer les informations apportées par les traductions latine et anglaise. En effet, le latin ne différencie pas les fonctions pour ces formes (à l’exception de se, toujours pronom réfléchi), et une traduction de ces éléments par des formes équivalentes (et donc non dominantes) de même qu’une variation dans les choix de traduction ne peut indiquer qu’une particularité dans la réception de la valeur de ces éléments, comme c’est le cas par exemple des pronoms personnels régimes traduits par hic, ille, ipse, is, se. 682 Z INK 1997 : 370. <?page no="257"?> 247 C’est l’absence de symétrie formelle intralinguistique entre les différents éléments composant le système anglais, à l’exception de this et de that, qui va donc permettre de révéler l’analyse fonctionnelle par le traducteur des éléments de la langue source. La traduction anglaise démontre ainsi, comme nous allons le voir, la possibilité dans la « grammaire » du traducteur d’analyser l’article défini comme un pronom, de même qu’une tendance à l’absence de distribution des formes pronominales dans une opposition sujet/ régime ou prédicative/ non prédicative. En ce qui concerne la spécialisation des démonstratifs, il n’existe pas encore en moyen français, selon A. D EES (1971) et Ch. M ARCHELLO -N IZIA (1995), de réelle distinction entre pronom et déterminant, mais leur utilisation apparaît dans des fréquences variables. La situation dans notre manuscrit est la suivante 683 : (68) type cest-cestui CS (s./ pl.) : cist (15 adj., 13 pron.) ; (s.) cest (26 adj., 2 pron.) CR : cest (75 adj., 3 pron.), cestui (3 adj., 2 pron.) (69) type cel-celui CS (s./ pl.) : cil (7 adj., 71 pron.), ceus (2 pron.) CRsg : cel (m.) (3. adj.), cele (f.) (9 adj., 6 pron..), celui (3 adj., 10 pron.), CRpl : ceus (1 adj., 62 pron.) (70) type ce-ces : ce (2 adj., 130 pron.) ces (57 adj., 5 pron.) Sans entrer dans les détails, puisque notre propos n’est pas de faire une étude des formes présentes dans la Somme le Roi mais de la réception de ces formes par le traducteur, nous pouvons observer une tendance à la spécialisation fonctionnelle entre CIST et CIL, le premier étant majoritairement utilisé comme article tandis que le second apparaît surtout dans un emploi pronominal. Le troisième paradigme présente lui aussi une spécialisation : la forme ce est majoritairement dédiée à un emploi pronominal, tandis que le pluriel ces est surtout déterminant. Une comparaison de notre manuscrit avec les versions de la Somme le Roi choisies par E. B RAYER et A.-F. L EURQUIN -L ABIE (2008) pour leur édition n’a pas révélé de récriture du texte du manuscrit Oxford Magdalen 188 quant aux choix des démonstratifs. Trois particularités méritent cependant d’être notées. Il s’agit de l’utilisation dans notre manuscrit de formes présentant une forte spécialisation fonctionnelle dans leur emploi minoritaire, leçons qui sont absentes des autres versions consultées : cest et ces sont employés comme pronoms, et ceus apparaît en tant que déterminant. À cinq reprises seulement, le démonstratif cest est utilisé dans notre manuscrit dans son emploi pronominal, divergeant ainsi pour chacune de ces occurrences des autres versions de la Somme le Roi que nous avons consultées : (71) […] bitokeneth the devel […] significat diabolum Cest si diverse et si contrefete et espoventable senefie le diable (f.-24r) M (31, §7) : ceste beste si diverse. 683 Les exemples qui permettent cette répartition sont donnés dans N ISSILLE 2009 (annexe 4). <?page no="258"?> 248 (72) Pride is the eldest doughter of þe devel þat haþ set so greet part in his heritage Superbia est magis senex filia diaboli qui situatur tam magnam partem in sua hereditate Orgueil est l’aisnee fille au deable qui a cest si/ a graunt partie en son heritage. (f.-26v) M (32, §115) : qui ceste a, grant part a en son heritage (73) Vayn glorie is that greet wynde that throwith down the greet toures and the greet holdes puttith downward to the erthe this tho greet mounteynes maketh alle to falle Vana gloria est ille magnus ventus qui deicit illas magnas turres et illa magna fortalicia mittit deorsum ad terram hec illos montes magnos facit omnes cadere Vaine gloire est li granz ventz qui abat les grantz toures et les grantz forteresses met a derriere au terre. Cest ses grantz montaignes fet toutes crouller./ (f.-36r) M (32, §410) : et ses granz montaignes (74) And aftir the herte abidith hym in these thoughtis and hym deliteth […] dedly so greet may be the delectacione. Et postea cor expectat se in istis cogitacionibus et se delectatur […] mortale tam grandis potest esse delectacio. Et a pres 684 li cuers se demoere en ses penseez et se delit en coer ne fet mie l’oevre pur riens et cest demoeure en cist deliz et est lecont degré qui puet estre pechié mortel si grant puet estre le delit (f.-71v) M ( 37, §§25-6) : Aprés, li cuers si demeure en ces pensees et s’i delite, encores ne feist il mie l’euvre por rien ; en ceste demenre et ce delit est li seconz degrez. (75) Ful greet is the goodnes of god that suffreth man that he swere that that he knowith that is not trewe or that he byhoteth thynge that he wole not in nowyse halde whan þe devyl strangleth hym not a noon forthwith. multum est grande bonitas divina que hominem permittit quod jurat hoc quod ille scit bene quod non est omnino verum. vel ipse promittit rem quod 685 ille non vult omnino tenere quando diabolus non ipsum jugulat statim in continenti Mult est grant la debonerté dieu que homme sueffre qui jure cest que il siet bien que n’est pas voir. ou li promet chose qu’il ne veut pas tenir. quant li diables nel estrangle tut meintenant. (f.-100v) M ( 39, §138) : ce que il set ben De même, nous pouvons noter l’utilisation de ces comme pronom démonstratif au cas sujet pluriel. Chaque occurrence de cette forme en tant que pronom dans notre manuscrit présente une leçon différente de celle des autres versions consultées, qui proposent la forme ce : (76) These ben the kyndes or maneris of mysbileve that ben in the boughes of pryde hec sunt genera infidelitatis que sunt in ramis superbie Ces sont les maneris de desloyaltés qui sont en braunches d’orgueil. / (f.-31r) M (32, §251) : Ce sont les menieres de desloiauté 684 Lecture proposée : aprés. 685 L’abrévation utilisée par le traducteur est celle généralement utilisée dans le manuscrit pour quod, et non quam comme le demanderait le latin classique. <?page no="259"?> 249 (77) These ben the […] that grawyn of the branchis of sacrilege. Isti sunt […] qui nascuntur de ramis sacrilegii. Ces sont lez rainsseléz qui naissent des branches de sacrilege / . (f.-63v) M (36, §139) : Ce sont li rainselet (78) These ben the branches of covoytise. Hii sunt rami de avarici Ces sont lez branches d’avarice (f.-70v) M (36, §219) : Ce sont les branches d’avarice (79) These ben not only ydel wordes / hec non sunt omnino verba ociosa. Ces ne sont mie paroles oiseuses. / (f.-90r) M (39, §27) : Ce ne sont mie paroles oiseuses (80) […] wherof […] saith […] eten (bytyn) […] hii sunt male loquentes unde salamon dicit (loquitur) quod illi mordent sicut serpens in tradicione Ces sont les mesdisanz dount salemon dit / qu’il mordent com serpent en traison (f.-94v) M (39, §75) : Ce sont li mesdisant Cet emploi reste, selon certaines grammaires, rare en ancien français 686 , mais plusieurs exemples d’un tel emploi sont néanmoins attestés dans l’AND2 : (81) this (one), these : quant vous vueillez user cest uignement, mangez de ces aussi gros cum une feive Rom 37.515 ; this man, he : Kar a ces dunt sui nez n’est acostumement (l. acostumément) View TextHorn 1940 ; these things, matters : et aveit de ces fraunche administracioun a sa volunté Sel Bills Eyre 4 (AND2, sv. cest). A. D EES indique en effet que les choix ont été différents selon les régions au moment où s’est développé le troisième paradigme ce/ ces pour des raisons sémantiques. Il indique à ce propos que la généralisation de ces remplaçant ceus « semble se refléter surtout dans certains textes anglo-normands » (1971 : 115). Quant au démonstratif ceus, il apparaît à une seule occasion dans notre texte français en tant que déterminant, leçon absente des autres versions de la Somme le Roi qui proposent le démonstratif ces : (82) The fifte is in hem […] her sugettis by over greet procuracions or by overmuch over greet procuracions or by overmuche oþer accions that they doo in many wyses Quintus est in illis magnis prelatis that […] suos subditos per nimias magnas procuraciones vel per nimias alias acciones quas illi faciunt in multis modis Le quinte est en ceus granz prelaz qui escorchent et raiembent leur sougéz par trop grant procuracions ou par trop d’autres accions que il font en maintes manieris/ . (f.-59r-v) M (36, §100) : Li quinz est en ces granz prelaz L’utilisation de ceus comme déterminant démonstratif est « très rarement » attestée en ancien français ( M ARCHELLO -N IZIA 1979 : 121). L’AND2 fournit néanmoins quelques exemples de cet emploi : 686 Cf.- N YROP 1928 : §561. <?page no="260"?> 250 (83) Plus li greve ceu desroi Ke […] S Thom2 21.117 ; il n’i ad fors ceus deus bref Casus Plac 78 (AND2, sv. cel). L’intérêt de la présence de telles formes dans notre manuscrit, qu’elles soient imputables à notre scribe ou à un copiste précédent, réside dans le fait qu’elle témoigne de la possibilité pour notre traducteur - puisqu’il accepte ces leçons et ne les amende pas - que chaque forme joue à la fois le rôle de pronom et celui de déterminant, en dépit du processus de spécialisation en cours. Cette symétrie est d’ailleurs bien attestée dans la réception des trois microsystèmes par notre traducteur, qui interprète certaines occurrences de formes employées comme des déterminants en tant que pronom. Dans l’exemple que nous venons de voir, la traduction anglaise propose un pronom personnel en équivalent au déterminant démonstratif ceus. Il est donc probable que le syntagme nominal granz prelaz ait été identifié en tant qu’épithète, qualifiant le pronom ceus. Plusieurs éléments non exclusifs peuvent expliquer cette réception particulière. Tout d’abord, nous pouvons voir que la suite de la proposition, qui escorchent et raiembent, pose problème au traducteur. En de tels cas, et nous l’avons vu dans le chapitre 4, le traducteur abandonne fréquemment la traduction anglaise quelques mots avant de renoncer à celle en latin. Cela pourrait expliquer une compréhension fragmentaire de la phrase et une traduction morphématique des éléments ceus/ illis. Mais cette caractéristique nous semble s’inscrire dans un phénomène plus global. Effectivement, plusieurs éléments nous amènent à penser que, de façon générale, la limite entre pronom et déterminant est floue - voire non pertinente - pour notre traducteur, un phénomène semblable étant attesté dans l’analyse de certains articles définis : (84) Aftyr be the tales and the fayre wordes whiche haven muche of vaynglorie if they that hem can suttelly say to make hem that herken wel to lawgh./ Post sunt narraciones et pulcra dicta que multum habent de vana gloria si ipsi qui eas sciunt subtiliter dicere propter ipsos ascultantes bene facere ridere / Aprés sont les contes et les biaus diz qui 687 mult ont de vaine gloire c’il 688 qui les sevent soutilment dire pur les escoutanz ben fere rire/ . (f.-89v) Bien qu’il obtienne un résultat adéquat d’un point de vue du sens, le traducteur fait une analyse morphosyntaxique de la formulation française dans laquelle l’article défini les, qui détermine le participe présent substantivé escoutanz, est interprété comme un pronom sur lequel porterait le participe présent en apposition : « pur les bien faire rire, quand ils écoutent ». Le participe présent (comme l’infinitif) s’inscrit, en effet et par nature, dans un continuum entre le plan verbal et le plan nominal 689 (cf.-chapitre 5). Une interprétation de l’article défini en tant que pronom est aussi attestée dans la transcription du texte source : (85) Wher fore she behovith in the day of jugement yelde acountis of them that for occasione of hem ben loste and dampnati Unde illa oportebit in die judicii reddere racionem illorum qui propter occasionem illarum sunt perditi et dampnati 687 M (39, §22) : ou. 688 Lecture proposée : cil. 689 B URIDANT 2000 : §257. <?page no="261"?> 251 Dont il covendra au jour de jugement rendre raison des que pur encheson d’eles sont perduz et dampnés (f.-72v) (86) Suche ben they that with holden that thyngis that they have founde. Tales sunt illi qui retinent ea que illi invenerunt. Tiex sont cil qui retiennent les que il ont trouvéz. (f.-57v) (87) Ne they also that taken away or withholden wrongfully or with strengthe. or hiden that that be approprid to holy chirche or hem payen evel. as the rentes the offringes tythes and othir rightis of holy chirche. Neque illi eciam qui tollunt vel retinent injuriose sive cum fortitudine vel celant ea que sunt appropriata sancte ecclesie vel ea pacant non bene. sicut redditus oblaciones decimas et alias rectitudines sancte ecclesie Ne cil aussi qui tolent ou retiennent a tort ou a force ou celent les que sont approprieez a seint eglise ou les paient mauvesement.si com les rentes les offrendes les dismes et les autres droitures de seint eglise./ (f.-63r) (88) The fifte is the synne of hem of baillez prepositours bedelle of serjantes that accusen and chalengen the pore puple and hem make […]or evel to be ledde for litil lucre that thei have by hem. Quintum est peccatum illorum ballivorum prepositorum bedallorum clientorum qui accusant et acclamant pauperes homines et illos faciunt […]vel male […]propter exiguum lucri quod illi habent per illos. Le quinte est le pechié de ceus des bailles des prevos. des bediaus dez sergans qui encusent et chalongent les pourez gentz et les font reiembre ou mal menir pur .i. pou de gaing que il ont par de lez/ . (f.-67r) Les leçons des autres versions de la Somme le Roi consultées affichent des substantifs liés à ces éléments - des ames (cit. 85 ; M 37, §45), les choses (cit. 86, 87 ; M 36, §141) - et une segmentation différente de la forme - par delez (cit. 88 ; M 36, §180). Il pourrait s’agir dans notre texte de l’usage particulier qui est fait de l’article défini avec sa « valeur démonstrative de l’article hérité de ille » ( B URIDANT 2000 : §86). Cependant, selon Cl. B URIDANT , cet emploi absolu de l’article est restreint « en reprise devant des noms propres, emploi qui semble se raréfier au XIII e -siècle » (ibid.) 690 . Le faible nombre d’exemples - quatre sur tout le corpus - nous oblige à de grandes précautions quant aux conclusions que nous pouvons tirer de ces phénomènes. Il peut s’agir de simples oublis dans la transcription ou d’erreurs déjà présentes dans la version que le scribe a eue sous les yeux. Cependant, le parallélisme qui existe entre ces exemples, de même que le partage de traits communs avec d’autres passages que nous analysons ci-dessous nous font penser que ces particularités de la transcription révèlent une palette de formes que le scribe-traducteur considère comme acceptables. Ce phénomène semble rejoindre la possibilité pour lui d’envisager des pronoms régimes comme des sujets. En effet, dans la transcription, les formes le et les sont attestées à deux reprises en emploi sujet : (89) These ben the two mermaidens that han body of womman and tayl of fysshe. and nayles of an egle. and syngen so swetly that they brynge a slepe the shipmen and aftir they devouren hem 690 Voir encore N YROP 1928 : §132, §97. <?page no="262"?> 252 hii sunt due cirene qui habent corpus de femina et caudam piscis et ungulas aquile et cantant tam dulciter quod sompnolentant nautos/ et postea ipsos devorant Ce sont les .ii. seraines qui ont corps de femme et queue de poisson et ungles d’aigles et chantent si doucement que les endorment les marineris et puis les deveurent/ . (f.-94r) (90) for with peyne or travayle it is fulhard that but eny falle not in the throte of eny of thise seven hedes Quia cum pena evenit quod quis non labitur in gutture aliquorum istorum .vii. capitorum Car a poine avient que le ne chiee en la gueule a aucune de ces .vii. testes./ (f.-24v) Le texte français du manuscrit Paris, Bibl. Mazarine 870 contient quant à lui les pronoms sujet eles et on : que eles endorment les mariniers (cit. 89 ; M 39, §71) et c’on ne chiee en la gueule (cit. 90 ; M 31, §15), ce qui nous indique que l’emploi particulier de l’article attesté dans notre manuscrit naît d’une segmentation différente des mots et qu’il faudrait restaurer les leçons en qu’eles (cit. 89) et que l’en ne chiee (cit. 90). Si l’emploi en tant que sujet de le et les - articles définis ou pronoms régimes ne pouvant remplir ce rôle - découle ici d’une interprétation lors de l’étape de transcription, quelques particularités dans la réception des pronoms régimes atones attestent ce même phénomène au moment de la traduction : (91) An othir is of tyme present. it is the synne of hem that noo thynge doon trewly. ne they peyne hem not to doo wel. ne to say wel. but that they seen or heryn. Aliud est de presenti hoc est peccatum illorum qui nichil faciunt fideliter 691 neque non se conantur. ad bene faciendum neque bene dicendum nisi hoc quod illi vident vel audiunt / L’autre est de present / c’est le peché de ceus qui rienz ne font leement/ ne ne se poinent de ben fere ne de bien dire fors com les voient ou oient/ . (f.-91r) (92) Ful greet is the goodnes of god that suffreth man that he swere that that he knowith that is not trewe or that he byhoteth thynge that he wole not in nowyse halde whan þe devyl strangleth hym not a noon forthwith. multum est grande bonitas divina que hominem permittit quod jurat hoc quod ille scit bene quod non est omnino verum. vel ipse promittit rem quod 692 ille non vult omnino tenere quando diabolus non ipsum jugulat statim in continenti Mult est grant la debonerté dieu que homme sueffre qui jure cest que il siet bien que n’est pas voir. ou li promet chose qu’il ne veut pas tenir. quant li diables nel estrangle tut meintenant. (f.-100v) (93) And for that they oughte serve and hym thanke and above alle thynge love and worship Et propter hoc illi debuissent servire et illum regraciari et super omnes res amare et honorare Et pur ce lé deüssent servir et le mercier et seur totez choses amer et honorer (f.-9v) 691 Interprétation inadéquate : le traducteur prend l’adverbe leement « avec joie » pour une forme de l’adverbe loialment « fidèlement » (cf.-chapitre 5, 5.1.2.2.). 692 L’abrévation utilisée par le traducteur est celle généralement utilisée dans le manuscrit pour quod, et non quam comme le demanderait le latin classique. <?page no="263"?> 253 Dans ces trois exemples, le pronom régime atone précédant le verbe est traduit en latin et en anglais par un pronom sujet. Avant de tirer des conclusions des différents cas que nous venons de présenter, il nous faut préciser que les leçons proposées dans la plupart d’entre eux sont divergentes par rapport à la version du texte français considérée comme la plus proche de l’original (Paris, Bibl. Mazarine 870) : segmentation des formes différente, oubli d’un pronom personnel, etc. Il est de fait impossible de déterminer si l’interprétation par le traducteur des éléments en présence découle d’une difficulté dans la compréhension de la phrase en ancien français - due à un problème dans la qualité de la version française servant de modèle--, d’une traduction s’appuyant sur le sens plus que sur la lettre ou s’il s’agit du reflet exact de son analyse grammaticale de ces formes. De plus, nous ne disposons malheureusement que de peu d’attestations, et plusieurs facteurs peuvent expliquer chacun des cas isolément. Le parallélisme de ces exemples suffit néanmoins, selon nous, à indiquer une tendance dans l’interprétation par notre scribe-traducteur des formes le, les, li, etc. : celles-ci semblent pouvoir bénéficier d’un emploi large, non spécialisé, qui leur permet d’être article défini et pronom sujet ou régime, en position conjointe ou disjointe. Cette spécificité est vraisemblablement appuyée par une analogie intralinguistique, fondée sur la similitude formelle des différents morphèmes, et interlinguistique, notamment dans le cas où les formules nées de l’omission d’un élément dans la transcription (cit. 85-87) reproduisent une structure pronom personnel + relatif (les que) qui rappelle par transposition une formulation anglaise : them that ou that that. La question de la catégorie grammaticale, ou de la différence entre déterminants et pronoms, n’apparaît pas clairement dans les manuels contemporains de notre traducteur. En effet, le statut de l’article est généralement problématique pour les grammairiens du Moyen Âge et de la Renaissance. Seul P ALSGRAVE le range parmi les parties du discours, sans donner d’autre information sur son emploi que son correspondant en anglais 693 : (94) And note/ that though we neuer vse this artycle the/ in any sentence of our tong/ but that the french men vse euer in the stede therof/ their article le, in such lyke order commyng before the substantiue/ as we vse hym in our tong : as where we say. The good man/ all the men. They say/ Le bon homme, tous les hommes (1530 : The thirde boke., f.-1v). Les autres grammairiens le classent sous le pronom - de par son appartenance étymologique à ille 694 - ou ne le considèrent que comme marqueur du cas, parfois les deux, à l’exemple de Barton. Dans son chapitre des accidents, celui-ci mentionne en effet l’article comme « signe » du cas : 693 De manière générale, il semble que Palsgrave ait été aidé dans sa description par une certaine correspondance, mais aussi des différences, des structures du français avec celles de l’anglais, ainsi que par l’influence de la grammaire grecque dans laquelle l’article fait partie des parties du discours (CTLF indique, dans les influences subies par Palsgrave, la grammaire grecque de Théodore Gaza). C’est ainsi par exemple qu’il traite un comme un article, tandis que les grammairiens du XVI e -siècle suivent la grammaire latine qui le considère comme pronom et adjectif numéral : Palsgrave savait qu’un livre signifiait en anglais soit one book, soit a book. C’est pourquoi l’idée de distinguer dans sa grammaire française entre un, adjectif numéral, et un, article, lui est sans doute venue à l’esprit sans effort, presque par instinct ( N EUMANN 1959 : 127). 694 S WIGGERS 2007 : 8. <?page no="264"?> 254 (95) Quantes cases est-il ? Six. Quels ? Nominatif, genitif, datif, accusatif, vocatif, ablatif, et ils sont cognuz par leurs signez. Qui sont ils ? Ces trois : le, du, au. Le est signe du nominatif ou du accusatif, du est signe de le génitif ou de l’ablatif, et au est signe du datif ( S TÄDTLER 1988 : 131). Plusieurs grammairiens de la Renaissance (Jacques Dubois, Robert Estienne, etc.) le traitent de la même façon 695 , puisque c’est le rôle qu’il remplit en latin dans le contexte scholastique 696 . Barton développe l’idée de l’article dans la section dédiée au pronom comme partie du discours : (96) Derechief sçachez que cest mot il est un pronom relatif, sicome je ayme le meistre, quar il me a donné cause. Mais cest mot le est un article, c’est a dire un seigne enforçant les autres mos, sicome je ayme le meistre, lequel me ayme. Et ascun foiz cest mot le est un pronom demonstratif et infinit, sicome je le ayme, lequel me ayme, et ascun foiz relatif, sicome le meistre vient et je le ayme, ou ainsi le meistre vient, le ayme tu point ? ( S TÄDTLER 1988 : 134). Il cherche à montrer, pour différencier l’article du pronom, les diverses fonctions des pronoms. Ainsi, il indique qu’une même forme, le, peut tour à tour être article - lorsqu’il « renforce » le substantif- -, démonstratif - quand il ne réfère pas à un substantif de la phrase mais le remplace - et relatif - dans les cas où il reprend un élément juste énoncé. Selon P. S WIGGERS (2007 : 5) cette mention de l’article est « peu explicite ». Mais un peu plus loin, Barton donne l’exemple suivant : (97) Deraynement sçachez que cest pronom mesme est [relatif] et démonstratif ensemble, sicome du mesmes Jehan, et aussi l’en le met volentiers aprés le pronom pour faire plus certaigneté, sicome moy mesme, le mesme Jean ; mais il ne peut pas estre oveques cest pronom je ne tu ne cil (…) ( S TÄDTLER 1988 : 135). Pour P. S WIGGERS (1985a : 238) se pose un problème d’interprétation avec l’exemple le mesme Jehan puisque l’article est défini comme « signe de nom » et ne pourrait donc, selon lui, être considéré comme pronom. L’exemple est en effet ambigu : (98) Ou faut-il lire le texte de la façon suivante : moy mesmes, (à savoir) le mesmes Jehan ? Mais le point qui sépare, dans le manuscrit, les séquences moy mesmes et le mesmes Jehan semble indiquer qu’il s’agit de deux exemples consécutifs (c’est d’ailleurs la principale fonction du point dans ce texte grammatical) (1985a : 239). Cet exemple, si le est bien compris comme un pronom, présente une utilisation semblable à celle observée dans notre traduction 697 . 695 Selon P. S WIGGERS , Meigret serait le premier à indiquer la restriction que l’article défini a sur l’extension du mot (1985b : 383). 696 S WIGGERS 1985b : 381. En latin, hic, haec, hoc sont considérés comme des « articles » dont la fonction est métalinguistique et qui permettent d’indiquer le genre dans les paradigmes et dans les gloses ( R EYNOLDS 1997 : 69 sq ) , mais sont aussi, selon S.-G. N EUMANN , « un signe de la substantivité » (1959 : 123) : Dans l’enseignement grammatical du latin, hic jouait donc un double rôle : c’était un démonstratif, et c’était un outil grammatical servant à indiquer la substantivité et à souligner le genre et les cas du substantif.-Dès les plus anciens manuels de grammaire française on attribue à l’article le les fonctions qu’avaient hic dans la grammaire scholastique ( N EUMANN 1959 : 124). 697 Cf. à ce propos C OLOMBAT (à paraître). <?page no="265"?> 255 Nous n’avons cependant pas trouvé dans les autres manuels consultés de commentaire ou d’exemple qui reproduise la symétrie que nous trouvons dans la réception des formes par notre traducteur. La possibilité pour une forme régime atone de jouer le rôle de sujet pourrait éventuellement apparaître dans une des règles proposées par l’Orthographia Gallica : on y trouve en effet la glose they, pronom sujet, pour la forme les à la place de la traduction attendue them. (99) L11 : Item omnia nomina adjectiva indifferenter possunt scribi cum s vel cum z, ut ces (these) cez, les (they) lez, et hoc verum nisi u precedat sonum s, ut toutz (all) etc. ( J OHNSTON 1987 : 12). Aucune des vérifications que nous avons pu faire pour l’instant sur les microfilms n’a révélé ces gloses, si ce n’est dans le manuscrit qui fait l’objet de notre étude. Il nous faut ainsi certainement envisager ce phénomène comme un trait particulier de la langue du scribe-traducteur. 6.4 Conclusion Nous avons donc dégagé des tendances assez marquées en ce qui concerne la répartition des formes dans la réception de notre traducteur. Deux grands courants se dessinent : d’un côté nous avons pu voir émerger une classe à laquelle est dévolue la valeur monstrative sous la forme du paradigme CIST ; de l’autre, le traitement des éléments nés de ILLE distribués entre une appartenance au plan verbal (pronoms), et une appartenance au plan nominal (déterminants et articles). Les formes des paradigmes issus de ILLE sont traitées comme une classe plus ou moins symétrique de déterminants-pronoms anaphoriques, sur le modèle des démonstratifs. Le traducteur rétablit donc la symétrie qui est à l’œuvre en latin et prolongée en ancien français pour les démonstratifs uniquement. Il n’y a donc pas, pour lui, « la séparation formelle des expressions épithètes ou clitiques et des expressions autonomes sur le plan syntaxique et prosodique, qu’on observe également dans l’évolution des possessifs, une partie des quantificateurs indéfinis, et des prépositions et des adverbes » ( B URIDANT 2000 : §113). Nous l’avons vu, la question de la prédicativité de ces éléments n’est en effet pas pertinente dans cette analyse, puisque c’est leur position (préverbale, postverbale) ainsi que le rôle qu’ils semblent remplir dans la phrase qui dirige l’analyse qu’en fait le traducteur (même si cette forme, nous l’avons vu, participe à une identification par analogie). De par cette position, certains d’entre eux sont jugés indispensables - le sujet -, d’autres facultatifs voire redondants dans quelques uns de leurs emplois - certains pronoms régimes. En effet, si nous n’avons pu dégager de cohérence dans le traitement des articles définis, nous avons constaté que les pronoms régimes atones sont parfois laissés sans traduction dès le moment où ils n’occupent pas dans la phrase la place d’un substantif - sujet ou objet--, mais fonctionnent uniquement comme pronoms de rappel, alors certainement considérés comme non « constitutifs de la phrase » ( M ARCHELLO -N IZIA 2001 : 38). La « grammaire » qui transparaît dans l’interprétation des systèmes partiels de l’article défini, des démonstratifs et des pronoms personnels de personnes 3 et 6 reflète partiellement la situation du moyen français, notamment par la valeur accordée aux divers éléments. Quant aux autres phénomènes, ils sont plutôt analysés selon des structures proches de celles du latin, voire même d’une grammaire reconstruite dans une dynamique analogique. <?page no="266"?> 256 Certaines de ces particularités de la réception par notre traducteur sont communes avec les leçons attestées dans les manuels contemporains ou antérieurs. Cependant, même si nous ne pouvons exclure qu’elles soient représentatives des théories grammaticales ébauchées à la fin du Moyen Âge, il est davantage probable qu’il s’agisse ici d’analyses indépendantes les unes des autres et développées dans un même milieu et sur une base commune de connaissances ; nous l’avons vu dans les précédents chapitres, c’est sur le modèle du latin et par comparaison avec l’anglais que sont élaborées les premières descriptions grammaticales (Donait, Orthographia Gallica ; P ALSGRAVE 1530), et par analogie intralinguistique qu’ont lieu certaines évolutions linguistiques (système des démonstratifs). <?page no="267"?> 257 Conclusion Nous avons choisi, en introduction, de débuter cette étude par une métaphore parce qu’une des forces de cette figure rhétorique est de représenter un objet dont la complexité empêche sa description précise. Le manuscrit Oxford Magdalen 188 et le texte qui en compose la plus grande partie présentent ce genre de complexité ; celle-ci rend malaisé tant l’insertion de ce volume dans le panorama actuellement connu des matériaux utilisés pour l’enseignement du français en Angleterre au Moyen Âge que la définition de ses caractéristiques. Tout d’abord, la présence dans ce volume de matériaux communément admis comme ayant servi de supports didactiques aux dictatores (traité d’orthographe, nominale et ars dictaminis) contraste avec celle du long texte moral qui forme près des neuf dixièmes de ce manuscrit. Cette discordance peut être dissipée dès lors que l’on pose l’hypothèse d’un enseignement complété par la lecture de textes édifiants, méthode empruntée aux stratégies didactiques attestées pour le latin. Le problème est alors recentré sur l’absence, dans notre manuscrit, de l’enseignement professionnel habituellement présent dans les volumes similaires. Cette particularité s’explique lorsque qu’on relie ce codex aux compilations de textes à teneur exclusivement linguistique que l’on trouve dans de rares volumes du XV e - siècle (manuscrit Oxford, All Souls College, 182) et surtout dans les premiers imprimés de la Renaissance. Par ailleurs, ce lien avec la Renaissance permet de justifier l’apparition d’une traduction dans le texte de lecture, stratégie bien attestée dans les volumes imprimés. Si le caractère littéral de cette traduction peut être rattaché à d’autres productions de l’époque, qui favorisent par ce biais une approche contrastive, l’utilisation de deux langues cibles en parallèle, de même que la présence d’une langue savante dans ces langues cibles, implique d’examiner les stratégies d’enseignement du latin afin d’y puiser la notion de traduction grammaticale permettant d’expliquer ces particularités. Il demeure finalement la question de la nature de la langue illustrée dans cet exercice : le français qui y est analysé paraît au premier abord corrompu dans sa transcription et surtout maladroitement décodé au niveau de la traduction ; ces caractéristiques ne prennent sens, enfin, dans un manuel de langue que lorsque l’on s’applique à dégager les mécanismes contextuels et analogiques de la réception des structures de la langue par le traducteur. Tous ces éléments tendent à asseoir l’image d’une hydre monstrueuse dont nous nous sommes permis de rapprocher le manuscrit Oxford Magdalen 188 en introduction à notre travail. Dans notre tentative de démêler les contradictions et les paradoxes mentionnés cidessus, nous avons suivi une démarche empirique, mêlant une exploration menée dans différentes directions à une exhaustivité que nous avons souhaitée rigoureuse ; c’est au fil de cette analyse que se sont dévoilées les spécificités du manuscrit Oxford Magdalen 188 et du texte trilingue qu’il contient. Ces traits particuliers, pris isolément, n’autorisent que malaisément une interprétation unique et seule la prise en compte du mouvement général permet l’insertion de ce texte dans la production contemporaine. En effet, l’observation de ce document à la lumière d’un contexte global fait apparaître des traits saillants, des éléments que l’on retrouve plus timidement dans d’autres volumes et qui sont en quelque sorte explicités dans notre texte. Par ce nouvel éclairage, le manuscrit <?page no="268"?> 258 Oxford Magdalen-188-- et plus particulièrement la traduction bilingue qu’il contient--, s’éloigne du monstre qui se dessinait a priori et qui le définissait comme étant le résultat de l’accumulation de diverses caractéristiques parfois antinomiques. Il devient alors un chaînon manquant, marquant le glissement d’une tradition à une autre : entre la méthode de l’expositio faisant appel à des gloses interlinéaires et le recours à une présentation en parallèle du texte source et de la traduction, à mi-chemin entre l’accumulation des matériaux des dictatores et les compilations organiques de la Renaissance. La création hybride ainsi caractérisée s’offre désormais à nos interprétations. Nous avons soulevé un certain nombre de points qui nécessiteraient une analyse plus en profondeur : en effet, la force principale du manuscrit Oxford Magdalen 188 est de révéler de nouvelles perspectives d’interprétation de certains phénomènes - intraet extralinguistiques - de l’enseignement de la langue française au Moyen Âge, voire au-delà. Bien que peu prononcés dans les autres productions qui nous sont parvenues, ces phénomènes apparaissent néanmoins dans nombre de ces dernières, pour peu que l’on se focalise sur les indices à notre disposition. Du point de vue des aspects linguistique de l’enseignement du français, tout d’abord, le processus visant à favoriser des structures communes dans un but d’intercompréhension observable non seulement dans notre traduction mais aussi par exemple dans le Femina, mériterait d’être évalué à la lumière d’autres productions de l’époque qui nous intéresse. Diverses études indiquent, nous l’avons vu, que les choix lexicaux et syntaxiques attestés dans certains écrits à teneur pratique (documents administratifs, sermons, ouvrages médicaux, etc.) visent à conserver une certaine perméabilité interlinguistique et à favoriser une compréhension aisée du contenu, notamment par l’usage abondant d’abréviations graphiques. Il est selon nous intéressant de noter le parallélisme avec des méthodes actuelles d’enseignement de langues apparentées - parallèle indirectement relevé par C.- B LANCHE -B ENVENISTE qui mentionne l’assise historique de telles pratiques - et favorisant l’usage du contexte et des co-occurrences : il s’agit de la méthode Eurom4, tablant sur l’intercompréhension possible entre les langues romanes afin de simplifier leur apprentissage : (1) Le trajet pédagogique a été dicté par la capacité de passer aisément d’une langue romane à une autre, en misant sur les parentés évidentes et en formulant des hypothèses pour les zones plus incertaines. Ce sont, en fait, les chemins de l’intercompréhension, avec toutes les approximations qui l’accompagnent ( B LANCHE - B ENVENISTE 2008 : 44). La dose d’approximations nécessaire à cette démarche rapproche cette dernière de la tradition didactique que nous avons décrite, fondée sur l’observation de la langue et devant affronter la « grammaire floue » de la langue vulgaire, de même que des comparaisons interlinguistiques et autres phénomènes d’analogie que nous avons tenté de dégager des timides descriptions grammaticales de la fin du Moyen Âge. Il faudrait déterminer si ces caractéristiques sont représentatives d’une tradition ou si elles sont uniquement issues d’un processus analogique, étude qui impliquerait alors l’analyse d’un large corpus de productions ciblées incluant des textes jugés « macaroniques ». À un niveau plus général, certaines questions touchant les mouvements culturels qui existent non seulement entre les procédés didactiques, mais aussi entre les différentes langues devraient être approfondies. C’est le cas notamment du lien entretenu entre le latin et le français attesté dans notre manuel. Ce dernier mériterait d’être examiné en com- <?page no="269"?> 259 paraison avec d’autres traductions de langue vernaculaire en latin 698 . Les textes issus de ce processus sont répartis dans un large panel de documents (œuvres littéraires, morales, religieuses, scientifiques, techniques, etc.) : (2) Les questions soulevées par l’étude des traductions latines d’œuvres vernaculaires sont nombreuses. Quel rôle joue le latin médiéval - si éloigné du latin classique - quand il sert de langue de traduction à une œuvre vernaculaire ? Comment apprécier le registre latin adopté dans ces traductions ? Y a-t-il une sorte de « hausse du niveau hiérarchique » du texte ? Qui « traduit en latin » - des professionnels religieux ou laïcs, des amateurs plus ou moins éclairés - et dans quel milieu évoluent ces traducteurs d’œuvres vernaculaires en latin ? Comment ces traducteurs et leurs commanditaires/ lecteurs ressentent-ils la relation entre leur langue « maternelle » et le latin ? Quelle est l’importance du vocabulaire vernaculaire passé dans les traductions latines et des graphies de type dialectal introduites dans le texte latin ? Quel est l’enjeu de la traduction en latin pour la diffusion d’une œuvre née vernaculaire ? (F ÉRY -H UE / G ADRAT 2006). En ce qui concerne les éventuels points de transfert entre les diverses stratégies didactiques, il nous semblerait intéressant d’explorer la question de l’influence des méthodes médiévales d’enseignement de la langue vulgaire par l’usage sur les stratégies développées à la Renaissance 699 . De même, nous pourrions nous interroger quant à la portée de l’intégration « officielle », dans l’enseignement du latin, de la langue maternelle sur l’émergence de l’utilisation de la traduction comme procédé didactique. Ces deux aspects nécessiteraient d’évaluer avec précision la place du métadiscours qui s’installe dans la production didactique au début du XVI e -siècle par rapport aux pratiques déjà attestées. Les résultats présentés et les questions auxquelles il faudrait encore répondre nous conduisent à considérer l’enseignement du français en Angleterre au Moyen Âge comme un ensemble de ramifications : il se présente, selon nous, comme un laboratoire où s’élabore le français d’Angleterre, enraciné dans des influences anciennes et portant certains éléments des stratégies didactiques à venir. Cette structure arborescente nous pousse, dans notre jeu de métaphores initié en introduction à notre travail, à abandonner la bête fabuleuse pour laisser la place à l’image de l’arbre, abondamment utilisée par Lorens d’Orléans dans sa Somme le roi : (3) Cist arbre fet a loer et a amer pour mout de choses : pour la racine, pour le fruit, por le fust, pour la fleur, por l’oudeur, pour la fuille et por son bel ombre ( B RAYER / L EURQUIN - LABIE 2008 : 50, §§28-9). 698 Cf.- N ISSILLE 2013b. 699 Cf.- N ISSILLE 2013a. <?page no="270"?> 260 Bibliographie sélective 1. 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Une bibliographie générale accompagne chacune des entrées - manuels de langue (1) ou volumes (2)- -, à l’intérieur de laquelle se trouvent des références bibliographiques spécifiques à chaque élément. Pour les codices, nous avons complété notre répertoire par les informations contenues dans les catalogues de manuscrits, lorsque ceux-ci étaient disponibles, et ces informations ont été sporadiquement complétées à l’aide des microfilms auxquels nous avons eu accès : les informations incertaines ont été mises entre crochets. Cette section concernant les volumes mériterait cependant un approfondissement, notamment en ce qui concerne les textes latins et juridiques qui les composent. Les informations que nous avons rassemblées sur ces derniers sont en effet limitées aux éléments nécessaires à notre propos. Nous avons choisi l’abréviation « ment. » pour désigner les études qui se limitent à mentionner la présence d’un texte dans un manuscrit, « extraits publ. » lorsque seule une partie de l’œuvre traitée est éditée et « éd. » pour les éditions complètes. L’absence de précisions telles que ces dernières indique que l’étude mentionnée décrit ou traite en détails l’élément concerné. Les abréviations pour les dates des manuscrits sont alignées sur celles proposées par D EAN 1999. Ainsi, les chiffres 1 et 2 qui accompagnent la date indiquent la première ou la seconde moitié du-siècle ; pour des datations plus précises, nous avons utilisé les fractions (1/ 4 : premier quart du-siècle) ainsi que les abréviations « in », « m » et « ex » (début, milieu et fin du-siècle). 7.1 Textes 7.1.1 Lexique 7.1.1.1 Listes de mots et glossaires 7.1.1.1.1 Nominalia Bibliographie générale : K RISTOL 1990. a. Latin-français Manuscrits : XIII e s. : Glasgow, Univ. Libr., Hunterian U 6.10 (« Glasgow Glossary », extraits publ. E WERT 1857 ; D EAN 1999 : §306) ; London, Brit. Libr., Harley 2742 (éd. M EYER 1895) ; <?page no="286"?> 276 Oxford, Bodleian Libr., Douce 88 (éd. H UNT 1980 : 5-25 ; D EAN 1999 : §305). XIV e s. : Oxford, St. John’s Coll., 178 (extraits publ. E WERT 1934 : 13-8 ; H UNT 1991 : 401 ; D EAN 1999 : §304). XV e s. : Dublin, Trinity Coll., 605 (ment. J OHNSTON 1987 : 19). b. Trilingue (langue source : latin) Manuscrits : XIII e s. : London, Brit. Libr., Harley 978 (éd. W RIGHT / H ALLIWELL 1841-3 ; extrait publ. W RIGHT 1957 : 139-41 ; D EAN 1999 : §312) ; London, Brit. Libr., Sloane 146 (éd. H UNT 1989 ; D EAN 1999 : §313) ; Oxford, Bodleian Libr., Bodley 730 ( H UNT 1981b : 201-9 ; H UNT 1991 : 26 ; D EAN 1999 : §307). XIV e s. : London, Brit. Libr., Sloane 5 (ment. W RIGHT 1957 : 139 ; D EAN 1999 : §311) ; London, Westminster Abbey, 34/ 11 (éd. H UNT 1981 : 14-15 ; D EAN 1999 : §303). XV e s. : Oxford, Magdalen Coll., lat. 188 (ment. S TÜRZINGER 1884 : xxvi ; extraits publ. O WEN 1929 : 145-6 ; D EAN 1999 : §302). Date ? : London, Brit. Libr., Harley 219. c. Trilingue (langue source : français) Manuscrits : XIV e s. : New Haven (Conn.), Yale Univ., Beinecke Libr., 507 ( D EAN 1999 : §310). XV e s. : Cambridge, Univ. Libr., Add. 8870 (éd. B AKER 1989, qui émet l’hypothèse que deux parties de ce vocabulaire sont dérivées directement ou indirectement de l’enseignement de Bibbesworth ; K RISTOL ( 1990 : 322) le classe dans la liste des glossaires latinfrançais ; D EAN 1999 : §309). d. Français-anglais Manuscrit : XIV e s. : Cambridge, St. John Coll., E17 ( K RISTOL 1990 ; A CKER 1993 ; D EAN 1999 : §313r). 7.1.1.1.2 Glossaires de verbes français-latin Bibliographie générale : éd. M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; D EAN 1999 ne les traite pas à part mais les inclut certainement sous §291 (paradigmes verbaux en français). Manuscrits : XV e s. : Cambridge, Univ. Libr., Dd 12.23 (ment. K IBBEE 1991 : 75) ; Cambridge, Univ. Libr., Gg 6.44. 7.1.1.1.3 Glossaires d’adverbes et de prépositions latin-français Bibliographie générale : éd. M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; D EAN 1999 ne les traite pas à part mais les mentionne sous §300 (liste de numéraux, jours de la semaine, fêtes, etc). Manuscrits : XIV e s. : Cambridge, Univ. Libr., Ee 4.20. XV e s. : Cambridge, Univ. Libr., Dd 12.23 (ment. K IBBEE 1991 : 75) ; Cambridge, Univ. Libr., Gg 6.44 ; Oxford, All Souls Coll., 182 (ment. S TÜRZINGER 1884 : viii, L EGGE 1941 : x ; K RISTOL 1990 ; absent de M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993). 7.1.1.1.4 Liste de numéraux, jours de la semaine, fêtes, etc. Bibliographie générale : liste considérée comme faisant partie du Liber Donati, éd. M ER - RILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; D EAN 1999 : §300. Manuscrits : XIV e s. : Cambridge, Univ. Libr., Ee 4.20 (ment. R ICHARDSON 1941a : 280) ; London Brit. Libr., Harley 4971 (ment. S TÜRZINGER 1884 : ix, J OHNSTON 1987 : 39, R ICHARD - SON 1941a : 280). XV e s. : Cambridge, Univ. Libr., Dd 12.23 (ment. S TÜRZINGER 1884 : viii, O WEN 1929 : 15, L EGGE 1939 : 243, K IBBEE 1991 : 86) ; Cambridge, Univ. Libr., Gg 6.44 (ment. <?page no="287"?> 277 S TÜRZINGER 1884 : viii, O WEN 1929 : 15, K IBBEE 1991 : 75) ; London, Brit. Libr., Additional 17716 (ment. L EGGE 1939 : 243) ; London, Brit. Libr., Sloane 513 (absent de D EAN 1999 : §300) ; Cambridge, Trinity Coll., B 14.39/ 40 (ment. O WEN 1929 : 15 ; L EGGE 1939 : 242) ; Oxford, Magdalen Coll., lat. 188 (ment. R ICHARDSON 1941a : 280). 7.1.1.2 Enseignement explicite du vocabulaire 7.1.1.2.1 Tretiz de Bibbesworth Bibliographie générale : O WEN 1929 ; ment. K OCH 1934 : 43-5, R OTHWELL 1990 : 1-2 ; K RISTOL 1990 ; K IBBEE 1991 : 45-6 reproduit certains passages et variantes ; D EAN 1999 : §285. Manuscrits : XIII e s. : London, Brit. Libr., Sloane 809 ( W RIGHT 1857 : 142-74) ; Oxford Bodleian Libr., Selden Supra 74 (ment. M EYER 1884 : 501, S TENGEL 1890 : 151, K IBBEE 1991 : 44 ; R OTHWELL 2010). XIV e s. : Cambridge, Corpus Christi Coll., 450 ; Cambridge, Trinity Coll., O. 2.21 (extraits publ. M EYER 1874 ; éd. R OTHWELL 2009) ; Cambridge, Univ. Libr., Gg 1.1 (extraits publ. M EYER 1874 : 360-5 ; ment. M EYER 1886 : 312 ; éd. R OTHWELL 1990, 2009) ; London, Brit. Libr., Additional 46919 (extraits publ. M EYER 1884 : 502-3 ; ment. B AUGH 1959 : 21) ; London, Brit. Libr., Arundel 220 (éd. W RIGHT 1857 : 141-74 ; extrait publ. G ÉNIN 1862 : 27-28 ; ment. M EYER 1874 : 360) ; London, Brit. Libr., Harley 740 (fragments ; B AKER 1989 : 84, note 13) ; London, Brit. Libr., Royal 13 A IV (ment. M EYER 1874 : 360) ; Oxford, Bodleian Libr., 39 (fragments ; ment. P ARSON 1929 : 384 ; éd. R OTHWELL 1990 ; corriger K RISTOL 1990 : 317, qui donne Oxford Bodleian Libr. 38) ; Oxford, Christ Church Coll., bibliothèque privée (manque dans K RISTOL 1990, R OTHWELL 1995, etc. ; indiqué par D EAN 1999 : §285). XIV e / XV e s. : London, Brit. Libr., Cotton Vespasian A VI (fragments) ; London, Brit. Libr., Harley 490 (fragments ; ment. G ÉNIN 1852 : 29). XV e s. : London, Brit. Libr., Sloane 513 (ment. S TÜRZINGER 1884 : v) ; Oxford, All Souls Coll., 182 (ment. M EYER 1874 : 360, L EGGE 1941 : x, K IBBEE 1991 : 42, 75) ; Paris, Bibl. Nat., Nouv. acqu., lat. 699 (éd. R OTHWELL 1990). 7.1.1.2.2 Nominale sive verbale Bibliographie générale : ment. S TÜRZINGER 1884 : x, xxvi ; éd. S KEAT 1906 ; extraits publ. O WEN 1929 : 146-7 ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §308 ; en ce qui concerne notre choix de classer cette œuvre à part des autres nominalia, voir chapitre 2, 2.1.1.1. Manuscrit : XIV2 e s. : Cambridge, Univ. Libr., Ee 4.20. 7.1.1.2.3 Femina Bibliographie générale : extraits publ. M EYER 1903 : 46-7 et O WEN 1929 : 147-9 ; éd. W RIGHT 1909, R OTHWELL 2005 ; ment. L EGGE 1939 : 242, V ISING 1942-3, L USIGNAN 1986 : 95, K IBBEE 1991 : 47, K RISTOL 1994, R OTHWELL 1995 : 2, R OTHWELL 1998 ; Arnould 1939 : 1-9 ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §286. Manuscrit : XV e s. : Cambridge, Trinity Coll., B 14.39/ 40. 7.1.1.3 Manières de langage 7.1.1.3.1 Manière de langage de 1396 Bibliographie générale : K RISTOL 1990 ; K RISTOL 1990/ 91 : 313 ; éd. K RISTOL 1995 ; D EAN 1999 : §190 et §281. <?page no="288"?> 278 Manuscrits : XIV e s. : London, British Libr., Harley 3988 ( M EYER 1870 ; G ESSLER 1934 ; contient parties rimées ( D EAN 1999 : §135, §149) et fatrasies (publ. en partie par M EYER 1870 : 404-5 ; D EAN 1999 : §284 ; non publié par K RISTOL 1995) ; ne contient pas « Le mari cocu battu et content », D EAN 1999 : §190 ; se termine par des réflexions morales, d’une main plus tardive, D EAN 1999 : §283 ; non publié par K RISTOL 1995). XV e s. : Cambridge, Trinity Coll., B 14.39/ 40 (éd. M EYER 1903 ; ment. O WEN 1929 : 16) ; Cambridge, Univ. Libr., Dd 12.23 (explicit « La commune parlance » ; extraits publ. S TÜRZINGER 1884 : xii-xiii, M EYER 1903 : 48, G ESSLER 1934 : 43-4 ; ment. K IBBEE 1991 : 75, 86) ; London, British Libr., Add. 17716 (ment. S TÜRZINGER 1884 : xiii-xiv, O WEN 1929 : 16 , G ESSLER 1934 : 34, K IBBEE 1991 : 75) ; Oxford, All Souls Coll., 182 (extraits publ. S TENGEL 1879 : 1-7 ; G ESSLER 1934 ; ment. L EGGE 1941 : x, K IBBEE 1991 : 42, 75 ; contient parties rimées ( D EAN 1999 : §135, §149), réflexions morales ( D EAN 1999 : §283 ; cf.- supra) et fatrasies (publ. en partie par M EYER 1870 : 404-5 ; D EAN 1999 : §284 ; cf.-supra) ; ne contient pas « Le mari cocu battu et content », D EAN 1999 : §190) ; Paris, Bibl. Nat., Nouv. acqu., lat. 699 (extrait publ. G ESSLER 1934 : 43-4). 7.1.1.3.2 Manière de langage de 1399 Bibliographie générale : K RISTOL 1990 ; K RISTOL 1990/ 91 : 313 700 ; éd. K RISTOL 1995. Manuscrits : XV e s. : Cambridge, Univ. Libr., Add. 8870 (fragment ; éd. B AKER 1989 ; D EAN 1999 le classe sous §281) ; Cambridge, Univ. Libr., Ii 6.17 (fragment bilingue ; ment. S TÜR - ZINGER 1884 : xv, M EYER 1886 : 352, L AMBLEY 1920, O WEN 1929 : 16, G ESSLER 1934 : 27 ; éd. S ÖDERGÅRD 1953 ; D EAN 1999 : §282) ; Lincoln, Lincolnshire Archives Office, Formulary Book 23 (fragment bilingue, K RISTOL 1992 ; D EAN 1999 : §282) ; Oxford, All Souls Coll., 182 (éd. par S TENGEL 1879 avec le titre Petit livre pour enseigner les enfants, mais selon K RISTOL 1995 : xxxii ce titre ne se rapporte qu’au nominale qui précède cette Manière ; O WEN 1929 : 146 ; ment. K IBBEE 1991 : 42, 75 ; D EAN 1999 : §282). 7.1.1.3.3 Manière de langage de 1415 Bibliographie générale : ment. L EGGE 1939 : 242-3 ; K RISTOL 1990 ; K RISTOL 1990/ 91 : 313 ; éd. M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993, K RISTOL 1995 ; D EAN 1999 : §281. Manuscrits : XV e s. : Cambrige Trinity Coll., B 14.39/ 40 (éd. M EYER 1903 ; ment. G ESSLER 1934 : 25-6) ; Cambridge Univ. Libr., Dd 12.23 (extraits publ. S TÜRZINGER 1884 : xiv, M EYER 1903 : 48 ; ment. O WEN 1929 : 16, K IBBEE 1991 : 75, 86 ; K RISTOL 1990/ 91) ; London, British Libr., Add. 17716 (extraits publ. M EYER 1903 : 48 ; ment. S TÜRZINGER 1884 : xiv, O WEN 1929 : 16, K IBBEE 1991 : 75) ; Oxford, Bodleian, lat. misc. e. 93 (absent de L EGGE 1939 ; D EAN 1999 le classe sous §291). 7.1.2 Traités théoriques (orthographe et grammaire) 7.1.2.1 Enseignement grapho-phonétique 7.1.2.1.1 Règles de prononciation Bibliographie générale : ment. S TÜRZINGER 1884 : iii ; K RISTOL 1990 ; éd. M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993, qui le considèrent comme partie du Liber Donati ; non répertorié 700 K RISTOL 1990/ 91 mentionne de manière erronée la présence des Manières de 1399 dans le manuscrit Cambridge, Univ. Libr., Dd 12.23. <?page no="289"?> 279 par D EAN 1999 ; il est probable que ce texte s’inscrive dans la tradition du Tractatus orthographiae, R OTHWELL 2001a : 12. Manuscrit : XV e s. : Cambridge, Univ. Libr., Gg 6.44. 7.1.2.1.2 Tractatus orthographiae Bibliographie générale : ment. L EGGE 1939 : 242-3 ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §288. Manuscrits : XV e s. : Cambridge, Trinity Coll., B 14.39/ 40 (ment. M EYER 1903 ; 59) ; London, Brit. Libr., Add. 17716 (éd. P OPE 1910 : 1985-193 ; ment. S TÜRZINGER 1884 : iii, K IBBEE 1991 : 75). 7.1.2.1.3 Tractatus orthographiae de Coyfurelly Bibliographie générale : K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §289. Manuscrits : XV e s. : Oxford, All Souls Coll., 182 (éd. par S TENGEL 1879 : 16-22 ; ment. K IBBEE 1991 : 42, 75) ; Cambridge, Univ. Libr., Dd 12.23 (fragment ; ment. S TÜRZINGER 1884 : iv-v, O WEN 1929 : 15, K IBBEE 1991 : 75 ; absent de D EAN 1999 : §289). 7.1.2.1.4 Orthographia Gallica a. Latin version brève Bibliographie générale : éd. J OHNSTON 1987 ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §287. Manuscrits : XIV e s. : London, Lincoln’s Inn, misc. 173 (éd. W RIGHT 1840, S TÜRZINGER 1884, B OLLAND 1912 ; R ICHARDSON 1939 : 453 ; il s’agit de la plus ancienne copie, et peut-être de la version originale, suivie d’une liste de numéros cardinaux et un proverbe ; J OHNSTON 1987 l’indique sous le titre « Misc. 178 » ; ment. K IBBEE 1991 : 50 ; D EAN 1999 : §287) ; Oxford, Bodl. Libr. Rawl., C 507 ; XV e s. : Cambridge, Corpus Christi Coll., 335 ; London, Brit. Libr., Harley 4993 (fragment). b. Latin version longue Bibliographie générale : éd. J OHNSTON 1987 ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §287. Manuscrits : XIV e s. : Cambridge, Univ. Libr., Ee 4.20 (éd. S TÜRZINGER 1884 ; ment. A RNOLD 1937, K IBBEE 1991 : 50, 75). XIV e -XV e s. : Warminster, Longleat House, Marquess of Bath’s Libr., 37 (ment. A RNOLD 1937). XV e s. : Dublin, Trin. Coll., 605 (ment. A RNOLD 1937) ; Oxford, Magdalen Coll., lat. 188 (extraits publ. G ÉNIN 1852 : 30-3 ; éd. S TÜRZINGER 1884 ; ment. K IBBEE 1991 : 50) ; London, Brit. Libr., Sloane 513 (extraits publ. S TÜRZINGER 1884 : v ; ment. O WEN 1929 : 15 ; fragment : uniquement la dernière page du traité, D EAN 1999 : §287). c. Français Bibliographie générale : éd. S TÜRZINGER 1884, J OHNSTON 1987 ; ment. G ÉNIN 1852 : 29, 34, A RNOLD 1937, K IBBEE 1991 : 50 ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §287. Manuscrit : XIV e s. : London, Brit. Libr., Harley 4971. <?page no="290"?> 280 7.1.2.2 Morphosyntaxe 7.1.2.2.1 Traités de morphosyntaxe verbale Manuscrits : XIII e s. : Cambridge, Trinity Coll., R 3.56 (petit traité de conjugaison française, écrit en latin et accompagné d’exemples en français ; extraits publ. M EYER 1903 ; ment. G ESS - LER 1934 : 23 ; éd. S ÖDERGÅRD 1955 : 192-4 ; K RISTOL 1990 ; H UNT 1991 : 118 ; D EAN 1999 : §294) ; Oxford, Bodleian Libr., Douce 88 (listes d’équivalents latins et leurs synonymes pour les principaux verbes français ; éd. H UNT 1980 : 5-15 ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §296). XV e s. : Oxford, All Souls Coll., 182 (extraits publ. M EYER 1870 : 380, S TENGEL 1879 : 33-40 ; ment. K IBBEE 1991 : 75 ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §295) ; Norwich, Norfolk Record Office, Central Libr., Rye 38 (fragments de notes de grammaire française - sur la morphosyntaxe pronominale - et conjugaisons modèles, avec traduction interlinéaire en anglais ; éd. D AVIS / I VY 1962 ; K RISTOL 1990 ; K IBBEE 1992 ; D EAN 1999 : §294r). 7.1.2.2.2 Conjugaciones Donati in gallicis cum expositione earumdem in latinis Bibliographie générale : ment. S TÜRZINGER 1884 : vii, O WEN 1929 : 15, R ICHARDSON 1941a : 280 ; K RISTOL 1990 ; éd. H UNT 1991 : 114-8 ; M ERRILEES 1993 : 274 ; absent de M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; D EAN 1999 : §293. Manuscrit : XIV e s. : Cambridge, Univ. Libr., Ee 4.20. 7.1.2.2.3 Liber Donati a. Morphologie pronominale (en latin avec équivalents français) Bibliographie générale : K RISTOL 1990 ; éd. M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; D EAN 1999 : §298. Manuscrits : XIV e s. : Cambridge, Univ. Libr., Ee 4.20 (classé avec les glossaires latin-français par K RISTOL 1990 : 322 ; ment. S TÜRZINGER 1884 : vii, R ICHARDSON 1941a : 280, K IBBEE 1991 : 75 ; absent de M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993) ; XV e s. : Cambridge, Univ. Libr., Gg 6.44 (extraits publ. S TÜRZINGER 1884 : iv-v, viii ; ment. M EYER 1886 : 262, O WEN 1929 : 15, G ESSLER 1934 : 25) ; London, Brit. Libr., Add. 17716 ; Cambridge, Trinity Coll., B 14.39/ 40 (non répertorié par D EAN 1999 et K RISTOL 1990). b. Paradigmes verbaux en français (avec commentaires latins) Bibliographie générale : K RISTOL 1990 : 323, s.v. traités de grammaire/ tableaux de conjugaison ; éd. M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; D EAN 1999 : §291. Manuscrits : XIV e s. : London, Brit. Libr., Harley 4971 (ment. S TÜRZINGER 1884 : vi-vii, O WEN 1929 : 15, R ICHARDSON 1941a : 280 ; D EAN 1999 : §293) 701 . XV e s. : Cambridge, Trinity Coll., B 14.39/ 40 (suivi de dialogues ; ment. O WEN 1929 : 15, L EGGE 1939 : 242) 702 ; Cambridge, Univ. Libr., Dd 12.23 (suivi de dialogues ; ment. S TÜRZINGER 1884 : vii, M EYER 1886, L EGGE 1939 : 243, K IBBEE 1991 : 75, 86) ; Cambridge, Univ. Libr., Gg 6.44 (extraits publ. S TÜRZINGER 1884 : iv-v, viii ; ment. M EYER 1886 : 262, O WEN 1929 : 15, G ESSLER 1934 : 25 ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §293) ; London, Brit. Libr., Add. 17716 (suivi de dialogues ; ment. S TÜRZINGER 1884 : vii-viii, O WEN 1929 : 15, G ESSLER 1934 : 25, L EGGE 1939 : 243, K IBBEE 1991 : 75). 701 M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 le mentionnent sans le prendre en compte dans l’édition (ms. H). 702 Pour M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 : 3, corriger « I » par « T » dans la liste de manuscrits proposée sous « III. Verb paradigms ». <?page no="291"?> 281 Les glossaires habituellement considérés comme faisant partie intégrante du Liber Donati (glossaire de verbes français-latin ; glossaire d’adverbes et de prépositions latin-français ; liste de numéraux, jours de la semaine, fêtes, etc.) ont été classés avec les nominalia. 7.1.2.2.4 Donait soloum douce franceis de Paris Bibliographie générale : ment. O WEN 1920 : 15, K IBBEE 1991 : 86 ; K RISTOL 1990 ; éd. M ERRILEES 1993 ; D EAN 1999 : §292. Manuscrit : XV e s. : London, Brit. Libr., Sloan 513. 7.1.2.2.5 Donait françois de John Barton Bibliographie générale : éd. S TENGEL 1879 : 25-40, S WIGGERS 1985a, S TÄDTLER 1988 : 128-37 ; ment. K IBBEE 1991 : 42, 75, 85 ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §290. Manuscrit : XV e s. : Oxford, All Souls Coll., 182. 7.1.3 Artes dictaminis 7.1.3.1 Artes dictaminis en français 7.1.3.1.1 Ars dictaminis « ore fait a dire » Bibliographie générale : K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §317. Manuscrits : XIV e s. : Cambridge, Univ. Libr., Ee 4.20 (extraits publ. U ERKVITZ 1898, R I - CHARDSON 1942b : 370-6) ; Oxford, Magdalen Coll., lat. 188 (ment. S TÜRZINGER 1884 : xxci, R ICHARDSON 1941a : 277). XIV e -XV e s. : London, Brit. Libr., Harley 4971. 7.1.3.1.2 Ars dictaminis « sachent touz que solonc l’enformacion Thomas Sampson » Bibliographie générale : K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §318. Manuscrits : XIV e s. : Cambridge, Univ. Libr., Ee 4.20 (extraits publ. U ERKVITZ 1898, A RNOLD 1937, R ICHARDSON 1942b : 406-7) ; London, Brit. Libr., Harley 3988 ( D EAN 1999 ne les classe pas sous §318 mais sous §321) ; Paris, Bibl. Nat., Nouv. acq., lat. 699 (id. ; ment. G ESSLER 1934 : 33). 7.1.3.1.3 Ars dictaminis « c’est la forme coment Thomas Sampson » Bibliographie générale : K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §320. Manuscrit : XIV e -XV e s. : Warminster, Longleat House, Longleat 37. 7.1.3.1.4 Ars dictaminis « Le manere de salutaçoun » Bibliographie générale : K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §322. Manuscrit : XV e s. : Cambridge, Trinity Coll., B 14.39/ 40. 7.1.3.2 Artes dictaminis en latin Manuscrits : XIV e s. : Cambridge, Trin. Coll., B 14.39/ 40 (Modus composicionis literarum ; ment. M EYER 1903 : 59, O WEN 1929 : 18, L EGGE 1939 : 242, R ICHARDSON 1941a : 277-8, R ICHARDSON 1942 : 277-8 ; extraits publ. R ICHARDSON 1942b : 417-30 ; K RISTOL 1990 ; D EAN <?page no="292"?> 282 1999 : §323) ; London, Brit. Libr., Royal 10 B.IX (par « Simon O. » : ment. R ICHARDSON 1939 : 436 ; K RISTOL 1990) ; Manchester, John Rylands Libr., lat. 394 (par « Simon O. » : P ANTIN 1929, R ICHARDSON 1939 ; absent de K RISTOL 1990) ; Cambridge, Univ. Libr., Ee. 4.20 ( K RISTOL 1990) ; Cambridge, Corpus Christi Coll., 450 ( K RISTOL 1990) ; Cambridge, Univ. Libr., Dd 9.38 (Pierre de Blois ; Extraits publ. L ANGLOIS 1893 ; K RISTOL 1990). XIV e -XV e s. : London, Brit. Libr., Lansdowne 560. XV e s. : London, Brit. Libr., Harley 4993 (ment. P ANTIN 1929 : 329, R ICHARDSON 1939 : 455, R ICHARDSON 1941a : 277 ; Modus dictandi breuis et vtilis datus a Sampsone, D ENHOLM -Y OUNG 1934 : 100 ; K RISTOL 1990) ; Warminster, Longleat House, Marquess of Bath’s Libr., 37 (« Sunt cartaria » ; K RISTOL 1990) ; London, Brit. Mus., Royal MS. 17 B. xlvii (« Modus dictandi breuis et vtilis datus a Sampsone », D ENHOLM -Y OUNG 1934 : 100 ; R ICHARDSON 1942 b : 336 ). 7.1.3.3 Collection de lettres modèles en français Bibliographie générale : D EAN 1999 : §324. Manuscrits : XIV e s. : Cambridge, Univ. Libr., Dd 9.38 (ment. L ANGLOIS 1893 ; K RISTOL 1990 ; absent de D EAN 1999) ; Cambridge, Univ. Libr., Ee 4.20 ( K RISTOL 1990 ; ment. K IB - BEE 1991 : 75 ; D EAN 1999 le classe sous §317 et §318) ; London, Brit. Libr., Harley 3988 (extraits publ. S TENGEL 1879 : 8-10, U ERKVITZ 1898, H ASKINS 1929 : 23, R ICHARDSON 1942b : 409-10 ; ment. M EYER 1870 : 380, S TÜRZINGER 1884 : xvii, O WEN 1929 : 18, A RNOLD 1937 : 205, R ICHARDSON 1941a : 277 ; D EAN 1999 : §321) ; London, Brit. Libr., Harley 4383 (extraits publ. R ICHARDSON 1942b : 385-91 ; ment. P ANTIN 1929 : 329, R ICHARDSON 1941a : 277) ; London, Brit. Libr., Harley 4971 (extraits publ. U ERKVITZ 1898, H ASKINS 1929 : 22, O WEN 1929 : 17, R ICHARDSON 1942b : 360-3 ; ment. G ÉNIN 1852 : 29, S TÜRZINGER 1884 : xvi-xvii, A RNOLD 1937, R ICHARDSON 1941a : 277-8 ; D EAN 1999 : §317). XIV e -XV e s. : Warminster, Longleat House, Longleat 37 (extraits publ. A RNOLD 1937, R ICHARDSON 1942b : 315-9, 398-403 ; ment. R ICHARDSON 1941a : 277-8 ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §320). XV e s. : Cambridge, Trinity Coll., B 14.39/ 40 ( D EAN 1999 : §322 et 323) ; Cambridge, Univ. Libr., Gg 6.44 (ment S TÜRZINGER 1884 : iv ; K RISTOL 1990 ; absent de D EAN 1999) ; London, Brit. Libr., Add. 17716 (extraits publ. U ERKVITZ 1898 : 37-8, R ICHARDSON 1942b : 377-8 ; ment. K IBBEE 1991 : 75 ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §319, qui indique que ce répertoire de lettres en latin et en français débute par une introduction en latin, donne le titre : « bone littere », indiqué dans le colophon) ; London, Brit. Libr., Royal 10 B.IX ; Oxford, All Souls Coll. 182 (éd. L EGGE 1941 ; ment. U ERKVITZ 1898 : 4, K IBBEE 1991 : 42 703 , 75) ; Cambridge, Gonville & Caius Coll., 383 (absent de K RISTOL 1990) ; Cambridge, Univ. Libr., Dd 3.53 (absent de K RISTOL 1990) ; London, Brit. Libr., Harley 4993 (ment. P ANTIN 1929 : 329, R ICHARDSON 1939 : 455, R ICHARDSON 1941a : 277 ; D EAN 1999 : §317). 7.2 Codices 7.2.1 Contenu à teneur uniquement linguistique 7.2.1.1.1 London, Brit. Libr., Sloane 513 (XIV 2 -XV e s.) Bibliographie générale : www.bl.uk/ catalogues/ manuscripts (novembre 2008) ; B ELL 1989 ; K RISTOL 1990 ; M ERRILEES 1993. 703 Ce manuscrit ne contient pas, comme l’indique D. K IBBEE (1991 : 43) « a guide to letter writing », mais des lettres modèles. <?page no="293"?