Vox Romanica
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0042-899X
2941-0916
Francke Verlag Tübingen
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Kristol De StefaniDictionnaire suisse romand. Particularités lexicales du français contemporain. Une contribution au Trésor des vocabulaires francophones. Conçu et rédigé par André Thibault sous la direction de Pierre Knecht avec la collaboration de Gisèle Boeri et Simone Quenet, Genève (Zoé) 1997, 854 p.
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J. Lengert
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Dictionnaire suisse romand. Particularités lexicales du français contemporain. Une contribution au Trésor des vocabulaires francophones. Conçu et rédigé par André Thibault sous la direction de Pierre Knecht avec la collaboration de Gisèle Boeri et Simone Quenet, Genève (Zoé) 1997, 854 p. 1. État des recherches. La recherche en matière de français régional de Suisse romande est caractérisée par ce que l’on pourrait appeler son hétérogénéité. Au XIXe siècle, l’on dispose de nombre de glossaires tant descriptifs que normatifs consacrés aux particularités surtout lexicales et grammaticales notamment de divers cantons 1 . Après une première synthèse réalisée par Wissler 1909 2 , il convient de mentionner avant tout l’excellent dictionnaire de Pierrehumbert 1926 3 , maître ouvrage dont l’attitude descriptive porte tant sur la synchronie que sur la diachronie du lexique régional du canton de Neuchâtel, mais aussi de la Suisse romande entière. Après lui, on constate un net déclin marqué par des écrits normatifs et, plus récemment, par des glossaires de portée limitée, voire de valeur scientifique presque nulle (Hadacek 1983), parmi lesquels on comptera Pidoux 1983, Bossard 1990 ou Cuendet 1991 4 . Ce n’est qu’au cours des dernières années que se sont succédées une série de thèses et d’études scientifiques d’envergure plus modeste: Lengert 1994 (étude sélective de régionalismes basée sur un corpus littéraire contemporain), Manno 1994 (description du vocabulaire non-standard basée sur une enquête), Billod-Morel 1997 (analyse phonétique contrastive qui décrit entre autre le français de La Chaux-de-Fonds, comprenant aussi une partie lexicale de valeur restreinte et qui, en plus, n’a pas été prise en considération par les auteurs du présent ouvrage) et enfin Lengert 1998, qui, à partir du Journal intime de H.-F. Amiel, essaie de retracer l’usage genevois de la deuxième moitié du xix e siècle (ouvrage dépouillé de façon incomplète à l’état de manuscrit par A. Thibault) 5 . Le besoin d’un dictionnaire général et scientifiquement valable des particularités régionales de Suisse romande se faisait donc sentir depuis longtemps et c’est cette lacune que prétend combler le Dictionnaire suisse romand [= DSR]. 2. Contenu. Le DSR se compose de quatre parties: une introduction (17-51) contenant la présentation méthodologique et celle du contenu du dictionnaire, les abréviations 6 et signes de transcription, ainsi que le corpus des citations, la partie dictionnairique proprement dite (53-744) et une série d’index (745-821) (divers types d’éléments cachés et non lemmatisés, régionalismes d’autres régions, mots des autres langues de la Suisse, inventaire des étymons selon le FEW, particularités grammaticales, index onomasiologique, liste inverse). À la fin se trouve la bibliographie des ouvrages linguistiques consultés (826-52). 290 Besprechungen - Comptes rendus 1 On se reportera à L. Gauchat/ J. Jeanjaquet, Bibliographie linguistique de la Suisse romande, vol. 2, Neuchâtel 1920, pour un relevé bibliographique complet. 2 G.Wissler, Das schweizerische Volksfranzösisch, Erlangen 1909 (réédité: RF 27 [1910]: 690-851). 3 W. Pierrehumbert, Dictionnaire historique du parler neuchâtelois et suisse romand, Neuchâtel 1926. 4 Catherine Hadacek, Le suisse romand tel qu’on le parle. Lexique romand - français, Lausanne 1983; E. Pidoux, Le Langage des Romands, Lausanne 1 1983; M. Bossard, Vie et mystère des mots, Morges 1990; J.-P. Cuendet, Parlons vaudois, Chavannes-de-Bogis 1991. 5 J. Lengert, Regionalfranzösisch in der Literatur. Studien zu lexikalischen und grammatischen Regionalismen des Französischen der Westschweiz, Basel/ Tübingen 1994; G. Manno, Le français non conventionnel en Suisse romande. Etude sociolinguistique menée à Neuchâtel et à Genève, Bern/ Berlin/ Frankfurt a.M. 1994; Chr. Billod-Morel, Sprache über Grenzen hinweg. Eine Untersuchung des Regionalfranzösischen im französisch-schweizerischen Grenzgebiet, Hamburg 1997; J. L ENGERT , Les helvétismes de Suisse romande au XIXe siècle d’après le «Journal intime» d’Henri-Fr. Amiel, Paris 1998. 6 L’inventaire semble complet et l’on n’a pu relever qu’une erreur mineure: «exc.» (= exceptionnellement) y est indiqué (33), dans le dictionnaire figure pourtant aussi «except.» (p.ex. p. 201). 3. Macrostructure. Le DSR repose sur un corpus d’environ 120 000 fiches de provenance tant métalinguistique que linguistique, établi au Centre de Dialectologie et d’Etude du français régional de l’Université de Neuchâtel. Les auteurs ont pu profiter notamment d’une collection d’attestations de particularités régionales établie en grande partie dans les années soixante-dix sous la direction du regretté Ernest Schulé, matériaux qui consistent en trois types divergents d’informations: des citations provenant de sources littéraires avant tout du XXe siècle (de préférence, de l’après-guerre), des matériaux extraits de journaux (surtout de la deuxième moitié des années soixante-dix) et enfin des résultats d’une enquête portant sur l’usage oral menée entre 1974 et 1981. Contrairement à bien d’autres ouvrages de ce genre, les auteurs du DSR renseignent le lecteur sur leur corpus, on aurait néanmoins apprécié d’obtenir plus d’informations sur sa composition, en ce qui concerne la chronologie et la couverture géographique. D’emblée, les auteurs se sont décidés à l’élaboration d’un dictionnaire sélectif ne traitant qu’un nombre limité d’entrées, leur choix étant motivé avant tout par un critère de fréquence («analyser les mots les plus fréquents et les plus importants» [19]). Cette conception n’a pourtant pas été réalisée de façon stricte, ce qui explique que l’établissement de la nomenclature du DSR a été guidé par des principes «secondaires», p. ex. la prise en charge de mots vieillis, dès qu’ils recouvrent une certaine valeur de «mot-souvenir», ou encore de termes ruraux. La nomenclature exclut les particularités grammaticales qui n’apparaissent que sous forme de renvois, dans une des annexes (801-03). Elle englobe par contre une gamme assez riche de phénomènes lexicaux: mots simples, dérivés et composés, lexies complexes, abréviations, divers types d’unités phraséologiques, différences sémantiques et formelles (morphologie, prononciation). Si ces critères de sélection épargnent en général aux auteurs d’être confrontés à la difficulté fondamentale de définition et de délimitation de leur objet, ils soulèvent cependant certains problèmes quant aux «statalismes» désignant des réalités suisses, bien enracinés parfois dans les dictionnaires du français général (canton, chalet, conseil fédéral, etc.). À juste titre, le DSR a accueilli ceux qui n’apparaissent pas dans la lexicographie du français central, mais il fait preuve d’une certaine incohérence quant à d’autres. Ainsi a-t-il reçu confédéral et confédéré (248s.), tandis qu’il omet confédération, terme pour lequel sont valables cependant deux des critères appliqués par le DSR, à savoir l’usage («régionalisme de fréquence») et le côté syntagmatique spécifiquement régional (subventionné par la Confédération, territoire de la Confédération, l’ancienne Confédération, l’entrée dans la Confédération, chancelier de la Confédération, etc., contextes tous absents p. ex. du Grand Robert 2: 804). Avec les mêmes arguments, on pourrait s’attendre à voir apparaître dans le DSR, à côté de termes religieux tel que catéchumène (213), des mots comme ministre pasteur , temple église , ou, en ce qui concerne la terminologie militaire, à côté de lieutenant (484) et major (499), des mots tels que colonel ou général. Ce ne sont pas uniquement des éléments du lexique officiel, mais encore, comme le démontre le cas d’alpage (71s.), les mots dénotant une réalité extralinguistique régionale, qui posent des problèmes et où la distinction ne semble pas aisée (cf. la discussion y relative dans l’introduction du DSR: 21). Le choix des matériaux n’est pas dénué de problèmes non plus par rapport aux régionalismes marqués du point de vue chronologique, p. ex. dans le cas du verbe abéquer, qui selon le DSR est un «mot tendant à vieillir» (56), où donc aucun des critères de sélection ne semble valable. On peut se demander si la conception du DSR ne devrait pas exclure des régionalismes d’extension géographique extrêmement restreinte («français local»), p. ex. alpéateur, «encore très vivant de nos jours à Évolène [Valais]» (73) ou bracaillon, où le sens qui se mêle de tout (169) n’a été relevé qu’à Corcelles-le-Jorat (Vaud). On peut à peine relever de véritables cas douteux, p. ex. pression (artérielle) tension (596s.) ou branche discipline (école, université) (170), qui malgré leur enregistrement dans 291 Besprechungen - Comptes rendus ce sens par certains dictionnaires du français commun (TLF, Lexis), ont été perçus comme régionalismes dans le DSR, tandis que branche p. ex. a été omis par Lengert 1998, ce qui en l’occurrence aurait fourni une antédatation de plus d’un siècle (1940 selon le DSR): Examen sur ces deux branches. [mathématique, philosophie] (H.