Vox Romanica
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Francke Verlag Tübingen
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1996
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Kristol De StefaniLa codification du français à l'epoque de la Renaissance: une construction inachevée
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La codification du fran�ais a l'epoque de la Renaissance: une construction inachevee 1 Les ambitions de cet expose sont modestes. Face a des syntheses recentes (HucHON 1988; TRUDEAU 1992; SMITH 1993), je voudrais simplement reprendre et completer les reflexions que j'ai publiees, il y a une vingtaine d'annees (MARZYS 1974), sur ce qu'Alexis Franfois avait appele en son temps «le reve d'une langue franyaise dassique» (FRAN�ors 1936: 91). Je pense en effet que ce reve, confu par les hommes de la Renaissance, ne s'est pas realise, ou du moins qu'il s'est realise, au xvn e siede, d'une maniere tres differente de celle qu'ils avaient imaginee. Comme le fait R. Anthony Lodge dans son ouvrage recent sur l'histoire externe du franyais (LoDGE 1993), je prendrai pour point de depart le modele d'Einar Haugen, qui distingue quatre aspects dans le processus de standardisation d'une langue (HAUGEN 1966: 931-33): 1 ° Ja selection d'un modele de Ja norme; 2 ° Ja diffusion 2 de ce modele dans une communaute; 3 ° l'elaboration, c'est-a-dire Ja variation maximale des fonctions; 4 ° Ja codification, c'est-a-dire la variation minimale des formes. Essayons d'appliquer ce schema a la situation du franfais a la fin du Mayen Age. Le paysage linguistique du domaine d'oi1 se presente alors comme une triglossie. Au bas de l'echelle, des langues vernaculaires, servant essentiellement a la communication orale et interpersonnelle. Au sommet, le latin, langue du savoir et d'une litterature de prestige. Au milieu, le franyais; largement unifie sur le modele de la variete parisienne, employe massivement comme langue litteraire et administrative, il est en passe de s'etendre a la fois horizontalement en direction du Midi et verticalement sur les positions tenues par le latin. En d'autres termes, le franyais est en train de devenir une langue standard en ce qui concerne les trois premiers points de Haugen: selection, diffusion, elaboration. II n'en est pas de meme quant a la codification. On peut admettre que, dans la mesure ou le franyais se conforme au modele parisien, il a subi une premiere codification spontanee. On voit aussi, des le xm e siede, des auteurs conscients de 1 Texte d'une conference prononcee a l'Universite de Berne le 28 octobre 1995, lors d'un colloque en l'honneur de M. Rudolf Engler. z Ce terme ne correspond pas exactement a acceptance utilise par Haugen, mais me semble bien rendre Ja realite qu'il designe. La codification du frarn,;ais a l'epoque de la Renaissance 127 la distance entre la langue quotidienne et son usage ecrit 3 • Le fram;;ais est egalement l'objet d'une certaine reflexion grammaticale, sous-produit de l'enseignement latin ou des manuels d'apprentissage a l'adresse des Anglais (cf. LusIGNAN 1986; KRISTOL 1989). Mais il n'existe aucune tentative de le doter d'une norme explicite et universellement valable. Le fran�ais reste donc, aux yeux des gens cultives, une «langue vulgaire» 4 au sens de Dante: langue «que nous apprenons sans aucune regle en imitant notre nourrice», par opposition a la grammatica, c'esta-dire au latin, objet de preceptes normatifs, de reflexion theorique et d'enseignement scolaire. Dante ajoutait, il est vrai, que Ja langue vulgaire etait «plus noble» que le latin 5 ; mais ce ne sera pas l'avis des humanistes fran�ais du xvr e siede. Pour la plupart d'entre eux en effet, seule une langue strictement codifiee est apte a rivaliser de prestige avec les langues anciennes. On peut evidemment en rester 1a et n'ecrire qu'en latin, comme Je feront un Guillaume Bude, un Jean Salmon Macrin ou un Jacques de Thou. Mais si l'on veut, sans dechoir, contribuer a la diffusion de la culture antique en ecrivant en langue vulgaire, il faut en faire une veritable grammatica, a la fois comportant des regles precises et fixee dans une forme ne varietur. Ce projet ne va pas sans problemes. Le premier est pose par la concurrence de l'italien. Au xu e et au xrn e s., le fran�ais a eu ses heures de gloire; mais a la fin du Mayen Age, son prestige international decline, et c'est l'italien qui, pendant taute la Renaissance, s'affirmera comme la langue moderne la plus importante d'Europe (FRAN<;:01s 1959/ 1: 99-106). Ainsi, lorsqu'a la fin du xv e s. les Fran�ais decouvrent la culture italienne, ils se sentent en position d'inferiorite. Ils apparaissent d'ailleurs aux Italiens comme des barbares, et ils essaient de s'en defendre en contreattaquant. Des 1509, Claude de Seyssel suggere a Louis xn une veritable politique linguistique, qui consisterait a diffuser le fram; ais dans les provinces italiennes fraichement conquises, notamment en leur imposant des lois redigees dans cette langue, de telle sorte que les Italiens soient obliges de l'apprendre. D'ailleurs, faisant du «wishful thinking», Seyssel pretend qu'ils le font deja spontanement: 3 Cf. HuoN DE MERY, Le Tornoiement Anticrist 10-15: «Mes al troveur bien avient/ Qui set aventure novele/ E face tant ke Ja novele/ De l'aventure par tut aille/ E ke sun gros fram; ois detaille/ Pur faire oevre plus deliee» (ed. MARGARET 0. BENDER, Mississippi 1976: 59); cf. MARZYS 1978: 202s. - Sur Ja contribution des traducteurs, et specialement de Nicole Oresme, a cette prise de conscience, cf. en dernier lieu LusrGNAN 1986: 129-71. 4 II est significatif par exemple que dans le domaine francoproven1;al, ou pourtant le fran1;ais est un produit d'importation, «! es termes roman (ou romain) et vulgaire peuvent s'appliquer indifferemment au dialecte parle, a une scripta plus ou moins dialectale comme au fran1;ais», et cela jusqu'au xvr c siede (MARZYS 1978: 199). s «Vulgarem locutionem asserimus, quam sine omni regula, nutricem imitantes, accipimus. Est et inde alia locutio secundaria nobis, quam Romani gramaticam vocaverunt ... Harum quoque duarum nobilior est vulgaris» (De vulgari eloquentia, I/ 1). 