> 283 Manuscrit : 1) Paradigmes des verbes avoir et être (ff.- 135r-135v) ; 2) Liber Donati : liste de numéros, jours de la semaine, fêtes, etc. (ff.-135v-136r ; M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; absent de D EAN 1999 : §300) ; 3) Donait soloum douce franceis de Paris (ff.-136v-138v ; ment. O WEN 1920 : 15, K IBBEE 1991 : 86 ; éd. M ERRILEES 1993 ; D EAN 1999 : §292 ; absent de K RISTOL 1990) ; 4) version longue de l’Orthographia Gallica (f.-139r ; fragment ; D EAN 1999 : §287 ; extraits publ. S TÜRZINGER 1884 : v, concernerait surtout la formation du pluriel ; ment. O WEN 1929 : 15 ; uniquement la dernière page du traité, D EAN 1999 : §287 ; éd. M ERRILEES 1993) ; 5) Tretiz de Bibbesworth (ff.-139v-153v ; fragment ; ment. S TÜRZINGER 1884 : v, O WEN 1929, K OCH 1934 : 43-5, K IBBEE 1991 : 45-6, R OTHWELL 1995 : 1-2 ; D EAN 1999 : §285). Remarques : Ce manuscrit, rédigé par Richard Dove, vient du monastère Cistercien de Buckfast Abbey. Il contient, outre les traités didactiques énoncés - qui se suivent sans interruption--, une collection de textes scientifiques et pseudo-scientifiques ( M ERRILEES 1993) : lettres religieuses et comptabilité ; traité de géométrie (R. Dove), d’arithmétique, d’astronomie ; énigmes ; chiromancie (R. Dove) et divination ; alchimie (Albertus, Roger Bacon). 7.2.1.1.2 Oxford, All Souls Coll., 182 (XV 1 s.) Bibliographie générale : W ATSON 1997. Manuscrit : première partie : 1) « Registrum Epistolarum Fratris Johannis Peckham » (ff.-1-190v ; en latin, copie du registre de Peckham et autres lettres). Deuxième partie : 2) Collection de lettres et pétitions (ff.-191r-201v ; 205r-304v ; en partie publié par L EGGE 1941 ; ment. U ERKVITZ 1898 : 4, K IBBEE 1991 : 42 , 75 ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §324) ; 3) Manière de langage de 1396 « la commune parlance » (ff.-305r-316r ; extraits publ. S TENGEL 1879 : 1-7 ; G ESSLER 1934 ; ment. L EGGE 1941 : x, K IBBEE 1991 : 42, 75 ; K RISTOL 1990 ; K RIS - TOL 1990/ 91 ; 313 ; D EAN 1999 : §281, ne contient pas « Le mari cocu battu et content », D EAN 1999 : §190) ; 4) Donait de John Barton (ff.-316r-321v ; éd. S TENGEL 1879 : 25-40, S WIGGERS 1985a ; S TÄDTLER 1988 : 128-37 ; ment. K IBBEE 1991 : 42, 75, 85 ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §290) ; 5) Manière de langage de 1399 (ff.-321v-326v ; éd. par S TENGEL 1879 ; O WEN 1929 : 146 ; K RISTOL 1990 ; ment. K IBBEE 1991 : 42, 75 ; K RISTOL 1995 : xxxii ; D EAN 1999 : §282) ; 6) glossaire d’adverbes latin-français (ff.- 326v-327r ; ment. S TÜRZINGER 1884 : viii, L EGGE 1941 : x ; K RISTOL 1990 ; absent de M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; D EAN 1999 ne les traite pas à part mais les indique sous §300) ; 7) proverbes français en prose (ff.-327v-329r ; cité par L EGGE 1941 : ix-x ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §279) ; 8) Chastel d’amour (f.-329r-v ; aussi nommé « Chastel de leal amour » et « Demandes amoureuses » : il ne s’agit pas de celui de Grosseteste ; T AYLOR 2003 : 8 ; D EAN 1999 : §227) ; 9) proverbes français en octosyllabes, Les Diz et proverbe des sages (ff.-329v-331r ; L EGGE 1941 : ix-x ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §279) ; 10) Tretiz de Bibbesworth (ff.- 331r-340r ; ment. M EYER 1874 : 360, O WEN 1929, K OCH 1934 : 43-5, L EGGE 1941 : x, K RISTOL 1990 ; K IBBEE 1991 : 42-6, 75 ; ment. R OTHWELL 1995 : 1-2 ; D EAN 1999 : §285) ; 11) Tractatus orthographie Coyfurelly (ff.-340r-344r ; glosé ; éd. S TENGEL 1879 : 16-22 : ment. K IBBEE 1991 : 42, 75 ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §289) ; 12) lettres (ff.-344r-359r ; ment. U ERKVITZ 1898 : 4 ; éd. L EGGE 1941 ; K IBBEE 1991 : 42 , 75 ; D EAN 1999 : §324) ; 13) traité de conjugaison (ff.- 361r-371r ; extraits publ. M EYER 1870 : 380, S TENGEL 1879 : 33-40 ; ment. K IBBEE 1991 : 75 ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §295) ; 14) suppléments à la Manière de langage de 1396 : « fatrasie » (ff.-372r-373r ; D EAN 1999 : §284) ainsi que des réflexions morales et proverbiales ( D EAN 1999 : §283) suivies de parties rimées ( D EAN 1999 : §135, §149) ; 15) lettres patentes diverses (f.-373r-v). Remarques : Ce manuscrit, composé de deux parties distinctes, dont l’une est en latin (contenu ecclésiastique) et la seconde en français (contenu gouvernemental et privé ; voir L EGGE 1941 : ix), aurait été compilé pour un certain John Stevenes ( D EAN 1999 : §324). <?page no="294"?> 284 Selon K RISTOL , la seconde partie serait le « fruit d’une volonté délibérée de collectionner des textes didactiques », la présence concommittante des différents dialogues pouvant même attester « différents stades de réelaboration d’une même leçon » (1990/ 91 : 315). 7.2.2 Contenu à teneur linguistique et professionnelle (enseignement administratif, commercial et juridique) 7.2.2.1 Thomas Sampson 7.2.2.1.1 Cambridge, Univ. Libr., Ee. 4.20 (XIV 2 s.) Bibliographie générale : L UARD 1856-67 ; K RISTOL 1990 ; contenu contrôlé sur microfilm (la foliation proposée ci-dessous est celle indiquée dans le manuscrit et ne suit pas toujours celle proposée par la littérature secondaire). Manuscrit : 1) Registre (ff.-1-90v ; « Registrum de diuersis commissionibus procuratoriis mandatis aliis que literis multum necessariis… ») ; [ff.-91-101 : absents] ; 2) ars notaria en latin, « Quia emptores » (ff.- 102-112v ; R ICHARDSON 1941a : 278) ; 3) traité testamentaire (ff.-112v-113r ; R ICHARDSON 1941a : 279) ; 4) traité sur les fonctions de coroner « Officium coronatoris », « Acquietancia facto executori » (ff.- 113v-114r ; R ICHARDSON 1941a : 279) ; 5) [documents modèles ? ] : « Billa » et « Breue » (ff.-114r-115r ; R ICHARDSON 1941a : 278) ; 6) traité de comptabilité « De officio Clerici hospitii alicuius domini seu domine » (f.-115r ; selon R ICHARDSON 1941a : 279, semblable au « Modus qualiter clericus ») ; 7) « Rotulus expensarum domus domini » (ff.-115v-117v) ; 8) traité de procédures judiciaires « Forma attachiacionis et querelacionis in curiis diversorum dominorum » (ff.-117v-118a ; R ICHARD - SON 1941b : 279 ; selon K RISTOL 1990 : 325, « curia baronis ») ; 9) ars dictaminis en latin « De modo dictandi literas in latinis » (ff.-118-123b ; R ICHARDSON 1941a : 277 ; K RISTOL 1990) ; 10) version longue de l’Orthographia Gallica (ff.-123v-125b ; éd. S TÜRZINGER 1884 ; ment. A RNOLD 1937, K IBBEE 1991 : 50, 75 ; R ICHARDSON 1941a : 280 ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §287) ; 11) Liber Donati : liste de numéraux, jours de la semaine, fêtes, etc. (f.-125b ; D EAN 1999 : §300) ; 12) ars dictaminis T. S. « sachent touz que solonc l’enformacion Thomas Sampson » suivi de lettres modèles (ff.- 126r-131r ; extraits publ. U ERKVITZ 1898, A RNOLD 1937, R ICHARDSON 1942b : 406-7 ; R ICHARDSON 1941a : 277 ; D EAN 1999 : §318) ; 13) traité d’héraldique « De Heraudie » (ff.-131v-132v ; R ICHARDSON 1941a : 279 ; D EAN 1999 : §390) ; 14) Liber Donati : morphologie pronominale, liste de pronoms, adverbes, etc. latins-français (non répertorié dans le catalogue ; ment. S TÜRZINGER 1884 : vii, R ICHARDSON 1941a : 280, K IBBEE 1991 : 75 ; répertorié comme glossaire latin-français par K RISTOL 1990 : 322 ; absent de M ERRILEES / S I - TARZ -F ITZPATRICK 1993 ; D EAN 1999 : §298) ; 15) Nominale sive Verbale in gallicis cum expositione ejusdem in anglicis (ff.-133r-135v ; ment. S TÜRZINGER 1884 : x, xxvi ; éd. S KEAT 1906 ; extraits publ. O WEN 1929 : 146-7 ; R ICHARDSON 1941a : 280 ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §308) ; 16) Conjugaciones donati in gallicis cum expositione earumdem in latinis (ff.-136r-137r ; ment. S TÜR - ZINGER 1884 : vii, O WEN 1929 : 15, R ICHARDSON 1941a : 280 ; K RISTOL 1990 ; éd. H UNT 1991 : 114-8 ; absent de M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; D EAN 1999 : §293) ; 17) ars dictaminis « Ore fait a dire » et lettres modèles (ff.-138r-148r ; extraits publ. U ERKVITZ 1898, R ICHARD - SON 1942b : 370-6 ; R ICHARDSON 1941a : 277 ; R ICHARDSON 1942 b : 337 ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §317) ; [ff.-149-161 : absents] ; 18) Husbandry : « Qualiter auditor compoti onerabit prepositum sive ballivum » (ff.-162r-164r ; D EAN 1999 : §395 ; K IBBEE 1991 : 50) ; 19) divers documents (modèles ? ) officiels en latin et en français (ff.-164-283 ; ces documents - civils et ecclésiastiques - incluent une copie du « Modus tenendi curias », publ. par M AITLAND / B AILDON 1891 : 93-106 ; ment. K RISTOL 1990 ; documents du monastère de St. Alban). <?page no="295"?> 285 Remarques : Manuscrit composé au monastère de St Alban à la fin du XIV e s. pour servir de formulaire, compilé par William Wyntershulle ( M ERRILEES 1993 ; voir M AITLAND / B AILDON 1891 : 93-106, R ICHARDSON 1942 b : 370 ). 7.2.2.1.2 Dublin, Trinity Coll., 605 (XIV ex -XV e s.) (autrefois Dublin, Trinity Coll., E. 5.13) Bibliographie générale : A BBOT 1900. Manuscrit : 1) Gesta Romanorum (pp. 3-302) ; 2) traité juridique « Modus Tenendi Curiam » (pp. 309-19 ; absent de R ICHARDSON 1941a) ; 3) « Honus Curie » (pp. 329-35 ; présentation des formules par lesquelle le « Grand Jury » se voit confier une tâche ; en partie en anglais) ; 4) ars notaria T. S. en latin, « Quid est carta » (pp. 337-402 ; R ICHARDSON 1941a : 278 ; K RISTOL 1990) ; 5) inventaire (ff.- 403-4 ; de T. W. = Thomas Wallybe ? , cf.- catalogue) ; 6) traité de comptabilité en latin « Modus qualiter clericus … » (pp. 405-10 ; le catalogue l’attribue à T. S. ; R ICHARDSON 1941a : 278) ; 7) trois documents modèles en latin (pp. 411-2 ; « Indentura bona », « Preceptum a iusticiario domini regis pro uacabundo », « Breue de superposito ») ; 8) version longue de l’Orthographia Gallica (pp. 427-37 ; ment. A RNOLD 1937 ; R ICHARDSON 1941a : 278 ; éd. J OHNSTON 1987 ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §287,) ; 9)- nominale latinfrançais (ff.- 427-35 ; ajouté à la fin de l’Orthographia Gallica ; ment. J OHNSTON 1987 : 19 ; K RISTOL 1990) ; [10) informations grammaticales en latin ? (pp. 436-8 ; « Nunc (dicitur ? ) de aduerbiis », « est cognoscendum omnia uerba aduerbiorum preposicionum coniunctionum et interiectionum » ; cité uniquement par le catalogue)] ; 11) version de « De Causis Naturalibus » de Richardus Lauenham (pp. 439-45) ; 12) « Questiones Naturales » (pp. 446-9 ; inclut un grand nombre de questions sur les pratiques liturgiques) ; 13) nominale latin-anglais (pp. 451-69 ; absent de H UNT 1964) ; 14) série de comptes (pp. 479-84 ; inclut des endentures modèles pour apprentis). Remarques : Pour ce manuscrit, I. A RNOLD (1937 : 207) propose le nom de Kyllom de Okeham comme celui du possesseur, et indique que l’absence de lettres pourrait indiquer que ce dernier n’a pas suivi le cours de T. S. sur la rédaction de correspondance mais s’est dévoué aux aspects légaux de la formation. 7.2.2.1.3 London, Brit. Libr., Harley 3988 (XIV 4/ 4 s.) Bibliographie générale : E YRE / S TRAHAN 1808-12 ; K RISTOL 1990. Manuscrit : 1) Manière de langage de 1396 « la commune parlance » (ff.- 1r-26vr ; M EYER 1870 ; G ESSLER 1934 ; K RISTOL 1990/ 91 : 313 ; K RISTOL 1995 ; suppléments : parties rimées, D EAN 1999 : §135, §149, §281, et « fatrasie », D EAN 1999 : §284 ; se termine par des réflexions morales et proverbiales, combinées à des observations sur l’anglais comparé au français, en partie dialoguées et insérées par une main plus tardive, D EAN 1999 : §283) ; 2)-ars dictaminis T. S. en français « sachent touz que solonc l’enformacion Thomas Sampson » (ff.-28r-31v ; absent de D EAN 1999 : §318 mais présenté sous D EAN 1999 : §321) ; 3)- lettres modèles (ff.- 32v-67v ; dont une lettre modèle d’amour en vers, D EAN 1999 : §140 ; extraits publ. S TENGEL 1879 : 8-10, U ERKVITZ 1898, H ASKINS 1929 : 23, R ICHARDSON 1942b : 409-10 ; ment. M EYER 1870 : 380, S TÜRZINGER 1884 : xvii, O WEN 1929 : 18, A RNOLD 1937 : 205, R ICHARDSON 1941a : 277 ; D EAN 1999 : §321). 7.2.2.1.4 London, Brit. Libr., Harley 4971 (XIV 2 -XIV 4/ 4 s.) Bibliographie générale : E YRE / S TRAHAN 1808-12 ; R ICHARDSON 1941a : 278-80 ; K RISTOL 1990 ; contenu intégralement vérifié sur microfilm. <?page no="296"?> 286 Manuscrit : 1) Version française de l’Orthographia Gallica (ff.-4a-6b ; éd. S TÜRZINGER 1884, J OHNSTON 1987 ; ment. G ÉNIN 1852 : 29, 34, A RNOLD 1937, K IBBEE 1991 : 50 ; D EAN 1999 : §287) ; 2) instructions pour un majordome « Offys d’un clerc de servier nul seignour ou dame » (ff.-7a-9a ; R ICHARDSON 1941a : 279 indique que cet ouvrage est similaire à « Modus qualiter clericus », mais en français ; D EAN 1999 : §397) suivi d’un nominale français-anglais ( D EAN 1999 : §300) ; 3) ars dictaminis T. S. en français, « Ore fait a dire » (ff.-9a-22b ; D EAN 1999 : §317) suivi d’une collection de lettres modèles en français (extraits publ. U ERKVITZ 1898, O WEN 1929 : 17, H ASKINS 1929 : 22, R ICHARDSON 1942b : 360-3 ; ment. G ÉNIN 1852 : 29, S TÜRZINGER 1884 : xvi-xvii, A RNOLD 1937 , R ICHARDSON 1941a : 277-8 ; D EAN 1999 : §317) ; 4) Liber Donati : paradigmes verbaux (ff.- 23a-26a ; ment. S TÜRZINGER 1884 : vi-vii, O WEN 1929 : 15. R ICHARDSON 1941a : 280 ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §293) ; 5) traité de comptabilité en latin « Modus qualiter clericus … » (ff.-26r-29v ; C AMARGO 2007 : 70 indique que ce traité de comptabilité contient le nom de John of Bromley) ; 6) « hic incipiunt bille secundum novum modum » en latin (f.-28 ; le catalogue précise de manière erronée que ce texte est en français) suivi de lettres modèles ? ; 7) Liber Donati : Liste de numéraux, jours de la semaine, fêtes, etc. (f.-33b ; en deux parties ; ment. S TÜRZINGER 1884 : ix, R ICHARDSON 1941a : 280, J OHNSTON 1987 : 39 ; D EAN 1999 : §300 ; non mentionné dans catalogue) ; 8) prescriptions médicales en français (f.-34a ; D EAN 1999 : §439 ; non mentionné dans catalogue) ; 9) ars notaria T. S. « regule cartarum » avec introduction en français et corps du texte en latin (ff.-34v-38v) ; 10) table de conversion de pence à shilling et de marks à pounds, en latin (ff.-38v.-39v) ; 11) traité juridique « Modus tenendi curiam » en latin (ff.-39v-40v ; Simon O ? , R ICHARDSON 1939 ; 438ss) ; 12) lettre modèle en français (f.-41r) ; [13) modèles de documents ? ] « Modus faciendi cartas, indenturas, obligacionis et acquitancias » (ff.-41v-65v) ; 14) « statua facto apud Westm. Tempore Regis Ricardi » (ff.-65-97) ; 15) Manuel des péchés de William of Waddington (ff.-93a-127r ; D EAN 1999 : §635 et §599 ; T AYLOR 2003) ; [commentaire en latin concernant le texte qui le précède ? (ff.-127r-v)] ; 16)-fragment d’« Erec et Enide », de Chrétien de Troyes (f.-127v ; portant le titre « La rounde table » ; brouillon, copié par une main plus tardive, D EAN 1999 : §635r) ; feuilles volantes : texte glosé en latin. Remarques : selon I. A RNOLD (1937), ce manuscrit contiendrait un des premiers cours de T. S., qui se nomme au f.-35r. 7.2.2.1.5 London, Brit. Libr., Harley 4993 (XV e s.) Bibliographie générale : E YRE / S TRAHAN 1808-12 [ne donne que peu d’informations] ; R ICHARDSON 1941a : 277-8 ; K RISTOL 1990 ; contenu intégralement vérifié sur microfilm. Manuscrit : [1) Comptes, recensions ? (ff.-1-9)] ; 2) ars dictaminis en latin (ff.-9-22a ; ment. P ANTIN 1929 : 329, D ENHOLM -Y OUNG 1934 : 100, R ICHARDSON 1939 : 455, R ICHARDSON 1942 b : 334 ) suivie de lettres modèles en latin et français (ment. P ANTIN 1929 : 329, R ICHARDSON 1939 : 455 ; D EAN 1999 : §324 ; D EAN 1999 : §317 classe ce texte une seconde fois et de manière erronée sous « Ore fait a dire ») ; 3) version brève de l’Orthographia Gallica (f.-22a ; fragments ; éd. J OHNSTON 1987 ; D EAN 1999 : §260 indique la présence d’un proverbe de Serlo de Wilton qui débute ce fragment : « Qi ne fet quant il put il ne ferra quant il vodra ») ; [4) lettres modèles ? (ff.- 23v-24v)] ; 5) ars notaria et collection d’actes juridiques en latin (ff.-25r-67v) : « Quia emptores » (copie du milieu du XV e s. d’un texte composé vers 1363 ; selon C AMARGO 2007 : 70, il s’agit de la copie de John of Bromley, précédesseur de Thomas Sampson) et « Quid est carta » (ment. R ICHARDSON 1939 : 455) ; [6) documents administratifs ? (dès f.-68r ; on y trouve à plusieurs reprises le nom de Johan de Waynflete, cf.-chapitre 3)]. <?page no="297"?> 287 7.2.2.1.6 Oxford, Bodleian Libr., Rawlinson C. 507 (XIV e s.) Bibliographie générale : M ACRAY 1878. Manuscrit : 1) Ars notaria en latin, contenant notamment le « Quia emptores » (pp. 2-106 ; ment. R ICHARDSON 1942b : 343 ; K RISTOL 1990) ; 2) version brève de l’Orthographia Gallica (pp. 106-8 ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §287) ; Magna Carta (pp 108-119) ; 3) modèles d’actes juridiques : collection de serments et hommages en latin (pp. 120-4 ; K RISTOL 1990) ; 4)-Selon M ACRAY 1878 : « Assisa panis et cerevisia » (p. 124-5), « Modus calumpniandi essoniam » (pp. 126-7), « casus variee legales », en français (pp. 128-152) ; 5) ars notaria « Curia Baronis » en français (pp. 153-183 ; K RISTOL 1990) ; 6) Selon M ACRAY 1878 : « praecepta pro sanita conservanda, singulis mensibus anni accommodata, ut etiam significationes tonitrum per annum » (pp. 184-5), « Formulae brevium » (pp. 186-205). 7.2.2.1.7 Oxford, Magdalen Coll., lat. 188 (XV 2/ 4 s.) Bibliographie générale : K RISTOL 1990 ; éd. partielle N ISSILLE 2000 et annexe 3 ; N ISSILLE 2007, 2013a et b ; H ANNAH 2005 ; H ANNAH , à paraître. Manuscrit : 1) Version longue de l’Orthographia Gallica (ff.-1r-4v ; extraits publ. G ÉNIN 1852 : 30-3 ; éd. S TÜRZINGER 1884 ; éd. J OHNSTON 1987 ; ment. K IBBEE 1991 : 50 ; D EAN 1999 : §287) ; 2) nominale trilingue latin-français-anglais (ff.-5r-7v ; ment. S TÜRZINGER 1884 : xxvi ; extraits publ. O WEN 1929 : 145-6 ; D EAN 1999 : §302) ; 3) Liber Donati : liste de numéraux, jours de la semaine, fêtes, etc. (ff.-4v-8r ; ment. R ICHARDSON 1941a : 280 ; M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; D EAN 1999 : §300) ; 4) ars dictaminis T. S. en français « Ore fait a dire » (f.-8r-v : ment. S TÜRZINGER 1884 : xxci, R ICHARDSON 1941a : 277 ; D EAN 1999 : §317) ; 5) version trilingue de la Somme le roi (ff.-9r-102v ; D EAN 1999 : §678 ; K RISTOL 1998, 2000, 2001 ; B RAYER / L EUR - QUIN -L ABIE 2008). 7.2.2.1.8 Paris, Bibl. Nat., Nouv. acq., lat. 699 (XV 1 s.) (autrefois Cheltenham Phillipps 8188) Bibliographie : O MONT 1912 [ne donne que peu d’informations] ; contenu intégralement vérifié sur microfilm. Manuscrit : 1) « Orthographia secundum usu Beverlaci » (ff.-1-13v) ; 2) Tractatus de speciebus construcionum (ff.-14r-20v) ; 3) « Relationes [in grammatica] » (ff.-20v-27v) ; 4) traité théologique Elucidarium « se pius rogatus a condiscipulis » (ff.- 28r- ? ) ; 5) Grammatica et ars versificatora (ff. ? -58v) ; 6) ars dictaminis en latin (f.-59r-v ? ) ; 7) Poetria nova de Geoffroi de Vinsauf (ff.-60r ? -91r) ; 8) Tretiz de Bibbesworth (ff.-92r-107r ; O WEN 1929 ; ment. K OCH 1934 : 43-5, R OTHWELL 1995 : 1-2 ; K RISTOL 1990 ; K IBBEE 1991 : 45-6 reproduit certains passages et variantes ; éd. R OTHWELL 1990 ; D EAN 1999 : §285) ; [9) poème latin « Musa, veni, propera cum tui ancillis » (ff.- 107r-108v) ; 10) texte en prose « Augustinus de inhonesta mulierum familiaritate » (ff.-108v-111r) ; 11) écrit théologique « super libro Trenorum », de John Lathbury (ff.-111v-112r)] ; 12) Manière de langage de 1396 (ff.-114-128v ; extrait publ. G ESSLER 1934 : 43-4 ; K RISTOL 1990/ 91 : 313 ; K RISTOL 1995 ; D EAN 1999 : §281 ; dans cette Manière sont inclus « Le mari cocu battu et content », D EAN 1999 : §190, un poème, D EAN 1999 : §135 et des dictons, D EAN 1999 : §274) ; 13) ars dictaminis T. S. en français « sachent touz que solonc l’enformacion Thomas Sampson » (ff.-132-134v ; ment. G ESSLER 1934 : 33 ; absent de R ICHARDSON 1941a et de D EAN 1999 : §318). Remarques : Selon A. K RISTOL , « cette collection forme un cours assez complet, qui contient un enseignement du lexique, de la langue parlée et de la langue écrite » (1992 : 43). L’index du manuscrit suppose un même auteur pour les textes 1, 2 et 5 : « Thomas, perhaps Thomas of Beverly, a Cistertian in the 12th century ». <?page no="298"?> 288 7.2.2.1.9 Warminster (Wilts.), Longleat House, Marquess of Bath’s Libr., 37. (XIV ex -s.) Bibliographie générale : A RNOLD 1937 ; R ICHARDSON 1941a : 277-8 ; R ICHARDSON 1942a : 281-2 ; K RISTOL 1990. Manuscrit : 1) Ars notaria T. S. en latin, « Cartaria » (ff.-1-11v ; K RISTOL 1990 le considère comme ars dictaminis « Liber qui dicitur cartaria ») ; 2) collection de chartes modèles en latin et français (ff.-14v-28v ; K RISTOL 1990 indique la présence de lettres modèles) ; 3) ars notaria en latin, « Quid est carta ? » (f.-26r-v) ; 4) recueil de phrases latines à insérer dans diverses lettres, « Exordia Senece » (ff.-29r-37v ; compilation par Guido Faba, enseignant Bolognais, XIII e s.) ; 5) ars dictaminis T. S. en latin, « Salutarium » (ff.-41r-43r ; R ICHARDSON 1942 b : 334 ; la mention « Sunt cartaria » indiquée par K RISTOL 1990 est à corriger) ; 6) collection de lettres modèles en français et latin (ff.-43r-62v) ; 7) ars dictaminis T. S. en français, « c’est la forme coment Thomas Sampson » (ff.-67r-70r ; R ICHARDSON 1942 b : 334 ; D EAN 1999 : §320) ; 8) version longue de l’Orthographia Gallica (ff.- 70r-72v D EAN 1999 : §287) ; 9) collection de lettres modèles en français (ff.-72v-78v ; f.-83v ; extraits publ. A RNOLD 1937, R ICHARDSON 1942b : 315-9, 398-403 ; ment. R ICHARDSON 1941a : 277-8 ; D EAN 1999 : §320) ; 10) collection de lettres modèles en latin (ff.-78v-88v). Remarques : Nous avons la chance, pour ce manuscrit, de connaître (grâce à ses lettres) la biographie du possesseur. En 1383, John Jeppe of Hastings est envoyé à Oxford par William, abbé de l’abbaye cistercienne de St. Mary Graces, à Londres, pour suivre un cours de secrétariat donné par Thomas Sampson. Ce cours devait durer 4 ans. John Jeppe n’en fera que deux avant de retourner à Londres. Entre les six parties de ce cours se trouvent des lettres que le contexte permet de considérer comme personnelles. Ce manuscrit a certainement tout d’abord été un cahier de notes d’étudiant, puis les folios non utilisés ont servi plus tard à John Jeppe pour copier des brouillons de lettres écrites et reçues lors de sa correspondance avec l’abbé de Robertsbridge. H. G. R ICHARDSON précise : « Formulary compiled for Combe Abbey, a Cistercian house in Warwickshire » (1942 b : 282). 7.2.2.2 William of Kingsmill 7.2.2.2.1 Cambridge, Trinity Coll., B. 14.40 (XV 1/ 4 s.) Bibliographie générale : J AMES 1901 ; L EGGE 1939 : 243 ; K RISTOL 1990 Manuscrit : 1) Femina (ff.- 88r-138v ; extraits publ. M EYER 1903 : 46-7 et O WEN 1909 : 147-9 ; éd. W RIGHT 1909 ; ment. L EGGE 1939 : 242, A RNOULD 1939 : 1-9 ; K IBBEE 1991 : 47, K RISTOL 1994, R OTHWELL 1995 : 2 ; D EAN 1999 : §286 ; éd. R OTHWELL 2005) ; 2) Liber Donati : liste de numéraux, jours de la semaine, fêtes, etc. (ff.-138v-146v ; ment. O WEN 1929 : 15 ; L EGGE 1939 : 242 ; M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; D EAN 1999 : §300) ; 3) Liber Donati : morphologie pronominale (f.- 147r ; M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; non répertorié par D EAN 1999 : §298) ; 4) Liber Donati : Paradigmes verbaux (ff.-147v-148v ; ment. O WEN 1929 : 15 et L EGGE 1939 : 242 ; M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; D EAN 1999 : §291) ; 5) Manière de langage de 1415 (ff.- 149r-154v ; éd. M EYER 1903 ; ment. G ESSLER 1934 : 25-6 ; ment. L EGGE 1939 : 242-3 ; éd. M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993, K RISTOL 1995 ; non répertorié par D EAN 1999 : §281) ; 6) Tractatus orthographie T. H. (ff.-155r-157v ; ment. M EYER 1903 ; 59, L EGGE 1939 : 242-3 ; D EAN 1999 : §288) ; 7) numération arabe (f.-158r-v ; d’une autre main, L EGGE 1939 : 242) ; 8) ars dictaminis en français « Le manere de salutaçoun » et lettres modèles en français (ff.-159r-162r ; D EAN 1999 : §322) ; 9) ars dictaminis en latin « Modus composicionis litterarum » et lettres modèles en français (ff.- 163r-178v ; ment. M EYER 1903 : 59, O WEN 1929 : 18, L EGGE 1939 : 242, R ICHARDSON 1941a : 277-8, R ICHARDSON 1942a : 277-8 ; extraits publ. R ICHARDSON 1942b : 417-30 ; D EAN 1999 : §323) ; 10) Manière <?page no="299"?> 289 de langage de 1396 « La commune parlance » (ff.-179r-180v ; éd. M EYER 1903 ; ment. O WEN 1929 : 16 ; K RISTOL 1990/ 91 : 313 ; D EAN 1999 : §190, §291). Remarques : La foliation court sur les deux manuscrits, 14.39 et 14.40, qui sont à présent réunis sous la même couverture (cf.- M EYER 1903). 7.2.2.2.2 Cambridge, Univ. Libr., Dd. 12.23 (XV 1 s.) Bibliographie générale : L UARD 1856-67 ; K RISTOL 1990. Manuscrit : 1) Tractatus Orthographie Coyfurelly (f.- 1r-v ; fragment ; ment. S TÜRZINGER 1884 : iv-v, O WEN 1929 : 15, K IBBEE 1991 : 75 ; absent de D EAN 1999 : §289) ; 2) Liber Donati : paradigmes verbaux (ff.-1v-5r ; M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; D EAN 1999 : §291) ; 3) glossaire de verbes français-latin (f.-5r-v ; ment. K IBBEE 1991 : 75 ; M ERRILEES / S ITARZ -F ITZ - PATRICK 1993 ; D EAN 1999 : ne les traite pas à part mais les inclut certainement sous §291) ; 4) Liber Donati : glossaire d’adverbes latin-français (ff.-6r-7r, M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; D EAN 1999 : ne les traite pas à part mais les indique sous §300) ; 5) liste de numéraux, et jours de la semaine (f.-7r ; ment. S TÜRZINGER 1884 : viii, O WEN 1929 : 15, L EGGE 1939 : 243, K IBBEE 1991 : 86 ; M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; D EAN 1999 : §300) ; 6) Manière de langage de 1415 (ff.-7v-13r ; extraits publ. S TÜRZINGER 1884 : xiv, M EYER 1903 : 48 ; ment. O WEN 1929 : 16, L EGGE 1939 : 242-3 ; K IBBEE 1991 : 75, 86 ; éd. M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPA - TRICK 1993 ; K RISTOL 1995 ; D EAN 1999 : §281) ; [7) formules juridiques modèles et notes explicatives ? (ff.-13v-14v) ; 8) « tenures » en latin, « Tenura dicitur per servicium militare » (ff.-15r-24v)] ; 9) ars notaria W. K. « Curia Baronis » en français (ff.-25r-48v) ; 10) comptes et calculs (ff.-49r-50r) ; 11) [calendrier ou almanach, avec considérations astrologiques et remèdes ? (ff.-50v-51r)] ; 12) extrait du livre « De Costumis in camera Guyhalde ciuitatis London » en français (ff.-53v-67r ; une partie de ce contenu juridique est présenté par L EGGE 1939 : 243, R ICHARDSON 1942b : 341 et M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993) ; [phrase jouant sur les paronymes (« je vey un count compter un count … »)] ; 13) Manière de langage de 1396 « La commune parlance » (ff.-67v-87r ; extraits publ. S TÜRZINGER 1884 : xii-xiii, M EYER 1903 : 48, G ESSLER 1934 : 43-4 ; ment. K IBBEE 1991 : 75, 86 ; K RISTOL 1990/ 91 : 313 ; éd. K RISTOL 1995 ; D EAN 1999 : §281, dont « Le mari cocu battu et content », D EAN 1999 : §190). Remarques : Ce manuscrit pourrait être une adaptation tardive du cours commercial et de secrétariat de William of Kingsmill ( M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; K RISTOL 1995 : xl-i). 7.2.2.2.3 London, Brit. Libr., Additional 17716 (XV 1 ) Bibliographie générale : cf.- www.bl.uk/ catalogues/ manuscripts (novembre 2008) ; K RISTOL 1990. Manuscrit : 1) Traité d’astronomie « De planetarum motibus inveniendis » (ff.-1r-13v) ; 2) traité versifié de calcul calendaire d’Alexandre de Villedieu, « Massa Compoti » (ff.-14r-56v) ; 3) ars notaria en latin T. S. révisée par W. K. (ff.-57r-87v ; ment. L EGGE 1939 : 143, R ICHARDSON 1939 : 455, R ICHARDSON 1942b : 339-40) ; 4) Tractatus orthographiae T. H. (ff.- 88r-91r ; éd. P OPE 1910 : 1985-193 ; ment. S TÜRZINGER 1884 : iii, K IBBEE 1991 : 75 ; D EAN 1999 : §288) ; 5) collection de lettres et requêtes modèles en français (ff.-91r-99v ; extraits publ. U ERKVITZ 1898 : 37-8 ; traité de termes d’adresse, selon R ICHARDSON 1942b : 340 ; ment. K IBBEE 1991 : 75 ; D EAN 1999 : §319 précise que ce répertoire de lettres en latin et en français débute par une introduction en latin et donne le titre : « bone littere », indiqué dans le colophon) ; 6)- Liber Donati : liste de numéraux, jours de la semaine, fêtes, etc. (f.- 100r ; ment. L EGGE 1939 : 243 ; M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; D EAN 1999 : §300) ; 7) Liber Donati : mor- <?page no="300"?> 290 phologie pronominale (ff.- 100v-101v ; M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; D EAN 1999 : §298) ; 8) Liber Donati : paradigmes verbaux (ment. S TÜRZINGER 1884 : vii-viii, O WEN 1929 : 15, G ESSLER 1934 : 25, L EGGE 1939 : 243, K IBBEE 1991 : 75 ; M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; D EAN 1999 : §291) ; 9) Manière de langage de 1415 (ff.-101v-106r ; extraits publ. M EYER 1903 : 48 ; ment. S TÜRZINGER 1884 : xiv, O WEN 1929 : 16, L EGGE 1939 : 242-3, K IBBEE 1991 : 75 ; M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; D EAN 1999 : §281) ; 10) Manière de langage de 1396 « La commune parlance » (ff.-106r-111v ; contenant « le mari cocu battu et content » ; ment. S TÜRZINGER 1884 : xiii-xiv, O WEN 1929 : 16, G ESSLER 1934 : 34, K RISTOL 1990/ 91 : 313 ; K IB - BEE 1991 : 75 ; D EAN 1999 : §190) ; 11) traité de calcul calendaire « Compotus manualis, ad numeros aureos inveniendos… » (ff.-112r-123) ; 12) traité de mathématiques [d’Alexandre de Villedieu ? ] « Algorismus » (ff.-123v-140). Remarques : On trouve dans ce manuscrit, avant et après les traités didactiques visant l’enseignement du français, diverses œuvres latines d’astronomie et de mathématiques. Il se pourrait que la section pédagogique soit l’œuvre de William of Kingsmill, puisque que ses initiales se trouvent dans le dialogue ( M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993). 7.2.2.2.4 Oxford, Bodleian Libr., lat. misc. e. 93 (XV m s.) (Ancien Phillipps 13443, 13446) Bibliographie générale : Ce manuscrit ne figure par dans le catalogue : M ADAN 1980 ; K RISTOL 1990 ; M ERRILEES 1993 ; contenu intégralement vérifié sur microfilm. Manuscrit : 1) Maniere de langage de 1415 (ff.-1-5r ; éd. M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993, K RISTOL 1995 ; D EAN 1999 : le classe sous « liber donati », §291, et non §281) ; 2) ars notaria en latin, W. K. (ff.-6r-54r ; chartes, lettres et endentures modèles). 7.2.2.3 Anonyme 7.2.2.3.1 Cambridge, Univ. Libr., Add. 8870 (XV e s.) Bibliographie générale : L UARD 1856-67 ; B AKER 1989. Manuscrit : Première partie : 1) Traités juridiques en français et latin (ff.- 2-29v ; « Fet asaver », « Natura Brevium », « Quot modis dicitur exceptio », B AKER 1989 : 80 ; K RISTOL 1990) ; deuxième partie : 2) « Statua antiqua », « Exposition vocabulorum », « De antiquo dominico corone », « Ordiatio de tenuris », « Quot modis fit devorcium » (ff.- 15-28 ; B AKER 1989 : 80) ; troisième partie : 3) nominale français-latin/ anglais (ff.-30-32v ; éd. par B AKER 1989 : 85-98, qui émet l’hypothèse que deux parties de ce vocabulaire sont dérivées directement ou indirectement de l’enseignement de Bibbesworth ; K RISTOL 1990 ; parties du corps, réalités domestiques, animaux, arbres, etc., D EAN 1999 : §309) ; 4) traités juridiques en français et latin (ff.-32v-34r ; K RISTOL 1990 ; notes légales et court traité sur les actions, B AKER 1989 : 80) ; 5) Manière de langage de 1399 (ff.-34r-35r ; fragment ; éd. B AKER 1989 : 98-102 ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §281) ; 6) traités juridiques en français et en latin (ff.-35v-52v ; K RISTOL 1990 ; traités en latin de rédaction d’actes juridiques appartenant à la la tradition de « Carta feodi », « Judicium essoniorum », diverses notes et fomules modèles en latin et français, « Ces sont lez articlez de lete [et] de viewe de frank plege », B AKER 1989 : 80) ; quatrième partie : 7) statuts d’Edward III (12 folios ; concernent surtout les poids et mesures ; B AKER 1989 : 80). Remarques : L’articulation en quatre parties de ce manuscrit est proposée par J. H. B AKER (1989). Celui-ci indique que le vocabulaire et le manuel de conversation sont de la même main que les notes légales, et en déduit qu’il doit s’agit d’un copiste étudiant en droit, dont la formation professionnelle nécessitait la connaissance du français ( B AKER 1989 : 81). <?page no="301"?> 291 7.2.2.3.2 Cambridge, Univ. Libr., Gg. 6.44. (XIV 2 s.) Bibliographie générale : L UARD 1856-67 . Manuscrit : 1) « Tenures » en français ; 2) Liber Donati : morphologie pronominale (f.-19r ; extraits publ. S TÜRZINGER 1884 : iv-v, viii ; ment. M EYER 1886 : 262, O WEN 1929 : 15, G ESSLER 1934 : 25 ; éd. M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993) ; 3) règles de prononciation (f.-19r-v ; ment. S TÜRZINGER 1884 : iii ; K RISTOL 1990 ; éd. M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; non répertorié par D EAN 1999) ; 4) Liber Donati : pardigmes verbaux (f.- 19v ; extraits publ. S TÜRZINGER 1884 : iv-v, viii ; ment. M EYER 1886 : 262, O WEN 1929 : 15, G ESSLER 1934 : 25 ; K RISTOL 1990 ; éd. M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; D EAN 1999 : §291r, §293) ; 5) Liber Donati : glossaire de verbes latin-français (ff.- 20r-28r ; éd. M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; D EAN 1999 ne les traite pas à part mais les inclut certainement sous §291) ; 6) Liber Donati : liste de numéros, jours de la semaine, fêtes, etc. (f.-28r-v ; ment. S TÜRZINGER 1884 : viii, O WEN 1929 : 15, K IBBEE 1991 : 75 ; K RISTOL 1990 ; éd. M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; D EAN 1999 : §300) ; 7) Liber Donati : glossaire d’adverbes latin-français (ff.-29r-30r ; éd. M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; D EAN 1999 ne les traite pas à part mais les indique sous §300) ; 8) ars notaria « Curia Baronis », en français (ff.- 30v-65r ; ment. S TÜRZINGER 1884 : iv ; K RISTOL 1990) ; 9) traité juridique « Natura Brevium » en français (ff.-66r-169v ; présenté dans l’index du ms. comme « Brevia originalia et officialia judicialia per Johannem Stafford de Tolston in comitatu Ebor » ; ment. M ERRILEES / S ITARZ -F ITZPATRICK 1993 ; K RISTOL 1990, en référence à ment. S TÜRZINGER 1884 : iv, le présente de manière erronée comme des lettres modèles en français ; absent de D EAN 1999 ; il s’agit du Old Natura Brevium, collection d’actes judiciaires utilisés pendant le règne d’Edouard III, accompagnée d’un commentaire ; ce texte est imprimé plus tard à plusieur reprises dès la fin du XV e -siècle (première édition par Pynson) ; œuvre décrite par B RAND 1897 : 154, qui ne mentionne pas ce manuscrit). 7.2.2.3.3 Lincoln, Lincolnshire Archives Office, Lincoln Formulary Book 23 (XV 1 s.) Bibliographie générale : K RISTOL 1990/ 91. Nous n’avons pu avoir accès à un catalogue de manuscrits pour ce document ; contenu contrôlé sur microfilm. Manuscrit : 1) Lettres et documents administratifs en latin (ff.-1-16v) ; 2) Manière de langage de 1399 (f.-17r-v ; fragment bilingue ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §281, §282) ; 3) lettres et documents administratifs en latin (ff.-18-97 ? ) ; 4) ars notaria en français, fragment (f.-97r-v ; K RISTOL 1990) ; 5) lettres et documents adminstratifs en latin (ff.-97v-220). Remarques : Constitué majoritairement de copies de documents administratifs et de lettres en latin, ce codex serait lié à l’activité de John Kemp en tant que « doyen du tribunal ecclésiastique de l’archevêché de Canterbury siégeant aux Arches à St Marylebone (Londres) de 1414 à 1428 » ( K RISTOL 1990/ 91 : 318, note 19). 7.2.2.3.4 London, Brit. Libr., Harley 740 (XIV m s.) Bibliographie générale : E YRE / S TRAHAN 1808-12. Manuscrit : 1) Fragmentum Libri cujusdam, in quo ut videtur, descriptae fuerunt Extentia, pariter atq. Consuetudines quae obtinebant in Villa de Barkinge (ff.-1-4) ; 2) Tretiz de Bibbesworth (ff.-4v-7r ; fragments ; O WEN 1929 ; ment. K OCH 1934 : 43-5 ; B AKER 1989 : 84, note 13 ; K RISTOL 1990 ; K IBBEE 1991 : 45-6 reproduit certains passages et variantes ; ment. R OTHWELL 1995 : 1-2 ; D EAN 1999 : §285) ; 3) Year Books 1-11 d’Edw. III ( B AKER 1989 : 84, note 13). Remarques : Deux parties très différentes, entre le Tretiz de Bibbesworth et les Year Books. <?page no="302"?> 292 7.2.3 Contenu à teneur professionnelle 7.2.3.1.1 Cambridge, Univ. Libr., Dd 5.46 (XV 2/ 4 s.) Bibliographie générale : L UARD 1856-67 . Manuscrit : Ars notariat W. K. « De forma et compostione cartarum » (ff.-2-43 ; ment. L EGGE 1939 : 243, R ICHARDSON 1939 : 455 ; « modèles de contrats, attestations juridiques, testaments, etc. surtout en latin ; quelques exemples en français » K RISTOL 1990 : 307). 7.2.3.1.2 Cambridge, Univ. Libr., Dd 9.38 (XIV 2 s.) Bibliographie générale : L UARD 1856-67 . Manuscrit (contenu principal) : Constitutions, statuts, écrits et lettres officiels. Les œuvres suivantes sont insérées dans ce manuscrit : 1) Ars dictaminis en latin (ff.-115-121 ; Pierre de Blois ; extraits publ. L ANGLOIS 1893 ; K RISTOL 1990) ; 2) lettres modèles en français ? (ment. L ANGLOIS 1893 ; absent de D EAN 1999 : §324) ; 3) Seneschaucie (ff.-149v-252r ; traité de gestion et comptabilité pour états seigneuriaux ; O SCHINSKY 1971 ; H ARVEY 1972 ; D EAN 1999 : §393) ; 3) Housbondrie de Walter of Henley (ff.- 252r-257r ; même thématique que le précédent ; O SCHINSKY 1971 ; H ARVEY 1972 ; D EAN 1999 : §394), 4) proverbe (f.-257r ; D EAN 1999 : §280). Remarques : Ce manuscrit a appartenu au Monastère de Reading. 7.2.3.1.3 Dublin Trinity Coll., 662 (XIV 2/ 4 s.) (anciennement Dublin Trinity Coll., E. 5.11) Bibliographie générale : A BBOT 1900 ; K RISTOL 1990 ; L EGGE 1939 ; R ICHARDSON 1942a. Manuscrit : 1) Ars notaria W. K. en latin « Cartaria » (ff.- 2r-23v ; révision par W. K. de l’œuvre de T. S.) ; 2) ars notaria W. K. ? « Curia Baronis » en français avec passages en latin (ff.- 24r-44r) ; 3) art de plaider en français « Lez noveles countez », suivi de modèles (en français et en latin) (ff.-45r-85r). 7.2.3.1.4 London, Brit. Libr., Additional 35095 (XIV e s.) Bibliographie générale : www.bl.uk/ catalogues/ manuscripts (novembre 2008) Manuscrit : 1) Modèles de plaidoiries en français ( K RISTOL 1990) ; 2) Year Books 1-4 d’Edw. III, en français. 7.2.3.1.5 London, Brit. Libr., Harley 773 (XV e s.) Manuscrit : 1) Ars notaria T. S. ? , surtout en latin (quelques exemples en français et anglais ; ment. R ICHARDSON 1939 : 455 ; contient le nom de William of Horbury, R ICHARDSON 1941a : 278 ; extrait publ. R ICHARDSON 194b2 : 336) ; 2) ars notaria « le charge et enquer pour jurourz en cession du paix devant justices du paix » ( K RISTOL 1990). 7.2.3.1.6 London, Brit. Libr., Lansdowne 560 (XIV ex -XV e s.) Bibliographie générale : R ICHARDSON 1941a : 277-80 ; contenu intégralement vérifié sur microfilm. Manuscrit : 1) Ars notaria accompagnée d’exemples en français et en latin, « Quid est carta » (ff.- 3-29v ; R ICHARDSON 1942 b : 336 ; corriger K RISTOL 1990 qui classe cette pièce avec les artes dictaminis) et traité testamentaire, « in cuiuslibet testamenti exordio… » ; 2) ars notaria T. S. en français « Coment que par comen ordre de faire charters escriptz » <?page no="303"?> 293 (ff.-30r-34r ; ment. R ICHARDSON 1939 : 455 ; extrait publ. R ICHARDSON 1942b : 335 ; K RISTOL 1990) ; 3)-traité en latin sur les fonctions de coroner (ff.-34r-35r) ; 4) traité de comptabilité en latin, « Modus qualiter expendet clericus bona domini sui » (ff.-35r-37) ; 5) ars notaria (ff.- 38r-43r ; exemples uniquement) ; [6) documents administratifs ? (ff.- 40-43)] ; 7) ars notaria T. S. (ff.-43v-46v ; extrait publ. R ICHARDSON 1942b : 334) ; 8) nominale latin-anglais (ff.-47r-v) ; [9) chartes modèles ? (ff.-48v-62r)]. 7.2.3.1.7 London, Brit. Libr., Royal 10 B. IX (XV 1-m s.) Bibliographie : www.bl.uk/ catalogues/ manuscripts (novembre 2008). Manuscrit (contenu partiel) : Lettres royales en français (ff.-1-11r ; ff.-254r-156r ; K RIS - TOL 1990 ; D EAN 1999 : §324) ; traité testamentaire « inexordio cuiuslibet testamenti… » (ff.-13-16v ; R ICHARDSON 1941a : 279) ; documents ecclésiastiques modèles (ff.-17-25 ; certainement compilé par T. S. ; R ICHARDSON 1941a : 279, 1941b : 335) ; ars dictaminis (Simon O.) en latin (ff.-178-195 ; K RISTOL 1990). Remarques : Ce manuscrit contient, en plus des documents présentés ci-dessus, des traités de dictamen en latin, accompagnés de lettres modèles en latin, français et anglais, ainsi que des traductions d’œuvres classiques grecques en latin et autres écrits divers (voir catalogue). 7.2.4 Tretiz de Bibbesworth Le Tretiz de Bibbesworth est la seule œuvres composant les deux manuscrits suivants : Cambridge, Trinity Coll. O 2.21 et London, Brit. Libr., Arundel 220. 7.2.4.1.1 Cambridge, Corpus Christi Coll. 450 (XIV e s.) Bibliographie générale : J AMES 1912 ; W ILKINS 1993 ; C HENEY 1972-3. Manuscrit : 1) Ars dictaminis « Summa », de Johannes de Bononia (pp. 1-52) ; 2) vers latins (ff.- 53-66 ; dont Apocalypsis Goliae de Walter Map) ; 3) extrait de Secretis secretorum et écrits philosophiques (pp. 67-76) ; 4) notes grammaticales latines (pp. 77-94) ; 5) extraits d’œuvres morales, en latin (pp. 95- ? ) ; 6) lettres et bulles papales (pp. ? -108) ; 7) ars dictaminis en latin (pp. 108-124 ; K RISTOL 1990) ; 8) lettres modèles en latin (pp. 125-140 ; K RISTOL 1990 ; ment. M EYER 1875) ; 9) constitutions papales (pp. 141-168) ; 10) lettres et documents religieux (pp. 169-190) ; 11) vers latins (pp. 191-201 ; dont Excommunicatio Goliae, de Walter Map) ; 12)- constitutions papales (pp. 202-240) ; 13) Tretiz de Bibbesworth (ff.- 122r-127r ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §285 ; avec rubrique « ici comence ascun estrange parole de Fraunce », W IL - KINS 1993) ; 14) « folies », en couplets d’octosyllabes ( D EAN 1999 : §266 ; H UNT 1985) ; 15) « proverbes de Fraunce » (ff.-127-131v ; 464 proverbes en prose dans un ordre alphabétique ; D EAN 1999 : §267) ; 16) poème sur l’amour de la vierge, sizains rimé (ff.-131v-32v ; D EAN 1999 : §797, « de notre Dame ») ; 17) continuations du poème sur l’amour de la vierge (f.-132v ; D EAN 1999 : §798 ; titré « Rime estrange », W ILKINS 1993) ; 18) prières à la vierge, de Walter de Bibbesworth (ff.-132v-133v ; D EAN 1999 : §799 ; titré « Uncor autre rime », W ILKINS 1993) ; 19)-trois chansons d’amour, jouant sur le thème de la fin’amor (ff.- 133v-134v ; D EAN 1999 : §125 ; titré « autre maner de rime » pour les deux premières, et « rime bon » pour la troisième, W ILKINS 1993) ; 20) lettres et documents concernant Durham (ff.- 135-fin ; collection of formula). Remarques : Ce manuscrit présente, outre un contenu principal officiel et scientifique qui atteste certainement la propriété d’un personnage notarial du dioscèse de Durham, tout un pan littéraire qui semble lié ( J AMES 1912 ). <?page no="304"?> 294 7.2.4.1.2 Cambridge, Trinity Coll. O 2.21 (XIV in s.) Bibliographie : J AMES 1901. Manuscrit : 1) Poème latin « Versus de contemptu mundi » (f.-1v) ; 2) « Tractatus de Physiognomia » (ff.-2-4r) ; 3) « Galfridi Monumetensis Historia Britonum » (ff.-5-117r) ; 4)-« Visio beati pauli de penis inferni » (f.-117v) ; 5) « Quo tendit anima » (f.-119) ; 6) Tretiz de Bibbesworth (ff.-120-133v ; éd. R OTHWELL 2009 ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §285) ; 7)-extrait de la lettre d’Aristote à Alexandre (ff.- 134-138) ; 8) « Secreta Hippocratis » (f.- 138v) ; 9)-Memoranda en latin sur la famille More (ff.-139v-140v). 7.2.4.1.3 Cambridge, Univ. Libr. Gg 1.1 (XIV 1 s.) Bibliographie générale : L UARD 1856-67 . Manuscrit : 1) Urbain le Courtois (ff.- 6v-7r ; D EAN 1999 : §231) ; 2) proverbes (f.- 7v ; D EAN 1999 : §270) ; 3) « Art de Kalendere », de Rauf de Linham (ff.-8r-16r ; D EAN 1999 : §342) ; 4) trois pièces courtes en latin (« De Baptismo », « De Utilitate visionis Corporis Christi », « Utilitates Missae ») (ff.- 16v-21r) ; 5) « Lumiere as Lais » (ff.- 21v-111r ; D EAN 1999 : §630) ; 6) « De les xv signes deuaunt le iour de iugement » (ff.-111r-113r ; D EAN 1999 : §639) ; 7) court extrait d’Aristote « Quo cibo nutriatur in corpore conceptus » (f.-113v) ; 8) La plainte d’amour, de Nicole Bozon (ff.-113v-119v ; D EAN 1999 : §690) ; 9) prophéties de Merlin (ff.-120r-121v ; D EAN 1999 : §18) ; 10) extrait latin « De Perjurio » (f.-121v) ; 11) « Liure de la passioun nostre Seignur Jesu Crist, en Engleis » (ff.- 122a-134v) ; 12) collection de sermons (ff.- 135r-260r ; « Les Evangelies de tuz les Dominikes par ane od lur exposicions », de Robert of Greatham, selon D EAN 1999 : §589) ; 13) psaumes, en français (ff.-261r-264r ; « Septem Psalmi Penitencie » ; D EAN 1999 : §450) ; 14) « Romaunce del Aue Maria » (f.- 264r-v ; D EAN 1999 : §816) ; 15) « De les cinc ioies nostre Dame » (f.-265r ; D EAN 1999 : §747, 748) ; 16) « Del assumpcioun nostre Dame seinte Marie » (ff.-265v-271v ; « Li romanz de Dieu et de sa mere », d’Herman de Valenciennes, D EAN 1999 : §485, §771) ; 17) « Le liure de les Lamentaciuns nostre Dame seinte Marie » (ff.-272r-279v ; D EAN 1999 : §954) ; 18) Tretiz de Bibbesworth (ff.-280r-294r ; éd. R OTHWELL 1990, 2009 ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §285) ; 19) Manuel des péchés de William of Waddington (ff.-294v-328r ; D EAN 1999 : §635 ; T AYLOR 2003) ; 20) chroniques et histoire de l’Angleterre, par Pierre de Langtoft (ff.-328v-345v ; D EAN 1999 : §66) ; 21) lignes en latin sur les joies du paradis (f.-346r-v) ; 22) « Le ymage du mounde » ou « La descripcioun de toute le mounde » (ff.-347r-390a ; semble une copie partielle de « L’image du Monde », de Gossuin de Metz ; non répertorié par D EAN 1999 : §326) ; 23) « du bounte des Femmez » (ff.-390v-392r ; D EAN 1999 : §198) ; 24) prières en français (f.-392v ; Credo, D EAN 1999 : §680 ; Notre Père, D EAN 1999 : §842 ; Ave Maria, D EAN 1999 : §817) ; 25) prédictions pour l’année basées sur la semaine de Noël (f.- 393r ; D EAN 1999 : §369) ; 26) pièces courtes en latin (ff.- 393v-399r ; « Quando puer nascitur », « De etate hominis » ; « De sanguinis minucione », « De recepcione medicinarum », « De tonitruo experimenta » ; règles d’interprétation des rêves « Sentencie Danielis » ; « De sacramentis Ecclesie ») ; 27) « La Romance del seinte croyz e de Adam nostre primere piere » (ff.-399v-402v ; D EAN 1999 : §481) ; 28) court extrait « Inuenit Jeronimus in annalibus Judeorum de xv diebus ante diem judicii » (f.- 402v) ; « Compendium historiarum Biblie » (f.-403r-404v) ; 29) miracle « Une bele miracle de nostre Dame » (ff.-404v-406v ; D EAN 1999 : §559) ; 30) « Liure de la Pochalipse » (ff.-407r-439v ; D EAN 1999 : §475) ; 31)-Roman des Sept Sages de Rome (f.-440r-464a ; DEAF SSagAP) ; 32) « De Phisenemie », en français (ff.-464v-466r ; 33) prédictions natales « La nature de home par sa naissaunce » (ff.-466v-469r ; D EAN 1999 : §374) ; 34) formules pour confessions « xvii Pointz qe deivent estre en confession » (f.-469r-v ; D EAN 1999 : §664) ; 35) « Inquisiciones generales in confessionibus » (f.-470r) ; 36) « Expositio Orationis Dominice » (ff.- 470v-472r) ; 37) « De Origine et Pena Pilati » (ff.- 472v-473v) ; 38) « Melior e Ydoine » (ff.-474r-476v ; « Quel vaut meuz a amer gentil clerc ou chiualer » ; <?page no="305"?> 295 D EAN 1999 : §217) ; 39) « Le liure de Hendign » ou « Les Prouerbis de Hending », en anglais (ff.-476v-479r) ; 40) miracle « Les Enfantesces nostre Seignur quant il esteit en tere od la uie » (ff.-479v-484r ; D EAN 1999 : §495) ; 41) « Le Brut dengletere abrege » (ff.-484v-489v ; D EAN 1999 : §43) ; 42) élégie pour Edward I (f.-489v ; D EAN 1999 : §85) ; 43)-sur les « feoda » militaires d’Angleterre et les « cantreda » d’Irlande (f.-489v) ; 43) proverbe isolé (f.-489v ; uniquement répertorié par D EAN 1999 : §280) ; 44) « Qualiter caput hominis situatur » ou « Descripcioun del teste de home », en latin (f.-489v ? -490v) ; 45) extraits en latin de St. Augustin, St. Bernard et Grégoire le Grand : « Auctoritates » ou « Les auctoritez de Job e des autres Docturs » (ff.-491r-494v) ; 46) texte philosophique « Les Questions qe le roi Boctus demanda de Sydrax le philosophe » (ff.- 496v-626v) ; 47) « Les propretes des Femmes » (f.- 627r-v ; D EAN 1999 : §202) ; 48) formules pour la confession (f.-628r-v ; « Coment home se deit confesser » D EAN 1999 : §658) ; 49) « Oratio de Sancta Maria » (f.-629r) ; 50) « folies » (f.-629a ; « Les xxxii Folies », D EAN 1999 : §266 ; H UNT 1985) ; 51) « Miracula Beatae Virginis » (ff.-629v-633v). 7.2.4.1.4 London, Brit. Libr., Additional 46919 (XIV 1 s.) (anciennement Phillips 8336) Bibliographie générale : M EYER 1884 ; www.bl.uk/ catalogues/ manuscripts (novembre 2008) ; H UNT 1999 : 65-6. La mise en volume daterait de la fin du XIV e -siècle ( M EYER 1903). Manuscrit : 1) Tretiz de Bibbesworth (ff.-2r-14v ; extraits publ. M EYER 1884 : 502-3 ; D EAN 1999 : §285) ; 2) Chastel d’amurs (ff.-15-15v ; D EAN 1999 : §227) ; 3) traité de chasse, de William Twiti (ff.-15v-18v ; D EAN 1999 : §405) ; 4) recettes de cuisine (ff.-19-24v ; D EAN 1999 : §198r) ; 5) traité anonyme de fauconnerie (ff.-24v-36v ; D EAN 1999 : §401) ; 6) poème allégorique sur la Passion, de Nicole Bozon (ff.-38-40v ; D EAN 1999 : §688) ; 7) La plainte d’amour, de Nicole Bozon (ff.-40v-49v ; D EAN 1999 : §690) ; 8) Tretis de denaturesse de Nicole Bozon (ff.-49v-50 ; D EAN 1999 : §145) ; 9) Ave Maria, attribué à Nicole Bozon (ff.-50-50v ; D EAN 1999 : §822) ; 10) prière à la Vierge, de Nicole Bozon (ff.- 50v-52v ; D EAN 1999 : §800) ; 11) prières à la Vierge (ff.- 52v-56 ; D EAN 1999 : §740) ; 12) La Pleurechant, poème anonyme (ff.- 56-57v ; D EAN 1999 : §605) ; 13) Les neuf joies Nostre Dame (ff.-57v-59 ; D EAN 1999 : §761) ; 14) débat anonyme entre une fille et sa mère sur le choix d’un mari (ff.-59-59v ; D EAN 1999 : §142) ; 15) prière à la Vierge (ff.-59v-62 ; D EAN 1999 : §774 ; voir encore catalogue pour des références bibliographiques à propos d’autres copies de ce texte) ; 16) traité allégorique sur la vie monastique (ff.-62-65v ; D EAN 1999 : §683) ; 17) Le Char d’Orgueil, de Nicole Bozon (ff.-66-74 ; D EAN 1999 : §687) ; 18) poème : exhortation du Christ envers les pécheurs (ff.-74-74v ; D EAN 1999 : §974) ; 19) Chauncoun de noustre seingnour (f.- 74v ; D EAN 1999 : §913) ; 20) poème anonyme sur la Passion et le Jugement Dernier (f.-75 ; D EAN 1999 : §916) ; 21) Femmes à la pie de Nicole Bozon (ff.-75-75v ; D EAN 1999 : 205) ; 22) poème sur l’Annonciation, attribué à Nicole Bozon (ff.-75v-76 ; D EAN 1999 : §739) ; 23) Desputeison de l’alme et du corps, attribué à Nicole Bozon (ff.-76-77v ; D EAN 1999 : §691) ; 24) La Plainte Nostre Dame, de Nicole Bozon (ff.-77v-79 ; D EAN 1999 : §956). ; 25) dialogue en vers entre la Vierge et la Croix (ff.-79-80 ; D EAN 1999 : §968) ; 26) sermons, de Nicole Bozon (ff.-84v-85v ; D EAN 1999 : §592) ; 27) prière à la Vierge (f.-85v ; 819) ; 28) Salve Regina, traduction ligne par ligne du texte latin (f.-85v ; D EAN 1999 : §825) ; 29) invocation de la Croix, en vers (f.-86r ; D EAN 1999 : §972) ; 30) prière à la Vierge (ff.-86r-86v ; D EAN 1999 : §807) ; 31) nominale bilingue latin-français concernant la fauconnerie ? (f.-86v ; non mentionné dans le catalogue ; D EAN 1999 : §404) ; 31bis) glossaire militaire « Modus armandi milites ad torneamentum » (ff.-86v-87 ; D EAN 1999 : §315) ; 32) L’ordene de chevalerie (ff.-87-90 ; D EAN 1999 : §706) ; 33) Coment le fiz Dieu fu armé en la croyz, de Nicole Bozon (ff.-90v-91v ; D EAN 1999 : §689) ; 34) poème sur l’amour de la Vierge (ff.-91v-92 ; D EAN 1999 : §797) ; 35) prière à la Vierge, de Walter de Bibbesworth (ff.-92-93 ; D EAN 1999 : §799) ; 36) De bone femme la bounté, de Nicole Bozon (ff, 93-95v ; D EAN 1999 : §199) ; 37) proverbes (ff.-96-104 ; D EAN 1999 : §272, plusieurs d’entre eux sont accompagnés de vers analogues tirés de la Bible en latin ; collection augmentée de proverbes de Serlo de <?page no="306"?> 296 Wilton ajoutés par une main postérieure, D EAN 1999 : §260) ; 38) sermons et notes de la mains de William Herebert (ff.-104v-106v) ; 39) Le roman de philosophie, de Simund de Freine (ff.- 107-116 ; D EAN 1999 : 243) ; 40) charte parodique simulant un contrat avec le diable (ff.-116-116v ; D EAN 1999 : §103) ; 41) paraphrase du Notre Père, en vers (ff.-116v-118 ; D EAN 1999 : §838, §844, §866) ; 42) salutation à la Vierge (ff.-118-119) ; 43) Contes moralisés, de Nicole Bozon (ff.-120-153v ; D EAN 1999 : §695) ; 44)-description examinant les qualités d’un épervier (f.-154 ; D EAN 1999 : §403) ; 45) « Conversio » (f.-154) ; 46) notes sur deux Epîtres de St. Jérôme (f.-155-156v) ; 47)-notes de William Herebert (ff.-157v-158v) ; 48) sermons, ou notes pour des sermons, de la main de William Herebert (ff.-178v-179v) ; 49) extraits en latin, de diverses lettres de Robert Grosseteste (ff.-181-181v) ; (50) sermon (ff.-181v-184v) ; 51) notes biographiques en latin sur huit papes consécutifs (ff.- 185-188v) ; 52) traité sur les sept Péchés Capitaux (ff.- 189-203v ; souvent attribué à Robert Grosseteste mais plus probablement rédigé par Malachius, un moine Franciscain irlandais) ; 53) extraits d’Alcuin, « Pippini Regalis disputatio cum Albino scholastico » (f.-204v) ; 54) notes pour un sermon (f.-204v) ; 55) neuf poèmes lyriques en anglais, la plupart des traductions d’hymnes latins, copiés ou composés par William Herebert (ff.-204v-211v). Manuscrit compilé par William Herebert of Hereford, moine franciscain de l’ordre d’Hereford, (mort en 1333 ? ), qui a écrit et annoté une partie importante du volume. Herebert étudia à Paris et à Oxford, où il devint lecteur dans les écoles de l’ordre Franciscain d’Oxford ( M EYER 1884 ; H UNT 1999 : 65-6). 7.2.4.1.5 London, Brit. Libr., Arundel 220 (XIV 1/ 4 s.) Bibliographie générale : www.bl.uk/ catalogues/ manuscripts (novembre 2008). Manuscrit : 1) Prologue des Prophéties de Merlin (ff.-1r-2v ; D EAN 1999 : §22) ; 2) « Quædam de origine denarii ab Anglia sedi Apostolicæ contributi, cum bulla Gregorii Papae ad Archiepiscopos Cantuariensem et Eboracensem de denario colligendo » (f.-3) ; 3) « Galfridi Monemutensis Historia Britonum » (ff.-4r-52r) ; 4) « Nicolai Triveti Dominicani Annales regni Regis Edwardi I » (ff.-52v-90v) ; 5) « historia Regum Britannorum, Saxonum, Danorum, et Normannorum », Johannes Pike (ff.- 91r-144r) ; 6) « Ejusdem gesta Pontifietini Angliæ, sive de Archiepiscopatibus et Episcopatibus ibidem » (ff.- 144v-178r) ; 7) « Chronicon Summorum Pontificum atque Imperatorum Romanorum », Martinus Polonus (ff.-178v-263r) ; 8) « Liber qui dicitur Provinciale » (ff.- 263v-273v) ; 9) « Quædam de Joseph ab Aramathia, manu longe recentiori exarata » (f.-274) ; 10) « Chronica Monasterii de Bridlington » (ff.-275r-179r) ; 11)-Chronique et histoire d’Angleterre, « Quædam de rebus gestis annis 1467-1513 » (f.-279v) ; 12)-« Juramentum præstandum per Regem in Coronecione sua » (f.-280) ; 13) chroniques du Pseudo- Turpin (ff.-281r-298v ; D EAN 1999 : §79) ; 14) Tretiz de Bibbesworth (ff.-299r-303r ; éd. W RIGHT 1857 : 141-174 ; extrait publ. G ÉNIN 1862 : 27-28 ; ment. M EYER 1874 : 360 , O WEN 1929, K OCH 1934 : 43-5, K IBBEE 1991 : 45-6, R OTHWELL 1995 : 1-2 ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §285) ; 15) Vanitez du Mounde (f.-303v ; D EAN 1999 : §273) ; 16) épigramme sur la difficulté de plaire, en français (f.-303v) ; 17) parodie de lettre d’amour (f.-303v ; D EAN 1999 : §249) ; 18)-traité versifié d’astrologie, en français (f.- 305r) ; 19) calendrier « Tabula de literis dominicalibus » (f.-305v) ; 20) calendrier « Kalendariurn per anni cursum » (f.-306r-311v) ; 21)-traîté d’astrologie « Tabula docens in quo signo sit luna quolibet die anni » (f.-312) ; 22)-calendrier, précédé d’une introduction en français, « Ciclus paschalis secundum utriusque luminis cursum a Dyonisio compositus » (f.-313). 7.2.4.1.6 London, Brit. Libr., Royal 13 A. IV (XIV in s.) Bibliographie générale : www.bl.uk/ catalogues/ manuscripts (novembre 2008). <?page no="307"?> 297 Manuscrit : 1) Traité sur les figures rhétoriques, avec des exemples concernant la composition versifiée (ff.-1r-8v) ; 2) poème anonyme « Vita sancti Hugonis episcopi Lincolniensis » (ff.- 9r-23r) ; 3) poèmes sur la chute de Troye (f.- 23v) ; 4) poème élégiaque : dispute entre en clerc et un soldat (f.- 24r) ; 5) poème Archithrenius, de Jean de Hauteville (f.- 25r-76v) ; 6)-poème élégiaque « Incipit liber… magistri Simonis de excidio Troie… dos uel aurea capra », de Simon Chèvre-d’Or (ff.-76-81r) ; 7) poème sur les homographes présentant des quantités vocaliques différentes, « Hic uertendo uices quod longatur breue dices | verbum cum sit idem non est sensus tamen idem », de Serlo (ff.-81v-83v ; le catalogue indique, à propos de l’auteur, « probably the Dover monk and poet (fl. 1160) ») ; 8) proverbes de Serlo de Wilton (f.-84r-v ; D EAN 1999 : §260) ; 9) vers grammaticaux ou proverbiaux, poème élégiaque sur les caractéristiques des animaux (ff.-85r-v ; cf.-catalogue) ; 10) sermon sur les anges (ff.-86r-89v) ; 11)- De contemptu mundi, d’Innocent III (ff.- 90r-100v) ; 12) Tretiz de Bibbesworth ( K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §285 ; ff.-101r-102v). 7.2.4.1.7 Oxford, Bodleian Libr., Bodleian 39 (XIV 1 s.) Bibliographie générale : M ADAN 1980. Manuscrit : 1) Urbain le Courtois (ff.-IVa-Vb ; D EAN 1999 : §231) ; 2) Tretiz de Bibbesworth (ff.-Vb-IXd ; fragments ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §285). « Records relating to the Benedictine Abbey fo St. Mary at York, collected by, or in memory of, Simon de Warwick (abbot 1258-96), and continued to 1333 » ( M ADAN 1980). Les deux textes français, copiés à la suite l’un de l’autre, constituent selon la catalogue les pages de garde. 7.2.4.1.8 Oxford, Bodleian Libr., Selden Supra 74 (XIII 2 s.) Bibliographie générale : M ADAN 1980. Manuscrit : Première partie : 1) Tretiz de Bibbesworth (f.- 1r-v ; fragment ; ment M EYER 1884 : 501, S TENGEL 1892 : 151, O WEN 1929, K OCH 1934 : 43-5, K IBBEE 1991 : 44, R OTHWELL 1995 : 1-2 ; K RISTOL 1990 ; D EAN 1999 : §285 ; R OTHWELL 2010) ; 2) Housbondrie, de Walter of Henley (ff.-2r-6v ; O SCHINSKY 1971 ; H ARVEY 1972 ; K IBBEE 1991 : 44 ; D EAN 1999 : §394 ; R OTHWELL 2010) ; 3) Desputeison de l’alme et du corps, de Nicole Bozon (ff.-7r-8v ; D EAN 1999 : §691) ; 4)-fragments d’œuvres latines (f.-10, f.-13 ; vie de saint satirique, en prose latine « Historia sancti Neminis » ; sermon latin « De cuiusdam claustralis vita ») entre lesquels s’intercalent des fragments et tables issus de Lumere as Lais, de Pierre d’Abernon de Fetcham (ff.-9r-11r ; D EAN 1999 : §630) ; 5) traité latin sur les présages oniriques (f.-14) ; 6) « Vita [Adam] prothoplausti & Eue vxoris eius » (f, 14-18r) ; 7) « Evangelium Nicodemi » (ff.-18v-28r) ; 8) « Vindicta Salvatoris » (f.-28v-31r) ; 9) texte en latin sur les quinze signes du Jugement Dernier (f.-31r) ; 10) poèmes moraux (f.-31v-33v ; prière ; poème et sermon de Simon de Caermarthen, D EAN 1999 : §593), suivis d’Urbain le Courtois (ff.- 33v-35v ; D EAN 1999 : §231) ; 11) collection de proverbes rimés « Li respit del curteis e del vilain » (ff.-35v-37v ; D EAN 1999 : §258, §260) ; 12)-proverbes de bon enseignement, de N. Bozon (ff.-38r-43v ; D EAN 1999 : §252). Deuxième partie : 13) Mirour de Seinte Eglise de St. Edmund Rich (ff.-44r-59v ; D EAN 1999 : §629) ; 14) dialogue latin « De clerico et moniali » (f.-59v ; H UNT 1985 : 22) ; 15) « folies » (f.-59v ; D EAN 1999 : §266 ; H UNT 1985) ; 16) L’image du Monde, de Gossuin de Metz (ff.-60r-102r ; non répertorié par D EAN 1999 : §326) ; 17) « De statu hominis » (ff.-102v-119r ; connu sous le nom de « De contemptu mundi » de Lotharius Diaconus) ; 18) sermon latin sur la Passion (ff.-119v-122r) ; 19) « le livere de reis de brittanie » (ff.-122v-125v ; D EAN 1999 : §13). Remarques : Les deux partie de ce manuscrit étaient originellement séparées (cf.- H UNT 1985 : 22). <?page no="308"?> 298 8 Annexe 2 : Table de concordance des éditions du ms Oxford Magdalen 188 et de B RAYER / L EURQUIN 2008 Magdalen B RAYER / L EURQUIN 2008 f. 9r 10, §§1-8 f. 9v 10, §§8-13 f. 10r 10, §§13-7 f. 10v 10, §§17-21 f. 11r 10, §§21-6 f. 11v 10, §§26-31 f. 12r 10, §§31-5 f. 12v 10, §§35-41 f. 13r 10, §§41-7 f. 13v 10, §§47-50 f. 14r 10, §§51-5 f. 14v 10, §§55-9 f. 15r 10, §§60-4 f. 15v 10, §§64-8 f. 16r 10, §§69-74 f. 16v 10, §§74-80 f. 17r 10, §§80-3 f. 17v 10, §§84-90 f. 18r 10, §§90-2 ; 20, §§1-2 f. 18v 20, §§2-6 f. 19r 20, §§7-15 f. 19v 20, §§16-23 f. 20r 20, §§23-8 f. 20v 20, §§28-33 f. 21r 20, §§33-40 f. 21v 20, §§40-8 f. 22r 20, §§48-53 f. 22v 20, §§54-61 f. 23r 20, §§61-5 f. 23v 20, §§65-7 ; 31, §§15 f. 24r 31, §§5-9 f. 24v 31, §§10-5 f. 25r 31, §§16-21 f. 25v 31, §§21 ; 32, §§1-7 f. 26r 32, §§7-19 f. 26v 32, §§19-38 f. 27r 32, §§38-43 f. 27v 32, §§44-9 f. 28r 32, §§49-193 f. 28v 32, §§193-9 f. 29r 32, §§199-204 f. 29v 32, §§206-13 f. 30r 32, §§213-25 f. 30v 32, §§225-31 f. 31r 32, §§231-53 f. 31v 32, §§254-9 f. 32r 32, §§260-315 f. 32v 32, §§315-20 f. 33r 32, §§320-58 f. 33v 32, §§358-63 f. 34r 32, §§363-6 f. 34v 32, §§366-71 f. 35r 32, §§371-98 f. 35v 32, §§398-403 f. 36r 32, §§403-15 f. 36v 32, §§415-21 f. 37r 32, §§421-5 f. 37v 32, §§425-9 f. 38r 32, §§429-35 f. 38v 32, §§435-40 f. 39r 32, §§440-641 f. 39v 32, §§642-57 f. 40r 32, §§657-69 f. 40v 32, §§669-86 f. 41r 32, §§686-,7 ; 33, §§1-19 f. 41v 33, §§19-34 f. 42r 33, §§34-48 f. 42v 33, §§48-64 f. 43r 33, §§64-73 f. 43v 33, §§73-7 f. 44r 33, §§77-88 f. 44v 33, §§89-93 f. 45r 33, §§93-7 ; 34, §1-3 f. 45v 34, §§3-45 f. 46r 34, §§45-54 f. 46v 34, §§54-138 f. 47r 34, §§138-40 ; 35, §§1-16 f. 47v 35, §§16-31 f. 48r 35, §§31-64 f. 48v 35, §§64-84 f. 49r 35, §§84-93 f. 49v 35, §§95-136 f. 50r 35, §§136-50 f. 50v 35, §§152-75 f. 51r 35, §§175-200 f. 51v 35, §§200-11 f. 52r 35, §§211-20 ; 36, §§1-13 f. 52v 36, §§13-20 f. 53r 36, §§20-7 f. 53v 36, §§27-33 <?page no="309"?> 299 f. 54r 36, §§34-40 f. 54v 36, §§40-8 f. 55r 36, §§48-52 f. 55v 36, §§54-60 f. 56r 36, §§60-6 f. 56v 36, §§66-74 f. 57r 36, §§74-8 f. 57v 36, §§78-83 f. 58r 36, §§83-9 f. 58v 36, §§89-96 f. 59r 36, §§96-100 f. 59v 36, §§100-4 f. 60r 36, §§106-10 f. 60v 36, §§110-5 f. 61r 36, §§115-8 f. 61v 36, §§118-23 f. 62r 36, §§123-29 f. 62v 36, §§129-32 f. 63r 36, §§132-8 f. 63v 36, §§138-43 f. 64r 36, §§143-8 f. 64v 36, §§148-54 f. 65r 36, §§154-60 f. 65v 36, §§160-7 f. 66r 36, §§167-72 f. 66v 36, §§172-8 f. 67r 36, §§178-83 f. 67v 36, §§183-89 f. 68r 36, §§189-93 f. 68v 36, §§193-200 f. 69r 36, §§200-6 f. 69v 36, §§206-10 f. 70r 36, §§210-5 f. 70v 36, §§215-21 f. 71r 36, §§221-448 ; 37, §§1-6 f. 71v 37, §§6-26 f. 72r 37, §§26-31 f. 72v 37, §§31-47 f. 73r 37, §§47-96 f. 73v 37, §§97-109 f. 74r 37, §§109-15 f. 74v 37, §§115-21 f. 75r 37, §§121-7 f. 75v 37, §§127-33 f. 76r 37, §§133-4 ; 38, §§1-7 f. 76v 38, §§7-13 f. 77r 38, §§13-21 f. 77v 38, §§21-5 f. 78r 38, §§25-33 f. 78v 38, §§33-49 f. 79r 38, §§49-55 f. 79v 38, §§55-61 f. 80r 38, §§62-71 f. 80v 38, §§71-84 f. 81r 38, §§84-9 f. 81v 38, §§89-97 f. 82r 38, §§97-103 f. 82v 38, §§104-10 f. 83r 38, §§110-9 f. 83v 38, §§120-33 f. 84r 38, §§133-45 f. 84v 38, §§145-65 f. 85r 38, §§165-80 f. 85v 38, §§180-7 f. 86r 38, §§187-92 f. 86v 38, §§192-8 f. 87r 38, §§198-206 f. 87v 38, §§206-14 ; 39, §§1-3 f. 88r 39, §§3-8 f. 88v 39, §§9-15 f. 89r 39, §§15-9 f. 89v 39, §§19-23 f. 90r 39, §§23-30 f. 90v 39, §§30-6 f. 91r 39, §§36-42 f. 91v 39, §§42-7 f. 92r 39, §§48-52 f. 92v 39, §§52-7 f. 93r 39, §§57-62 f. 93v 39, §§62-6 f. 94r 39, §§66-73 f. 94v 39, §§73-8 f. 95r 39, §§78-84 f. 95v 39, §§84-9 f. 96r 39, §§89-95 f. 96v 39, §§95-100 f. 97r 39, §§100-3 f. 97v 39, §§103-10 f. 98r 39, §§110-5 f. 98v 39, §§115-20 f. 99r 39, §§121-6 f. 99v 39, §§126-9 f. 100r 39, §§130-6 f. 100v 39, §§136-41 f. 101r 39, §§141-48 f. 101v 39, §§148-53 f. 102r 39, §§153-9 f. 102v 39, §§159-65 <?page no="310"?> 300 9 Annexe 3 : Édition critique de la Somme le Roi, version trilingue (Oxford, Magdalen 188, ff.