lendemains
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0170-3803
2941-0843
Narr Verlag Tübingen
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2013
38150-151
Frédéric Smith: "La France appelle votre secours" - Québec et la France libre, 1940-1945
91
2013
Stephen Steele
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189 Comptes rendus FRÉDÉRIC SMITH: „LA FRANCE APPELLE VOTRE SECOURS“ - QUÉBEC ET LA FRANCE LIBRE, 1940-1945, MONTRÉAL, VLB ÉDITEUR (ÉTUDES QUÉBÉ- COISES), 2012, 296 P. Historien rattaché à la ville de Québec, et capable de nous donner en détails précis l’atmosphère et la physionomie de la capitale provinciale durant les années de la Deuxième Guerre mondiale, Frédéric Smith rassemble des éléments d’archives privées et publiques pour raconter ce qu’a été, à partir de sa planification de l’été 1940, le Comité France libre de Québec. Dans cet ouvrage, l’auteur croise l’histoire générale des événements de la guerre, l’histoire politique dans ses grandes lignes également, l’histoire sociale, un peu moins panoramique, du Québec et l’histoire plus pointue des institutions nées de l’Appel du 18 juin. Celle-ci est abordée, c’est là la particularité de ce livre, à travers trois individus d’une énergie débordante dont les archives, correspondances inédites ou mémoires publiés aident à restituer, presque au jour le jour, l’existence du Comité France libre, au rythme des espoirs, des craintes, des obstacles que ses membres vécurent et traversèrent. La personne déterminante dans le fonctionnement du Comité, Marthe Simard, a laissé des archives privées que Smith, par des circonstances heureuses, a localisées à Ottawa (21) tout en se donnant, pour ainsi dire, la mission de faire mieux connaître celle que la guerre rapproche du Général de Gaulle et qui va être nommée, en octobre 1943, à l’Assemblée Consultative provisoire d’Alger (180). Une autre figure marquante du Comité est Élisabeth de Miribel, envoyée de Londres au Canada pour étendre les contacts de la France libre et dont on suit les mouvements surtout grâce à la correspondance et au journal du troisième témoin considéré, Auguste Viatte, professeur de littérature française à l’Université Laval depuis 1933. Français d’origine suisse, Viatte travaille d’abord de manière officieuse pour le Comité, où il occupe longtemps une place discrète, ne prenant publiquement position pour la France libre qu’au début du printemps 1943 (159), cinq mois après la rupture diplomatique d’Ottawa et de Washington avec Vichy. Dans un Québec où c’est Vichy qui, dès l’Armistice, reçoit le plus de soutien, Viatte a souhaité entretenir des liens entre Gaullistes et Pétainistes, et ménage même ses mots quand il se prononce définitivement pour de Gaulle sur Radio-Canada, le 6 avril 1943, comme s’il fallait encore tenir compte des sensibilités de son public (159- 160). L’année précédente, quand le gouvernement canadien réouvre le débat sur la conscription qui aboutira au plébiscite du 27 avril 1942, les membres du Comité de Québec s’efforcent de garder une réserve en public, craignant de voir naître une confusion, dans la province, entre le vote pour la conscription et les actions au nom de la France libre (128). Fin novembre 1944, lorsque la conscription prend effet, Viatte réagit avec „mépri[s]“, dans ses carnets, aux oppositions qu’il observe dans la rue et se voit pris à partie par Smith qui, délaissant sa perspective d’historien, estime que Viatte „s’immisce“ ici dans des affaires qu’il ne peut comprendre, „[a]rrivé“ au Québec depuis une dizaine d’années seulement (217). 190 Comptes rendus L’ouvrage revient, à différents endroits, y compris pour l’après-guerre, sur le climat favorable à Pétain à travers la province, climat perceptible dans une partie de la presse, de l’Église, ainsi que dans certains milieux nationalistes. Smith précise aussi quelles voix haut placées, comme celles du maire de la ville de Québec, Lucien Borne, s’élèvent pour de Gaulle, ou du moins accueillent sa légitimité, comme c’est le cas du cardinal Villeneuve à Québec, aiguillé par Viatte et d’autres universitaires européens à Laval associés à la création, sur place, du Centre français de documentation de la France libre (123). Marthe Simard et le Comité vont trouver auprès du maire et du cardinal, deux représentants importants des autorités municipales et ecclésiastiques, un appui tout à la fois moral et logistique qui les rassure contre ce qu’ils peuvent lire ou entendre autour d’eux. La situation n’est pas meilleure pour la France libre à Montréal, où la communauté française est plus divisée et où les Gaullistes eux-mêmes ne parviennent pas à s’entendre du fait d’ambitions individuelles. Marthe Simard et Élisabeth de Miribel sont, sur ce point, en contact avec de Gaulle et son cercle, comme