Vox Romanica
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Francke Verlag Tübingen
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2007
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Kristol De StefaniDenis Foulechat, Le Policratique de Jean de Salisbury (1372). Livre V. Édition critique et commentée des textes français et latin avec traduction moderne par Charles Bruckner, Genève (Droz) 2006, 907 p. (Publications romanes et françaises 242)
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2007
Marie-Claire Gérard-Zai
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En conclusion, ce livre, en dépassant le cas d’espèce, pourrait bien constituer un modèle pour l’étude d’autres textes dont la fortune - sans égaler celle des aventures des Aymonides - a connu une durée comparable: Valentin et Orson, Huon de Bordeaux pour l’épopée, Paris et Vienne, Pierre de Provence et la Belle Maguelonne pour le roman, devraient bien inspirer des recherches analogues. Maria Colombo Timelli ★ Denis Foulechat, Le Policratique de Jean de Salisbury (1372). Livre V. Édition critique et commentée des textes français et latin avec traduction moderne par Charles Bruckner, Genève (Droz) 2006, 907 p. (Publications romanes et françaises 242) Charles Bruckner a le grand mérite de mettre à disposition des chercheurs ce «Miroir des princes dans un miroir des princes», cas unique dans les littératures médiévales, française et latine à l’époque où le genre des miroirs des princes est devenu un moyen d’expression littéraire pour tous les auteurs qui, tout en rendant hommage à un prince protecteur ou mécène, cherchent à se rendre utile en prodiguant des conseils. Nous possédons avec cet ouvrage une édition critique commentée de ce miroir en moyen français, mais sans jamais quitter le «modèle» latin, puisqu’il s’agit de la traduction, par Denis Foulechat, du Livre V du Policraticus de Jean de Salisbury. Au point de présenter également l’édition commentée du texte latin correspondant qui se rapproche le plus du texte de Foulechat, c’est-à-dire le texte du manuscrit latin dont on peut raisonnablement penser qu’il présente de fortes similitudes avec celui en présence duquel se trouvait Foulechat au moment de son travail de translation. Il s’agit du manuscrit latin (Soissons, Bibliothèque municipale, ms. 24-26). Vu la difficulté du texte latin, et pour Foulechat, et pour le lecteur moderne, Charles Bruckner a jugé bon de donner du texte latin une traduction la plus proche possible de l’original, d’autant que le Policraticus n’a jamais été traduit en français moderne et d’autant que le Livre V, dont il s’agit ici, comporte des allusions à des notions et des ouvrages relativement techniques, notamment dans l’ordre du droit romain. Enfin, la matière même de ce Livre V, à savoir la conception politique de l’État par Jean, explique l’ampleur des commentaires qui accompagne ces deux éditions. C’est tout particulièrement la méthode de traduction appliquée par Foulechat et la mise en œuvre d’un vocabulaire spécifique, mais édifié sur un fond traditionnel, qui constituent un des intérêts du texte français. Au centre de l’édition commentée figure le texte latin, qui est le texte référent, puisque la pensée de Jean de Salisbury s’y exprime de manière authentique dans la langue de l’auteur, sans truchement quelconque, bien que le travail majeur d’édition porte avant tout sur le texte en moyen français, rédigé par Denis Foulechat. Les notes abondantes portent, d’une manière générale, aussi bien sur la forme que sur le fond, à l’exclusion des variantes du texte en moyen français qui sont reportées après la traduction du texte latin en français moderne. Les trois «textes» se succèdent. L’idéal eût été de mettre face à face le texte français de Foulechat et le texte latin de Jean de Salisbury et, au-dessous du texte latin, la traduction en langue moderne. Mais en raison des multiples notes une telle présentation n’était pas réalisable. Le Livre V du Policratique, ce miroir des princes prescrit par Jean de Salisbury, présente l’originalité d’intégrer ce que le Moyen Âge considérait comme le miroir des princes de Plutarque, l’Institutio Trajani, qui, indépendamment du problème épineux de la paternité et de l’origine du texte, partage l’esprit des traités politiques et moraux