-F. Amiel, Journal intime, vol. 1, Lausanne 1976: 127 [1 er août 1839]) Que la conception de régionalisme ne soit en effet pas toujours assurée, démontre le cas de grand-maman, grand-papa (426s.), dont A. Thibault niait le statut de particularités régionales, il n’y a pas très longtemps (RLiR 59 [1995]: 263), et qu’il intègre maintenant dans le DSR. Dans un cas comme fendant vin blanc . . . (376), on peut se demander si le mot n’est pas en train de passer dans l’usage général, par le biais de la connaissance de l’objet. Les auteurs ont contrôlé leurs matériaux de façon non systématique, à ce qu’il paraît, à l’aide de la base de données Frantext; un contrôle généralisé aurait rarement pu apporter des témoignages précieux, cf. (avoir) mal au cou (269s.), qui apparaît chez certains auteurs de France (Goncourt 1865, Zola 1882, Camus 1942). 4. Microstructure. Elle se distingue, en comparaison de bien d’autres dictionnaires de français régional, par sa richesse. Après l’entrée et l’information grammaticale, un nombre réduit d’articles présente une transcription.Viennent ensuite la définition sémantique, un ou plusieurs exemples d’usage forgés par les auteurs du DSR et en général un inventaire particulièrement riche de citations originales. Suit parfois la localisation dans une rubrique particulière («Local.»; plus couramment pourtant cette information se trouve dans le commentaire final de l’article) et, dans beaucoup d’articles, une rubrique contenant des remarques («Rem.»), où se trouvent des informations linguistiques et extralinguistiques de portée tout à fait divergente: emploi du régionalisme, statut auprès des locuteurs de Suisse romande, marques d’usage, renvoi à des synonymes du français central et d’autres variantes régionales du français, informations encyclopédiques. Chaque article se termine par un commentaire plus ou moins élaboré qui donne en général la première datation et situe le régionalisme dans l’histoire et la géographie (origine, formes anciennes quand il s’agit d’archaïsmes, parallèles dans les autres langues de la Suisse, répartition géographique à l’intérieur et en dehors de Suisse romande). Parfois - heureusement pas trop souvent - le commentaire contient certaines mesquineries de critique, justifiées peut-être dans un compte rendu, mais déplacées dans la microstructure d’un dictionnaire et peu utiles au lecteur non averti (cf. [289] «Lengert 1994 (qui n’a pas consulté Pier)»; [539] «Vox Romanica 6, 144 (et non 44, comme il est écrit dans FEW)»; [717] «Lengert 1994 . . . le renvoi à FEW 13 est fautif», etc.). La presque totalité des articles se termine par une rubrique bibliographique qui donne, sous forme abrégé et dans l’ordre chronologique, les sources consultées. On constate que ce sont souvent les articles consacrés aux «statalismes» qui sont moins bien documentés et omettent certains éléments de la microstructure qui n’est de loin pas standardisée. La structure interne des articles (particularités morphosyntaxiques et sémantiques, lexies complexes et locutions) se caractérise par son graphisme clair, qui utilise la numérotation hiérarchisée (chiffres romains et arabes) et des symboles graphiques pour les divers emplois. De même les différentes composantes des articles sont séparées graphiquement, de façon que la structure formelle des articles est en général aisée à consulter. L’ordre interne des articles n’obéit pas à un principe homogène. Parfois c’est la fréquence (l’emploi le plus fréquent vient en début d’article), parfois la structure formelle (le mot simple est placé au début, viennent ensuite les lexies complexes et les unités phraséologiques), parfois aussi c’est l’histoire qui détermine la structure de l’article (l’emploi le plus ancien vient en premier lieu, suivent ceux qui en découlent). La sous-catégorisation n’est pas exempte d’incohérences, signalons quelques exemples rendant compte de divers types de problèmes: (62) s. adieu apparaissent, sous 2., le sens régional de formule de salutation . . . et la locution adieu, je t’ai 292 Besprechungen - Comptes rendus vu, et il y est dit, par la suite, que «2 est usité un peu partout en Suisse romande» (le sens, la locution ou les deux? ); (62s.) s. à-fonds le DSR signale, comme premier sens, grand nettoyage de printemps et indique ensuite («par ext[ension]»), celui de grand nettoyage, indépendamment de la saison , or cette filiation n’est pas évidente et l’inverse semble tout aussi probable, elle devrait donc être étayée par des datations; (312) s. département subdivision du pouvoir exécutif est indiqué le sens métonymique («par méton.») de édifice abritant un Département - le même type de métonymie existe pour d’autres désignations de ce genre, mais n’y est pas mentionné (cf. p. 425s. s. Grand Conseil). Comparé p. ex. au TLF, les articles du DSR sont naturellement plus limités, de façon que les problèmes de la structuration interne relèvent plutôt de la théorie que de la pratique de l’utilisateur. 4.1. Entrée. Le lemme est présenté en capitales et lettres grasses, une éventuelle graphie avec majuscule est indiquée (sans toujours être bien lisible, cf. p. ex. Alpe [27], Borromini [150]) 7 . Lors de variantes phonétiques, graphiques et morphologiques, ou aussi pour signaler des abréviations (p. ex. s. école de recrues, «sigle ER» [347]), les auteurs ont eu recours à des entrées multiples. Un problème fondamental est la lemmatisation des unités polylexicales. En ce qui concerne les composés et les lexies complexes, le DSR se décide souvent pour la forme complète, p. ex. (146) s. B-: bonne-main pourboire , non pas s. main (où ce régionalisme se trouve dans R EY / C HANTREAU 1988: 572 8 ), (425s.) s. G-: Grand Conseil, non pas s. Conseil, (572) s. P-: plaque à gâteau, non pas s. plaque (entrée où ce régionalisme a été rangé dans le Grand Robert 7: 470), etc. 9 . Pourtant ce procédé est loin d’être généralisé. Ainsi assemblée communale (de commune) et assemblée fédérale se trouvent à leur place sous A-, tandis que assemblée bourgeoise a été mis sous bourgeois; assemblée fédérale et français fédéral ont été rangés sous leur composante nominale sous Aet F-, tandis que Palais fédéral ne reçoit qu’un lemme de renvoi sous Pet est traité sous fédéral. Il arrive que des articles séparés traitent de suite divers composés ou lexies, cf. p. ex. conseil administratif, conseil communal, conseil des États (251s.), tandis qu’ailleurs ces unités ont été placées sous une seule entrée, cf. p. ex. s. place (place d’armes, place de jeux, etc.) (567s.) ou s. pont (char à pont, pont de danse, etc.) (581). Même phénomène dans le traitement des unités phraséologiques: il n’est pas convaincant de ranger p. ex. (être) sur Soleure (680) sous la composante prépositionnelle, procédure inhabituelle dans la phraséographie actuelle. Mais ce sont aussi les divergences d’emploi qui entraînent une lemmatisation peu habituelle.Ainsi, le DSR offre deux articles du mot allemand (allemands, s.m.pl. (71), bon allemand (144), avec lemme de renvoi à la p. 71) et trois du mot bleu (bleu, s.m., bleue, s.f. et bleus, s.m.pl. [134s.]), etc. Même si tous ces problèmes sont rachetés par un système de renvois assez complet, qui rend aussi compte des matériaux cachés, et même si les auteurs ont des arguments en faveur de leur choix parfois surprenant d’entrées, il serait indispensable de régler ce choix de façon plus cohérente. Le problème majeur du DSR, quant à la lemmatisation, est le traitement des sousentrées, où l’on constate pas mal de déficits. La sélection des sous-lemmes n’est pas systématique, par exemple en ce qui concerne les participes (p. ex. s. baboler [105], où apparaît en sous-lemme le p.p.adj. babolant, procédé qui n’est pas appliqué dans la majorité des autres verbes). Les formes sous-lemmatisées ne sont pas toujours pourvues d’une information grammaticale (cf. p. ex. beau IV , en fonction adverbiale [121]). Les sous-entrées soulèvent également des problèmes descriptifs provoqués par le manque assez fréquent d’informa- 293 Besprechungen - Comptes rendus 7 Il aurait peut-être été préférable de généraliser les minuscules, afin de rendre plus clairement compte d’éventuelles graphies avec majuscule initiale. 8 A. Rey/ Sophie Chantreau, Dictionnaire des expressions et locutions, nouvelle édition revue et augmentée, Paris 1988. 9 Cela fait p. ex. que car postal (206) est placé après carotte rouge, mais on trouve toutefois un lemme de renvoi à la p. 203. tions signalées normalement par le DSR (cf. p. ex. abbaye 3. confrérie [54], où manque le renvoi à la datation 1603 dans Pierrehumbert 1926: 657 [supplément] et académique [58], où le lecteur notera bien que cet archaïsme a été conservé sous l’influence de l’allemand akademisch, mais ne reçoit pas d’informations sur l’histoire de quart d’heure académique, qu’il pourra interpréter comme formation interne ou comme calque de l’allemand akademische Viertelstunde). Ici et dans beaucoup d’autres articles, une standardisation plus élevée des informations apportées serait urgente. 