eJournals Vox Romanica 68/1

Vox Romanica
vox
0042-899X
2941-0916
Francke Verlag Tübingen
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2009
681 Kristol De Stefani

Christine Felbeck, Johannes Kramer, Troubadourdichtung. Eine dreisprachige Anthologie mit Einführung, Kommentar und Kurzgrammatik, Tübingen, 2008, Gunter Narr Verlag (Narr Studienbücher), lvii + 366 p.

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2009
Marie-Claire  Gérard-Zai
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se, pour d’autres textes et d’autres périodes, car il mène à une compréhension de la transition latin/ langues romanes qui pourra enfin réconcilier latinistes et romanistes. C’est dire l’intérêt de cet ouvrage, qui est à placer sans tarder dans toutes les bibliothèques. Pascale Renders ★ Christine Felbeck, Johannes Kramer, Troubadourdichtung. Eine dreisprachige Anthologie mit Einführung, Kommentar und Kurzgrammatik, Tübingen, 2008, Gunter Narr Verlag (Narr Studienbücher), lvii + 366 p. L’introduction débute par une communication d’Hermann Kleber (Trèves) «Was ist Liebe? Diskursformen und Vorstellungen von Liebe im Mittelalter» (xii-xxxiv); ce préambule ne résume pas la teneur et les principes fondamentaux de la Fin’Amors du Moyen Age occitan. Dans une première partie, H. Kleber pose la question de base de savoir «ce qu’est l’Amour», en examinant, entre autres, l’héritage antique et biblique, la patristique médiévale, le discours anthropologique, théologique et moral. Il analyse succinctement la conception médicale de l’amour, vue comme une maladie (tradition de Galien et de la médecine arabe jusqu’à Arnaud de Villeneuve, Bernard de Gordon, Jean de Tornamina) et comme un phénomène de société à travers le De Amore d’Andreas Capellanus. Il termine par le discours littéraire à travers une tenson de Jacopo Mostacci, Pier della Vigna et le Notaro Giacomo da Lentini (ed. G. Contini). La deuxième partie étudie brièvement les débuts de la poésie romane, le nom donné à la langue des troubadours, les poètes eux-mêmes, l’origine de cette conception de la lyrique courtoise, en résumant les principales thèses connues, puis nous avons la description des protagonistes: la dame (domna/ dompna), souvent voilée sous un senhal, amic, amador ou quelquefois drut, à côté du mari, gilos, lauzengier. L’introduction s’achève par l’énumération des principaux genres littéraires: canso(n), sirventés, alba, planh, tenso(n), partimen et pastorela. Le choix des troubadours et des textes cités ne présente guère d’originalité par rapport aux anthologies parues précédemment, ce qui innove, ce sont les trois langues: un original en occitan médiéval, accompagné des traductions inédites en allemand et la reprise de traductions en français moderne, apport fort bienvenu. Les auteurs ont choisi, tout à fait à propos, de débuter par des textes de Catulle: 1.1 Vivamus, mea Lesbia, atque amemus (Cat. 5); 1.2 Quintia formosa est multis. Mihi candida, longa (Cat. 86); 1.3 Ille mi par esse deo videtur (Cat. 51); 1.4 Lesbia mi praesente viro mala plurima dicit (Cat. 83); 1.5 Lesbia mi dicit semper male nec tacet umquam (Cat. 92); 1.6 Odi et amo. Quare id faciam, fortasse requiris? (Cat. 85); 1.7 Miser Catulle, desinas ineptire (Cat. 8); 1.8 Caeli, Lesbia nostra, Lesbia illa (Cat. 58); 1.9 (Cat. 11). Seule la traduction en allemand des extraits de poèmes de C. Valerius Catullus est publiée. Le choix de privilégier le poète de Vérone et son évocation des amours malheureuses d’un provincial pour une dame d’une famille influente et opulente de Rome au détriment des textes d’Ovide, abondamment chanté et imité par les troubadours et trouvères médiévaux est à mettre en exergue. Chaque texte est accompagné de notes liminaires qui ne reprennent pas les commentaires, souvent érudits et techniques d’éditions précédentes, mais elles se contentent d’explications élémentaires, mais éclairantes, destinées à un public universitaire germanophone, peu familiarisé avec la poésie aulique médiévale, ainsi que de la structure métrique des poèmes, d’une traduction allemande inédite et souvent d’une traduction française (préexistante). L’anthologie des troubadours proprement dite s’ouvre par l’aube anonyme En un vergier sotz fuella d’albespi (22-27), avec la traduction française de Pierre Bec de 1970. 