-9r-102v) 9.1 Principes éditoriaux La lecture polyphonique des matériaux de la Somme le Roi, décrite dans le chapitre 3, et les différentes interprétations qu’elle génère, ne nous permettent pas dans notre édition de rejeter simplement les leçons maladroites ou divergentes. En effet, tout l’intérêt de ce texte réside dans les décalages qui existent entre la version du texte français susceptible d’avoir servi de modèle à la copie présente dans notre manuscrit, la transcription que nous en livre le scribe et les traductions latine et anglaise. Par conséquent, pour rendre compte des problèmes d’identification, et insister sur le fait que certaines formes de la transcription divergentes ou posant problème ont été jugées acceptables par le scribe, nous avons choisi de proposer une édition reproduisant le plus fidèlement possible les formes du manuscrit - respect des jambages, conservation de la segmentation des mots, etc. - et d’amender les leçons jugées inadéquates dans les notes de bas de page et/ ou d’indiquer les leçons proposées par le manuscrit Paris, Bibl. Mazarine 870 (=-M), dans l’édition d’E. B RAYER et d’A.-F. L EURQUIN -L ABIE (2008). Les éléments les plus caractéristiques, comme par exemple les particularités dans le traitement de l’accord ou du genre, sont traités dans le chapitre concernant le profil linguistique du traducteur (chapitre 5) 704 . Ce moyen nous a semblé le plus adéquat pour rendre le terrain propice à une comparaison entre les deux niveaux d’encodage et fournir une édition reproduisant le plus fidèlement possible les spécificités du texte original. (1) But especially a man is clepid in thre kyndes or maneris a renegat or a fals cristen in good degre Sed specialiter nuncupatur homo in tribus generibus renegatus vel falsus cristianus in bon gradu Mes especialment est appelé homme en .iii. maneris renoiés ou faus cristien ou bon gré. (f.-30v) [leçon proposée : bougre] Dans cet exemple, la forme transcrite apparaît clairement comme bon gré, puisque la disposition des jambages est celle d’un n et non d’un u et que les deux syllabes sont séparées. Le scribe a d’ailleurs rendu cette forme en latin et en anglais par une traduction littérale bono gradu, good degre 705 . On retrouve cette forme, dans laquelle les deux syllabes n’ont cette fois-ci pas été disjointes, plus loin dans le manuscrit : 704 Nous avons renoncé - au vu de la complexité touchant les étapes de l’élaboration de ce manuscrit et la nature particulière des traductions (cf.- chapitres 3 et 4) - à commenter dans cette édition les particularités graphiques ponctuelles, les traductions qui ne suivent pas fidèlement le texte source, etc. pour nous concentrer dans le corps même de notre étude sur les mécanismes sous-jacents aux choix effectués par le scribe-traducteur (voir l’édition préliminaire proposée dans N ISSILLE 2000 pour des commentaires ponctuels et la table de concordance permettant une comparaison avec l’édition de B RAYER / L EURQUIN 2008 donnée dans l’annexe 2). 705 Cette traduction atteste la connaissance par notre traducteur du mot gré, ancienne forme de degré, peut-être grâce à une reconnaissance étymologique. Selon le TLF, la forme préfixée bien attestée dans le centre et l’ouest de la France s’est imposée partout et a supplanté gré, peut-être fragilisé par sa collision phonétique avec gré (< GRATUS ) (TLF, s.v. degré ; voir encore GRADUS , FEW IV, 207 b). <?page no="311"?> 301 (2) and becomith felowe with a jewe or with a sarrizene et devenit instar contentus cum judeo vel sarrizeno. et devient bongré ou Juif ou Sarasin. (f.-66r) [leçon proposée : bougre 706 ] Dans ce dernier cas, la forme gré a été comprise comme une forme issue du latin gratum 707 et est donc traduite en latin par contentus. Au vu du contexte, les leçons des deux exemples devraient être rejetées au profit de bougre. Ce substantif semble inconnu du scribe puisqu’il est transcrit à deux autres reprises sous la même forme bongre 708 et apparaît sans traduction : (3) he belevyth not tho thynges that he oveth as doon […] and heretikes ille non credit omnino ea que ille debet sicut faciunt […] et heretici il ne croit pas ce que il doit comme font li bongre et li herege (f.-30v) [leçon proposée : bougre 709 ] (4) as saith […] sicut dicit […] si com dit li bongre (f.-98r) [leçon proposée : bougre 710 ] Le choix de la forme qui doit apparaître dans notre édition est donc important pour la compréhension de la réception de la langue par le scribe-traducteur. Nous nous limitons ainsi à corriger dans le texte les leçons rejetées considérées comme de simples fautes d’inattention (bien souvent des unica) : dans tels cas, la correction a été indiquée entre crochets et n’a pas été commentée. 9.1.1 Graphie Dans un souci de constituer un corpus qui soit le témoin des particularités linguistiques de la langue du texte 711 , nous tentons dans la mesure du possible de rendre fidèlement la graphie du manuscrit et suivons les conventions prescrites pour les éditions de textes médiévaux 712 . Nous distinguons donc, selon les habitudes du scribe, les majuscules des minuscules, de même que les lettres -uet -n-, -cet -tlorsqu’il est possible de trancher entre l’une ou l’autre forme. Dans les cas où la différence est trop ténue, c’est la forme apparaissant le plus fréquemment qui est retenue 713 . En ce qui concerne les lettres -iet -j-, -uet -v-, qui alternent librement dans la graphie de notre manuscrit, nous les distinguons dans notre édition pour la lisibilité du texte. 706 Confirmé par M (36, §167). 707 FEW-(IV, 249b) donne les attestations suivantes : afr. gré « amitié » (XIII e s., Gdf), « satisfaction qu’on trouve dans quelqu’un ou quelque chose » (depuis XII e s.). 708 Dans ce deux derniers cas nous n’avons pas accentué le -e final (cf.- chapitre 3, 3.3.1.), l’absence- de- traduction ne nous donnant pas d’information sur la compréhension de la forme par le traducteur. 709 Confirmé par M (32, §229). 710 Confirmé par M (39, §110). 711 Voir à ce propos les considérations d’A. K RISTOL (1990/ 91 : 319) au sujet de l’édition pour les besoins de l’analyse linguistique. 712 V IEILLARD / G UYOTJEANNIN 2001. 713 Cela donne lieu à des variations pour des mots apparaissant sous les deux formes, comme bonne et boune, eciam et etiam, mais il est probable que le scribe lui-même alterne les graphies. <?page no="312"?> 302 Les articles et les déterminants proclitiques dans les versions française et anglaise sont détachés du substantif, selon l’usage moderne, par une apostrophe. Il en est de même pour les particules négatives et les pronoms personnels. Les trémas ne sont introduits que pour permettre de discriminer certaines formes pouvant porter à confusion 714 . Les finales toniques [ ẹ ] et [ ę ], de même que la finale e atone, posent un problème d’édition. En effet, nous le verrons dans le chapitre consacré à la langue du traducteur (chapitre 5), en anglo-normand ces finales ne sont pas différenciées d’un point de vue phonique : les graphèmes -e, -ez, -es, -er, -ee alternent donc librement. Afin de permettre la distinction grammaticale entre les différents mots présentant ces finales - comme par exemple les articles définis masculins singulier et pluriel, tous deux pouvant s’écrire avec la même graphie le, ou la forme peche qui peut être à la fois le substantif masculin issu de PECCATUM et la 3 e personne du singulier du verbe pécher - nous introduisons l’accent aigu dans les cas où la finale aboutit étymologiquement à un e tonique, conformément aux conventions d’édition traditionnelles 715 . 9.1.2 Tildes et abréviations La résolution des tildes et des autres signes d’abréviation est indiquée en caractères italiques. Saufs exceptions, et nous les signalons ci-dessous, nous choisissons de rester fidèle à l’abréviation rencontrée et d’interpréter les signes d’abréviation selon les graphèmes qu’ils remplacent habituellement dans la tradition graphique manuscrite correspondante (latine et française). Ainsi, par exemple, les formes abrégées des relatifs latins - quam, quas, quod - sont restituées selon le signe d’abréviation en présence 716 . Ce choix est justifié par l’apparition ailleurs dans le texte de ces formes en toutes lettres 717 , à plusieurs reprises et dans les mêmes conditions grammaticales. Nous procédons de la même manière pour les signes d’abréviation pouvant porter à confusion. Il s’agit des signes pouvant symboliser aussi bien -erque -re-, -aret -raou -iret -ri-, le tilde 718 et la marque de suspension 718 . 714 C’est le cas des paires suivantes : oï (du verbe oir) / oi (< AUCA ) ; pais (< PACEM ) / païs (< PAGENSEM ) (le scribe lui-même a confondu ces deux dernières formes). 715 V IEILLARD / G UYOTJEANNIN 2001 : 49. Dans le manuscrit Oxford Magdalen 188, la finale -ee présente un traitement particulier. À deux reprises et sur la même forme, le scribe a inséré des accents : devéé (ff.-13r et 17r). Nous avons choisi de ne pas généraliser cette pratique mais de conserver ceux qui naissent sous la plume du scribe. 716 Il n’en est pas de même pour les rares inconséquences concernant l’utilisation des relatifs qua et quam, formes pour l’utilisation desquelles notre scribe est généralement très conséquent. Les formes dues à un oubli du tilde ont fait l’objet de leçons rejetées. 717 Ce choix n’est pas sans conséquences si l’on considère, par exemple, le traitement des formes du relatif que qui apparaissent souvent conformément à la tradition graphique typiquement anglo-normande (cf.- P OPE 1934 : §1262, qui mentionne l’extension du l’utilisation de que à la place de qui au cas sujet singulier). 718 Les occurrences pour les graphies anglo-normandes - oun et aun - étant largement minoritaires, nous avons choisi de rétablir les formes abrégées au moyen d’un tilde par les graphies continentales on et an. Les seules occurrences pour lesquelles nous avons restitué la forme sous une graphie anglo-normande sont les abréviations comportant déjà le -ude la nasale : -au-, -ouet -oun-. Les seuls cas que nous avons considérés comme ambigus sont les formes portant un tilde sur un double jambage pour lequel il est impossible de décider s’il signifie n ou u (ex : bounes ou bonnes, douner ou donner). Nous avons essayé de respecter au mieux la graphie du manuscrit lorsque la différence pouvait être faite entre u <?page no="313"?> 303 9.1.3 Mise en page Toujours dans une intention de fidélité au texte original, nous tentons de respecter autant que possible la mise en page du manuscrit, qui est absolument pertinente dans l’optique didactique originelle de l’ouvrage et pour son étude. Nous maintenons donc, pour la transcription in extenso, la présentation trilingue du manuscrit sur trois « étages » dans laquelle les traductions latine et anglaise ont été apposées au-dessus du texte français et arrangées pour correspondre visuellement au texte source. Les passages soulignés, les lettrines ainsi que les autres mises en évidence apparaissant dans le texte, sont conservés lors de l’édition. Dans la traduction, nous avons choisi d’indiquer les lacunes par des points de suspension entre crochets ; leur longueur variable nous permet ainsi de respecter la mise en page originale. Nous sommes ainsi restée fidèle au nombre de lignes par page et à leur longueur. La version française a été différenciée par l’utilisation de caractères gras afin de respecter l’importance qui lui est accordée dans le manuscrit au moyen d’une graphie plus soignée et plus grande que celle des versions latine et anglaise. Dans une volonté de concision et de confort visuel, nous renonçons, dans les citations analysées ou proposées en exemple, à cette présentation. Les ajouts et les corrections du scribe ont été mis en évidence, puisque, pour la plupart, ils revêtent une importance pour l’analyse de son processus de réflexion. Ainsi, lorsqu’un mot ou une lettre ont été ajoutés au-dessus du texte pour pallier un oubli (et ce u x qui ont la cure ; f.- 13r), nous avons indiqué ces corrections en note. En revanche, lorsqu’une formule a été apposée en dessus du texte à la manière d’une glose interlinéaire afin de fournir, par exemple, un synonyme (cit. 5) ou une indications visant à indiquer à quoi se rapporte un élément de la phrase (cit.-6), ces commentaires ont été signalés dans notre édition par des parenthèses. (5) for to serve god more holyly ad deo serviendum magis devote (vel sancte) pur dieu servir plus saintement. (f.-11v) (6) whan he bythinkeþ hym not of the goodes that god hath doo to hym quando ille non ei recolit de bonis que ille (scilicet deus) illi (homini) fecit quant il ne luy souvent dez biens que il luy a fetz (f.-28v) et n. Dans le cas contraire, nous avons opté pour la forme qui apparaissait le plus fréquemment dans les occurrences. En ce qui concerne le texte anglais, les finales ne nous permettent pas de déterminer si nous nous trouvons devant la forme -oun ou la forme -one. Les occurrences en toutes lettres sont plus nombreuses pour la terminaison -one : nous avons donc opté pour cette forme. Pour le texte latin, le problème se pose pour l’auxiliaire habere conjugué au passif impersonnel. L’abréviation utilisée ne permet pas de savoir si les formes concernées sont au singulier ou au pluriel puisqu’elles sont souvent abrégées par la forme het coiffée d’un tilde. Les impersonnels étant exprimés dans les deux langues support tantôt par un singulier, tantôt par un pluriel, nous avons décidé de suivre une tendance se dessinant en latin dans les occurrences en toutes lettres pour lesquelles le verbe habere conjugué au passif s’accorde avec le complément du verbe : Of hem ben had many maneris in londe and in see. Ex eis habentur multos modos in terra et in mare. De ceus y a maintes maneris en terre et en mer. (f.-56v) Aftir ther is sacrilege whan oon breketh the sacrament of holy wedlak Post habetur sacrilegium quando unus frangit sacramentum sancti conjugii Aprés il y a sacrilege quant on brise le sacrement de seint mariage (f.-73v) <?page no="314"?> 304 9.1.4 Ponctuation À cause du grand nombre de signes de ponctuation et de la spécificité de leur rôle, nous avons décidé de maintenir la ponctuation originale plutôt que de la moderniser. L’édition respecte ainsi les signes choisis par le scribe, qui sont les suivants (nous empruntons la terminologie à B ARBANCE 1992-5 : 508-9) : le colon (.), le comma (: ), le point (·) et la virgule droite (/ ) 719 . 719 Dans notre texte, le point constitue la majorité des marques. Ce dernier est ajouté la plupart du temps sur la ligne de base et regroupe les rôles de distinction moyenne (entre la proposition principale et la subordonnée qui la suit), suspensive (à la fin d’une proposition circonstancielle précédant la principale) et finale (en fin de phrase). Le point partage ce rôle de signe d’articulation général avec la virgule droite (/ ), qui apparaît jusqu’au folio 13r, puis de manière vraiment épisodique jusqu’au folio 76r (trois occurrences). À partir de ce dernier folio, il remplace une bonne partie des autres signes de ponctuation, surtout pour les deux langues support. Le comma apparaît à quelques occasions seulement. Il reste néanmoins présent dans l’intégralité du texte et remplit exclusivement le rôle de distinction suspensive. <?page no="315"?> 305 9.2 Edition [folio 9r] .1. mandatum the ferst commaundeme[n]t that god commaunded is Hoc primum mandatum quod deus mandavit est L i premiers comandement que diex comanda est 1 this. thow shalt not honour in nowise diverse goddes that is to saye þou shalt hoc. Tu non adorabis omnino diversos deos hoc est dicere tu non cestui. Tu n’aoueras pas diverse diex. C’est a dire · tu n’aounot worship god but me ne shalt not worship · nother þou shalt serve and nother adorabis deum preter me non adorabis neque non servies et neque reras dieu fors moy. Ne aoureras ne ne serviras et I ne thou shalt not put thyne hope principally into noon saf in me pones non tuam spem principaliter nulli quam in me metras pas t’esperance 2 principaument fors a moy. For he that puttith his trust in creature synneth deedly Quia ille qui ponit suam spem in creatu[r]a peccat morta- Car cil qui mette s’esperence en creature peche mortel- Such ben they that honouren ydoles and maken liter Tales sunt illi qui adorant ydola et faciunt ment. Tiex sont cil qui aourent les ydoles. et font 3 her god of a creature qwat som ever he be Ayenst this commansuum deum de creatura qualiscumque ille sit. Contra istud manleur dieu de creature quele 4 que ele soit. Contre cest commandement offenden. they that over muche loven her tresoure goold or datum peccant illi qui nimis amant sua thesaura aurum vel dement pechent. cil qui trop aiment leur tresor · or · ou 5 sylver or other thyngs erthly they that in these thynges argentum vel alias res terrenas qui in istis rebus argent · ou auters choses terriennes · qui en ces choses 1 Ajout : « le premier commandement » : inséré dans la marge. 2 Correction par le scribe : -eexponctué (eseperence). 3 Ajout dans la marge gauche : rienx. 4 Correction par le scribe : ajout de e (qu e le). 5 Ajout dans la marge gauche : rienx. <?page no="316"?> 306 [folio 9v] passyngeforþ putten so muche her hertes and her trust transitoriis ponunt tam sua corda et suam confidenciam trespassanz. metent tant leur cuers et leur esperance that they foryeten her creatour and leven that alle these quod illi obliviscuntur suum creatorem · et dimittunt qui omnia ista q’il enoublient i leur creature · et lessent qui toutz ces goodes to hem hath lent And for that they oughte serve and hym bona eis prestitit Et propter hoc illi debuissent servire et illum biens leur a prestés. Et pur ce lé ii deussent servir et le 6 thanke and above alle thynge love and worship as regraciari et super omnes res amare et honorare sicut mercier et seur totez choses amer et honorer si com us techeth this ferst comaundement nos docet istud primum mandatum nous enseigne 7 cest premier commandement. this secunde comaundement hoc secundum mandatum L e secunde commandement 8 is suche thou shalt not take in eniwyse the name of god in vayn est tale tu non assumas quovismodo nomen dei in vanum est tiel. Tu ne prendras pas · le noun dieu en vain · that is to say thou shalt not iii swere onywise the name of god in vayn hoc est dicere tu non jurabis quovismodo nomen dei in vanum C’est a dire. tu ne jureras pas · le noun dieu en vain for nought and wiþout agood cause that he hymsilf forbedith pro nichilo et sine bona causa. hoc ipsemet prohibet pur nient · et sanz bone cause Ce meismes deffent 6 Correction par le scribe : ajout de le, illum, hym. 7 Correction par le scribe : ajout de i. 8 Correction par le scribe : la dernière lettre du groupe nasal -aunest exponctuée. Ajouts : « Le .ii. de commandement » : inséré dans le texte ; « Le.ii. commandement » : inséré dans la marge. i Lecture proposée : en oublient. Cette leçon est confirmée par le manuscrit Paris, Bibl. Mazarine, 870 (=-M ; éd. B RAYER / L EURQUIN -L ABIE 2008 : 10, §8). ii Lecture proposée : le ; M (10, §9) : le deussent il servir. iii Leçon rejetée : tilde de nasalisation erroné sur le -o-. <?page no="317"?> 307 [folio 10r] .2. mandatum oure lord in the gospel that noon shal not swere nother bi heven noster dominus in evangelio quod aliquis non juret neque per celum nostre sire en l’evangile · que l’en ne juret · ne par le ciel 9 · nouther by the erthe noþer by othir creature But in a good cause neque per terram neque per alteram creaturam Sed in bona caune par la terre · ne par autre creature. Mes a bone caumay oon swere without sinne or in doom · or sa potest unus jurare sine peccato · vel in judicio · vel se puet on jurer sanz pechié · ou en jugement · ou they be requiered of the trouthe or without doom eis perquisitum fuerit de veritate · vel sine judicio l’en demandé sereinent i de verité · ou hors de jugement · or in othir good causes and honeste and profitable vel in aliis bonis causis et honestis et proficuis ou en autres bones causes et honestes · et profitables · or in oþer wyse leve he not enywyse to swere and therfore he sive in altero more ne dimitat aliquomodo jurare et propter hoc qui ou en autre manere · ne loist pas jurer et pur ceo qui that sweret with outen reson the [n]ame ii of oure lord and for nought jurat sine racione nomen nostri domini et pro nichilo jure sans reson le noun nostre seignur et pur nient. if he swere fals of his wytynge he hym forswereþ and dooþ ayenst Si ille jurat false ex sua sciencia ille se perjurat et facit contra C’il jure faus a son escient : il se parjure et fet contre this comaundement and synneth dedly For he hoc preceptum et peccat mortaliter quia ille cest comandement et peche mortelment. Car il 9 Correction par le scribe : ajout de i. i Lecture proposée ou l’en demande serement de verité (confirmée par M 10, §14). ii Leçon rejetée : mame. <?page no="318"?> 308 [folio 10v] swerith ayenst his conscience. that is to say whan oon hym forswerith jurat contra suam conscienciam hoc est dicere quando unus se perjurat jure contre sa conscience. C’est a dire quant ung se parjure thenkyngly and with deliberacion But he that swerith trouthe of his cogitanter et cum deliberacione. Sed ille qui jurat veritatem ex sua apensement et a deliberacion. Mes cil qui jure voir a son knowing and in alle wayes for nought or fo any evel sciencia et omnimodis viis pro nichilo vel pro aliqua mala escient et toutes voies pur nient ou pur aucune mauvese reson nought in nowise maliciosely but jocundly and with out racione. nullo modo maliciose sed lascive et sine blasreson non pas malicieusement mes legerment et sanz blasblaspheme synneth venially But þe conscience is perilouphemia peccat venialiter Sed consciencia est periculopheme peche veniaument. Mes la conscience i est perilleuse and it may be turned to synne mortale that not hym kepith sa et potest hoc converti ad peccatum mortale qui non se custodit se. et puet l’en tourner ii a peché mortel qui ne s’en garde. But if eny swere horibly or of (by) oure lord or by his Sed si quis jurat horribiliter vel de nostro domino vel de suis Mes c’il iii jure horriblement ou de nostre seignour ou de sez saintes and hem despisith and also saith blasphemes the whiche be not to sanctis et eos despicit et [etiam] iv dicit blasphemias que nequaquam sunt saintz et les despit et en dit blasphemes qui ne sont pas be sayd he synneth mortaly (dedly) Ne he may not have reson dicende ille peccat mortaliter Neque ille non potest habere racionem a dire cil peche mortelment. Ne il ne puet avoir reson i M (10, §19) : mes l’acostumance est perilleuse. ii M (10, §19) : et peut bien torner a pechié mortel. iii M (10, §20) : cil qui jure horriblement. iv Abréviation non identifiable, généralement utilisée pour et, accompagnée ici d’un tilde de nasalisation. Dans ce texte, cette notation est réservée à and dans la traduction anglaise. Etiam est la solution la plus probable. <?page no="319"?> 309 i Lecture proposée : l’acustument (confirmée par M 10, §21). ii M-(10, §25) : qui se reposa au septieme jour des oeuvres que il avoit fetes. iii Lecture proposée : acomplist (confirmée par M 10, §26). [folio 11r] .3. mandatum that hym may excuse And they þat more acustumen more synnen que ipsum potest excusare. Et illi qui plus assuescunt plus peccant qui l’en puisse escuser. Et cil qui plus la custument i plus pechent. The thridde commandement war þe that thou Tercium mandatum Cave que tu L e tiers commandement. Gardes que tu 10 halwe þe day of sabbat That is to say thou shalt not do in þe day sanctifices diem sabbati. Hoc est dicere tu non facias omnino in die saintefies le jour de samedy. C’est a dire. tu ne feras pas au jour of sabbat thy werkes (bysines) and thy werkis and tho that þou were wont to doo sabbati tua 11 negocia et tua opera et ea que tu solebas facere de samedy tes bosoignes et tes oevres et ce que tu seuls fere in othir dayes But þe reste shalt for the better entendaunce to prayer in aliis diebus Sed te requiescas pro meliori intendere ad precamen aus autres jours. Mes te reposeras pur miex entendre a prier to þe servynge to þi maker that hym restyd in the seventhe day his werkes ad serviendum tuo creatori qui se requievit in septimo die. Sua opera a servir ton creatour qui se reposa au septisme jour . Ces ii oevres that he had made the syxe dayes byfore in whiche he haþ made þis que ille fecerat sex diebus ante in quibus ille fecit hunc qu’il avoit fetes les .vi. jours devaunt es quiex il fist le world and ordeyned. This commaundement fulfillith spiritually mundum et ordinavit. Hoc mandatum implet spiritualiter monde et ordenna. Cest commandement a complist iii espirituelhe that kepith with his myght þe pees of his conscience ille qui custodit cum sua potestate pacem de sua consciencia ment cil qui garde a son povoir la pes de sa conscience 10 Ajouts : « Le tiers commandement » : inséré dans le texte ; « le tiers commandement » : inséré dans la marge. 11 Correction par le scribe : -sexponctué (tuas). <?page no="320"?> 310 [folio 11v] for to serve god more holyly While or siþe this word saturday ad deo serviendum magis devote (vel sancte) Dummodo hoc verbum sabbatum pur dieu servir plus saintement. Dont cest mot de samethe whiche þe jues clepen sabat it is as muche worth as reste. quod judei vocant sabbatum valet tantum quantum requies dy que li Juis apelent sabat vaut a taunt come repos. This commandement noon may kepe spirituelly Istud preceptum non potest nullus custodire spiritualiter Cest commandement ne puet nus garder espirituelthat in conscience is in synne deddely Suche qui in consciencia sit in peccato mortali Talis conment qui en conscience soit de pechié mortel. Tel conconscience may not be in pees as longe as she is in suche sciencia non potest esse in pace quam diu illa sit in tali science ne puet estre en pes tant com ele soit en tel staat And in stede of þe sabbat day whiche straytly is statu Et in loco 12 sabbati quod stricte est estat. Et en leu de samedy qui estroitement soit kepte in þe olde lawe/ hath stablid holy chirche the sonday custoditum in veteri lege · stabilivit sancta ecclesia diem domigardés en la vielle 13 loy · estably seint eglise le dimento be kept in þe newe lawe For owre lord ayenrose nicam servandam in nova lege. Quia noster dominus resurrexit che a garder en le novele loy. Car nostre sires iresourt i from deth to lyffe./ And for that skil oweth oon to kepe holyly or devoutly de morte ad vitam. Et propter hoc debet unus custodire sancte vel devote de mort a vie. Et pur cele ii doit ung garder saintement 14 12 Correction par le scribe : diei exponctué. 13 Correction par le scribe : ajout de i. 14 Ajout dans la marge : « Sonday quia in die dominica surrexit sol justicie christ[us] deus noster qui confundens mortem donavit nobis vitam sempiternam. » i M (10, §30) : i resourdi de mort a vie. ii Lecture proposée : et pur ce le ; M (10, §31) : et pour ce si le doit l’en garder saintement. <?page no="321"?> 311 [folio 12r] .3. mandatum and be in reest from werkes bodily and more fro werkis et esse quietus de (ab) operibus de [..........] et magis ab operibus et estre repos des oevres de seur semaine i et plus des oeof synne and to take hede more to werkes goostly peccati et intendere magis operibus spiritualibus vres de pechié et entendre plus aus oevres espirituex and to þe service of oure lord and to thinke upon his makere and hym et ad servicium nostri domini et cogitare (v[e]l pensare) super suum creatorem et illum et au service nostre seignur et penser a son creatore et lui to beseche and thonke of the goodis that to hym he hath lente And he that breprecare (rogare) et regraciari de bonis que illi proprie prestitit Et ille qui franprier et mercier des biens que il lui a prestés. Et cil qui brikith þe sonday and othir feestis solempne that been git diem dominicam et alia festa solempnia que sunt se le dymenche et les autres festes solempnes qui sont stabled to be kepte in holy chirche synneth dedly stabilita ad custodienda in sancta ecclesia peccat mortaliter establies a garder en seint eglise peche mortelment. for he dooth ayenst the precept of god a foresaid and of 15 quia ille facit contra mandatum dei antedictum et de 16 car il fet contre le comandement dieu devant dit et de holy chirche 17 yf that be not for eny nede that holy ecclesie Si hoc non sit pro aliqua necessitate quam sancta seint eglise. Se ce n’et pur aucune necessité que seint chirche exceptith But yit more synnen they that fulfyllen ecclesia exceptat. Sed adhuc magis peccant illi qui implent eglise otroie. Mes plus pechent ciex 18 qui emploient 15 Correction par le scribe : holy biffé. 16 Correction par le scribe : sancte biffé. 17 Correction par le scribe : but exponctué. 18 Correction par le scribe : cil exponctué et corrigé en ciex. i M-(10, §31) : seursemaine <?page no="322"?> 312 [folio 12v] in þe sonda and in festis in synnes and in lecheriis and in in die dominica et in festis in peccatis et in luxuriis et in le dimenche et les festes en pechiés et en lecheries et en other outrages [................................................................] autres 19 excessibus [.........................................................] autres outrages contre des i trois comandemenz nous [...................................................] [...................................................] ordennent a dieu especiaument . 20 the fourte commaundement is suche honoure thy Quartum mandatum est tale : Honora tuum L e quarte comandement est tiex. Honoure fader and thy moder for thou shalt lyve þe 21 more longis patrem et tuam matrem. Quia tu vives magis diu ton pere et ta mere. Car tu envivras ii plus longement upon th’erthe This commaundement us warneth þat we super terram hoc mandatum nos admonet quod nos seur terre. Cest comandement nous amoneste que nous kepe us fro provokynge to wraþ fader and moder wilfully and wrongfully or custodiamus nos ab irritacione patrem et matrem · voluntarie et injuriose vel gardoms de coroucier pere et mere a escient et a tort. iii ou hem cursynge or to hem noye by malice he doþ synne dedly eos maledicere vel eis nocere per maliciam peccatum facit mortale les maudit ou leur nuist par malice peche mortelment and brekith this commaundement. and in this same commaundement et frangit hoc preceptum. et in hoc eodem precepto et brise cest comandement et en cest meismes commandement 19 La forme attendue ici est bien évidemment aliis. Le scribe s’est laissé influencer par le texte français et n’a pas corrigé sa faute. 20 Ajouts : « Le quarte commandement » : inséré dans le texte ; « le quarte com[an]dement » : inséré dans la marge, difficilement lisible. 21 Correction par le scribe : ajout de þe. i Leçon proposée : et en autres outrages contre dieu. Ces trois comandemenz nous ordennent à dieu especiaument (confirmée par M 10, §36). ii Lecture proposée : en vivras plus longement (confirmée par M 10, §38). iii Ajout dans M (10, §39) : et cil qui deshoneure son pere et sa mere a son escient et a tort. <?page no="323"?> 313 [folio 13r] .4. mandatum et .5. is understonde the love the whiche we owe to have to oure intellegitur ille amor quem nos debemus habere ad nostros est entendu l’amour que nous devons avoir a nos pefadres spiritueles that is to hem which haven cure to teche us patres spirituales. hoc est ad illos qui habent curam nos docenres espirituex. C’est a ceux qui ont la cure de nous enand us to chastise as haven prelatis of holy chirche di et nos castigandi. sicut habent prelati sancte eccleseignier et de nous chaster com ont li prelatz de seint eglian they that have charge of oure soules and to kepe oure bodies sie. et illos qui habent curam nostrarum animarum et nostra corpora custodienda se et ceux 22 qui ont la cure de nos almes et nos cors garder. And he that wil not obeye to hem that haven the charge of hym Et ille qui non vult obedire eis qui habent curam ipsius Et cil qui ne veut obeier a ceux qui ont la cure de luy whan he techeth wel (good) that he shulde doo grevously synneþ quando ille docet bonum quod ipse tenetur facere graviter peccat quant il ensegne i le bien qu’il est tenuz a fere : griefment peche and that may be that inobedience/ that is dedly synne et illud potest esse illa inobediencia quod est peccatum mortale et celui ii puet estre l’inobedience qui est peché mortel. The fitte commaundement is Quintum mandatum est L e quinte comandement est 23 suche. Thou shalt not sle eny man. This commaundement forbedith tale. Tu non occidas aliquem. Istud mandatum prohibet quod tiel. Tu n’occiras nulli. Cest comandement devéé 24 que 22 Correction par le scribe : ajout de u. 23 Ajouts : « le quinte commandement » : inséré dans le texte ; « le quinte comandement » : inséré dans la marge. 24 Les accents sur les -ee finaux sont de la main du scribe. i M-(10, §43) : enseignent. ii M (10, §44) : tele. <?page no="324"?> 314 [folio 13v] [...] unus non occidat alterum propter vindictam nec propter lucrum nec propter aliel’un n’occie l’autre pur vengance ne pur avoir ne pur au- [...] nam parvam racionem. Quia est peccatum mortale. Sed tre mauvese reson. Car c’est pechié mortel. Mes [...] occidere malefactores propter justiciam faciendam et tuendam vel propter occire les maufesours pur justice fere et garder ou pur [...] aliam bonam causam licet bene secundum legem sibi qui autre bone cause loist bien selonc la loy a celui qui [...] facere debet et tenetur In hoc mandato est fere le doit et tenuz i est. En cest commandement est [...] prohibitum peccatum odii et iracundie et magne deffenduz le pechié de haine et de rancune et de grant [...] ire. Quia sicut dicit scriptura qui odit suum fratrem ire. Car sicom dit l’escripture qui het son frere [...] ille est homicida quando est in sua voluntate et peche i il est homicide quant c’est a sa volunté et peche [...] mortaliter Et qui portat iram adversus alium ii mortelment. Et qui porte ire contre autre longuei La forme attendue ici est bien évidemment peccat. ii Leçon rejetée : alium diu. Il arrive souvent au scribe d’écrire deux fois le même mot lorsque celui-ci se trouve à cheval entre deux folios ou côtés de page. <?page no="325"?> 315 [folio 14r] .5. mandatum et .6. longe yholde and yrotid or þat þe herte be in hatrede and wradiu tentam et radicatam vel cor sit in hodio et iracunment tenue et enracinee ou cuer est en haine et ranthe that is dedly synne and is ayenst this commandia quod est peccatum mortale et est contra istud preceptum cune qui est pechié mortel. et est contre cest comandement And yit synneth he more that dooth or procureth Et adhuc peccat ille magis qui facit vel procurat dement. Et encore peche il plus qui fet ou purchaharme to othir wrongfully or is in helpynge or in dampnum alicui injuriose vel est in adjutorio vel in ce dommage a autrui a tort ou est en aide ou en counseil of noyinge to eny to venge hym self But wrethe consilio nocendi alicui ad vindicandum se Sed ira conseil de nuire a autrui pur soi venger. Mes ire or indignacione that passith lightly with oute wil of vel indignacio qui preterit leviter sine implecione ou indignacion qui passe legerment sans parfere fulfillynge and consentynge to noye ony is not in no wise voluntate et consensu nocendi alteri non est omnino volunté et consentement de nuire autrui n’est pas synne dedly peccatum mortale pechié mortel. 25 The .vi. commaundement is suche thou shalt Sextum mandatum est tale Tu non L e sixte comandement est tiex. Tu ne 25 Ajouts : « Le sixte commandement » : inséré dans le texte ; « le sixte commandement » : inséré dans la marge. <?page no="326"?> 316 [folio 14v] not doo noon avoutry. that is to say that þou not owest enywise have non facias adulterium. hoc est dicere quod tu non debes omnino habere feras pas avoutrie C’est a dire que tu ne dois pas avoir knowleche flesshly to eny oþer womman In this commaundecognicionem (vel consorcium) carnalem (carnale) alicui femine In hoc mandato (vel precepto) compaignie charnel a autrui fame. En cest comanment is forbode alle synne of lecherye the whiche is oon of est vetitum omne peccatum de luxuria quod est unum de dement est vié tout pechié de luxure qui est .i. des the seven synnes deddly Now be it that ther be some braunseptem peccatis mortalibus Nunc sit hoc quod sunt aliqui rami .vii. pechéz mortiex Ja soit ce qu’il ait aucunes branches that be not dedly synne as ben evel qui non sunt 26 peccatum mortale sicut sunt maches qui ne sont mie peché mortel com sont masteryngis of the flessh that noon may not enywise le mociones carnis quod ullus non potest omnino vis esmovemens de char qui l’en ne puet pas 27 from alle bedefendid. And he oughte to restrayne and to refrayne ab omnibus munire Et debet quis restringere et refrenare de tout eschiver. Et doit l’en restraindre et refrainas muche as he may not enywise hem to norisshe tam sicut quis potest non omnino eas nutrire dre tant com l’en puet non mie lez norrier ne to seche ouþer by unmesurabilnes of drynke or of etynge neque adquirere vel per briam i potacionis vel comestionis ne purchacer ou par outrage de boivre ou de mangier 26 Correction par le scribe : omnino biffé. 27 Ajout dans la marge : « quia primus motus non est in nostra potestate ». i La forme bria est attestée dans DMLBS avec le sens de « mesure, modération ». Elle y est présentée comme étant issue d’une formation régressive sur ebrius. Il est selon nous aussi possible d’envisager une évolution sémantique : du sens « coupe » que possède ce mot en latin classique, on passerait non seulement à « mesure (de vin) », sens attesté en latin médiéval (MW), mais aussi à l’idée de « modération », sur le modèle du mot mensura. Le sens que lui donne ici le traducteur est antonymique. Il est probable qu’il le rapproche de la famille ebriare, ebrius, etc. par simple rapprochement des termes sans analyse morphologique. <?page no="327"?> 317 [folio 15r] .6. mandatum et .7. or by evel thynkynges over longe holden vel per malas cogitaciones nimis diu tentas ou par mauveses pensees trop longument tenues by evel touchynges For in suche thynges may be hade per malas palpaciones Quia in talibus rebus potest habere par mauvéz atouchemens. Car en tiex choses puet avoir perile In this commandement is forbode alle synne periculum. In hoc precepto est prohibitum omne peccatum peril. En cest commandement est devees tout pechié ayenst nature in what wyse that it be doo or contra naturam in quali modo quod illud sit factum vel contre nature en quel manere que ele i soit fet ou in his persone or in otheres in sua persona vel in alia en sa persone ou en autre. 28 The .vii. commaundement is suche thou ne Septimum mandatum est tale Tu non L e septisme comandement est tiex. Tu ne shalt doo nowise thefte this commaundement us facias omnino furtum. hoc preceptum nos ferras pas larracin. Cest commandement nous forbedith to take and to resceyve oþeres thynges whatsom ever þat prohibet capere et recipere alienam rem qualemcumque que devee prendre et recevoir autrui chose quele que it be by evel encheson ayenst the wille illa sit per malam racionem contra voluntatem ele soit par mavese reson contre la volunté a 28 Ajouts : « Le .vii. me comandement » : inséré dans le texte ; « Le .vii. commandement » : inséré dans la marge. i M (10, §61) : il. <?page no="328"?> 318 [folio 15v] of hym to whom it longeth In this commandement es forboden raveyn proprius cui hoc pertinet. In hoc mandato est prohibitum rapina celui a qui cele est. En cest commandement est devee rapine and usury and deceyt to oþir to have his goodes and he that dooþ et usura et fraudulencia alteri propter sua habenda et ille qui facit et usure et baretter autrui pur le sien avoir et cil qui fet ayenst this commaundement is holden to yelde ayen that þing 29 that he hath contra hoc preceptum tenetur restituere hoc quod habet contre cest commandement est tenuz a rendre ce qu’il a of othirs evel if he knowe to whom. and if he knowe not to whom alicujus male Si ille scit cui et si ille non scit cui de l’atrui mauvesment. Se il cet a qui. et se il ne cet a qui he is holden to yelde and to yeve it for god or with þe counsel of holy ille tenetur reddere et dare pro deo vel cum consilio sancte il est tenuz a rendre et donner pur dieu ou a conseill de seint chirche For he þat withholdeþ fro eny and to hurt and by evel ecclesie. Quia qui retinet ab aliquo et injuriose et per malam eglise. Car qui retient l’autrui et a tort et par mauvese reencheson he synneþ dedly if he not it yelde thider whider he ought if he racionem ille peccat mortaliter · si ille non restituit illuc ubi ille debet. si ille son il peche mortelment se il nel rent la ou il doit se il it knowe whider it may be doo or if he not it knowe doo he with þe counsel hoc scit ubi hoc potest facere · vel si ille non hoc scit faciat cum consilio le siet ou le puisse fere ou se il ne le set face au conseil de of holy chirche. sancte ecclesie. seint eglise. 30 29 Correction par le scribe : ajout de þing. 30 Ajout : « le .viii. commandement » : inséré dans la marge. <?page no="329"?> 319 [folio 16r] .7. mandatum et .8. The eyghte commaundement is such : Thwo shalt not say in nowise Octavum mandatum est tale Tu non dices omnino L e .viii. me commandement est tiex. Tu ne dirras mie 31 fals witness ayenst thyn neyghbore. In this commaundement falsum testimonium adversus tuum proximum. In isto precepto faus tesmoing en contre ton proisme. En cest commandement to us it is forboden þat noon lye not ne hym forswere noþer in doom nobis est prohibitum quod ullus non mencietur neque se perjuret nec in judicio nous est devee qui l’en ne mente ne s’en parjure ne en jugement ne out of doom to the hurt of eny and þat noon curse nec extra judicium ad nocumentum alicujus et quod nullus maledicet ne hors jugement pur nuire a autrui et que l’en ne mesdie eny othir in evel entencion hym to appeyre of his good aliquem alterum in mala intencione ad ipsum deteriorandum a sua bona d’autrui en mal entencion de lui empirier de sa bone 32 renomloos or of the grace that he hath. For it is dedly synne. Ayenst fama vel a gracia quam ipse habet. Quia est peccatum mortale Econtra 33 mee ou la grace que il a. Car c’est peché mortel. En contre this commaundement doo they that cursen good men (or devout men) hoc mandatum faciunt illi qui maledicunt probos homines cest commandement font ceux qui mesdient des preudommes by hynde (her bakke) with her witynge or by malice that is called deper tergum ex sua cognicione vel per maliciam que vocatur depar derriers a leur escient ou par malice que l’en apele detractione (or bacbitynge) and they also that preysen wikked men and the dedes traccio. et illi eciam qui laudant malos et facta tracion. et ceux aussi qui loent lez mauvéz et lez fetz 34 31 Ajout : « le .viii. me commandement » : inséré dans la marge. 32 Correction par le scribe : ajout de e final. 33 Correction par le scribe : ajout de c. 34 Ajout : « as they that be moost entriked with synne and those a devot man or womman, they wil say : ‘ loo þe ypocrite how holy he makith hym, we shal come as sone to heven as he for alle his holynes ’ ». <?page no="330"?> 320 [folio 16v] of here shrewdenes and of here folynesse knowen or seen or of werkes which 35 suarum pravitatum et suarum stultitiarum cognitarum vel visionum vel operum quod de leur mavesté et de leur folies seues ou veues ou ovrees i qui is synne mortal [.............] flateringe whan on saith [........................] est peccatum mortale. vel ex laudacione (id est adulatione) quando unus dixit in sua presencia est pechié mortel ii ou de losenge quant ung la dit en leur present or falsnesse or lesynge whan he of whom they speken nys present vel falsitas vel mendacium quando ille de quo illi loquntur non est presens ou fausseté ou mençonge quant cil de qui l’en parole n’et present. For alle suche been false wytnesses Quia omnia talia sunt falsa testimonia Car tout itel sont faus tesmoingne. 36 The .ix. commaundement is suche : Thou ne shalt desire in nowise Nonum mandatum est tale Tu non desiderabis omnino L e .ix. me commandement est teux. Tu ne desireras pas the wyf of thy neyghbor ne thou shalt not here desire enywise to doo with thy uxorem tui proximi neque non ip[sam] desiderabis omnino ad faciendum de tuo la fame ton proisme · ne ne la covoiteras pas a fere de ton body trespace this commandement forbedith the desire in corpore peccatum. hoc preceptum vetat desiderium in corps peché. Cest commandement devee desirement en consentynge to have feleship fleshly of alle consenciendo habere societatem carnalem ab omnibus consentement d’avoir compaignie charnel a toutes wymmen bunden in mariage et what othir and evel signes feminis ligatis in matrimonio et aliis et mala signa fames lieez de mariage et autres et mauvéz signes 37 35 Correction par le scribe : de exponctué. 36 Ajouts : « Le .ix. me commandement » : inséré dans le texte ; « Le .ix. me commend[ement] » : inséré dans la marge . La fin est illisible et se perd dans le pli de la reliure. 37 Réclame signifiant la fin du cahier : « out wardes par dehors » . i M (10, §74) : oïes. ii Ibid. : qui est pechié d’adulacion ou de losenge. <?page no="331"?> 321 [folio 17r] .9. mandatum by outwarde that ben made to drawe synne as ben evel exteriora que sunt facta ad trahendum peccatum sicut sunt prava par dehors qui sont fetz pur atrere pechié com sont mauvetalkynges of suche matier or evel touchynges colloquia de tali materia. vel mali contactus ses paroles de tiele matiere. ou mauvéz atouchemenz And the difference of this commaundement to the sexte before said et differencia istius precepti ad sextum supradicum Et la difference de cest commandement au .vi. desseur dit si is that the sexte commaundement denyeth the dede outwarde But est sextum preceptum prohibet factum exterius. Sed est le sixte commandement devee le fet par dehors. Mes this denyeth the consente or desire to have company with womman istud denegat concupiscenciam habere societatem cum femina cestui denéé 38 i le consentement d’avoir compaignie a feme that is not his by mariage or wedlak and it is dedly synne after the senque non est sua per matrimonium et est peccatum mortale secundum sentenque n’est seue par mariage et est pechié mortel selonc la tence of the gospel that saith that he þat seeth a womman and he here ciam evangelii que dicit quod qui vidit mulierem et ille illam sentence de l’evangile qui dit que qui voit feme et il la coveyteth in his herte he hath made þe synne in way of coveytynge concupiscit in suo corde ille fecit 39 peccatum in via concupiscencie covoite en son cuer il i a pechié en leu de convoitement that is to understonde of þe consentynge expresse and of thynkenge hoc est intelligendum de consensu expresso et ex cogitacione c’est a entendre de consentement expressé 40 et a pensé ii . 38 Cf. note 24. 39 Correction par le scribe : -aexponctué et corrigé par -een indice (facit). 40 Correction par le scribe : ajout de e final. i Lecture proposée : devéé. ii Lecture proposée : apensé (confirmée par M 10, §83). <?page no="332"?> 322 [folio 17v] The tenthe commaundement is Decimum mandatum est L e disisme commandement est 41 suche Thou shalt not covete the thynge that is thy neyghbore tale Tu non concupisces rem que sit proximi tui tiex. Tu ne covoiteras chose que soit a ton proisme. This commaundement denyeth wille to have oþeres thynge by Istud mandatum prohibet voluntatem habendi rem alienam per Cest commandement devee volunté d’avoir autri chose par evel reson In this commaundement forbode is th’envy or hurt 42 malam racionem. In hoc mandato prohibitum est nocumentum mauvés reson. En cest commandement est devee envi d’auof eynes good or of enyes grace For suche harme or hurt comiþ of evel alicuius boni vel alterius gracie Quia tale nocumentum venit ex mala trui bien ou d’autrui grace. Car tele envi vient de maucovetise whan 43 the consent is certayn and bythught concupiscencia quando 44 consensus certus et cogitavese convoitise quant li consentementz certains et apen- That is synne mortal and ayenst this precepte tus est illud est peccatum mortale et contra istud mandatum sés i est. C’est peché mortel et contre cest commandement. But covetyse light to have otheris thynge or by good Sed cupiditas levis habendi alienam rem vel per bonam Mes convoitise legiere d’avoir autrui chose ou par bone reson is noo synne And if he have evel sterynges racionem non est omnino peccatum Et si ille habet malas mociones reson n’est mie pechié. Et se il i a mauvéz esmovemens 41 Ajouts : « le .x. me commandement » : inséré dans le texte ; « le .x. me » : inséré dans la marge. La fin est illisible. 42 Correction par le scribe : per biffé. 43 Correction par le scribe : that biffé et remplacé par þe. 44 Correction par le scribe : illa biffé. <?page no="333"?> 323 [folio 18r] .10. mandatum .3 us . prima pertinent deo .7. ultima proximo with out wille and withoute assent to hurte of eny is not absque voluntate et sine consensu aggravandi alicujus non est sanz volunté et sanz consentement de dommagier autrui n’est in nowise synne and if synne it have that is but venial omnino peccatum et si peccatum habuit illud est veniale pas pechié et se peché y a. il est veniaus. 45 Thes ben the ten commaundementz of whiche thre þe ferst hec sunt decem precepta Quorum tria prima Ses 46 sont les .x. commandemenz. Dont les .iii. premiers us ordeyne wel to god the othire seven us ordeynen nos disponunt bene deo hec alia septem nos ordinant nous ordeinent bien a dieu. Les autres sept nous ordennent to owre neghbor these ten commaundementz alle and on nostro proximo hec .x. mandata omnes et singulus a nostre proisme. Ces .x. commandements chascuns et chascune that hath reson and age is bounden to knowe and to doo For he qui habet racionem et etatem tenetur scire et facere Quia qui qui ad reson et eage est tenuz a savoir et fere. Car qui þat dooth the contrary with his witynge he synneth dedly facit contrarium ex sua cognitione ille peccat mortaliter fet encountre a son escient il peche mortelment. those ben th’articles hii sunt articuli Sé sont les articles de 47 of the faith cristen that every cristen man and every cristen womman fidei cristiane quod quilibet cristianus et quelibet cristiana la foy crestienne que chescun crestien. et chescune crestienne 45 Ajouts : « Ce sont lez .x. commandementez » : inséré dans le texte (l’abréviation pour commandementez est très succincte) ; « ce sont les .x. commandementz » : inséré dans la marge. 46 Seule la lettre d’attente apparaît à la place où le scribe a laissé la place pour une lettre filigranée. 47 Ajouts : « les articles de la foy » : inséré dans le texte ; « les articles de la foy » : inséré dans la marge. <?page no="334"?> 324 [folio 18v] oweth to bileve stedfastly For ellis he may not be sauf debet credere firmiter Quia aliter ille non potest esse salvus doit croire fermement. Car autrement il ne puet estre saus sith þat he hath wit and reson and þer be twelve aftir þe nombre of ex quo quod ille habet sensum et racionem et sunt duodecim secundum numerum puis qu’il a sens et reson. et sont .xii. (douze) solonc le nombre des of þe xii apostles þat hem stabled to be kept and holden to alle thoo apostolorum qui illos stabilierunt teneri et custodiri 48 omnibus illis apostres qui les establirent a tenir et a garder a toutz ceus that wolen be savid Of whiche the ferste (vel oon) by longeth to the fader qui volunt esse salvati Quorum primus pertinet patri qui vulent estre sauvéz. Dont li primer aupartiennent au 49 seven to the sone Foure to þe holy goost. For it is þe welle Septem filio. Quartuor sancto spiritui. Quia hoc est fons pere. Lez sept au filz. Les quatre au seint espirit. Car c’est la fonof the faith byleve to beleve in þe holy trinite that is in þe fader fidei credere credere in sanctam trinitatem hoc est in patrem taine de la foy croire. croire en la 50 seinte trinité i . C’est ou peand in þe sone and in the holy goost Oo god in thre persones Alle et in filium et in sanctum spiritum Unus deus in tribus personis. Omnes re et ou filz et ou seint espirit .i. dieu en .iii. persones. Toutez 51 these articles been knowen in the crede the which the .xii. apostles isti articuli sunt cogniti in simbalo ii quod duodecim apostoli ces articles sont conues iii en la credo que lez .xii. apostres made of whiche everych made his article faciebant quorum quilibet composuit suum scilicet articulum firent dont chescun imis iv le sien 48 Correction par le scribe : et exponctué. 49 Correction par le scribe : and biffé. 50 Correction par le scribe : un i final a été exponctué (lai). 51 Correction par le scribe : ajout de u. i M (20, §5) : car c’est le fondement de la foi croire en la Saint Trinité. ii Cf. CMLBS s.v. symbolum. iii M (10, §6) : contenu. iv Lecture proposée : i mist (confirmée par M 20, §6). <?page no="335"?> 325 [folio 19r] .1. articulus fidei .2. articulus fidei The ferst article is suche primus articulus est talis L e primer article est tiex. 52 I be leve in god the fader al myghty makere of heven and of erthe Ego credo in deum patrem omnipotentem creatorem celi et terre J[e] croi en diex le pere tout puissant · creatour de ciel 53 et de terre This article made holy petir in the crede hunc articulum composuit sanctus petrus in simbolo Cest article imist i seint pere en la credo. 54 The secunde article perteyneth to þe sone as touchynge his godhed. that is to say Secundus articulus pertinet filio quantum ad suam deitatem. hoc est dicere vel videlicet L e secont aupartient au filz 55 quant a sa deité. C’est a dire and is suche I belyve in oure lorde the sone of god þe fader In this et est talis Ego credo in nostrum dominum filium dei patris In hoc et est tiex ii . J[e] croi en nostre seignur filz dieu le pere. En ce oweth every man to understonde and to belyve þat he is lyke and egale debet unusquisque intelligere et credere quod ille est similis et equalis doit l’en entendre et croire que il est semblable et ygaus in alle thynges with the godehede and is oon theself thynge in omnibus rebus ad deitatem et est una eadem res en toutes choses a la deité. et est ugne meisme chose with the fader outake the persone which is othir than þe 56 cum patre excepta persona que est alia quam 57 avec le pere fors de la personne qui est en autre que la persone of þe fader this article made saint Johan þe evangelist persona patris hunc articulum misit sanctus Johannes evangelista personne du pere. Cest article i mist seint Jehan l’evange- 52 Ajouts : « La primer article » : inséré dans le texte ; « Le primer article » : inséré dans la marge. 53 Correction par le scribe : ajout de i. 54 Ajouts : « le .ii. article » : inséré dans le texte ; « le .ii. article » : inséré dans la marge. 55 Correction par le scribe : ajout de l. 56 Correction par le scribe : persone biffé. 57 Correction par le scribe : persona biffé. i Lecture proposée : i mist. ii M-(20, §11) : c’est a dire en ce que il est diex et si est tiex. <?page no="336"?> 326 [folio 19v] the thridde article the thridde article and the fifte and that tertius articulus Tertius articulus et quintus et qui lis[t]e 58 le .iii. article 59 L e tiers article et le quinte et qui followeþ aftir longen to þe sone aftir þe manere that is to sequitur post pertinent filio secundum consuetudinem. hoc est dis’ensuit a pres i aupartient au filz selonc la maner ii . c’est a say aftir that that he is man mortale while þat in þe thridde cere secundum hoc quod ille est homo mortalis dummodo in tercio dire · selonc ce que il est homme mortel. Dont ou tiers article is contenyd that he was conceyved of þe holy goost and borne articulo continetur quod ille fuit conceptus de sancto spiritu et natus article est cotenue que il fu conceu de seint espirit et nez of þe virgine marye by the werkynge of the holy goost not 60 enywise ex virgine maria per operacionem sancti spiritus non omnino de la virge marie par l’oevre de seint espirit non pas by the operation of man And that the virgine marye abood per operacionem hominis Et quod virgo maria permanebat par oevre de homme. Et que la virge marie demorra a ever more virgine hool by fore and aftir This omnibus diebus virgo et integer ante et post hunc toutz jours virge et enterine devant et a pres iii . Cest ararticle made saint Jame the brothir of Johan articulum composuit sanctus Jacobus frater Johannis ticle imist iv seint Jaque le frere Jehan. The fourte article longeth Quartus articulus pertinet L e quarte article apartient 61 58 Correction par le scribe : l’exponctuation se situe entre le -tet le -r- (evangelistre). 59 Ajout : La main ressemble à celle qui rappelle les noms de chapitre écrits en petit caractère dans la marge. Ici, le titre est inséré dans le texte et est traduit. 60 Correction par le scribe : by biffé. 61 Ajout : « le quarte art[icle] » : inséré dans la marge par une autre main. La fin se perd dans le pli de la reliure. i Lecture proposée : aprés. ii M (20, §17) : li quinz qui s’ensuivent aprés apartiennent au Fil selon l’umanité. iii Lecture proposée : aprés. iv Lecture proposée : i mist. <?page no="337"?> 327 [folio 20r] .3.4 et 5. articulus fidei to his passione that is to say that he suffrid under ponspilate whiche ad suam passionem. hoc est dicere quod ille paciebatur sub poncio pilato qui a sa passion. c’est a dire qu’il soufri souz ponce pilate qui was [........] and juge in that tyme jerusalem ordeyned under þe erat [.........] et judex in illo tempore in jerusalem ex parte romaestoit paien et juge en celui temps en jerusalem de par les roromayns under that juge was jhesu crist demed wrongfully atte norum Sub illo judice fuit jhesus cristus judicatus injuste ad requimains. Souz celui juge fu jhesu crist jugiet a tort a la requeste of the wykkid Juwes and crucified and deed and yput in the sicionem impiorum judeorum et crucifixus et mortuus et positus in serequeste tresfelons juis et crucifiéz et mort et mis ou sesepulcre This article made saint Andrewe pulcro hunc articulum composuit sanctus Andreas puchre 62 . Cest article imist i seint andri. The fyfte article is that he yede down to hellis aftir Quintus articulus est quod ille descendit ad inferna post L e quinte article est que il descendi en enfer aprés 63 his deeth to drawe thens and to deliver the soules of holy faders suam mortem ad trahendum inde et deliberandum animas sanctorum patrium sa mort pur traire en et deliverer les ames dé seintz 64 peres and of alle tho that fro the begyninge of the world dieden et omnium illorum qui ab inicio vel origine mundi moriebantur et de toutz ceux qui dez le commensement de monde moin trewe faith and in hope that they shulde be sauffe in vera fide et in spe quod illi essent salvi rurent en vrai foy et en esperance qu’il seroient sauvé 62 Correction par le scribe : ajout de h. 63 Ajout : « le quinte article » : inséré dans la marge par une autre main. 64 Correction par le scribe : ajout de i. i Lecture proposée : i mist. <?page no="338"?> 328 [folio 20v] by hym And for the ferst man it acordid that they sholde alle goo per ipsum Et propter primum hominem conveniebat illud quod illi descenderent par luy. Et pur le i primier homme covenoit il que il descendissent down in to helle And there they abood the good and the evel in certayne omnes in infernum Et ibi expectabant boni et mali in certa tout en enfer. Et la tendoient ii li bon et li mal en certaine hope that jhesu cryst the sone of god hem sholde come to delyver aftir spe quod jhesus cristus filius dei illos veniret deliberare secundum esperance que jhesu crist le filz dieu les vendroit delivrer selonc that that he had promysid by his prophetis and for this reson he wolde illud quod ille promisit per suos prophetas et propter istam racionem voluit ce qu’il avoit promis par ces prophetes et pur cest reson vout aftir his deth goo down in to helle that is to understonde in to ille post 65 suam mortem descendere in infernum. hoc est intelligendum in illam il a pres iii sa mort descendre en enfer. C’est a entendre cel þat parte where were the holy not in nowise in to that partie where partem ubi erant sancti non omnino in illam partem ubi partie ou estoient li seintz non mie en cele partie ou were the dampnid that were deed in here synnes erant dampnati qui erant mortui in suis peccatis estoient li dampné qui estoient mort en leur pechiéz and in her mysbileve them toke he nought in nowyse For they et in suis infidelitatibus illos non traxit ille aliquomodo. Quia illi et en leur mescreantises ceus n’en trait il mie. Car ilz bee dampnyd for ever This article made saint sunt dampnati vel damantur in eternum hunc articulum composuit sanctus sont dampné perdurablement. Cest article imist iv seint 65 Correction par le scribe. -ea exponctué (postea). i M (20, §29) : car pour le pechié du premier homme convenoit que tuit descendissent en enfer. ii Lecture proposée : l’atendoient ; M (20, §30) : et la atendoient li bon. ii Lecture proposée : aprés. iv Lecture proposée : i mist. <?page no="339"?> 329 [folio 21r] .6. et .7. articulus fidei philip the sixte article The sixte article is of philippus Sextus articulus Sextus articulus est de phelippe. Le .vi. article. Le siste article est de 66 his resurreccione that is to say that in the thridde day of his deth forto sua resurreccione hoc est dicere quod tercia die de sua morte vel sue mortis ad imsa resurreccion. C’est au dire que au tiers jour de sa mort pur a comfulfille the scriptures he a roos from deth to lyffe and apperid plendum scripturas ille resurrexit de morte ad vitam. et apparuit plir i les escriptures il resurdi de mort a vie. et aparust a to his disciples and to hem approvid his upryste in many suis discipulis et eis approbavit vel demonstravit suam resurreccionem in multis ses disciples et leur prouva sa resurreccion en mult de wyses by fourty dayes This article made saint thomas modis per quadraginta dies. hunc articulum misit sanctus thomas maneris par .xl. jours. Cest article imist ii seint thomas. The seventhe article is Septimus articulus est L e septisme article est 67 in the fourtithe day of his resurreccione whan he ete with his in quadragesima die sue resurreccionis quando ille comedit cum suis au .xl. me jour de sa resurreccion quant il ot mangé od ses disciples by fore hem alle openly he styed up to hevens and discipulis 68 coram illis aperte ascendit ad celos et disciples devant euls tout apertement mounta esciex et deabove alle creatures unto the rights syde of god the fader where super omnes creaturas usque ad dexteram dei patris ubi seure toute creature jusques a la destre dieu le pierre ou 66 Correction par le scribe : sa reexponctué. Ajout : « le .vi. article » : inséré dans la marge. 67 Ajouts : « Le .vii. article » : inséré dans le texte ; « le .vii. article » : inséré dans la marge. 68 Correction par le scribe : an exponctué. i Lecture proposée : acomplir (confirmée par M 20, §35). ii Lecture proposée : i mist. <?page no="340"?> 330 [folio 21v] he sitteth this article putte saint Barthelemewe ille sedet. Istum articulum composuit sanctus Bartholomeus il le i siet. Cest article imist ii seint Barthelemi. The eighthe article is that he Octavus articulus est quod ille L e uitisme article est que il 69 shal come to þe day of jugement to deme þe good and þe evel veniet ad diem judicii judicare bonos et malos vendra au jour de jugement jugier les bons et les mauand shal yelde to everyche aftir that þat he hath deservid in this et reddet unicuique secundum quod ille meruit in hoc véz et rendra a chescun selonc qu’il aura deservi en cest worlde These ben the articles that longen to þe sone this seculo hii sunt articuli qui pertinent filio hunc siecle. Ce sont les articles qui apartiennent au filz. Cest article putto saint mathu articulum composuit sanctus matheus article imist iii seint Mathe. The .ix. article and thre the laste Nonus articulus et tres ultimi L e .ix. article et les .iii. derrei- 70 belongen to the holy goost And in hem that beleven pertinent sancto spiritui Et in illis qui credunt nes aupartiennent au Seint espirit. Et en ceux qui croient the holy goost is the love and þe yifte of the fader and of þe sone of spiritum sanctum est amor et donum patris et filii de le seint espirit est l’amour et le done du pere et du filz de 69 Ajouts : « le .viii. me article » : inséré dans le texte ; « le .viii. article » : inséré dans la marge. 