4.2. Phonétique et graphie. De façon délibérée, motivé par l’argument de l’économie descriptive, les informations du DSR sur la prononciation restent lacunaires. Aux dires des auteurs, on a appliqué une «transcription phonétique» - on parle toutefois, à la même page, de «phénomènes phonologiques et phonétiques» (27) - réalisée sur la base du système API. Que la distinction entre transcription phonétique et phonologique soit loin d’être observée rigoureusement, souligne un cas tel que landsgemeinde transcrit ici par [lA˜ dsg ε majnd( ε )] (480), où l’on pourrait s’attendre à ce qu’une transcription phonétique signale des phénomènes d’assimilation (un nexus comme [dsg] paraît douteux). L’inventaire des signes de transcription (37s.) contient quelques inconséquences: il n’indique que [A: ], tandis que dans le dictionnaire apparaît bien sûr aussi [A] (p. ex. s. barjaquer [117]), il omet le signe [ø: ] (p. ex. s. chneuquer [235]), il signale [O˜], ce qui est plus grave, car dans le dictionnaire cette voyelle nasale est transcrite parfois [õ] (p. ex. s. boiton [142]), parfois [O˜] (p. ex. s. caquelon [202]), il contient les affriquées [t∫] et [dZ], mais pas [pf] (p. ex. s. knöpfli(s) [477]). L’élément le plus contradictoire est la transcription du r, où la liste du DSR indique la vibrante uvulaire [r], tandis que le dictionnaire transcrit aussi rarement avec une vibrante apicale [r] (p. ex. s. barjaquer [117]). L’usage du [‘] dans schmolitz [‘∫mOlits] (655) est surprenant 10 . La transcription présente parfois des maladresses. L’économie de description va trop loin dans des cas tels que boiler (139), qui comportent deux variantes à la fois ([bœ(j)l( ε )r]), ce qui semble peu clair. On notera aussi des inconséquences quant à la transcription d’affixes, p. ex. -age, où la longueur est indiquée soit comme variante facultative (s. bouchoyage [bu∫wajA(: )Z] [154]), soit comme constante de prononciation (s. gautschage [got∫A: Z] [403]). Cette observation vaut aussi pour des ressemblances formelles, p. ex. si bobet (137) est transcrit [bOb ε ], tandis que cornet (264) ne l’est pas. Certaines transcriptions semblent trop peu différenciées 11 , p. ex. la généralisation d’une voyelle ouverte pour é (cf. p. 37 dans l’introduction): bélosse [b ε lOs] au lieu de [belOs] (123), catéchumène [kat ε kym ε n] au lieu de [katekym ε n] (213), déjà [d ε Za] au lieu de [deZa] (308). Cette remarque vaut aussi pour la propension des auteurs au a vélaire [A] (p. ex. s. Röstigraben [rø∫tigrAb ε n] [643], etc). Les variantes graphiques majeures, où la différence de forme pourrait représenter une prononciation distincte (cf. nillon, variante nion [532] ou référendum, variante referendum [625]) ne sont pas transcrites non plus. L’«économie» de la transcription peut provoquer des incertitudes sur la prononciation, p. ex. du -c dans des mots tels que boc [137] ou de la réalisation des voyelles prétoniques (p. ex. clopet, [o] ou [O] [242]), ce qui est particulièrement épineux si un régionalisme ne se rattache pas (ou pas visiblement), sur le plan synchronique, à une famille de mots du français central, ce qui vaut pour des dialectismes ou formations internes (p. ex. armailli, crousille et ses variantes, pétouiller etc.) tout aussi bien que pour les germanismes (p. ex. bock). Lacune aussi en ce qui concerne les mots en sous-vedette, cf. s. abbaye le dérivé abbayssan (54), où l’on note, pour l’entrée principale, la transcription [ab ε i] (au lieu de [abei], cf. GPSR 1: 15b), mais où le lecteur n’est pas informé sur la prononciation de la forme suffixée. En bref, tou- 294 Besprechungen - Comptes rendus 10 Les exemples de la liste des signes de transcription devraient illustrer les sons respectifs, il semble donc malaisé de choisir - même pour faire étalage de ses connaissances - des noms propres tels que Nietsche (sic, au lieu de Nietzsche? ) ou Bach (prononcé d’ailleurs avec [k] en français commun). 11 Cf. Chr. Billod-Morel 1997: 127-51. te la nomenclature du DSR aurait mérité le même standard que n’importe quel autre dictionnaire du français commun 12 , c’est-à-dire d’être munie d’une transcription complète. La graphie avec majuscule est indiquée, mais on pourrait unifier les procédés techniques comportant une gamme étonnante de variantes: paraphrases métalinguistiques («parfois écrit avec une majuscule», «plus rarement écrit avec une majuscule» - quelle est la différence, s’il y en a? ), informations abrégées («parfois écrit avec maj.», «parfois»/ «rare» [+graphie]», «souvent écrit avec une maj.» [247], «exceptionnellement [+graphie]» [532]) et simple indication de variantes d’entrée. Les variantes graphiques ne sont pas toujours traitées de façon systématique, cf. s. abéquer (55s.), où le lecteur est informé, dans la partie historique, sous la datation 1892, sur la graphie abecqué, qu’il pourrait interpréter comme isolée, mais qui apparaît à l’époque moderne (IttCons 1970, cité par le DSR). 4.3. Définition sémantique. Contrairement à bien d’autres dictionnaires de français régional, le DSR s’efforce, du moins en théorie (28), d’éviter la définition synonymique en faveur de paraphrases définitoires. Un de ses avantages serait donc le caractère explicite des définitions, favorisé encore par l’usage habituel du point-virgule, pour séparer des nuances sémantiques, et, dans le même but, par l’utilisation moins habituelle d’un symbole graphique (p. ex. s. sans autre, loc. adv. [651s.], où les auteurs indiquent, après le sens central de la locution, pas moins de neuf acceptions, introduites chacune par le même symbole). Pourtant ce procédé théorique se heurte à trois types de difficultés. Rarement, les définitions ne sont pas suffisamment explicites, cf. p. ex. s. ami(e) de noce garçon . . . qui doit remplir certaines [=? ] fonctions lors du mariage (76), s. palée poisson [autres traits définitoires? ] des lacs de Neuchâtel, Bienne et Morat . . . pêché pour sa chair très appréciée (546) 13 . Beaucoup plus couramment qu’ils ne le concèdent dans leur introduction, la définition synonymique apparaît dans la pratique définitoire des auteurs, souvent avec un seul synonyme (cf. p. ex. glinglin auriculaire [413], marteau molaire [502]). D’autre part, il n’est pas rare que ce procédé mène à un cumul de synonymes, sans apporter plus d’évidence à l’utilisateur (cf. p. ex. s. crevée [282], où sont indiqués pas moins de cinq synonymes, ou s. baboler [105], où l’on rencontre quatre synonymes à côté de cinq paraphrases). A maintes reprises, le DSR combine les deux types, malheureusement sans généraliser ce procédé utile de définition multiple, cf. p. ex. s. effeuiller épamprer, enlever les feuilles et les bourgeons des plants de vigne . . . (351) (synonyme + paraphrase), mais s. menée amas de neige soufflée par le vent . . . (507s.) (paraphrase seulement, le synonyme potentiel congère n’est pas indiqué) 14 . Le balancement du DSR entre définition synonymique et périphrastique s’observe en comparant des mots appartenant à la même sphère sémantique: belosse prunelle, fruit du prunellier (redondance définitoire) (123), daille pin sylvestre (synonyme peu explicite qui suppose des connaissances botaniques de la part de l’utilisateur) (297), damassine variété de petite prune à la chair très estimée . . . (paraphrase) (297), etc. Autre problème de la description sémantique, l’accueil que le DSR a fait aux éléments encyclopédiques et extralinguistiques. Si l’introduction cite en faveur d’une telle conception J. Rey-Debove 1971, selon laquelle «un dictionnaire de langue qui ne parlerait que des mots et non des choses, cela n’existe pas» (28), les auteurs du DSR auraient eu avantage aussi à se rappeler une autre constatation du même auteur: «On appellera encyclopédique toute définition 295 Besprechungen - Comptes rendus 12 Ou aussi comme l’excellent Dictionnaire historique du français québécois. Monographies lexicographiques de québécismes, sous la direction de Cl. Poirier, Sainte-Foy 1998. 13 On constate d’ailleurs que si les auteurs indiquent ici le nom scientifique «Coregonus Schinzii», ils ne procèdent pas de la même façon pour d’autres dénominations d’animaux ou de plantes (cf. p. ex. foyard hêtre [392]). 14 Parfois, le synonyme du français de France est relégué dans une «Rem[arque]», cf. p. ex. s. casco: «Rem. En France cette assurance est dite assurance tous risques . . . » (210). qui présente des qualifications superfétatoires» 15 . L’on peut distinguer quatre types de mise en place d’informations encyclopédiques, dans la microstructure: à l’intérieur de la définition, en suivant immédiatement la définition (signalées alors par un symbole graphique propre, cf. p. ex. s. abbaye, 2. [53] ou s. manchette [501]), dans des remarques (cf. p. ex. s. bulletin de versement [185]) et dans le commentaire. Si les trois derniers procédés paraissent tout à fait acceptables et contribuent à l’information du lecteur, il en est autrement avec le premier. En conséquence, il n’est pas rare que les paraphrases du DSR énumèrent des qualifications ou des traits sémantiques superflus ou redondants. Citons quelques exemples, cratte (280): Petite corbeille d’osier, de forme variable [? ], munie d’une ou de deux [? ] anses dans lesquelles on passe une ceinture accrochée à la taille, servant à la cueillette des cerises, des petits fruits*, des champignons, etc. [? ] Plusieurs éléments de la définition sont de valeur restreinte (ni la forme ni le nombre des anses ne sont des éléments définitoires, ni l’énumération de divers fruits ni le «etc.» ne semblent augmenter la précision descriptive); (train) direct (train) qui ne s’arrête pas dans les petites gares [conséquence apparemment logique: ] et relie directement les grands centres (326). Même observation dans la comparaison de deux synonymes: châble passage naturel en pente rapide [? ], déboisé, où l’on fait dévaler dans les forêts de montagne les troncs [=], les billes de bois (217) et dévaloir couloir [en pente rapide? ] dans les forêts de montagne, naturel ou aménagé, utilisé pour faire descendre les billes de bois [! ] (320). Des traits encyclopédiques peuvent remplacer l’analyse sémantique, cf. p. ex. s. arolle espèce de pin (Pinus Cembra) [? ] qui croît entre 1200 et 2500 mètres d’altitude [85] (le terme technique de la botanique ne remplace pas la définition! ). Cette tendance aux définitions hyperspécifiques ressort clairement de la comparaison du DSR et de la liste de C HEVALLEY16 : 296 Besprechungen - Comptes rendus 15 Étude linguistique et sémiotique des dictionnaires français contemporains, The Hague/ Paris 1971: 228. 