128 Zygmunt Marzys Par Je moyen des grandes et glorieuses conquestes qu'y avez faites, n'y a quartier maintenant en icelle [ = en Italie], Oll le langage frarn;:ois ne soit entendu par Ja pluspart des gens; tellement que fa Oll ! es Italiens reputoyent jadis les Frarn,ois barbares tant en meurs qu'en langage, a present s'entreentendent sans truchement ! es uns ! es autres, et si s'adaptent les Italiens, tant ceux qui sont soubs vostre obei:ssance, que plusieurs autres, aux habillemens et maniere de vivre de France. (BRUNOT 1894: 31; cf. LONGEON 1989: 22-27) En 1511, dans Les Illustrations de Gaule et singularitez de Troye, Jean Lemaire de Belges s'efforce d'accrediter le mythe de i'origine troyenne des Francs et de prouver par ce moyen que leur culture ne doit rien a l'Italie. Voici comment il definit son dessein: L'acteur dessus nomme ... pretend a l'ayde de Dieu faire demonstration certaine de la signification du tiltre de ce volume. C'est a savoir esclarcir en ce langage frans;ois, que les Italiens par leur mesprisance acoustumee appellent barbare (mais non est) la tres-venerable antiquite du sang de nosdits princes de Gaule. (STECHER 1882-85/ 1: 11) En 1513, dans La Concorde des deux langages, Lemaire va se montrer plus conciliant: il imagine le temple de Minerve, ou ... se treuvent conjoints, vivans en paix sans noise, le langage toscan, et la langue frans;oise. (STECHER 1882-85/ 3: 130) Tout cela ne persuade guere les Italiens que les Franc;ais sont aussi cultives qu'eux. En 1528 encore, Baldassar Castiglione, dans Le Livre du courtisan, fera dire a son porte-parole Colonna: Je pense que le vrai et principal ornement de l'esprit de chacun, ce sont ! es lettres, bien que ! es Frans;ais connaissent seulement la noblesse des armes et ne fassent aucun cas du reste, de maniere que non seulement ils n'apprecient pas ! es lettres, mais meme ils les abhorrent, et tiennent tous ! es lettres pour ! es plus vils des hommes; et il leur semble qu'ils font une grande injure a quelqu'un quand ils l'appellent «clerc». (PoNs 1991: 81)6 L'autre probleme concernait les sources de la norme linguistique. La norme des langues anciennes, telle que la concevaient les humanistes et surtout les «ciceroniens», etait fondee sur des modeles litteraires. 11 en etait de meme pour l'italien, du moins dans la perspective de Bembo, qui allait l'emporter sur les autres. Mais il n'y avait pas en France d'ecrivains aussi prestigieux que ceux du Trecento en Italie. La litterature du XII e et du xm e s. etait en grande partie tombee dans l'oubli, et d'ailleurs l'evolution de la langue l'avait rendue a peu pres incomprehensible. Plus 6 «II vero e prinicipal ornamento dell'animo in ciascuno penso io ehe siano le lettere: beuche i Franzesi solamente conoscano la nobilita delle arme, e tutto il resto nulla estimino; di modo ehe, non solamente non apprezzano le lettere, ma le aborriscono; e tutti i letterati tengon per vilissimi omini; e pare lor di gran villania a chi si sia, quando lo chiaman clero» (CrAN 1947: 104). La codification du fram; ais a l'epoque de la Renaissance 129 pres dans le temps, aucun auteur, aucune reuvre ne jouissait d'une autorite suffisante pour servir de modele. Des lors, les Frarn; ais chercheront en vain des auteurs «classiques» a opposer aux Italiens. Ainsi Jean Lemaire produit une liste d'ecrivains allant duxm e au debut duxvr e s.; mais il est evident qu'aucun d'entre eux, pas plus Jean de Meung qu'Alain Chartier, sans parler des autres, n'a le prestige de Dante, Petrarque et Boccace, cites en parallele: L'une des parties soustenoit, que Ja langue frarn; oise estoit assez gente et propice, suffisante assez, et du tout elegante pour exprimer en banne foy, et mettre en effect, tout ce que Je langage toscan ou florentin (jasoit ce qu'il soit Je plus flourissant d'Italie) sauroit ditter ou excogiter, soit en amours soit autrement. Et en ce allegoit pour ses garants et deffenseurs aucuns poetes, orateurs, et historiens de la langue franyoise, tant antiques comme modernes, si comme Jean de Mehun, Froissart, Maistre Alain [Chartier], Meschinot, ! es deux Grebans, Millet [=Jacques Milet], Molinet, George Chastelain, et autres, dont la memoire est et sera longuement en la bouche des hommes, sans ceux qui encores vivent et flourissent. Desquelz maistre Guillaume Cretin est le prince. L'autre personnage deffendoit et preferoit le langage italique, comme celuy qui plus et mieux a poinct, et par plus grande affection, syait exprimer son intention en pratique amoureuse et autres matieres. Et pour ce prouver mettoit en avant plusieurs acteurs renommez et autorisez, si comme Dante, Petrarque, et Bocace tous trois Florentins, Philelphe, Seraphin, et assez d'autres Italiens. (STECHER 1882-85/ 3: 98s.; cf. LoN- GEON 1989: 31-36) En revanche, la variation diatopique pose aux Franvais moins de problemes qu'aux Italiens. En effet, en Italie, le modele toscan ne fait pas encore l'unanimite; en France la domination de la variete parisienne est si massive qu'elle est difficilement contestable. Rares sont les theoriciens qui voient dans les dialectes un obstacle a la standardisation de la langue vulgaire: on ne peut guere citer que Charles de Bovelles et son Liber de differentia vulgarium linguarum et Gallici sermonis varietate (1533; cf. DuMONT-DEMAIZIERE 1973). D'autres, il est vrai, voudraient tenir campte de varietes regionales. Mais il s'agit soit de reflexions abstraites, soit de propositions qui se limitent a accueillir dans la norme centrale quelques elements regionaux de prononciation ou de vocabulaire (cf. SCHMITT 1977). * Si l'on fait abstraction des ecrits plus ou moins polemiques de Claude de Seyssel et de Jean Lemaire cites taut a l'heure, on peut situer dans le deuxieme quart du XVI e siede les premieres publications sur la codification du franvais. Nous allons reprendre les quatre plus celebres d'entre elles: le Champ fleury de Geofroy Tory (1529), l'Isagoge de Jacques Dubois alias Sylvius (1531), la Deffence et illustration de Joachim Du Bellay (1549) et le Trette de la grammere franr,;oeze de Louis Meigret (1550) 7• On peut presenter les differents modeles de la norme qu'elles proposent au moyen du schema suivant: 7 Cite ci-apres