70 Ajouts : « Le noefisme article » : inséré dans le texte ; « le .ix. me [article] » : inséré dans la marge. La fin est illisible. i M-(20, §40) : jusques a la destre Dieu le Pere ou il se siet. ii Lecture proposée : i mist. iii Lecture proposée : i mist. <?page no="341"?> 331 [folio 22r] .8.9. et 10. articulus fidei whome come alle goodes of grace And that he is oon the same quo veniunt omnia bona gracie Et quod ille est unus idem qui viennent toutz biens de grace. Et que il est .i. meismes god and oon the same thyng with the fader and þe sone outake the persone deus et unus eadem res cum patre et filio excepta persona diex et .i. meisme chose avec le pere et le filz fors la persothat is othir than the persone of the fader and þe sone This que est alia quam persona patris et filii hunc ne qui est autre qui la persone du pere et du filz. Cest article made saint Jame the brothir of saint Symond and saint articulum composuit sanctus Jacobus frater sancti Symonis et sancti article mist seint Jaque le frere seint Symon et seint Jude The tenthe article The tenthe article is suche I bileve jude. Decimus articulus Decimus articulus est talis Ego credo Jude. [.........................] Le disisme articl est tiex : Je croi 71 in holy chirche universale and comunynge of saintes sanctam ecclesiam catholicam id est universalem et communionem sanctorum seint eglise generaument et la comunauté i des seintz. that is to say the companye of alle saintes and of alle good hoc est dicere societatem omnium sanctorum et omnium C’est a dire la compaignie de toutz les seintz et de toutz lez men that be and shulle be unto the ende of the worlde fidelium hominum (vel bonorum) qui sunt et erunt usque ad finem mundi vel seculi preudommes qui sont et seront jusqu’a la fin du monde and were fro the begynnynge gaderid togeder to feith of jhesu crist et fuerant ab inicio vel principio congregati ad fidem jhesu cristi et furent des le commencement assemblé a la foi jhesu crist 71 Ajout : « le .x. article » : La configuration est la même que lorsque le titre de chapitre est inséré dans le texte. On y trouve d’ailleurs la place prévue à cet effet ainsi que la traduction, mais le rappel est inscrit dans la marge par une autre main. i M (20, §52) : Je croi Sainte Eglise general et la communion des sainz. <?page no="342"?> 332 [folio 22v] In this article ben understonde the .vii. sacramentz that ben in In hoc articulo sunt intellecta septem sacramenta que sunt in En cest article sont entendu .vii. sacramentz qui sont en holy chirche that is to wite Baptime confirmacion the sancta ecclesia hoc est scire vel videlicet Baptismus confirmatio seint eglise. C’est assavoir. Bauptesme. confirmacion le sacrament of the autier penaunce wedlak the holy ordir and sacramentum altaris penitencia matrimonium sanctus ordo et sacrement de l’autel. penance. mariage. La seinte ordre et the last anoyntynge This article put to saint Symon extrema unctio hunc articulum composuit sanctus Symon derrein unccion. Cest article mist seint Symon. The anleventhe article is suche Undecimus articulus est talis L e onzisme article est tiex 72 to belyve foryevenesse of synnes that god yeveth by the vertu of Credere remissionem peccatorum quam deus dat per virtutem Croire remission des pechés que diex done par la vertu dez saintes (holy) sacramentes that ben in holy chirche This article sanctorum sacramentorum que sunt in sancta ecclesia hunc articulum seinz sacremenz qui sont en seint eglise. Cest article put to saint Jude the brother of saint Simon composuit sanctus Judas frater sancti Symonis i mist seint Jude Le frere seint Symon. the twelfthe article is to byleve duodecimus articulus est credere L e douzisme article est croire 73 72 Ajouts : « Le .xi. article » : inséré dans le texte ; « le .xi. artic[cle] » : inséré dans la marge. La fin est illisible. 73 Ajout : « le .xii. artic[le] » : inséré dans la marge. La fin est illisible. <?page no="343"?> 333 [folio 23r] .11. et .12 articulus fidei the general arysynge of body and soule everlastyng that is generalem resurreccionem corporis et anime perdurabilem hoc est la general resurreccion. de corps et de alme perdurable. C’est the joye of paradise the whiche god shal yeve to hem that haven gloriam paradisi quam deus donabit eis qui merue la gloire du paradis que diex donrra a ceus qui l’auront deservid it by faith or by good werkis runt per fidem vel per bonas operaciones deservi par foy ou par bones oevres. 74 this article geveth his contrary that is payne hic articulus dat suum contrarium. hoc est penam i Cest article done son contraire. C’est la poine everlastynge that god hath ordeyned to the dampnid this article perdurabilem quam deus preparavit Dampnatis hic articulus perdurable que diex a aparillee auz dampnés. Cest article oweth to be understonde in this wyse that everyche whethir hebe good debet esse intellectus in tali forma quod quilibet sive sit bonus doit estre entenduz en tiel manere que chescuns soit bonz or hebe badde he shal be in the day of jugement reysed from sive sit malus ille erit in die judicii resuscitatus de soit mauvéz il serra au jour de jugement resucité de deth to lyf in his owne body he hath lyvyd and shal resmorte ad vitam in suo proprio corpore quo ille vixit et recipiet morte a vie en son propre corps ou il aura vescu et receveceyve his reward in his body and in soule aftir that that he suam remuneracionem in suo corpore et in anima secundum illud quod ille ra son guerdone en son corps et en alme selonc ce qu’il 74 Correction par le scribe : Cest article donne son contrerre biffé. i Leçon rejetée : Une grande lettre monochrome a été dessinée par erreur : il s’agit d’un -Lqui fait écho aux énumérations précédentes des différents articles. <?page no="344"?> 334 [folio 23v] hath deservid And for that they good shulle in that day in body and meruit Et propter hoc erunt boni in illa die in corpore et aura deservi. Et pur ce seront li bon a celui jour i en corps et in soule in lyf everlastynge And the wykked shul be dampnyd in anima in vita eterna Et mali dampnati en alme en vie perdurablement. Et li mavéz dampné pereverlastyngly in body and in soule This article made eternaliter in corpore et in anima Istum articulum composuit durablement en corps et en alme. Cest article imist ii saint mathy sanctus mathias seint Mathias. la vision seint Johan apocolipse : 75 the lord saint Johan in the book of his visions Dominus sanctus Johannes in libro suarum revelacionum L i sire seint Jehan ou livre de ses revelacions the whiche he clepith Apocalipse saith thus that he saugh a beest that quem vocat Apocalypsis sic dicit quod ille vidit unam bestiam que qu’il apele l’apocholipse si dit qu’il vit une beste qui 76 come out of the see merveylously disgysed [.........................] processit ex mari mirabiliter disfiguratam et nimis [...............] issoit de la mer merveilleusement desguisee et trop espo- For the body of the beest was a lyberd the feet Quia corpus bestie erat leopardi pedes ventable. Car le corps de la beste estoit de liepart. les piéz were of a bere the throte of a leon and also he hade seven hedes erant ursi guttur leonis et etiam habuit .vii. capita estoient d’ours. la gueule de lyon et si avoit .vii. chief 75 On trouve au début de ce titre le signe de nouveau paragraphe. Ajout dans la marge : « la vision seint Johan l’apocholipse ». 76 Ajout : « .13. capitulus. a ». : inséré dans la marge. i M-(20, §66) : et pour ce seront li bon a celui jour glorifié en corps et en ame. ii Lecture proposée : i mist. <?page no="345"?> 335 [folio 24r] Visio sancti Johanis. de bestia ascendente de mari. que habebat vii. capita et .x. cornua. apocalipsis .13. a and ten hornes And upon the hornes ten crownes and he saugh et decem cornua Et supra cornua decem coronas. et vidit et .x. cornes. Et par dessus les cornes .x. coronnes. et vit holy Johan that thike cruel best hadde power to fight sanctus Johannes quod ille crudelis bestia habuit potestatem ad pugsaint Johan que cele cruele beste avoit pouvoir de soi with holy men and hem to overcome and conquere [..........] nandum cum sanctis et eos vincere et superare [..........] combatre auz seintz et de les vaincre et conquerre. Cest i si [..............................................................] bitokeneth the devel [..............................................................] significat diabolum diverse et si contrefete et espoventable senefie le diable that come out of þe see of helle that is fulle of alle sorowe qui venit de mare inferni quod est plenum omni dolore qui vient de la mer d’enfer qui est pleinz de tout dolour and of alle bittirnesse The body of the beest as saith saint et omni amaritudine. Corpus bestie sicut dicit sanctus et de tout amertume. Le corps de la beste si com dit seint Johan was like to a liberde For lyke wyse as Johannes erat simile leopardo Quia pariforma sicut Jehan estoit semblables au liepart. Car aussi com le the lyberd hath diverse colouris so also the devel hath diverse leopardus habet varios colores ita etiam diabolus habet diversos liepart a diverses couleurs : aussi le diables a diverses maners of wrenchis to deceive and to tempte the puple modos machinarum decipiendi et temptandi ii populos vel gentes maneris d’enginz a decevoir et a tempter les gentz. les i M-(31, §7) : ceste beste si diverse et si contrefete et si espouentable senefie le diable. ii Decipiendum et temptandum seraient les formes correctes. Cependant, si les abréviations pour les terminaisons en -um des gérondifs se présentent sous la forme de -ià longue queue, ici les lettres finales sont clairement des -i-. <?page no="346"?> 336 [folio 24v] the feet were lyke to the feet of a bere that hath strong feet pedes fuerunt similes ad pedes ursi qui habet fortes pedes piéz estoient sembla[b]les auz piéz d’ours qui a la forte espiéz and armes and haldeth faste and byndeth that that he enbraceth and hath et brachia et tenet firmiter vel fortiter et ligat hoc quod ille amplectitur et habet sub et esbraz i et tient forment et lie ce que il embrace et a souz under his feet. so alyke wyse doth the devel them that he enbrasith and by synne suis pedibus. similiter facit diabolus eos quos 77 ille amplectitur et per peccatum ces piéz. Aussi fet le diable ceus que il enbrace et par pechié ii the throte was of the leon for his greet cruelte that us Guttur erat leonis propter suam magnam crudelitatem qui nos La gueule estoit de lyon par sa graunt crualté qui nous wole devoure vult devorare veut 78 devourer. 79 the seven hedis of the best of helle bith seven Septem capita bestie infernalis sunt septem L es .vii. chiefs de la best d’enfer sont les .vii. capitale synnes by thewhiche þe devel drawith to hym capitalia peccata per que diabolus trahit sibi chevetaines pechiés par les quiex le diable trait a soi [...............] alle the world for with peyne or travayle it is fulhard that but [...............] totum mundum Quia cum pena evenit quod quis aussi com tout le mounde. Car a poine avient que le eny falle not in the throte of eny of thise seven hedes. And for non labitur in gutture aliquorum istorum .vii. capitorum Et propter ne iii chiee en la gueule a aucune 80 de ces .vii. testes. Et pur 81 77 Le scribe semble hésiter entre quod et quos et avoir tenté de corriger la dernière lettre qui apparaît donc comme une superposition des deux. Le contexte impose la forme quos. 78 Correction par le scribe : -iexponctué (vieut). 79 Ajouts : « Les .vii. chiefs de la beste » : inséré dans le texte ; « les .vii. chiefs de la beste » : inséré dans la marge. 80 Leçon rejetée : auncune. Nous nous trouvons certainement devant une faute de jambage. 81 Réclame signifiant la fin du cahier : « ho[c] dicit bene ce dit bien » i Leçon proposée : qui a la force es piéz et es braz (confirmée par M 31, §10). ii M (31, §12) : ausint fet li diables ceus cui il a ambraciez et abatuz par pechié. iii Leçon proposée : que l’en ne chiee ; M (31, §15) : c’on ne chiee. <?page no="347"?> 337 [folio 25r] Quid significant .vii. capita et .x. cornua this sath wel saint Johan that he had power ayenst holy men for in hoc dicit sanctus Johannes quod ille habuit potestatem contra sanctos Quia in ce dit bien 82 seint Jehan qu’il i avoit povoir contre les seintz. Car en erthe is noon so holy a man þat parfitly may eschewe alle maneris terra non est tam sanctus homo qui perfecte potest evitare omnia geterre n’i a si seint homme qui parfitement puit eschiver toutez les of synnes that of thise seven hedes descendyn with outen especial privilege nera peccatorum que de hiis septem capitibus descendunt sine speciali privilegio maneris de pechiéz qui des .vii. chiefs descendent sans especial privileof grace as it was in þe virgine marie or in othir after þe special gracie sicut fuit in virgine maria vel in alio secundum specialem ge de grace. si com fu en la virge marie ou en autre solonc l’especigrace that he hath had of god graciam quam ille habuit a deo al grace qu’ele ii avoit de dieu. 83 Tho ten hornes of that best by tokone þe defenses illa decem cornua de illa bestia significant delicta L es dix cornes de la beste senefient les trespassemenz of þe ten commaundementz of oure lord that the devel purchaceth as muche decem mandatorum nostri domini quas diabolus procurat tantum dé dix commandemenz nostre seignour que li deable purchace tant as he may by these seven forsaid synnes. the ten crownes apon sicut ille potest per hec septem ante dicta peccata. hee decem corone supra come il puet par les .vii. devant dit pechiés. les .x. corones par dessus bitoken the victories that he hath on alle synneris for that that he significant victorias quas ipse habet super omnes pec[ca]tores propter hoc quod ille senefient les victories qu’il a souz toutz les pecheors pur ce q’il 82 Ajouts postérieurs à la traduction par le scribe lui-même : bien et wel. Ces deux ajouts sont insérés audessus de la ligne comportant la version française mais en dessous de la ligne comportant la traduction latine. 83 Ajout : « les .x. cornes de la beste » : inséré dans le texte ; « les .x. cornes de la beste » : inséré dans la marge. i M (31, §16) : ele. ii M (31, §18) : que il avoit de Dieu. <?page no="348"?> 338 [folio 25v] hem maketh to trespace the ten commaundementz illos facit transgredi 84 decem mandata leur fet trespasser les dix commandemenz. 85 The ferst hed of the beest is pride The secunde is envye primum caput bestie est superbia Secundum est invi- L e premir chief de la beste est orgueil. Le secunde est en- The thridde wrathe Fourte slouthe that is callid in clergie unlust dia Tertium ira Quartum accidia vel segnicies que vocatur in clerimonia segnicies vie. Le tiers ire. Le quarte paresce. que l’en apele en clercois accide Fyfte is covetyse sexte is lecherye Seventhe glotony Quintum est avaricia Sextum est luxuria Septimum gula (vel gulositas) Le quinte est avarice. Le sixte est luxure. Le .vii. me glutonnie. Of these seven hedes descenden alle manere of synnes De istis septem capitibus descendunt omnia genera peccatorum De ces .vii. chiefs descendent toutes maneris de pechiés. And for that they ben callid chefteyn synne For they ben the hedes 86 Et propter hoc sunt illa vocata capitania vicia Quia illa sunt capita Et pur ce sont il apelé chevetaine vice. Car il sont chiés of alle vices be they mortal be they venal Of which everych omnium viciorum sive sint mortalia sive sint venialia. Unde quodlibet de toutz vices soient mortel. soient veniaus. Dont chesof these seven dividit hym in many partyes And first we istorum septem se dividit in multis particulis. Et primarie con de ces .vii. se devise en mult de parties 87 . Et primierment shal say of the synne of pride For it was þe ferst synne and þe dicemus de peccato superbie Quia 88 illud fuit primum peccatum et dirons de pechié d’orgueill. Car 89 ce fu le premier pechié et le 84 Correction par le scribe : ajout de s. 85 Ajout : « Le primier chef de la beste » : inséré dans le texte ; « le primier chef de la beste » : inséré dans la marge. 86 Correction par le scribe : ajout de s. 87 Correction par le scribe : ajout de i. 88 Correction par le scribe : ajout de a. 89 Correction par le scribe : ajout de r. <?page no="349"?> 339 [folio 26r] primum capud bestie significat superbiam begynnynge of alle evelis For pryde hurt ferst inicium omnium malorum Quia superbia lesit in inicio vel primo commencement de tout mal. Car orgueile brisa primierment feleship and ordre Whan lucifer the aungel for his greet beaute societatem et ordinem Quando lucifer angelus propter suam magnam pulcritudinem compaignie et ordre. Quaunt lucifer li angel pur sa grant biauté and his greet witte wolde be above other aungelis and hym likne et suum magnum ingenium voluit esse supra alios angelos et se ipsum voluit et son grantz senz vout estre sus les autres angels et se vout wolde to god that so good and fayre hym had made. And therfore fele he fro equiperari deo qui tam bonum et formosum ipsum fecit. Et ideo cecidit ille de comparer a dieu que si bon et belle l’avoit fet. Et pur ce chei il du heven and by come a devel he and alle his companye To whom be lykcelo et devenit diabolus ille et omnes sui consortes Cui assimulantur ciel et devient i diable lui ii et tout sa compaignie. Lui resemnyd alle prowde men that feleship and ordre destroy omnes superbi homines qui societates et ordines inficiunt blent tout li orguelleus qui compaignies et ordres deffont and leven whan they wolde be above othir and more wolde et dimittunt quando illi volunt esse super alios et magis vellent et lessont quant il voelent estre dessus les autres et plus vuelent be praysid and commendid that othir that be more worthi This synne laudari et commendari quam allii qui magis digni sunt hoc peccatum estre alosé et prisié que li autre qui miex valent. Cest pechié of pride is ful perilous For it blyndith man so that he superbie est nimis periculosum. Quia illud excecat hominem sic quod ille de orgueil est trop perilleus. Car il avuegle homme si que il i Leçon proposée : devint (confirmée par M 31, §9). ii M (31, §9) : il. <?page no="350"?> 340 [folio 26v] knowiþ hym not noþer seeth It is so stronge wyne and so especial to þe devel non se cognoscit neque videt. hoc est tam forte vinum et tam speciale diabolo ne se conoist ne ne voit. C’est si treffort vin et si especials au deable wher thurgh he hurtith hygh men and þe fayre and þe riche and þe wyse unde ille ledit altos (sublimes) homines et pulchros et divites et sapientes dont il enyure i les haus hommes et les biaus et les riches et les sages and the good and þe worthy and hemself alle maner of puple et prudentes et dignos et semetipsos omnia genera gencium et les preus et les vaillanz et mesmement toutes maneris des genz But especially þe grete lordes that they knowe not noþer se not Sed specialiter magnos dominos quod illi non cognoscunt neque vident Mes especialment les grauntz seignurs que il ne connoissent ne ne voyher evel dedes noþer their folye they fele noon. While it is þe moost sua maleficia neque sua stulticia illi non senciunt. Dum sit magis ent leur meffet ne en leur folie se senz non. Dont c’est la plus perilous sicknes of the oþer vices. Certayn he is in gret perile to periculosa infirmitas aliorum viciorum. Certe ille est in magno periculo cui perilleuse maladie des autres. Certes cil est en graunt perille a whom alle triacles turne into venym. lyke wyse doth lore and chastomnes tiriace vertunt in venenum. Similiter facit doctrina et castiqui toutz triacles tourne a venim. Aussi fet doctrine et chastiment to proude men For the more 90 hym blame eny and chastiseth þe gacio superbis vel superbo Quia eo 91 magis illum reprehendit quis et castigat tanto ement a l’orguellous. Car plus le blame l’en et chastie tant more he wrethiþ and hym defent. Pride is the eldest doughter of þe devel þat magis ille irascit et defendit. Superbia est magis senex filia diaboli qui plus sa ire ii et deffent. Orgueil est l’aisnee fille au deable qui 90 Correction par le scribe : men biffé. 91 Correction par le scribe : ajout de eo. i Lecture proposée : enyvre (confirmée par M 31, §22). ii Lecture proposée : s’aire. M-(32, §31) : s’enire. <?page no="351"?> 341 [folio 27r] Superbia quanta mala facit vide per bonum processum haþ set so greet part in his heritage Pride [................] god situatur tam magnam partem in sua hereditate superbia [...........] deum a cest si a graunt partie en son heritage i . Orgueil guerroie dieu of his goodes and god [...] pride and [...................] Pride is the de suis bonis et deus [.....] superbiam [..................] Superbia est de ces bienz et dieu abat orgueil et la 92 guerroie. Orgueil est li kyng of vices he is a lyon that alle devourith Pride destroyeth rex viciorum Est leo qui totum devorat. Superbia destruit Roi des Vices. C’est lihons qui tut devoure. Orgueil destroit alle the goodes and alle the graces and alle the good werkis or dedes that omnia bona et omnes gracias et omnia bona opera vel operaciones que toutz les biens et toutes les graces et toutez les oevres qui beth in man For pride makith of almes synne and of vertu sunt in homine Quia superbia facit de elemosina peccatum et de virtute sont en homme. Car orgueil fet d’aumosne pechié et de vertu vice And of goodes wher of he ought to gete heven he makith helle vicium Et de bonis unde quis deberet adquirere celum facit infernum vice. Et des biens dont l’en devroit acquerre le ciel fet enfer to be wonne This is þe synne ferst synne that assailid þe knyght oure lucrari hoc peccatum est primum quod obsidebat militem nostrum gaignier. Cest pechié est le primier qui assaut le chivaler nostre lord and þat atte last lefte hym. For whanne he had alle vices overcome dominum et quod ad ultimum dimisit Quia quando ille omnia vicia vincebat seignur. et qui derrein le lesse. Car quant il a toutz vices veincus yit est ii assailid pride more strongly iterum resiliit superbia magis fortiter lors l’assaut orgueil plus forment. 93 92 Correction par le scribe : ajout de la. 93 Ajouts : « La pechié d’orgueil » : inséré dans le texte ; « le pechié de orgueil » : inséré dans la marge. i M (32, §38) : Orgueus est l’ainsnee fille au diauble ; qui ceste a, grant part a en son heritage. ii Cette forme n’a pu être identifiée et demeure pour l’instant sans explication. <?page no="352"?> 342 [folio 27v] the first synne devideth hym and stretchith in so many partis that primum peccatum se dividit et se extendit (expandit) in tam multis partibus quod L e premier pechié se devise et s’espant en tant de parties que with out greet labour oon may not nombre But seven principal partes ther be ex nimia difficultate poterit quis numerare Sed septem principales partes sunt a poine lé purroit on nombrer. Mes .vii. principals parties y a that ben as seven boughes that springen and growen of an qui sunt sicut septem rami qui oriuntur et nascuntur ex una qui sont aussi cum .vii. braunches qui issent et naissent d’une evel rote of whiche þe ferst braunche is unfaithfulnesse. Secunde mala radice unde primus ramus est infidelitas. Secundus mauvese racine dont la primier branche est desloiauté. La secunde despite Thridde surquidrie that we callen presumpcione Fourte despeccio Tercius [.....................] quam nos vocamus presumptio despite. La ters seurcuidance que nous apelons presumpcion. La ambicion that we callen [..................................] Fifte Quartus [...............] quam nos vocamus ambicio Quintus quarte fole baerie que nous apelons ambicion. La quinte vayn glorie that we callen folie Sexte ypocrivana gloria quam nos vocamus stulticia Sextus ypovaine gloire que nous apeloums foulesté. La siste ypocrisye Seventhe evel drede To thise .vii. partes cleveþ to critas Septimus malus timor Ad istas partes adherent sie. La septisme mavese paour. A ces parties affierent alle synne that of pride is borne But in everyche of omne peccatum quod de superbia nascitur Sed in quolibet istorum tut la pechié qui d’orgueil naissent. Mes en chescun de ces <?page no="353"?> 343 [folio 28r] De .7. speciebus superbie. et primo de Infidelitate que producit. .3 es . ramos. primus ramus Ingratitudo braunchis or boughes ben many smale braunchis ramorum sunt multi parvi ramunculi branches a multz de petiz rainssiaus. 94 the ferst braunche of pride that is untrouthe devidith hym Primus ramus superbie qui est infidelitas se dividit La premiere branche d’orgueil qui est desloiauté se devise in thre boughes of whiche þe ferst is evel The secunde werst in tribus ramis quorum primus est malus Secundus pejor en tres braunches dont la primiere est mauvese. La secunde piere The thridde alder werst. The ton is harlotrie The toþer [...........] The thridde Tertius pessimus. Unus est scurilitas. Alter [..................................] La tierce trespesme. L’une est vilonie. L’autre forsenerie. La tiers [..............] harlotrie generally is in alle synnes For noo [..............] turpitudo generaliter est in omnibus peccatis. Quia nullum forsenerie i vilonnie generalment est en toutz pechiés. Car nuz synnes be withoute harlotrie and hemself begynne alle synne by felthe peccatum restat absque rusticitate et seipsos incipiunt omnia peccata per turpitudinem pechiés est sanz vilennie et se comense toutz pechiéz par vilonie [................................] wh [……..................................................] [.................................] dum loquimur specialiter [......................] Mes lafe ii vilonnie dont parloms especiaument ici maist iii d’or- [...] et est una species infidelitatis quod est unum vicium ingratitudo 95 gueil et est une manere de desloyalté que est .i. vice ingratitude [...] hoc est oblivio dei et de suis bonis quando quis non regraciatur ullomodo nostrum c’est oubliance de dieu et de ces biens quant l’en ne mercie mie nostre 94 Ajouts : « Le primier branche d’orguel » : inséré dans le texte ; « primier branche d’orgueille » : inséré dans la marge. 95 Ajout : « nota de ingratitudine » : inséré dans la marge. i Leçon proposée : renoierie (confirmée par M 32, §52). ii M (32, §192) : Mes la vilonie dont nous parlons. iii Il est difficle de savoir si c’est une faute de jambage ou si la forme originale était inaist. M (32, §192)-propose : qui nest. <?page no="354"?> 344 [folio 28v] lord as he ought nother to hym yeldeþ oon thonke of the goodes that he to hym dominum sicut ipse debet neque ipsi reddit unus omnino gracias de bonis que ille sibi seignour. si com l’en doit ne lui rent on mie graces des biens que il luy hath made. Certayn he is right uncurtoys and unfeithful ayenst his lord þat for fecit Certe ille est bene inurbanus et infidelis erga suum dominum qui a fet. Certes cil est bien vileins et desloyaus vers son seignour qui pur alle the goodes whiche he to hym hath made thonkeþ not but he foryetith hym and yeldeþ omnia bona que ille sibi fecit ille 96 non regraciatur sed ille obliviscitur et sibi reddit toutz les biens qu’il luy a fet nel mercie mes l’oublie et luy rent to hym evel for good uncurtosye for curtosye This ungentilesse dooth man to god malum pro bono inurbanitatem propter urbanitatem. hanc rusticitatem facit homo deo mal pur bien viloinie pur curtoisie. Cest viloinie fet homme a dieu whan he bythinkeþ hym not of the goodes that god hath doo to hym and þat he to hym dooþ quando ille non ei recolit de bonis que ille (scilicet deus) illi (homini) fecit et quod ille illi facit quant il ne luy souvent dez biens que il luy a fetz et que il luy fet evermore nothere hym thonketh [.............................................] continue neque illum regraciatur [..............................................] continulment ne ne l’en mercie ançois guerroie l’en souvent and in that that he usith evel. the goodes and ayenst the wille of god. this et in hoc quod ille utitur male scilicet bona et contra voluntatem dei. hec est et en ceo que il enuse i mauvesment et contre la volunté deu. c’est is greet uncurtosie as me semith þat receyveth greet goodnes and not magna rusticitas sicut mihi apparet qui recepit magnam bonitatem et non graunt vilonie ce me semble qui reçoit grant bounté et ne deyneth to say « lord thonkes (or grant mercy) to the » And yit it is more greet uncurtosie whan oon dignatur dicere « gracias magnas tibi » Ad huc est illa (scilicet rusticitas) magis magna quando unus daigne dire. « sire grant merciz ». En core est ele plus grant quant on 96 Correction par le scribe : ajout de ille. i Lecture proposée : en use (confirmée par M 32, §197). <?page no="355"?> 345 [folio 29r] De Ramo ingratitudinis it denyeth or whan he foryetith it But [..............] more greet whan oon every illam negat vel quando illam obliviscitur Sed [..............] nimis magna quando unus omnibus la nie ou quant la oublie. mes cel parest i trop graunt quant on toutz day resceyveth þe goodnesses and every day yeldeth oon evel for good diebus recipit bonitates et omnibus diebus reddit unus malum pro bono jours reçoit les bontéz et toutz 97 jours rent ugne mal pur bien . he therfore shulde thynke wel and sholde wel beholde to the goodes þat god Qui ideo bene pensaret et respiceret bene ad bona que deus Qui donques bien penseroit et regarderoiet bien a bien que diex to hym made and makith continuelly And that suche good he ne hath that god sibi fecit et facit continue Et quod tale bonum ille non habet quod deus non luy a fetz et fet continulment. Et que tiul bien il n’a que diex ne to hym ne hath made and yeve. Ne good of nature as fayrnesse and helthe and sibi fecit et dedit Neque bonum nature sicut pulcritudo et sanitas et luy ait fet et doné. Ne bien de nature com beauté et santé et strengthe of body and wyt and wit naturel anenst the mene goodes fortitudo corporis et ingenium et sensus naturalis. erga media bona force de corps et engein et senz naturel devers la mene biens ii of fortune as of rychesses honoure and sublimite (or highnes) Nother yifte of grace fortune sicut de diviciis honoribus et altitudinibus. Neque donum gracie fortune come de richeces honneurs et hautesces . Ne don de grace as ben vertues and good werkes wel aught he thonke god of sicut sunt virtutes et bone operaciones bene deberet deo gracias impendere de com sont vertues et bons oevres bien devroit dieu mercier 98 de alle his goodis For 99 goodnes asketh another goodnes omnibus suis bonis Quia bonitas aliam bonitatem requirit toutz ces biens. Car bounté autri requiert. 97 Correction par le scribe : -eexponctué (toutez). 98 Correction par le scribe : ajout de i. 99 Correction par le scribe : oon biffé. i M (32, §199) : mes cele par est trop grant. ii Lecture proposée : et senz naturel devers l’ame ne biens (confirmée par M-32, §201-2). <?page no="356"?> 346 [folio 29v] The secunde bough of unfeithfulnesse Secundus ramus infidelitatis L a secunde branche de desloialté 100 that growith of pride is wodnes that holdeth a man out of wit whan qui nascitur ex superbia est vesanitas tenet homo extra sensu quando qui naist d’orgueil est forsenerie. l’en tient 101 homme a forsené quant he is with out his wit in whiche is reson [.............................................] ille est sine suo sensu in quo est racio [..................................................] il est 102 hors de son senz en qui est reson bestournee dont n’est cil [.........................................................] that he the goodes that nought [...] fole a droit et bestourné et bien dit forsené qui les bienz qui ne enywise ben his [.......] ben his lordes wher of hym byheveth [...] pas sont siens ançois sont son seignour dont il luy covendra straitly to yelde acountes et skile. that is to wite the tyme precious stricte reddere compotum et racionem. videlicet tempus preciosum estroitement rendre conte et reson. c’est assavoir le temps preci- [...] et bona temporalia que ille habet in custodia virtutes corporis eus et lez biens temporiex que il a en garde lez vertuz de corps [...] cogitaciones et consensus et voluntates. Ex quo ille 103 et les pensseez et les consentemenz et lez voluntéz i dont il a [...] multum vastavit et expendit ii in stulticiis et voluntates in excessibus mult gasté et despendu en folies et les voluntéz en outrages 100 Ajout : « La secunde branche de deslaialté » : inséré dans le texte ; « la secunde braunche de de[s] loialté » : inséré dans la marge. 101 Correction par le scribe : ajout de i. 102 Correction par le scribe : ajout de est. 103 Signe illisible : cela peut être un début d’abréviation pour habet, forme auxiliaire que le scribe abandonne au profit du parfait du verbe vastare. i Il manque un verbe pour que la syntaxe de la phrase soit cohérente. M (32, §209-14) contient la leçon suivante : Donc est cil a droit fous et bestornez et bien dit forsenez qui a son escient et hardiement les biens qui ne sont pas sien - einz sont li bien son Seigneur, dont il li covandra estroitement rendre conte et resont, c’est a savoir le tens precieus et les biens temporex que il a en garde, les vertuz du cors et les pensees et les consentemenz et les volentez de l’ame - gaste et despent en folies et en outrages devant les ieus de son Seigneur. 73 Leçon rejetée : expendidit. <?page no="357"?> 347 [folio 30r] De .2 do . ramo et 3 co Infidelitatis scilicet Insanie. et peccati mortali by fore the yen of his lord and nother hym providith of his acomptes ante oculos sui domini et neque se providet de suo compoto devant les yex son seignour et point i ne se purvoit de son conte and knoweth wel that ayenst hym shal come and wot not whan the day ne th’our Suche et bene scit quod contra ipsum eveniet et non scit quando diem neque horam. Talis et ben set que contre li covendra ii et ne set quant le jour ne l’eure. Tele folehede may wel be callid madnesse Of this vice ben fulle the greet stulticia bene nuncupatur ingeniositas De tali vicio sunt pleni magnati folie est bien apelee forsenerie. De tiel vice sont plain li grantz iii proude men that usen evel or wikkidly of the greet goodes that homines superbi qui utuntur male de magnis bonis que hommes orguelleus qui usent mavesement des granz biens que god hath lent hem. deus prestitit diex a prestés. The thridde bough of unfaithfulnesse that comith of pride is Tertius ramus infidelitatis qui venit ex superbia est L a tierce branche de desloiauté qui vient d’orguil est 104 for sakynge faith He es wel renegat that the lond the whiche he holt of renunciacio Ille est bene renegatus qui terram quam ille tenet de renoierie. Cil est bien renoiéz qui la terre que il 105 tient de his lord puttith it in the hond of his enemy and to hym dooth homage suo domino ponit in manu sui inimici (scilicet domini) et ei facit homagium son seignour met en la main de son anemi et li fet hommage. Suche synne dooth he that synneth dedly. For whan he hath made Tale peccatum facit ille qui peccat mortaliter Quia quando ille fecit Tel pechié fet cil qui peche mortelment. Car quant il a fet 104 Ajout : « la terce branche de desloiauté » : inséré dans la marge. 105 Correction par le scribe : -le final exponctué (ille). i Leçon rejetée : ne ne. M (32,§213) : ne point ne se porvoit. ii M (32, §214) : et bien set que conter le covandra. iii Leçon rejetée : men proud men. <?page no="358"?> 348 [folio 30v] of hym homage to the devel and by comyth his man and to hym yeldith asmuche ex ipso homagium diabolo et devenit suus homo et illi reddit quantum de lui hommage au diable et devient son homme et lui rent quanque as he holdeth of god and body and soule and othir goodis that he puttith ille tenet de deo et corpus et animam et alia bona que ille ponit il tient de dieu et corps et alme et autres biens que il mette au to the service of the devyl and alle is at his word or biddynge he forsakith his cristendom servicio diaboli et totus sit ille ad suum dictum cristianitatem ille neservice au deable et tout soit il a son dit crestien il renoie by þe dede and showith that he is not. But especially a man is clepid gat per opera et monstrat quod non est. Sed specialiter nuncupatur par oevre et mostre que non est. Mes especialment est apelé in thre kyndes or maneris a renegat or a fals cristen in good degre homo in tribus generibus renegatus vel falsus cristianus in bono gradu homme en .iii. maneris renoiés ou faus cristien ou bon gre i that he belevyth not tho thynges that he oveth as doon [...] and heretikes quod ille non credit omnino ea que ille debet sicut faciunt [...] et heretici que il ne croit pas ce que il doit comme font li bon gre ii et li herege and apostata that forsaken her faith or for that þat they trespassen et apostata qui renunciant suam fidem vel propter hoc quod illi delinqunt et li apostat qui renoient leur foy ou pur ce que il trespassent her faith that they by leven as doon forsworne and bilyen her faith suam fidem quam illi credunt sicut faciunt perjurati et fidem menciuntur leur foy que il croient come font li parjure et li foy men- For that þat they bileve more than they aughte as doon the propter hoc quod illi credunt plus quam illi non debent sicut faciunt incantie. Du iii pur ce 106 que il croit plus que il ne doit com font lé devi- 106 Correction par le scribe : -o exponctué (ceo). i Lecture proposée : bougre. ii Lecture proposée : bougre (confirmée par M 32, §229). iii Leçon proposée : ou (confirmée par M 32,§ 230). <?page no="359"?> 349 [folio 31r] De 2 a . specie. sive 2 o ramo superbie. scilicet de 107 despeccione superioris divynours et wycches et charmeresses that werken by tatores et sortilegi et aruspices qui operantur per noer et les sorciers et les charmeresses qui oevrent par þe craft of þe devel. And alle they that in suche thynge byleven and putten artem diaboli. Et omnes illi qui in tali re credunt et ponunt art deable. Et toutz ceus qui en tele chose croient et metther trust in it synnen dedly For alle suam spem peccant mortaliter Quia omnes tent leur esperance pechent mortelment. Car totez suche thynges ben ayenst the feith and therfore it forbedeth holy tales res sunt contra fidem et propter hoc illa prohibet sancta tiex choses sont contre la foy et pur ce les defent seint chirche These ben the kyndes or maneris of mysbileve that ben in the ecclesia hec sunt genera infidelitatis que sunt in eglise. Ces sont les maneris de desloyaltés qui sont en boughes of pryde ramis superbie braunches d’orgueil. 108 The secunde boughe of pride is the power of pri- Secundus ramus superbie [......................................] L a secunde branche d’orgueil. c’est la poesté d’orde this is [.................] that is a ful gret synner And now is it [...] gueil. si est dest i qui est mult grant pechier. Et ja soit it þat 109 noon synneth dedly synnes ne is not with out despite of go[d] [...] ce que nus mortiex pechiés ne soit sanz despit de dieu 107 Correction pas le scribe : ajout de de. 108 Ajouts : « La secunde branche d’orgueil » : inséré dans le texte (on trouve au début de ce titre le signe annonçant un nouveau paragraphe) ; « la secunde branche de orgueil » : inséré dans la marge. 109 L’abréviation de that ressemble ici à un -q- : le scribe a certainement confondu latin et anglais et avait commencé à écrire quod. i Leçon proposée : despit (confirmée par M 32, §253). <?page no="360"?> 350 [folio 31v] alwayes aftir that that we speken here of despite especially omnibus viis secundum hoc quod nos loquimur hic de despectu specialiter toutes voies selo[n]c ce que nous parloms ci de despit especialment in thre maneris fallith oon in synne by this synne Or for that that oon 110 in tribus modis cadit unus in peccato per istud peccatum vel propter hoc quod unus en trois maneris chet on en pechié par cestui pechié. Ou par ce que on prayseth not nowyse an othir rightfully in his herte as he aughte Or for 111 non laudat omnino alium recte in suo corde sicut ille debet Vel propter ne prise pas l’autre a droit en son cuer si come il doit. Ou pur that that he not berith 112 enywyse honour ne reverence thidire whider he hoc quod quis non fert omnino honorem neque reverenciam illuc ubi ipse ce que l’en ne porte i pas honneur ne reverence la ou l’en aught. Or for that þat he not obeyeth enywise to hem to whom he shulde owe to obeye debet vel propter hoc quod ille non obedit omnino eis quibus ille deberet obedire doit. Ou pur ce que l’en n’obeist pas a ceus a qui l’en devroit obeir. 113 Now remembre the right wel in thyne herte. hou often tymes thou hast in this synne trespas[seth] 114 Nunc te rememorare valdebene in tuo corde quantis temporibus tu deliquisti in hoc peccato Or te pense tresbien 115 en ton cuer quantes fois tu as en ce pechié that thou hast in thyne herte and the and othir wrongly praysid And quod tu 116 in tuo corde et te et alium false commendasti Et que tu as en ton cuer et toi et autrui faussement prisié. Et how oftyn tymes hast in despite in thyne herte hem that ben more worth 117 quantis temporibus tu habes in despectione in tuo corde eos qui melior valent quantes fois tu as en ii despit en ton cuer de ceus qui miex valoi- [...] [......................................................................] quas deus tibi dedit vel ent de toi par aucunes grates iii feminines iv que diex t’a donneez. Ou 110 Ajout dans la marge : .1. 111 Ajout dans la marge : .2. 112 Correction par le scribe : to hym biffé. 113 Ajout dans la marge : .3. 114 La fin est illisible. Ajout dans la marge : .1. 115 Correction par le scribe : ajout de i. 116 Correction par le scribe : habes biffé. 117 Ajout dans la marge : .2. i Leçon rejetée : le scribe a copié deux fois porte par erreur. ii Leçon proposée : tu as eu despit. M (32, §259) : quant foiz tu as en ton cueur ceus qui mieuz valoient de toi despiz. iii Leçon proposée : graces (confirmée par M 32, §259). iv M (32, §259) : forainnes <?page no="361"?> 351 [folio 32r] De .3 us . speciebus despeccionis non laudando non honorando non obediendo scilicet superiorem for noblesse or for wysdom or for richesses or for wyt or for fairnesse propter nobilitatem vel propter prudenciam vel propter divicias.vel propter sensum vel propter pulcritupur noblesse. ou pur prouesse. ou pur richesse. ou pur senz. ou pur biauté or for othir goodes what som ever they be. by whiche thou more [...................] dinem vel propter alia bona qualia que illa sunt quapropter tu laudareris magis ou autres biens quel que il soient par quoi tu prisoies i plus than thou aughtist and other lasse Aftir thynke how 118 quam tu non deberes et alii minus. Postea pensa quam toque tu ne deusses et les autres moins. Aprés pensees quantes often thou hast bore lytil of worship ne of reverence to hem whom thu ciens tu parvam portasti honorem reverenciam eis quibus tu fois tu as petit porté d’onneur ne reverence a ceus qui tu oughtist Ferst un to god and unto his modir and unto his saintes and unto his deberes Primo ad deum et ad suam matrem et ad suos sanctos et ad suos dois. Primierment a dieu et a sa mere et a ces seinz et a ses saintes of paradys and to his aungels of paradis. While [...............] sanctos paradisi et ad angelos paradisi dummodo [.........] seinz de paradis ii et aus anges de paradis. Dont il n’i a celui [.................] that thou ne hast evel doon by despite. Or by unworship in that þat [.................................] malefactum per despectum. vel per irreverenciam de ho[c] quod ou vers que tu n’aies meffet par despit . Ou par irreverence de ce que thou hast evel kept the festis Aftir thynke hou tu male servasti festa. Postea pensa quam totu as mauvesment gardés les festes Aprés pensees quantes often thou hast evel yservyd oure lord jhesu crist or in that that þou ciens tu male servivisti nostro domino jhesu cristo vel in hoc quod tu foiz tu as messervi nostre seignour jhesu crist ou en ce que tu 118 Ajout dans la marge : .3. i M (32, §261) : par quoi tu te prisoies. ii M (32, §313) : et aus saintz et es saintes et es anges de paradis. <?page no="362"?> 352 [folio 32v] ne hast not wilfully herde his service neyþer hast saide his houres neyþer his non 119 voluntarie audisti suum servicium neque dixisti suas horas neque suos n’as pas volenters oï son servise ne dites ses oeures ne ses sermouns hast herd And whan thou aughtist to here the sermone or þe masse sermones audisti Et quando tu debuisses audire sermonem vel missam sermons oïs. Et quant tu devoies oir le sermon ou la messe in chirche thou talkidest or playdist by fore god and in in ecclesia tu confabulasti vel ludisti coram deo et in au mostier : tu Jangloies ou burdoies devant dieu et en that barest þou litil of worship byfore god Aftirward hou thou hoc ferebas tu modicum honorem ante (coram) deum Postea quomodo tu ce portoies tu pou d’onneur devant dieu. Aprés coment tu often tyme hast had lytil worship to the body of jhesu crist whan multociens tulisti modicum honorem ad corpus jhesu cristi quando as mult de foiz porté petit d’onneur au corps jhesu crist quant thou savest it to be bore or whan þou it resceyvedist or þat that thou were tu illud vidisti portari. vel quando tu illud recepisti vel hoc quod tu non tu le veoies porter ou quant tu le reçoives i ou ce que tu n’esnot clenly arayed by confessione or by forthynkyge eras honeste preparatus per confessionem vel per condolenciam toies pas nettement apparelliéz par confession ou par repentance or that haply that is werse that thou it resceyvest wytingly that vel quod forte quod pejus est quod tu illud recipis ex tua voluntate que ou que paraventure que pis est que tu le reçoives ii a ton escient qui is hugely gret despite Aftir to thyne good felow thyn angel est nimis magna despeccio/ Postea ad tuum bonum socium tuum angelum qui est trop grant despit/ Aprés a ton bon compaignon ton angel qui [t’a] 120 119 On trouve ici une forme non identifiable. Elle peut être un début d’abréviation pour fecit ou habet . La deuxième solution semble plausible dans le sens où le scribe a certainement été influencé par la forme verbale au passé composé as oï. Il n’a pas poursuivi plus avant cette traduction littérale et a opté pour le parfait audisti. 120 Réclame signifiant la fin du cahier : « te habuit in sua t’a eu en son » i M (32, §317) : recevoies. ii M (32, §318) : recevoies. <?page no="363"?> 353 [folio 33r] Secundum malum de stulta commendacione hade in his good kepynge hou many shames thou hast doo in that that thou didist habuit in sua bona custodia quantas erubescencias tu ei fecisti in hoc quod tu faciebas eu en sa bone garde quantes hontes tu lui as fetez en ce que tu fesoies thy synnes by fore hym Aftir thynke hou often tymes thou hast be inobedient tua peccata coram illo postea pensa quam tociens tu eras inobediens tes pechiéz devaunt lui Aprés pense quantez fois tu as esté inobedient to thy fader and to þy moder to hem whiche thou aughtist bere honoure tuo patri et tue matri eis quibus tu debuisses portare honorem a ton piere et a ta mere a ceus a qui tu deveroies porter honneur If thou wilt in suche wyse the remembre thou shalt se that thou hast many moo Si tu vis in tali modo recordare tu videbis quod tu multociens plus Si te veus en tel manere recorder tu verras que tu auras plus de tymes synned in suche wyse of pryde that is callid despite that thou shalt fecisti peccatum in tale modo superbie qui vocatur despeccio quod tu ne fois pechié en tele manere d’orgueil qui est apelé despit que tu ne not conne counte hem scires computare saveroies raconter. i-121 The secunde is lewde purpose to make greet despenses that Secundus est stulta propositio ad faciendum magnos sumptus [...] L e socont est fole emprise de fere granz despenz que l’en me callith largenesse whan oon maketh expenses with oute mesure outhir of his owne vocatur prodigalitas quando unus facit absque mensura expens[as] vel ex proprio vel apele prodigalité quant on fet outrageus despenz ou de sien ou or of othires for to be the more made of or for that men shulde holde the more large alieno quod vellet laudari vel propter hoc quod illum illi tenerent magis largum et d’autrui pur estre loé ou pur ce que l’en le tigne au plus large et 121 Ajouts : « De fole emprise » : inséré dans le texte ; « de fole emprise » : inséré dans la marge. i Il manque dans notre texte le début de la présentation de la troisième branche d’orgueil, qui est arrogance (M 32, §324-57). <?page no="364"?> 354 [folio 33v] and more curteys magis gratis au plus curtois. 122 The thridde evel that spryngeth of folye enpraysinge and of [.............] Tercium malum qui nascitur de stulta proposicione et de surquidencia L e tiers mal qui naist de fole emprise et de seurcui- This is folyshe purpose folissh stryf as Salomon saith hoc est stulta proposicio stulta contencio sicut dicit Salomon dance. C’est fole emprise des fols contenz si com dit salemon The fourthe braunche of this bough by whiche proude men styen Quartus ramunculus de iste ramo per quem Superbi ascen- Le quarte chion de cest branche par quoy li orguelous mon- 123 up is the pride of here hertes and it is avaunt or bost that fulle dunt est superbiam de suis cordibus et est pompositas que est multum trent i est 124 li orgueill de leur cuers et est vantance qui est mult lowde synne and to god and to the worlde This boster is the cokkowe insipiens peccatum et deo et mundo Iste pomposus est cuculus laid pechié et a dieu et a monde Li vantierres est li cucus that can not synge but of hymself This synne is unwys or lowde in qui nescit cantare nisi ex de seipso. hoc peccatum est insipiens in qui ne sciet chanter fors de soy. Cest pechié est laid en cehym that by his owne mouth prayseth hymself outhir of his kyn outhir illo qui per suum proprium os se collaudat vel de suo genere vel lui qui par sa propre bouche se vaunte ou de son parage ou 125 of his werkis or of his wysdommes But he hym [...] de suis operibus vel de suis prudenciis Sed ille ipsum duplicat in de ces oevres ou de ces prouestes. Mes il se double en 122 Ajouts : « La .iii. male de fole emprise » : inséré dans le texte ; « la .iii. male de fole emprise » : inséré dans la marge. 123 Ajout dans la marge : .4. 124 Correctiton par le scribe ; ajout de est. 125 Dessin manicule et ajout entre les lignes : « Qui se collaudat stercore coronabitur. Si quis te laudat nun quam cum gloria fraudat. Plus laudatori quam tu tibi credere noli ». i M-(32, §360) : Li quarz geton de ceste branche par quoi li orgueilleus moustre l’orgueil de cuer. <?page no="365"?> 355 [folio 34r] Tercium malum de stulta commendacione 4 us ramus est jactancia .5. us est derisio hem that the bosteris and the flatereres sichen and praysen illos quod illi pomposi et adulatores adquirunt et laudant ceus qui les vantures et lez losengiers quierent et loent and yeven habundantly of here for hem to prayse and to say to hem that they et habundanter dant de suis propter eos laudare et dicere ad illos hoc quod illi et seurdonent de leur pur euls loer et dire a ceus ce que il durst not say and forto lye of hem and forto proclame her obles or wafres non auderent dicere et mentiri de ipsis et pro clamare suas [...] n’oseroient dire et pur mentier d’euz et pur crier leur oubléz The fyfte braunche of this bough is this : skorne. For this is Quintus ramunculus de isto ramo hec est derisio Quia hoc est Le quinte chion de cest branche si est derision. Car c’est 126 the custume of aprowed man to surquidrie that it sufficit not to hym in eny wyse in his consuetudo superborum [............] quod illud illi non sufficit omnino in suo corcustume d’orguelleus seurcuidé que il ne li suffit pas en son herte For to despise other men that have not tho graces that he de ad despiciendum alios qui non habent omnino illas gracias quas ille cuer de despire les autres qui n’ont pas ses graces que il wenith to have [........................] and his skornes and that is werse credit habere post facit suas vastaciones et suas derisiones et quod pejus cuide avoir puis en fet sez gaz et ces derisions. et que pis he mockeþ hym and whistleth of good men and of hem that he est ipse deridet et fistiluat bonos homines et de illis 127 quos ille est se mosqe et chuffle 128 des preudommes et de ceus qu’il seth turne to good whiche is fulle greet synne and fulle videt ad bona convertere quod est multum magnum peccatum et multum voit a bien tournir 129 qui est mult grant pechié et mult 126 Ajout dans la marge : .5. 127 Correction par le scribe : ajout de i (ill i s). 128 Correction par le scribe : le exponctué. 129 Correction par le scribe : ajout de o. <?page no="366"?> 356 [folio 34v] perillous For by here evel tunges they subvertyn periculosum Quia per suas malas linguas illi subvertunt perilleus. Car par leur mauveses langues il destournent muche puple to do good The sexte braunche of this bough is multas gentes bene facere Sextus ramunculus de isto ramo est rebelmult de gent de bien fere. Le siste chion de cest branche est rerebellione For whan þe man is rebelle to alle hem that wolde lio Quia quando homo est rebellis omnibus illis qui bene sibi bellion. Car quant li hons est rebellez a toutz ceus qui bien lui hym good For the prooude man [..........] if he be undernome volunt Quia ille superbus [............] si reprehenditur ille vulent. Car li orguelleus seurcuidé s’en le reprent il he defendith hym if me chastise hym he is wroth if me counsile hym se defendit si castigatur ille irascitur Siquis illum consulit ille s’en defent s’en [l]e i chastie il se corouce. S’en le conseile il [...] non credit alicui excepto suo sensu Iste habet periculosam infirmitatem qui non ne croit nulli fors son senz. Cist a perilleuse maladie que ne [...] potest sustinere quod quis tangat illum cui omnis medicina convertit in vepuet suffir que l’en itouche ii a qui tout medicine tourne en ve- [...] nenum nim . 130 [...] Quartus ramus de superbia est gloria stulta [.........] L a quarte branche d’orguel est gloire iii fole baierie 131 130 Ajout : « La quarte branche d’orgueil » : inséré dans le texte. 131 Ajout : « la quarte branche d’orgueil » : inséré dans la marge. i Leçon rejetée : se (confirmée par M 32, §368). ii Leçon proposée : i touche. iii Le substantif gloire est absent de M (32, §371). <?page no="367"?> 357 [folio 35r] Sextus ramunculus est Rebellio Quartus ramus superbie est ambicio. Ambicio extendit ad dexteram. et. ad sinistram. vide quomodo that me clepithe in clergie deceyte That is evyl desire que vocatur in clerimonia ambicio hoc est malum desiderium que l’en apele en clercois ambicion. C’est mauvés desirrier to stye up hye This synne is the fryinge panne to þe devel in whiche alte ascendere hoc peccatum est frixorium diaboli in quo de haut mountier. Cist pechiéz est la paiel au deable en quoi he makith alle friture This bough hongeth in many wyille facit omnes frixuras iste ramus pendet in multis il fet toutez friteures. Cest branche 132 apent i en mult de ses in to 133 the right side and in to the left side [.........................................] modis ad dexteram et ad sinistram [.........................................] maneris a destre et a senestre. Car cil bee a haut monter [............................] Of whiche springen many synnes [............................] Et ex quo nascuntur plurima peccata aus uns velt plere ii . Et de quoi naissent mult de pechiéz [....................................................] that is to say light simulacione unwisely etiam (similiter) sicut ad dexteram. hoc est scire levis simulatio insipienter aussi com a destre. C’est assavoir legier iii simulacion folement 134 to yeve folily to spende For that that man shulde holde hym for courtoys dare insagaciter expendere propter hoc quod homo illum teneret gratum donner. folement despendre pur ce que homme le tigne a courtois or for large To othir he wole do harme and of it arisen vel largum aliis volunt nocere et de isto surgunt ou a large Aus autres vuelent nuire et de ce sourdent the synnes unto the left syde as of seynge evel to hem that he seeth illa peccata ad 135 sinistram sicut maledicere eis quos ille videt les pechiés a senestre come de mesdire a ceus qu’il voit 136 132 Correction par le scribe : mult exponctué. 133 Correction par le scribe : ajout de to. 134 Ajout : « .Dextera » : inséré dans la marge. 135 Correction par le scribe : ex biffé. 136 Ajout : « .sinistra » : inséré dans la marge. i M (32, §395) : s’espant. ii M (32, §396) : car cil qui bee a haut monter, aus uns veut plere. iii M (32, §397) : losengerie. <?page no="368"?> 358 [folio 35v] [.......] to enhaunce hymself [.................................................................] [....................................] et illios 137 levat culpam desideraret mortem ipsi ruser pur soi essaucier et eulz lever blasme desirrier la mort a ce- [...] cui ille latrat et tradicio et male consentire conspiralui a quoi il bee et troison et mauvés consentement conspi- [...] cionem contenciones et multa alia peccata que nascuntur de isto racion i contenz et mult des autres pechiés qui naissent de cest [...] ramo branche. 138 The fifte braunche of pride is vaynglorie That is Quintus ramus de superbia est vana gloria. hoc est L a quinte branche d’orgueille est vayngloire. C’est foly praysinge of vayn praysinge qwan oon felith in his herte oo stulta laudacio ex vana laudacione quando unus sentit in suo corde unam fole prisance ii de vain loenge quant ugne sent en son cuer .i. enjoysinge of that that he is or trowith to be praysed of som thinge jocunditatem ex hoc ipse ille est vel credit esse laudandus ex aliqua re ejoissment de ce que il est ou cuide estre loéz d’aucune chose that he hath in hym or trowith to have And wolde be praysid of that wherfore quam ille habet in illo vel credit habere Et vellet esse laudatus ex hoc unde que il a en lui ou quide avoir. Et veut estre loéz de ce dont he ought prayse gode And for this vayn glorie [.................] and stelith ille debet deum laudare Et propter istam vanam gloriam [......] et furat quod est il doit dieu loier. Et pur ce vaine gloire tou[l]t 139 et emble a 137 Correction par le scribe : ajout de i (ill i os). Ici, grammaire latine demande illis. Le -on’a pas été exponctué. 138 Ajouts : « La quinte branche d’orgueil » : inséré dans le texte ; « la quinte [branche] d’orgueil » : inséré dans la marge. Une partie de cet ajout se perd dans le pli de la reliure. 139 L’abréviation insérée au-dessus du digraphe n’est pas identifiable. Le scribe lui-même semble l’avoir recopiée sans la comprendre, puisqu’il ne traduit pas le verbe. i M (32, §398-9) : medire de ceus qu’il veut reverser pour soi essaucier et aus alever blasme, desirrer la mort de celui qui tient ce a qué il bee, et traïsons et mauvés conseus. ii M (32, §401) : plaisence. <?page no="369"?> 359 [folio 36r] Quintus ramus superbie [...] 140 god that is his For of alle owre goodes he ought to have deo id quod est suum Quia de omnibus nostris bonis ille debet habere dieu ce que est sien. Car de toutz nos biens il doit avoir the worship and glorie and that we take to us. Vayn glorie is that greet honorem et gloriam et nos illam capimus. Vana gloria est ille magnus l’onneur et la gloire et nous l’en pren i . Vaine gloire est li granz wynde that throwith down the greet toures and the greet holdes ventus qui deicit illas magnas turres et illa magna fortalicia ventz qui abat les grantz toures et les grantz forteresses puttith downward to the erthe. this tho greet mounteynes maketh mittit deorsum ad terram hec illos montes magnos facit met a derriere au terre. Cest ii ses grantz montaignes fet alle to falle These ben the high men and the moost omnes cadere hii sunt magni (alti) homines et magis toutes crouller. Ce sont les hautz hommes et les plus worthy This is the peny of the devel wher with he byeth digni hec est ille denarius diaboli unde ille emit vaillantz. C’est le deniers au deable dont il achete alle the fayre penyworthis in the feyre of this wordle These omnes pulcras denariatos in nundinis istius mundi. hee toutes les beles derrees en la foire de cest monde. Ce ben alle the good werkes And for that ther be sunt omnes bone operaciones Et propter hoc quod sunt sont toutes les bonnes oevres. Et pur ce que il sont thre maner of goodes that man hath of god and that the devel tria genera bonorum que homo habet ex deo et quod diabolus .iii. maneris des biens que li hons a de dieu et que li deables 140 La fin est illisible. i M (32, §405) : et nous le preu. ii M (32, §410). : et. <?page no="370"?> 360 [folio 36v] wole have of these pens And for that this braunche dividith hym vult habere de istis denariis propter hoc se dividit iste ramus veut avoir de ses deniers. pur ce se devise cest branche in thre wyses of reson of which growen so many manere in tribus modis racionis unde nascuntur tanta genera en .iii. maneres de resons i dont naissent tant de maneres of synnes that ther is noo clerk that hem may noumbre peccatorum quod non est aliquis clericus qui illa potest numerare de pechiés qu’il n’est nul clerc qui les puet nombrer. These thre maner of goodes that man hath of god ben Isti tres modi de bonis quos homo habet ex deo sunt Ces .iii. maneris des bens que li hons a de dieu sont the goodes of nature fortune and of grace The goodes bona nature fortune et gracie bona les biens de nature de fortune et de grace. Les biens of nature ben they that me callith by nature other anest the nature sunt illa que vocantur per naturam vel erga de nature sont cil que l’en apele par nature ou devers body or anenst the soule. Anenst the body as fayrnesse corpus vel erga animam Ex parte corp[or]is ii sicut pulcritudo la corps ou devers l’ame. De par le corps com biauté helthe. strengthe nobilnes wysdom good tunge good voyce sanitas.fortitudo. nobilitas. sapiencia bona lingua bona vox santé. force noblesse. prouece. bon langue. bon voice. On the soule byhalve clere witte for to understonde good for to fynde goode Ex parte anime. clarum ingenium propter bonum intelligere propter bonum invenire De par l’ame. cler senz pur bien entendre iii pur bien trover i M (32, §416) : rainsiaus. ii Leçon rejetée : corparis. iii M (32, §421) : cler sens pour bien entendre, soutil engin pour bien trover. <?page no="371"?> 361 [folio 37r] De bonis. fortune. nature. et avaricie good mynde for to holde good thynge And the vertues naturelis bona memoria propter bene retinere Et virtutes naturales bone memoire pur ben retenir. Et les vertuz natureles by whiche on is more naturelly than other or large per quas unus est magis naturaliter quam alii vel larpar quoi li uns est plus naturelment que li autres ou laror debonnaire or more gracious or wel temperide or wel gior 141 vel humilior 142 vel graciosior vel bene temperatus vel bene ges ou debonneres ou gracieus ou bien a trempéz i ou bien ordeyned and of alle these yiftis owith oon to thanke god and ordinatus et de omnibus istis donis debet unus deo regraciari et ordennéz et de toutz ces dounz doit ung dieu mercier et to serve For they comen alle of hym But the prowdman servire Quia illa veniunt omnes de illo Sed ille superbus servir. Car il viennent toutz de lui. Mes li orguelleus sellith hem to the devel for untrewe penyes of vayn glorie illa vendit diabolo pro falsis denariis de vana gloria les vent au deable pur les faus denieres de vain gloire and often maketh batayle with god of alle his goodes wher of he et guerrat multociens deum de omnibus suis bonis unde ille et guerroie souvent dieux. de toutz ces biens dont ille ii shulde thanke god Ho that takith good hede in alle these goodes deberet regraciari Qui bene capit intencionem in omnibus istis bonis devroit mercier. Qui bien prent garde en toutz ces biens of kynde that I have shortly rekenyd synneth by vayne nature que iii breviter computavi peccat per vanam de natur que j’aie brevement conté pechie par vaine iv 141 Correction par le scribe : -es exponctué (largiores). 