16 H. Chevalley, Pré-nomenclature de 768 romandismes (dont 294 petits articles rédigés), Neuchâtel 1990 (cf. DSR: 830). mot DSR Chevalley baster céder, s’incliner (2) bloc immeuble, bâtiment moderne à plusieurs étages (3) bringue rengaine, scie (4) bruchon petite brindille, grain de poussière (4) céder, s’incliner, cesser de faire opposition, plier l’échine (119) grand immeuble, édifice moderne (essentiellement d’habitation, mais pouvant parfois héberger des bureaux et de petits commerces) à plusieurs étages (136) chanson ou air trop souvent répétés qui agacent par leur monotonie; discours ennuyeux; propos insistants et répétitifs; rengaine, rabâchage (178) petite brindille (de paille, de foin, de bois); petit brin (d’une fibre textile); petite boule de fibres textiles qui s’agglutinent, sur une étoffe de laine ou de velours; petit grain de poussière, de sable (182) Un problème à part, en relation avec la définition sémantique, est le public visé par le DSR. Apparemment les auteurs n’ont pas encore résolu de façon convaincante la question du lecteur potentiel. D’un côté, ils s’adressent visiblement à des utilisateurs du dehors de la Suisse romande, s’ils expliquent des réalités extralinguistiques bien connues de chaque Romand (cf. p. ex. s. milice: «chaque citoyen-soldat garde son équipement personnel . . . à son domicile» [511]), d’autres définitions par contre sont peu compréhensibles pour le lecteur de l’extérieur parce qu’elles supposent des informations dont la connaissance est peu probable (cf. p. ex. s. mômier: « . . . membre de l’Église libre, par opp. à l’Église nationale . . .» [521], or il paraît fort douteux qu’un utilisateur de France sache ce que c’est que l’Église libre ou l’Eglise nationale, toutes deux absentes de la nomenclature du DSR et nullement expliquées à l’intérieur de l’article en question). 4.4. Citations. En général, chaque article comporte plusieurs citations, le contrôle des 16 articles rangés sous H- (441-54) donne le chiffre impressionnant de 145 citations, donc en moyenne 9 citations par article. Elles se distinguent aussi par leur qualité: la plupart ne provient pas de sources littéraires, mais de journaux et de revues ou bien encore des enquêtes menées sur l’usage oral. On peut à juste titre se disputer si une telle richesse remplit vraiment dans tous les cas la fonction des citations lexicographiques, à savoir d’illustrer l’emploi du régionalisme (des doutes sont permis, cf. p. ex. s. craquée [279], où le contexte «craquée de pives» apparaît deux fois), mais on saura tout d’abord gré aux auteurs de l’abondance de leur documentation. Pourtant, il convient de nuancer quelque peu cette observation, car elle ne vaut pas pour tous les articles. Le décompte exemplaire des 50 premiers articles (53- 86), en donne quatre (8%) dépourvus de citation originale - accéléré, aitieuds, alpéateur, arrête -, et cet échantillon semble typique: ce sont les mots rares (arrête), les dialectismes (parfois confinés essentiellement à l’emploi oral, tel aitieuds), mais aussi certains termes officiels (accéléré dans train accéléré) qui ne sont pas illustrés par des attestations. Souvent, ce sont les éléments placés en sous-vedette, par exemple des sens figurés signalés typographiquement (cf. p. ex. s. débattue trouble . . . [302]) ou des locutions (cf. p. ex. s. cramias: manger les cramias par la racine [278]), qui restent sans citation. A l’intérieur des citations, les régionalismes apparaissent toujours en italiques, ce qui présente quelquefois l’inconvénient qu’on ne peut plus distinguer le graphisme des lexicographes de celui du texte original 17 . A part cela, les citations ont été reproduites avec soin et la vérification sporadique d’un certain nombre de citations littéraires des lemmes A-B et I-J confirme la qualité de la reproduction qui ne présente pas d’incorrections 18 . Les attestations provenant de journaux ne sont pas toujours munies de l’indication de la page, ce qui les rend incontrôlables (une information telle que «v. Le Démocrate, 3 janvier 1987», sans citation ni indication de page s. bouset [166], pour rendre compte d’un usage sémantique particulier, est sans valeur philologique). Les régionalismes, autres que ceux décrits dans un article, contenus dans les citations sont marqués d’un astérisque, procédure qui présente certaines lacunes (cf. s. abéquer: «le bâton du fin [! ] haut» [55]), peut-être aussi parce que quelques mots n’ont pas été identifiés comme tels (cf. s. fanfaron [370], où dans la citation de J. Chessex instrum est marquée d’un sic). Afin de faciliter les renvois auxquels le DSR procède, il aurait été préférable, à l’instar du Grand Robert, de numéroter les citations, pour rendre plus aisé leur repérage à l’intérieur d’articles parfois passablement longs. 297 Besprechungen - Comptes rendus 17 Cf. p. ex. p. 66: «Nous étions tous repus avant que l’aguillage . . . », régionalisme marqué par les italiques aussi dans la source citée. Là encore, les auteurs du DSR n’appliquent pas une méthode unique, parce que le graphisme original est rarement signalé dans le citation, cf. s. toupin, cit. 2 (706). 18 Quelques inadvertances mineures: (67) les autres s’aguillaient sur les deux troncs (s’aguillaient); (91) «Pensez-voir», que je lui ai répondu, «vous n’avez . . . » («Pensez-voir, que je lui ai répondu, vous . . . »); (465) dans la citation de J. Chessex s. jouer: p. 75 (p. 74s.). 4.5. Extension géographique. Le DSR essaie de situer chaque régionalisme dans sa dimension géographique, à l’intérieur de la Suisse ainsi que dans les autres régions de la francophonie, ceci sur la base d’une vaste bibliographie d’études spécialisées 19 . Malheureusement, la forme n’a pas été standardisée de façon que l’on puisse distinguer trois types différents: inventaire des régions sous une rubrique particulière, marquée «Local[isation]» et placée après les citations, mention dans le commentaire et enfin, informations dans la bibliographie (cf. p. ex. s. rebuse [620] pour une attestation en patois de Savoie). La première solution paraît la plus claire et l’on aurait aimé proposer aux auteurs de la généraliser. On peut formuler des critiques notamment à propos de la description des régionalismes du dehors de la Suisse romande. Le plus souvent, le DSR ne donne, dans le commentaire, qu’une liste succincte des régions (solution restrictive tout à fait compréhensible) et indique les sources dans la partie bibliographique; il cite aussi plus rarement, relégué alors à la partie bibliographique [! ] de l’article, l’inventaire des définitions sémantiques tirées des sources (cf. p. ex. s. minons [513s.], s. seille [660]) ou donne des informations de fréquence (cf. p. ex. s. dédite [306]). Très rarement, ce sont les formes elles-mêmes qui sont citées dans le commentaire (cf. p. ex. s. déguiller [307]) ou dans la partie bibliographique, même si elles ne dévient pas du lemme suisse romand. De nouveau donc le DSR se caractérise par assez d’incohérence quant à la formalisation des données (cf. p. ex. s. belosse [123s.]) et l’on aurait souhaité un traitement plus unitaire et plus explicite. La description géographique n’est pas exempte d’autres problèmes. Parfois, l’aire d’un régionalisme a changé au cours de son histoire, ce qui devrait être indiqué avec plus de clarté 20 . Relevons quelques exemples: (59) acouet, où ne sont signalés que «VD [Vaud], NE [Neuchâtel]», mais où il ressort des sources mentionnées que ce mot était répandu aussi en français régional genevois et fribourgeois; (67) aguiller «surtout [? ] dans VD et NE . . . aussi connus dans GE [Genève]», mais le mot a été relevé aussi à Saint-Gingolph (Valais) par «ZumthorGingolph 1962» cité dans la partie bibliographique de l’article; (115) barbue «VD, VS [Valais]», encore vers le milieu du siècle dernier, le terme était connu en français régional genevois (J. H UMBERT , Nouveau Glossaire Genevois, vol. 1, réimpression de l’édition de Genève 1852, Genève 1970: 37) et neuchâtelois (J. H. B ONHÔTE , Glossaire neuchâtelois, Neuchâtel 1867: 16). La description de l’extension géographique reste assez souvent incomplète, ce qui est d’autant plus étonnant que les informations absentes proviennent en général de sources citées dans la bibliographie du DSR. Pour ne donner que quelques exemples: (56) d’abord immédiatement serait répandu, selon le DSR, «dans plusieurs parlers dialectaux», il est attesté aussi en français régional de Belgique 21 , au sens de bientôt , la locution serait usitée «en fr. rég. de l’Ain, de Poncins (Loire), de Lyon, d’Isère et de Savoie», la zone du régionalisme recouvre ou recouvrait aussi le Centre, le Beaujolais, etc. 22 ; (70) ajouture était répandu aussi en français régional de Savoie 23 ; (109) être sur le balan (ballant) est attesté encore en Anjou et dans les Ardennes 24 ; (114) banque comptoir se trouve égale- 298 Besprechungen - Comptes rendus 19 On relève rarement des formules maladroites, cf. s. plaire: «usage largement répandu en Suisse [i.e. Suisse romande]» (570). 20 L’exemple du mot aisance prouve que les auteurs se sont rendus compte du problème: «JU; BE. À une date ancienne, le mot fut aussi attesté dans VD, FR et NE» (69). 21 I. Dory, Wallonismes, Liège 1878: 81. 22 H.F. Jaubert, Glossaire du Centre de la France. Supplément, réimpression de l’édition de Paris 1864-69, Genève 1970: 203; Anne-Marie Vurpas/ Cl. Michel, Dictionnaire du français régional du Beaujolais, Paris 1992: 11. 23 J. Désormaux/ A. Constantin, Dictionnaire Savoyard, réimpression de l’édition d’Annecy 1902, Marseille 1973: 12s. 24 A.