de Plutarque. Ce Livre développe les principes fondamentaux de gouvernement. C’est ainsi que pour la première fois les idées de Plutarque, quelle que soit la forme de transmission, entrent dans le domaine culturel du monde occidental, sous la forme latine d’abord du Policraticus en 1159, sous 324 Besprechungen - Comptes rendus la forme française ensuite en 1372. La première traduction latine d’un traité grec de Plutarque remonte à 1373; la première translation française du même traité par Nicolas de Gonesse apparaît vers 1400. Traduit par Denis Foulechat, le Policratique fait son entrée à la cour de Charles V. Les références à la situation politique, morale et juridique du XII e siècle dans l’empire Plantagenêt, mais aussi aux auteurs antiques et médiévaux faisant autorité en la matière définissent le Livre V comme l’axe même de l’œuvre. Ces aspects ont sollicité l’attention d’un contemporain de Denis Foulechat, Nicolas Oresme, dans la mesure où l’essentiel des critiques formulées par Jean sur le fonctionnement de la justice continuaient de s’appliquer aux institutions contemporaines de Charles V. Jean de Salisbury se propose de commenter la pensée des Anciens, mais dans une perspective humaniste: donner, sinon des règles, du moins des conseils d’ordre moral à l’homme qui s’occupe des affaires publiques; objectif où le moral rejoint le politique. Ce Livre V, placé au milieu de l’ensemble de l’œuvre, Miroir des princes dans un Miroir des princes, constitue un point de convergences de toutes les leçons d’ordre moral et politique que Jean de Salisbury tient à donner à son ami Thomas Becket, mais aussi, de toute évidence, au religieux plongé dans le monde politique et les affaires de son temps. Pour la première fois, les problèmes politiques sont examinés sous l’angle du droit canonique et du droit romain. Nombreuses, en effet, sont les citations et les références relevant du Corpus juris civilis et du Corpus juris canonci. Mais allusions et citations juridiques ne signifient dans l’esprit de l’auteur ni polémique fondée sur la technicité juridique ni exposé théorique d’une idéologie éthique et politique quelconque. Selon Charles Bruckner, «son grand art réside dans un heureux équilibre entre technique oratoire et technique politique et juridique» (25). La culture personnelle et les convictions philosophiques et théologiques de Jean de Salisbury sont étroitement liées à l’enseignement dispensé à l’école de Chartres. Le prologue du Livre V place l’objectif du débat très haut, à savoir la quête de la vérité, qui est inséparable de la liberté. Les maîtres mots sont veritas et libertas, qui, à eux seuls, constituent tout un programme idéologique. Ce sont là également deux piliers qui ont soutenu la lutte politique contre les empiètements du pouvoir royal d’Henri II sur les libertés et les privilèges de l’Église d’Angleterre. Mais l’originalité de ce livre réside dans l’analyse que fait Jean de Salisbury du problème général, à savoir la différence entre prince et tyran. Dans l’Introduction (17-262) de Charles Bruckner, celui-ci consacre quelques pages (68-92) à l’analyse commentée du Livre V, du prologue aux chapitres i à xvii. Les citations et les allusions, ainsi que les énoncés proverbiaux et sentencieux, représentent un témoignage de l’alliance, si caractéristique de la culture de l’homme du XII e siècle, de la morale, de la religion et de la politique, l’Antiquité et le monde biblique étant, à chaque instant, convoqués pour garantir l’authenticité et la crédibilité des argumentations de l’écrivain. Même si Jean de Salisbury disposait de florilèges et de concordances, on ne peut lui dénier une habilité remarquable dans la manière d’étayer son raisonnement par citations et allusions. Dans ce commentaire des auteurs les plus fréquemment présents, nous trouvons Horace, en particulier, les Épîtres et les Satires de Juvénal; les Strategemmata de Frontin jouent un rôle essentiel dans la rhétorique et la dialectique de Jean. Tout aussi important quantitativement et qualitativement, l’ensemble des textes bibliques auxquels l’auteur latin fait référence. L’Ancien Testament constitue la charpente même de la thématique. En effet, les Miroirs carolingiens combinent habilement l’idéologie chrétienne, notamment celle qui est transmise par les Pères de