297 Besprechungen - Comptes rendus Pour la première génération de troubadours, Guilhem de Peitieu (Guillaume d’Aquitaine), nous avons la vida (32) (pas traduite en français) et les autres cansos. Farai un vers, pos mi sonelh (34-43) reprend le texte moderne de Jean-Charles Payen de 1980, alors que Ab la dolchor del temps novel (44-47) et Pos de chantar m’es pres talenz (48-51) donnent la traduction de 1927 due à Alfred Jeanroy. La deuxième génération, entre 1125 et 1150, comptent le trio Cercamon, Jaufré Rudel et Marcabru (53-113). Ici, à nouveau aucune traduction française des vidas (55, 65, 85); le fait est d’autant plus regrettable que les traductions en français moderne existent pour ces dernières vidas (cf. Les Vies des Troubadours. Textes réunis et traduits par Margarita Egan, Paris 1985). Du poète «gascon» Cercamon, on trouve la plainte funèbre Lo plaing comenz iradamen (56-61), dans une traduction française de 1922 d’Alfred Jeanroy. Jaufré Rudel a exercé une fascination certaine sur Ludwig Uhland, Heinrich Heine, Giosuè Carducci et Edmond Rostand par la thématique de l’amour lointain de sa chanson Lanqand li jorn son lonc en mai (76-81), traduite par Alfred Jeanroy (1924), précédée de No sap chantar qui so non di (66-69) et Quan lo rius de la fontana (70-75). Du troubadour Marcabru, les auteurs ont choisi Dirai vos senes duptansa (86-93), A la fontana del vergier (104-7), Amics Marchabrun, car digam (108-13). D’autre part, pourquoi utiliser la traduction française, archaïsante, partiellement fautive et vieillie, de Jean-Marie-Lucien Déjeanne de 1909 (! ) pour la fameuse pastourelle L’autrier jost’una sebissa (94-103), alors que depuis un siècle d’excellentes traductions en langue moderne ont été publiées; une remarque identique pourrait concerner d’autres chansons de l’auteur gascon, volontiers sarcastique et moraliste. Pour la troisième génération, entre 1150 et 1175, les auteurs allemands ont choisi a) Bernart de Ventadorn, avec la célèbre chanson Can vei la lauzeta mover (124-29), Non es meravelha s’eu chan (130-35), Lonc tems a qu’eu no chantei mai (136-43) ainsi que la Tensó entre Peire d’Alvernha e Bernart de Ventadorn (144-49), plaidoyer en faveur de l’Amour pour arracher Bernard à son désenchantement (traduction moderne de Léon Billet de 1974); b) Peire d’Alvernha est représenté par le message d’Amour (traduction de Joseph Anglade de 1927): Rossinhol, el seu repaire Ben ha tengut dreg viatge (154-59); c) le Provençal Raimbaut d’Aurenga est connu pour sa virtuosité métrique dans la chanson Er resplan la flors enversa (164-67), avec une traduction moderne de Pierre Bec de 1971; d) la trobairitz Comtessa de Dia (115-183) est représentée par trois pièces: Estat ai en greu cossirier (172-75), Ab joi et ab joven m’apais (176-79) et A chantar m’er de so q’ieu no volria (180-83) (traduction française de Gabrielle Kussler-Ratyé de 1917). À nouveau, aucune traduction en français des vidas de Bernard de Ventadour (118-22), Pierre d’Auvergne (152-53), Raimbaut d’Orange (162-63) et de la Comtesse Béatrice de Die (171). La quatrième génération de poètes de langue d’oc (1175-1200) est évoquée par le prolixe Giraut de Bornelh, avec Si us quer conselh, bel’ami’Alamanda (190-95), enrichi de la traduction inédite en français de l’universitaire de Trêves, Geneviève Bender-Berland; Folquet de Marselha, avec Tant m’abellis l’amoros pessamens (198-203), accompagné de la traduction française d’István Frank de 1952; c’est le sirventés des vieux et des jeunes, Bel m’es quan vei chamjar lo senhoratge (208-13), avec la traduction française de Pierre Bec de 1979, qui est choisie pour illustrer la production poétique de Bertran de Born et pour le troubadour Peire Vidal, grand voyageur, selon sa vida, on lit le poème, véritable ode à la Provence, Ab l’alen tir vas me l’aire (218-21), avec le texte français de P. Bec de 1979; comme précédemment aucune traduction française des vidas et razó (188-89, 197, 206-7, 216-17). Dans la cinquième