-J. Verrier/ R. Onillon, Glossaire étymologique et historique des patois et des parlers de l’Anjou. Comprenant le glossaire proprement dit, des dialogues, contes, récits et nouvelles en patois, ment en Savoie 25 , etc. À l’intérieur de la Suisse romande, les variantes de forme sont parfois localisées (p. ex. s. brantard/ brandard [172]), parfois non (p. ex. s. brante/ brande [173s.]). Si divers emplois d’un régionalisme sont répartis dans des zones différentes, c’est couramment signalé, mais on relève aussi le cas contraire, cf. p. ex. s. bûchille (184), où le dérivé bûchillon apparaît sans localisation (ou avec une localisation implicite, la source citée étant l’écrivain valaisan M. Chappaz). Un problème mineur réside dans les renvois aux parallèles, soit dans d’autres variantes régionales du français, soit dans d’autres langues. Les références au français canadien, compréhensibles dans la perspective de l’auteur québécois qu’est A. Thibault, sont parfois peu justifiées, cf. p. ex. s. brasser (175), à propos de la locution brasser la neige, «cette locution est inusitée au Québec . . . » - pourquoi alors en rendre compte, car la même observation vaut pour la majorité absolue des entrées du DSR? -, ou encore, par rapport aux parallèles sémantiques, s. services ustensiles de table («l’emploi de ustensiles en fr. québ. a probablement lui aussi été favorisé . . . ») (667). Ce procédé paraît non seulement fortuit, il privilégie aussi une seule variante régionale au détriment de bien d’autres. En ce qui concerne les renvois en général bienvenus aux autres langues de la Suisse 26 , ils sont superflus là où il n’existe aucune relation historique entre les deux, cf. p. ex. s. cynor(r)hodon «correspond à l’all. Hagebutte . . . » (296). D’ailleurs, ils soulèvent un problème méthodique, à vrai dire difficile à résoudre, ayant trait à l’histoire des régionalismes, car si les équivalences entre français, allemand, italien et romanche, surtout quant aux «statalismes», ne sont présentées qu’ici comme simples parallèles, il aurait été intéressant de se prononcer sur leur statut de calques et sur la langue de départ respective. Enfin, des excursions dans d’autres langues romanes témoignent du vaste horizon de l’auteur, mais sont parfois mal recherchées, cf. s. bleu (136): roum. albastra (la forme normale du féminin est albastr , mais il conviendrait de citer le masculin albastru). 4.6. Fréquence. Malgré leur documentation, qui aurait permis le calcul précis des attestations, les auteurs du DSR ont renoncé à donner des indications de fréquence absolues, et cela avec de bonnes raisons, à l’état actuel des recherches. On se sert de marques spécifiques («rare», «fréquent», etc.), qui illustrent parfois la problématique de la variation interne du français régional (écrit - parlé, littéraire - non-littéraire, etc.), tel p. ex. s. alpe, qui serait un «terme plutôt rare» (73), affirmation qui ne vaut nullement pour la langue littéraire. L’un des avantages du DSR est le recours à la langue parlée, mais cela semble en effet être compensé parfois, en ce qui concerne les mots rares, par des déficits par rapport à la langue écrite. Des affirmations prématurées du genre «inusité dans la langue écrite» (p. ex. s. badadia [107], etc.) sont par conséquent souvent à corriger par «rare dans la langue écrite» et mériteraient des dépouillements supplémentaires. Citons le cas d’assommée (92), où la marque «inusité dans la langue écrite» s’avère quelque peu précipitée: A des gaillards de ce calibre, il leur faudrait une bonne assommée avec un manche de fourche! (B. Vallotton: Il y a peu d’ouvriers, Lausanne 1918: 30) 4.7. Premières attestations et commentaire historique. Contrairement à une majorité de dictionnaires de régionalismes d’orientation strictement synchronique, le DSR concède une 299 Besprechungen - Comptes rendus le folk-lore de la province, vol. 1, Angers 1908: 69; M. Tamine, Dictionnaire du français régional des Ardennes, Paris 1992: 24. 25 Manque la référence à P. Guichonnet, Le Parler Savoyard. Mots et expressions du terroir, Marseille/ Paris 1986: 29, source pourtant dépouillée par le DSR, telles que toutes les autres citées dans les notes précédentes. 26 Là aussi, on constate des lacunes, p. ex. s. bourgeoisie d’honneur (163), où l’allemand Ehrenbürger, Ehrenbürgerschaft est absent. place importante à l’histoire des régionalismes, ce qui implique en général que chaque article contient une datation bien documentée ainsi que la catégorisation de la provenance (archaïsme, création interne, emprunt). A bon droit, l’étymologie a été négligée quand il s’agit de régionalismes sémantiques ou appartenant à une famille répandue en français central (cf. p. ex. s. capet, «Der. (suff. -et) de cape n.f.» [201]), elle apparaît pourtant de façon implicite, là où ce dictionnaire a été cité, dans la partie bibliographique, par le renvoi au FEW qui comporte aussi l’indication de l’étymon de base. Si un régionalisme ne se rattache pas (où pas visiblement) à une famille du français central, les articles abordent également l’étymologie. Le traitement étymologique se caractérise par son conservatisme méthodique (cf. s. bisbrouille, expliqué par un croisement [130]) et, dans les rares cas d’étymologie douteuse, par son refus de discuter sans parti pris des propositions étymologiques autres que celles formulées par le FEW, cf. s. barjaquer, où le rattachement à l’étymon germanique *brekan (au lieu d’y voir une forme préfixale à l’aide de bar- < lat. BIS27 , et une base lexicale appartenant à la famille de JACOBUS ) est défendu avec des arguments significatifs: «il faudrait démontrer en quoi l’étymon normalement accepté par la communauté scientifique fait problème» (117). Au lieu de parler de façon apodictique de «communauté scientifique», argument-massue qui semble cher à A.Thibault et derrière lequel se cache l’acceptation peu critique de certaines étymologies proposées il y a plus d’une cinquantaine d’années dans FEW 1, il faudrait plutôt justifier les «lois phonétiques» qui permettraient d’aboutir d’une forme hypothétique *brekan au régionalisme romand et à son origine dialectale. Mais les vrais problèmes de la composante historique des articles du DSR ne résident pas là.Tout d’abord, le dépouillement des sources lexicographiques semble avoir été réalisée, assez souvent, superficiellement, de telle façon qu’on relève bien des datations qui ont échappé aux auteurs malgré l’utilisation de la source en question. Citons quelques cas 28 : (56) d’abord immédiatement, tout de suite , locution qui, selon le DSR, «apparaît chez des écrivains de la première moitié du XXe siècle», mais est déjà attestée en 1703 (Pierrehumbert 1926: 658); (121) beau adv. n’apparaît pas pour la première fois dans «LengertAmiel», mais déjà un siècle avant (Pierrehumbert 1926: 47); (167) bouteille biberon , daté en 1984 par une citation, est un usage qui remonte déjà à 1861 (Callet 1861: 150). Parfois les sources n’ont pas été interprétées correctement, p. ex. s. assermentation (90), où le renvoi de GPSR 2: 62 (cité dans la partie bibliographique de l’article) à un emploi chez l’homme politique vaudois A. Pidoux aurait permis de dater l’usage du mot du moins avant 1821 (et non 1847), année du décès du témoin cité. Quelquefois les informations de Pierrehumbert n’ont pas été utilisées, cf. aller aux Allemands (71), où le DSR ne fournit aucune datation et où pourtant Pierrehumbert, cité dans la partie bibliographique, signale une source avant 1921, ou les auteurs ont oublié de consulter le supplément de Pierrehumbert, cf. étours s.m.pl. (365), où la première attestation n’est pas 1777 (Pierrehumbert 1926: 237), mais 1738 (Pierrehumbert 1926: 698 [supplément]); d’ailleurs les deux premières attestations chez Pierrehumbert se rapportent à l’emploi adjectival du mot, ce que le DSR ne mentionne pas non plus. 300 Besprechungen - Comptes rendus 27 Cf. pour le développement formel du lat. bisdéjà la thèse de H. Esser, Die negierenden bezw. pejorativen Präfixe im Französischen, Kiel 1909, et, en ce qui concerne la filiation sémantique, Y. Malkiel, «The semantic link between latin bi(s)and romance bes-, bis-», in: E. Pulgram (ed.), Studies presented to Joshua Whatmough on his sixtieth birthday, The Hague 1957: 165-71. 28 Ouvrages utilisés: J. Ahokas, Essai d’un glossaire genevois d’après les registres du Conseil de la Ville de 1409 à 1536, Helsinki 1959; P.