Vox Romanica
vox
0042-899X
2941-0916
Francke Verlag Tübingen
Es handelt sich um einen Open-Access-Artikel, der unter den Bedingungen der Lizenz CC by 4.0 veröffentlicht wurde.http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/121
2000
591
Kristol De StefaniCatherine Deschepper, Je veux mes amis saluer. Etude et comparaison des traductions des Vers de la mort d’Hélinand de Froidmont, avec une préface de Claude Thiry, Bruxelles (Ambedui) 1999, 166 p. (Cahiers du Théâtre-Poème 12)
121
2000
A. Corbellari
vox5910320
Catherine Deschepper, Je veux mes amis saluer. Etude et comparaison des traductions des Vers de la mort d’Hélinand de Froidmont, avec une préface de Claude Thiry, Bruxelles (Ambedui) 1999, 166 p. (Cahiers du Théâtre-Poème 12) La question de la traduction de l’ancien français en français moderne est passionnante entre toutes: indispensable à l’étude de la réception moderne de la culture médiévale, elle n’a pourtant que très peu retenu l’attention des chercheurs et il faut saluer le travail courageux de Catherine Deschepper (C.D.) dont son maître Claude Thiry dit avec raison que sa «démarche . . . est, par bien des aspects, novatrice» (13) même si C.D. se vante peut-être un peu vite d’avoir mené à bien ce qu’elle appelle pompeusement une «gageure» (17). Il faudrait pour cela avoir proposé un véritable modèle; or, C.D. ne sort guère de l’empirisme et même ses présupposés les plus généraux mériteraient d’être étayés plus solidement qu’elle ne le fait. L’idée de «traduction interne» (17), que Thiry accepte (13), et qui désigne la «translation d’un état de langue à un autre au sein d’un même domaine linguistique» (17) nous semble difficile à manier: jusqu’à quel point doit-on comprendre l’extension d’un «domaine linguistique»? Si le critère est diachronique, pourquoi la traduction du latin au français serait-elle exclue de cette catégorie? On nous répondra sans doute que les changements morpho-syntaxiques intervenus dans le passage du latin à l’ancien français sont plus profonds que ceux qui séparent l’ancien français (et d’abord lequel? ) du français moderne, mais on se rend bien compte ici que la limite est floue. Quand le quantitatif, dans la différenciation linguistique, devient-il qualitatif? Vendryes (et Queneau à sa suite) prétendait que le français parlé et le français écrit du xx e siècle étaient deux langues différentes; personne ne s’est pourtant ingénié à publier des traductions de l’une dans l’autre (et pour cause! ). Et la traduction d’une langue romane dans une autre ne peut-elle pas légitimement être dite «interne» par rapport à la traduction du chinois en français? Quelles que soient donc les spécificités de la «traduction interne», une théorisation de son analyse ne peut donc pas faire l’économie d’une réflexion plus générale sur la traduction, que C.D. n’aborde guère, comme en témoigne sa bibliographie vierge de toute référence à des travaux d’ensemble sur cette problématique tout de même fondamentale. Par ailleurs, classer les traductions selon qu’elles poursuivent «un objectif scientifique» ou qu’elles sont «guidées par une intention littéraire» ne peut être tout au plus que pragmatiquement utile; si elle se révèle, dans le cas présent, opérationnelle, c’est par hasard, car cette distinction n’a pas de réelle pertinence théorique; C.D. avoue même qu’elle a un préjugé, puisqu’elle dit: «il semble d’emblée impossible d’accorder volonté scientifique et nécessité poétique» (28, je souligne). Or, l’histoire de la réception des grandes œuvres montre au contraire que les meilleures traductions sont souvent celles qui concilient les deux objectifs et il est regrettable de ne pas voir cité ici l’exemple canonique de la traduction moderne d’un texte médiéval, La Chanson de Roland de Joseph Bédier, compromis parfait entre les deux exigences que C.D. dissocie abusivement (on pourrait aussi citer L’Odyssée de Bérard, les romantiques allemands de Gustave Roud et toute l’oeuvre traductrice de Philippe Jaccottet, mais passons). Bédier a peu écrit sur sa conception de la traduction, mais ses déclarations lumineuses devraient, je crois, servir de base à l’étude générale qu’annonce, sans encore la réaliser, C.D., qui, au lieu de proposer une méthode, ne fait en effet que développer un cas d’espèce, sur