elles les informeront de leur désir de voir Martin-Prével, nommé par d’Argenlieu représentant de la France libre au Canada (92), remplacé par une personnalité résolument combative dans ce rôle (114-115; 147). Lorsqu’elle s’exprime sur les besoins de la France libre au Canada, Marthe Simard semble avoir été écoutée de près. Elle se signale un peu partout dans le pays auprès des nombreux comités qui se forment dans des villes comme Winnipeg ou Calgary, dans chaque lieu où il y a une présence française. Un premier congrès réunissant l’essentiel des comités au Canada se tient à Montréal en septembre 1942. Marthe Simard y fait adopter une motion qui condamne les „décrets et lois [ ] de Vichy prescrivant la déportation de la population juive“ et le sort réservé aux „Alsaciens-Lorrains en zone occupée“ et appelle, dans une mémoire du „Boche“ (145-146) qui remonte à la Première Guerre mondiale durant laquelle, très jeune, Simard participe à la Croix-Rose (182), à ce que „cette fois-ci justice soit faite au lendemain de la Victoire“ (146). À la suite de ce congrès, Marthe Simard et le Comité de Québec se voient attribuer la tâche d’utiliser l’argent collecté par les différents comités pour l’envoi de colis aux Français prisonniers en Allemagne (146-147), un type d’aide que le groupe de Simard organise régulièrement, de même qu’à l’égard des Français arrivant durant la guerre au Canada. Dans le cas de Montréal, souvent évoqué dans l’ouvrage pour ses querelles mais qui abrite aussi les importantes Éditions de l’Arbre, rue St-Jacques (197-198; 230), il serait intéressant d’avoir une image plus complète des activités organisées dans l’orbite de la France libre, dont celles qui impliquent les exilés à New York, comme le médiéviste Gustave Cohen, dévoué à la cause. On sait qu’il y eut plusieurs déplacements entre Québec et New York. Smith rappelle que Cohen encourage Viatte ainsi que le Père Thomas Delos, un membre influent du Comité de Québec, à venir passer l’été 1942 à l’École libre (136-137). Cette même année, Cohen prend par deux fois le chemin inverse, accueilli à Montréal d’abord par Jacques Rousseau, directeur du Jardin Botanique, puis par le Père Émile Legault, 191 Comptes rendus directeur des Compagnons de Saint-Laurent, fin octobre, pour une représentation théâtrale à laquelle vont aussi être conviés Maritain, alors à l’Institut Pontifical de Toronto, et des agents de la France libre comme Élisabeth de Miribel. Dans sa lettre au Père Legault du 18 octobre 1942 (Archives des Religieux de Sainte-Croix, Maison Basile-Moreau, Montréal), Cohen évoque également le nom de Marcel Raymond, un collègue de Rousseau au Jardin Botanique de Montréal qui travaille à resserrer les liens entre le Québec et les écrivains et intellectuels en exil à New York, non sans d’occasionnels bénéfices du côté gaulliste. Smith mentionne Cohen une seconde fois lorsque celui-ci, alors chargé de mission pour la France libre, part en voyage plusieurs semaines pour Alger en compagnie du Père Delos et de Marthe Simard afin de rejoindre l’Assemblée Consultative (190). Le long discours que Marthe Simard prononce devant l’Assemblée le 15 mai 1944 et que Smith prend le soin de reproduire intégralement se termine d’ailleurs par une proposition de résolution concernant la continuation de l’École libre qui semble avoir été influencée par Cohen ou le Père Delos. La proposition s’achève significativement sur le mot „indépendant“ avec le „souhai[t du] maintien dans la grande République amie et alliée de ce centre de culture française indépendant“ (199). Maritain est alors en passe de démissionner de la présidence de l’École, persuadé justement de sa perte d’autonomie par rapport au pouvoir politique du Comité Français de la Libération Nationale. On apprend, dans le dernier chapitre et dans l’épilogue, le parcours ultérieur suivi par les trois principaux acteurs de cette histoire de Québec et la France libre. A l’automne 1944, Marthe Simard part dans l’Ouest canadien à la rencontre des comités de la France libre avant de se rendre à Paris pour assister aux séances de l’Assemblée Consultative en fin d’année (213-216). Celle que la mémoire officielle de la France honorera en 2011 en lui dédiant une place du XIV e arrondissement de Paris (252, photographie) n’envisage pas son avenir dans la politique et se réinstalle à Québec en mars 1945 (218), demeurant en contact épisodique avec de Gaulle et d’Argenlieu (234, 238). Mieux connue, Élisabeth de Miribel est, pour un temps, carmélite en France puis diplomate et écrivaine (229). Viatte circule entre Laval, Haïti et Nancy, et, outre ses responsabilités dans les Associations France-Canada et France-Haïti, poursuit sa carrière universitaire à la chaire de littérature française de Zurich (232). Stephen Steele (Burnaby)