142 Correction par le scribe : -es exponctué (humiliores). i Leçon proposée : atrempéz-(confirmée par M 32, §422). ii Leçon proposée : il le (confirmée par M 32, §424). iii Leçon rejetée : computavi breviter computavi. iv Leçon proposée : vaine gloire (confirmée par M 32, §425). <?page no="372"?> 362 [folio 37v] [...] in multis modis quod unusquisque potest melius videre in seipso en trop de manieres que chescun puet miex voier en soi if he wolde studye that an othir coude not say si ille vellet studere quod unus alius ne sciret dicere se il le voit estudier que ung autre ne sauroit dire. The goodes or fortune ben high worshipes richesse Bona fortune sunt alte honores divicie Les biens de fortune sont hautes i honneures richeces 143 delites and prosperites in whiche on synneth in many manerys delicie et prosperitates unde homo peccat in multis modis delices et prosperitéz ou l’en peche en mult de maneris For whan dame fortune hath turnyd her whele toward man Quia quando domina fortune suam rotam vertit erga homines Car quant dame de fortune a sa roe turnee vers l’omme she lyfteþ so hygh and settith upon the whele as wyndmylle levat sic alte et sedet tam alte super rotam sicut molendinum (ventriticum) leve ii si haut et assis si haut sus la roe com moulin with the wynde and ther he is so high there he seethe that is so high vento et ibi alte levatus illic vidit ille qui est tam a vent et la iii haut mounté illec voit cil qui est si ascendid in prosperite and thynketh in his herte ferst alte levatus in prosperitate et cogitat in suo corde primo haut monté en prosperité et pense en son cuer iv premerto his greet dignite Aftir to his prosperite Aftir to his ad suam magnam dignitatem Postea ad suam prosperitatem Postea ad suas ment a sa grant dignité. Aprés a sa prosperité. Aprés a ces 143 Ajout : « Que sunt bona fortune » : inséré dans la marge. i M (32, §427) : hauteces. ii Leçon proposée : levé. iii Leçon proposée : l’a haut monté. iv M (32, §429-30) : illuec ventent tuit li .XII. vent de vaine gloire, car quant cil qui est si haut montez en prosperitez pense en son cuer. <?page no="373"?> 363 [folio 38r] notavi que sunt bona fortune richesses Aftir to his delites that his body hath. Aftir the greet divicias Postea ad suas delicias quas suum corpus habet Postea magnam richeces Aprés a ces delices que son cors a. Aprés la grant companye that folowen hym Aftir to his fayre meyne that hym servyn comitivam i qui eum sequitur Postea ad pulchros demesticos qui ei serviunt companie qui le suit. Aprés la belle mesnie qui le servent. Aftir to his fayre manere Aftir to his fayre hors men Postea ad suas pulcra maneria Postea ad suos bellos equestres Aprés a ces biaus manoirs Aprés a ces beles chevauchurs Aftir to the greet habundaunce of faire gounes. Aftir to (on) the arayment Postea ad magnam habundanciam vestimentorum Postea ad apparatum Aprés a la grant plenté des beles robes. Aprés a la parelle ii of his hous in vessels in beddes in othir maner wyse sue mansionis in esculentis in lectis in aliis maneriis vel modis de son ostel en vesselmente en litz en autres maneris of harneys the whiche ben alle fayre and noble Aftir on greet falereru que omnia sunt pulchra et nobilia Postea ad magnas de hernois qui tout est beles et nobles. Aprés a graunt presentis and on the greet festes that me makith unto hym overal Aftir presentaciones et ad magna convivia que ei quis facit undique Postea ad Presentz et aus grantz festes que l’en li fet par tout. Aprés a on his good loos and on his praysynge that me makeþ of hym al aboute suam bonam famam et ad suam laudacionem quam homo ei facit per omnia sa bone renommé et a sa loenge que l’en li fet par tout fleeth thus he joyceth hym and glorifieth this chaytif in his herte so that he volat sic se jocundatur et glorificat iste miser in suo corde sic quod ille vole si esjoist iii et glorifie le cheitif en son cuer si que il i Cf. DMLBS sv. comitiva : « compagnie, société ». ii Leçon proposée : l’aparelle ; M (32, §433) : l’apareil. iii M (32, §435) : et a ses loenges qui partout volent, si s’esjoist li chaitis. <?page no="374"?> 364 [folio 38v] nescit ubi ille est These ben the .xii. greet wyndes of vayn glorie non scit ubi ille est hii sunt duodecim magni ventus vane glorie ne siet ou il est. Ce sont les .xii. grantz ventz de vaine gloi- That is to say the .xii. maneris of temptacions of vayn glohoc est dicere .xii. modi temptacionis vane glore. C’est a dire les .xii. maneris de temptacions de vairie the whiche have they that ben in high estate othir in thes rie quos illi habent qui sunt in statu alto vel in hoc ne gloire que cil ount qui sont en estat haut ou a cest worlde or in religione or clerk or lay man seculo vel in religione vel clericus vel laicus secle ou en religion ou clerc ou lay. 144 The goodes of grace ben vertues and good werkes bona gracie sunt virtutes et bone operaciones. L es biens de grace son vertuz et bones oevres And vayn glorye ofte tymes throueth downe moost grettest trees Et vana gloria deicit multociens majores arbores Et vain gloire abat souvent les plus grantz abres and moost highest that beth the moost good men Thou et magis alti isti sunt magis boni homines Tu et les plus hautz se sont les plus preudommes. Tu shalt knowe that in vertues and in good werkis the devel debes scire quod in virtutibus et in bonis operibus temptat dois sauvoir que en vertuz et en bounes oevres tempte temptith by vayn glorye in thre maneres The toon is thus diabolus per vanam gloriam in tribus modis. Unus sic est le diable par vain gloire en .iii. maneris. L’une si est 144 Ajouts : « Des biens de grace » : inséré dans le texte ; « des biens de grace » : inséré dans la marge. <?page no="375"?> 365 [folio 39r] .Notavi que sunt bona gracie. vana gloria o[...] i tribus modis. De .vi. ramo superbie in the herte withinne whan he rejoiceth hym of his good 145 dedes þat he dooth in corde per internis quando ipse se resultat (gaudet) de bonis que ipse facit secrete ou cuer par dedens quant l’en se joist des bienz qui l’en fet privé ii 146 privyly of prayer and of bisechyngis and of prive workyngis sicut de orationibus et de precacionibus et de secretis operacionibus come des oureisons et des prieres et des privéz oevres and that the man bilovith to be better with god than he is The secunde et quod homo credit esse melior de deo quam ille est. Alter et que li hons cuide estre miex de dieu que il n’est. L’autre is this whan he hath oon fonnyd gladnes in hym of that that he seeth. ista est quando ille habet unam stultam leticiam in se de hoc quod ille videt si est quant il a ugne fole leeté en soi de se qu’il voit iii et 147 he seeth his good fame and that he praysed and holden for a good man videt suam bonam famam et quod ille laudatur et tenetur pro bono homine voit sa bone renommé et que il est loés et tenuz pur preudomme. The thridde is this whan he desirith and sechith and purchaceth praysinge and Tertia est ista quando ille desiderat et querit et procurat laudes et La tierce si est quant il desire et quiert et purchace loz et 148 good fame And in suche entent he doth his goodes not bonam famam Et in tali intencione facit sua bona non bon renommee. Et en tele entencion fet ses biens non enywyse for god alone but for the worlde. omnino pro deo proprie sed propter mundum mie pur dieu propirment mes pur le monde. 149 The sexte bough of pride is ypocrisie That is Sextus ramus superbie est ypocrisia hoc [...] L a siste branche d’orgueil est ypocrisie. C’est 145 Correction par le scribe : -i final exponctué (goodi). 146 Ajout : « .1. de vana gloria » : inséré dans la marge. 147 Ajout dans la marge : .2. 148 Ajout dans la marge : .3. 149 Ajouts : « La .vi. branche d’orgueil » : inséré dans le texte sur deux lignes ; « la .vi. te branche d’orgueille » : inséré dans la marge. i Cette forme n’a pu être identifiée. ii M (32, §441) : priveement. iii M (32, §442) : oit. <?page no="376"?> 366 [folio 39v] a synne that makith the good to shewe outwarde that is not with unum peccatum quod facit bonum monstrando per externis. quod non est .i. pechié qui fet le ben moustrer par dehors qui n’est inne in enywyse Wher of they ben yopecrites that maken omnino per internis. Unde illi sunt ypocrite qui faciunt mie par dedens. Dont cil sont ypocrite qui font the good man and be not in nowise The whiche maken more strengthe i bonum hominem. et non sunt omnino Qui faciunt majorem fortitudinem le preudomme et ne sont pas. Qui font plus force to have the name of good man that of trouthe And this synne departith ad habendum nomen boni hominis quam veritatem et hoc dividit d’avoir le noun de preudomme que la veritee. et c’est deviin thre For it is an ypocrisie foule a fole a 150 se in tribus Quia 151 illa est una ypocrisia turpis una stulta una sé en .iii ii . Car il est un ypocrisie orde une sote ugne 152 folie They ben ypocrites foule that maken the felthes inprudencia. ille sunt ypocrite turpes qui faciunt turpitudines 153 sotive. Cil sont ypocrite ort qui font les ordures in suspecte place. and the good man by fore the puple in loco suspecto et bonum hominem coram gentes en repostailes et le preudomme devaunt la gent. Oure lord callith hem sepulcres payntid overgilde Illos vocat noster dominus sepulcra depicta deaurata Ceus apele nostre sires sepuchres paintz deorrés. these ben ypocrites foles that ynough hem kepe clene isti sunt ypocrite stulti qui satis (nimis) se custodiunt munde Cist sont ypocrite sot qui assés se gardent netement 150 Correction par le scribe : folye exponctué. 151 Correction par le scribe : hoc biffé et remplacé par illa. 152 Ajout : « nota.3. es species ypocrisis » : inséré dans la marge. 153 Correction par le scribe : ajout de r. i Deux lettres sont illisibles. La deuxième est certainement un -e-, mais il est impossible d’identifier l’abréviation ou le mot avorté. ii M (32, §648) ; cest se devise en .III. <?page no="377"?> 367 [folio 40r] De .3 o . speciebus Ipocrisie as to the body and doo many penaunces and good 154 quantum ad corpus et faciunt multas penitencias et bonas quant au corps et font mult de penitences et de bones werkes principally for the prasynge of the worlde for that men operacion[e]s principaliter propter laudem mundi propter hoc quod oevres principaument pur le los de mounde pur ce que shulde holde hem for good men These ben ful unwys For they illos tenet per bonis hominibus Isti sunt bene insipientes Quia illi les tigne a preudes hommes. Cist sont bien sot. Car il make of metalle false moneye These ben ypocrites sutylfaciunt de metallo falsam monetam Isti sunt ypocrite subtifont de metal fausse monnoie. Cist sont ypocrite soules that suttelly or sodenly wole stye up on hygh and stele les qui subtiliter vel subito volunt in altum ascendere et furari til qui sutivement vulent en haut monter et embler the dignites and the bayle wykes These doon as good man 155 dignitates et balliva Isti faciunt sicut bonus homo les dignités et les bailleez. Cil font quanque preudomme oweth to doo so as me may not knowe hem unto that debet facere sic (ita) quod quis non illos potest cognoscere usque ad tantum doit fere si que l’en ne les puet conoistre jusques a tant that they ben growyn up and enhaunsid on high and in dignite and quod illi sunt [........] et exaltati in altum et in dignitatem et que il sont parcreu et en haut mounté et en dignité et than they shewyn the vices that they for slouthid to tunc monstrant illi vicia que illi [......................] raa dont mostrent il les vices que il tapissoient en- 154 Correction par le scribe : we exponctué. 155 Correction par le scribe : -eexponctué et -aen indice comme correction. <?page no="378"?> 368 [folio 40v] roote in here hertis that is to wite pride covetyse dicata in suis cordibus hoc scire i superbia. avaricia raciné en leur cuerz C’est assavoir orgueil. avarice. malice and othir deedes evel of whiche me knowith wel openly malicia et alia facta mala ex quo quis cognoscit aperte malice et autres fetz ii mauvés a quoi l’en conoit apertethat the trees were never good and that alle was fantaquod ille arbores non fuerunt unquam bone et quod totum fuit fantasment que li abres ne fu unqes bons et que tout fu faintisie and ypocrisie that ever he had byfore shewyd ma et ypocrisia quantum ille antea monstravit sie et ypocrisie quanque il avoient devaunt mostré. The seventhe braunche Septimus ramus L a septime branche 156 [............] is fole drede and unwys shame whan me lesuperbie est stultus timor et imprudens pudor vel verecundia quando quis d’orgueil est fole paor et fole vergoigne 157 quant l’en 158 vith the good to be doo for the puple tha me holde hym for noon dimittit bona facere propter gentes quod ille non sit tentus ypocrita lesse le ben a fere pur la gent que l’en ne soit tenu a ypoypocrite or papilare or dreden more the worlde than vel papilardus vel dubitant plus mundum quam crite ou a papilare. ou doutent plus le mounde que god [.....................] comith of evel plesaunce deum Ista verecundia venit de mala complacencia dieu. Cest vergoigne vient de mauvese plesaunce 159 156 Ajouts : « La .vii. branche d’orgueil » : inséré dans le texte ; « la .vii. braunche d’orgueil » : inséré dans la marge. 157 Correction par le scribe : -uexponctué (verguoigne). 158 Ajout dans la marge : « shame hounte shame[th] hounto[s] ». Les dernière lettre sont illisibles. 159 Réclame signifiant la fin du cahier : « que l’en veut ». i Leçon proposée : hoc est scire. ii M (32, §669) : fruiz. <?page no="379"?> 369 [folio 41r] De .vii. ramo superbie scilicet stulto timore. et inprudenti pudore. hic sequitur de secundo capite bestie quod assimilatur Invidie that he wole plese to shrewes And ther fore she is the doughter of pride and quod ille vult placere malis Et propter hoc illa est filia superbie et que l’en veut plere aus mauvéz Et pur ce ele est fille d’orguel et the seventhe braunche principal and maketh often tymes to leve the good septimus ramus principalis et facit multociens bonum dimitla branche septisme principaus et fet mult de fois le bien lesand to doo the evel forto plese wykkidly to the worlde tere et facere malum ad placendum male vel nequiter mundo. sier et fere le mal pur plere mauvesment au monde. 160 The secunde hed of the beste is envye that is the serpent þat Secundum caput bestie est Invidia. Hec est ille serpens qui L e secont chief de la best est envie. C’est le serpent que alle thyng envenymeth. Invye is the moder and the deth to the worlde For totum intoxicat Invidia est mater et mors mundo Quia tout envenine. Envie est la mere et la mort au monde. Car by th’envye of the devel come the deth in to the worlde This is the synne per invidiam diaboli : venit mors in orbem terrarum. Hoc est illud peccatum par l’envie au deable : vint la mort au monde. C’est le pechié that oweth more rightfully and maketh man to be lyke to the devel his quod debet magis recte et facit assimulari hominem diabolo suo qui doit plus a droit et fet resembler a homme au deable i son fader For the devel ne hateth ii no thyng saf the good of an othir. ne he lovith but patri Quia diabolus non odit preterquam alicuius bonum neque diligit preter pere. Car li diables ne het fors autrui bien ne n’aime fors otheris harme. lykwyse dooth the envious Th’envious may not see alterius malum similiter facit invidiosus. Invidiosus non potest videre autrui mal. aussi faet li envieus. Li envieus ne puet voier 160 Ajouts : « La secont chef de la beste » : inséré dans le texte trois lignes ; « le secunde chief de la beste » : inséré dans la marge. i M (33, §15) : Ce est li pechiez qui plus a droit fet resembler homme le deable. ii Leçon rejetée : hateth ne hateth. <?page no="380"?> 370 [folio 41v] the wel of othir ne [..........................................................] the clernesse bonum alterius neque [......................................................] claritatem Le bien d’autrui ne que la chuete ne la chavesouriz ne la clerté du of the sonne. This synne hym dividith in to thre branches principals. For this solis hoc peccatum se ipsum dividit in tribus palmis principalibus Quia hoc soleill. Cest peché se devise en .iii. branches principaus. Car cist synne envenymeth ferst the herte of th’envious and than the mouth peccatum entoxicat primarie cor invidiosi et postea os. pechés envenime primerment le cuer de l’envious et puis la buche and than aftir the werkes. The 161 herte of th’envious is so envenymed and so et post operaciones Cor invidiosi est sic entoxicatum et sic et puis les oevres Le cuer de l’envieus est si envenimee et si overthewert that he may not se the wel of other. that he ne peyse it not with in versutum quod ille non potest alterius bonam videre quod ille non id ipsum trucinat infra bestornéz que il ne puet autrui bien voier que il ne l’en poise de denz his herte and demeth wykkidly or that that he seeth or that that he herith and suum cor et judicat maligniter vel hoc quod vidit vel hoc quod ille audit. et son cuer et juge mauvesment ou ce que il voit ou ce que il oit. et taketh alway in evel understondynge and of alle he makith his harme accipit omni die in malo sensu et de omnibus facit suum dampnum prent touz jours en mauvéz senz et de tout fet son dommage So muche hath th’envious in herte envenymed thoughtis venemous of false Tantum habet in corde intoxicato cogitaciones venenatas falsa Tant ad ou cuer l’envenimeus de penssees venimeuses de faus domes that noon hem ne may noumbre Aftir whan he judicia quod nullus ea non possit numerare Deinde quando ille jugemenz que nul ne les purroit nombrer. A pres i quant li 161 Correction par le scribe : -ibiffé (þei). i Leçon proposée : aprés. <?page no="381"?> 371 [folio 42r] De Invidia. quomodo intoxicat cor. os. et opera omnia envious seeth and herith otheris harme what som ever it be or harme of body invidus vidit et audit alterius malum quale quod illud sit. vel malum corporis envieus voit et oit autrui mal quel que il soit ou mal de corps as deth other of sicknes. other evel of fortune as poverte or of adversicut mors vel infirmitas. vel malum fortune sicut paupertas vel advercum mort ou maladie ou mal de fortune cum poureté ou adversite Or spirituel harme whan he herith that eny that is holden for a good sitas vel malum spirituale quando ille audit quod aliquis qui tenetur 162 pro bono sité ou mal espirituel quant il oit que aucone que l’en tenoit a preuman is blamyd of eny vice or synne Of that he joyeth hym in his herte homine culpatur de aliquo crimine. de hoc se resultat ille in suo corde domme est blaméz d’aucunes vices de ce se joist il en son cuer Aftir whan he seeth or herith the good of othir be it good naturel Postea quando ille videt vel audit bonum alterius sit illud bonum naturale Aprés quant il voit ou oit le bien d’autrui soit bien naturel or be it good of nature of fortune or of grace. or of that that we vel sit bonum nature fortune sive gracie vel de hoc quod nos ou soit bien de nature i de fortune ou de grace. ou de ce que nous above have spoken of that comyth a sorowe an hevynesse unto supra loquti sumus tunc 163 venit unus dolor una tristicia ad avons dessus parlé lors li vent un dolour un tri[st]esse ii au the herte that he may not be in quiet ne make no glade chere ne noo fayre cor quod ille non potest esse quietus neque facere hilarem vultum nec non pulcram cuer que il ne puet estre aiese ne fere bele chere ne ne biau semblaunce Now mayst thou see that the herte of th’envyous synneth faciem Nunc potes tu videre quod cor invidiosi peccat semblant. Or pues tu voir que le cuer de l’envieus peche 162 Correction par le scribe : ipsum biffé. 163 Correction par le scribe : sibi biffé. i Absent de M (33, §36). ii Leçon rejetée : tritresse. <?page no="382"?> 372 [folio 42v] generally in thre manere In false domes [.................] generaliter in tribus modis In falsis judiciis [...............] generaument en .iii. maneris. en faus jugemenz. en leece [......................................] Also he synneth by his mouthe. For it [......................................] Similiter peccat ille per os Quia male . en pesme douleur. Aussi peche il par bouche. Car il acordith that suche wyne come out by the faucet as it is had in the tonne convenit quod tale vinum saliet per clipsedram quale habetur in dolio covient que tiel vine saile par le douzsille com il a ou tonel. and for that that þe herte is every day fulle of venyme it is convenient et propter hoc quod cor est omne die plenum veneni conveniens est et pur ce que le cuer est toutz jours plain de venim il covient. that by the mouthe it comforthe Where fore by vel of the mouthe of th’envyous quod per os saltet unde per os invidiosi que par la bouche issaille. Dont de la bouche de l’envieus comenforth thre maner of speches venenous David saith saliunt tres modi loquelarum venenosarum David loquitur issent .iii. maneris des paroles venimeuses. David parle in the psauter that the mouth of th’envious is fulle of malice in psalterio quod os invidiosi est plenum malicie ou sautier que la bouche de l’envieus est pleine de maleiçon and of bitternesse and of trayson Of malice : For of the welthe et amaritudine et tradicionis. Malicie : Quia de bonis et d’amertume et de traison. De maleiçon Car des biens of otheris he cursith and hem maketh lasse as he may of bitternes alteriis ille maledicit et illa diminuit tantum sicut ille potest amared’autrui il mesdit et les apetite tant come il puet d’amer- <?page no="383"?> 373 [folio 43r] De Invidia. quomodo intoxicat os. et opera. per.3 a . venena For the evel of otheris he encrestit and maketh lenge with his [tudine] i Quia mala alterius ille aggregat et elongat cum sua potestune : Car lé maus d’autrui il agrege et aloigne a son pomyght Of treson for what that he seeth or herith he turnyth tate Tradicione : Quia quantum quod ille videt vel audit ille pervertit cum voir. De traison. Car quant que il voit ou oit il pervertist a with his myght in to shrewdnesse or demith falsly. Aftir th’envyous hath thre sua potestate in malum vel judicat falsiter Postea invidiosus habet tres son povoir a mal. ou juge fausement. Aprés envieus a .iii. maner of venymes in werkynge as he hath in the mouth and in modos veneni in opere sicut ille habet in ore et in maneris de venim en oevre si com il a en la buche et ou herte For the nature of th’envyous is to quenche and to destruye with his corde Quia natura invidiosi est distinguere et destruere cum sua cuer. Car nature d’envious est a desteindre ii et destruire a son myght alle good fare be it lytel be it muchil be it parfit Therfore potestate omnia bona sit parvum sit modicum sit perfectum Ideo est povoir toutz biens soit petit soit moien soit parfet. Dont est he is of the kynde of the basilike For noo greness ne may dure de natura basilisce Quia nulla viriditas non potest dude la nature de baselique. Car nul verdure ne puet duaboute hym. nothir in grasse. ne in busche. ne in tre where of rare circa ipsum. neque in herba (vel gramine) neque in busseto neque in arbore. Unde rer envers luy ne en herbe ne en buisson ne en abre. Dont aftir the gospel the good also hath thre states. For he is ferst as secundum evangelium bonus similiter habet .iii. status. Quia ille est primo sicut selonc l’evangile li bien iii si a .iii. estaz. Car il est premiers aussi i Leçon rejetée : amare. ii Leçon proposée : d’esteindre. M (33, §71) : ataindre. iii M (33, §73) : blés. <?page no="384"?> 374 [folio 43v] [...] sicut herba [.........................................................................................] com herbe puis enespi i a pres ii est ole ius iii de fruit et touz meurs. [................] and ther be some that have a good begynnynge of good [................] et sunt aliqui qui habent bonum principium bene Tout autre et il v sont aucon qui ont bon comencement de ben comynge forth and of good profitynge and they ben also as in[...] progrediendi et bene proficiendi et sunt similiter sicut in herba [...] venir et de profitier et sont ausi com en herbe a ceus se poine the envious [.............] with his myght And other ther be also as invidiosus extendere cum sua potestate Alii sunt eciam sicut li envieus d’estaindre a son povoir. Li autre sont aussi com [.........] that blosomen in wel profitynge to god or to the world and [.........] qui florent in bono proficiendo deo vel seculo et enespi v qui florissent en bien prophitant au dieu ou a secle et hem [......] he [...........] and to destruy with his myght. Other illos [......] ille [...........] et destruere cum sua potestate. Alteri ceus rebee il a honnir et a destruire a son povoir. Li autre ther be parfit and in greet astaat and doon muche good to god sunt perfecti et in magno statu et faciunt multa bona deo sont parfet et en grant estat et font mult dez biens au dieu and to the worlde for her good fame to abate and her goodes [...] et seculo propter suam bonam famam diminuendam et sua bona [...] et au siecle pur leur bon los abatre et leur biens abessier dressith he his engynes. For whan muche be goodes greet þe more dirigit ille suas machinas. Quia quantum magis sunt bona magna magis dresse il ces enginz. Car quant plus est li biens grantz plus i Leçon proposée : en espi (confirmée par M 33, §73). ii Leçon proposée : aprés. iii M (33, §73) : pleins. iv Leçon proposée : Tout autretel. M (33, §74) : tout ausiment. v Leçon proposée : en espi (confirmée par M 33, §75). <?page no="385"?> 375 [folio 44r] Invidia repugnat spiritui sancto greet sorowe he hath. This synne is perilous For unnethe 164 majorem dolorem habet. Hoc idem peccatum est periculosum. Quia vix grant doel en a. Cist pechiéz est perilleus. Car a poine may oon come to right repentaunce For it is contrary potest unus venire ad rectam compunccionem. Quia illud est contrarium puet on venir a droite repentance. Car il est contraire to the holy goost þat es the welle of alle goodnes For god saith sancto spiritui qui est fons (sive origo) omnium bonorum quia deus dicit au saint esprit qui est fontaine de touz biens. Or dieu dit in the gospel he that synneth ayenst the holy goost shal never 165 mercy in evangelio ille qui peccat contra 166 sanctum spiritum nunquam misericordiam en l’evangile qui que peche contre le seint esprit ja mercy have in this worlde ne in the tothir For he synneth of his owne habebit in hoc seculo neque in altero. Quia ille peccat ex sua propria n’aura en cest secle ne en l’autre. Car il peche de sa propre malice And this is gretly to be dred. For ther is noo synne so greet malicia. Et hoc est nimis timendo Quia non est ullum tam grande peccatum malice. Et ce fet trop 167 a douter. Car il n’et nul pechiéz si grant that god wyl not for yeve it in this worlde if any wil hem repente with good herte quod deus non remittit in hoc seculo si aliquis se peniteat de bono corde que diex ne perdoint en cest secle se l’en se repent de bon cuer But with payne it happith that man hym repentith of that synne Sed cum pena evenit quod homo se penitet de hoc peccato mes a poyne avient que l’en se repente di cest pechié that he withstood the holy goost with his myght and the grace of the holy quod repugnavit sanctum spiritum cum sua potestate et graciam sancti qui guerroie seint espirit a son povoir. La grace de seint i 164 Nous n’avons pas trouvé d’attestation dans les dictionnaires consultés pour cette forme. Celle-ci se trouve cependant dans deux versions d’une des traductions anglaises de la Somme le Roi, þe Book of Vices and Virtues : vnneþe (Huntington Library 147) et vnethis- (MS. Royal 18 A X ; F RANCIS 1942 : 24 ). Il peut aussi s’agir de la forme mineth, construite sur l’adjectif minne (MED) ou d’une variante de eveþe, traduction pour a poine que l’on trouve ailleurs dans le texte (f. 45r). La deuxième solution semble plus probable puisque la première lettre de ce mot n’est pas simplement un double jambage mais un -v-, lettre que le scribe utilise parfois dans un désir de clarté lorsque de nombre de jambages peut porter à confusion. 165 Correction par le scribe : have exponctué. 166 Correction par le scribe : spiritum exponctué. 167 Correction par le scribe : ajout de trop. i M (33, §88) : qui guerroie a son pouair la grace du Saint Esperit. <?page no="386"?> 376 [folio 44v] goost In that þat he withstondeth otheris good spirituel As spiritus In hoc quod ille repugnat alterius bona spiritualia sicut esprit. En ce que il guerroie autrui bien espirituel com li the jues withstood jhesu crist for the good that he did And thou owest judeus repugnavit jhesum cristum propter bona que ille fecit Et debes juif guerroient jhesu crist pur les biens que il fesoit. Et dois to knowe that ther be fyve synnes that ben specially ayenst the scire quod sunt quinque peccata qui sunt specialiter contra savoir qu’il sont .v. pechiés qui sont especiaument contre holy goost That is to wite presumpcion that maketh over sanctum spiritum. hoc sciendum est presumpcione qui facit nimis le seint espirit. C’est assavoir presumpcion qui fet trop elarlarge the mercy of oure lord and to take lytel hede of his ryghtwysnes And largam misericordiam dominum nostri et modice vacare suam justiciam. Et gier la misericorde nostre seignur et pou prisier sa justice. Et therfore synnen many folk in hope The secunde is of propter hoc peccant multi populi in spe Secundum est de pur ce pechent mult de gentz i esperance. Le secont est de wanhope that alle fro god his mersy taketh as presumpcioune desperacione que omne a deo suam misericordiam sicut presumpcio desperance qui tout a dieu sa misericorde aussi com presumphis rightwysnes. The thridde is obstinacye that is hardnes of herte suam justiciam. Tercium est obstinacio hoc est duricia cordis cion sa justice. Le tiers est obstinacion c’est durté de cuer whan oon is so indurat in his malice that noon may [...] quando unus est sic induratus in sua malicia quod quis non potest ipsum [...] quant un est ci endurci en sa malice que l’en ne puet flechir i Leçon proposée : mult gentz en esperance (confirmée par M 33, §91). <?page no="387"?> 377 [folio 45r] notavi. peccata repugnancia spiritui sancto De tertio capite bestie scilicet Ira nothir hym wole amende The fourte is despite of penaunce that neque se vult emendare. Quartum est despeccio penitencie hoc ne se veut amender. Le quart est despit de penitence ce is whan he purposith in his herte that he wil not hym repente never of his est quando proponit in suo corde quod ille non se penitebit unquam de suo est quant propose en son cuer que il ne se repentira ja de son synne The fyfte is 168 to withstonde the grace of the holy goost 169 specially peccato Quintum est repugnare graciam sancti spiritus specialiter pechié. Le quint est gueroier la grace de seint espirit especithe trouthe of the cristen faith Alle these synnes ben veritatem fidei cristiane Omnia ista peccata sunt aument la verité de la foy crestienne. Tut cist peché sont ayenst the goodnes of the holy goost and they ben so greet that with laboures contra bonitatem sancti spiritus et sunt tam grandia quod cum labore contre la bonté de seint espirit et sont si grant qu’a poicomyth oon to the right repentaunce and therefore ben they eveþe 170 veniet unus ad rectam compunctionem. et propter hoc sunt illi vix nes en vient 171 on a droite repentance et pur ce sont il a poiforgeven perdonati ne pardoné. 172 The thridde heed of the beest is wrathe But thou owest Tercium caput bestie est ira. Sed tu debes L e tiers chief de la beste est Ire. Mes tu dois to knowe that ther is oo wrathe the whiche is vertu that a good man hath ayenst scire quod est una ira que est virtus quam bonus homo habet contra savoir que il est ugne ire qui est vertu que preudomme ont en contre 168 Correction par le scribe : þe biffé. 169 Correction par le scribe : in biffé. 170 Correction par le scribe : quis biffé. 171 Correction par le scribe : ajout de i. 172 Ajouts : « Le tierce chef de la beste » : inséré dans le texte ; « le .iii. chef de la beste » : inséré dans la marge. <?page no="388"?> 378 [folio 45v] the shrew. An othir that is a ful greet vice is felonye malum. Unum aliud quod est vicium valde magnum hoc est felonia le mal. ugne autre qui est vice mult grand c’est felonie de of herte and of it springen many branches and principally foure cordis et unde pululant multe palme et principaliter quatuor cuer et dont issent mult de branches et principaument .iiii. ayenst foure batailes that the felon hath. The first is to hym self contra quatuor guerra que ille felonus habet. Primum est sibi ipsi contre .iiii. gueres que li felon a. La primier est a soy mesmes. For whan wrathe berith up man she tourmentith the soule and the body Quia quando iram supra portat homo illa 173 tormentat animam et corpus Car quant ire seur porte homme ele le tormente l’ame et le cors so that man may not slepe ne reste in eny tyme it takith from sic quod homo non potest dormire neque quiescere aliquo tempore. sibi retrahit si que l’omme ne puet dormir ne reposer aucune fois li oste le hym drynke and mete and makith hym to falle into suche a fever or in suche potum et idulium et ipsum facit cadere in talem febrem sive in talem tristiboire et le mengier et le fet choer en tel fievre ou en tele tristresorowe that he takith. He is a fole that wasteth alle the goodes of the ciam quam ipse capit hoc est unus insipiens qui vastat omnia bona 174 ce qu’il enprent i . C’est uns fols ii qui gaste touz les biens de la hous The secunde batayle that that felon heth it is to god For wrathe domus Secundum guerrum quod ille felonus habet hoc est deo Quia ira meson. La secont guere que li felons a ci est a dieu. Car ire and felonye he berith [...........................................] et felonia superportat et approbat si aliquando cor et felonnie seurporte et esprueve iii si aucune fois la cuer de 173 Correction par le scribe : ipsum biffé. 174 Correction par le scribe : domus biffé. i M (34, §27) : que il en prent la mort. ii M (34, §27) : feus. 139 M (34, §45) : esprent <?page no="389"?> 379 [folio 46r] notavi .4. preter Ire a felon for ony adversite temporel or for seknes or for þe deth felonis propter aliquam adversitatem temporalem sive propter infirmitatem vel propter mortem felon pur aucune adversité temporel ou pur maladie ou pur mort of frendes or for eny myschef that his wille is nothing doo amicorum sive propter aliquam infortuniam quod sua voluntas non est omnino facta de amys ou pur aucune mescheance que sa volenté n’est pas fet so that he gruche ayenst his lord and maligneth god and the saintz quod ille murmurat erga suum dominum et malignat deum et sanctos que il murmure contre son seignur et magré dieu et lé seinz and swerith and blasphemith ayenst god and ayenst his saintes The thridde et jurat et blasphemat erga deum et adversus suos sanctos. Tertia et jure et blasme 175 contre dieu et contre ses seinz. La tierce batayle that the wrathful hath that is ayenst hem that ben under nethe hym bellum quod iracundus habet. Hoc est adversus eos qui sunt subter se guere que li ireus a C’est contre ceus qui sont desous lui. that is to his wyf and to his servauntes For the man is somtyme hoc est ad suam uxorem et ad suos famulos. Quia ille homo est aliquando C’est a sa fame et a sa mesnie. Car li hons est aucunes wode so that he betith and smyteth his wyf and his children and mayvesanus quod ille verberat et ferit uxorem et filios et mutulat fois forsenéz que il bat et fiert et fame et enfanz et mehaignieth and brekith pottis and coppis also as he were with oute his et frangit ollas et ciphos sicut ad instar ille fuit sine ne i et brise et poz et hanaps aussi come il fust hors de wittis and so is he The fourte batayle is outward to his suo ingenio et sic est ille. Quartum guerrum est per externis ad suos son senz et si est il. La quarte guerre est par dehors a ses 175 Correction par le scribe : ajout de s. i M (34, §52) : mesnie. <?page no="390"?> 380 [folio 46v] neghboris that ben aboute hym And out of this braunche comyn thre proximos qui sunt in circuitu ipsius. Et de isto ramo procedunt tres voisines qui sont environ luy. Et de ceste branche issent .iii. boughes For whan wrathe stieth in to two men he is ferst strif racemi Quia quando ira ascendit in duobus hominibus ipse est primo litigium raimes. Car quant ire mounte en .ii. homes il est le premier conaftirward rancour that abideth in the herte Aftir hate comyth postea rancor qui manet in corde Postea odium venit tenz aprés rancune qui demeurt ou cuer. Aprés haine vient often tyme by twene Aftir desire of vengaunce Aftir som tyme multociens [...] Postea desiderium vindicte Postea aliquando souvent mellee. Aprés desirrier de vengance. Aprés aucune man slaugthter Aftir batayle mortale ful often by twene frendis homicidium Postea guerrum mortale multociens inter amicos fois homicide. Aprés guere mortel souvent entre les amis wher it is ful often greet evel and perilles that mowe not be dum ille est multociens nimis d[...] et de periculis que non possunt dont il est i sovent trop de maus et des periles. que ne purroiin eny wyse amendid For whan that werre is made by twene two men nullo modo esse emendata Quia quando illud guerrum [facit] 176 inter duos homines ent mie estre amendé. Car quant il guere ii entre .ii. hommes that hapneth ful ofte that many men ben slayne [...........] illud evenit multociens quod multi gentes sunt occisi [.....] il avient souvent q’il ia iii mult de genz mors qui n’ont [...........] abbeyes broken townes brent Abbayes priories [...........] monasteria fracta villas crematas.Abbathias prioritates courpes iv mostiers brisiéz villes arses. Abbeies prioritéz 176 Correction par le scribe : ajout de facit. La qualité du microfilm ne nous permet pas d’identifier la forme d’une manière certaine. i M (34, §56) : issent. ii M (34, §137) : car quant il a guerre entre .II. hauz homes. iii Leçon proposée : i a. iv M (34, §137) : coupes. <?page no="391"?> 381 [folio 47r] de quarto capite bestie quod est accidia graunges destroyed men wymmen and children disheritid and exilid grangia destructa homines feminas et pueros disheredatos et exulatos granges destruites hommes fames et enfantz desheritéz et essiliéz and landes destruyed and muche other evel ben doo for cause et terras destructas et multa alia mala sunt facta propter occasionem et terres destruitez et trop d’autres maus i 177 sont fet pur achoison of that ben they bounde to amende that hem purchasen and the lord and de hoc sunt illi obligati 178 emendare qui hec procurant et dominus et de ce sont cil tenu amender qui se purchacent et le seignur et alle tho that to hem ben in helpe. And þer fore ben they in doute omnes illi qui eis sunt in adiutorio Et propter hoc sunt illi in statera tout cil qui leur sont en aide. Et pur ce sont il en balance of her helthe for they shal not mowe amende nor yelde the harmes de salute eorum quia non poterint emendare neque reddere dampna de leur saluz car ne purroient amender ne rendre le dommathat they han doo and it by hovith to yelde or to honge. que illi fecerunt et illud oportet reddere vel [...] 179 ge qu’il ont fet et il covient rendre ou pendre. The fourte hed of the best is slouthe that is unlust Quartum caput bestie est accidia hoc est segnicies L e quarte chief de la beste est accide. C’est peresce and loth to doo good This vice is a ful evel rote that caset malivolus bene facere hoc vicium est unus nimis malus 180 radix qui jacet anui de ben fere. Cest vice est.i. trop mal racine qui getteth out ful many evel braunches For slouthe maketh that man hath evel tat multos malos ramos Quia accidia facit quod homo habet malum te trop de males branches. Car accide fet que l’omme a mauvéz 177 Correction par le scribe : ajout de i. 178 Correction par le scribe : eid biffé. 179 Ajouts : « Le quarte chief de la beste » : inséré dans le texte à cheval sur les lignes latine et française ; « le quarte chief de la beste » : inséré dans la marge. 180 Correction par le scribe : racemus biffé et ajout de radix. <?page no="392"?> 382 [folio 47v] begynnynge and more evel amendement and moost werst inicium et magis malam emendacionem et magis malum comencement et plus mal amendement et plus mal de fiende An evel byginninge hath the slouthful by sixe vices finem malum principium habet accidiosus per sex vicia nement i . Mauvés comencement a le pereceus par .vi. vices the ferst is thenuesse whan man loueth litel and thenuely Primum est tenuitas quando homo amat modice et tenuiter la premier est tenueté ii quant li hons aime petit et tenument iii - 181 oure lord the whiche he oweth to love brennyngely and treuly nostrum dominum quem ille debet amare ardenter et fideliter nostre seignur que il doit aimer ardaument et foiaument whan he is old and feble to alle goodnes turnyd to doo The secunde quando ille est senex et debilis ad omnia bona facere revertere Secundum quant il est viex et foible a touz biens fere turnéz iv . Le secont is slouthfulnes that is softnes of herte whiche is the couche to the devel est segnicies hoc est mollicies cordis que est cubile diabolo est pereceus v . c’est molté de cuer qui est la coute au deable 182 where he hym restith and saith to man and womman « Thou hast ben ubi ille se requiescit et dicit homini et mulieri « Tu fuisti nimis ou il se repose. et dit a l’omme a la fame. « Tu as esté trop ful delicatly norishid. Thou art ful feble of complexioune Thou delicate nutritus Tu es nimis debilis de complexione Tu non souef norri Tu es trop foible de complexion. Tu ne purmayst not doo these greet penaunces. thu art ful tendir thou shalt poteris facere has grandes penitencias tu es nimis tener. tu eris roies fere ces granz penitences. tu es trop tendre. tu serroies 181 Ajout dans la marge : .1. 182 Ajout dans la marge : .2. i Lecture proposée : definement-(confirmée par M 34, §130). ii M (35, §19) : tenveté. iii M (35, §20) : tenvement. iv M (35, §21) : il devient foible et vieuz et tenves a tout bien fere. v M (35, §28) : tendretez. <?page no="393"?> 383 [folio 48r] de .vi. viciis accidie a noon be deed » And for that the wrecche suffrith hym to doo the cito vel statim mortuus » Et propter hoc ille miser se dimittit facere tantost mors ». Et pur ce li chiettifs se lesse couler a fere le the delectatione of his body. The thridde is idelnesse that is a synne that dooth muche delectacionem sui corporis Tercium est ociositas hoc est unum peccatum quod facit multa delit de son cors. Le tiers est oiseuse. c’est.i. pechié qui fet mult 183 harme as saith the scripture. For whan the devel fyndith mala sicut dicit scriptura. Quia quando diabolus invenit de maus si com dit le scripture i . Car quant le deable truve a man ydel. he hym puttith in occupacione. Ferst he maketh hym to thynke evel hominem ociosum. ille illum ponit in assiduitate. Primo ipsum facit cogitare malum l’omme oiseus. il le met en oevre. Primes le fet penser mal and to desyre harlatrye rybaudie lecherye his tyme to lese et desiderare turpia ribaldias luxurias suum tempus perdere et desirrier vilanies. ribaudies. lecheries. son temps perdre and many goodes that he myght have doo. For whiche he myght have wonne et plurima bona que ille potuit facere unde ille potuit lucrari et mult de biens que il purroit fere dont il purroit gaignier paradys The fourte is thynkynge whan man is thenkynge paradisum. Quartum est cogitacio quando homo est cogitans paradis. Le quart est pensantume ii quant li hons est pen- 184 that that he lovith not but to lye in his bed and to reste and to slepe hoc quod ille non amat preter jacere suo lecto et quiescere et dormire sans iii se que il n’aime fors gesir en son lit 185 et reposer et dormir other while he is sette to bysynes But had lever aliquando est ille positus ad operaciones Sed magis vellet aucune fois est il assés aus besongnes iv . Mes miex voudroit 183 Ajout dans la marge : .3. 184 Ajout dans la marge : .4. 185 Correction par le scribe : ajout de son lit, suo lecto et in his bed dans la marge, en regard les uns des autres suivant la mise en forme habituelle. i Leçon proposée : l’escripture (confirmée par M 35, §41). ii M (35, §57) : pesentume. iii M (35, §57) : pesenz. iv M (35, §62) : Aucunes foiz sont il assez esveillié es besoignes du monde, mes il sont endormi es besoignes Dieu. <?page no="394"?> 384 [folio 48v] lese foure masses than oo slepe oo …………………………….. The fifte is [...............] perdere quatuor missas quam unum sompnum unam dormicionem. Quintum est [.............] perdre .iiii. messes que un sueur .i. dormur i . Le quinte est maves- 186 That is whan man light in senne and felith the temptacions hoc est quando homo jacet in peccato et sentit temptaciones tié. C’est quant li hons gist en peché et sent les temptacions of the devel and of his flesshe that hym assaylen and folowyn wykkidly diaboli et de sua carne que ipsum 187 impugnant et prosequntur maligniter au deable et de sa char qui la saillent ii et persuie mauvestié nother wole left up his hed stedefastly to god by contricione. nothir crye neque vult levare caput firmiter ad deum per contricionem neque clamare ne veut lever chief ferme a dieu par contricion. ne crier haout by confessione ne holde out his handis by satisfaccione he is euax per confessionem neque extendere manus per satisfaccionem ille asrou par confession ne tendre les meins par satifaccion si relyknyd to a shrewe that wole rather dye in a foule pryson simulatur malo qui vult magis mori in una turpi prisona semble le mauvéz qui veut miex morir en .i. ordre prison and stynkynge that to have the labour to come up by degrees to come out et fetenti quam habere penam grados ascendere ad eundum extra et puant que avoir la poine de degréz monter pur aler s’en. The sexte is cowardnes In this synne ben they that han Sextum est pusillanimitas. In hoc delicto sunt illi qui habent La siste est pusillanimité. En cest vice sont cil qui ont drede of mynde that dar not by gynne to do wel timorem mentis qui non audent incipere bene facere 188 paor de ment iii qui n’osent comencer bien a fere. iv 186 Ajout dans la marge : .5. 187 Correction par le scribe : ajout de ipsum. 188 Réclame signifiant la fin du cahier : « have drede ont paor » i M (35, §64) : une sueur ou un dormir. ii Leçon proposée : l’assaillent (confirmée par M 35, §65). iii Leçon proposée : de nient (confirmé par M 35, §84). iv Leçon rejetée : Le scribe a copié et traduit deux fois les formes suivantes : For the Quia illi Car il <?page no="395"?> 385 [folio 49r] de .vi. viciis accidie For they have drede that god hem shulde faile. It is drede of dremeris Quia ille habet pavorem quod deus ne eis deficeret. hoc est timor sompniatorum Car il ont paor que diex ne leur faille 189 . C’est la paor de lo senthat have fere of here dremes. He is lyke to hym þat qui habent 190 pavorem suorum sompniorum. Ille assimulatur illi qui gieors i qui ont paor de leur songes. Cil resemble celui qui dare not entre or fele for the snayle that shewith his hornes non audet intrare vel sentire propter limacem qui monstrat sua cornua n’ose entrer ou sentier pur le lymaz qui mostre ses cornes and to childryn that dare not goo the wey for the gees that hissen et pueris qui non audent transire viam propter aucas qui sibulant et les enfans qui n’osent aler la voie pur les oues qui sifflent Thes ben the syxe vices that doo away fro man good begynynge. hec sunt sex vicia qui tollunt ab homine bonum inicium. Ce sont lez .vi. vices qui tolent a homme bon comencement For othir sixe vices ne may the slouthful have good amende propter alia sex vicia non potest accidiosus habere bonam emen- Pur autres .vi. vices ne puet li accideus avoir bon amenment These ben they [.............................] that make that noo dacionem Hec sunt [.......................................] que faciunt quod nullus dement. Ce sont taches de mavéz verganz ii que font que nule preugood man loven not to resceyve in to her service that is untrouthe whan bonus vir non amant recipere in eorum servicio hoc est infidelitas quando domme n’aiment a recevoir en leur service cest desloiauté quant he is of þe puple [...................................................................................] ille est ex gente [....................................................................................] il est de la gent iii non chalant oubliés pareceus laches et defaillans 189 Correction par le scribe : ajout de i. 190 Correction par le scribe : ajout de n. i M (35, §87) : des songeuz. ii Leçon proposée : serganz (confirmée par M 35, §92). iii M (35, §93) : delaians. <?page no="396"?> 386 [folio 49v] The ferst vice is untrouthe. For whan god puttith in man Primum vicium est infidelitas. Quia quando deus ponit in homine Le primier vice est desloiauté i - 191 . Car quant diex met en l’omme 192 a good wille in his herte of wel doynge. Than cometh the devel bonam voluntatem in suo corde ad bene faciendum. Tunc venit diabolus bon volunté en son cuer de ben fere. Lors vient le deable and saith : « thou shalt recouver wel. Thou art yonge and stronge. Thou shalt et dicit : « tu recuperabis bene Tu es juvenis et fortis. Tu vives et dit. « tu irecouveras ii bien. Tu es jonnes et fors. Tu vivras lyve longe » and thus hym ayen turneth the devel of wel doynge. After diuturne » et taliter ipsum revertit diabolus ad bene faciendum longument » et ainssi le destorne le deable de fere bien. Athat ther comyth rechelesnes. For he that dooth falsly it is post hoc venit negligencia. Quia qui facit falsiter non est prés de la iii vient negligence. Car qui fet desloiaument iv n’est 193 no merveyle if he doo rechelesly. This is a vice wherof alle omnino miraculum si ille fecerit necgligenter. hoc est unum vicium unde totus pas merveille se il fest necligaument. C’est .i. vice dont tut the worlde is entriked who wel takith hede or kepe. For fewe folke mundus est irretitus qui bene intuetur. Quia pauci hominum le munde est entechié qui bien .i. prent garde. Car pou de gent ther be that beth diligent in that that they be bounden to doo anenst sunt qui sunt diligentes in hoc quod illi tenentur facere erga sont qui soient diligent en ce que il sont tenu a fere vers god and anenst her neyghbore Aftir rechelesnes comyth fordeum et versus suum proximum Post negligenciam venit oblidieu et vers leur proisme. A pres v necligence vient oub- 191 Correction par le scribe : ajout de u. 192 Ajout dans la marge : .1. 193 Ajout dans la marge : .2. i M (35, §95) : delaiance- (variantes : desloiautez). ii Leçon proposée : i recouvras (confirmée par M 35, §105). iii M (35, §120) : delai. iv M (35, §120) : delaiaument. v Leçon proposée : aprés. <?page no="397"?> 387 [folio 50r] De Infidelitate. Negligencia. Obliviscencia yetfulnesse. For he that is no [...........] often tyme foryetiht For þese viscencia Quia qui est [..................] multociens obliviscitur propter ista liance. Car qui est non chalans souvent oublie pur ces 194 two synnes of negligence and of foryetfulnes cometh ful often duo peccata negligencie et ex oblivione evenit quam sepe .ii. pechiés de negligence et de oubliance avient souvent that he can not hym in nowise shryve. he forgetith his dedes and his synnes. that quod ipsum nescit omnino confiteri. ille obliviscitur suorum factorum et suorum peccatorum hec est que le ne i set mie confesser il oublie sez féz ii et ses pechiés si est is greet and muche slouthe. For noo man may not have foryefnes with out magna grandis accidia. Quia nullus non poterit habere remissionem sine mult granz periz. Car nus ne purroit avoir pardone sanz trewe confession that bringeth in penaunce of mouthe obedivera confessione qui inportat penitenciam ex ore obedientiam vraie confession qui enporte repentaunce de bouche. obeence in werke. that is amendes and satisfaccione. Ther is noon so in opere hoc est emendacionem et satisfaccionem. Non est ullus tam dience en oevre. c’est amende et satisfaccion. N’est nul si good aman if he taketh vel seeth hede wel his deedes that ne shal fynde ynowgh to say alle bonus homo si ille respicit bene sua facta qui non inveniet satis ad dicendum omnibus preudomme se il veoit 195 bien sez féz iii qui ne trove 196 asséz a dire touz les day in his confessione. But rechelesnesse and foryetfulnesse blyndiebus in sua confessione. Sed necgligencia et oblivio excecant jours en sa confession. Mes necligence et oubliance avueden good men that they see nothing in the boke of her consciences bonos homines quod illi non vident aliquid in libro suarum conscienciarum gle les preudommes que il ne voient goute ou livre de leur 197 con- 194 Ajout dans la marge : .3. 195 Correction par le scribe : ajout de e. 196 Correction par le scribe : ajout de ve. 197 Correction par le scribe : ajout de r. i M (35,-§146) : que on ne se set mie confesser. ii M (35, §147) : il oblie ses defauz. iii M (35, §149) : defaut. <?page no="398"?> 388 [folio 50v] Aftir comyth slouthe that comith of lacke of herte and of Postea venit segnicies que venit ex defectu cordis et de science. Aprés vient peresce qui vient de defaute de cuer et de evel costume the which byndeþ so man that oveth he remaliciosa consuetudine que ligat sic hominem quod vix se revermauvese acoustumance qui lie si homme qu’a poyne sa tourne i tourneth to wel doynge. som time it comith of indiscrecione and of foly tit ad bene faciendum. Aliquociens venit illa de indiscrecione et de stulto a bien fere Aucune fois vient ele de indiscrecion et de fole fervour wher fore man enhaunseth so his herte by fastynge by fervore qua propter homo super ducit sic suum cor per jejunia per ferveor par quoi l’omme seur maine si son cuer par jeunes par wakynge and by other occupacions that he falleth in to anguishe or vigilias et per alias occupaciones quod ille incidit in languorem vel veilles et par autres oevres que il enchiet 198 en languer ou in to suche infirmite that he may not labour in the service of god in talem infirmitatem quod ille non potest laborare in servicio domino en tele maledie que il ne puet travaillier ou service dieu and of that fallith he in suche slouthe that he hath ony savour of wel doynge ne et ex hoc cadit ille in talem accidiam quod ille non habet saporem de bene facere nec et de ce chiet il en tele peresce que il n’a saveur de bien faire ne devocion. Aftir comyth lachesse that makith man lache and devocionem Postea venit subtraccio que facit hominem remissum et devocion. Aprés vient laschesse qui fet l’omme lasche et enpeyringe fro day in to day so muche that he is of alle [...] deteriorem de die in diem tantum quod ille est [..................] empirant de jour en jour. tant que il est de tout recreans ii 198 Correction par le scribe : -nexponctué (enchient). i Leçon proposée : s’atourne ii Leçon rejetée : le scribe a copié deux fois la conjonction et. <?page no="399"?> 389 [folio 51r] De mala consuetudine. De obtraccione boni. De defectu assiduitatis De .vi. aliis viciis Inobediencia. Inpaciencia and faillynge. This is the sexte vice of an evel servaunt whan et deficiens. Hoc est sextum vicium de malo serviente quando et defaillans. C’est le siste vice du mauvés sergant quant 199 he failleth [......] that he come to the ende or to his terme. [..........] ille deficit [......] quod ille venit ad finem vel ad suum terminum. [..........] il defaut ançois que il vigne a la fin ou a son terme. Et l’en [.....................................................................................] Yit ther ben [.....................................................................................] Adhuc sunt seut dire. « qui ne sert et ne parsert son loier pert ». Encore y a six shrewde poyntes with whiche sleuthe puttith man anenst his ende. þe sex puncti mali quibus accidia mittit hominem versus finem Primus .vi. poinz mauvés ou accide met l’omme vers la fin. Le preferst is inobedience whan oon wil not doo that me chargeth hym est inobediencia quando unus non vult facere hoc quod ei quis mier est inobedience quant on ne veut fere ce que l’en li 200 or enjoyneth in penaunce. Or if hym eny commaunde eny thing injungit in penitencia Vel si quis ipsum precipit aliquam rem charge en penitence. Ou ce l’en li commande aucune chose that hym semeth harde : he hym excuseth that he may not doo it or if he quam ille estimat duram ipse se excusat quod facere non potest. vel si ille que li semble dure : il s’en excuse que fere nel puet ou s’il resceyveth he dooth it or litil or nought. The secunde is impacience recipit ille facit vel modicum vel nichil. Secundus est impaciencia reçoit il en fet ou pou ou nient. Le secont est impacience. 201 For also as he may not 202 nothinge bere by in obedience ne Quia sicut similiter ille non potest aliquid portare per in obedienciam Car aussi com il ne puet rien porter par inobedience ne 199 Ajout dans la marge : .6. 200 Ajout dans la marge : .1. 201 Ajout dans la marge : .2. 202 Correction par le scribe : ajout de not. <?page no="400"?> 390 [folio 51v] may he eny thyng suffir by impacience so that noon dar not to hym potest ille aliquid sufferre per impacienciam sic quod nullus non audet ei puet il riens soffrir par impacience si que nus n’ose a luy speke for his profite. The thridde is gruchynge. For whan on loqui de suo commodo. Tercius est murmuracio. Quia quando unus parler de son preu. Le tiers est murmure. Car quant on 203 to hym spekith of his profite. he hym wrettheth and grucchith and hym illi loquitur de suo proficuo. ille se irritat et murmurat. et sibi vili parole de son preu. il se corouce et murmure. et li est semyth that men despisith hym. and of that fallith he into sorowe. that is þe detur quod quis ipsum despicit. et ex hoc cadit ille in tristiciam. que est quartum avis que l’en li despit. et de ce chiet il en tristrece. qui est le fourte vice And so muche hym sourmountith that sorowe 204 that what somever vicium. Et tantum se supergreditur illa tristicia quod quantumcumque quarte vice. Et tant le seurmonte cele tristrece que quanque oon saith to hym or what ever that he here or seeth alle noyeth hym to lyve unus ei dicit vel quodcumque ille audit et quodcumque ille videt omnia ei nocent vivere on li dit ou quanque il oit et quanque il [v]oit i tut li anui de vivre so that he hymself hatith and desireth his deeth. and that is þe sic quod ille semetipsum odit et desiderat suam mortem. et hoc est quintum si que il meismes se het ii et desire sa mort et c’est le quinte fifte vice. After alle these sorouful paynes of slouthe the devel vicium. Post omnes istas dolorosas penas accidie sibi donat vice. Aprés touz ses douleurs iii poines d’accide li donne le 205 gevith to hym the stroke mortal and put hym in to despeyre for that. that he pur[chase] 206 diabolus ictum mortalem et ponit ipsum in desperacione propter hoc quod ille deable le cop mortel et le met en desperance pur ce que il purchace 203 Ajout dans la marge : .3. 204 Correction par le scribe : ajout de o (sor o we). 205 Ajout dans la marge : .5. 206 La fin est illisible. i Leçon rejetée : oit. ii M (35, §209) : souhede. iii M (35, §210) : dolereus. <?page no="401"?> 391 [folio 52r] De murmuracione De Tristicia. Odium sui. Desperacio Quintum capud bestie. Cupiditas his deth and hym sleeth in joye of hym as desperaunt. And in 207 that þat he hym suam mortem et se occidit in leticia sui sicut desperans. Et hoc quod ille illum sa mort et se occit en joie i de soi come desperés. Et se que il s’abanobligeth to every evel dede to do and douteth not to doo synne what ever it obligat ad omnia mala facta facere et non dubitat facere peccatum qualecumque done a toutez mauvestiés fere et ne doute a fere pechié quel que il be To suche ende ledith sleuthe man. These ben þe eyghten pointes sit Ad talem finem ducit accidia hominem. Hii sunt octodecim puncti soit. A tel fin moine accide l’omme. Ce sont lé .xviii. pointz that the devel casteth upon the sleuthful nor it is not merveil though they quos diabolus jactat super accidiosos neque est omnino mirabile si illi que le deable gete sus les accideus ne n’et pas merveile se il lesen a yongman perdunt juvenem. perdent le gen ii . The fyfte hede of the forsaid best is the synne Quintum caput bestie antedicte hoc est peccatum L e quinte chief de la beste devaunt dit c’est le peché 208 of covetise the moder of alle evel as saith saint poule. this is the maystresse avaricie mater omnium malorum sicut dicit sanctus paulus. hec est magistra d’averice mere de touz maus sicom dit seint pole. C’est la meshe that hath so greet askole that alle comen forto study as illa que habet tam magnam scolam quod omnes veniunt ad studendum sicut tresse que a si grant escole que tout iviennent iii pur estudier si saith the scripture. For alle manere of folke study hem dicit scriptura. Quia omnia genera hominum se student com dit le scripture iv . Car toutes maneris de genz se studient v 207 Correction par le scribe : ajout de in. 208 Ajout : « le quinte chief de la beste » : inséré dans la marge par une autre main. i M (35, §212) : et s’ocit ou gieue. ii M (35, §220) : geu. iii Leçon proposée : i viennent. iv Leçon proposée : l’escripture. v Leçon proposée : s’estudient (confirmée par M 36, §13). <?page no="402"?> 392 [folio 52v] in covetise and greet and smal. princes and prelates clerkes and lay and in avaricia et magnus et parvus. principes et prelati. clericus et laicus et en avarice et grant et petit princes et prelas. clerk et lai et relireligious. Covetise is a love inordinate of havynge. This inordireligiosus. Avaricia est appetitus (amor) inordinatus habendi. Iste inordinagieus. Avarice est amour desordenee d’avoir. Cist desordenenatez hem shewen in thre maneris. In getynge hardily ciones se demonstrant in iii bus modis. In adquisicione audaciter menz se demostre en .iii. maneris. En aquester hardiement In holdynge straytly In spendynge skarsly In retinendo districte. In expensione districte En retenir estraignaument. En despendre escharcement these ben the thre braunches principales that of this rote sprynge hii sunt tres rami principales qui de ista radice nas- Ce sont les .iii. branches principaus qui de cest racine nais- But specially and propirly of the rote of avarice cuntur. Set specialiter et proprie de radice avaricie sent. Mes especiaument et proprement de la racine d’avaspringen many boughes that ben many greet synnes ex crescunt multi rami 209 qui sunt multa grandia peccata rice. issent mult de rainssaus qui sont mult grantz pechiés dedly The ferst is usure The secunde thefte. Thridde mortalia. Primus est usura. Secundus latrocinium. Tercius mortiex. Le premier est usure. Le secont larrecin. Le tiers raveyn. Fourthe [.................] The fifte sacrilege. Sexte rapina. Quartus [.................] Quintus sacrilegium Sextus rapine. Le quarte chalonge. Le quinte sacrilege. Le siste 209 Correction par le scribe : -ceexponctué (racemi). <?page no="403"?