-M. Callet, Glossaire vaudois, réimpression de l’édition de Lausanne 1861, Genève 1979; [GPSR=] L. Gauchat/ J. Jeanjaquet/ E. Tappolet et al. (ed.), Glossaire des Patois de la Suisse Romande, vol. 1ss., Neuchâtel/ Paris 1924ss.; Humbert 1852; Louise Odin, Glossaire du Patois de Blonay, Lausanne 1910; A. Péter, Corrigé de la nouvelle Cacologie ou Dictionnaire des Locutions vicieuses et des Difficultés de la langue française, Genève/ Paris/ Neuveville 1841. De nouveau, un problème fondamental est celui du traitement des éléments en sous-vedette, où trop souvent le DSR renonce aux informations historiques, tel s. bas (118s.), où l’on trouvera bien une datation pour en bas loc.prép., mais pas pour foutre, jeter, mettre, tirer en bas (si ce n’est par deux citations) ni pour se foutre bas ou s. bringue (179) où la locution avoir ses bringues avoir ses règles n’est pas datée. Même observation pour les mots polysémiques, cf. p. ex. s. glisse (413), où le DSR distingue trois nuances sémantiques ( traîneau; glissoire; glissade ), mais ne fournit, d’après Pierrehumbert, qu’une seule datation (1793). A propos de l’article bringue, on peut relever un autre problème, celui des variantes formelles et des nuances sémantiques anciennes, car si le DSR signale la première datation (1609), d’un sens aujourd’hui vieilli, santé portée à qqn. , il néglige de donner la même information pour le seul sens usuel de nos jours, rengaine . Ailleurs des emplois sémantiques vieillis ont été délibérement omis, p. ex. s. braillée braillement (169), attesté par Humbert 1852: 1,61 aussi au sens de gronderie , ou des variantes de forme anciennes ne sont pas signalées, p. ex. s. bizingue (132s.) où manquent les formes bésingue, besingue, bisingle du XIXe s., relevés par Humbert 1852: 1/ 49 et Pierrehumbert 1926: 59. On peut se demander quel degré de description historique explicite l’utilisateur peut exiger d’un dictionnaire, car en effet une grande partie des datations du DSR est implicite, reposant ou bien sur des citations ou bien, plus rarement, sur la partie bibliographique (cf. p. ex. s. bleue, où à défaut d’une datation dans le commentaire, on doit se rapporter à «RouxArgSold 1921» dans la bibliographie de l’article [135]). Il serait en chaque cas souhaitable de dater de façon explicite, car le lecteur ne peut pas automatiquement se rendre compte du statut d’une citation. Reprenons l’exemple de glisse. Dans l’article du DSR, le sens de glissoire suit celui de traîneau , le lecteur doit donc rattacher la datation 1793 à la signification mentionnée en premier lieu, ce qui correspond d’ailleurs à la réalité (cf. P IER - REHUMBERT 1926: 282). Or pour glissoire , le DSR n’apporte qu’une citation de l’écrivain valaisan G. Clavien datant de 1962, le lecteur doit donc en déduire qu’il s’agit d’une innovation sémantique récente - pourtant cet usage, et Pierrehumbert 1926 l’atteste bien, remonte pour sa part déjà au XIXe s. Le rôle des citations, ordonnées chronologiquement dans chaque article du DSR, n’est pas du tout évident: est-ce que la première citation est une illustration d’usage parmi d’autres ou est-ce qu’elle contient toujours (? ) la première datation, là où il n’y a pas de datation explicite? C’est aussi le processus de vieillissement de certains régionalismes qui pose des problèmes. Signalons à ce propos (aller) aux Allemands, locution marquée de «vieilli» (71), mais pour laquelle le DSR apporte des citations de 1985, 1987 et 1989, et encore chambre à manger «vieilli» (222) lui-aussi, mais où l’on lit une citation de 1982. Il faudrait peut-être, dans de pareils cas, nuancer le marquage («vieillit» au lieu de «vieilli») ou distinguer plus précisément entre la réalité extralinguistique et l’évolution linguistique. Autre phénomène où une datation implicite par le biais des citations peut induire en erreur un lecteur non averti, celui des éditions. On lira s. adieu (62) une citation de la locution adieu je t’ai vu chez l’écrivain genevois D. Baud-Bovy datée, d’après l’édition, de 1970, ce qui confère une fausse actualité à l’attestation, car l’auteur est mort en 1958. D’ailleurs le problème du caractère explicite des informations historiques ne relève de loin pas seulement des datations, il peut couramment s’observer aussi par rapport aux sources des régionalismes. Citons trois exemples typiques, ayant trait à divers types de formations de mots: s. alpée, qui est qualifié de «forme substantivée du part. passé de alper» (74), et où l’on se demande si ce processus a eu lieu en français régional ou, vu l’existence de la forme correspondante en patois, déjà dans le substrat dialectal; s. batoille personne bavarde (120), où une classification sommaire du type «déverbal de batoiller» est peu claire - est-ce une évolution interne ultérieure du français régional, sur la base de batoiller, emprunté pour sa part au patois, ou est-ce un emprunt direct au patois? ; s. briquer casser , «dérivé de brique» (181), là non plus on ne sait pas s’il s’agit d’un dérivé interne du français régional ou d’un 301 Besprechungen - Comptes rendus emprunt au patois (cf. GPSR 2: 757s., cité dans le DSR). On retiendra d’ailleurs une nette volonté des auteurs du DSR de ne pas se prononcer en faveur d’une origine dialectale, ce qui explique peut-être des lacunes de ce genre. En ce qui concerne les germanismes, les connaissances des auteurs du DSR semblent limitées notamment par rapport au statut de l’étymon allemand (allemand standard ou allemand de Suisse), p. ex.: (110) ballon, «correspond au Römer (n.m.) des Suisses alémaniques», or cette dénomination de verre de vin n’est nullement exclusive à la Suisse alémanique; (161) bourgeois, le parallèle bürgerliche Parteien n’est pas uniquement «all. de Suisse»; (517) miseur, «all. de Suisse der Meistbietende ou der Steigerer», formule douteuse, car du moins le premier emploi est aussi bien de l’allemand standard; (639) roi (du tir), Schützenkönig n’est pas «all. de Suisse», mais allemand tout court, il n’est donc pas étonnant qu’il soit absent du «DudenSchweiz» cité. Autres erreurs: (144) bon, où les auteurs affirment à tort, à propos de bon chaud, que gut warm serait «impossible» en allemand, car même s’il est rare, il n’est pas du tout impossible (ihr habt es aber gut warm hier, etc.); (192) camisole, «ce sous-vêtement pour femme s’appelle Kamisol en allemand», affirmation fausse du moins par rapport à l’allemand standard actuel, où il s’agit d’un archaïsme. Signalons un problème particulier, le reflet, en français de Suisse romande, de formes vieillies en allemand standard actuel, cf. s. premier-lieutenant (594), où A. Thibaut suggère une relation avec l’allemand Oberleutnant (peu probable à cause du premier élément), mais qu’il faut interpréter comme calque du terme allemand équivalent, archaïque de nos jours 29 , de Premierleutnant. Beaucoup plus difficile à juger sont les parallèles qui amènent trop souvent les puristes à tonner contre de soi-disants germanismes qui n’en sont pas. Pourtant, on devrait du moins les indiquer, même si une éventuelle influence ne se laisse pas déterminer avec certitude, p. ex. bouteille biberon (167) qui est analogue à l’emploi de l’allemand Flasche dans einem Baby die Flasche geben ou bois de feu (379), qui correspond à l’allemand Feuerholz. Pour conclure, on retiendra que l’apport historique du DSR, du moins en ce qui concerne les datations, ne peut pas encore convaincre. Les datations sont particulièrement bien développées là où elles reposent sur deux sources fondamentales, le GPSR et Pierrehumbert, par contre l’originalité du DSR, à ce point de vue, reste limitée. Le problème se pose notamment en ce qui concerne les mots rares et apparemment peu documentés dans le corpus du DSR, il se pose également par rapport aux statalismes. Pour citer quelques exemples sous A: (58) société académique, le DSR donne une citation de 1993, mais la lexie apparaît déjà au XIXe s. (en 1871 dans H.-F. Amiel, Journal intime, vol. 8, Lausanne 1988: 766); (79) s. appointé soldat de première classe , qui est correctement identifié comme archaïsme, mais où le DSR ne fournit aucune datation pour le français de Suisse romande (le mot y était pourtant déjà usuel dans l’entre-deux-guerres et probablement avant); (83) arcade local commercial (première citation: 1973), dont l’usage lui aussi remonte au moins aux années trente de notre siècle; (89) assemblée communale, où la citation la plus vieille date de 1976 (nos matériaux contiennent des attestations de 1890s., d’ailleurs en français régional neuchâtelois); (90) assemblée fédérale y apparaît sans datation explicite, Lengert 1998: 55 fournit 1857, etc. Même s’il ne faut pas surestimer le rôle de la datation, p. ex. s. auteure, s.f. (97), où l’emploi relevé en 1765 paraît occasionnel et ce n’est que dans l’après-guerre que cette féminisation s’est imposée, la version actuelle du DSR témoigne dans une grande mesure du travail de dépouillement qui reste encore à faire dans ce domaine. Les auteurs se plaisent d’ailleurs, fidèles en ceci au positivisme de la tradition lexicographique française, à relever chaque fois avec soin les datations de Lengert 1994, provenant de notre propre corpus, mais dépourvues alors de citation (inadvertance à laquelle ils n’échappent pas non plus, 302 Besprechungen - Comptes rendus 29 Noté avec la marque «veraltet» par Duden. Fremdwörterbuch, 4. neu bearbeitete und erweiterte Auflage, Mannheim/ Wien/ Zürich 1982: 620. cf. s. cironné [239]) - qu’il soit permis donc ici, afin de satisfaire la gourmandise des lexicographes du DSR, de citer quelques-uns des cas: - Ad halle de gymnastique (443): «Lengert 1994 donne 1888 comme date de première attestation . . . mais sans aucune référence. Cette donnée n’est malheureusement pas vérifiable» - attestation: «Exposition d’horticulture et d’ornithologie dans la halle de gymnastique à la Chaux-de-Fonds» (Le véritable Messager Boiteux de Neuchâtel pour l’an de grâce 1888, Neuchâtel 1888: 32s. [almanach paru probablement déjà à la fin de 1887, ce qui permettrait encore une antédatation minime]). - Ad locatif, s.m. (489): «Lengert propose 1920 comme première attestation, mais sans référence textuelle» - attestation de l’emploi substantivé, dans un sens légèrement différent: «A Paris, nous vivons dans le locatif, le provisoire et la brocante; conditions haïssables.» (F. Vallotton, Corbehaut [1920], Lausanne 1970: 128). - Ad ordré (538): «Lengert 1994 donne 1917 comme première attestation, mais sans référence textuelle» - attestation pourvue d’ailleurs d’un commentaire métalinguistique intéressant: «On ne l’aurait pas reconnue, elle si soigneuse et ordrée (comme on dit), si minutieuse d’ordinaire.» (C.F. Ramuz, La Guérison des Maladies [1917], Lausanne 1967: 299s. = Œuvres complètes, vol. 8). - Ad outre-Sarine (542): «Lengert 1994 donne 1955 comme première attestation, mais sans référence textuelle» - attestation: «- C’est pourtant un beau monsieur, dit-elle, avec son accent d’outre-Sarine.» (D. Berthoud, Les grandes personnes, Neuchâtel 1955: 110). Dans le cas d’ordré, il est d’autant plus curieux que le DSR ne présente pas la même datation, car l’édition des œuvres complètes de Ramuz apparaît en entier dans sa bibliographie (49). 