lequel il nous faut maintenant nous pencher. Le corpus de traductions qu’étudie C.D. comprend quatre textes qui s’échelonnent sur un laps de temps assez court: celle, pour la collection 10/ 18, de Jean Marcel Paquette (1979), celle de Monique Santucci pour la collection des traductions des CFMA (1983), celle en vers de Michel Boyer (parue dans le même volume), et enfin, l’adaptation théâtrale d’Emile Lanc, parue en 1993 chez le même éditeur (ce n’est sans doute pas une coïncidence) que le 320 Besprechungen - Comptes rendus livre dont nous rendons compte ici. On s’étonne de voir mentionnée dans la bibliographie une cinquième traduction, celle de Joseph Coppin, que sa date plus ancienne (1930) aurait pu rendre particulièrment intéressante à comparer avec les quatre autres, mais dont C.D. n’a pas intégré l’analyse à son travail. Peut-être craignait-elle qu’un élément diachronique ne vienne compliquer son analyse (il est évident en effet que le français de la traduction - rédigée en 1922 - de La Chanson de Roland par Bédier n’est plus tout à fait notre langue). On aura compris que les traductions Paquette et Santucci sont dites «scientifiques», les traductions Boyer et Lanc «littéraires». C.D. se propose d’abord d’analyser séparément les quatre traductions selon une série de critères empiriques et plutôt flous différenciant des «erreurs» respectivement «sémantiques», «stylistiques», syntaxiques» et «de compréhension» (29). S’ensuit une série de remarques souvent fines, mais ponctuelles et nullement organisées en système, dont les conclusions peuvent ainsi sembler arbitraires. Or, une erreur n’est souvent significative que dans la mesure où elle est récurrente ou entre en résonance avec d’autres erreurs; autrement dit, ce qu’on aurait attendu de C.D. c’est, plus qu’un échantillonnage dont la pertinence reste sujette à caution, une collation si possible exhaustive qui puisse cerner au plus près les caractères différentiels de chaque traduction par rapport aux autres, tâche de longue haleine mais nullement impossible s’agissant d’un texte de 600 vers. Par exemple, si on nous en donnait davantage qu’un seul exemple, l’attribution à Paquette d’une «fâcheuse tendance à réduire les subordonnées en phrases simples» (39) pourrait cesser de faire figure de procès d’intention. Concédons-lui que, dans le cas de la traduction de Paquette, le nombre et la gravité des erreurs relevées tout au long du livre finit par convaincre le lecteur de sa médiocrité, mais au moment où C.D. conclut le chapitre qui lui est explicitement dédié, la brutalité de son jugement peut encore étonner. Il ressort de cette première partie que Paquette est un fumiste, Santucci une médiéviste plutôt consciencieuse, Boyer un poète qui vaut par l’aspect ramassé de son expression («modèle de concision», 111) et Lanc un homme de théâtre qui a su rendre sa vitalité orale au poème du xii e siècle. L’hétérogénéité de ce dernier jugement par rapport aux autres traduit une gêne de C.D., qui, estimant que la traduction de Lanc «échappe . . . aux critères méthodologiques mis au point [sic] pour les trois autres exercices d’auteurs» (79), se voit obligée de remplacer la rigueur qui avait jusque là fait la force de son analyse par des évocations qui, sans être inintéressantes, nous éloignent du sujet. Cependant, si l’on peut partager l’opinion de C.D. sur les deux «scientifiques», on pourrait être porté à moins d’indulgence envers les deux «poètes»: la commentatrice nous paraît ainsi manquer beaucoup d’occasions de dire que la traduction de Boyer édulcore et banalise extrêmement le texte d’Hélinand; face à ceux du poète médiéval, ses octosyllabes paraissent souvent sans couleur. N’aurait-on pas, par exemple, pu faire remarquer que rendre l, 1s. «Hé, Dieus! por qu’est tant desiree / Joie charneus envenimee» par «Ah! Dieu! pourquoi, par quel mystère / Désirons-nous autant la chair» (74) sentimentalise et affadit l’original jusqu’au ridicule? Et ne parlons pas de ce «les plus démunis» censé rendre (? ) xliii, 4 «Çaus a peu pain et a peu dras» (64)! On comprendra que les vers xliii, 1 (64) et l, 5 (74) de Boyer sont hypermètres. Mais ces irrégularités ne sont rien à côté des octosyllabes boîteux de Lanc, qui croient s’autoriser d’être parlés pour user arbitrairement de la prononciation ou de l’évacuation des e muets: ce procédé fonctionne peut-être bien au théâtre, mais il est proprement illisible. On comprendra que C.D. a quelques raisons de ménager Lanc (elle publie chez son éditeur et son livre s’honore même d’une sérigraphie de Lanc lui-même) et que, si elle n’hésite pas à pointer des fautes de traductions caractérisées, elle tend tout de même souvent à en minimiser la portée; par ailleurs, on peut s’interroger sur la logique qui lui fait classer les partis pris humoristiques de Lanc parmi les «perversions involontaires» (94) du texte d’Hélinand! 