> 393 [folio 53r] Cupiditas In adquisicione audaciter In tenendo tenaciter In expendendo parciter Avaricia profert. usuram. furtum. Rapinam. Sacrilegium. simoniam. maliciam. et caetera symonie. Seventhe malice The eyghthe is in marchaundize symonia. Septimus malignitas. Octavus est in marcandizacione symonie. Le septisme malignité. Le .viii. est en marchaunthe nynthe is in evel craftis The tenthe is in evel Nonus est in malis misteris i Decimus est in malis dise. Le .ix. est en mauvéz mestiers. Le .x. est en mauvéz playes. And eche of thise rotis hym dividith in many 210 ludis Et quilibet istorum radicorum se dividit in multis gieus. Et chescun de ces rainssiaus se devise en mult de maneris Of whiche the ferst rote that is usury hym dymodis Unde primus radix que est usura se divimaneris. Dont le premier rainssiau qui est usure se divi- 211 videth in many maneris that is to say in seven branches. For they dit in multis modis hoc est dicere in septem frondes. Quia illi se en mult de maneres. c’est a dire en .vii. chions. Car il be usureris lenynge that lene money for [...............................................] sunt usurarii prestantes qui prestant denarios [........................................] sont usurers prestanz qui prestent deniers pur autres et par dessus [..................................................] or in money or in hors [...............] prendunt [...............] vel in denariis vel in equis le chatel prennent leur montes ou en deniers ou en chevaus or in wyne or in whete or in fruytis of þe londis that they take in vel in vino vel in frumento.vel in fructibus de terris que illi capiunt in ou en vin ou en bléz. ou en fruiz de terres que il enprennent en morgage And that is werst they wole acompte two tymes or thre in the yere morgagio Et quod pejus est volunt computare duobus temporibus vel tribus anni gages mort. Et que pis est vuelent conter .ii. fois ou .iii. l’an 210 Dessin : deux dés ont été dessinés dans la marge, l’un montre une face à cinq points, l’autre à un point. 211 Ajout : « .1. De usura » : inséré dans la marge. i Cf. DMLBS, s.v. misterium « métier, fonction, office ». <?page no="404"?> 394 [folio 53v] to make ascende tho usures. And they wole yit have [................] ad faciendum ascendere illas usuras. Et volunt adhuc habere [....] pur fere monter les usures. et vuelent encore avoir bontés above for everych terme and maken ful often of usure princisupra propter quemlibet terminum et faciunt quam sepe de usura principar dessus pur checun terme et font souvent d’usure principal dette. They be usureris cruel and harlotis. But yit ther is had pale debitum. hii sunt usurarii crudeles et ribaldi. Sed habetur pal debte. Cil sont usurier cruel et vilain. Mes il y a oon othir curtois lenere that lene with oute covaunt makynge unus alius urbanus prestator qui prestant sine marcandizacione facienda un autre curtois presteur qui prestent sanz marchié fesant toual wayes he wayteth þe profit or in moneye or in hors omnibus viis attendit proficuum vel in denariis vel in equis tes voies en atent i lez bountés ou en deniers ou en chevaus or in coupis. or in sylver or in coupis or in [......................] vel in coupis. vel in argento vel in togis. vel in [................] ou en coupes. ou en argent ou en robes. Ou en couciaus or in tonnes of wyne or in hoggis fatte [.........................] of hors vel in doliis vini vel in porcellis pinguibus. [...................] equorum ou en tonniaus de vin ou en porciaus graz. Corveez de chevaus or of chariettis or of prebendis to her childir .or in othir thingis vel bigarum vel prebendis suis filiis. vel in aliis rebus ou de charettis ou provendes a leur fiz. ou en autres choses and over alle it 212 hath usure qwan ony takith by occasione of lenynge. that is et per omnia habetur usura quando quis accipit per occasionem prestacionis. hoc est et par tout a usure quant l’en prent par encheson du prest. C’est 212 Correction par le scribe : ajout de it ; is biffé. i M (36, §30) : en atendent. <?page no="405"?> 395 [folio 54r] De usura. notavi .1. species the ferste maner of usurye that leneth wykkidly primus modus de usura qui prestat maliciose la premiere manere d’usure qui en prester mauvesement i The secunde wyse of usure is in hem that lene not in enywise Secundus modus de usura est in illis qui non prestant omnino La seconde maniere d’usure est en ceus qui ne prestent mie 213 in here persones But tho thinges that here fadres and here modres and her in suis personis. Sed ea que sui parentes (patres) et sue matres et sui en leur personnes. Mes ce que leur peres et leur meres et leur auncetris han gote by usure they with holde and wole not antecessores adquisierunt per usuram illi retinent et non volunt antecesseures ont acquis par usure il retiennent et ne vueyelde ayen The thridde manere of usure is in theym that deyne not reddere Tercius modus de usura est in illis qui non diglent rendre. La terce manere de usure est en ceus qui ne daig- 214 ony wise to lene of (with) her honde but they do make to be lent nantur omnino prestare de sua manu sed illi faciunt prestari nent mie prester de leur main mes il font prester ii by her servauntis or other for hem per suos servientes vel alios pro illis par leur serganz ou autres pur eus they be mayster usureris Of suche synne be not onywise Illi sunt magistri usurarii A tali peccato non sunt omnino Cil sont li mestre usurier. De tel pechié ne sont pas the greet men quite (or giltles) that sustenen [...................] illi magnati acquieti qui sustentant [...................................] li haut homme quite qui soustiennent les caoursins qui 213 Ajout dans la marge : .2. 214 Ajout dans la marge : .3. i M (36, §34) : qui est en prester mauvesement. ii Leçon rejetée : le scribe a copié et traduit deux fois le même passage : of her honde but they make to be lent de sua manu sed illi faciunt prestari de leur main mes il font prester <?page no="406"?> 396 [folio 54v] [...] prestant et destruunt omnem patriam. Et illi accipiunt [...............] prestent et destroient tout le païs Et il enprennent les loiers [...] et grandia dona [.........................................................................] et les granz dones et a la fois les rançons qui sont du chatel [...] [.................] Quartus modus est in illis qui prestant alienos aus povres. La quarte manere est en ceus qui prestent d’autrui 215 [...] denarios vel provocant appetitum ad prestandum [........................] deniers ou enpromptent apetit coust i pur prester a plus granz [...] [...................................................................................................] cous. Cil sont usurier deciple qui a prennent ii tel oit iii mester. [...] Quintus est in mercandizacione quando unus vendit rem qualem La quinte est en marchaundise quant on vent la chose quele 216 [...] quod illa sit magis quam illa non valet pro tempore [...............................] que ele soit plus que ele ne vaut pur le terme et que pur li termes des- [...] [..........] quando ille videt gentes magis in miseria Tunc vendet ille loiaus iv quant il voit les gens plus a meschef lors vendra il [...] magis care [....................] quam res illa non valet Tales gentes faciunt plus cher.ii. tanz ou.iii. que la chose ne vaut. Tiex genz font 215 Ajout dans la marge : .4. 216 Ajout dans la marge : .5. i Leçon proposée : enpromptent a petit coust (confirmée par M 36, §43). ii Leçon proposée : aprennent (confirmée par M 36, §44). iii M (36, §44) : ort. iv M (36, §47) : et, que pis est, li termoierres desloiaus. <?page no="407"?> 397 [folio 55r] De .4 a et 5 a . specie usure. [...] multa mala [.............................................................................] trop de maus. Car par leur termoiemenz il apovroient les [...] [............................................................................................] Quia chivalers et les hautz hommes qui suient les tornoimenz. Car [...] illi tradunt suas terras et suas magnas hereditates in vadium il leur baillent leur terres et leur granz heritages en gage [...] et in morgage qui nunquam non ea acquietant. Alii 217 peccant et en gage mort qui point ne sa quite i . Li autre pechent [...] emere res sicut granum vel vinum vel alias res [...................] a acheter les choses com blé ou vin ou atres choses moins [...] [...........................................] propter denarios quos ille solvit antea la moité que eles ne valent pur les deniers que il paient avant [...] et postea ea revendit ii in duplo vel triplo magis care. Alii emunt et puis les revendent .ii. tans ou .iii. plus chier. Li autre ache- [...] suas res in meliori foro quando ea sunt [...............................] tent leur choses plus viles quant eles sont plus grant marchié [...] in autumpno granum. In vendicione vini vel alia mercandizacio en aout le blé. En vendengez le vin ou autre marchandise 217 Correction par le scribe : -is exponctué (aliiis). i Leçon proposée : s’aquite (confirmée par M 36, §49). ii Leçon rejetée : revenendit. <?page no="408"?> 398 [folio 55v] [...] ad reddendum in tempore quando he sunt magis care et desiderant pur revendre ou tens quant eles sont plus cherez et desirrent [...] carum tempus propter magis care vendere. Alii emunt le cher tens pur plus cherment vendre. ly autre achatent [...] blada in terra vineas in floribus quando ille sunt demonstrate le blé en terre les vignes en fleurs quant eles sont demostrees [...] pulcre in tali modo quale casus contingat quod illi habeant sua chabeles en tel manere quel cas que il avigne qu’il aient leur cha- [...] talla salva. Sextus est in illis qui tradunt suos denarios ad prestandum tel sauf. La siste est en ceus qui baillent leur deners a prester 218 [...] in tali modo quod illi sunt consortes ad lucrum non en tel manere qu’il soient compaignon au gainges non [...] omnino ad perdicionem vel tradunt suas bestias ad medietatem in tali mie au perde. Ou baillent leur bestes a mietoue i en tel [...] modo quod illi si moriantur illa 219 medietas illi allocet allias in suo manere que il se muerent le mitoier imetra ii autres en son [...] loco tam valentes Septimus modus est in eis qui leu ausi vaillans. La septisme manere est en ceus qui 220 218 Ajout dans la marge : .6. 219 Correction par le scribe : ajout de illa. 220 Ajout dans la marge : .7. i M (36, §58) : metoierie. ii Leçon proposée : i metra. <?page no="409"?> 399 [folio 56r] De .6 a . et .7 a . specie usure. De secundo ramo Avaricie scilicet De Furto 221 . putten her pore neyghboris to werke and forcause that they mittunt suos pauperes vicinos ad operacionem et propter hoc quod illi presmetent leur poures voisins en besougne et pur ce que il ont han lent a lytel money or whete. or han doo som cortesye taverunt modicum argenti vel frumenti. vel fecerunt aliquam generoleur presté .i. pou d’argent ou de blé. ou fet aucune cour- And whan they se hem pore and suffrynge than sitatem Et quando illi eos vident pauperes et pacientes tunc toisie. Et quant il les voient poures et suffreteus a that tyme they make covenaunt with hem to doo here werkis for tempore faciunt illi convencionem cum eis ad faciendum eorum negocia propter hoc dont font il marchié a eus de fere leur besoignes pur ce tha that they han take her money tofore the hende to the pore man or quod illi tradiderunt suos denarios 222 previanibus (antea) pauperi homini vel qu’il ont baillé leur deners avant a poure homme ou to hym have lent a lytel whete so that they have thre pens of hem for oon ei prestant parvum frumenti ita quod illi habent tres denarios ab eis propter unicum denarium li prestent .i. pou de blé si que il ont .iii. deners de eus pur .i. denier i . The secunde braunche of avarice Secundus ramus Avaricie L a seconde branche d’avarice 223 is thefte that is to take or to withholde otheris thynge wrong est latrocinium. hoc est capere vel retinere rem alicuius injuriose est larracin. C’est prendre ou retenir autrui chose a tort fully with oute witynge and wille of the owner. And that may oon doo sine scientia et sine voluntate domini. Et hoc potest unus facere sanz senz ii et sanz volunté de seignour. Et ce puet on fere 221 La notation de la majuscule Fest la même que celle que l’on trouve dans le texte pour la traduction anglaise, à avoir ff-. 222 Correction par le scribe : ajout de o. 223 Ajouts : « La seconde branche d’averice » : inséré dans le texte ; « la secunde branche d’avarice » : inséré dans la marge. i M (36, §62) : il ont .III. denrees pour un denier d’uevre. Variante : ont sis deniers d’uevre por trois deniers. ii M (36, §65) : senz seu. <?page no="410"?> 400 [folio 56v] in foure manere of thefte For ther ben some theves open in quatuor modis latrocinii. Quia sunt unus latro apertus en .iiii. maneris de larrons. Car il sont .i. larrons apert. and som theves coverte. And on thef secrete and on thef felaet unus latro coopertus. et unus latro secretus et unus latro coet uns larrons couvert. et .i. larron privé. et .i. larron comwe The thef open and commune ben they [.............] federatus i . Ille latro apertus et communis sunt illi unus facit paignon. Li larron apert et comune sont cil dont l’en fet 224 [...........] and lyven of suche craft [.........................] Of hem ben justiciam et vivunt de tali mistera quando unus [....] Ex eis habentur justice et vivent de tel mester quant on les tient. De ceus y a had many maneris in londe and in see. The thef covert multos modos in terra et in mare. latro coopertus maintes maneris en terre et en mer. Le larron couvert 225 is he that stelith [...............................................] grete thingis est ille qui furatur [............................................] magnas res est cil qui emble en repostaile et covertemenz granz choses or litel by [................] or by trayson or by sutilite. The tother vel parvas per [.........] vel per tradicionem vel per subtilitatem. Alter ou petites par barat ou par traison ou par soutiveté. Li autre thef prive ben thei that stelyn [.....................................] latro secretus sunt illi qui furantur [..............................] larron privé sont cil qui emblent mie aus estrangéz 226 but at prives and of suche ther be had greet and finale. The greet be sed ad secretos et de talibus habentur magni et parvi. Magni sunt 227 mez aus privéz et de tiex ia ii granz et petiz. Li grant sont li 228 224 Ajout dans la marge : .1. 225 Ajout dans la marge : .2. 226 Ajout dans la marge : .3. 227 Réclame signifiant la fin du cahier : « mauvés » 228 Ajout dans la marge : .4. i Cf. DMBLS s.v. cofeoffatus. ii Leçon proposée : i a. <?page no="411"?> 401 [folio 57r] De .4 o . generibus furti in viris et mulieribus shrewde and untrewe baylives prepositours bedellis and sergeantz that mali et infideles ballivi prepositores. bedelli et clientes qui mavéz et li disloial baillis prevos. bediaus et serganz. qui stelen the amendes and hem with holden from her lordis and furantur emendaciones et illas retinent abs suis dominis et emblent les amendes et les retiennent a leur seignours et reken more in mises and in expenses in many resceites computant magis in misis et in expensis in multis receptis content plus en mises et en despenz en maintez receptez and in rentis. Suche beth the greet officers that [...........] et in redditibus Tales sunt magni officiales qui [................] et en rentes i . Tel sont li grant officiel qui es ostiex aus riche men maken her greet despensis and yeven largely divites homines faciunt suas magnas expensas et dant largiter richez hommes font leur grant despenz et dounent largement of the goodes of her lordes with out her knowleche and with out her wille de bonis suorum dominorum sine sua cognicione et sine sua voluntate dez biens leur seignours sanz leur seu et sanz leur volunté To this synne perteyneth wel the synnes of the womman that dooþ Isti peccato pertinent bene peccata de muliere que facit A cest pechié apartient bien li pechéz de la fame qui fet 229 so muche by her synne that she makith that she [........] that is tantum per suum peccatum que facit quod illa [..............] qui est tant par son pechié que li en fes ii qu’ele soit iii de voir qui est of avoutrie bereth the heritage where he hath no right and disheredeþ ex adulterio portare hereditatem ubi ille non habet rectum et in disheredacione d’avoutierre enporte l’eritage ou il n’a droit et en desherite 229 Ajout : « De mulieribus adulteris » : inséré dans la marge. i M (36, §74-5) : qui amblent les amandes et restraignent les rentes leur seigneurs, content plus en mises en en despens, et moins en recetes et en rentes. ii Leçon proposée : li enfes (confirmée par M 36, §77). iii M (36, §77) : set. <?page no="412"?> 402 [folio 57v] the rightful heyres. Suche is the synne of the womman that steleth legales heredes. Tale est peccatum de femina que furatur les drois heirs. Tiex est le pechié de la fame qui emble from hir lorde to yeve to hir fader and moder or to put it into evyl de suo domino ad dandum suis parentibus vel ad ponendum in malos a son seignour pur douner a ses parens ou pur mettre en mauseges And of hem of religione that have proprete. usus Et de illis ex religione qui habent proprietatem vés usage. Et de ceus de religion qui ont proprieté. For they have voued that thei shal lyve with out proprete. The othir be the Quia illi voverunt quod illi viverent sine proprietate. Alteri sunt Car il ont voué que il vivront sanz proprieté. Li autre sont li smale mycheris that stelen the breed and þe wine at home or parvi latrunculi qui furantur panes et vinum domi vel petit larron qui emblent le pain et le vin a l’otel ou other thynges or of her neyghboris her capons and her alias res vel de suis vicinis suos capones et suas autres choses ou a leur veisins leur chapons et leur hennes or her fruittes of their gardyns or other thynges gallinas vel suos fructus de suis gardinis sive alias res gelines 230 ou leur fruiz de leur jardins ou autres choses wh[...] so ever they ben. Suche ben they that with holden that thyngis that they quales que ille sunt Tales sunt illi qui retinent ea que illi queles qu’eles soient. Tiex sont 231 cil qui retiennent les i que il have founde. And wel knowe to whom they perteen and them wole not invenerunt. Et bene sciunt quibus illa pertinent et non ea volunt ont trouvéz. Et bien sevent a qui eles sont et ne les vuelent 230 Correction par le scribe : ajout de e (gelin e s). 231 Correction par le scribe : ajout de t. i M (36, §83) : les choses. <?page no="413"?> 403 [folio 58r] De peccato furti yelde and if thei wot not to whom : they owe not in nowyse with holde reddere et si illi nesciunt non illa debent illi omnino retinere rendre et se il ne les sevent : ne les doivent il mie retehem : but thei owe to doo by conseile of holy chirche or of her consed debent facere cum consilio sancte ecclesie vel suorum nir. mes doivent fere au conseil de seint eglise ou de leur fessoure. The theef by feleship be they that [.................................] confessorum Latro per societatem sunt illi qui [...................................] confessour. Li laron par compaignie sont cil qui partent au larreby feleship or by play or by byinge or in anyoþer wyse. per societatem vel per ludum vel per empcionem vel in alio modo cin par compaignie ou par geieu ou par achat ou en autre ma- Aftir he that consentit or hym counseyle or hym byddith Postea ipse qui consentit vel ipsum consulit vel ipsum precipit nere. Aprés sil que le consent ou le conseille ou le commande to doo. Aftir his mayntenaunce or his receyt in to his hous or facere Post suam manutenenciam vel ipsum recipit in sua domo vel a fere. Aprés son maintigne ou le recepte en son ostel ou in his londe or hidith the theef. Aftir the wykkid justises in sua terra vel celat illum latronem. Postea mali justiciarii en sa terre ou cele le larron. Aprés les mauveses justithat theym suffren per yiftis or by prayeris or by evel qui illos sufferunt per dona vel per rogaciones vel per malas ces qui les sueffrent par douns ou par prieres ou par mauveses resons. raciones resons. 232 232 Ajout : « la tierce branche d’avarice » : inséré dans la marge. <?page no="414"?> 404 [folio 58v] the thridde branche of covetise is thefte that hat many Tertius ramus avaricie est rapina que habet multas L a tierce branche d’averice est rapine que a mult [.................] The ferst is evel executuris of testamentis radices Primus est mali executores testamentorum de rainsseléz. Li primiers est mauvés executeurs de testamenz They robben the ded puple that is over greet untrouthe. The secunde Ipsi spoliant mortuos que est nimis magna infidelitas. Secundus Icist robent lez mors qui est trop grant desloiauté. Le secont is evel lordes be they knyghtis or othir that [..........................] est mali domini sint milites sive alii qui [.................................] est mauvés seignours soient chivalers ou autres qui eschoiher pore men the whiche they aught to kepe [.......................................] suos pauperes homines quos illi deberent custodire [...............................] chent i leurs 233 poures hommes que il deussent garder par tailles ou [................................................] by evel custumes by amendementz [................................................] per malas consuetudines per emendaciones par corvees par enprimes ii par mauvés custumes par amendes by thretenyngis or by othir maneris that they sechen or forthenper minaciones vel per alios modos quos illi querunt vel perpensant par menaces ou par autres maneres que il quierent ou parpenken that they may have of hers./ In this synne ben the quod ipsi possent habere de suis scilicet rebus In isto peccato sunt sent que il puissent avoir de leur. En ce pechié sont li prince and baron that by her strengthe taken citees londes princeps et baro qui per suas fortitudines tollunt civitates terras prince et li baron qui par leur force tolent lez cités les terres 233 Correction par le scribe : ajout de ur. i M (36, §93) : esforcent. ii M (36, §94) : emprunz. <?page no="415"?> 405 [folio 59r] De peccato furti the castellis the baronies. and the oþer riche man that castella baronias et ille alius dives homo qui les chastieux les baronnies et li autre riche homme qui fro her pore neyghboris taken by strengthe londes vynyerdis a suis pauperibus vicinis capiunt ex fortitudine terras vinetas a leur poures voisins tolent a force terre vignes and other thyngis and taken on the right/ and on the left/ that et alias res et capiunt a dextris et a sinistris quod et autres choses et prennent a destre et a senestre que nothyng ne hem may eskape. The thridde be robberis in evel nulla non eis potest evadere Tercii sunt spoliatores in malis riens ne leur puet eschaper. Le tierce est robeors es mauhostries that robben pylgrymes and merchauntis hospiciis qui spoliant peregrinos et mercatores vés ostiex qui desrobent lez pelerins et les marcheanz and the weyfarynge. / Fourte is they that wil not et pretereuntes Quartus est illi qui nolunt et les trespassans. Le quarte est ceus qui ne vulent paye that they owen and they that withholden with wronge [...] solvere ea que debent et qui retinent cum injuria [..........] paier ce qu’il doivent et qui retiennent a tort les loiers from her sergantis or fro hem that doo her werkis The a suis clientibus vel ab eis qui faciunt suas operaciones a leur serganz ou a ceus qui font leur bosongnes. Le fifte is in hem [.........................................................................] Quintus est in illis magnis prelatis that [..................................] quinte est en ceus granz prelaz qui escorchent et raiembent <?page no="416"?> 406 [folio 59v] her sugettis by over greet procuracions or by overmuche oþer suos subditos per nimias magnas procuraciones vel per nimias alias leur sougéz 234 par trop grant procuracions ou par trop d’autres accions that they doo in many wyses These ben the acciones quas illi faciunt in multis modis Isti sunt ille accions que il font en maintes manieris. Ci sont ly wolfes that eten the shepe The sexte is in her baillives lupus qui comedit oves Sextus est in suis ballivis leu qui manguent les brebis. Le siste est en ces baillifs prepositours bedellis officeris otheris qwat so they ben that doon prepositis bedellis officiariis aliis quales quod 235 illi sint qui faciunt prevoz bediaus officiaus. autres quel que il soient qui font greet ravayne and extorsions upon her pore men magnas rapinas et extorsiones super suos pauperes homiles granz rapines et les extorsions suz leur poures homand byen the greet heritages So muche me nes et emunt magnas heretitates. Tantum habentur de mes. et enachatent i les granz heritages. Tant y a d’auhath of oþer maner of thefte that longe thynge it were to telle. aliis modis de rapina quod longa res esset dicere tres manieris de rapine que longue chose serroiet a dire [...] Sed [..................................................................................] Mes auques sont soustenus souz celes qui sont dessus [...] [...] dites 236 234 Correction par le scribe : ajout de o. 235 La grammaire du latin classique demanderait qualesque, mais ici l’abréviation signifie quales quod. 236 Ajout : « le quarte branche d’avarice » : inséré dans la marge. i Leçon proposée : en achatent. <?page no="417"?> 407 [folio 60r] Quartus ramus Avaricie est Injuria facta proximis The fourte braunche of covetyse is clepid [.......] Quartus ramus de avaricia est vocatus [.............] L e quarte branche d’avarice est apelé chalonge and wrathe to oþer of unright. To this synne longen alle the et iracundia alteri ex injuria. Isti peccato pertinent omnia et curre sus autrui a tort. A cestui pechié apartient touz les barrat alle the trecheries alle the falsnes that comen [.............] omnes Decepciones omnes falsitates qui veniunt barraz toutes les trescheries toutes les faussetés qui aviennent in ple. In this clergie hath dame covetise many scoleris in placito In ista clerimonia habet domina avaricia multos scolares en plet. En cest clergie ad dame avarice mult d’escoliers of clerkis and of laise and specially seven maner of puple that clericorum et laicorum et specialiter septem genera hominum qui de clers et de lais et especiaument .vii. maneres de gentz qui her studien. Ferst ben the false plaintifs that make the hic student. Primo sunt falsi implacitantes qui faciunt s’i estudient. Premerment sont li faus pleintif qui font lez untrewe peticions and sechen the false juges and the [..............] falsas peticiones et querunt infideles judices et [.........................] fausses peticions et quierent 237 les faus juges et les lointains the false witnesses the false advocates the false lettres falsos testes falsos advocatos falsas litteras les faus tesmoins lez faus advocas les fausses lettres for 238 an oþer to greve./ and to travayle the puple or by court ad alios vexandum et laborandum gentes vel per curiam pur autrui grever et travaillier la gent ou par la court 237 Correction par le scribe : ajout de re. 238 Correction par le scribe : to exponctué. <?page no="418"?> 408 [folio 60v] temporel or by court cristien ./ The secunde ben false plaintifs temporalem vel per curiam cristianam Secundus sunt falsi [.................] laie ou par la court cristienne. Li seconde sont li faus pleintis i that eschewen and flee that. that right is./ And sechen stopage qui vetant et fugiunt hoc quod rectum est. Et querunt [............] qui eschivent et fuirent ce que drois est. Et quierent barres and delaies to take away from other þat is his./ The thridde ben false witnesses et dilaciones ad tollendum ab alio sua Tercius sunt falsi testes et de lais ii pur tolir a autrui le sien. Li tiers sont li faus tes- Thei make the false mariages. They take away heritages hii faciunt falsa matrimonia. Hii tollunt hereditamoigne. Cil font les faus mariages. Cil tolent les heri- They make so muche evel and so muche harme that noon tes Hii faciunt tanta mala et tanta male facta quod nullus tages. Cil font tant de maus et tant de dommages que nus ne may amende and alle this doo they by her covetyse. The non possit emendare et omnia hec faciunt illi per suam cupiditatem ne purroiet amender et tout ce font il par leur covoitise. Li fourte ben advocates that resceyven shreudely Quartus sunt advocati qui recipiunt malo modo quarte sont li advocat qui reçoivent mauvesement and sutelly the evel causes With her wytynge and et subtiliter malas causas cum sua cognicione et et soutilment les mauvés causes a leur escient et les [................................] or for yfte that they take on the right and [................................] vel propter dona que illi capiunt a dextris et enpechent pur loier ou pur douns que il prennent a destre et i M (36, §111) : fuitif. ii Leçon proposée : delais (confirmée par M 36, §111). <?page no="419"?> 409 [folio 61r] De falsis querelantibus De falsis testibus. et advocatis De falsis Notariis. et Judicibus on the left and maken often tymes to lese her good 239 querelle by her a sinistris et faciunt multociens perdere suas bonas querelas per suam a senestre et font sovent perdre leur bones quereles par leur malice or by ignoraunce or by negligence and turnen ther maliciam vel per ignoranciam vel per negligenciam et convertunt malice ou par ignorance ou par negligence et convertissent lez sayingis and make al day by her covetise as they dicta et faciunt omnibus diebus per suam cupiditatem sicut ipsi ditz et font toutz les jours par leur convoitise com cil that ben maystres of gyle and of barat [............................] qui sunt magistri decepcionis [...........................................] qui sont mestre de guile et de barat et de conchiement The fifte 240 ben the false notaries that make þe false Quintus sunt falsi notarii qui faciunt falsas Li quinte sont li faus notaire qui font les fausses lettres and falsen the sealles and maken evel libellis litteras et falsificant sigilla et faciunt mala libella lettrez et faussent les seals et font les mauvés libellés and many other untrouthes An othir be false juges et multas alias infidelitates Alii sunt falsi judices et trop d’autres desloiautés. Li autre sont li faus juge that more hange of oo parte than of anothir for yftis for qui plus pendent ex una parte quam ex altera propter dona propter qui plus se pendent d’une part que d’autre pur duns pur prayeris or for promisses oþer for love or for hate or for obsecraciones vel propter promissa sive propter amorem sive propter odium sive propter prieres ou pur promesses ou pur amour ou pur haine ou pur 239 Correction par le scribe : -es exponctué (goodes). 240 Correction par le scribe : il a d’abord écrit fourt. Le -ra été exponctué, la lettre -oa été transformée en -if-. <?page no="420"?> 410 [folio 61v] drede and delayen the greet querelis wrongfully and doo timorem et dilatant magnas querelas injuriose et faciunt paor. et delaient lez grantz quereles a tort et font make the greet expenses And receyven greet yiftis fieri magnas expensas. Et recipiunt magna dona fere les grantz despens. Et prennent lez granz dones som tyme of oon and of other and sellen the rightes aliquando tempore ab uno et ab altero et vendunt justicias aucun fois et de l’un et de l’autre et vendent lez justior leven hem to be doo and doo to pore men sive eas dimittunt faciendum et faciunt ad pauperes homines ces ou les lessent a fere et font aus poures genz greet harme that they ne may amende it. The magna dampna quod illi non possunt emendare les granz dommages qu’il ne purroient amender. Li othere ben the evel predecessours 241 that yeven the Alii sunt mali antecessores qui dant autre sunt li mauvés antecessour qui donnent les evel counseilles to juges and make to lese the querellis mala consilia judicibus et faciunt perdere querelas mauvéz conseuz aus juges et font perdre les quereles for the services that they have. Alle these persones forpropter servicia que illi habent Omnes iste persone antepur les services qu’il ont. / / Toutes ces personnes desaide be holden to yelde that that they have had of eny dicte tenentur reddere hoc quod illi habuerunt de aliquo vant dites sont tenues a rendre ce que il ont eu de l’autrui 241 Correction par le scribe : aexponctué (apredecessours). <?page no="421"?> 411 [folio 62r] Quintus ramus avaricie Sacrilegium. et sortilegium evel or wikkidly and harmes that oþer have had by hem male vel nequiter et dampna que alii habuerunt per ipsos mauvesment et les dommages que li autres ont eu par euls. The fifte braunche of covetise is sacrilege Quintus ramus avaricie est sacrilegium L e quinte branche d’avarice est sacrilege. 242 Sacrilege is whan on brekith or hurtith or drawith vio- Sacrilegium est quando unus rumpit vel ledit vel trahit violen- Sacrilege est quant l’en brise ou blece ou traite vilently the thyngis halwed or the persones of holy ter res sanctas vel personas de sancta lainement les choses seintes ou les personnes de seinte chirche Or the [.................] that ben stablid to the service ecclesia vel bon[...] [..........] qui sunt stabilita servicio eglise. Ou les leus bones i qui sont establis au service of god and approprid and that maketh to be doo covetise in many domino et appropriat[a] et hoc facit fieri cupiditas in multis dieu et approprié et ce fet fere convoitise en maintes wises Ferst whan oon draweth the body of oure lord modis Primo quando unus tractat corpus domini nostri maneris. Premerment quant on traite le cors nostre seignur as doon heretikes and witches and evel preste to sicut faciunt heretici et sortilegi et malus presbiter ad com font li herege et li sorcier et li mauvés prestre pur wynne lykewise say I of othir sacramentis./ Aftir whan lucrandum similiter dico ego de aliis sacramentis Postea quando gaignier aussi di je des autres sacramenz. Aprés quant 242 Ajout : « le quinte branche d’avarice » : inséré dans la marge. i M (36, §127) : beneiz. <?page no="422"?> 412 [folio 62v] oon breketh or steleth or drawith vileynously (kerlike) the sanctuaries (ame i heilige stede) unus rumpit vel furatur vel tractat rustice sanctuaria on brise ou emble ou traite vilainement les saintuathe chalices the cresme the corporaces vestimentez calices crisma corporalia vestimenta ries les calices. Le cresme le corporiaus vestemens yhalwid or othir thyngis holy Aftir whan oon brenneth or benedicta (sanctificata) vel alias res benedictas Postea quando unus ardet vel benoies ou autres seintes choses. Aprés quant on art ou brekith monasteries or holy place and archeyerde or hous of frangit monasterium vel sanctum locum et cimitorium sive domum brise mostier ou seint leu et cimitiere 243 ou meson de religion or whan oon drawith by strengthe theym that fleen religionis Vel quando unus extrahit ex vi illos qui fugiunt religion. Ou quant on atret a force ceus qui fuient to þe chirche or into chirchyerde for defense. Aftir whan oon ad ecclesiam vel ad cimitoria pro tuicione Postea quando unus a mostiers ou en cimiters a garant. Aprés quant on dooth in chirche so that blood [....................] Or whan oon facit in ecclesia sic quod sanguis [...................] vel quando unus fet ii en mostier si que sanc ieste iii espandu. Ou quant on doth synne of lecherie. After whan oon puttith (leyth) honde in evel facit peccatum luxurie Postea quando unus mittit manum in malo i fet peché de luxure. Aprés quant on met main par mal in clerk or in man or in womman of Religione After in clerico vel in homine sive in muliere de religione. Postea en clerk ou en homme ou en fame de religion. Aprés 243 Correction par le scribe : ajout de i (cimit i ere). i Forme non identifiée : le substantif ame signifie « évaluation, opinion », qui pourrait ici équivaloire au scilicet latin. Il ne faut pas exclure d’autres interpréataions telles que aine : « one » ou anie : « any », mais ces deux dernières formes n’apparaissent pas accompagnées de la voyelles finale -e dans les dictionnaires consultés. ii M (36, §131) : meslee. iii Leçon proposée : i este. <?page no="423"?> 413 [folio 63r] De sacrilegio whan oon steleth or berith away by evel reson out of quando unus furatur est vel exportat per malam racionem extra quant on emble ou enporte par mauvés reson hors de the place halowid be they thyngis blessid or not blessid locum benedictum (sanctificatum) sive sint res benedicte vel non benedicte lieu benoiet soient choses benoites ou noun benoiwhat ever they be Of this be not alwyse quite they quales que ille sint De hoc non sunt omnino acquieti 244 illi etes queles que il soient. De ce ne sont pas quites cil that the goodes of holy chirche and the patronage expendin qui bona sancte ecclesie et patrimonium expendunt qui les biens de seint eglise et le patremoine despendent en evel uses Ne they also that taken away or withholden in malis usibus. Neque illi eciam qui tollunt vel retinent en mauvés usage. Ne cil aussi qui tolent ou retienwrongfully or with strengthe. or hiden that that be approprid injuriose sive cum fortitudine vel celant ea que sunt appronent a tort ou a force ou celent les i que sont approto holy chirche or hem payen evel./ priata sancte ecclesie vel ea pacant non bene. prieez a seint eglise ou les paient mauvesement. as the rentes the offringes tythes and othir sicut redditus oblaciones decimas et alias si com les rentes les offrendes les dismes et les autres rightis of holy chirche./ Of this same synne rectitudines sancte ecclesie De isto peccato eademmet droitures de seint eglise. De cest peché mesmement 244 Correction par le scribe : ajout de ac. i M (36, §136) : les choses. <?page no="424"?> 414 [folio 63v] be not eny wise quite thei that breke the sonday and the non sunt omnis i acquieti illi qui frangunt diem dominicam et festa ne sont pas 245 quites ceux qui brisent les dimenches et les festes kepable For the holy dayes haven their franchises custodibilia Quia dies sancti habent sua sanctuaria festes gardables. Car li jour seinte ount leur franchise as have also the holy places These ben the [..............] that similiter sicut habent sancta loca. Isti sunt [.......................] qui aussi com ont li seint leu. Ces sont lez rainsseléz qui grawyn of the branchis of sacrilege. nascuntur de ramis sacrilegii. naissent des branches de sacrilege. 246 The sexte branche of covetise is symonie that is Sextus ramus avaricie est symonia qui est L a siste branche d’avarice est symonie qui est callid thus for an inchauntour that had name symon that taliter vocatur propter .i. incantatorem qui habuit nomine Symon qui ainsi apelé pur .i. enchanteor qui ot a noun Symon qui wolde bye of saint peter th’apostle the grace to doo myravellet emere de sancto petro apostolo graciam ad faciendum mivout achater de seint pere l’apostre la grace de fere micles and (to be) offirid greet yiftis. and ther fore they be callid Symons racula et offerri magnum donum et propter hoc vocantur Symoniaci racles et offri grant avoir. et pur ce sont apelé Symoniau alle thei that sellen or byen the thyngis spirituelis that omnes illi qui vendunt vel emunt res sprirituales que tut cil qui ii vendre ou achater lez choses espirituex qui 245 Correction par le scribe : ajout de par. 246 Ajout : « la siste branche d’avarice » : inséré dans la marge. i La forme attendue ici serait non...omnino, traduction habituelle dans ce manuscrit pour la négation ne... pas. ii M (36, §143) : veulent. <?page no="425"?> 415 [folio 64r] Sextus ramus avaricie De simonia is by twene alle the dedly synnes oon of the moost grettest and in est inter omnia peccata mortalia unum magis grande et in est entre touz les pechiés mortiex .i. des plus granz et en this braunche be hade [..................] the ferst is in theym hoc ramo habentur multi [.............] Primus est in illis cest branche a mult de rainssiaus. Le primer est en ceus that sellen or byen the ordres halwyed or the body qui vendunt vel emunt ordines benedictos vel corpus qui vendent ou achatent les ordres benoites ou le cors of oure lorde or other sacramentes of holy chirche. the nostri domini vel alia sacramenta sancte ecclesie. secundus nostre seignour ou autres sacramenz de seint eglise. Le seconde is the synne of hem that sellen the worde of god est peccatum de illis qui vendunt verbum dei secont est le pechié de ceus qui vendent la parole dieu and prechen principaly for money. the thridde is the synne et predicant precipue pro denariis Tercius est peccatum et prechent principaument pur deniers. Le ters est le peché of hem that by yifte or by promisse or by prayeris [........................] de illis qui per dona vel per promissiones vel per deprecaciones [.....] de ceus qui par douns ou par proumesses ou par prieres armé- [........................] make somuche that they [.....................] [........................] faciunt tam quod illi habent [..................] es ou charnex font tant qu’ il ont i autres soient esle- [..................] dignitees of holy chirche [.................................................] [........…......] dignitates sancte ecclesie sicut sunt Episcopatus Abbathie vaus ii dignités de seint eglise com sont evechies abbeies. i Leçon proposée : qu’il ou autres (confirmée par M 36, §147). ii Leçon proposée : esleu aus (confirmée par M 36, §147). <?page no="426"?> 416 [folio 64v] or deneries or othir dignitees that me dooþ by elections sive decanates vel alteras (vel alias) dignitates que faciuntur per electiones ou daienies ou autres dignités que l’en fet par elections The fourte is the synne of hem that by yiftes or by prayeris Quartus est peccatum de illis (vel illorum) qui per dona vel per ro- Le quarte est le pechié de ceus qui par donnes ou par prieor by promisses or by services inhoneste yeven the gaciones sive per promissiones. vel per servicia dishonesta dant res ou par promisses ou par services deshonestes dounent les prebendes or the parisshes or oþer benefices what som ever prebendas vel parrochias vel alia beneficia qualiacumque illa provendes ou les parroices ou les autres benefices quel que il soithen be. The fifte is of hem that by marchaundise (bargeyn) made leven sint Quintus est de illis (vel illorum) qui per mercandizacionem factam dimittunt ent. Le quinte est de ceus qui par marché fesant lessent the benefices or choppen on for an oþer. The sixte is of hem that by beneficia vel cambiunt Sextus est illorum qui per les benefices ou eschangent. Le siste est de ceus qui par covenant made entre in to religione and in hem that in convencionem factam intrant in religionem et in illis qui in tali marchié fesant entrent en religion et en ceus qui en tel suche manere hem resceyven. Many other synnes ther be of diverse modo illos recipiunt Multa habentur alia peccata diversorum manere les reçoivent. Mult y a d’autres pechiés de diverse cases of symonie. But thei pertene more to clerkis qwich have casuum de symonia sed illa appendent magis ad cleric[o]s qui habent cas de symonie mes il apartient plus aus clers que ont 247 247 Réclame signifiant la fin du cahier : « the bokes les livres » <?page no="427"?> 417 [folio 65r] De Symonia the bokes But in alwayes it is nedful to lay libros Sed omnibus viis est necesse laicis les livres. Mes toutes voies est il mestier aus laies persones that thay hem kepe fro that synne in thre cases. Oon is whan personis quod illi se custodiant de (ab) illo peccato in tribus casibus. Unus est quando personnes que il se gardent de cel pechié en .iii. cas. L’un est quant they wille helpe here fadere and moder. or her frendes. to ascende 248 illi volunt adjuvare suos parentes vel suos amicos ad ascendendum il vulent aider leur parens ou leur amis a montier unto dignites of holy chirche. An othir whan they geve prebendez ad dignitates sancte ecclesie. Alius quando illi dant prebendas aus dignités de seint eglise. L’autre quant il donnent les provenouther benefices that be of here yifte. The thridde is qwan thei vel beneficia que sunt de illorum donacione. Tercius est quando illi des ou les benefices qui sont de leur donne. Le tiers est quant il yelden her children in to religione. In these thre pointes if they deliberant suos pueros in religionem. In istis tribus punctis si illi rendent leur enfanz en religion. En ces .iii. poinz se il donyeven or resceyven yiftis or evel prayeris or shreude dant vel recipiunt dona vel malas deprecaciones (rogaciones) vel mala nent ou reçoivent donnes ou mauveses prieres ou mauveservice they shul mowe falle in to this synne of symonie servicia illi poterint statim cadere in isto peccato symonie ses services il purroient tost choer en cestui pechié de symo- For likwyse as sayen þe right scripture thre manere therbe Quia similiter sicut dicunt recte scripture tres sunt modi nie. Car aussi com dient li droit escript il sont .iii. maners 248 Correction par le scribe : unto biffé. <?page no="428"?> 418 [folio 65v] of goodes that been symonye. yiftis of hondis . yiftis of mouth donorum qui sunt symonia. Dona manuum dona oris de donnes qui sont symonie. dons des mains dons de bouche as prayeris yiftis of service inhoneste. oon callith inhoneste sicut rogaciones. dona servicii inhonestatis unus vocat dehonestatem com prieres dons de service deshonesté i . on apele deshonesté ii whan þe service is doon by inhonestee cause or principally quando servicia (servicium) sunt facta (est factum) per inhonestam causam vel principaliter quant ly servises est fet per deshoneste cause ou principaument for spiritual thinge propter rem spiritualem pur chose espirituel. Seventhe branche of covetise is maliciousnes Septimus ramus avaricie est malignitas L a septisme branche d’avarice est malignités. 249 whan a man is malicieux and so 250 develych that he douteth not quando homo est maliciosus et sic diabolicus quod ille non dubitat quant li hons est malignez et si deable que il ne redoubte enywise to doo oo greet dedly synne and horrible or greet omnino facere unum magnum peccatum mortale et horribile vel magnum pas a fere .i. grant pechié mortel et horrible ou grant harme to anothir for litil conqueste or for profite to hym dampnum alteri propter exiguum conquesti vel propter commodum sibi dommage a autrui pur petit de conquest ou pur preu a soi. This boughe hath many [................] The ferst whan ony for Iste ramus habet plures [.................] Primus quando aliquis propter Cest branche a pleseurs reinsseléz. Le premier quant aucun pur drede of poverte or by covetise of lucre forsakith god timorem paupertatis vel per cupiditatem lucrandi negat deum paor de pourté ou par convoitise de gaynier renoie dieu 249 Ajout : « la septisme branche d’avarice » : inséré dans la marge par une autre main. 250 Correction par le scribe : il semble que þe soit exponctué (þe develych). i Leçon proposée : dons de service deshoneste (confirmée par M 36, §161). ii M (36, §162) : don deshoneste. <?page no="429"?> 419 [folio 66r] Septimus ramus Avaricie Est Idolatria diabolo pro bonis and the cristien faith and becomith felowe with a jewe or with a sarrizene To 251 et fidem cristianam et devenit instar contentus cum judeo vel sarrizeno. et la foi crestienne et devient bougre ou Juif ou Sarasin. A this synne longeth the syne of hem that for moneye make to callid huic peccato pertinet 252 peccatum illorum qui propter denarios faciunt vocari cest pechié apartient la pechié de ceus qui pur deners font apeler devels and maken the conjurisons and maken to beholde in demones et faciunt carmina et faciunt intueri in lez deables et font lez enchauntemenz et font regarder en l’esa swerde or in anayle for to [......] or to see theftis oþer other thingis gladio vel in ungulo ad capiendum vel videndum latrocinia sive alias res pee ou en l’ongle pur a taindre i les larrecines ou autres choand of hem also that make or purchacen by charmes or 253 et de illis eciam qui faciunt vel procurant per carmina sive ses et de ceus aussi qui font ou purchacent par charriaus ou by sorserye or by evel dedes what som ever they be. þat the persones that be in per sortileg[i]a vel per maleficia qualia que illa sunt. quod persone que sunt in par sorceries ou par malefice quel que il soit que persones que sont en wedlak haten hem to geder. and mowen not have feleship oon with matrimonio se invicem odiunt. et non possunt habere societatem unus mariage se entreheent. et ne pueent avoir compaignie l’un an othir per feleshippe and by wedlake. Or that tho persones that cum alio per societatem et per matrimonium (vel conjugium). Vel quod persone que non a l’autre par compaignie et par mariage. Ou que persones que ne be not yit ywedid them loven togedre unwysly and by synne sunt adhuc in conjugio se invicem diligunt (vel amant) insipienter et per peccatum sunt mie en mariage s’entre aiment folement et par peché 251 Le scribe s’est trompé de ligne et a inséré To dans le texte latin. 252 Correction par le scribe : -nexponctué (pertinent). La terminaison en -ent du verbe l’a certainement induit en erreur. 253 Correction par le scribe : by biffé. i Leçon proposée : ataindre. <?page no="430"?> 420 [folio 66v] The secunde synne is to shewe in treson qwan oon for lucre Secundum peccatum est demonstrare in tradicione quando unus per lucrum Le secont pechié est demoustré en i traison 254 quant li uns par gaing or for [........] dooth thynge by whiche anoþer is take unto the deth or vel per [.......] facit rem per quam alius trahitur ad mortem vel ou par loier fet chose par quoi autres est trais a mort ou by swerde or by venym or by othir wyse whatsomever it be per gladium vel per venenum vel per alium modum qualemcum que ille fuerit par espee ou par venim ou par autre manere quele que ele soit Thridde is of hem that for lucre brenne townes or Tercius est de illis qui propter lucra ardunt villas vel Le terce est de ceus qui pur gaigne ardent les villes ou houses or castelle oþer citees or monasteries or mansiones vel castella sive civitates. vel monasteria vel les mesons ou les chatiaus ou citéz ou mustiers ou es- [..........] vines and the corne or doo othir harme [..........] vineas et blada vel faciunt alia dampna trepent les vignez et les bléz ou font d’autres dommages [................] Fourte is the synne of hem that sowen the propter [....] Quartus est peccatum illorum qui seminant pur loier. Le quart est le pechié de ceus qui sement les discordes and them purchacen and the plees and the warris with citees discordias et illas procurant et placita et guerra cum civitatibus descores et lez purchacent et lez pléz et les guerres es citéz with castellis and by twene the high men for that þat they cum castellis et inter magnatos homines propter hoc quod illi es chastiaux et entre les hautz hommes pur ce qu’il cui- 254 Correction par le scribe : ajout de i. i M (36, §173) : de murtre et de traïson. <?page no="431"?> 421 [folio 67r] De intoxecantibus. De Incendiariis De seminantibus discordiam De ballivis et aliis et caetera trowyn more to wynne or by plee or in the werre than in the credunt magis lucrari vel per placitum sive in guerro quam in patria dent plus gaigner ou par plet ou en le guerre que en la contre. The fifte is the synne of hem of baillez prepositours Quintum est peccatum illorum ballivorum prepositorum pais . Le quinte est le pechié de ceus des baillés des prevos. bedelle of serjantes that accusen and chalengen bedallorum clientorum qui accusant et acclamant des bediaus dez sergans qui encusent et chalongent the pore puple and hem make [............] or evel to be ledde pauperes homines et illos faciunt [........] vel male [...] les pourez gentz et les font reiembre ou mal menir for litil lucre that thei have by hem. To this synne perteyneth propter exiguum lucri quod illi habent per illos. Huic peccato pertinet pur .i. pou de gaing que il ont par de lez i . A cest pechié apartient the synne of untrewe juges. and of fals advocates. and of false wytpeccatum falsorum justiciariorum et falsorum advocatorum et falsorum le pechié de faus juges et de faus advocaz et des faus nessere wher of we have spoke before in many othir testium unde nos loquti sumus supra in multis aliis tesmoins dount nous avom parlé dessus : en mult d’autres wyses is doo the synne of malice but longe thynge modis est factum peccatum malignitatis (malicie) sed longa res maneres est fet le pechié de malignité mes longe chose it were to say. And morebetter may everyman rede his synnes esset dicere. Et melius potest unusquisque legere sua peccata seroiet a diere. Et miex puet chescun lire ses pechiéz i Leçon proposée : delez (confirmée par M 36, §180). <?page no="432"?> 422 [folio 67v] in boke of his conscience that in shep skynnes in libro de sua consciencia quam in pelle ovis ou livre de sa conscience que en piau de brebis. The eyght branche of covetise is in marchandise Octavus ramus avaricie est in negociacione L e uitisme branche d’avarice est en marchandi- 255 where oon synneth in many wyses for lucre temporel ubi unus peccat in multis modis propter lucrum temporale se ou l’en peche en mult de maneris pur gaing tempoand [...............] in seven maneres The ferst maner is et [..................] in septem modis Primus modus est riel et mesmement en .vii. maneris. La premier manere est 256 to selle the thyng in more dere wise that he may. Secunde vendere rem [i]n magis car[a] sor[te] i quod ille potest Secundus vendre la chose au plus chier que l’en puet. La secunde 257 is lesynge sweryinge. forsweringe forto selle the more his marest mentire jurare. perjurare propter magis vendere suam mercandiest mentier. jurer. parjurer pur plus vendre sa marchanchandise. The tridde wyse is this that he dooth in weyghte and in mesure zacionem Tercius modus est hoc quod ille facit in pondere et in mensura dise. La ters maner est ce ii que l’en fet en pois et en mesure 258 and that may in thre maneris. The ferst wyse is whan oon hath diverse et hoc potest in tribus modis. Primus modus est quando unus habet diversa et ce puet en .iii. maneris. Le premier est quant on a divers weyghtis and diverse mesures and they byen with more gretter weightis pondera et diversas mensuras et illi emunt cum magis magnis ponderibus pois et diverses mesures et achete l’en au plus granz pois 255 Ajout : « le .viii. branche d’avarice » : inséré dans la marge. 256 Ajout dans la marge : .1. 257 Ajout dans la marge : .2. 258 Ajout dans la marge : .3. i Les formes sont difficilement identifiables. ii M (36, §188) : La tierce est li baraz que l’en fet en pois. <?page no="433"?> 423 [folio 68r] Octavus ramus Avaricie. De .vii. peccatis mercatorum or with a more gretter mesure. And sellith 259 with a more lasse [...] vel cum magis magna mensura. et vendit quis cum magis parva [...] ou a plus grant mesure et vent on au plus petit ou la [..................] An other maner is. whan oon mesurith not with a trewe weyght [..................] Alio modo sic est quando quis non mensurat cum recto pondere plus petite. L’autre manere si est quant l’en ne mesure a droit pois or with a trewe mesure. as doon taverneris that fillyn the mesure sive cum vera (recta) mensura sicut faciunt tavernarii (tabernarii) qui implent mensuou a droit mesure si com font li taverner qui emplent le mewith skome. Thrid wyse is. that whan he that sellith by weyghte ram de spuma. Tercius modus sic (hoc) est quando ille qui vendit cum pondere sure de scume i . La terce manere si est quant cil que vent a pois purpurchasith and dooth somuiche that þe thenge þat he ought weye be hevyer more procurat et facit tam quod illa res quam quis debet trucinare sit pejori magis chace et fet tant que la 260 chose que l’en doit peser soit au pere plus weyenge Fourte maner of synne in byinge or sellynge is to selle ponderans. Quartus modus peccati in mercandizacione est venpesanz Le quarte maner de pechié en marchandise est ven- 261 for to a tyme and of that we have spoken of byfore. Fyfte maner dere ad tempus et de hoc loquti sumus nos supra Quintus modus dre a terme et de ce avom nous parlé desseur La quinte ma- 262 is to selle other thynge than he before had shewid as est vendere alias res quam ipse antea demonstrabat sicut nere est vendre autre chose que l’en a devant mostré com the scryveyn that shewith good lettre in the begyninge and after ille scriptor qui monstrat bonam litteram in principio et postea cil escrivein qui mostrent bon lettre au commencement et puis 259 Correction par le scribe : la lettre -sde ce verbe résulte de la transformation d’un -v-. Il s’est certainement laissé influencer par les formes française et latine. 260 Correction par le scribe : ajout de la sur la ligne réservée à la traduction latine. Ceci oblige le scribe à décaler la forme correspondante illa sur la ligne anglaise. 261 Ajout dans la marge : .4. 262 Ajout dans la marge : .5. i Leçon proposée : d’escume <?page no="434"?> 424 [folio 68v] maken evel The sexte is to hide the trouthe of the thinge that he faciunt malas. Sextus est celare veritatem de re quam ille font mauvese. La siste est celer la verité de la chose que l’en 263 wole selle as doon the scorseres of hors Seventhe vult vendere sicut faciunt illi cambiatores equorum Septiveut vendre com font cil maquignon de chevaus. La sep- 264 is to make and to procure that that thynge he wole selle mus est facere et procurare quod illa res quam ille vult vendere tisme est fere et purchacier que la chose que l’en veut vendre seme better than it is as doon the draperis appareat melior quam cum illa non est sicut faciunt illi pannarii apparege meilleur com que ele n’est com font cil drapour that chese derke places where they sellen here clooth qui eligunt loca obscura ubi illi vendunt suos pannos qui elisent les leus obscurs ou il vendent leur drap In many maneris may oon synne in marchandise In multis modis potest unus peccare in marcandisaci- En mult de maneris puet on pechier en marchanbut longe thyng sholde be to say. one sed longa res esset dicere dise mes longue chose seroit a dire. The nynthe braunche of covetise is evel craft Nonus ramus avaricie est mala mistera. vel ars L a .ix. branche d’avarice est mauvés mestier. In that that synne many folke and in many wysis In hoc peccant multi gentes et in multis modis En ce pechent mult de genz. et en mult de maneris 263 Ajout dans la marge : .6. 264 Ajout dans la marge : .7. <?page no="435"?> 425 [folio 69r] Nonus ramus et decimus Avaricie De malis ludis .scilicet ad aleas et caetera as these fonnysshe wymmen. that for litil money bynden hem sicut iste fatue femine que propter modicum argenti obligant se com ces foles femmes que pur .i. pou d’argent s’abandonnent to synne. Also as the heraude and the champion and many ad peccatum Similiter sicut ille nuntius et ille pugil et multi a pechié. Aussi com cil heraut et cil champion et mult othir that for moneye and for temporel profit submitten hem to alii qui pro denariis et pro commodo temporali se humiliant (subiciunt) ad d’autres qui pur deners et pur preu temporiel s’abandonnent a crafte of inhoneste. that may not be doo with owte synne misteram inhonestatis que non potest esse facta sine peccato mestier deshonesté i qui ne puet estre fet sans pechié and of hem that hem doo and of hem that hem susteynen et de illis qui eas faciunt et de illis qui illos sustinent et de ceus qui lé ii fount et de ceus que les 265 isustiennent iii . The tenthe braunche Decimus ramus L a disisme branche 266 of covetise is evel pleyes as been pleyes of the deez and of avaricie est mali ludus sicut sunt ludi alearum et d’avarice est mauvés gieus 267 com sont gieuz de dez et de tables and of other what som ever they be where oon playth for money or tabellarum et aliorum quorumcumque illi sint ubi unus ludit pro denariis vel tablez et de autres quel que il soient. ou l’en jeue 268 pur deners ou for other wynnynge temporel. Suche evel pleyes in especial pro alio lucro temporali. Tales mali ludus specialiter pur autre gain temporiel. Tiex mauvés gieus especiaument 265 Correction par le scribe : ajout de les. 266 Ajout : « la .x. branche d’avarice » : inséré dans la marge. 267 Correction par le scribe : ajout de i. 268 Correction par le scribe : ajout de e final. i Leçon proposée : deshoneste. ii Leçon proposée : le (confirmée par M 36, §197). iii Leçon proposée : i sustiennent. <?page no="436"?> 426 [folio 69v] of the dees and of the tablez ben forbode aftir the lawes alearum et tabellarum sunt prohibiti secundum leges 269 de dez et des tables sont veez selonc lez lois for many synnes that come of suche pleyes The ferst propter multa peccata qui veniunt de talibus ludis Primum pur mult de pechiéz qui viennent de tiex gieus. Le premier 270 is covetise of wynnynge and to despoyle his felow or make est cupiditas lucrandi et ad spoliandum suum consortem est convoitise de gaisner et de despouillier son compaig- The secunde is fulle greet as anleven for twelve not at Secundu[m] est nimis grande sicut undecim pro .xii. non ad non. Le secont est i trop grant com .xi. pur .xii. non mie a 271 oon theself day. nother at thre wekes or at eyghte dayes but in unum mensem. neque ad tres septimanas vel ad octo dies sed in .i. mois ne a treis semaines ou a .viii. jours. mes en the on self day The thridde is to multiplie lesyngis or vayne uno eodem die Tercium est multiplicare mendacia vel vanas .i. mesme jour. Le terce est moutiplier mençonges ou vai- 272 speches and that worse is in greet blasphemies of god and loquelas et quod pejus est in magnis blasphemiis de deo et nes paroles et que pis est en grans blasphemes de dieu et of saintis wherfore god hym wrathith as many tymes byfore de sanctis unde deus se irascitur sicut multociens per antea de seintz dont dieu se corouce si com mult de fois en aprés hath shewid vengance. For somtyme [......................] demonstrat vindictam. Quia aliquando sua convertit a aperte vengance. Car aucune fois leur bestorne le 269 Correction par le scribe : especiaument biffé. 270 Ajout dans la marge : .1. 271 Ajout dans la marge : .2. 272 Ajout dans la marge : .3. i M (36, §208) : Li seconz est usure trop grant. <?page no="437"?> 427 [folio 70r] De periculis in ludo alearum visage be fore by hynde. A knyght ther was that swere faciem ante a retro unus miles erat qui juravit visage ce devant derriere. Uns chivalers fu qui jura 273 by the feet of god a noon this ye lep out upon the cheker per pedes dei statim suus oculus saltabat supra scakcarium par les pex i dieu. tantost son oil li sailli de seus l’esche- An archer by cause that he lost a game.he took 274 Unus sagittarius propter hoc quod ille perdidit unum ludum cepit quier. Ugne archier pur ce que il avoit perdu .i. gieu. prit 275 his bowe and droughe upwarde anenst heven of god The morowe suum arcum et trahebat sursum contra celum dei Mane son arc et trait a mont contre le ciel dieu. L’en demain whan he sat to pleye the arwe felle upon the cheker al blody quando sedebat ad ludum sagitta cadebat super scakcarium sanguiquant sa sist ii au gieu la sete chai sus l’eschequier tout fulle The fourte is the evel exaumple whiche he that nolenta Quartus est malum exemplum quod ille qui sanglante. Le quarte si est le mal essample que cil qui 276 pleyeth yevith to other that beholden the pley. The fyfte ludit dat ad alios qui respiciunt ludum Quintus gieu donne aus autres qui regardent le geu. Le quinte is to lese the tyme that he aughte to fille in good est perdere tempus quod quis (ille) debet implere in bonis si est perdre le temps qui l’en doit emploirer iii en bones werkis and many othir synnes that longe thynge operibus et multa alia peccata quod longa res oevres et mult d’autres pechiés que longue chose 273 Ajout : « Narracio » : inséré dans la marge. 274 Ajout : « Narracio.alia. » : inséré dans la marge. 275 Ajout : « altera » : inséré dans la marge. 276 Ajout dans la marge : .4. i Leçon proposée : yex (confirmée par M 36, §211). ii Leçon proposée : s’asist. iii Leçon proposée : employer (confirmée par M 36, §215). <?page no="438"?