4.8. Morphologie et syntaxe. Le traitement morphologique du DSR suit le standard habituel des dictionnaires du français commun, la seule innovation relevée est le remplacement de la catégorie traditionnelle «adverbe» par «modalisateur d’énoncé» (143) à propos de l’emploi adverbial de bon, proposition d’ailleurs qui ne se retrouve pas s. beau (121), où le même usage n’est pas étiqueté du tout (le lemme «beau, belle adj.; n.m.» serait donc à corriger). Rarement l’information grammaticale comprend aussi, sous forme de commentaire explicite, la syntaxe (p. ex. s. crouille: «toujours antéposé» [286]). La variabilité de genre d’un nom est présentée de façon divergente: «contemporain(e)s n.m./ f.pl.» (260), mais «samaritain, aine n.m., f.» (649). C’est surtout la morphologie lexicale qui serait à revoir. Si quelques problèmes théoriques sont contournés de façon élégante (cf. «outreélément de composition préfixal» [541]), le traitement se caractérise par pas mal d’inconséquences quant à la standardisation et à l’interprétation des formes. Comparons p. ex. deux formations en -ée: bramée «part. passé fém. substantivé» (169), distillée «dérivé en -ée (suff. lat. - ATA )» (331). La classification des lexies complexes pose également des problèmes. Relevons quatre exemples d’unités figées du type «substantif + adjectif»: école enfantine «syntagme» (348), formule magique «expression» (386), racine rouge «innovation romande composée [! ] à partir de fr. racine» (610), ou encore, pour éluder le problème, aucune caractérisation typologique formelle, p. ex. carotte rouge (205). En outre, on peut se demander s’il faut indiquer explicitement pour chaque dérivé les affixes. Les auteurs du DSR ne se sont pas décidés pour une solution unique, parfois ils les nomment, parfois non, cf. p. ex. deux formations en -ure: calure, «dér. de frm. calé . . . avec suff. [abréviation absente de l’inventaire donné à la p. 34! ] -ure» (191), syndicature, «dér. de syndic . . . » (683). Dans tous ces cas et bien d’autres encore, une généralisation serait souhaitable. 4.9. Syntagmatique et phraséologie. Souvent les dictionnaires de français régional se bornent à enregistrer des mots. L’on peut donc congratuler les auteurs du DSR d’avoir accueilli dans leur nomenclature aussi des unités phraséologiques. Pourtant A. Thibault semble avoir certaines difficultés théoriques, ce qui amène des étiquetages nettement faux dus à une con- 303 Besprechungen - Comptes rendus fusion entre la classification fonctionnelle des locutions et la classe de mots de certaines de leurs composantes. Exemples: (61) il est erroné de le classifier en action dans être en action comme «loc.adv.», c’est une loc.verb. ou encore, sans partie verbale, une loc.adj.; (109) la loc.adj. sur le balan apparaît comme soi-disant «loc.prép.» (probablement parce qu’elle contient une préposition, ce qui n’a rien à voir avec sa fonction); (294) il affirme que en cupesse serait une «loc.adv.», quand il s’agit pourtant d’une loc.adj. ou une loc.verb. (être en cupesse), telle que le démontrent fort bien les attestations de l’auteur même. Si l’on peut se demander s’il convient de distinguer, dans un dictionnaire, entre collocation (terme apparemment peu enraciné dans la tradition française) et locution où s’il faut garder, par économie, le terme traditionnel de «loc.verb.» à propos de bouter le feu (168) ou faire un jass (464), il semble de toute façon nécessaire d’éliminer d’autres inconséquences terminologiques, telle p. 80, où qui répond appond est qualifié de dicton, tandis qu’ailleurs, les auteurs utilisent le terme de proverbe - quelle est la distinction? On relève d’autres cas de terminologie hésitante, cf. p. ex. à ban «formule» (111) (pourquoi pas «loc.adj.» ou, dans des variantes telles que mettre à ban, «loc.verb.»? ) ou encore faire chevrer «loc.factitive» (233), c’est-à-dire qu’une classification sémantique remplace la classification fonctionnelle et formelle du genre «loc.verb.», appliquée dans la majorité des autres cas. Malgré la richesse de la documentation du DSR, on peut aisément ajouter des détails ayant trait aux lexies complexes ou aux unités phraséologiques, cf. p. ex. s. boiler (139s.): boiler à gaz, s. bossette (150s.): char à bossette, s. braillée (169): faire des braillées (déjà dans Péter 1841: 29, source dépouillée par le DSR). 4.10. Paradigmatique. Le DSR imite, du moins partiellement, les grands dictionnaires du français central, par la prise en charge de la dimension paradigmatique. Souvent, il relève des familles de mots, il signale des synonymes et, procédé moins courant, il renvoie à des mots du même champ conceptuel. Vu le nombre restreint de lemmes, d’autres phénomènes (antonymes, homonymes, paronymes, etc.) ont pu être négligés. Les familles de mots ne sont d’ailleurs pas toujours décrites de façon complète, peut-être à cause de la rareté de quelques-uns de leurs membres, cf. p. ex. s. belosse (123), où manque le renvoi à belossier (cf. P IERREHUMBERT 1926: 49) ou s. bougillon (156), où le verbe bougillonner n’est pas cité, etc. La description synonymique est conçue comme phénomène interne, concernant la relation synonymique entre des régionalismes de Suisse romande, mais également comme phénomène externe, relevant la relation avec les synonymes du français central, et c’est avant tout dans ce dernier cas que le DSR aurait pu élaborer la description, en indiquant avec plus de régularité le synonyme du français central, s’il y en a. 4.11. Rubrique bibliographique. Les auteurs du DSR ont eu la bonne idée d’ajouter à la fin des articles leurs sources utilisées, ce qui facilite pour les chercheurs des recherches ultérieures sur chaque mot. Ils ont renoncé à l’indication exacte de la page, procédé acceptable pour des dictionnaires alphabétiques, mais qui rend incommode la consultation d’ouvrages ordonnés différemment (p. ex. «GuilleNeuch 1829-32», «CalletVaud 1861»). La partie bibliographique, ordonnée chronologiquement, peut être double, d’une part, et cela vaut pour la majorité des articles, elle est placée après le commentaire, séparée par un symbole graphique, et ne consiste qu’en un relevé abrégé des sources, d’autre part elle peut contenir à l’occasion des éléments descriptifs (formes, sens, etc.) et se trouve intégrée dans le commentaire. Cette dernière procédure s’avère malaisée pour le lecteur, si la partie bibliographique est trop chargée, p. ex. s. patte (554), et l’on pourrait recommander aux auteurs du DSR de séparer plus clairement la partie informative du commentaire de l’inventaire des sources. Lors de sous-vedettes, la bibliographie de l’article est parfois unitaire, parfois non (cf. s. raclette [613], où l’article contient deux bibliographies séparées pour raclette mets . . . et la locution à la raclette) - la seconde manière de procéder, si elle avait été généralisée, aurait pu faciliter l’accès aux informations. Le problème majeur est pourtant le caractère 304 Besprechungen - Comptes rendus lacunaire des indications de sources. Relevons quelques exemples, en utilisant les abréviations du DSR: (54) abbaye: Pid 1983, BossardVie 1990; (56) abord (d’): FrançJJRouss, DupertuisVaud 1892, CuenVaud 1991; (59) académique: Nic 1990; (62) adieu: DupertuisVaud 1892; (64) agencé (aucune référence): Nic 1990, ChevalleyListe 1990; (69) aisance: DeveleyVaud 1824, BonNeuch 1867, PeterCacol 1842; (92) assommée: RouxArgSold 1921 (source qui aurait permis d’antédater considérablement le sens 5, état d’ivresse , où le DSR n’allègue qu’une attestation de 1991); (94) attendre sur: Quinche 1909, IttCons non seulement p. 240, mais aussi p. 27, GrangFrib 1864, GuilleNeuch 1829-32, PeterCacol 1842; (110) ballon 1 : FEW, 15/ 1: 40a; (116) barbue: HumbGen 1852, LittréSuppl., GignouxVigneron 1902, E. L UGRIN 1919: 11, GuilleNeuch 1829-32, BonNeuch 1867, PeterCacol 1842; (119) baster: CalletVaud 1861, OdinBlonay 1910, Pid 1983; (120) batoille: CalletVaud 1861, GrangFrib 1864, etc. Rarement, il peut arriver qu’une indication de source ne soit pas exacte (cf. s. sans autre [652]: Grevisse 712, 5° au lieu de Grevisse 713b, 5°). Parfois cela provoque des affirmations nettement fausses, cf. p. ex. s. beau (emploi adverbial): «sans tradition lexicographique» (121) (le DSR fournit lui-même des attestations chez Pierrehumbert auxquelles on pourrait ajouter GrangFrib 1864, DudanFranç, ChuardVaud 1979, tous cités dans la bibliographie [830s.] du DSR). La partie bibliographie des articles devrait être complétée. 5. Bibliographie. Sans être complète, la bibliographie 30 du DSR contient les sources essentielles du français de Suisse romande, ainsi qu’un choix impressionnant de dictionnaires du français tant commun que régional en dehors de Suisse. A part quelques lacunes mineures, il convient de signaler trois titres absents qui auraient pu apporter des datations: E. Lugrin, Locutions vaudoises, Lausanne 1917; id., Tzi no. Locutions vaudoises (deuxième série). Causeries sur les travaux et le langage populaire du Canton de Vaud, Lausanne 1919; E. Ritter, «[Glossaires et lexicographes genevois]. Discours», Bulletin de l’Institut National Genevois 32 (1894): 201-19. Ainsi la consultation de Lugrin 1917: 69 aurait permis de dater s. bûchille le proverbe la bûchille n’a pas sauté loin du tronc (184), qui n’est attesté dans le DSR que par une citation de 1974, déjà en 1917. «SchmittRefVaud» serait à compléter par H.J. Schmitt, Der französische Wortschatz der Waldenser in Deutschland.Archivstudien, Tübingen 1996. 