génération de 1200 à 1225 environ, nous trouvons les poètes Arnaut Daniel, illustré par la fameuse et redoutable sextine Lo ferm voler q’el cor m’intra (228-31) et sa traduction moderne de P. Bec de 1971 et Raimbaut de Vaqueiras, représenté par trois pièces: Domna, tant vos ai preiada (236-45), avec l’excellente traduction de Jacques Rou- 298 Besprechungen - Comptes rendus baud de 1971, Eras quan vey verdeyar (246-49), nouvellement traduit par G. Bender-Berland et l’estampida, au schéma métrique fort original, Kalenda maia (250-55), suivie d’une traduction de Pierre Bec de 1971; à nouveau, les vidas sont imprimées sans traduction française (226-27 et 234-35). Pour la génération des poètes occitans de 1225 à 1250, les auteurs de l’anthologie ont choisi Mout avetz faich lonc estatge (260-64) de Castelloza, accompagné d’une interprétation française de Jacques Roubaut, datée de 1971. Dans la septième et dernière génération (après 1250), nous trouvons trois troubadours: a) Sordel, illustré par la vida et le planh sur la mort de Blacatz, Planher vuelh En Blacatz en aquest leugier so (270-75), avec la traduction de 1971 de l’ancien professeur de Poitiers et poète lui-même, Pierre Bec; b) Cerverí de Girona, auteur, dont on a conservé près de 120 textes, est représenté par l’étrange Com es ta mal enseynada (278-81), traduite par Pierre Bec en 1971; c), celui que l’on considère souvent comme le dernier troubadour, Guiraut Riquier, est illustré par la rotrouenge Pus astres no m’es donatz (284-89) et la serenada, Ad un fin aman fon datz (290-93), les deux derniers textes sont traduits en français par Pierre Bec en 1979. Très judicieusement, Christine Felbeck et Johannes Kramer ont voulu montrer (295-329) les prolongements de cette brillante lyrique courtoise occitane dans les littératures européennes: en Italie, avec Giacomo da Lentini (Io m’aggio posto in core a Dio servire), en Espagne, avec Alphonse X dit le Sage (Rosa das rosas et Fror das frores), en pays germanique, avec le Minnesänger Oswald von Wolkenstein (Do fraig amors), en France du Nord, avec les trouvères Conon de Béthune (Ahi, Amours! com dure departie et Ce fut l’autrier en un autre païs) et enfin Thibaut IV de Champagne (L’autrier par la matinee). Une fois de plus, nous déplorons le manque de traductions françaises de ces textes intéressants pour l’histoire de la réception de la poésie occitane. L’appendice consacré à la grammaire de l’ancien occitan (332-53) est élémentaire mais fort utile pour le public auquel cet ouvrage est destiné. Nous apprécions, au passage, les reproductions de manuscrits (initiales et extraits de cansos), mais elles figurent sans aucune référence aux chansonniers reproduits (33, 64, 122-23, 170-71, 215, 277), un détail futile peut-être, mais signe d’un certain manque de rigueur scientifique. Quant à la bibliographie (355-63), on pourrait signaler d’autres ouvrages fondamentaux sur la poésie des troubadours. C’est une question d’appréciation personnelle, ce «manuel» n’ayant pas la prétention d’apporter des éléments originaux pour les études du Moyen Age occitan. Nous regrettons cependant que les auteurs privilégient souvent des ouvrages vieillis et dépassés. Pour les anthologies (355-56), on pourrait ajouter, par ex., celle de F. R. P. Akehurst/ J. M. Davies (ed.), A Handbook of the Troubadours, Berkeley 1995 et celle de P. Gresti parue à Bologne en 2006. Nous devons déplorer deux lacunes: d’une part, les traductions en langue française font très souvent défaut. Le sous-titre du manuel [Eine dreisprachige Anthologie] aurait mérité plus d’égards: en effet, sur l’ensemble de l’anthologie, c’est-à-dire 69 textes, près de la moitié, plus précisément 35 poèmes sont dépourvus de traduction française. Une justification de cette notable et importante restriction - alors que certains textes occitans connaissent d’excellentes traductions récentes en langue moderne - n’est pas fournie par les compilateurs de cette anthologie. D’autre part, un glossaire eût été souhaitable et fort utile aux utilisateurs de ce manuel, par ailleurs non dépourvu de qualités. Marie-Claire Gérard-Zai ★ 299 Besprechungen - Comptes rendus