> 428 [folio 70v] sholde be to say. Oo thynge is that oweth not to be foryete that. that is esset dicere una res non debet omnino oblivisci quod illud quod seroit a dire. Une chose ne doit 277 - i pas oublier que cil que wonne may not in nowyse good wyse withholde his wynnynge lucratur non potest in nullo bono modo retineri suum lucrum gaigne ne puet en nul bone manere retenir son gaig- But hit oveth to yeve for god if it were not in suche manere Sed illud debet dare propter deum. si illud non esset in tali forma ne. Mes le doit doner pur dieu. c’il n’estoit en tel manere that he it had by [...] or by strengthe. As he that maketh anoþer quod ille hoc habuit per [...] vel per fortitudinem (violenciam). sicut ille qui facit alium qu’il l’eust par barat ou par force com celui qui fet l’autre to pleye with violence. in such caas oon aught restore it to hym ludere ex violencia. in tali casu illud deberet unus reddere illi jeuer a force. en tel cas le devroit ung rendre a celui that it had lost. Also say I of it that men wynne atte turnequi ea perdidit. Similiter dico ego de hoc quod homo lucratur ad torniamentum qui l’ad perdu. aussi di je de ceo que l’en gaigne au tornoiement These ben the branches of covoytise. Inough is had Hii sunt rami de avaricia satis habentur de ment. Ces sont lez branches d’avarice assés y a d’auof othir but they pertenen more to the clergie than to aliis sed illi pertinent magis ad clericos quam ad tres mes eles aupartiennent plus aus clers que aus lewdemen. and þis boke is more made for lewde men þan for clerkis laicos. et iste liber est magis editus (factus compositus) propter laicos quam propter clericos lais et cist livres est plus fet pur les lais que pur les clers 277 Correction par le scribe : ajout de t. i M (36, §216) : Une chose ne doi pas oblier. <?page no="439"?> 429 [folio 71r] De sexto capite bestie. De luxuria. notavi 5. modos whiche folowyn scriptures. qui sequntur scripturas qui sevent lé escriptures. The sexte heed of the best is lecherie qwiche is love Sextum caput bestie est luxuria que est amor L a siste chief de la beste est luxure qui est amour 278 outrageux or inordinate in delectacion of reynes . or in flesshly inordinatus vel deordinatus in delectacione renum vel in delectacione outrageuse ou desordené en delit de rains ou en delit chardelite In suche sinne temptith the devel in fyve maneres as carnali. De tali peccato temptat diabolus in quinque modis sicut nel. De tiel pechié tempte le diable en .v. maneres sicom saith saint Gregore. Ferst in folyly seynge. After 279 dicit sanctus gregorius Primo in fatua tuicione (visione) Postea dit seint gregoirs. Premerment en fol regarde. Aprés in folily spekynge Aftir in folysshe touchinges. After 280 in stulta locucione Postea in stultos tactus postea en folement parler. Aprés en fols atouchemens. Aprés in fonnyssh kyssyngis.Aftir he comith to the dede : of folyly beholdynge 281 in stultis osculis postea venit ad factum de respectu stulto en fols baisers. aprés vient au fet du regarder folement oon comith to the speche. and fro spekynge. to touchynge. And fro touchynge venit unus ad loquelam. et de loqucione ad tactum et de tactu vient on au parler et du parler au touchier et de touchier in to kyssinge. an fro kyssynge to the dede. Thus sutelly dooth ad osculum et de osculo ad opus (factum). Sic subtiliter facit au beiser et du beiser au fet. Aussi soutivement fet 278 Ajout : « le siste chief de la beste » : inséré dans la marge. 279 Ajout dans la marge : .1. 280 Ajout dans la marge : 2.3.4. 281 Ajout dans la marge : .5. <?page no="440"?> 430 [folio 71v] The devel entre from oon in 282 to othir. This synne hym dividith diabolus intrare de uno in alio. Hoc peccatum se dividit le diable entrer de l’un en l’autre. Cist pechié se divise ferst in two maneris . For ther is had lecherie of herte primo in duobus modis Quia habetur luxuria cordis premerment en deus maneris. Car il y a luxure de cuer and lecherye of body. Lecherie of herte hath so thre degrees. For et luxuria corporis Luxuria cordis sic habet tres gradus. Quia et luxure de cors. La luxure de cuer si a .iii degréz. Car the spirit of fornicacione that brenneth of fire of lecherie [......] spiritus fornicacionis qui se ardet de igne luxurie [..................] l’espirit de fornicacion qui s’ert i de fu de luxure embraser [...............] makith ferst to come the thoughtes. the figures [...............] facit primo venire cogitaciones. figuras es cuers fet premerment venir les penséz les figures the ymaginacions of synnes to the herte and makith to thynke ymaginaciones peccatorum ad corda et facit pensare les ymaginacions de pechiéz es cuers et ifet ii penser And aftir the herte abidith hym in these thoughtis and hym deliteth Et postea cor expectat se in istis cogitacionibus et se delec- Et a pres iii li cuers se demoere en ses penseez et se delite [...] tatur [..............................................................................] en coer ne fet mie l’oevre pur riens et cest demoeure [...] [...] en cist deliz et est iv lecont v degré qui puet estre pechié 282 Correction par le scribe : ajout de in. i M (37, §22) : seit. ii Leçon proposée : i fet. iii Leçon proposée : aprés. iv M (37, §25-6) : Aprés, li cuers si demeure en ces pensees et s’i delite, encores ne feist il mie l’euvre por rien ; en ceste demeure et ce delit est li seconz degrez. v Leçon proposée : le secont (confirmée par M 37, §26). <?page no="441"?> 431 [folio 72r] De speciebus luxurie dedly so greet may be the delectacione. The thridde gree is consentmortale tam grandis potest esse delectacio. Tertius gradus est consensus mortel si grant puet estre le delit. Le tiers degré est le consentynge of herte and reson and of the wille. And suche assentynge cordis et Racionis et Voluntatis et talis consensus tement de cuer et de la reson et de la volunté et tiex consentement is al dayes synne mortel. Aftir assentenge comyth est omnibus diebus peccatum mortale. Post consensum venit est touz jours pechiéz mortiex. Aprés le consentement vient desire and greet ardure that he hath of synnynge. And maken desiderium et magnus fervor quod ille habet peccandi. Et faciunt le desirrier et le grant ardure que il ont de pechier. Et font more that twenty synnes in the day. in seynge his ladyes. his damseles plus quam viginti peccata in die in 283 videndo suas dominas. suas damicellas plus de .xx. 284 pechiéz le jour envoier i ses dames ces damoiseles arayde and clothid that often tyme hem buske and hem aray þe more preparatas et ornatas que multociens se preparant et se ornant magis pareez et aparellieez qui sovent se parent et se paraillent ii plus disgisingly et more honestely for to make dote (vel muse) doteris lascive et magis honeste ad faciendum musare musatores cointement et plus honestement pur fere muser les musars on hem. and they trowe not in eny wise that thei 285 grevously to have synned for þat thei ad illas. et non credunt omnino graviter peccasse propter hoc quod ille a elez et ne quident pas grevement peché pur ce que eles have noon appetit to doo the dede. But certeynly thei synne non habent omnino appetitum ad faciendum opus Sed certe ille peccant n’ount pas talant de l’oevre 286 fere. Mes certes eles pechent 283 Correction par le scribe : ajout de in. 284 Correction par le scribe : ajout de .xx. 285 Correction par le scribe : ajout de ei. 286 Correction par le scribe : ajout de e (o e vre). i Leçon proposée : en voier (confirmée par M 37, §29). ii M (37, §29) : aparaillent. <?page no="442"?> 432 [folio 72v] right grevously For the occasion of hem perisshent many multum graviter Quia occasio illarum pereunt multe mult grevement. Car i la cheson ii d’eles 287 perissent mout des soules and þere ben many folk put to deth and to synne. For anime et sunt multi gentes missi ad mortem et ad peccatum. Quia ames et sont mult de gens mis a mort et a pechié. Car also as saith proverbe. « A lady of faire aray es an arblast similiter sicut dicit proverbium « Domina de pulcro apparatu est arbalista aussi com dit li proverbes. « Dame de bel atour est a[r]baleste to a tour ». for sche ne hath membre in her body that neis oon gryne to ad turrim » quia illa non habet membrum in suo corpore quod non sit unus laqueus ad a tour » car ele n’a membre en son cors qui ne soit .i. laz au deof the devel as saith salomon. Wher fore she behovith in the day of jugediabolum. sicut dicit salomon. Unde illa oportebit in die judicii able si com dit salemon. Dont il covendra au jour de jugement yelde acountis of them that for occasione of hem ben loste and reddere racionem illorum qui propter occasionem illarum sunt perditi et ment rendre raison des iii que pur encheson d’eles iv sont perduz et dampnati That is to say. whan they yeven occasione of synnynge dampnati Hoc est dicere quando ille dant occasionem peccandi dampnés. C’est a dire quant il donnent a cheson v de pechier of her knowynge. Lecherie of herte hym dividith in to lecherie of feet ex sua sciencia Luxuria cordis se dividit in luxuria pedum a leur escient. Luxure de cors se devise en luxure des pex vi of mouth of hondis of eris of alle the wyttis of body vii oris manuum aurium omnium suarum sensuum corporis viii de bouche des mains d’oreles de touz ces senz du cors espe- 288 287 Correction par le scribe : de les modifié en deles, par ajout d’un tiret. 288 Réclame signifiant la fin du cahier : « cially aliter ciaument » i M (37, §31) : car par. ii Leçon proposée : l’acheson. iii M (37, §45) : des ames. iv M (37, §45) : de lei. v Leçon proposée : acheson. vi Leçon proposée : yex (confirmée par M 37, §47). vii Leçon rejetée : spe. viii Leçon rejetée : speci. <?page no="443"?> 433 [folio 73r] De speciebus luxurie specialli of here filthe To this synne perteyneth alle specialiter de sua turpitudine. Ad hoc peccatum pertinent omnes ciaument de leur vilonnie. A cest pechié apartinent toutes les thinges by qwiche the flesshe sowith and desireth suche werke as res per quas caro seminat et desiderat tale opus sicut sunt exceschoses par quoy la char sement i et desire tel oevre com sont be outrageous excesse of drynke and of mete and softe bedde and of gownes sus potacionis et commestionis. mollis lectus robarum delili outrageus ii de boire et de mangier. li suoef lit. robes delidelicat and of alle kynde of restis of the body above mesure (out of nede) of nede ciosarum et omnium generum requiarum corporis ultra necessitatem hoc cieuses et toutez maneris d’aiese de corps outre neccessité. Le þis synne of here lecherie dividith hym into many branches after peccatum suarum luxuriarum se dividit in pluribus ramis secundum pechié de leure iii de luxure se devise en mult de branches sethe staat of the persones that doo hem and goo in encressinge fro evel statum personarum illarum qui hoc faciunt et transiunt in ascensum de malo lonc l’estat des personnes qui le font et va en montant de mal in to yvel and from badde to worse The ferst braunche is of man and of womman þat in malum et de malo in pejus. Primus ramus est hominis et femine qui en mal et de mal en pis. Le premer est d’omme et de fame qui 289 have not eny place of weddynge ne of orderinge ne of religione non habent ullum locum nupciarum neque ordinis neque religionis n’ount nul leu de veu de mariage ne d’ordre ne de religion ne of other. This is the ferst synne mortalle in werke of lecherie neque aliquorum Hoc est primum peccatum mortale in opere luxurie ne d’autre. C’est le premer pechié mortel en l’oevre de luxure 289 Ajout dans la marge : .1. i Leçon proposée : s’emeut (M 37, §80 : s’esmuet). ii M (37, §81) : outraige. iii Leçon proposée : le pechié de l’evre de luxure (confirmée par M 37, §95). <?page no="444"?> 434 [folio 73v] The secunde synne is commune womman. this synne is more grevous. For it Secundum peccatum est in femina communi hoc peccatum est magis grave. Quia illud le secont est en fame comune cest pechié est plus grant. Car il 290 is more foule and therfore this is that wymmen þat ben maried at tyme or est maius turpe et ideo quod iste mulieres sunt ad tempus aliquod conjugate vel est plus vil et pur ce que ces fames sont a la fois marriés ou of religione refusen ne forsake ony man noþer brother ne cosyn neyþer sone de religione neque refutant aliquem nec fratrem nec cognatum nec filium neque de religion ne ne refusent nullui ne frere ne cosin ne le fiz ne ne fader. Thridde synne est hominis [..............................................] patrem. Tercium peccatum est hominis alligati mulieri [.................] le pere. Le tiers est d’omme deslié a fame veneue i ou la reverse. 291 Fourte is to dele with a mayden. Fyfte is with a womman weddid that is Quartus est cum puella concubina. Quintus est cum muliere conjugata hoc est pec- Le quart est a pucele. Le quinte est a fame mariee c’est pe- 292 synne of avoutrye. that is fulle greet synne. For it is trespace in brekynge catum adulterii quod est nimis grande. Quia illud est delictum chié d’avoutierre. qui est mult grantz. Car il y a trespassemenz of faith. the whiche oon shulde have to the tother. Aftir ther is sacrilege fidei quam alter debet portare alteri. Post habetur sacrilegium quando de foy que l’un doit porter al autre. Aprés il y a sacrilege quant whan oon breketh the sacrament of holy wedlak of it comith som tyme unus frangit sacramentum sancti conjugii ex hoc venit aliquo on brise le sacrement de seint mariage si en avient aucune disenheritaunce of body and of untrewe mariage. These synnes tempore disheredacio corporis et ex infideli matrimonio. hec peccata fois desheritement de cors et de faus mariagez ii . Cist pechiés 290 Ajout dans la marge : .2. 291 Ajout dans la marge : .3. 292 Ajout dans la marge : .4.5. i M (37, §100) : veve. ii M (37, §108) : le desheritement des hoirs et faus mariaiges. <?page no="445"?> 435 [folio 74r] De speciebus luxurie doublen hem som tyme whan the synne is of man maryed with womman se duplicant aliquo tempore quando illud est de homine copulato cum muliere que habet se double aucun fois quant il est d’omme marié a fame qui a that here husbande The sexte is whan man hath his owne wyf and dooth thyng suum maritum Sextum est quando homo cum sua propria uxore facit rem son baron. Le siste est quant li hons a sa propre fame fet chose 293 forboden and inordinate ayenst nature of man. and ordre of wedlak prohibitam et inordinatam contra naturam hominis et ordinem matrimonii defendue et desordennee contre nature d’omme et ordre de mariage with his owne swerde oon may flee hym self Inlyke wyse may oon with his Cum suo proprio gladio seipsum potest unus occidere Item potest ille cum sua De sa propre espee se puet on occire. Aussi puet il oveque sa 294 owne wyf synne dedly For this good smoot with evel propria uxore peccare mortaliter propter hoc percussit i deus pessima propre fame pecher mortelment. pur ce feri diex de mal deeth [...................................] the devel that had name morte [...................................] diabolus qui habuit nomen mort Onan le venu ii Jacob le diable qui avoit a noun Asmodeus strangled seven men weddid to the holy mayden Sare 295 asmodeus jugulavit septem viros cum sancta puella sara asmodeus estrangla les .vii. barons a la seint damoisele sarre que whiche after was wyf to the yonge tobye For alle the sacramentes que postea fuit uxor juvenis thobie Quia omnia sacramenta que puis fu fame a jovene thobie. Car tous les sacremenz of holy chirche aman aught to entrete clenly (honestly) and to have in greet sancte ecclesie quisque debet tractare ornate et habere in magna de seinte eglise l’en doit traiter netement et aver en graunt 293 Ajout dans la marge : .6. 294 Ajout : « .Exemplum. » : inséré dans la marge. 295 Ajout : « nota historiam » : inséré dans la marge par une autre main. i Leçon rejetée : procussit. ii Leçon proposée : nevu (confirmée par M 37, §113). <?page no="446"?> 436 [folio 74v] reverence Seventhe is of a man with his gossibbe or with his god reverencia Septimum est de homine cum sua commatre vel cum filioreverence. La septisme est d’omme avec sa commere ou a filli- 296 doughter/ or [.....................................................................] la vel de filiola cum filiis sui compatris [.............................] ole ou de filliole aus enfans. Son parain au sa maraine For suche may not be knot togeder in way of maryage the .viii.the 297 Quia tales non possunt se copulare [...] per matrimonium Octavum Car tiex ne se pueent assembler neis par mariage. Le uitsynne is of a man with his kynne rede and that synne is more or lesse peccatum est hominis cum sua parentela et hoc peccatum crescit vel decrescit isme est d’omme a sa parenté i et cest pechié monte ou abesse 298 aftir that the kynrede is nygh or of ferre The nynthe is of secundum hoc quod illa parentela (consanguinitas) est proxima vel de longinqua Nonum est de hoselonc ce que li parages est de pres ou de loing. Le .ix. est de l’oma man with the kynrede of his wyf or the contrary the womman mine ad consanguinitatem sue uxoris vel [...] uxoris cum consanguinitate me a la parenté sa fame ou la reverse de fame avec les parens 299 with the kyn of her husbonde. This synne is fulle grevous. For whan man felesui mariti Hoc peccatum est valde grave. Quia quando homo son seignur. Cest pechié est trop granz. Car quant li hons comshipeth with eny womman he may never more aftir have by mariage cognoscit (ludit) cum aliqua muliere ille non potest amplius per matrimonium habere paignie avec aucune fame il ne puet puis par mari[a]ge avoir noon of here kyn And if he take eny the mariage is noon ullam de suus consanguineis. Et si ille capit illud matrimonium est nullum nul de ses cousins. Et se il la prent la mariage est nul. ii 296 Ajout dans la marge : .7. 297 Correction par le scribe : ajout de e. 298 Ajout dans la marge : .8. 299 Ajout dans la marge : .9. i M (37, §118) : parente. ii Leçon rejetée : la conjonction Et a été copiée et traduite deux fois (Et ; And). <?page no="447"?> 437 [folio 75r] De speciebus luxurie And if he take a wyf. and after Et si ille capit uxorem et postea i Et se il prent fame et aprés is knowen to here kyn rede he lesith the rygh that he had with his wyf apparet sue consanguinitati ille perdit jus quod habuit cum sua uxore apert a sa parenté il perde le droit qu’il avoit a sa fame in so muche that he ne may nomore dwelle with here [...................] in tam quod ille non potest plus habitare secum neque illum requiret en tant que il ne puet puis habiter a ele ii ne l’en requiert [......] The tenthe with aclerk ordred This synne is gretter or [......] Decimum est cum clerico ordinato. Hoc peccatum crescit et avant. Le .x. est avec clerc ordenné. Cest peché monte et 300 lasse after the ordres and dignitees Th’enleventhe es decrescit secundum ordines et dignitates Undecimum est de femina abasse selonc les ordres et les dignitéz. Le .xi. est de fame 301 of a religioux womman with a seculer man and this synne is more or lesse de religione cum homine seculari et hoc peccatum crescit et decrescit de religion avec homme de secle et cest peché monte et abesse aftir the staat of the persones þat dooþ it. The twelfte is of prelatis þat secundum statum personarum que hoc faciunt Duodecimum est de prelatis qui selonc l’estat de personnes qui ce font. Le .xii. est de prelaz qui 302 owyn to be the fourme and th’exaumple of clennesse and of holynesse debent esse forma et exemplar mundicie et sanctitatis doivent estre fourme et essample de netté et de saintee a to alle the worlde The last is moost foule and moost unclene þat toti mundo ultimum est magis vile et majus turpe quod tout le monde. Le derrain est le pluis iii vil et le plus ort qui 303 300 Ajout dans la marge : .10. 301 Ajout dans la marge : .11. 302 Ajout dans la marge : .12. 303 Ajout dans la marge : .13. i Leçon rejetée : le scribe récrit la phrase que l’on trouve à la fin de la page précédente : « Et se il la prent le mariage est nul ». ii M (37, §122) : lei. iii Cf. AND2, sv. plus. <?page no="448"?> 438 [folio 75v] is to nemne that synne is ayenst nature whiche the est nominare hoc peccatum est contra naturam quod diabolus fet a nomer i cest pechié en contre nature que le deable devel techith man and womman in many wyses whiche be not docet hominem et feminam in multis modis qui non enseigne a homme et a fame en mout de maneris qui ne to be nemnid for the mater that is abhominable In consunt nominandi propter materiam que est abhominabilis In consont anomer pur le matiere qui est abhominable. En confessione he owith to telle or she what to hem hath happid. For in fessione ille debet dicere vel illa qualiter ei contingit Quia in fession le doit dire cil ou cele a qui il est avenu. Car de how muche that the synne is grevous and more horrible so muche quanto quod peccatum est gravius et majus horribile tanto tant com li pechiéz est plus granz et plus horibles de tant more worth and ii better is the confessione. For the shame that oon hath in seyvalet melior confessio Quia verecundia quam unus habet dicenvaut miex la confession. Car la hounte que l’en a de dire inge. is a greet part of penaunce. This synne displesid god di. est magna pars penitencie. Hoc peccatum tantum displicuit est grant partie de la penitence. Cist pechiéz tant desplest so muche that he raynid brennynge fyre and stynkyng bremstone.upon deo quod ille pluebat ignem ardentem et sulphur fetens super a dieu que il iii pluvoir feu ardant et suffre puant sus the cite of gomore and sodome And drownyd fyve cytees civitatem gomorre et sodome et submergit quinque civitates la cité de gomore et de sodome et enfondi .v. citéz iv i Leçon proposée : anomer (confirmée par M 27, §127) ii L’abréviation est identitique à celle utilisée par le scribe pour la forme verbale latine est. iii M (37, §133): il en fist plovoir. iv Leçon rejetée : la préposition en apparaît en cette fin de folio et est répétée au début du prochain. <?page no="449"?> 439 [folio 76r] De peccato contra naturam De .vii. capite bestie scilicet De gula et mali loquio in the pytte of helle/ the self develis that this synne purchasid han in abisso ipsi met diaboli qui hoc peccatum procurarunt habent 304 en abisme/ li deables meismes qui le peché purchaça en a greet shame whan oon dooth it magnum pudorem quando unus hoc facit graunt honte quant l’en le fet 305 The seventhe hed of the beest is this : the synne of the mouth Septimum caput bestie est hoc peccatum de ore L a septisme chief de la beste si est la pechié de la bouwhiche hath two offices. oon longeth to the taast as drynke and quod habet 306 duo officia unde unum pertinet ad gustum sicut potus et che que a .ii. offices dont l’un apartient au goust come boire et mete Anothir is in spekynge therfore he divydith hym edulium Aliud est in locucione propter hoc se dividit in duobus partibus mangier 307 . Li autre si est en parler pur ce se devise en .ii. parties in two principal partes. that is to wyte in the synne of glotenye that is 308 synne principalibus videlicet in peccato gule quod est peccatum principaus. C’est assavoir ou pechié de glotonie qui est pechié of the mouthe in drynkynge and in etynge/ And in the synne of evel tonge/ oris in potacione et in 309 comestione/ Et in peccato male lingue de bouche en boire et en mangier/ Et en pechié de mal lanthat is foly speche And first we shal say of the quod est stulte loqui Et primo dicemus de pecgue qui est folement parler. Et premerment dirons de pesynne of glotenye whiche is a vice that plesith muche the devel cato gule quod est unum vicium quod multum placet diabolo chié de gloutonnie qui est .i. vice qui mult plet au diable 304 Correction par le scribe : citéz biffé. 305 Ajout : « la .vii. chief de la beste » : inséré dans la marge. 306 Correction par le scribe : habet biffé. 307 Correction par le scribe : ajout de i. 308 Correction par le scribe : ajout de is. 309 Correction par le scribe : ajout de in. <?page no="450"?> 440 [folio 76v] 310 and gretly displesith god by this vice hath the devel greet et nimis displicet deo per istud vicium habet diabolus magnam et mult desplet au dieu. per cel pechié a le diable grant power in man Wher of we rede in the gospel potesta in homine Unde nos legimus in evangelio 311 povoir en homm[e] i . Dont nous lisoms en l’evangile that god yaf licence to the feende to entre in to hogges and quod deus dabat licenciam diabolo intrandi in porcos et que diex done ii congié au diable d’entrer es porciaus et whan they were entrid they drowned theym in the see In token quando fuerant intrati illi 312 eos submergebant in mari In signum quant ifurent iii entré. il les noierent en la mer. En senethat in glotons that leden the lyf of hoggis quod in gulosis qui ducunt vitam porcorum fiance qui es gloutons 313 qui moinent vie des porciaux the devel hath leve to entre in hem. and to drowne hem in þe see diabolus habet licenciam intrandi in eos et mergere in mari li diables a congié d’entrer en eux. et noier en la mer of helle. and to make hem to ete so muche that they to berst. and inferni et illos facere tantum comedere quod illi crepuere et tantum d’enfer et de eus fere tant manger que il crevent et tant to drynke so muche that they drowne Whan the champione over comyth potare quod mergunt Quando campio devincit suum socium boire que il noient. Quant le champion a son compaignon 314 his felowe. and he holdith hym by the throte that he releve not : soo et superavit et illum tenet per guttur [......................] similiter a batu iv et il le tient par la gorge a envis se releve : aussi 310 Un dessin de l’incarnation de la gloutonnie apparaît dans la marge. Il représente un homme portant des oreilles d’âne et vraisemblablement en train de boire à une coupe. 311 Correction par le scribe : ajout de a. 312 Correction par le scribe : -ecorrigé en -i- (ille). 313 Correction par le scribe : ajout de u. 314 Correction par le scribe : ajout d’un n (compaig n on). i Leçon rejetée : hommo. ii M (38, §10) : dona. iii Leçon proposée : i furent (confirmée par M 38, §10). iv Leçon proposée : abatu (confirmée par M 38, §13). <?page no="451"?> 441 [folio 77r] De peccato Gule. is of hym who[m] i the devel holdeth undir hym by that vice and ther est de illo quem diabolus tenet sub se per illud vicium et ideo querunt est celui que li diable tient souz lui par cel vice et pur ce li quefore lefly he takith the throte as a wolf dooth to the shepe fo libenter ad gulam sicut lupus facit ad ovem urt volunters a la gueule com li lous fet a la berbis pur to strangle/ As the devel dide to eve and to caym in paradys terrestre jugulandam/ sicut diabolus fecit eve et a caym in paradyso terrestri estrangler/ com il fit a eve et a caym ii . en paradis terrestre. these be synnes of helle that taken fysshes by the gile [...] Hec sunt peccata inferni qui prendunt pisces per gulam (branciam) [...] C’est lé pechiéz iii d’enfer qui prent les poissons par la gueule a [..............] This vice displesith god For the gloton dooth [..............] Hoc vicium displicet deo./ Quia gulosus facit la meton iv . Cist vice displait a dieu. Car le glouton li fet over greet shame qwan he makith his god of his sakke fulle of dunge nimis magnum pudorem quando ille facit suum deum de uno sacco pleno fimorum trop graunt 315 hounte quant il fet son dieu d’un sac plein de fiens. that is of his wombe whiche he lovith better þan god [......................] and servith hym hoc est de suo ventre quem ille amat magis quam deum et eum [.......] et ei servit C’est de son ventre que il aime miex que diex e le creint et le sert. god byddith hym to faste. the wombe saith « nay at wille ete deus ipsum precipit jejunare/ Venter dicit quod « non : ad libitum codiex li commande a jeuner. li ventres dit que « noun : ains manthou longe and a treet »./ If eny byddith hym medas longe diuturne et successive » Siquis ipsum precipit geras 316 longument et a tret ». Si l’en li commande 315 Correction par le scribe : ajout d’un u (gra u nt). 316 Correction par le scribe : et atret biffé. i Leçon rejetée : whon. ii M (38, §15) : Adam. iii M (38, §17) : li peschierres. iv Leçon proposée : l’ameçon (confirmée par M 38, §17). <?page no="452"?> 442 [folio 77v] erly to ryse in the name of god/ he saith « I shal not/ I am over mane surgere in nomine dei/ ille dicit « non faciam/ ego sum nimatin a lever ou noun dieu. il dit « non feroi. je sui trop fulle me must nedes slepe i the chirche is not oponed mis plenus dormire me oportet. ecclesia non est aperta plains dormir m’estuet le mostiers n’est pas ouvers ii he wole abyde me »/ And whan he reyseth hym/ thus he bygynneth his maille me vult expectare »/ Et quando ille se levat/ sic incipit suas mail ma tendra iii ». Et quant il se leve : si comence ses matynes/ and his prayeris/ « A lord » god saith he « what shal we ete tutinas/ et suas preces/ « A deus » dicit ille « quid comedemus nos tins et sé priers. « Hee diex » dit il « que mangerom nous where shal we fynde eny thynge that is aughtworth » Aftir these ubi inveniemus nos res que valent » Post has hui troverom nous riens qui vaile ». Aprés ces matyns comen the laudes/ « A lord what we had matutinas veniunt laudes/ « A deus quod habuimus matins viennent les laudes. « diex com eusmes good wyn and good metis. » Aftir he weyleth (wepith) his synnes bonum vinum et bonas escas » Postea lacrimatur (lamentatur) sua peccata bon vin et bones viandes ». Aprés si pleure cez pechiéz and saith « Alas » saith he « I was to nyght nyghhand deed/ over stronge et dicit « Evax » dicit ille « fui in nocte fere mortus/ nimis fuit heri et dit « helas » fet il « j’ai a nuit esté mors/ trop fu er myghty was the wyne yesterday/ myn hed aketh. I shal never be wel at ese vinum forte doleo caput/ ego non ero unquam dispositus soir le vin fort la teste me delt je ne seroie mes 317 aiese 317 Correction par le scribe : ajout de mes. i Cf. MED, s.v. nedes (adv) « nécessairement, forcément ». ii M (38, §21) : lievres. iii Leçon proposée : il m’atendra. <?page no="453"?> 443 [folio 78r] De gula. et de .5. speciebus ejus tyl I have drinke » he hath an evel god / these vices leden donec habeam potum »/ hic habet malum deum/ Hec vicia ducunt si auroi beu » : ci a mauvés dieu. Cist vices moine aman in to shame Ferst he be comith a taverner aftir hominem pudorem/ Primo ille devenit tabernarius postea homme a honte. Primes il devient tavernier. puis plaith at dees aftir selleþ his thynges after becomith a rybaude ludit ad talos postea vendit sua postea devenit ribaldus jeue auz dez. puis vent le sen. puis devient ribaut. lechour and thef/ Aftir hym hangeth oon/ this is the skot the payeþ lyxuriosus et latro deinde ipsum suspendit unus/ Est c[....] quod ille solvit holier et larron. puis le pent on. C’est le scot i que il paie often tyme/ These synnes dyvyden hem aftir saint gregore quam sepe creber/ hec peccata se dividunt secundum sanctum Gregorium souvent./ Cist pechiéz se divise selonc seint g[r]egoires 318 in fyve maneris/ For in fyve wyses synneth man by etynge in quinque modis/ Quia in quinque modis peccat quis per commestionem en .v. maneres. Car en .v. maneres pechie l’en par manger and by drynkynge./ or by that that man etith and drynketh by fore hour et per potacionem/ utrum per hoc quod quis comedit et bibit ante horam et par boivre ou par ce que l’en mangue et boit devant eure or with oute mesure./ or over hastyly/ or to plentefully/ The vel sine mensura vel nimis avide vel nimis habundanter ou sans mesure ou trop ardaunt/ ou trop plenteuresement. Ferst braunche wher thurghe man synneth in etynge byfore Primus ramus unde quis peccat in comedendo ante La premier branche dont l’en peche 319 en mangier avaunt 320 318 Correction par le scribe : ajout de e (g[r] e goires). 319 Correction par le scribe : -iexponctué (pechie). 320 Ajout dans la marge : .1. i Leçon proposée : l’escot (confirmée par M 38, §28). <?page no="454"?> 444 [folio 78v] th’oure it is fulle unwys thyng of aman that hath age whan he may abyde horam est nimis fatua res/ hominis qui habet etatem quando potest expectare eure est trop laide chose d’omme qui a eage quant puet attendre th’oure to ete And it comith of greet lecherie. that man that is horam comedere et ex magna luxuria venit quod homo qui est eure de manger et de grant lecherie avient que homme qui est stronge of body wythoute cause resonable rennyth to the table as fortis ex corpore sine causa racionabili currit ad tabulam sicut fors de cors sanz acheson resonable court a la table com dooth a beest [......] by fore houre/ And many synnes comyn facit una bestia [...] ante horam/ Et plurima peccata veniunt fet une best mue devant eure. Et mult de pechiéz avienof suche unlesful custome Where of it comyth that suche ex tali consuetudine Unde evenit illud talis homo nent de cele i acoustumance. Dont il avient que tiex hons a man saith/ that he may not faste ne doo penaunce / For he saith dicit quod ille non potest jejunare neque facere penitenciam Quia 321 ille habet dit que il ne puet jeuner ne fere penitence. Car il a ce that he hath a ful evel hed. And he saith soth/ For he makith it so./ dicit nimis malum caput/ et ille dicit verum/ Quia ille hoc tale facit dit trop mauvese chief et il dit voir. car il l’a tel fet and an evel herte also that hath made hym to breke his fast./ whiche et malum cor similiter quod ipsum fecit frangere (dissolvere) suum jejunium quod et mauvese cuer avec qui li a fet brisier sa jeune qui is over grevous synne [.....................................................] est nimis grave peccatum et sic ille se dampnat totum per ipsum est trop grantz pechiés et se il se damnast tout par lui 321 Correction par le scribe : ajout de a. i M (38, §33) : tele. <?page no="455"?> 445 [folio 79r] De gula. et speciebus illius [...] [.........................] sed ille vult habere socios qui ne puet chailoir. mes il veut avoir compaignons qui [...] similiter faciant sicut ipse quos ille trahit de bono opere et aussi facent com luy. lez quiex il trait de bien fere et [...] ducit secum in infernum Quia eos facit dissolvere sua moine avec lui en enfern. Car il leur fet brisier leur [...] jejunia et facere gulositates a quibus se custodirent si jeunes et fere lez gloutonnies dont il se gardassent se [...] ille non fuisset. he male societates quas ille potator ille luxil ne fust. Lé mauveses companies que cil beveur cil leche- [...] uriosus in aliis malis que ipsi faciunt peccant. quod est proprium ur en lez autres maus que il font .i. pechié. qui est proprement [...] diaboli quando illi retrahunt de bono opere/ ipsi dicunt quod illi non au diable i . quant il retraient de bien fere. il dient que il ne [...] possunt jejunare sed ipsi menciuntur Quia exiguus amor dei pouent 322 jeuner mes il mentent. Car petit amour de dieu [...] eos fecit hoc dicere Quia 323 si illi dilexissent / tantum veram gloriam leur ad fet ce dire. Car s’il amassent/ tant la vraie gloire 322 Correction par le scribe : ajout de o. 323 Correction par le scribe : ajout de a. i M (38, §51-2) : car il leur fet brisier leur jeunes et faire leur gloutonnie dont il se guardessent se ne fussent les mauveses compaignies ; car cil beveur et cil lecheur, entre les autres maus que il font, il font un pechié qui est proprement mestier au deable. <?page no="456"?> 446 [folio 79v] [...] dei sicut illi faciunt gloriam mundi eciam sicuti illi jede dieu com il font la gloire du monde aussi com il jeu- [...] junant propter assiduitates temporales usque ad nocte[m] (vesperum) nent pur les bosoignes temporiex jusque a nuit [...] ita eciam jejunassent illi usque ad nonam propter deum si se tam aussi jeunassent il jusques a nonne pur dieu se tant [...] dilexissent / Sed illi sunt similiter sicut infans qui quotidie l’amassent mes il sont aussi come l’enfant qui touz [...] vult panem in manu. Et debes scire similiter jours veut la payn en la main. Et dois savoir ausi [...] sicut qui peccant in nimis mane comedendo. sic similiter peccome l’en peche en trop matin manger : aussi peche [...] cant qui in nimis tarde cenando/ Unde hi gentes tantum diligunt l’en en trop tarde soper. Dont ses genz tant aiment [...] vigilare in noctibus. et vastant tempus in ociositate et a veillier lez nuiz et gastent le temps en oiseuses et [...] jacent tarde et surgunt tarde peccant in multis modis 324 couchent tarde et levent tarde. pechent en mult de maneres. 324 Ajouts dans la marge : suivant le schéma de composition du texte et en regard les uns des autres, on trouve an sur la ligne réservée à l’anglais, la sur celle du latin et ga sur la ligne du texte français. Ces abréviations pour anglice, latine et gallice sont une explication du sens de lecture et de rédaction. <?page no="457"?> 447 [folio 80r] De malis provenientibus de Gula [...] Primo in hoc quod illi vastant tempus et subvertunt quando illi Primes en ce que il gastent le temps et le bestornent quant il [...] faciunt de nocte diem et de die noctem. Tales gentes malefont de la nuit jour et de jour nuit. Tiex genz mau- [...] dicit deus per prophetam / Quia unus debet in die bene operari et in nocte dit diex par le prophete. Car l’en doit le jour bien fere et la [...] deum laudare et precari Sed unde quando illi recumbunt (accumbunt) nuit diex loier et prier. mes dont quant cil se couchent [...] in hora qua illi deberent dicere suas preces dormire [.........] a l’eure que il devroient dire leur priers dormir l’estuet [...] quando ille deberet orare et suum servicium audire et deum laudare quant il devroit ourere et son service oier et dieu loier [...] sic perdunt suum tempus et noctem et diem. Post tales viensi pert son temps et la nuit et le jour. Aprés tiex viel- [...] gilias unus facit multa mala sicut in ludendo ad scakkaria et les l’en fet mult de maus com de jeuer aus eches et [...] a[d] i tabellas [..................................................................] aus tables et dit on mult des gas et de folie et ainssi si i Leçon rejetée : at. <?page no="458"?> 448 [folio 80v] [...] vastant miser ille suum tempus et suum sensum et suam requiem et gaste li cheitifs son temps et son senz et son repoz i et [...] contendit deum et aggravat suum corpus et magis animam/ Secundus corouce diex et greve son corps et l’ame plus. la seconde [...] ramus est de comestione et de potacione cum excessu sine branche est de manger et de boivre a outrage sans [...] mensura/ Isti sunt proprie gulosi qui totum gluciant mesure. Cist sont proprement glouton qui tut englou- [...] sicut facit [...........................................................] tent. com font li goufre de sathanie. C’est trop senz [...] curstodire mensuram in comedendo et in bibendo et magna sanitas que garder mesure en manger et en boivre et grant santé. [...] Quia multi gentes moriuntur multociens et habent magnas Car mult de gent en moerent souvent et ont granz ma- [...] infirmitates/ Sed qui istam mensuram volunt addiscere et scire ladiez. Mez qui ceste mesure veut aprendre et savoir [...] ille debet scire et attendere quod sunt plures modi il doit savoir et entendre que il sont mult de maneris 325 325 Réclame signifiant la fin du cahier : « viven[...] de vivre » i M (38, §71) : despens. <?page no="459"?> 449 [folio 81r] .De Gula et speciebus ejus. of lyvinge in the worlde Oon lyven after the flesshe ad vivendum in mundo Unus vivit secundum carnem de vivre au monde. Li un vivent selonc la char. The tothir after wantonnesse. Thridde after ypocrisie Alter secundum lasciviem Alius secundum ypocrisiam Li autre selonc joliveté. Li autre selonc ypochrisie. Forte after here phisike Fifte after here Quartus secundum suam phisicam .v.tus secundum suam Li autre selonc leur phisique. Li autre selonc leur honeste Sexthe aftir that that here synnes requiren honestatem Sextus secundum hoc quod sua peccata requirunt honesteté. Li autres selonc ce que leur pechiéz requirent Sevente aftire the spirite and after the love of god. Septimus secundum spiritum et secundum amorem dei Li autre selonc l’esperit et selonc l’amour dieu. They that lyve after the flesshe as saith saint Poule sleen here hi qui vivunt secundum carnem sicut dicit sanctus paulus occidunt Cil qui vivent selonc la char sicom dit seint pol il occient owne soules For they make of here wombe her god These suam animam/ Quia illi faciunt de suo ventre suum deum. Hi leur alme. Car il font de leur ventre leur dieu. Cil ne have neyþer reson ne mesure/ And therfore they shal have in non habent neque racionem neque mensuram./ Et ideo habebunt illi in n’ont ne reson ne mesure. Et pur ce averont il en anothir worlde peyne with oute mesure. They that lyve after here alio seculo penam sine mensura. hi qui vivunt secundum suam l’autre secle poine sanz mesure. Cil qui vivent selonc leur <?page no="460"?> 450 [folio 81v] jolyte wolen halde unwys companye that they may not lassiviam volunt tenere insipientes societates quod non possunt tejoliveté vuelent tenir les foles compaignies qui ne pueent tehalde mesure/ They that lyve aftyr ypocrisie. they þat 326 ben the develes nere mensuram. Illi qui secundum ypocrisiam vivunt. hi qui sunt martires nir mesure i . Cil qui selonc ypocrisie vivent. qui sont martir au martires/ ben these two mesuris with 327 the which two devels tourmenten an ypocrite diaboli sunt tales./ mensuras quas duo diaboli qui ypocritam tormendeable sont tiex. mesurez que ii les 328 .ii. deables qui ypocrisie tourand be fulle contrary the toon to the tother For the toon saith tant et sunt magis (nimis) contrarii alter alteri. Quia unus dicit mentent sont mult contraire l’un a l’autre. Car li un dit « ete þou so muche that the be fayre and fatte » And the thother saith : « doo 329 not soo « comede tam quod tu sis pulcher et pinguis » Alter [dic]it iii « non facias « mengue tant que tu soies biaus et gras ». Li autre dit « non feras thou shalt faste somuche that thou be lene and pale ». Now it byhotaliter. jejunabis tantum quod tu sis macer et pallidus ». Nunc illum oporançois juneras tant que tu soies megres et pales ». Or li coviveth hym to have two mesures oon litel and on strayte 330 whiche he usith tet habere duas (binas) mensuras unam parvam et unam strictam qua ille utitur ent avoir .ii. mesures une petit et une escharce dont il use byfore the puple And oon he hath good and large which he usith qwan noon coram populo (gente). et unam bonam et largam qua ille utitur quando nullus devant la gent et une bone et large dont il use quant nus hym seeth This holdeth not rightful mesure He whom covetyse ledithe ipsum non videt. iste non tenet rectam mensuram. Ille quem avaricia ducit ne le voit cist ne tient la droit mesure. Cil qui avarice moine 326 Correction par le scribe : ajout de that. 327 Correction par le scribe : ajout de with. 328 Correction par le scribe : ajout de les. 329 Correction par le scribe : ajout de doo. 330 Correction par le scribe : with exponctué. i M (38, §89) : Cil qui vivent selonc leur joliveté veulent tenir foles compaignies : cil ne veulent ne ne sevent tenir mesure. ii M (38, §91) : Cil qui selonc ypochrisie vivent, il sont martyr au deable. Cil ont .II. mesures, car li dui deaublot qui l’hypochrite tormentent (...). iii Leçon rejetée : ait. <?page no="461"?> 451 [folio 82r] De Jejunio ypocritarum hath suche mesure as the purse wole qwiche is lady and commaundatrice habet talem mensuram prout bursa vult que est domina et preceptrix a tele mesure com la bourse veut que est dame et comanderesof the hous and by twene the purse and the wombe to a gloton me domus et inter bursam et ventrem guloso se del ostol. et entre la bourse et le ventre. au glouton hath muche fayre dispitesone the wombe saith « I wole be fulle ». habetur valde pulcra disputacio/ Venter dicit « ego volo esse repletus » avera i trop bel desputeson 331 . Le ventre dit « je veil estre plein ». the purse saith « I wole be fulle » The wombe saith « I wole thou Bursa dicit « ego volo esse plenus » Venter dicit « ego volo quod La bourse dit « je veil estre plain ». La ventre dit « je voil que ete muche and drynke and spende ». The purse saith « thou tu comedas et bibas et expendas »/ Bursa dicit « non tu mangues et boives et despendes ». La bourse dit « non shalt not do so I wole that þou kepe and restreyne »/ And what shal this wery 332 chaytyf doo facias. ego volo ut custodias et restringas ». et quid faciet iste fessus miferas je voil que gardes et restraignes » et que fera cist las cheithat is servaunt to bothe the lordis. makynge pees to bothe/ / The mesure ser qui est servus illis duobus dominis duobus pacem faciens/ Mensura tif qui est sers a ces .ii. seignours . ii. pais fesant. La mesure of the wombe is in otheres a 333 good Inne and large And the mesure ventris est in alieno bonum hospicium et largum. et mensura de ventre est a autrui bone ostel et large. et la mesure of the purse is to be in his inne morrneful and scarse/ he burse est in suo hospicio gemibundus et strictus Illi de la bourse est en son ostel doleureuse et escharce ii . Cil 331 Correction par le scribe : -iexponctué (despiteson), remplacé par u. 332 Correction par le scribe : ajout de wery. 333 Correction par le scribe : ajout de a. i M (38, §98) : Dont entre la bourse et le ventre du glouton aver a trop bele desputoison. ii M (38, §102-3) : la mesure du ventre en autrui hostel, grant et large (variante : bone et large), et la mesure de la borse ou suen, qui est dolereuse et escharse. <?page no="462"?> 452 [folio 82v] they that lyven aftyr fysike holden the mesure of ypocras qui vivunt secundum phisicam tenent mensuram ypocratis qui vivent selonc phisique tiennent la mesure ypocras that is lytil and skarce./ And it happith fulle ofte that h[e th]at i by phyque est parva et mediocris. et contingit multociens quod ille qui per phiqui est petit et estroite. et avient souvent que cil qui par phisike lyveth : by phisike dyeth. They that lyven aftyr here honeste sicam vivit per phisicam moritur. Illi qui vivunt secundum suam hosique vit par phisique moert. Cil qui vivent selonc leur hoholden the reule of dieu resone and lyven worshipnestatem tenent regulam debite racionis et vivunt honoranesteté : tiennent la regle et la du reson ii et vivent honourafully to the wordle and eten in tyme and at an houre and biliter seculo et comedunt ad tempus (in tempore) et ad horam et prenblement au secle et manguent a temps et a eure et prentaken aworth that they have trewly and curteysly or gentilly dunt graciose (gratis) ea que illi habent fideliter (veraciter) et urbanite. vel facete nent a bon gré ce que il ont loialment iii et courtoisement. They that lyven aftir that that here synnes requiren holden hii qui vivunt secundum hoc quod sua peccata requirunt tenent Cil qui vivent selonc ce que leur pechiés requierent tiennent suche mesure after their charge is in penaunce They that lyven talem mensuram ut sua cura vel (suum preceptum) est in penitencia. hii qui vivunt tel mesure com leur charge est iv en penitence. Cil qui vivent aftir the flesshe ben they that. for the love of god leden here lyf the holy goost secundum spiritum sunt illi qui amore dei ducunt quibus sanctus spiritus selonc l’espirit sont cil qui amour de diex moin a qui li seint espiris i Leçon rejetée : hat. ii M (38, §107) : Cil qui vivent selonc leur honesté, cil vivent selon la mesure de reson. iii M (38, §108) : liement. iv M (38, §109) : comme on leur veut chargier en penitence. <?page no="463"?> 453 [folio 83r] De speciebus gule. techith to holde ordre and resone and mesure / they have lordshipe docet tenere ordinem et racionem et mensuram. Hi habent dominacionem enseigne a tenir ordre et reson et mesure. Cil ont seignourye upone the body. that is disciplines and doctrines. So that he asketh super corpus id est disciplinas et doctrinas sic quod ille non petit sus le corps qui est deciplinez et doctrines i si que il ne demande noon excesse. and dooth that the spirit commaundeth withe oute grucchynge nullum excessum et facit hoc quod spiritus sibi precipit sine murmuracione nul outrage et fet ce que ly espiris li commande sanz murmure and with oute ayensayinge/ Now mayst thou see by that that we have et sine contradiccione/ Nunc potes tu videre per hoc quod nos diximus et sanz contredit. Or pues tu voier par ce que nous avoms here saide/ that many engynes hath the devel to take folke by hic quod multa instrumenta habet diabolus ad capiendum gentes per ci dit que mult d’engins a le deable pur prendre la gent a la glotenye For first he shewith to hem the wynes and metis gulam/ Quia primo ille eis demonstrat vinia et victuagueule. Car primes il leur mostre les vines et les viwhiche ben fayre and delytable as he made 334 (dyde) to Eve the lia que sunt pulcra et delectabilia sicut ille fecit eve pomum andes qui sont beles et delicieuses com il fit a eve la appel forbode and assay if they be not good he saith to hym « ete and drynke as vetidum et tempta si non valet. ille illi dicit « comede et bibe sicut poume et se ce ne li vaut il li dit « mangue et boive com doo othir feleshipis Feleship thou must holde faciunt alii consortes Societatem oportet te tenere font li autre compaignon. Compaignie te covient tenir 334 Correction par le scribe : made semble biffé et remplacé par dyde. Mais la qualité du microfilm ne permet pas d’assurer que l’on assiste à une correction et non à une double proposition de traduction. i Leçon proposée : deciplinéz et doctrinés (confirmée par M 38, §111). <?page no="464"?> 454 [folio 83v] wolt thou that men lye of the. and 335 that men holde the an ypocrite » Or vis tu quod unus menciatur de te et quod quis te teneat ypocritam » vel vois i tu que l’en se gale de toi et que l’en te teigne pur papelarde ? » Ou ellis he saith to hym « thou owyst to kepe the helthe of thy body he that ille ei dicit « tu debes custodire sanitatem tui corporis Qui non habet il li dit « tu doies regarder la santé de ton corps. Qui n’a hath not helthe he shal have not / be thou not in nowyse sleer of thy sanitatem ille non habebit aliquid / ne sis omnino homicida tui ipsius santé il n’a nient. ne soies pas homicide de toy mesmes. self thou owyst to thy body his sustynaunce »/ Or he saith to hym « betu debes tuo corpori suam sustentacionem »/ Vel ille sibi dicit « respitu dois a ton corps sa soustenance ». Ou il ly dit « regar- 336 holde the goodes that thou doost or mayst doo Thow shalt not ete in nowyse ce bona que tu facis vel potes facere. Tu non comedas omnino de les bienz que tu féz ou puez fere. Tu ne mangues pas for to delyte thy body/ but for to serve god Thou owyst thy strengthe propter tui corporis delectacionem. sed propter deo serviendum. tu debes tuam fortitupur ton corps deliter mes pur dieu servir. tu dois ta force a to god for to kepe/ as david saith » These holy men been so muche dinem deo custodire. sicut david dicit ». Isti devoti viri sunt tam diex garder si com david dit ». Ces seinz hommes ii sont si deinegrid that the moost wyse and moor holy man ben attenuati quod magis sagax et magis sanctus homo sunt ateignanz que li plus sage et ly plus saint homme sont at a tyme deceyvid The thridde branche of this vice is overmuche ad tempus decepi Tercius ramus istius vicii est nimis rustia la foiz deceu. La terce branche de ceste vice est trop vi- 335 Correction par le scribe : ajout de and. 336 Dessin manicule. i M (38, §120) : veuz tu. ii M (38, §127) : ces resons sont si ateignenz. <?page no="465"?> 455 [folio 84r] De Gula. et ejus speciebus shorlesly to renne to mete as an hounde to the carreyn ticaliter currere ad prandium ut facit canis ad cadaver leinement courre a la viande com fet le chen a la charoi- And howmuche more the hastyfnes is gret/ so muche more grevous Et quam major est gravis hec grandis ardura i magis est grave ne. Et com plus est grant cest grant ardur plus est grantz is this synne/ For also lyke as it is noo synne to have richesses hoc peccatum Quia similiter sicut illud non est peccatum habere divicias le pechiéz. Car aussi come ce n’est pechié d’avoir richesses but the overmuche and gret love so is it not in nowyse synne to ete sed eas nimis amare/ sic non est omnino peccatum comedere mes 337 de lez trop amer. aussi n’est pas pechié de manger good metis but to ete hem over gredyly and hastily bonas dapes sed comedere eas nimis ardenter les bones viandes. mes de manger lez trop ardaument or to muche inordinatly. Alle metis ben good vel nimis inordinate/ Omnes esce sunt bone ou trop desordenement. Toutes viandes sont bones to good meen and to hem qwiche by reson and by mesure usen ad bonos (bonis) ad eos (eis) qui per racionem et per mensuram fruuntur aus bones a ceus qui par reison et par mesure enusent ii and taken hem with þe sauce of the drede of oure lorde/ For et eas prendunt cum salciamento timoris nostri domini Quia et les prenne a la sausse de la paor nostre seignour. Car a man augh in every day have the drede of god that he mystake not quis debe[t] 290 omnibus diebus habere timorem quod non quis abutatur l’en doit toutz jours avoir paor que l’en ne mespregne 337 Correction par le scribe : -aiexponctué (mais) et remplacé par e. i Cette forme bénéficie de deux attestations dans MW, s.v. ardura. ii Leçon proposée : en usent. iii Leçon rejetée : debes. <?page no="466"?> 456 [folio 84v] ad to prayse god and to yelde thonkyngis of his goodis. and for the swetet de deo laudando (regraciando) et reddendo gracias de suis bonis et propter dulcedinem et de dieu loier et de rendre graces de ces biens i et pur la douceur nesse. of þe metis. that moy not […]/ man owith to thynke to that epularum que ipsum saciari non potest debet homo pensare ad illam de la viande qui saouler 338 ne puet. doit homme penser a la douswetnes of god and to that mete that fulfillith the herte. for this oon dulcedinem dei et ad illam escam que saciat cor propter hoc legit ceur de diex et a cele viande qui saoule le cuer. pur ce lit redith in mete tyme in this religions/ for that whan the body takith unus in prandio in his reli[gi]onibus propter hoc quando corpus capit suum on a manger en ces religiens. pur ce quant le corps prent sa 339 his sustinaunce of oo parte/ the herte may take his . on the tothir party victum ex una parte/ cor recipit suum ex altera parte viande d’une par le quer repregne la seue 340 d’autre part. The fourte braunche is of hem qwhiche wole over nobly Quartus ramus est de illis qui nimis nobiliter volunt La quarte branche est de ceus qui trop noblement vuelyve whiche dispendin and wasten for to fulfylle here vivere qui exspendunt et vastant ad sua guttura lent vivre qui despendent et gastent pur leur gueules ii throtis these thingis with whiche .c. pore folk myght be sufficiently be fed/ implenda hec unde centum pauperes possent esse sufficienter repleti (recreati) (refocillati). emplir ce dont .c. poures purroient estre sufficiaument repeu Suche puple trespacen in many maneris/ Ferst they trespace Tales homines delinqunt in multis modis. Primo peccant Tiel gent pechent en maintes maneris. Premerment pechent 338 Correction par le scribe : ajout de o. 339 Dessin manicule. 340 Correction par le scribe : ajout de e (s e ue). i M (38, §145-7) : car on doit touz jours avoir paour que on ne mespraigne par outraige, et doit on Dieu loer et rendre grace de ses biens. ii Leçon rejetée : em. <?page no="467"?> 457 [folio 85r] De delicatis et multis cibariis in greet expensis Aftir that that they usen in over greet hastynes. and over in magnis expensis/ Post hoc quod illi utuntur in nimis magna aviditate et nimis en granz despenz. Aprés ce que il usent i en trop grant ardeur et trop greet delectacione/ And aftyr in vayn glorie that he had in hem/ For magna delectacione/ Et postea in vana gloria quod ii in ea habebat/ Quia grant delit. Et aprés en la vaine gloire que ele en out iii . Car that is not al only lecherie of glotonye [................................] hoc non solum est solummodo luxuria gule [.........................] ce n’est pas seulement lecherie de gueule ainz est souvent [................] that coveyten so riche metis and gay and putten so [................] qui cupiunt tam splendidas (divites) epulas. et ponunt tanta par bolan iv qui convoitent si richez viandes v et metent tant many mees that often come of them muche harme/ / The fyfte fercula quod multociens eveniunt/ multa mala. Quintus de mes que souvent enviennent vi mult de maus. La quinte braunche of the curiosite of glotons that thynken not above ramus de curiositate gulosorum qui non cogitant ultra branche de la curiosité de gloutons qui ne pensent fors thayir owne wordes of delectacione that is properly for theise lechours quam ad sua verba de delectacione/ hoc est proprie propter illos luxuriosos que a leur paroles de 341 deliter vii c’est proprement pur les lecheurs that sekyn no thynge but her delectacions of here throtis/ In thre maneres qui non querunt preter suas delectaciones gutturorum In tribus rebus qui ne quirent 342 fors les deliz des gueules. En .iii. choses thingis fallith (ligh) the synne of suche folk Ferst in the nominaliter jacet peccatum talium gentium Primo in illa nomement gist le pechié de tex genz. Premerment a la 341 Correction par le scribe : ajout de de. 342 Correction par le scribe : ajout de r. i M (38, §165) : aprés, en ce que il en usent. ii La grammaire du latin classique demanderait quam, mais ici l’abréviation est celle généralement utilisée pour quod. iii Lecture proposée : ele en ont. iv M (38, §166-7) : bobanz, v M (38, §166-7) : , car il quiere si chieres viandes. vi Leçon proposée : en viennent. vii M (38, §171) : qui ne pensent for a leur paleiz delicier. <?page no="468"?> 458 [folio 85v] bysynes that he hath had in the getynge and in arayinge/ Aftir in the joye cura quam ille habebat in adquisicione et in preparacione. Postea in gloria cure que il out i a purchacer et en aparellier. Aprés en la gloire that he had in thenkynge of 343 the curiosite that yeven to that their quam ille habuit in repetendo curiositatem quam illi ponunt ad hoc ut sua que il out ii au recorder la curiosité iii que il mettent a ce que leur metes ben wel turnyd and arayed and that everyche have commestibilia sint bene girata et preparata et quidlibet habeat suam viande soit ben atornee et aparelliee et chascun ait sa her propre sauce/ how they may of oo thynge turne diverse propriam salceam/ quomodo illi possunt de una re diversa propre sausse coment il puissent d’une chose diverse mees and disgyse forto delite the more he palates/ And whan fercula divertere propter sua palata magis delectari. Et quando mez desguiséz pur leur paléz plus delicier. Et quant the meesses comyn in oon aftir an othir Than come in fercula veniunt unum post aliud Tunc veniunt li mez viennent. li un aprés li autre : Lors viennent the triphles and games by twene the mees. and so the tyme trupha et joca propter inter fercula et sic tempus les truphes et les bourdes pur entremés et ainssi le tens passith This wrecche forgetith hymself. reson slepith./ The stomake cryeþ transit. Iste miser sui obliviscitur./ racio dormit. Stomachus exclamat. s’en va. li cheitis s’oublie. la reson dort. l’estomac crie « lady throte ye me flee. I am soo fulle that ye « domina gula vos me occiditis ego sum tam plenus quod vos « dame gueule vous me tués. jeo sui si pleinz que vous 343 Correction par le scribe : ajout de of. i Leçon proposée : ont. ii Leçon proposée : ont. iii M (38, §183) : aprés, en la gloire que il ont en recorder. Et qui porroit raconter quele curiosité il metent. <?page no="469"?> 459 [folio 86r] De superfluitatibus De taberna me breke ». And the lecherous throte thus answerith to hym./ « If þou me frangitis » et guttur luxuriosum sic ei respondit/ « Si tu me crevéz ». et la gueule leccherres si li respont. « Si tu deshuldest tobreke/ ne leve thou not in nowyse this mees askape » deberes rumpere ne dimittas tu omnino hoc ferculum evadere » voies 344 crever ne lesseras tu pas cest mes eschaper i » Aftir the lecherie that is in etynge comith the vaynglorie þat Post luxuriam que est in comestione venit gloria que 345 A pres ii la lecherie qui est a manger vient la gloire qui is in thynkynge aftyr in wysshinge that they had had a nekke est ad memorandum postea in [.......] quod illi haberent (habuissent) collum est au recorder aprés en sohetant que il eussent col de as akrane/ and a wombe as kowe. for that the morcellis myght abygruis et ventrem vacce eapropter quod illi morcelli expectarent greu et ventre de vache. pur ce que li morsiaux li demorast den in the throte and that they myghten more devoure./ magis in gutture et magis possent devorare (deglutire) plus en la gorge et plus puissent devourer. 346 Now hast thou herd the synnes that comyn Nunc audisti tu peccata que veniunt O r as tu oïs les pechiés que viennent of lecherie and of gloteney And therfore that suche synnes ex luxuria et de gula et propter hoc quod talia peccata de la lecherie et de la gloutonnie et pur ce que tiex pechirysen comunely in the taverne that is the welle surgunt communiter in taberna (caupona) que est fons (origo) éz sourdent comunelment en la taverne qui est fontaine 344 Correction par le scribe : -rexponctué (devoires). 345 On trouve dans cette abréviation de que une trace de celle utilisée généralement pour quod . Il semble que le scribe ait hésité ou simplement corrigé la forme jugée fautive. 346 Ajout : « de la taverne » : inséré dans la marge. i M (36, §188) : si tu devoies crever, ne lairé je pas cest mes eschaper. ii Leçon proposée : aprés. <?page no="470"?> 460 [folio 86v] of synne Ther fore wole I a lytel towche the synnes that ben peccati Ideo volo ego paulisper tangere peccata que sunt de peché pur ce veile je. un pou toucher lé pechiéz qui sont doo in the taverne The taverne is the hostage of the devel facta in taberna Taberna est hospicium diaboli ubi fet en la taverne. La taverne est l’escole au diable ou where his disciples studien in his propre chapelle where som sui discipuli student in sua propria capella ubi quidam facit suum sé deciplez se studient i en sa propre chapele ou l’en fet son serven and where the devel makith myracles as perteynen to þe devel. servicium et ubi diabolus facit miracula talia sicut pertinet diabolo 347 servise. et ou il fet miraclez tiex com il fiert au deable. In the chirche god maketh these miracles blynde men to se In ecclesia deus hec miracula facit cecos videre 348 au mostier c’est diex ces miracles fete ii avuegles enlulame men to goo yeldynge wyt to mad contractos restituere reddere sensus ad miner. les countrairs redrecier. rendre les senz au men speche to doom men And herynge to deef men But insanos (vesanis) loquelam mutis Auditum surdis Sed forsenéz la parole aus muéz. L’oïe aus sours. Mes the devel dooth alle in the contrarye in the taverne./ Whan the gloton diabolus facit totum in contrario/ in taberna/ quando gulosus le diable fet tut le contrare en la taverne quant li glouz comith to the taverne he gooth forth right whan he returneth hom vadit ad tabernam ille transit directe/ quando ille revenit ille va en la taverne. il va tout drois. quant il revient il 347 Ajout : « Nota miracula in taberna » : inséré dans la marge ; dessin manicule. 348 Ajout : « Nota miracula in ecclesia » : inséré dans la marge ; dessin manicule. i Leçon proposée : s’estudient (confirmée par M 38, §194). ii M (38, §196) : Au mostier seut Diex ses vertuz moustrer et ses miracles fere. <?page no="471"?