6. Remarques ponctuelles. On pourrait ajouter de nombreuses remarques de détail aux articles du DSR; afin de ne pas allonger outre mesure, on se limitera à certains des articles rangés sous A-B. (54) abbaye: la datation 1451 de abbacia confrérie militaire (Ahokas 1959: 16) serait à ajouter; (58) académique: a été conservé en Belgique plutôt sous l’influence du néerlandais que de l’allemand; (63) à-fonds: est à rattacher aussi à la locution régionale faire à fond, il manque la datation explicite (dans nos matériaux, faire les à-fonds apparaît pour la première fois en 1927); (71) (aller, etc.) aux Allemands: sont attestées aussi les variantes aller chez les Allemands et, en français régional de l’Ajoie, aller sur les Allemands (Ursula Ettmüller-Spiess, Les articles et les noms dans le patois d’Ajoie, Zürich 1978: 13, source absente du DSR); (71) aller s’en aller, partir apparaît déjà en 1861 chez l’écrivain vaudois U. Olivier, il est courant aussi chez Ramuz (cf. p. ex. Vie de Samuel Belet [1913], Lausanne 1967: 133, 237 = Œuvres complètes, vol. 5), la référence à Dudan 1941 du DSR ne rapporte rien; (74) alpée n’est pas inconnu non plus en Valais (il apparaît p. ex., dans l’entredeux-guerres, chez l’écrivain M. Zermatten); (75) alper, v.tr./ intr. serait limité, selon le DSR, à «VS; FR (Gruyère)», on le rencontre pourtant au XIXe s. et encore au xx e s. également en français régional vaudois; (76) amender apparaît déjà en 1904 en français régional vaudois; (76) ami(e) de noce, manque la référence à Lengert 1998: 47s., qui permet d’antédater cet emploi de 1907 (Ramuz) à 1853, la première source lexicographique à relever cet emploi, 305 Besprechungen - Comptes rendus 30 Etablie avec assez de soin, elle comporte cependant des inadvertances, cf. p. 844 «PeterCacol 1842» - cet ouvrage a paru en 1841. négligée par le DSR malgré qu’elle apparaisse dans la bibliographie (834), est d’ailleurs DupertuisVaud 1892: 55; (80) apponse: sous 2. apparaît le sens rallonge (d’une ficelle; d’une table) , Humbert 1852: 1, 21s. et Péter 1841: 181 montrent qu’on l’employait aussi, au xix e s., en parlant d’une robe 31 , il faudrait ajouter aussi que ce type existe en patois (Odin 1910: 16); (87) arsouiller gronder, réprimander serait limité à certaines régions du Jura, il apparaît pourtant dans IttCons 1970 (Vaud), source citée dans la bibliographie (839) du DSR, mais négligée ici, dans nos propres matériaux, on le relève aussi sporadiquement à Genève (1934); (96) auditoire: le DSR souligne à juste titre le caractère d’archaïsme du français commun de ce régionalisme sémantique ( amphithéâtre ), on pourrait aussi, comme dans le cas de académique, penser à l’influence du latinisme allemand Auditorium, qui a pu contribuer à la conservation du mot; (106) badadia n’est pas seulement «adj.», mais s’emploie également comme s.m., tel que le démontre l’exemple du DSR, «espèce de badadia»; (107) baffer, v.tr. gifler est en effet attesté en français familier parisien 32 , c’est donc moins un «dér[ivé] formé sur baffe», qu’un archaïsme; qualifié de «néologisme» par le DSR, il se rencontre déjà en 1959 (Vaud), selon nos propres matériaux; (110) ballon 2 : la première attestation du DSR provient de 1972, dans nos matériaux, ce sens apparaît déjà en 1962; (116) barbue: le DSR fournit une première attestation chez le franc-comtois Du Pinet (1542), sans signaler de façon explicite une datation en Suisse romande, où le terme apparaît déjà au xviii e s. (1762 «Les pépinières soit barbues . . . », Pierrehumbert 1926: 446s. poudrette; lacune qui prouve que les rédacteurs du DSR n’ont pas suffisamment pris en considération les informations cachées de Pierrehumbert); (125) benzine essence serait attesté en usage argotique et populaire en France, dans les années soixante, selon Doillon 33 ; en Suisse romande, le mot (évidemment pas dans le sens en question) apparaît déjà en 1857 (essence de benzine dans H.-F. Amiel, Journal intime, vol. 3, Lausanne 1979: 336); (129) bienfacture, la datation serait à compléter par H. J. Schmitt 1996: 157 (vers 1770); (133) blanc, s.m. trou de mémoire , l’histoire de cet emploi soulève un problème méthodique épineux, car il n’est pas inconnu comme anglicisme en allemand (ein Blank haben), on pourrait donc penser à un emprunt indirect, par le biais de l’allemand. D’autre part, l’explication interne d’A. Thibault n’est pas improbable, comme le démontre un emploi occasionnel tout à fait proche du sens moderne, déjà vers le milieu du xix e s., marqué comme idiolectal dans le texte: Joué deux parties d’échecs avec X; jolie main, regard doux et terne, peu d’invention, quelques mots pittoresques d’héritage paternel (les blancs, les lampions, pour dire les absences d’idées et les commencements d’idées) . . . (H.-F. Amiel, Journal intime, vol. 6, Lausanne 1986: 506 [13 août 1866]) (135s.) l’expression avoir les bleus n’est pas attestée pour la première fois chez Roux 1921, mais apparaît déjà chez Grangier 1916, autre source négligée par le DSR 34 ; (139s.) boiler n’apparaît dans les citations du DSR qu’à partir des années soixante-dix, or le mot est attesté déjà bien avant (Vaud 1959, d’après nos matériaux); (147) boquer, à côté de l’emploi comme v.intr., on relève aussi, de façon sporadique, l’usage pronominal (Vaud 1942); (169) bracaillon apparaît déjà en 1884, comme surnom (Jean Bracaillon chez l’écrivain vaudois A. Cérésole). 7. Conclusion. Le DRS dépasse de loin le niveau habituel des dictionnaires de régionalismes, et ceci tant par la richesse de sa documentation, que par la réflexion théorique ap- 306 Besprechungen - Comptes rendus 31 Cf. dans ce sens encore Ruth Usteri, Croquis de la vie des femmes au Pays d’Enhaut, Paris/ Zürich/ Leipzig 1940: 52. 32 Cf. A. Doillon, Dictionnaire permanent du français en liberté, vol. 1/ 3, fasc. 15s., Paris 1978: cvi. 33 Ib., vol. 1/ 2, fasc. 9s., Paris 1977: 108. 34 L. Granger, «Argot militaire de la Suisse romande», Folklore Suisse 6 (1916): 1-8. pliquée et le haut degré d’information des articles. Il marque un net progrès dans la lexicographie différentielle du français et contribue à combler une lacune quant à la description des particularités du français de Suisse romande. En plus, il recouvre un des aspects techniques fondamentaux de l’avenir de la lexicographie, étant donné qu’on dispose depuis avril 1999 d’une version en CD-Rom du dictionnaire (qui n’était pas à notre disposition lors de la rédaction du compte rendu). On comprend donc le succès du DSR dans la presse romande et auprès du grand public (auquel s’adresse notamment une version réduite du dictionnaire, allégée des citations, éditée parallèlement à celle présentée ici) ainsi que le compte rendu amicalement élogieux de P. Rézeau, dans: RLiR 62 (1998): 276-79. Cependant, il convient à notre avis de distinguer deux approches de la version actuelle du DSR. Dans une perspective méthodique globale, il est bien conçu - en ce qui concerne la réalisation en détail, il est beaucoup moins bien réussi. On relève trop de fautes ou lacunes, et il donne l’impression d’avoir été préparé un peu trop à la hâte, de façon qu’il ne constitue pas encore un ouvrage d’un bloc. Avant de vraiment pouvoir convaincre, le DSR devrait être remanié complètement, remaniement qui aurait notamment pour tâche d’éliminer les incohérences trop nombreuses de la version actuelle et de faire disparaître le décalage considérable entre conception théorique et réalisation pratique. Ce n’est pas le lieu ici de proposer aux auteurs du DSR de nouveaux articles tels que p. ex. bise noire, bouèbe, cadencé (horaire), etc., mais ils pourraient utiliser l’occasion d’une réédition pour élargir leur nomenclature. Dans cette perspective, on se réjouira dès maintenant de la continuation des travaux, annoncée par P. Knecht dans la préface (15), et dont on pourra consulter certains résultats sur internet (http: / / www-dialecto.unine.ch/ DSR-ArticlesNouveaux.html, inventaire d’une bonne vingtaine de nouveaux articles, qui malheureusement est trop voué aux dialectismes) et l’on comptera le DSR, malgré tous ses défauts, parmi les bons dictionnaires de régionalismes. J. Lengert H Richard Trachsler, Bibliographie des écrivains français: Les romans arthuriens en vers après Chrétien de Troyes, Paris/ Roma (Memini) 1997, 334 p. (BEF 11) In der von Claudio Galderisi und Enrico Rufi herausgegebenen Bibliographie des Écrivains Français ist nun bereits der elfte Band erschienen, für den Richard Trachsler verantwortlich zeichnet. Die Arbeit ist umso verdienstvoller, als der arthurische Versroman nach Chrétien de Troyes eher ein Stiefkind der Forschung darstellt: Nach einer gewissen Interessenwelle am Ende des 19. Jh.s ist er erst seit 1970 wieder vermehrt mit Interesse bedacht worden. Dies wird auch durch das hier vorgelegte bibliographische Handbuch nachdrücklich bestätigt. Der Band beginnt mit einer kurzen Notiz, Mode d’emploi überschrieben, von Galderisi und Rufi (9-13). Sie erläutern den monographisch-analytischen Charakter der Reihe, gehen auf die für den Index relevanten mots clés ein und insistieren auf dem selektiven Charakter des kritischen Apparats. Allerdings hätte man gerne gewußt, nach welchen Kriterien die Auswahl getroffen wird - darüber fällt kein Wort. Ähnlich vage scheint auch der Gesamtplan der Bibliographie des Écrivains Français zu sein. Es wird ein Gleichgewicht zwischen den verschiedenen Epochen angestrebt, und die einzelnen Bände werden von Spezialisten und ihnen zugeordneten Arbeitsgruppen bearbeitet. Schön und gut. Aber gibt es einen Gesamtplan? Am Schluß des Bandes stößt man auf eine Aufstellung mit den Sektionen Ouvrages parus, Prochaines parutions und Travaux en cours - aber ein Gesamtplan ergibt sich daraus nicht. Offensichtlich haben sich die Herausgeber eine möglichst große Flexibi- 307 Besprechungen - Comptes rendus