selon l'edition modernisee de HAUSMANN 1980a. 130 Zygmunt Marzys + archai'que archai'que + litteraire Tory 1529 Du Bellay 1549 litteraire Sylvius 1531 Meigret 1550 Geofroy Tory. Rappelons que son Champfleury n'est ni une grammaire ni un traite de rhetorique, mais un manuel de typographie. Toutefois Tory est conscient qu'avec la diffusion de l'imprimerie, l'etablissement d'une norme linguistique prend une importance nouvelle; il commence donc par presenter un programme de codification du frarn;:ais, dont le but devrait etre de fixer la langue et d'en faire un veritable moyen d'expression litteraire. Il propose ce programme des la preface: Pleust a Dieu que quelque noble cueur s'employast a mettre et ordonner par reigle nostre langage frarn; ois! ...S'il n'y est mys et ordonne, on trouvera que de cinquante ans en cinquante ans Ja langue fran1,oise, pour la plus grande part, sera changee et pervertie. Le langage d'aujourd'huy est change en mille fa1,ons du langage qui estoit il y a cinquante ans ou environ ...J'espere qu'au plaisir de Dieu quelque noble Priscian, quelque Donat, ou quelque Quintilien fran1,ois naistra de bref, s'il n'est desja tout edifie ... Quant l'un traictera des lettres, et l'aultre des vocales, ung tiers viendra qui declarera ! es dictions, et puis encores ung aultre surviendra qui ordonnera la belle oraison. Par ainsi on trouvera que peu a peu on passera le chemin, si bien qu'on viendra aux grans champs poetiques et rhetoriques plains de belles, bonnes et odoriferentes fleurs de parler et dire honnestement et facillement tout ce qu'on vouldra. (TORY 1529: Aux lecteurs; cf. LoNGEON 1989: 49-54) Tory ne neglige pas l'usage parle des classes dirigeantes, mais ne le trouve pas suffisant pour fonder une norme litteraire: II est certain que le stile de parlement, et le langage de court sont tresbons, mais encores pourroit on enrichir nostre dict langage par certaines belles figures et fleurs de retorique, tant en prose que autrement. (ib.Iv 0 -1Ir 0 ) La codification devrait donc se faire plutöt d'apres des modeles litteraires. Philologue, Tory a une certaine connaissance de la litterature du xn c et du xm e s., et il la croit utilisable pour la norme de la langue contemporaine: Si avec nostre facundite, estoit reigle certaine, il me semble soubz correction, que le langage seroit plus riche, et plus parfaict ...Qui se vouldroit en ce bien fonder, a mon advis porroit user des oeuvres de Pierre de Saint Cloct [= Saint-Cloud] et des oeuvres de Jehan li Nevelois [=Jean le Nevelon] qui ont descript Ja vie d'Alexandre le Grant ... Iceulx deux susdicts autheurs ont en leur stile une grande majeste de langage ancien et croy que s'ilz eussent eu le temps en fleur de bonnes lectres, comme il est aujourd'huy qu'ilz eussent excede tous autheurs grecs et latins ... On porroit aussi user des oeuvres de Chrestien de Troyes, et ce en son Chevalier a l'espee [= Chevalier au lion? ], et en son Perseval qu'il dedia au conte Phelippe de Flandres. On porroit user pareillement de Hugon de Mery, en son Tornoy de l'Entecrist.Tout pareillement aussi de Raoul [de Houdenc] en son Romant des Elles [=Ailes]. Paysant de La codification du frarn; ais a l'epoque de la Renaissance 131 Mesieres [ = Pai"en de Maisieres) n'est pas a despriser, qui faict maintz beaux et bons petitz coupletz, et entre ! es aultres, en sa Mule sans frein ... (ib. III v 0) Pourtant, comme le montre sa remarque apropos de Pierre de Saint-Cloud et de Jean le Nevelon, Tory se rend bien campte que ces auteurs sont trop anciens et que leur langue a trop vieilli pour qu'ils puissent vraiment servir de modeles; acöte d'eux, il propose donc des ecrivains du xv e et meme du xvr e s.: On pourroit en oultre user des oeuvres de Arnoul Graban, et de Simon Graban son frere ... Alain Chartier, et George Chastellain chevalier sont autheurs dignes desquelz on face frequente lecture, car ilz sont tresplains de langage moult seignorial et heroique.Les Lunettes des princes [de Jean Meschinot) pareillement sont bonnes pour le doulx langage qui y est contenu. On porroit semblablement bien user des belles Chroniques de France que mon seigneur Cretin nagueres chroniqueur du roy a si bien faictes, que Homere, ne Virgile, ne Dantes, n'eurent onques plus d'excellence en leur stile, qu'il a au sien. (ib. IVr 0) Ces eloges sont d'autant plus hyperboliques que la cause est difficile a defendre: en realite, aucun de ces auteurs n'a le prestige des grands Italiens et ne peut guere servir de modele de la norme. Alors, curieusement, Tory se tourne vers la variation dialectale et essaie de faire de necessite vertu; aceux qui voient dans l'existence des dialectes un obstacle a la codification de la langue vulgaire, il repond par un parallele avec les dialectes litteraires grecs 8 : Nostre langue est aussi facile a reigler et mettre en bon ordre, que fut jadis Ja langue grecque, en laquelle y a cinq diversites de langage, qui sont la langue attique, la dorique, Ja aeolique, Ja ionique, et Ja comune, qui ont certaines differences entre elles en declinaisons de noms, en conjugations de verbes, en orthographe, en accentz et en pronunciation ... Tout ainsi pourrions nous bien faire, de Ja langue de court et parrhisiene, de Ja langue picarde, de Ja lionnoise, de Ja lymosine, et de Ja prouvensalle. (ib. 1Vv 0 -Vr 0 ) Evidemment, les dialectes gallo-romans ne pouvaient pas servir de base a des varietes codifiees de la langue litteraire: ils differaient trop les uns des autres et ils se trouvaient en etat de trop grande inferiorite socioculturelle par rapport au frarn; ais de Paris. II s'agissait en realite d'un mythe de langue classique, fonde cette fois-ci non sur le latin mais sur le grec, mais n'ayant aucune chance de realisation. Sylvius. C'est un autre mythe que represente son Isagoge 9 • Le but de cet ouvrage est double, ainsi que l'auteur l'explique lui-meme dans sa preface. D'une part, persuade que l'evolution n'est qu'une corruption, il voudrait reconstituer une forme archai'que du frarn;:ais, plus proche du latin et d'autres langues anciennes: s Comme Je signale P. SMITH (1993: 45ss.), l'anaJogie remonte a Ja discussion italienne sur Ja questione della lingua et apparait deja chez Cristoforo Landino; elle reparaitra chez Henri Estienne. 