> 461 [folio 87r] De miraculis gulosorum et de male factis in taberna hath not that may hym bere. ne susteyne/ Whan he gooth (to taverne) he herith and seeþ non habet que se possunt portare neque sustentare/ Quando ille vadit ille audit et vidit n’a i que le puisse porté ne sustiner. Quant il va il oit et voit and spekith wel. and understondeþ/ and whan he retourneþ he hath lost (alle þat) as et loquitur bene et intendit 349 diligenter / et quando ille revenit ille perdidit hoc totum sicut et parle ben et entent et quant il revient il a tout ce perdu com he that hath not in hym noþer wyt ne resone. neþer mynde suche be ille qui non habet in ipso neque sensum neque racionem neque memoriam talia sunt cil qui n’a en lui ne sens ne reson ne memoire tiex sont the myracles that the devel dooth. And what lettres he redith. þat is alle hec miracula que ille diabolus facit et quales litteras legit omne lez miracles que li diablez fet. et quiex lettrez lit tut orfelthe. where man lerneth/ glotenye/ lecherie/ to swere. to for swere. to turpe ubi quis addiscit/ gulositatem luxuriam. jurare perjurare. mendure ou l’en aprent ii gloutonnie. lecherie jurer. parjurer menlye/ to curse/ to forsake god/ to myscounte/ to chyde/ and overmuche tiri maledicere ab 350 renunciare deo male computare objurgare et nimis tir. mesdire renoier dieu mesconter. baratter et trop other wyses of synnes There arysen the stryfves aliis modis de peccatis Ibi surgunt contenciones d’autres maneris de pechiéz. La sourdent les tençons entermetynges manslaughteres. there lerneth oon to stele and for to intromissiones homicide Ibi addiscit unus furari et capere lez melléz les homicides la aprent une a embler et a take The taverne is a den of theves and a fortresse non sua./ Taberna est .i. spelunca (fossa) latronibus et expugnaculum prendre. La taverne est .i. fosse a larons et forteresse 349 Correction par le scribe : ajout de intendit. 350 Correction par le scribe : ajout de ab. i M (38, §198) : il n’a pié qui le puist porter. ii M (38, §201-2) : Et quiex leçons i list il ? Toute ordure on i aprent. <?page no="472"?> 462 [folio 87v] [...] diabolo ad expugnandum deum et suos sanctos. et hi qui tabernas au deable pur guerroier dieu et ses seinz. et cil que les tavernes [...] sustentant sunt participes omnium peccatorum que sunt facta soustiennent sont partonniers de touz les pechiés qui sont fet [...] in taberna Et certe si ille dixisset vel fecisset tantum dedecus en la taverne. Et certes se il disoit ou fesoit au tant de hon- [...] suo patri aut sue matri vel suis garsonibus sicut facit te a son pere ou a sa mere ou a ses garsons com il fet a [...] deo celi et n[o]stre i domine et sanctis paradisi multo magis se diex du ciel et a nostre dame et aus seinz de paradis mult se [...] peniterent quam non faciunt courouceré que il ne font. 351 [...] Qui vult scire et pendere peccata de lingua (lingue) Q ui veut savoir et peser les pechiéz de la langue [...] oportet quod ille sciat pendere et contrapendere quale quod illud sit il covient que il sache peser. et contre peser ii quel que ele soit [...] et unde illa nascitur et quale malum illa facit Quia contingit quod locuet dont ele naist et quel mal ele fet. Car il avient que la 351 Ajout : « de la peché de la langue » : inséré dans la marge. i Leçon rejetée : nestre. ii M (39, §2) : perser et contrepeser la parole. <?page no="473"?> 463 [folio 88r] De peccatis lingue et loquele. [...] cio est peccatum in se propter hoc quod illa est mala et [.........] parole est pechié en soi pur ce que ele est male. et si ravient [...] quod illa est peccator propter hoc quod illa est de malo corde [...................] que ele est pechiéz pur ce que ele est de mavéz cuer. Et de rechief [...] [.............] quod locucio est peccatum grande propter hoc quod illa facit grande il avient que la parole est pechiéz granz pur ce que ele fet grant [...] malum omnibus [....................] Nunc potes tu scire quod mal tout soit ele bele et polie. Or pues tu savoire que [...] mala lingua est arbor quem deus maledixit in evangelio le mal langue est li abres que diex maudit en le vangile i [...] propter hoc quod ille non invenit nisi folia In sacra scriptura pur ce que il ne trova fors fuelles. En la seinte escripture [...] intelliguntur hee parabole. Et similiter sicut hoc est ardua sont entenduz ces paroles. et aussi com ce est forte [...] res numerare tot (omnia) folia arborum similiter 352 est chose de nombrer toutez les fuelles des abres aussi est [...] durum numerare tota peccata que de lingua procedunt fort a nombrer touz les pechiéz qui de langue issent 352 Correction par le scribe : ajout de r. i Leçon proposée : l’evangile <?page no="474"?> 464 [folio 88v] [...] et nascuntur et has decem ramos possumus nos taliter nominare et naissent. i et ces .x. branches povon nous ainssi nomer [...] Ociositates [...............................] detracciones. mendacia Oiseuses vantances. Losenges. detraccion. mençonges [...] perjuria contenciones. murmuraciones rebelliones. blasphemie perjuremenz. contenz. murmure. rebellion. blaspheme [...] Illi qui se donant nimis locucionibus ociosis en- C il qui se abandonent trop a paroles oiseuses en- 353 [...] quirunt magna dampna unde ille non percepit Quia ipsi quierent 354 granz dommages dont il n’a percoivent ii mie. car il [...] perdunt tempus preciosum unde illi [..................................] perdent le temps precieus dont il averont encore decete iii et [...] perdent bona que ipsi pensant facere et expellunt thesaurum perdent les biens que il pensent a fere et doutent iv le tresour [...] cordis et remplent de vanitate ipsi discooperiunt ollam de cuer et le raemplent de vanité il descuerent le pot [...] et musce intrant ipsi vocant illas locuociones ociosas et les musches i entrent il les apelent paroles oiseuses 355 353 Ajout : « de oiseuse » : inséré dans la marge. 354 Correction par le scribe : ajout de e (qui e rent). 355 Réclame signifiant la fin du cahier : « sed non sunt mes ne sont » i M (39, §9)-ajoute : mes nous moustrerons .X : branches chevetaines qui de cest arbre nessent. ii Leçon proposée : n’apercoivent iii M (39, §13) : disette. iv M (39, §13-4) : que il peussent et deussent fere, et perdent le tresort. Le verbe proposé dans notre texte, douter, n’est pas présent dans les dictionnaires consultés avec le sens de « perdre ; se séparer de ; déloger ». Il pourrait s’agir d’une forme non attestée du verbe latin ducere. <?page no="475"?> 465 [folio 89r] De locucionibus ociosis but they be not as ben maliciouses and perilleuses counseysed non sunt sicut sunt maliciosa et periculosa consimes ne sont ainz sont dommageuses et perilleuses com les that make voyde the herte from his good. and it fulfillen with lia que cor evacuant de suis bonis et illud reimplent cum 356 vaniceles que le cuer vuident de ses biens et la remplent de vavanite as these/ wherof he must yelde a rekenynge of everyche tate sicut isti unde illud oportebit redde[re] racionem de omnibus nité cum celes dont il covendra rendre reson de chescune by fore god in the day of jugement/ As god saith coram deo in die judicii. sicut deus 357 devant dieu au jour de jugement sicom dieu hymself in the gospel It is not a lytel thynge ne slouthful of dicit in evangelio Nec est omnino 358 parva res/ ociosa unde dit en l’evangile. N’est pas petite chose oiseuse dont whiche hym must yelde acoumptis and yelde rekenynge in so high a quis oportebit computare et reddere racionem in tam (summa) alta curia il covendra conter et rendre reson en si haut court court by fore god and the baronage of heven In these ydel spe sicut coram deo et baronibus celi / In istis ociosis com devant dieu et la barnage du cel. En ces oiseuses chis synneth a man in fyve wyses/ . For þer is oon manere of speloquelis peccat quis in quinque modis/ Quia unus est/ modus paroles peche l’en en .v. maneres. Car il sont unes 359 kyngis of ydel wordes. Wherof these tunges ben so fulle i locucionum vanarum unde iste lingue sunt tam plene paroles vaines dont ces langues sont si plaines. 356 Correction par le scribe : ajout de cum. 357 Correction par le scribe : devant biffé. 358 Correction par le scribe : tam exponctué. 359 Ajout dans la marge : .1. i Leçon rejetée : o, certainement le début de of. Il est possible que le scribe ait anticipé sur ce qu’il pensait être la suite : si plaines [de]... <?page no="476"?> 466 [folio 89v] that they speken by fore and by hynde whiche ben as clappes of a quod illi locuntur ante (coram) et retro qui sunt sicut [...] que il parlent avant et arriere qui sont si com batiaus mylle that not hym self stylle And they sounen a speche molendini qui non se potest cistere Et si resonent unam loquelam du molin qui ne se puet taire. Et si resont unes paroles 360 curiouse of hem that so gladly counten tytyngis curiosam de illo qui tam libenter computant (narrant) novas curieuses de seuz qui tant volentiers content nouvewhiche ful often bryngen the hertis to unrest of them that que multociens mittunt corda [....................] eorum qui les que souvent metent les cuers a mesaise de ceus qui hem herken and maken the telleris ful often to be haldyn eos ascultant et faciunt narratores multociens tenere lé escoutent et font les recountours sovent tenir pur for folis and for lyeris Aftyr be the tales and the fayre pro stultis et pro mendacibus/ Post sunt narraciones et pulcra foules et pur meinturs. Aprés sont les contes et les biaus 361 wordes whiche haven muche of 362 vaynglorie if they that hem can sut- 363 dicta que multum habent de vana gloria si ipsi qui eas sciunt subtidiz qui i mult ont de vaine gloire c’il ii qui les sevent soutelly say to make hem that herken wel to lawgh./ Aftir ben liter dicere propter ipsos ascultantes bene facere ridere/ Postea sunt tilment dire pur les escoutanz ben fere rire. Aprés sont the japes and tho triphles fulle of unclennesse and lesyngis illa joca et ille truphe plena immundiciis et menles bourdes et les truphes plaines d’ordures et men- 364 360 Ajout dans la marge : .2. 361 Ajout dans la marge : .3. 362 Correction par le scribe : ajout de of. 363 Correction par le scribe : -elly exponctué. 364 Ajout dans la marge : .4. i M (39, §22) : ou. ii Leçon proposée : cil. <?page no="477"?> 467 [folio 90r] de locucionibus ociosis de locucionibus pomposis qwiche they callen ydel spechis. Sykir they be not daciis que ipsi vocant ociosas. Certe non sunt sicut çonges que il apelent paroles oiseuses. Certes non sont : ainz but be ful stynkynge and ful perilleuse Aftir ben storsunt multum fetentes et multum periculosa/ Postea sunt derisont mult puanz et mult perilleuses. Aprés sont les gaz 365 nynges [..........] whiche they seyen upone good 366 men and upon hem that siones et [.......] quas dicunt super bonos homines et super illos qui et les eschars que il dient sus les preudommes et sus ceus qui bowen to do wel and for that that they myght hem drawe to here acorde inclinant ad bene facere et propter hoc quod illos possunt ad suam concordiam tractare beent a bien fere. et pur ce qui les puissent a leur a corde i retraire 367-ii . These ben not only ydel wordes/ for thou art also as a man hec non sunt omnino verba ociosa. quia tu es similiter sicut homi- Ces ne sont mie paroles oiseuses. car tu es aussi com homicide. sleer. if thou by thy tunge with drawist a man from good werk. or a childe. cida si tu per tuam linguam detrahis. unum hominem de bono actu vel puerum unum si tu par ta langue retraiz .i. homme de ben fere ou .i. enfant et tenand wrethist god so muche and lykewyse. as thou sholdest the kyng. if et irritas deum tantum et taliter sicut regem faceres iracundum. si tu mactatus setz diex au tant de gré iii com li Roys feroitz si tu ly avoies thou his sone hadist slayn. or his tresour stole. fuisti suum filium . vel suum furatus fuisti thesaurum. son fiz tué ou son tresor emblé. 368 Aftir comythe synne of avauntaunce whiche is fulle greet Postea venit peccatum de magnificacione quod est nimis grave A prés vient le pechié. de vantance qui est mult granz 365 Ajout dans la marge : .5. 366 Correction par le scribe : ajout de good. 367 Correction par le scribe : ajout de re-. 368 Ajout : « de vanitate » : inséré dans la marge par une autre main. i Leçon proposée : acorde. ii M (39, §26) : pour ce que il les puissent a leur corde traire et du bien que il ont conceu retraire. iii M (39, §28) : et t’en set Diex autant de gré. <?page no="478"?> 468 [folio 90v] and greet folye fulle gret et falsenes and ful greet vilanye. it is ful grevous et magna fatuitas/ magna falsitas/ et magna rusticitas/ illud est nimis grave/ et mult laide. mult faus i et mult vilains il est mult grant. For he that hym rejoyceth is an 369 openlyer on god and from hym Quia qui se gloriatur est aperte mendax dei et ab ipso (scilicet deo) vult Car qui se vante est apertement lierres deu et li veut wole take his glorie as we shal say 370 her aftyr/ This is a grevous suam (scilicet dei) gloriam tollere sicut nos dicemus postea hoc est unum grave sa gloire tolir si com nous disoms pieça. C’est .i. mult and a fonnyd synne For of tho goodis he might have gotyn heven et stultum peccatum Quia de (ex) illis bonis ipse potuisset adquirere cefouls pechiéz . Car de ces biens il purroit acquere le whiche he gevith for a lytel delectacione and that is ful lewde lum quod ille dat propter unam parvam delectacionem. et illud est nimis fatuum ciel que il done pur .i. pou delit ii . et si est mult laide pechiéz For the same wordles self holde[n] iii hym for fooly harlotrye Quia eadem ipsamet secula illum tenent pro stulticia rusticitate Car li siecles meismes l’entent pur fole pur vilanie et and for vice. In this branche ben had many leves. that is fyve et pro vicio In isto fronde habentur multa folia. hoc est quinque mopur vice iv . En ceste branche a mult de fuelles c’est .v. mamaneres of bostynge. oon is of that that is past. that is of thynge di pompositatis unum est de preterito. hoc est de re transacta. neris de vantance L’un est de preter[it] v . c’est de chose pas- 371 fere past. that is of hem that so gladly rekene or recorden here dedes hoc est de illis qui tam libenter recomputant vel recordant sua opera see c’est de ceus qui tant volenters recordent leur oev- 369 Correction par le scribe : is an. 370 Correction par le scribe : here biffé. 371 Ajout dans la marge : .1. i M (39, §30) : fous. ii M (39, §32) : un pou de vent. iii Leçon rejetée : holdem. iv M (39, §33) : pour fol et pour vilain et pour nice. v Leçon rejetée : preteritit. <?page no="479"?> 469 [folio 91r] de .5. modis pomparum and here wysdomes. that they trowid to have wel do. or wel sayde et suas prudencias quod ipsi credunt fecisse bene vel bene dixisse res et leur prouestes que il cuident avoir ben fet ou bien dit. An othir is of tyme present. it is the synne of hem that noo thynge doon Aliud est de presenti hoc est peccatum illorum qui nichil faciunt fideliter L’autre est de present c’est le peché de ceus qui rienz ne font leement 372 trewly. ne they peyne hem not to doo wel. ne to say wel. but that they seen neque non se conantur. ad bene faciendum neque bene dicendum nisi hoc quod illi vident ne ne se poinent de ben fere ne de bien dire fors com les i voior heryn. That is in doynge or in sayinge them joyce and vel audiunt/ hoc est faciendo vel in dicendo se gloriantur et ent ou oient. C’est ii en fesant ou en disant se vantent et syngen and sellen for nought al that they doo To this perteyneth cantant et vendunt pro nichilo quantum illi faciunt/ Ad hoc pertinet pecchantent et vendent pur nient quanque il font. A ce apartient la the synne of hem that hem joycen of þe 373 goodes that they have or catum de illis (illorum) qui se gloriantur de bonis que illi habent vel credunt peché de ceus qui se vantent des biens que il ont ou il cuitrowen to have of here nobilnesse./ or of here wysdomm : they ben habere de sua nobilitate. vel de sua prudencia : ipsi sunt dent avoir de leur noblece. ou de leur proueste. il sont as the cokkowe that can not synge but of hym self. The tothir is sicut cuculus qui nescit cantare preter de se ipso/ Aliud est com le cucu qui ne siet chanter fors de soy. Li autres est li 374 a synne of surquidrie as he saith : « I wole make this I wol peccatum de supercredulitate sicut ille dicit : « ego faciam hoc ego vindicabor pechéz de seurcuidance si com cil dit. « je ferai ce je vengerai 372 Ajout dans la marge : .2. 373 Correction par le scribe : ajout de þe. 374 Ajout dans la marge : .3. i M (39, §38) : ne ne se painnent de bien fere ne de bien dire, mes que quant on les voit ou oit. ii Leçon proposée : cest. <?page no="480"?> 470 [folio 91v] [........] I wole make hilles and valeyes »/ The fourte is more sutil [........] ego faciam montes et valles » Quartum est magis subtifourré Je frai les mons et les vaus ». La quarte est plus sou- 375 that is of hem that dar not hem self prayse for shame. but alle that le hoc est de illis qui non audent se laudare propter verecundiam. Sed quecumque 376 tils c’est de ceus qui ne s’osent loer pur hounte mes quanque li other sayen and doo alle they despise and deprave as alii dicunt et faciunt totum vilependunt et despiciunt (depravant) sicut autre dient et font trestout blament 377 et desprisent aussi also [...................................................................................] eciam [................................................................................] com serganz i ne se prist a ce que il souloient fere et dire The fyfte is yit more sutil of hem that wolen Quintum est ad huc magis subtile illorum qui volunt La quinte est en core plus sotive de celes ii qui vuelent 378 say openly [........................................] and doon so muche symdicere aperte ipsi se faciunt [...............] et faciunt tantum simdire apertement il le font a rebours. et font tant le plesse and toustines and sayen. þat they ben so evel and so synful plicem et veraces et dicunt quod illi sunt tam mali et peccasimple et le able et dient que il sont si mavéz et si peso badde so naught and so wrecchid more thre foold than they tores tam nichili et tam miseri magis tripliciter tantum quantum cheor si nient et si [n]onchalans iii plus .iii. tans que il be for that men shulde prase hem. and that me shulde halde hem fo meke/ illi sunt propter hoc quod laudarentur et quod tenerentur propter valde humiles sont. pur ce que l’en les loe et que l’en les tigne pur bien humbles. 375 Ajout dans la marge : .4. 376 Correction par le scribe : illi biffé. 377 Correction par le scribe : -eexponctué (blameent). 378 Ajout dans la marge : .5. i M (39, §44) : se riens. ii M (39, §45) ajoute : de ceus que, quant il veulent que on les lot il ne l’osent dire. iii Leçon rejetée : monchalant. M (39, §46) : nonsaichant. <?page no="481"?> 471 [folio 92r] de adulatoribus « Alas for sorowe » saith seint Bernard. « how he this hath fonned joye and ful sorowful « Proth dolor » dicit sanctus bernardus « quam stultam gloriam habet iste et dolorosam « Heelas » dit seint bernard « com ci a fole vanitance et doleureuse they maken hem develes by cause that they holden hem angele »/ They illi faciunt se diabolum propter hoc quod quidam se tenent pro angelis » ipsi se faciunt il se font diable pur ce que l’en les tigne pur anges ». Il se font maken hem evel for the wolde that men so 379 sholde holde 380 hem good/ A man myght malos qua propter quod quidam ipsos tenerent pro bonis. non magis non poterit mauvés pur ce que l’en les tigne pur bons. 381 ne plus ne les purno more hem wrathe. than to say that. « veryly that is trewe »/ To this perteyneþ illos quis irritare. quod hoc dicere/ « certe hoc verum est »/ Ad hoc pertinet roit on coroucier que se dire. « certes c’est voir ». A ce apartient the synne of hem that sechen Advocates for prayse hem peccatum illorum qui querunt advocatos ad eos laudandum le pechié de ceus qui quirent avocaz pur eus loer and for to proclayme here wafres by whos mouth they speke et ad proclamandum sua [......] per quod os illi loquntur et et pur crier leur oublés par qui bouche il parlent et and more hardyly./ magis audacter./ plus hardiment. 382 Flatereris ben the norices to the devel whiche Adulatores sunt nutrices ad diabolum que suos L osengiers sont les norices au deable qui ses here children yeven souke. and brynge aslepe by here synnes and in fayre parvulos ablactant insomniant per sua peccata et in pulcris enfanz aletent et endorment par leur pechiés et en biaus 379 Correction par le scribe : ajout de so. 380 Correction par le scribe : ajout de holde. 381 Correction par le scribe : -eexponctué (bones). 382 Ajout : « [D]e losengerie » : inséré dans la marge. La première lettre est illisible. <?page no="482"?> 472 [folio 92v] songes they ennoynte the way to helle with hony. as me dooth canticis. illi inungunt viam inferni cum melle sicut quidam chantes il enoignent la voie d’enfer de mel. com l’en to the bere for by that. that the synnere shulde goo the more boldly facit urso ea propter quod peccator transiret magis audacter fet al ours pur ce que li pechieur ivoisent i plus hardiement This synne hym divydith in fyve wyses and in fyve partyes hoc peccatum se dividit in quinque modis et in quinque partibus Cist pechié se divise en .v. maneris et en .v. parties whiche ben also as fyve leves in this braunche. The ferst que sunt similiter sicut quinque folia in isto ramo Primum qui sont aussi 383 com .v. fuelles en cest branche. Le premier synne of it is this flaterynge. For whan they seen that he or she peccatum de isto (peccato) est adulacio. Quia quando illi vident quod ille vel illa pechié de ce est flateor ii . Car quant il voient que cil ou cele 384 whom they wole prayse of wel sayinge or of good dede : anon they quem volunt adulari de bona locucione vel de bono facto : statim illi dicent que il vulent loer iii a ben dit ou bien fet tantost lui dient shal say to hym self. but to that that they han vayn glorie/ But ad ipsum met Sed propter hoc quod ille haberet vanam gloriam. Sed a lui meismes. mes pur ce que il ait vaine gloire. mes her defautes they shal never say. The secunde synne is greet. the sua mala non ei dicet unquam. Secundum peccatum est magnum. Exises maus ne li diroit ja iv . Le secont pechié est grant 337 le pe- 385 lytel good deed that here infaunt dooth whom they yeven souke : the dedis and þe wordes guum bonum quod 386 illorum infans facit quem isti ablactant facta vel dicta ipsi tit bien que leur enfant fet que il aletent fet ou dit il 383 Correction par le scribe : ajout de u. 384 Ajout dans la marge : .1. 385 Ajout dans la marge : .2. 386 Correction par le scribe : sue biffé et ajout de illorum. i Leçon proposée : i voisent. ii M (39, §55) : le premiers est de ces flateurs. iii M (39, §55) : chuer (variante : chuffler). iv M (39, §56) : mes ses maus ne li diront il ja. v M (39, §57) : quant. <?page no="483"?> 473 [folio 93r] de .5. speciebus adulacionis they encresten or dowblen and justifien of hem so muche. that me hath concrescunt vel duplicant et justificant de eis tantum quod 387 habetur croissent ou doublent et a joustent i de leur tant que il y a more of lesynge than of trouthe. and ther fore these ben magis de mendacio quam de veritate et ideo ista vocantur falsa plus de mençonge que de voir et pur ce sont il apelé faus callid fals wytnesses in holy scripture The thridde synne is testimonia in sancta scriptura Tercium peccatum est tesmoingnes en seinte escripture. Le tiers pechié est 388 that thise doo entendynge to man or to womman that in hym be quod isti faciunt intendens ad hominem vel ad mulierem quod in ipso habenque il font entendant a l’omme ou a la fame que en lui a had many good dedes and many graces. of whiche he hath noon./ And tur multa bona et multas gracias unde non habet ulla Et mult de biens et mult de graces dont n’i ad nule. Et ther fore hem clepith scripture Enchauntouris whiche charmen propter hoc ipsos vocat scriptura incantatores qui incantant pur ce les apele le scripture ii enchanteors qu’il enchanso muche a man that he by leveth hem more than hym self/ tantum hominem quod ille ipsos credit magis quam seipsum met tent tant l’omme que il les croit plus que soi meismes that he bylevith better that he herith. than that he seeth.and that quod ille credit melius hoc quod ille audit quam hoc quod videt et hoc quod ipsi que il croit miex ce qe il oit que ce qe il voit et ce que il 389 that they say of hym than that they knowe. The fourte synne is dicunt de ipso quam hoc quod illi sciunt/ Quartum peccatum est dient de lui que ce que il ensient iii . Le quart pechié est 390 387 Correction par le scribe : illi biffé. 388 Ajout dans la marge : .3. 389 Ajout dans la marge : « Cato : plus aliis de te, quam tu tibi credere noli. Siquis te laudat nunquam cum gloria fraudat, plus laudatori quam tu tibi credere noli. » 390 Ajout dans la marge : .4. i Leçon proposée : ajoustent. ii Leçon proposée : l’escripture. iii Leçon proposée : en sient. <?page no="484"?> 474 [folio 93v] whan they syngen al day « placebo » that is to say « my lord quando ipsi cantant omni die « placebo ». hoc est dicere. « dominus meus quant il chantent touz jours « placebo ». C’est a dire « Misire saith wel my lord dooth wel » and turnen alle that eny man dooth dicit verum dominus meus facit bene » et convertunt (subvertunt) quantum unus facit vel dicit dit voir Misire fet bien » et tournent quanque on fet ou dit or saith. be it good be it evel and for that be they callid in scripture sit bonum. sit malum. Et propter hoc vocantur illi in scriptura soit bien soit mal . Et pur ce sont il apelé en l’escripture eccho that is a voys whiche in (to) hy mounteyns reboundeth echo. hoc est vox que in altis montibus reflectit echo. C’est la vois que es hautez montaignes retentist and accordeth it to what som ever me saith to hym. be it good be it evel. be it et ipsam concordat ad quecumque ei dicit quis sit bonum sit malum. sit et sa corde i a quanque ben ly dit soit bien soit mal. soit trewe be it fals The fyfte synne is whan the flatereris verum sit falsum Quintum peccatum est quando adulatores voir soit faus. Le quinte pechié est quant lé flateur 391 menteyne and hem excuse and hyden (or cover) the vices and the synnes defendunt et se excusant et cooperiunt vicia et peccata defendent et s’escusent et cuevre les vices et les pechiés of hem whom they wolen flatere and ther fore ben they callid in illorum quos volunt adulari et propter hoc sunt illi vocati in de ceus que il vulent flater et pur ce sont il apelé en le wrytinge (or scripture) cukkowes For they cooveren the synnes and drytte scriptura cuculi Quia illi cooperiunt peccata et stercora scripture ii cucuz iii . Car il cuevrent les pechiés et les or- 391 Ajout dans la marge : .5. i Leçon proposée : s’acorde. ii Leçon proposée : l’escripture. iii M (39, §66) : queues. <?page no="485"?> 475 [folio 94r] Contra adulatores. of riche men for som temporel good wherfore they divitum hominum propter aliquod bonum temporale unde dures de riches hommes pur aucun ben temporiel dont ben wel lykkned to the tayle of [.....................] for here ipsi sunt bene comparati ad caudam [..............] propter suam 392 il sont bien comparee au queue de goupille pur leur [.............] detraccione [...............] cursynge sunt de una [.............] detractionem [............] malediccionem sunt de una tricherie detraccion losengier mesdiant i sont d’une scola These ben the two mermaidens that han body of womman scola hii sunt due cirene qui habent corpus de femina escole. Ce sont les .ii. seraines qui ont corps de femme 393 and tayl of fysshe. and nayles of an egle. and syngen et caudam piscis et ungulas aquile et cantant et queue de poisson et ungles d’aigles et chantent so swetly that they brynge a slepe the shipmen tam dulciter quod sompnolentant nautos/ si doucement que les ii endorment les marineris and aftir they devouren hem these ben the flatererys that et postea ipsos devorant isti sunt adulatores (histriones) qui et puis les deveurent. Ce sont li losengier qui by faire songe bringen aslepe the greet men in her per pulcrum canticum sompn[o]lentant magnatos in suis peccatis par biau chaunter endorment les grans iii en leur pesynnes. they ben lyke to a serpent that hath to his name ciren ipsi assimilantur unum serpentem qui habet cirenus nomine chiés. Il resont un serpens qui ont seraines a noun 392 Correction par le scribe : -s- (suas) exponctué puis corrigé. 393 Ajout : « . q. mermaydyns » : inséré dans la marge. Due cirene et mermaidens semblent écrits avec la même plume que celle utilisée pour la version française. Ces traductions ont certainement été rajoutées plus tard, ce qui pourrait expliquer l’ajout dans la marge. En effet, si le signe ou l’abréviation entre deux points et ressemblant à la lettre -qest difficilement identifiable, on peut néanmoins supposer que mermydyns soit un rappel de traduction pour un mot nouvellement appris par le scribe. i M (39, §68) : De detraccion [titre]. Losengier et mesdiant sont d’une escole. ii Leçon proposée : qu’eles (confirmée M 39, §71). iii M (39, §72) : les genz. <?page no="486"?> 476 [folio 94v] [...] qui currunt magis velociter quam equs et ad tempus volant et habent qui courrent plus tot que chival. et a la fois volent et ont [...] venenum tam forte quod nulla tiriaca non prevalet aliqui Quia le venin si fort que nus triacle-ne vaut rienz. Car [...] sic venit mors qui [..........................................] hii sunt ainz vient la mort que l’en en sente les mors. Ces sont [.....................] wherof [.......] saith [..........................] eten (bytyn)[......] male loquentes unde salamon dicit (loquitur) quod illi mordent sicut 394 les mesdisanz dount salemon dit qu’il mordent com [...] serpens in tradicione et hoc venenum mactat tres ad unum ictum serpent en traison. et cest venin en tue .iii. a un cop. hym [....................................................................................] illum qui loquitur. et illum qui ascultat. et illum de quo ille male loquitur Celui que dit et celui qui escoute et celui de qui il mesdit [...] Hec valde crudelis bestia quam quidam vocant [........] qu[...] olfacit corpora Cest i le trescruel beste que l’en apele hyene que deffuet les [...] hominum mortuorum et ipsa comedit Isti sunt hii qui corps ii des genz mors et lez mangue. Ce sont cil qui [...] mordent et comedunt bonos homines et religiosos mordent et manguent les preudes hommes de religioux iii - 395 394 Sicut a été introduit par erreur sur la ligne réservée à la traduction anglaise. 395 Réclame signifiant la fin du cahier : « qui mortui sunt qui sont » i Leçon proposée : c’est ii Le -pporte un tilde de nasalisation erroné. iii Leçon proposée : preudes hommes de religionx. <?page no="487"?> 477 [folio 95r] de .5. speciebus detraccionis that ben dede to the world/ they ben more cruel than helle whiche qui sunt mortui mundo illi sunt magis crudeliores quam infernus qui qui sont mort au monde. il sont plus cruel que enfer qui devourethe not but helle but these sechen above to the non devorat preter quod malos/ sed isti querunt super ad ne deveure que les mauvés. mes cist querent sus aus good Wherof they ben lykned to a sowe whan she hath pygged (varned) bonos Unde illi assimilantur sui quando ipsa habet porcellos 396 bons. Dont il semblent la true quant ele ad pourcele she with ful good wille bytith a man whiche is clothid in a gowne of que nimis voluntarie mordet hominem qui est vestitus cum toga alba qui trop volunters mort homme qui est vestu de robe blanwhite. they ben also as adunbitel that in th’ordure of man maketh hii sunt similiter qui [.............] qui in stercore hominis facit suum che. Cil sont aussi com la huppe que en ordure d’omme fet son his nest/ and ther restith. they ben the charbuckes that the floures suken nidum. et ibi requiescit isti sunt [....................] qui flores sugunt ni. et s’i repose. Ce sont li escharboc qui les fleurs suiand eten the dunge/ In this braunche ben had fyve et comedunt fimum In isto ramo habentur quinque foent i et manguent les fiens. En cest branche a .v. fuelleves the ferst is whan on contrevith a lesynge or the lia Primum est quando unus [..............] mendacium vel les. La premer est quant on contruve mençonge ou le 397 hurt for other to [........] ther blame/ malum(dampnum)propter alios ad [...] suam culpam (suam increpacionem)./ mal pur autrui alever blame. The secunde is whan the evel Secundum quandomalum quod La seconde quant le mal que 398 396 La voyelle de déclinaison est difficilement identifiable et semble osciller entre -aet -o-. Le contexte grammatical demande ici la terminaison -os. 397 Ajout dans la marge : .1. 398 Ajout dans la marge : .2. i M (39, §81) : fuient. <?page no="488"?> 478 [folio 95v] þat he herith of eny he [......................................................] ille audit de aliquo [.............................................................] il out d’autrui il la reconte avant et ajoute de sien. La The thridde whan he quenchith and settith at nought the good dedes þat a man Tercium est quando ille extinguit et ponit ad nichilum bona que homo terce est quant il estaint et met a nient les biens que li hons 399 hath doo. and makith hym for be halden for evel./ This ethethe a man alle fecit et facit teneri pro malo hic comedit hominem totum a fet et fet tenir pur mauvés. Cist mangue l’omme tout hool The tothir etith not in nowyse but he hym bytith 400 integraliter. Alius non 401 comedit omnino sed ille ipsum mordet entier. Ly autres ne le mangue mie. mes il le mort and takith a pece and this is the fourte leef of this braunche et capit unam peciam et hoc est quartum folium de isto ramo et prent un piece et c’est la quarte fuelle de cest branthat is propirly callid or nemnyd detraccione For he bakbytith quod est proprie vocatum detraccio Quia ille detrahit che qui est proprement apelee detraccion. Car il detrait and discoverith every day som pece of the goodes that he herith et descooperit omni die aliquam peciam de bonis que ille audit et descuevre i touz jours acune piece des biens que il ot of othir For whan oon seith wel of eny by fore hym ex (de) alio Quia quando unus dicit bene de aliquo ante ipsum (coram ipso) d’autrui. Car quant un dit bien d’autrui : devant lui alday he this fyndith and puttith som blame./ « Threwly » saith he « that is omni die ipse invenit et ponit unum malum « Certe » dicit iste « hoc est tout jour itruve ii et imet iii un mal iv . « Certes » fet il « c’est 399 Ajout dans la marge : .3. 400 Ajout dans la marge : .4. 401 Correction par le scribe : ipsum biffé. i Leçon proposée : descueure. M (39, §87) : recope : « diminue ». Il s’agit ici certainement du verbe decure (AND2), dont une des signification est « diminuer, affaiblir ». ii Leçon proposée : i truve. iii Leçon proposée : i met. iv M (39, §88) : un mes. <?page no="489"?> 479 [folio 96r] de mendaciis et fallaciis trewe. he is a fulle good man I love hym muche. but he hath such verum ipse est valde bonus homo ego amo ipsum multum. sed ille habet tavoir il est mult preudomme je l’aime mult mes il ia i tel a defaute in hym. that greveth me ». This is the scorpione that shewith faire lem defectum in ipso. hoc aggravat me » Iste est scorpio qui blanditur defaute en lui se poise moy ». C’est li escorpions que blandist in face and envenymeth with the tayle. The fyfte is whan in facie et entoxicat cum cauda Quintum est quando de la face et envenime de la queue. La quinte est quant 402 403 he overturneth and subvertith alle thynge to his werse partie alle that he seeth ille pervertit et subvertit omnia ad suam pejorem partem quodcumque ille vidit il pervertit et tourne tout a sa piour partie quanque il voit and herith alle that oon myght (may) turne and into good and in to evel/ and et audit. quantum 404 unus potuisset (potest) convertere et in bono et in malo/ et et ot quanque un puet tournire et en ben et en mal. et ther fore is he a fals juge and untrewe. propter hoc est ille falsus judex et infidelis pur ce est il faus juges et desloiaus. 405 He lyeth falsly man also as they that maken Mentitur false homo similiter sicut qui faciunt M ençonge fauce l’omme aussi com l’en fount ii fals the kyngis seal or the popes bulle/ And for that that man sigillum regium vel bullam papalem Et propter hoc quod homo le seal le Roy ou la bulle la postoile iii . Et pur ceo que homme makith fals moneye or berith a fals letter he shal be dempnid facit falsam monetam vel portat falsam litteram ille judicabitur (vel condempnabitur) fet fausse monnoie ou porte fausse lettr[e] iv serra il jugé 402 Ajout dans la marge : .5. 403 Ajout dans la marge : « hec diccio But in gallicis : is the ende of a thinge, so this But in englisshe is wel lyknid to the tayle of the serpent with whiche he envenymeth, so he that saith this is a good man he shewith now the face of þe scorpione. But he hath such a defaute : loo, now the ende of the scorpi[one] But in frensche and in engliss[he] But evermore envenymeth ». 404 La forme correcte est quantum mais l’abréviation signifie quando. 405 Ajouts : « recte judicate sic. hoc » : inséré dans la marge ; « de mençonge » : inséré dans la marge. i Leçon proposée : i a. ii M (39, §94) : on fausse. iii Leçon proposée : l’apostoile. iv Leçon rejetée : lettra. <?page no="490"?> 480 [folio 96v] as falsmoney maker in the day of jugement A lier is ut falsarius in die judicii Mendax est com fausonnier au jour de jugement. Le menteor est amongst men as the fals peny amonge the good/ as inter homines sicut falsus denarius inter bonos/ sicut entre les hommes com le faus denier entre les bons com chaf amongst corne The lyer is lyke unto palea inter grana Mendax est similis la paile entre les grains. Le menteor est semblable au the devel that is his fader. as god saith in the gospel diabolo qui est suus pater sicut deus dicit in evangelio deable qui est son per. si com diex dit en le vangile i . For he is a lyer and the fader of lesynges as he that Quia ipse est mendax et pater mendaciorum sicut ille qui Car il est menteor et pere de mençonges com cil qui the ferst lesynge enforgid and yit he hem enforgeth primum mendacium fabricabat et adhuc ille illa fabricat la premier mençonge forga et encore il les forge and techeth every day The devyl hym shewith in many et docet omni die diabolus se monstrat in multis et ensegne tout jour. Le diable se moustre en mult wyses of fourmys and hym transfigurith in many gyses modis formarum et se transfigurat in multis de formitatibus de maneris de formes et se transfigure en mut de gises to desceyve the puple/ So dooth the lyer/ wherfore he is ad gentes decipiendum/ ad instar (similiter) facit mendax/ unde ipse est pur la gent decevoir aussi fet le menteor dont il est i Leçon proposée : l’evangile. <?page no="491"?> 481 [folio 97r] de mendaciis placentibus also as the camelion that lyveth by the aire and hath noght in his similiter ut est [..........] qui vivit de aere et non habet aliquid in suis aussi com le camelion qui vit del air et n’a nient 406 en ces bowelle but/ wynde and that he hath every colour [.............] visceribus preterquod ventum et quod ille habet quemlibet colorem quem ipse videt entrailles fors vent et que il a chescun colour que il voit [................] In this braunche me hath thre sprayes For thei ben [................] In isto ramo habentur tres frondes/ Quia hii sunt mue la sue. En cest branche a .iii. rainceléz. Car il sont oon lier helpenge and anothir plesynge. and oon unus mendax adjuvans et unus placens. et unus unes mençonges eidans. et unes plesans et unes noyenge. and in alle these me hath synne. For as holy Austen nocens/ et in omnibus habetur peccatum Quia sicut sanctus Augustinus nuisanz et en toutes a pechié. Car com seint augussaith « how muche that he that lyeth : by his lesynge doth for good dicit sicut « quantum quod iste qui mentitur per suum mendacium facit de bono tin dit. « combien qui cil que mente par sa mençonge face de bien of othir. al way so muche they make or doo here owne harme »./ Wher alterius. tum omnibus viis illi faciunt suum proprium dampnum »./ Unde autrui toutes voies il fent i son propre dommage ». Dont 407 fore tho lesyngis helpynge ben synne./ But lesyngis pleilla mendacia adjuvancia sunt peccata Sed mendacia les mençonges eidans sont pechié. Mé les mençonsynge ben muche gretter synne as the lesynges placencia sunt magis gravia peccata sicut mendacia ges plesans sont plus grant pechié com les mençonges 406 Correction par le scribe : ajout de i. 407 Ajout dans la marge : « nota cato Sic bonus esto bonis ne te mala dampna sequntur ». i M (39, §102) : fet. <?page no="492"?> 482 [folio 97v] of these japers and the tripheleris and mynstrelles that seyen de istis [.............] et de trufatoribus et de histrionibus qui dicunt de les losengeres et des truffleurs et de minstreux qui dient les bordes and lesyngis and the leyghingis for to make the puple solace joca et mendacia et ridicula propter gentes recreandum et bourdes et les mençonges et les risees pur les genz soulacier et and to say/ and them to herken hath synne and is no dowte/ But ad dicendum et illos ascultare habet peccatum et non est omnino dubium. Sed au dire. et lez escoutier a pechié et n’et nimie doute. Mes les the lesynges noyenge ben synne whan oon hem saith wytingly mendacia nocencia sunt peccata quando unus ea dicit scienter et mençonges nuissans sont pechié quant un lez dit a escient et and advysly to doo harm to eny To this braunche perteycogitanter ad faciendum dampnum alicui Ad istum ramum pertinent apenseement pur fere dommage a autrui. A cest branche a partinen alle the falsenesse and stryves and desceytis that be doo omnes falsitates et contenciones et deceptiones que faciuntur ennent i toutez lez faussetés et les baraz et les guiles que l’en fet thorou out the worlde to desceyve [...] and to hynder in soule and in per totum mundum ad alios decipiendum et deteriorandum in anima et in par mi le monde pur autrui decevoir et dommager en alme et en body outhere in here goodis or in here loos. what so ever it be. corpore vel in bonis vel in fama quale quod illud sit corps ou en avoir ou en renommee quele que ele soit. Evel thinge is to lye but more grevous synne is mala res est mentiri. sed magis grande peccatum est M al chose est de mentir. mes plus grant pechié est 408 of hym to forswere and to offende oure lord/ Natheles not with stondynge that noon de se perjurare et ad offendendum dominum nostrum Non obstante quod 409 propter hoc 410 quis de soy parjurer et pur deffent ii nostre seignour. Non pas pur tant que l’en le 408 Ajout : « de parjurere » : inséré dans la marge et difficilement lisible. 409 Correction par le scribe : ajout de quod. 410 Correction par le scribe : quod biffé et ajouté en indice à la place qui lui revient grammaticalement. i Leçon proposée : apartiennent. ii M (39, §110) : et por ce le desfent tant Nostre Sires. <?page no="493"?> 483 [folio 98r] notavi de .7. offensis in verbis de perjurio et festinanter jurantibus Item de statim jurantibus may in noo poynt swere with oute synne as saith potest in nullo puncto jurare sine peccato sicut dicit puet en nul point jurer sanz pechié si com dit [.............] but for that that they often swere and often [.............] sed propter hoc quod frequenter perjurent et frequenter li bongre i mes pur ce que souvent parjurer et souvent 411 synne For in sevene maneris synneth oon in wordis peccant/ Quia in septem modis peche l’en in sermonipecher ii . Car en sept maneris peche l’en en sere- Ferst whan oon swerith hastily that is by bus Primo quando unus jurat ardenter hoc est per menz. Primez quant un jure ardaument c’est par 412 despyt and wilfully in that that hym semeth delectable/ therfore despectum et voluntarie hoc quod ille [...] qui in hoc delectatur ideo despit et volunters se que il semble que en ce delite. pur that forbedith not saint Jame to swere whan nede hoc non prohibet sanctus jacobus. jurare quando necessitas ce deffent seint Jaque ne mie le jurer quant bosoigne is : but the lecherie and the wylle of sweringe/ Aftyr est sed luxuriam et voluntatem jurandi Postea est : mes la lecherie et la volunté de jurer. Aprés 413 whan oon swerithe lightly that is for nought and with quando unus jurat leviter hoc est pro nichilo et sine quant un jure legierment c’est pur nient et sanz oute reson/ This is forbode in the secunde commaundement racione hoc est prohibitum in secundo mandato reson. C’est defendu ou seconde commandement de 411 Ajout : « nota quod .7. modis offendit quis in verbis » : inséré dans la marge. 412 Ajout dans la marge : .1. 413 Ajout dans la marge : .2. i Leçon proposée : bougre (confirmée par M 39, §110). ii M (39, §111) : mes por ce que sovent jurer fet sovent parjurer et sovent pechier. <?page no="494"?> 484 [folio 98v] of the lawe the whiche god wroot in the stonyn tables with his blossid legis quod deus scripsit in tabellis saxeis cum suo beato digide la loy que diex escript es tables de pierre de son benoiet fynger/ After whan oon swerith custumably also as at to Postea quando unus jurat consuetudinaliter eciam sicut ad doy. Aprés quant une jure a coustument i aussi com a 414 every word For ther ben som so evel ytaught that they quodcumque verbum Quia sunt quidam (aliqui) tam male eruditi (docti) quod illi non chescun mot. Car il sont aucun si mal enseingné q’il ne can not say eny thyng with owt 415 sweringe./ These haven god in greet sciunt rem (aliquid) dicere sine juramento./ Isti habent deum in magno saveront riens dire sanz jurer. Cist ont diex en grant despite for every day and for nought they hym drawe in to wytnes despectu quia omni die et pro nichilo trahunt in testimonium (scilicet deum) despite car tout jour et pur nient le traient a tesmoigne of alle that they say For to swere is noon othir thing than to calle de quocumque illi dicunt/ Quia jurare non est alia res quam invocare de quanque il dient. Car jurere n’est autre chose que apeller god in to wytnes. and hym and hyrs moder and his saintis./ Aftir whan deum in testimonium et seipsum (scilicet deum)et suam matrem et suos sanctos/ Postea quando diex a tesmoigne et luy et sa mere et ses seinz. Aprés quant 416 oon swerith folyly. and that happnith in many maneris or unus jurat insipienter. et hoc accidit in multis modis vel un jure folement. et il avient 417 en mult de maneris. Ou whan oon swerith by wrathe and sodenly wher of this he repentith quando unus jurat per iram et subito vel repente unde in ipso (hoc) penitet vel quant un jure par ire et sodeinement dont en se repent ou 414 Ajout dans la marge : .3. 415 Correction par le scribe : ajout de owt. 416 Ajout dans la marge : .4. 417 Correction par le scribe : ajout de i. i Leçon proposée : acoustument. <?page no="495"?> 485 [folio 99r] De consuetudinaliter jurante De insipienter jurante or whanne oon swerith thynge whiche he may not halde with outen synne quando unus jurat rem quod i omnino non potest tenere sine peccato verbi quant on jure chose que un ne puet tenir sans peché ii du sereof word or whan oon swerith seurly of the 418 thynge of whiche oon is not vel quando unus jurat/ certitudinaliter de re unde unus non est ment ou quant on jure certeinement de la chose dont un n’est in nowyse certayn that it is alle trewe Or whan that oon by hotith omnino certus quod totum sit illud verum Vel quando unus promittit cermie certeins tout soit ele vraie. Ou quant l’en promet cercertaynly that thynge that he knowith not if he may it fulfille/ Or whan titudinaliter hoc quod quis nescit si hoc poterit ad implere vel quando homo teinement ce que l’en ne set ce l’en purra a complir iii . Ou 419 quant l’en man swerith by his creaturis. As he saith « by this sunne. that shyneth » or 420 « by 421 jurat per suas creaturas. cum (sicut) unus dicit « per istum solem qui lucet. per jure par ces cultures com l’en dit « par cest soleil. qui luist. par this fyre that brenneth ». or « by myn hed »/ or « by the soule of my fader ». or istum ignem qui ardet » vel « per meum caput ». vel « per animam mei patris ». vel cest fu que ard » ou « par mon chief » ou « par l’ame mon pere » ou othir ylyke suche wordes forbedith god in the gospelle aliis similibus/ tales sermones/ prohibet deus in evangelio autre semblable. tiex sermons deffent diex en le vangile iv . for to that that I aught to afferme I aught not to take into wytnes quia ad hoc quod ego debeo affirmare ego non debeo tractare in testimonium car a ce que jeo dei affermere 422 je ne doi pas traire a tesmoigne noon but the soverayn trouthe that is god that al thyn knoweth. not preter quam summam veritatem hoc est deum qui totum scit. non omnino fors la souvraine verité c’est dieu que tout siet non mie 418 Correction par le scribe : ajout de e. 419 Correction par le scribe : ajout de u. 420 Correction par le scribe : ajout de or. 421 Dessin manicule. 422 Un -oa été ajouté en indice sur le -e- : afferme o re. i Le traducteur a inséré, à la place de l’abréviation pour quam, celle généralement utilisé dans le manuscrit pour quod. ii M (39, §121) ajoute : tiex seirement on doit enfrandre et fere penence. iii Leçon proposée : acomplir. iv Leçon proposée : l’evangile. <?page no="496"?> 486 [folio 99v] the pure creatures que non sunt nisi vanitas. and whan I puras creaturas que non sunt nisi vanitas et quando ego illos (id est per illos) les pures creatures qui ne sont fors vanité. et quant je les swere hem attentifly I brynge to hem a worship that I aught juro cogitanter ego eis apporto unum de honoribus quem ego deberem jure apensement je leur porte unes des honeurs que je doy to brynge to god alone But whan on swerith by the gospelle portare deo soli Sed quando unus jurat per evangelium porter a dieu seulement. Mes quant un jure par l’evangile or by hym of 423 whom the wordes ben whiche be writen Or vel per ipsum cuius hec verba sunt que sunt scripta vel ou par celuy qui les paroles sont qui sont escriptes. Ou whan oon swerith by the holy myraclys or by sayntys holy relyquando unus jurat per sancta miracula vel per sanctorum sanctas reliquant un jure par les seintes miracles par les seintes relikes or by saintes of paradys or swerith by faith and by quias vel per sanctos paradisi vel jurat per fidem et per ques ou par les seinz de paradis ou jure par foy et par god that he enhabitith Aftir whan on swerith knavoslyche of deum quem ille inhabitat Postea quando unus jurat rusticaliter (turpiter) de dieu que il enhabite i . Aprés quant un jure vilainement de 424 god and of his saintis In this synne be crysten men worse deo et de suis sanctis In isto peccato sunt cristiani pejores dieu et de ses saintz. En cest pechié sont crestien piour than sarracens qwyche wolde not swere ne suffer in no wyse quam saraceni qui non jurarent neque dimitterent in nullo modo que sarazin que ne jureroient ne ne souffroient en nul manere 423 Correction par le scribe : ajout de of. 424 Ajout dans la marge : .5. i M (39, §128) : on jure par eus et par Dieu qui en eus habite. <?page no="497"?> 487 [folio 100r] De jura[n]tibus per deu[m] et sanctos ejus De infatibus per deccepciones et sophisma that eny shulde swere so foule jhesu crist as doon the cristien quod quis juraret tam turpiter jhesum cristum sicut faciunt cristiani que l’en jurast si vilainement jhesu crist com font li cristien. they take hym more cruelli than the jewys that hym crucifieden. they ipsi sumunt magis crudeliter quam judei qui ipsum crucifixerunt illi non fre- Il resont plus cruel que li juef qui li crucifierent il n’i bribrake not of hym any bon. these rentyn hym more smal gerunt omnino nullum os. Sed isti ipsum dilacerant magis minutim serent mie nul dez oz. mes cist le depiecent plus menuement 425 than me dooth an hogge in the bocherye These shul aske nought quam 426 faciunt porcum in macello Isti non petent qu’en ne fet le porcel en la boucherie. Cist ne demanderent of oure lady These hym teryn so foule and hym aliquid de nostra domina. Isti ipsum defrustrant tam turpiter et ipsum rien de nostre dame. Cist la depiecent si vilainement et luy and his other saintis. that this is wondere that cristendom it suffrith. et suos alios sanctos quod hoc est mirabile quomodo cristianitas illud sufet ces autres seinz que c’est merveille coment cristienté le suef- Aftir whan oon swerithe lightly or whan he swerith falsse fert Postea quando unus jurat falciter vel quando jurat falsum fre. Aprés quant un jure faussement ou quant en jure faus 427 wytnes or swerith wytingly in what maner so ever he swere testimonium vel jurat scienter in quolicumque 428 modo quod quis jurat tesmoigne ou en jure a escient en quele manere que l’en jure or openly or by craft or by sophime For also as the vel aperte vel per artem vel per sophismum Quia eciam sicut ou apertement ou par art ou par sophisme. Car aussi com li 425 Correction par le scribe : ajout de e (menu e ment). 426 Correction par le scribe : non biffé. 427 Ajout dans la marge : .6. 428 Correction par le scribe : ajout de li. <?page no="498"?> 488 [folio 100v] trewe scripture sayth god that loveth symplenes and trouthe recte scripture dicunt/ deus qui amat simplicitatem et veritatem droite escripte dient. dieu qui aime simplece et verité in suche sense resceyveth þe tale and understondith the word as in tali sensu recipit sermonem et intelligit verbum sicut en tiel senz reçoit le serement et entent la parole com as he [............................................................] and that symply ille qui [.........................................................] et qui simpliciter cil que l’en tient i qui ne chace se bien non. et que simplement with [.........] understondith. Ful greet is the goodnes of god that sine [..........] intelligit. multum est grande bonitas divina que sans barat l’entent. Mult est grant la debonerté dieu que suffreth man that he swere that that he knowith that is not hominem permittit quod jurat hoc quod ille scit bene quod non est omnino homme sueffre qui jure cest que il siet bien que n’est pas trewe or that he byhoteth thynge that he wole not in nowyse halde verum. vel ipse promittit rem quod ii ille non vult omnino tenere quando voir. ou li promet chose qu’il ne veut pas tenir. quant li whan þe devyl strangleth hym not a noon forthwith. Whan he saith diabolus non ipsum jugulat statim in continenti Quia quando ille dicit diables nel estrangle tut meintenant. Car quant il dit « so god me kepe »/ or « so god me helpe »/ if he lye. he puttith « sic deus me custodiat »/ vel « ut deus me adjuvet »./ si ille mentitur. ille se « se diex me garde ». ou « se diex m’ait ». et se il ment : il se hym out of the help of god. or fro the kepynge. And he sholde be 429 right ponit extra adjuvamen dei. vel de custodia. et deberet per finem rectum met hors del aide dieu ou de la garde et deust par fin 430 droit 429 Correction par le scribe : ajout de be. 430 Correction par le scribe : -eexponctué (fine). i Leçon proposée : l’entient (confirmée par M 39, §137). ii L’abrévation utilisée par le traduction est celle généralement utilisée dans le manuscrit pour quod, et non quam comme le demanderait le latin classique. <?page no="499"?> 489 [folio 101r] De seminante discordiam notavi .7. species valde malas onoon forth with lese his wit and mynde and substaunce and soule and alle statim in continenti perire (perdere) ingenium et memoriam et substanciam et animam et quantum tantost perdre senz et memoire et avoir et alme. et quanque that he holdeth of god/ The last c commaundement of b this a braunche 431 ille tenet de deo ultimus ramus de hoc precepto il tient de diex. La derraine branche de cest commandement 432 is whan oon trespasith his faith and that that he hath by hote [...] est quando unus delinquit suam fidem et hoc quod quis promisit et [...] est quant un trespasse sa foy et ce que l’en a promys et creanor by faith or by worde trespasith./ vel per fidem vel per verbum delinquit té ou par foy ou par serment trespasse. i - 433 The devel maketh man to stryve. this craft plesith Diabolus facit hominem contendere hec ars placet L e diable fet l’omme tencier. Cest mestier plet muche the devel and displesit god that lovith not but pees multum diabolo et displicet deo qui non diligit preter pacem mult a diable et desplet au diex qi n’aime fors pes and a coord. This bronche dividith hym into seven sprayes./ Wherof et concordiam Iste ramus se dividit in septem ramunculos. Unde et concorde. Cest branche se devise en .vii. reinseléz. dont the ferst is stryf the secunde chidynge. the thridde dangerouste. primus est contencio Secundus objurgare Tercius dangerositas la primer est estriver. Le secont. tencier. Le tierce le dengier ii - 434 The fourte evel wrethe. The fyfte. reprevynge or undernemynge Quartus 435 mala ira Quintus improperacio vel reprobacio Le quart maus ire iii . Le quinte. repreucher ou reprouver 436 . 431 Correction par le scribe : il restaure l’ordre du syntagme nominal. 432 Ajout dans la marge : .7. 433 Ajout : « de tenciere » : inséré dans la marge. 434 Ajout dans la marge : .1.2.3. 435 La lettre -uporte un tilde de nasalisation erroné. 436 Ajout dans la marge : .4.5. i M (39, §143) : car foi mentie ou seremenz trespassé est aussi tout comme un. ii Leçon proposée : ledengier iii M (39, §147) : maudire. <?page no="500"?> 490 [folio 101v] the sexte is manasynge The seventhe discord to areyse. Whan the devel Sextus est minacio Septimus discordiam resuscitare Quando diabolus Le siste menacier. La .vii. me descorde susciter. Quant le diable 437 seeth love and acoord amongst men. it desplesith hym muche and vidit amorem et concordiam inter gentes multum sibi displicet et voit amour et acorde entre gent mult luy desplet et pur forto make hem to discorde he doth gladly his power to make eos facere discordes ipse facit voluntarie suam potenciam eos eus fere descorder il fet voluntiers son povoir a eus hem to stryve/ And the devel by gynneth the fyre and of evel facere litigare Et diabolus incipit ignem ire et [..........................] fere estriver. Et le deable commence le fu de ire et de mal tawyl to enbrace Wher of aftirward the stryf and chydynge comythe [.......................] Unde post contencionem et objurgacionem venit lant a enbracer i . Dont aprés l’estrif et le contens vient the rumour and the stryf Even also as whan oon lightneth rumor et lis ad instar sicut quando unus eluminat la noise et la tençon. tout aussi come quant un alume the fyre Aftir the smoke arysith the flawme stryf chidynge ignem Post fumum surgit flamma lis et conle feu. Aprés la fumee sourd la flambe estrif et conand whan oon saith to another « thus it is » « it is not-so »/ « thus is was ». « thus it was not » tencio et quando unus dicit alteri « sic est » / « non est »- « sic fuit »/ « non fuit » tens et quant l’un 438 dit a l’autre ii « si est ». « no[n] est ». « si fu ». « non fu ». chidynge is whan the toon bylyeth the tothir or sayen greet objurgacio est quando alter alteri mentitur vel dicunt mag- Tencen est quant il dementent l’un a l’autre ou dient gros- 439 437 Ajout dans la marge : .6.7. 438 Correction par le scribe : ajout de l. 439 Un dessin a été inséré dans la marge : on y voit deux visages se disputant. i M (39, §150) : ambraser. ii M (39, §152) : Estris et contenz est quant li uns dit a l’autre. <?page no="501"?> 491 [folio 102r (ult)] De litigio et verbis reprobis et quibus assimulantur wordes Aftyr this commyth dangerousnesse whan they smyte na verba Post hec venit dangerositas quando pungnant ses paroles. Aprés ce vient le dengier i quant poignent the toon the tother and sayen greet felonyes. For ther ben oon alter alterum et dicunt magnas felonias/ Quia sunt unus modus l’un l’autre et dient grantz felonies. Car il sont unes maner of folk that haven tunges kuttynge as a rasour more gencium qui habent linguas scindentes ut rasorium magis genz qui ont lez la[n]gues trenchanz com rasour plus swyster the arowes fleynge/ more pershynge than alles/ Suche veloces quam sagitte volantes magis penetrant[es] 440 quam fibule. Tales hoisneles que seetes volans plus perçans que alernes. Tiex hommen ben lykned to the portpyn : that is alle yclothid with alles mines assimulantur porco punctoso qui totus est vestitus fibulis mes resemblent le porc espi : qui tout est vestu d’alernes prykynge and is ful cruel. and anoon he is wroth. and whan he is wroth pungentibus et nimis est crudelis et statim (cito) se irritatur et quando irascitur : ille poignanz et trop est fel et tost se corouce. et quant 441 il est iréz : il lanhe shetith his alles fro his body. and he smytith on the left syde and on the spiculatur suas fibulas ex suo corpore/ et percutit a dextris et a sinistris/ . Eciam ce ses alernes et son corps et fiert a destre et a senestre. Aussi right syde/ And he is lyknid to the cruel mastyf. [...] and berkith to alle tho that he assimulatur ille moloso crudeli qui mordet et latrat omnes illos quos ipse resemble il le mastif fel qui mort et abaie toutz ceus qu’il may/ Aftir comith cursynges that is whan oon cursith potest Post venit maledicciones hoc est quando unus maledicit puet. Aprés vient les maudiçons. c’est quant l’un maudit 440 La terminaison est illisible. 441 Correction par le scribe : ajout de quant. i Leçon proposée : ledengier. <?page no="502"?> 492 [folio 102v] an othere [...........] so greet synnes that the scripture saith he þat curseth alterum et hoc [....] tam grandia peccata quod scriptura dicit quod qui maledicit l’autre et se rest si grantz pechéz que l’escripture dit que que maudit his neyghbore is cursyd of god./ And saint poule saith that. that suche suum proximum ille est maledictus de deo. Et sanctus paulus hoc dicit quod tales son proisme il est maudit de diex. Et seint pol ce dit. que tel gent puple may not have the kyngdom of god. And salomon saith that suche gentes non possunt regnum dei habere. et salomon sic dicit. quod tale os ne pueent le regne diex avoir et salamon si dit. que tel boua mouth is as es a pot that boyleth that strecchith hider and thider est sicut/ est olla qui bullit que se expandit istac et illac che est aussi com le pot qui bout qui s’espant de sa et de la and warmeth hem that ben abowte hym./ Aftir comyn the et calefacit illos qui sunt circa illum/ ./ Postea veniunt et eschaude ceux qui sont environ luy. Aprés viennent les repreves that ben yit more gretter synne./ Whan oon rereprobaciones qui sunt adhuc magis grande peccatum Quando unus reprueches qui sont encore plus grant pechié. Quant un rehersith to a man othir his folyes outher his synnes outher his poverte reprobat (recitat) ad hominem vel suas stulticias vel sua peccata vel suam p[a]upertatem prueche au l’omme ou ses folies ou ses pechés ou sa pourté. or his pore fader and moder or som defaute that he hath in hym vel suos pauperes parentes vel aliquem defectum quod ille habet in illo ou ses poures parenz ou aucun deffaute que il a en lui. Aftir this comyth the manaces and bygynnen the medelynges and Post hoc venit in minaciones. et incipiunt iste intromissiones et Aprés ce vient les menaces et commencent les melléz et the werres guerra les guerez. 442 442 Cette dernière ligne a la configuration réclame signifiant la fin du cahier. Ce n’est donc pas la fin du texte et il manque certainement au moins un cahier, non inséré avec les autres lors de la reliure ou perdu. <?page no="503"?> L’étude proposée dans cet ouvrage se situe à la croisée de deux courants actuels de la recherche: l’enseignement du français en Angleterre au Moyen Âge et l’histoire de l’évolution de la conscience grammaticale à cette même période. Il s’agit de l’analyse d’une traduction bilingue - en latin et en moyen anglais, datant du milieu du XV e siècle - d’un fragment de la Somme le Roi de Laurent d’Orléans, texte français composé à la fin du XIII e siècle. Ces traductions, très littérales et apparaissant en regard du texte français, ont vraisemblablement servi d’outil didactique pour enseigner le français en Angleterre par le biais de la méthode contrastive, les langues cible permettant de mettre en relief, parfois au mépris de leur propre syntaxe, les phénomènes grammaticaux les plus caractéristiques de la langue source et d’en illustrer le fonctionnement. Ce manuel, témoin de l’existence d’un lien entre les traditions d’enseignement du latin et du français et de leur évolution du Moyen Âge à la Renaissance, permet d’observer la création individuelle d’une grammaire de correspondances à une période où la conscience grammaticale des langues vulgaires est en développement.