321 Besprechungen - Comptes rendus Dans une deuxième partie, C.D. propose une analyse cette fois-ci simultanée des quatre traductions autour d’abord des realia (dans un sens large qui inclut dans les termes de civilisation des mots encore courants aujourd’hui), puis de quelques points particulièrement litigieux qui ont divisé traducteurs et exégètes. La succession des deux angles de vue (analytique, puis synthétique) est heureuse et les quelques redites (36/ 119, 70/ 103) ne compromettent guère la clarté du propos. Les développements sur le vocabulaire des jeux (112-16) et sur les attributs de la mort (118-21) représentent des contributions subtiles et pertinentes à une meilleure compréhension du texte d’Hélinand. Ce sont aussi les seuls endroits où le lecteur a l’impression de s’élever à une saisie plus globale du texte, car, dans l’ensemble, l’analyse de C.D. met insuffisamment en relation les diverses composantes des textes étudiés. Il résulte de ce caractère atomisé de l’ouvrage que les micro-analyses successives n’ont pas toutes la même pertinence. Certaines discussions peuvent même paraître un peu oiseuses; par exemple, si en français moderne «le terme est l’expiration d’un délai», on comprend mal ce que peut signifier aujourd’hui «raccourcir un terme»: rendre «terme» par «délai» en xvii, 8 (50) ne semble donc pas trahir une acception ancienne de «terme». Dans l’ensemble, cependant, C.D. choisit bien ses exemples et les commente finement et avec une sensibilité littéraire certaine. On pourra être par place un peu impatienté par le caractère légèrement scolaire (35, 127) ou excessivement moralisateur (65, 110) de l’exercice, mais il serait injuste de ne pas relever quelques passages particulièrement inspirés où le sens du texte est remarquablement mis en lumière face aux insuffisances des traductions (41, sur saint Pierre et Néron; 54, sur serf-cerf; 64, sur la question rhétorique de l’existence de Dieu; 70, sur sage; 124, sur le delit). C.D. fait preuve d’une fine connaissance des nuances de l’ancien français, avec quelques éclipses toutefois. Par exemple, elle affirme qu’en xxxvi, 10 Paquette «supprime la conditionnelle du texte de départ» (38), sans envisager que le traducteur ait pu comprendre le s’ non comme un se hypothétique, mais comme un si adverbial, ce qui n’a rien d’absurde. Dans deux cas, même, la commentatrice montre d’étonnantes carences et l’on peut se permettre de s’étonner que le maître n’ait pas signalé ces bévues à l’élève, car toutes deux sont liées à l’élémentaire question de la déclinaison. Le «ce» de xliv, 4 (41), d’abord, ne peut pas être un «sujet impersonnel», puisque le s de «chascuns» indique la fonction de sujet de ce dernier mot: il n’y a donc pas deux lectures possibles de la phrase incriminée, mais une seule, celle, heureusement, que C.D. retient en dernière analyse. Plus grave: tout le développement sur xlviii, 10-12 (132-35) est obscurci par un accord de principe de C.D. avec Paquette, accord qui n’a pas lieu d’être puisque le traducteur commet ici (une fois de plus! ) une grossière erreur. C.D. pouvait donc s’épargner de chercher à comprendre le tour alambiqué (et proprement absurde) de la traduction de Paquette, puisque, contrairement à ce qu’elle prétend, elle n’est absolument pas «syntaxiquement acceptable» (134), li gros poisson, indubitable cas sujet pluriel, ne pouvant en aucun cas être un «complément d’objet direct»! Nous ne nous appesantirons pas sur quelques fautes et maladresses de langue (p. ex.: «se revendiquer de» (17) est impropre; «signer le début d’une nouvelle forme littéraire» (20) et maladroit; un «château de cartes érigé sur un tas de sable» (22) est une métaphore