9 Sur Sylvius, cf. en dernier lieu: DEMAIZIERE 1989; GLATIGNY 1989: 13-18. 132 Zygmunt Marzys J'aurai l'impression d'avoir realise mon desir, si je ravive quelque peu l'eclat originel de la langue fran9aise, depuis longtemps presque disparu et couvert de rouille, et si je restitue une partie de sa purete primitive par une espece de retour en arriere, en recherchant l'origine des mots fran9ais dans l'hebreu, le grec et le latin, source d'ou notre parler decoule presque tout entier lO _ Le second but de Sylvius est d'etablir des regles du fran�ais pour en faire une grammatica au sens de Dante: Ce n'est pas sans raison que j'ai entrepris de cultiver la langue fran9aise, pour montrer la voie a mes successeurs qui traiteront de cette matiere avec plus de distinction, d'abondance et de bonheur; et pour inciter ! es hommes de notre epoque a apprendre, du moins a leurs heures perdues, en abandonnant un peu leur etude si assidue des langues etrangeres, ! es regles de leur propre langue, afin de n'etre pas toujours reduits a repeter, a la maniere des pies et des etourneaux, des mots entendus de leurs parents, sans jamais en prendre conscience, y reflechir, ! es comprendre; car c'est une chose honteuse pour un homme que de paraitre etranger dans sa langue maternelle 11 . En d'autres termes, le dessein de Sylvius est de composer une grammaire historique et une grammaire normative, l'une et l'autre destinees moins a etudier objectivement Je fran�ais qu'a prouver, comme on le dira plus tard, sa «conformite» avec les langues anciennes, a la fois quant a ses origines et quant a son systeme grammatical. A ce double dessein correspondent les deux parties de l'ouvrage. La premiere, In linguam Gallicam Isagoge, est une espece de phonetique historique: Sylvius rapproche systematiquement chaque son latin de ses resultats presumes en fran- �ais. Sa methode nous paratt bien naive et les conclusions auxquelles il parvient franchement aberrantes, ce qui n'a rien d'etonnant dans l'etat de la science etymologique de l'epoque. Mais il y a plus: chaque fois qu'il le peut, Sylvius tente de corriger le fran1:ais en le rapprochant du latin. Il constate par exemple (p. 20s.) qu'a la voyelle E du latin correspond souvent en fran�ais le groupe [wE]: ainsi TELA/ [twEl], SERUM/ [swcr], REX/ [rwE]. Mais il sait d'autre part que dans certains dialectes, et notamment en normand, on dit [tel], [scr], [rE]. Des lors, il donne sa preference a la prononciation normande et traite celle des Parisiens de «corrom- 10 «Mihi vero ipse interim voti compos esse videbor, si nativum linguae Gallicae nitorem, iamdiu prope exoletum, et situ obsitum, nonnihil detersero, ac velut postliminio in puritatis pristinae partem restituero: corrogata scilicet ex Hebraeis, Graecis, Latinis vocum Gallicarum origine: a quibus ceu fontibus nostra prope universa elocutio manavit» (SYLVlUS 1531, Ad lectorem linguae Gallicae studiosum). 11 «Non iniuria sermonem Gallicum excolere aggressus sum: ut posteris velut praeluceam, ista limatius, copiosius et foelicius tractaturis: ac nostrae aetatis hominibus animos excitem, ut horis saltem succisivis, intermissa paululum linguarum exoticarum disquisitione tarn solicita, sui sermonis rationem condiscant, ne picarum aut sturnorum more a parentibus audita, sed nunqnam animadversa, nunquam perpensa, nunquam intellecta, semper effundant: quum sit foedum, hominem in ea lingua videri hospitem, in qua natus est» (ib.). La codification du frarn; ais a l'epoque de la Renaissance 133 pue»; et il se rejouit que la prononciation [E] gagne peu a peu Paris, par ex. dans aimeroie [Em;:irE], etc. La seconde partie de l'ouvrage, Grammatica Latino-gallica, est en principe une morphologie synchronique du frarn; ais. Mais le titre indique le veritable dessein de l'auteur: il ne s'agit pas de decrire simplement le frarn;:ais, mais de le codifier sur le modele de la grammaire latine. Sylvius ne se contente pas d'imposer a sa grammaire un cadre theorique calgue sur le latin ni de choisir, comme dans la premiere partie de son ouvrage, les variantes les plus proches de la langue originelle. Il lui arrive de forcer l'usage pour regulariser le frarn; ais. Par exemple, il voudrait refaire la conjugaison du verbe aimer en j'ame, tu ames, il ame pour la rapprocher a la fois du latin amo, amas, amat et des autres mots de Ja famille, tels que ami, amour, etc. 12• Ou encore, il exige l'accord du participe passe avec le complement antepose: j'ai rer;utes tes lettres/ habeo receptas tuas litteras. Ici pourtant, il prevoit une objection et il y repond: Mais qui donc, diras-tu, a jamais entendu dire j'ai rer;utes tes lettres, d'apres habeo receptas, c'est-a-dire accepi, tuas litteras? Prends l'habitude de suivre Ja grammaire, et eile sonnera bien plus agreablement a tes oreilles que l'usage l3_ Si l'ouvrage de Sylvius a jete les bases theoriques de la grammaire fran�aise, sa proposition de fonder la norme sur l'idee abstraite d'une langue originelle et rationnellement ordonnee n'avait pas plus de chances de succes que celle de Tory, qui prenait pour modeles des textes litteraires trop rapidement vieillis. On etait donc dans l'impasse et, deux ans apres la parution de l'Isagoge, Bovelles avait beau jeu de declarer les langues vulgaires impossibles a codifier. Joachim Du Bellay. II faut attendre 1549 pour voir paraitre une nouveHe proposition de faire du fran�ais une langue standard aussi prestigieuse que le latin, avec La Deffence et illustration de la langue franr;oyse de Joachim Du Bellay. Comme on le sait, cet ouvrage n'est pas un projet de codification du fran9ais, mais le manifeste d'une nouvelle ecole poetique qui prendra plus tard le nom de «la Pleiade», et qui a la volonte de creer en fran9ais une litterature digne des Anciens et susceptible de concurrencer les Italiens. De la, chez Du Bellay, une apparente contradiction: enthousiasme pour la langue vulgaire et mepris de la tradition litteraire fran�aise; amour des lettres antiques et attaque contre le grec et le latin. 