l’Église, et les idées proprement médiévales relatives à l’Église et à ses rapports au pouvoir temporel. Le personnage de Moïse, dans le chapitre 6 du Livre V du Policraticus, forme un axe thématique autour duquel se développe l’idée de «prince du peuple» ordonné par Dieu lui-même. C’est le Livre de Job qui compte le plus grand nombre de citations et d’allusions et ensuite l’Ecclésiastique. Le texte du Nouveau 325 Besprechungen - Comptes rendus Testament le mieux représenté est celui des Épîtres de saint Paul. Dans les textes juridiques, le Codex Justinianus et les Digesta sont fréquemment cités. La parution du Policratique en 1372 se situe au milieu du règne de Charles V, qui commence en 1364 et finit en 1380. Elle coïncide avec la période des victoires françaises dans la Guerre de Cent ans. La date de 1364 est celle de la victoire de Cocherel, c’est aussi le moment où se manifeste la personnalité de Bertrand du Guesclin. Vers 1370, Charles V reprend le Rouergue, le Limousin, la Saintonge, la Normandie et le Poitou. L’année 1372, année d’achèvement du Policratique, «fut une année décisive, après laquelle le triomphe définitif de la politique royale ne fit plus de doute» (120). C’est tout particulièrement la culture qui a largement bénéficié de la paix apportée par Charles V, mais encore plus de l’intérêt de ce roi pour les lettres et les arts. À propos de l’édition des textes, l’auteur justifie, dans le chapitre ii, le choix du manuscrit latin S (Soissons, Bibliothèque municipale 24 [26], fol. 113a-147d) qui remonte aux environs de 1170-80, par rapport aux manuscrits H (Charleville-Mézières, Bibliothèque municipale 151), P (Montpellier, Faculté de Médecine 60) et celui de Paris, Bibliothèque Nationale lat. 6418, du XIV e siècle (157-66). Quant à la traduction du texte latin en français moderne, Charles Bruckner confesse avoir suivi le texte latin le plus fidèlement possible, sacrifiant quelquefois l’élégance à l’exactitude. Pour le texte de Denis Foulechat, nous sommes face à trois manuscrits: N, «manuscrit de base», Paris, Bibliothèque Nationale fr. 24287, vraisemblablement le manuscrit de la dédicace à Charles V, datant de 1372; A, Arsenal 2692, qui ne comporte que les six premiers livres, datant du début du XV e siècle; G, Paris, Bibliothèque de Sainte-Geneviève 1144-45, en deux volumes de la fin du XV e siècle. Le chapitre iii est consacré à la syntaxe du texte de Denis Foulechat: structure de la phrase, ordre des mots, types de subordination, négation, syntagme nominal, les déterminants cil et cist, syntagme verbal, prépositions. Le texte de Denis Foulechat se caractérise essentiellement par une langue fortement conservatrice en ce sens que de nombreux traits de syntaxe, relativement peu fréquents en ancien français, sont maintenus et, quelquefois, amplifiés. En revanche, le traducteur a pleinement mis en œuvre des constructions, qui ne sont pas forcément latinisantes, dont seules les premières tentatives se sont manifestées avant lui. Fait plus important: il a su résister, tant au plan de la syntaxe qu’au plan du vocabulaire, à la tentation du calque latinisant dans une partie du Policratique où les argumentations techniques, juridiques notamment, sont bien plus nombreuses qu’ailleurs, ce en quoi on est en droit de reconnaître en lui, un des premiers, sinon le premier des traducteurs au sens moderne du terme (214). Le chapitre iv analyse la méthode de traduction de Denis Foulechat. L’organisation textuelle, dans ce qu’elle a de plus formelle, reste dans l’ensemble relativement autonome et indépendante du texte latin. Cette liberté que s’octroie Denis Foulechat lui permet de ne pas être l’esclave des mots de liaison du texte latin. Le souci de l’explication va jusqu’à conduire le traducteur médiéval à des additions dépassant le simple groupe de mots. Il n’est pas rare de voir ajoutée toute une proposition, notamment complétive, qui ne connaît aucun équivalent dans la phrase latine correspondante. On peut à juste titre se demander si l’on est en présence d’un commentaire ou d’une traduction au sens moderne du terme, même si, pour un esprit du XIV e siècle, la différence entre ces deux concepts ne se pose pas encore de la même façon que pour nous-mêmes. Redoublements, redondances sont souvent appliqués par Denis Foulechat. Le souci d’apporter