champignacienne; «translation» (43, pour «traduction») est un anglicisme (ou un calque maladroit de l’ancien français); «déforcer» (45) est inconnu des dictionnaires; «vocabulaire» (46) est impropre (on attend «vocable»); l’expression subjective «il est séduisant de» ne peut pas introduire un verbe du type d’ «observer» (86); «personnage de plain-pied» (117) signifie sans doute «personnage à part entière»; «de ce genre» (133) ne peut pas introduire une citation précise; l’utilisation absolue de «sans commune mesure» (139) est problématique; «le chef de la majorité de la population» (id.) est incompréhensible), et nous signa- 322 Besprechungen - Comptes rendus lerons en passant, à l’intention de l’éditeur, que la typographie utilisée honore plus le graphisme publicitaire qu’elle ne met en valeur une étude de littérature. Cela dit, on ne peut certes qu’encourager C.D. à poursuivre ses passionnants défrichages d’une matière sous-exploitée, mais on attend plus impatiemment encore la mise au point d’un modèle qui pourra «remettre sur leurs pieds» ses analyses souvent fines et les rendre réellement opérationnelles. A. Corbellari H Leena Löfstedt (ed.), Gratiani Decretum. La traduction en ancien français du Décret de Gratien. Édition critique par L. L., vol. 4: «Causae 30-36» et «De Consecratione», Helsinki (Societas Scientiarium Fennica) 1997, 224 p. (Commentationes Humanarum Litterarum 110) Wie ich bereits in meiner Besprechung 1 des ersten, 1992 erschienenen Bandes der von L. Löfstedt besorgten kritischen Edition der altfranzösischen Übersetzung des Gratiani Decretum dargelegt habe, hat der Kamalduensermönch Gratian etwa 1150 mit dem von ihm selbst als Concordia discordantium canonum bezeichneten Werk den ersten gelungenen Versuch unternommen, das gesamte vorhandene kirchliche Rechtsmaterial zusammenzufassen und dabei einander widersprechende Texte in Einklang zu bringen. Die Sammlung gliedert sich in drei Teile: Der erste Teil umfaßt 101 Distinctiones und handelt hauptsächlich von kirchlichen Rechtsquellen und den «Vollstreckern» des kirchlichen Rechts, d. h. konkret von den kirchlichen Amtsträgern. Der zweite Teil, die Causae, ist 36 Rechtsfällen gewidmet, die das Prozeß-, Vermögens-, Ordens-, Straf- und insbesondere das Eherecht betreffen. Und der dritte mit De Consecratione überschriebene Teil befaßt sich mit Fragen der Liturgie und des kirchlichen Lebens. Die konkrete Anlage der einzelnen Abschnitte der drei Teile ist so gestaltet, daß Gratian in einer kurzen Einführung das anstehende Problem darlegt und dazu in summarischer Form mehrere Rechtsfragen stellt. Diese werden alsdann in dem Abschnitt quaestiones (in der Edition mit «q» angezeigt) ausführlich abgehandelt, und dies unter Hinzuziehung der verschiedenen, oft konträren canones (in der Edition durch «c» gekennzeichnet), d. h. der Rechtsdarlegung verschiedener auctoritates (etwa Gesetzestexte, Konzilskanones, päpstliche Dekrete, die Lehren der Kirchenväter, Bibelstellen, Zivilgesetze u. a. m.). Die Methode, die Gratian hierbei verwendet, um einander widersprechende Texte in Einklang zu bringen, ist die scholastische Methode. Die aus der Feder von Gratian selbst stammenden Darlegungen sind die sogenannten dicta Gratiani (in der Edition durch «Grat.» gekennzeichnet). Angesicht der großen Bedeutung dieses Werkes kann es nicht verwundern, daß es schon in der 2. Hälfte des 12. Jahrhunderts von einem unbekannten Autor ins Altfranzösische übertragen wurde. Von dieser Übersetzung ist nur eine einzige, vor Jahren rein zufällig wiederentdeckte Handschrift erhalten (Brüssel, B.R. 9084). Und deren kritische Edition, die ein dringendes Desiderat war, hat sich L. Löfstedt zur Aufgabe gestellt. Nachdem 1992 in dem ersten Band des Editionsunternehmens die Distinctiones erschienen waren, folgten 1993 der Band 2 mit der Herausgabe der Causae 1-14, 1996 mit Band 3 die Publikation der Causae 15-29, und der nun hier anzuzeigende Band 4 enthält die Edition der Causae 30-36 und den dritten Teil von Gratians Werk, De Consecratione 2 . 323 Besprechungen - Comptes rendus 1 Cf. VRom. 53 (1994): 331s. 2 Alle Bände sind erschienen in der Reihe Commentationes Humanarum Litterarum der «Societas Scientiarum Fennica» zu Helsinki: vol. 1, Nr. 95 (1992); vol. 2, Nr. 99 (1992); vol. 3, Nr. 105 (1996).