12 «Amo g'-afme, tu aimes, il aimet. Plu. nous afmons, voiis afmes, ils afment. Mihi magis placet sine diphthongo g-ame, tu ames, il amet, et sie totam facere coniugationem, ut ab eo amicus ami, amica amie, amabilis amiable, amor amour, amoureus ab amorosus etc. in quorum nullo diphthongum il! am af invenies» (Snvrns 1531, p.133s.). t3 «Sed quis unquam (inquies) audivit hunc sermonem: g'haf receuptes tes letres, ab habeo receptas, id est accepi, tuas litteras? Assuesce artem imitari, usu multo auribus tuis suavius insonabit» (ib. p.123s.). 134 Zygmunt Marzys Mais la contradiction s'explique si l'on admet, avec Wolfram Krämer (1967), que la doctrine linguistique des nouveaux poetes n'est qu'une consequence de leur doctrine litteraire: Du Bellay et ses amis ont le projet de creer une nouvelle poesie franr;aise a l'imitation des Anciens: d'ou le rejet, a la fois, de la litterature frans,;aise comme modele des ceuvres a creer et de la langue latine comme moyen d'expression. Conformement a ce programme, La Deffence et illustration contient: 1 ° une apologie du frans,;ais (defense non au sens de 'protection contre la corruption', auquel ce mot est employe aujourd'hui par les puristes, mais au sens juridique de 'plaidoyer'); 2 ° une ebauche d'art poetique (illustration 'action de rendre illustre'). La «defense» consiste essentiellement a demontrer que le frans,;ais est susceptible de l'usage litteraire et scientifique, tout aussi bien que les langues anciennes ou l'italien. En effet, pour Du Bellay comme pour ses predecesseurs, les Italiens sont a la fois des concurrents et des modeles a suivre. Mais ici surgit une difficulte capitale. Du Bellay, comme Bembo, ne cons,;oit le prestige d'une langue qu'en fonction de sa litterature. Mais comme il n'attribue aucune autorite aux ecrivains frans,;ais qui l'ont precede, il ne peut pas les opposer a Dante, Petrarque et Boccace, comme le faisaient Jean Lemaire ou Geofroy Tory. II s'avise alors de combattre les Italiens par leurs propres armes: ainsi que l'avait demontre des 1908 Pierre Villey, il a emprunte a peu pres textuellement son apologie de la langue vulgaire, sans en souffler mot bien entendu, au Dialogo delle lingue de Sperone Speroni (Venise 1542). Or, dans son evaluation des langues vulgaires, Sperone Speroni se place dans une perspective qui differe fondamentalement de celle de Bembo. Bembo regarde en arriere; il mesure la valeur d'une langue a la valeur de sa litterature. Par consequent, il considere le toscan, fort de sa tradition litteraire, comme superieur non seulement a tous les dialectes italiens, mais encore a toutes les langues vulgaires. Sperone Speroni, en revanche, regarde en avant: il ne s'agit pas de savoir quelles sont actuellement les qualites respectives des differentes langues, mais quelles sont leurs virtualites. Or, pour Sperone Speroni, les langues ne sont pas des produits naturels, mais des creations arbitraires des hommes; il n'y a donc entre elles aucune inegalite de nature. Leur plus ou moins grande perfection depend du degre de culture auquel elles sont parvenues. Par consequent, les langues vulgaires peuvent, a force d'etre cultivees, atteindre le meme prestige que le grec et le latin. La langue italienne elle-meme est encore dans sa jeunesse: «elle n'a pas completement fleuri et n'a pas produit les fruits qu'elle peut donner» 14 • Du Bellay se saisit de cette opinion et la developpe pour situer le frans,;ais non seulement face a l'italien, mais aussi et surtout face aux langues anciennes. II ne nie pas l'inferiorite actuelle du frans,;ais par rapport au grec et au latin; mais il s'efforce 14 «Non ha appieno fiorito, non ehe frutti produtti, ehe ella puo fare» (cite dans CHAMARD 1948: 25 Nl; cf. VrLLEY 1908: 45). La codification du fran1cais a l'epoque de la Renaissance 135 de montrer qu'elle n'est pas insurmontable. En effet, comme n'importe quelle autre langue, le fran�ais possede toutes les virtualites qui lui permettent de produire des ceuvres dignes des litteratures antiques, pour peu qu'il se trouve des gens qui veuillent le cultiver: Qui voudra de bien pres y regarder, trouvera que nostre langue fran9oyse n'est si pauvre, qu'elle ne puysse rendre fidelement ce qu'elle emprunte des autres, si infertile, qu'elle ne puysse produyre de soy quelque fruict de bonne invention, au moyen de l'industrie et diligence des cultiveurs d'icelle, si quelques uns se treuvent tant amys de leur pa'iz et d'eux mesmes, qu'ilz s'y veuillent employer. (CHAMARD 1948: 29) La culture du fran�ais consiste moins a le normaliser qu'a l'«enrichir», c'est-a-dire a le doter de nouveaux moyens d'expression. Il s'agit en particulier, pour Du Bellay et ses amis, de creer une nouvelle langue poetique, a la fois riche, savante et ornee. Pour cela, il faut disposer notamment d'un vocabulaire approprie, distinct du vocabulaire commun. Cela implique d'une part l'emploi de registres marginaux de la langue: archa"ismes, regionalismes, termes techniques 15 ; mais d'autre part, la formation de neologismes: Je veux bien avertir celuy qui entreprendra un grand ceuvre, qu'il ne craigne point d'inventer, adopter et composer a l'immitation des Grecz quelques motz fran9oys, comme Ciceron se vante d'avoir fait en sa langue. Mais si ! es Grecz et Latins eussent este supersticieux en cet endroit, qu'auroint-ilz ores de quoy magnifier si haultement cete copie qui est en leurs langues? ... Ne crains donques, poete futur, d'innover quelques termes, en un long poeme principalement, avecques modestie toutesfois, analogie et jugement de l'oreille, et ne te soucie qui le treuve bon ou mauvais. (ib. 137-40) C'est donc seulement a condition d'etre «enrichi» que le frarn;;ais peut devenir un instrument litteraire susceptible de rivaliser tant avec l'italien qu'avec les langues anciennes. Les Italiens se sont mis en marche les premiers; qu'a cela ne tienne! Les Fran�ais, pense Du Bellay, ne leur cedent en rien, bien au contraire; d'ou cette diatribe en conclusion de son livre: La France, soit en repos ou en guerre, est de long intervale a preferer a l'Italie, serve maintenant et mercenaire de ceux aux quelz eile souloit commander. Je ne parleray icy de la temperie de l'air, fertilite de la terre, abundance de tous genres de fruictz necessaires pour l'ayse et entretien de la vie humaine ... Je suis content que ces felicitez nous soient communes avecques autres nations, principalement l'Italie: mais quand a la piete, religion, integrite des meurs, magnanimite des couraiges, et toutes ces vertuz rares et antiques (qui est la vraye et solide louange), la France a tousjours obtenu sans controverse Ie premier lieu. (ib. 184-86) ts Cf.Du Bellay dans CHAMARD 1948: 142s., 172; mais surtout Ronsard dans Odes, Suravertissement au lecteur; Abbrege de l'art poetiquefranr;ois; La Franciade, Au lecteur apprentif (LAUMO- NIER 1914/ 75/ 1: 57; 14: 9-12; 16: 347-53). 