plus de clarté dans le texte qu’il traduit l’amène nécessairement à remanier certaines phrases. En conclusion, les transpositions et les remaniements opérés par Denis Foulechat respectent les idées de Jean de Salisbury tout en leur donnant une coloration originale, et somme toute, remarque l’éditeur, le travail de traducteur Foulechat réussit à implanter la pensée de Jean dans une phrase authentique- 326 Besprechungen - Comptes rendus ment française (225). Un premier outil ou procédé dans la transformation syntaxique qui intervient dans la démarche de traduction est la suppression des subordonnées et leur remplacement par des propositions indépendantes. Les participes apposés sont presque systématiquement remplacés par des verbes à mode personnel. Si les transformations syntaxiques se font dans les structures profondes, le travail du traducteur concernant le lexique est plus immédiatement perceptible. Il suit quatre procédés: l’addition, la suppression, la modification par remplacement et la synonymie des binômes. Le chapitre v (245-62) offre une ample bibliographie, suit le texte du Livre V du Policratique de Denis Foulechat, accompagné de la traduction en français moderne et du texte latin (263-727). Dans un appendice (729-31), l’auteur établit les éléments biographiques concernant Jean de Salisbury: les années d’études et de formation, le contact avec l’administration épiscopale et papale, l’exil et sa carrière comme évêque de Chartres. Les variantes du texte du Policratique de Denis Foulechat occupent les pages 733-53, les «proverbes et énoncés proverbiaux ou sentencieux» du texte en moyen français sont répertoriés aux pages 755-64, suivi du «répertoire des citations et des allusions» (765-73). L’ouvrage est complété par un index des noms propres (775-83) et du précieux glossaire du texte du Policratique de Foulechat (785-898). Ce glossaire vise à la fois de fournir le plus de renseignements possible sur l’interprétation et la compréhension des vocables d’un texte de traduction, qui, dans l’ensemble, suit fidèlement l’original latin, mais aussi sur la phraséologie du moyen français. Dans de nombreux cas, les références sont accompagnées de contextes significatifs. L’auteur s’est efforcé de tendre vers la complétude sur deux points: d’abord, ne pas omettre de vocable qui, par sa datation, soit significatif, en ce sens qu’il ne serait pas attesté avant 1372; ensuite, enregistrer non seulement les sens nouveaux, n’existant pas avant 1372, mais encore les nuances contextuelles qui semblent nouvellement mises en œuvre dans notre texte. Même pour des vocables qui ne posent pas vraiment de problèmes de compréhension, mais qui, du point de vue lexicologique, voire sémiotique, sont remarquables, il a tenu à présenter un nombre d’occurrences respectables, si bien que ce glossaire approche, par sa structure et son contenu, du lexique. C’est désormais un instrument indispensable pour les linguistes et philologues qui étudient la langue philosophique et juridique du xiv e siècle. Marie-Claire Gérard-Zai ★ Anja Overbeck, Literarische Skripta in Ostfrankreich. Edition und sprachliche Analyse einer französischen Handschrift des Reiseberichts von Marco Polo (Stockholm, Kungliga Biblioteket, Cod. Holm. M 304), Trier (Kliomedia) 2003, 546 p. (Trierer Historische Forschungen 51) Im Jahre 1999 hatten Günter Holtus und Anja Overbeck (damals Körner) die Zielsetzung der Arbeit klar umrissen: «Um eine solide Grundlage für jegliche sprachliche Untersuchung bieten zu können, muss der Text möglichst eng am Original transkribiert werden. Wurde in den Editionen der Vergangenheit bei der Abschrift häufig in vielen Bereichen mehr oder weniger zugunsten einer angeblich besseren Lesbarkeit modifizierend eingegriffen, so ist doch in den letzten Jahren immer deutlicher geworden, dass Textanalyse und -vergleich unnötig erschwert werden, wenn etwa Abbreviaturen in der Transkription nicht gekennzeichnet werden, wenn eine Nummerierung oder eine Benennung der Kapitel nachträglich eingefügt wurde oder wenn Versionen unkommentiert vermischt wurden. Daher soll sich die geplante Edition bewusst an ein wissenschaftliches Publikum wenden, das weniger an der bequemen Lektüre als vielmehr an einer Basis für weiteres sprachliches Arbeiten mit den 327 Besprechungen - Comptes rendus