136 Zygmunt Marzys Il s'agit donc de cultiver la langue, comme l'ont fait les Latins et les Italiens: Quand Ciceron et Virgile se misrent a ecrire en latin, l'eloquence et Ja poesie etoint encor'en enfance entre les Romains, et au plus haut de leur excellence entre ! es Grecz. Si donques ceux que j'ay nommez, dedaignans leur langue eussent ecrit en grec, est-il croyable qu'ilz eussent egale Homere et Demosthene? Pour le moins n'eussent ilz ete entre les Grecz ce qu'ilz sont entre les Latins. Petrarque semblablement et Boccace, combien qu'ilz aient beaucoup ecrit en latin, si est-ce que cela n'eust ete suffisant pour leur donner ce grand honneur qu'ilz ont acquis, s'ilz n'eussent ecrit en leur langue. (ib. 188s.) La conclusion est claire: le Petrarque et le Boccace frarn;:ais, ce sont les nouveaux poetes dont l'auteur de La Deffence et illustration se fait le porte-parole: les reuvres qu'ils s'appretent a creer (et qu'ils vont publier incessamment 16 ) vont servir de modele non seulement litteraire, mais aussi linguistique. Du Bellay et ses amis pretendent donc jouer pour le fran9ais le r6le attribue aux ecrivains du Trecento pour l'italien; ils aspirent, en somme, a devenir des classiques. Cette tentative aboutit, elle aussi, a un echec. C'est precisement leur volonte d'innovation qui a empeche les poetes de la Pleiade de fournir des modeles au frarn; ais standard: leur langue, trop recherchee, trop savante, trop eloignee de l'usage courant, n'a pas fait autorite (cf. MARZYS 1976). La norme du fran9ais, au contraire de celle de l'italien, n'allait pas ou du moins pas encore se conformer a des modeles litteraires. Restait une derniere solution: celle de fonder la norme sur l'usage. C'est cette solution que defend Louis Meigret. Louis Meigret. La notion d'usage chez Meigret a ete dernierement etudiee avec beaucoup de precision par M. Wunderli (1987) 17, de telle sorte que je pourrais presque me dispenser d'en parler. Je voudrais tout de meme commenter quelques passages de son Traite de la grammaire franr,;aise, pour mettre en relief le contraste avec ses predecesseurs. Des la preface de son livre, Meigret affirme une attitude positive a l'egard du fran9ais tel qu'il est: Notre langue est aujourd'hui si enrichie par la profession et experience des langues latine et grecque, qu'il n'est point d'art ni science si difficile et subtile ... dont elle ne puisse traiter amplement et elegamment. Par quoi il nous faut confesser qu'elle a en soi quelque ordre, par lequel nous pouvons distinguer ! es parties dont sont composes tous langages, et la reduire a quelques regles ...En poursuivant donc ce present traite selon l'experience que je puis avoir de l'usage de Ja parole et langage franyais, je commencerai aux premiers principes et elements, qui sont les voix et leurs lettres comme commune matiere de toutes langues, epluchant toutes celles dont nos syllabes et vocables sont formes: et finalement toutes les parties necessaires a 16 Rappelons que ! 'Olive de Du Bellay a paru la meme annee que La Deffence et illustration et ! es Odes de Ronsard l'annee suivante. 17 Cf. aussi HAUSMANN 1980b; GLATIGNY 1989: 13-18. La codification du frarn;:ais a l'epoque de la Renaissance 137 batir un langage entendible, avec les regles que j'ai pu extraire d'une commune observance, qui comme une loi les nous a tacitement ordonnees. (HAUSMANN 1980a: 1-5) En d'autres termes: 1° Le frans;ais est apte a tous ! es emplois litteraires et scientifiques, et il n'est pas necessaire de l'«enrichir» comme le pretend Du Bellay. 2 ° Le frans;ais, comme toute Iangue, possede une norme spontanee, qu'il suffit de degager par analyse; il n'est donc pas question de lui imposer de l'exterieur une norme artificielle, comme le voudrait Sylvius. 3 ° Le «corpus» dont il faut extraire cette norme n'est ni Ja litterature du passe comme pour Tory, ni un modele abstrait comme pour Sylvius, ni une langue poetique a creer comme pour Du Bellay, mais l'usage contemporain, que le grammairien a pour tache d'observer et d'exposer rationnellement. Pour voir l'application de ces principes, j'examinerai deux citations. La premiere concerne la derivation. Meigret vient de montrer qu'elle est irreguliere en frans;:ais, surtout qu'elle est plus ou moins influencee par le latin, et il conclut: Je ne m'amuse pas fort aux formaisons des derivatifs: d'autant que cela requiert la lecture des grammaires grecques et latines: auxquelles celui se devra adresser qui les voudra entendre: saus toutefois se prescrire aucune loi contre l'usage de la prononciation franc;aise: comme font plusieurs qui disent [que] nous dussions dire ainsi suivant ! es regles latines et grecques: auxquels, pour toute satisfaction, il faut repondre que nous devons dire comme nous disons, puisque generalement l'usage de parler l'a rec;u ainsi: car c'est celui qui donne autorite aux vocables: sauf toutefois 1a ou ! es regles frans;aises et la congruite sont offensees: comme font ceux qui disent, je venions, je donisse, je frapisse: qui sont fautes qui n'ont jamais ete rec;ues par ! es hommes bien appris en la langue franc;aise. (ib. 29) Plusieurs elements de ce fragment permettent de prec1ser la notion d'usage chez Meigret. D'abord l'independance par rapport aux langues anciennes: «les regles latines et grecques» n'ont aucune autorite sur la langue vulgaire. Deuxiemement, le caractere oral de l'usage, marque par des termes tels que prononciation, dire, parler. Enfin, le röle de la regularite grammaticale et des gens instruits, dont sans doute le grammarien lui-meme, lorsqu'il s'agit de choisir entre les variantes de l'usage. Dans le fragment qui suit, Meigret critique ouvertement Sylvius sans le mentionner. 11 s'agit d'une remarque faite en passant dans le chapitre concernant les participes: Au regard d'amant, c'est un nom tire du participe latin amans signifiant autant que \e nom verbal amoureus: car quant a amer et tous ses temps et modes, le courtisan frans;ais ne le conna"it point: ni ne se faut pas en cela amuser a je ne sais quelle ratiocination par laquelle aucuns se persuadent que, puisque l'usage a rer,:u un vocable, nous pouvons aussi user suivant les regles de leurs derivatifs inusites, de meme droit que nous usons des au- 138 Zygmunt Marzys tres: de sorte que nous pouvons dire amer, j'ame, tu ames, puisque nous disons amant. Je confesse que cela serait raisonnable, si ! es regles qu'on fait de grammaire, commandaient a l'usage: vu qu'au contraire ! es regles sont dressees sur l'usage et fafon de parler. (ib. 101) Si donc le grammairien peut choisir, parmi les variantes en usage, celles qui lui paraissent les plus regulieres, en revanche il n'a pas le droit d'inventer des formes inusitees pour regulariser artificiellement la langue. Celui qui lui indiquera si telle forme est usitee ou non, c'est avant taut le «courtisan frarn;;ais». Ce n'est pas la premiere fois que la langue de la cour apparait comme une source de la norme; deja Tory la citait a cöte du «stile de parlement». Mais chez Meigret, «le courtisan» ou «le bon courtisan», mentionne a plusieurs reprises 18 , devient le temoin par excellence de l'usage. Est-il en rapport avec le cortegiano de Castiglione? Ce n'est pas sür. Le cortegiano est imagine comme un individu qui, par une maniere de parler elegante, cherche a se faire valoir sans en avoir l'air. Le courtisan de Meigret est plutöt le representant d'un milieu dont il a interiorise le comportement. Et c'est ce milieu, la cour, plutöt que tel individu modele, qui est appele a une grande carriere en tant qu'instance supreme de la norme. Mais il n'est pas encore l'instance exclusive. D'une part, Meigret lui associe les savants, «les hommes bien appris en la langue»; d'autre part, comme l'a montre M. Wunderli, il ne soumet a ces deux instances que le niveauformel de la langue, sans rejeter necessairement les autres. II faut attendre Vaugelas pour qu'apparaisse la distinction entre le «bon usage» et le «mauvais usage», ce dernier etant rejete purement et simplement 19 . * Dans la seconde moitie du siede, l'hesitation sur le modele de la norme continuera. Robert Estienne, comme Tory, associe la langue des courtisans a celle des juristes et fonctionnaires 20 • Ramus recuse les «savants» et voudrait former la norme sur l'usage de l'ensemble de la societe parisienne, sans en privilegier aucune 1s Cf. HAUSMANN 1980a, index p. 168. 19 «II y a sans doute deux sortes d' Usages, un bon et un mauvais. Le mauvais se forme du plus grand nombre de personnes, qui presque en toutes choses n'est pas le meilleur, et le bon au contraire est compose non de la pluralite, mais de l'elite des voix» (MARZYS 1984: 40; cf. ib. 17). - 11 est significatif que le terme bon usage n'apparaisse chez Meigret qu'une seule fois, sans etre oppose a mauvais usage: «Ceux qui ont voulu bien dresser une grammaire sur le bon usage de parler, ont aussi, en le suivant, donne ! es moyens de bien ecrire par ! es lettres, en gardant a chacune sa puissance». (HAUSSMANN 1980a: 2) 20 «Nous ayans diligemment leu ! es deux susdicts autheurs [Sylvius et Meigret] ... avons faict ung recueil, principalement de ce que nous avons veu accorder a ce que nous avions le temps passe apprins des plus syavans en nostre langue, qui avoyent tout le temps de leur vie hante es Cours de France, tant du Roy que de son Parlement a Paris, aussi sa Chancellerie et Chambre des comptes: esquels lieux le langage s'escrit et se prononce en plus grande purete qu'en tous autres» (R. EsnENNE 1557: 2s.); cf. GLATIGNY 1989: 9-13. La codification du frans;ais a l'epoque de la Renaissance 139 variete 2 1. Henri Estienne, en 1578, rejette l'usage de la cour comme trop italianise 22 , et l'usage en general comme trop variable. Que reste-t-il alors pour etablir la norme du franvais? D'abord la connaissance des langues anciennes 2 3; ensuite la «raison» 2 4, par quoi il faut entendre sans doute, dans le choix des variantes, a la fois la regularite grammaticale et la plus grande transparence etymologique possible 25 . Nous revenons ainsi, en cette seconde moitie du siede, a une version attenuee de la theorie de Sylvius: pour discerner ce qui est correct, il faut s'adresser a des savants, c'est-a-dire a des gens frottes aussi bien de latin et de grec que de theorie grammaticale. En d'autres termes, la norme ne doit etre fondee ni sur la langue litteraire ancienne ou moderne, ni sur l'usage parle de quelque milieu que ce soit, mais sur le savoir. Cette proposition n'aura pas plus de suite que les precedentes. Ainsi, en 1589, Blaise de Vigenere pourra constater que le fran�ais n'est toujours pas codifie: 21 «Le peuple est souverain seigneur de sa langue, et la tient comme un fief de franc aleu, et n'en doit recognoissance a aulcun seigneur. L'escolle de ceste doctrine n'est point es auditoires des professeurs hebreus, grecs, et latins en l'universite de Paris ..., elle est au Louvre, au Palais, aux Halles, en Greve, a la place Maubert» (RAMUS 1572: 30). - Sur Ramus, cf. en dernier lieu: GLATIGNY 1989: 18-21; SwrGGERS 1989; WUNDERLI 1991. 22 «Nostre question estoit si le langage courtisan doit avoir plus de credit et autorite que celuy qu'on parle ailleurs.Vous avez respondu qu'il ne faloit faire aucune doute de cela.A quoy je vous ay replique qu'autresfois il y eust eu quelque apparence en cela, mais depuis les changemens qui sont advenus en ceste cour, et nommement que la cour est devenue une petite Italie, qu'elle avoit perdu beaucoup de son autorite en cest endroit. Car ayant oste ! es Italiens de la cour ... nous avons trouve que nous avions oste pour le moins la moitie des courtisans, et puis avons este d'accord qu'il ne seroit pas raisonnable que la moitie de la cour eust autant d'autorite que toute la cour. Mais quand nous sommes venus a examiner ceste moitie qui restoit, il nous a fallu jouer encores au rabbat. Car nous avons trouve que nous la devions tenir suspecte, pour le moins une partie d'icelle. Tellement qu'il a falu encores oster la moitie de ceste moitie, et ainsi est restee seulement la quarte partie des courtisans, le langage desquels peut avoir quelque autorite. Et encores a la fin n'avez pu garder ceste quarte partie que je vous laissois. Car vous avez confesse qu'elle n'estoit pas toute de personnes qui eussent tel jugement qu'il est requis d'avoir pour discerner le bon et pur langage d'avec Je mauvais et brouille» (SMITH 1980: 417). 23 «Pour le moins, vous me confesserez tousjours qu'un qui entend bien le latin a grand avantage quarrt a la congnoissance du frans; ois sur un qui ne l'entend point, voire que celuy qui a aussi la congnoissance du grec, a avantage, pour Je frans; ois, sur celuy qui n'entend que le Jatin.- Mais si on ne peut discerner le bon frans; es d'avec le mauvais que par l'usage, quel avantage pourra avoir celuy qui entend Je latin, voire qui a aussi congnoissance du grec? - Si l'usage de la Jangue frans; oise estoit pareil en tous lieux (je di, entre ceux tant seulement qui sont estimez bien parler car, quarrt aux autres, c'est une chose infinie ), ce que vous dites auroit quelque apparence, mais veu qu'il y a de la controverse quarrt a l'usage, il faut avoir recours aillieurs qu'a l'usage. Car de dire que par l'usage qui est en un lieu on pourroit juger de l'usage d'un autre lieu, ce seroit contre raison» ( ib. 396s.). 24 «II faut que la raison domine, et en conferant le langage des uns avec celuy des autres, il s'en faut rapporter a eile, tellement que si en quelque chose la raison se trouvoit estre du coste des crocheteurs, voire des bergers, quarrt au langage, et non pas du coste des courtisans, il faudroit qu'ils passassent condamnation, quelque grands qu'ils fussent» (ib. 402 ). 25 Cf. QUINTILIEN, Institutio oratoria, I, 6, 1: «Rationem praestat praecipue analogia, nonnumquam et etymologia.» 140 Zygmunt Marzys Quant il l'oraison solüe [= la prose] je m'en tais, et deporte d'en parler plus avant, parcequ'il y a tant d'escrivains aujourd'huy qui s'accablent ! es uns ! es autres, qu'on ne peut gueres bien discerner ! es bons des mauvais, qui ! es esteignent et suffoquent il guise des meschantes herbes qui surcroissent parmy ! es utiles et salutaires, et ! es surmontent et estouffent, quand chacun sans aucun choix ny jugement, sans rien elabourer, sarcler, ne cribler, se transporte Je nez au vent selon que sa fantaisie le pousse, ainsi que Je maniement d'un cheval non dompte encore: car n'y ayant point de grammaire, ny de reigles establies jusqu'aujourd'huy, cela s'en va indistinctement, et varie tout de mesme que Ja main d'un jeune gar�on, auquel si deslors qu'on luy veut apprendre a escrire on abandonnoit en pleine liberte son papier, sans Je reigler pour Je faire aller droit tout s'en iroit il vauderoute haut et bas, tortu, bossu, sans aucune proportion: Ainsi en est-il des reigles de la grammaire pour ! es langues, qui nous contraignent de parler et escrire correct et congru; sans lesquelles si quelqu'un s'y comporte tolerablement, il faut referer cela il la bonte de son esprit, et il Ja longue pratique et usage qu'il en a eu de longue main, mesmement surtout il hanter ! es cours des princes, ou par raison on doit tousjours mieux parler et escrire qu'ailleurs (cite par FRANC,:OIS 1936: 99s.). Aux yeux de Montaigne, les efforts visant a fixer la langue n'ont pas davantage abouti. Voici ce qu'il en dit dans le livre III des Essais: J'escris mon livre il peu d'hommes et il peu d'annees. Si c'eust este une matiere de duree, il l'eust fallu commettre il un langage plus ferme. Selon la variation continuelle qui a suivy le nostre jusques a cette heure, qui peut esperer que sa forme presente soit en usage, d'icy il cinquante ans? II escoule tous ! es jours de nos mains, et depuis que je vis s'est altere de moitie. Nous disons qu'il est asture [= il cette heure] parfaict. Autant en dict du sien chaque siede. Je n'ai garde de l'en tenir 1a tant qu'il fuira et se difformem com'il faict. C'est aux bons et utiles escris de Je clouer il eus, et ira son credit selon Ja fortune de nostre estat. (STROWSKJ 1906/ 33/ 2: 254). Ainsi, les auteurs de la fin du siede n'ont pas l'impression que les tentatives de codifier le frarn; ais aient abouti: la langue n'a toujours pas de norme generalement acceptee, et son evolution ne s'est pas ralentie. Mais en meme temps, ils indiquent les voies de la future codification: c'est dans «les cours des princes» qu'on parle et qu'on ecrit le meilleurfrarn;:ais, et ce sont les ecrivains qui ont pour tache de le fixer. Ainsi, lorsque le debat sur la norme sera repris, apres l'avenement d'Henri IV et le retablissement de la paix interieure, il va se situer d'emblee entre ces deux instances: les ecrivains et la societe aristocratique. Entre-temps, la position sociolinguistique du frarn;:ais aura profondement change. Le röle normatif de Ja variete parisienne est definitivement confirme, et les langues regionales purement et simplement exclues de la norme. Le frans;ais s'est etendu dans l'usage ecrit sur l'ensemble de la Galloromania, et notamment sur le domaine d'oc. Et si le latin domine toujours largement comme langue scientifique, le frans;ais est devenu la langue litteraire et administrative par excellence: on lit Ronsard et Montaigne bien plutöt que Jean Salmon Macrin ou Jacques de Thou; et depuis l'ordonnance de Villers-Cotterets, le latin est exclu des procedures judiciaires 26 . Le frarn; ais a donc cesse d'etre une «langue vulgaire» et est en passe de 26 Sur ! es effets linguistiques de l'ordonnance de Villers-Cotterets, cf. en dernier lieu TRUDEAU 1983. La codification du frarn;:ais a l'epoque de la Renaissance 141 devenir sinon une langue classique, du moins une langue standard, mais cela non a cause des efforts visant a le codifier, mais malgre leur echec. Le jour ou «Malherbe viendra», il proposera des regles non pour accroitre le prestige du franvais, mais parce que le franvais sera devenu assez prestigieux pour requerir une codification. Neuchatel Zygmunt Marzys Bibliographie BENDER, MARGARET 0. 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