Vox Romanica
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Francke Verlag Tübingen
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2009
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Kristol De StefaniMarie-Anne Paveau/Laurence Rosier, La langue française. Passions et polémiques, Paris (Vuibert) 2008, 378 p.
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Sara Cotelli
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dommage de ne pas avoir saisi l’occasion de faire de ce livre un ouvrage de référence, clair et ordonné, marquant un jalon dans l’histoire du traitement informatique de l’ancien français. Sans doute aurait-il suffit pour cela de mieux classer les articles et de, pourquoi pas, les encadrer d’une courte introduction et/ ou d’une belle conclusion synthétique, suivie d’une bibliographie récapitulative. Mais ces quelques remarques ne sont dues qu’à notre enthousiasme de voir émerger une véritable concertation autour de projets solides, de grande ampleur, largement concertés, très soigneusement constitués et qui, pour autant que l’on continue sur l’élan d’exhaustivité, d’objectivité et de clarté globale que représente cet ouvrage, devraient mettre à la portée de nos futures recherches le plaisir de bien des surprises. Mohan Halgrain ★ Marie-Anne Paveau/ Laurence Rosier, La langue française. Passions et polémiques, Paris (Vuibert) 2008, 378 p. Venant combler une lacune dans la littérature scientifique, Marie-Anne Paveau et Laurence Rosier nous proposent une réflexion d’envergure sur le purisme dans la francophonie. L’objectif de leur ouvrage est vaste: il entend passer en revue les différents discours puristes actuels sur la langue française en questionnant leur constance historique (en tous cas depuis le XVI e siècle) et géographique dans la francophonie «de souche» (c’est-à-dire au Québec, en Belgique et en Suisse). De plus, les deux auteures envisagent le purisme dans une «définition ‹élargie›» (41) et avant tout comme une pratique sociale métalinguistique axiologique (positive ou négative) à tendance prescriptive (52). En cela, elles suivent - sans pourtant la nommer - la chercheuse britannique Deborah Cameron qui présente dans son ouvrage Verbal Hygiene 1 l’intérêt que peut éveiller chez le sociolinguiste le discours de monsieur-tout-le-monde sur la langue. L’ouvrage s’ouvre avec trois chapitres généraux dans lesquels les auteures reviennent sur les origines du purisme en France. Elles y décrivent également leur définition élargie du purisme, ses lieux de circulations et ses principales figures auctoriales et institutionnelles. Soucieuses d’ancrer le discours puriste actuel dans une continuité historique, Marie-Anne Paveau et Laurence Rosier donnent dans le premier chapitre quelques éléments d’histoire de la langue qui viennent éclairer la naissance du purisme au XVI e siècle et expliquer son essor dans les siècles qui suivent (en particulier les XIX e et XX e siècles). Elles soulignent également l’importance prise par le recours à l’histoire de la langue au sein du discours puriste. La définition élargie du purisme proposée par les deux auteures représente un des points forts de l’ouvrage. En effet, elle permet d’envisager cette notion sous un jour un peu différent de l’approche linguistique traditionnelle qui voit surtout cette pratique comme négative, rétrograde et peu scientifique. Les auteures démontrent que le purisme peut parfois être positif et créatif. Il s’agit, somme toute, d’une forme d’interventionnisme linguistique. Loin de l’idée réductrice qu’on lui impute en général, il peut aboutir à la création de néologismes (citons le courriel ou le mél). De plus, l’attention portée par les puristes sur des variations dévalorisées permet aux linguistes d’obtenir de nombreuses informations sur ces registres parfois peu documentés. Finalement, il convient de ne pas ériger une trop grande barrière entre discours linguistique scientifique et purisme. Marie-Anne Paveau et Lau- 344 Besprechungen - Comptes rendus 1 D. Cameron, Verbal Hygiene, London 2005. rence Rosier nous incitent à repenser le fossé qu’on creuse souvent entre les deux discours et signalent un certain nombre de ponts qui passent de l’un à l’autre. La fin du deuxième chapitre porte sur la circulation du purisme. Les auteures y exposent les différents textes et médias qui prennent en charge ce discours. Cette partie dévoile au lecteur les diverses facettes du purisme qui n’est pas seulement présent dans les chroniques de langage du style dites . . . ne dites pas . . . mais aussi dans des ouvrages à prétention humoristique ou des dictionnaires 2 . Cette section nous semble liée au chapitre trois qui reprend la même thématique mais en mettant l’accent sur les personnalités et les institutions relayant le discours puriste. Elle propose une sorte d’histoire du purisme au travers de ses figures marquantes: de Vaugelas et l’Académie française à Bernard Pivot. Les chapitres quatre à huit exposent certaines des thématiques principales du discours puriste. Ils permettent aux auteures d’exposer plus en détails les grands mythes qui accompagnent le discours sur la langue française depuis ses origines en montrant comment le discours puriste les réhabitent dans des exemples spécifiques. En premier lieu, les deux linguistes consacrent un chapitre à l’orthographe, un des éléments les plus susceptibles de variation et un haut lieu du discours puriste qui a tendance à refuser toute réforme. Elles démontrent comment l’orthographe relève, en France, d’une position identitaire, ce qui explique en grande partie les réticences à tout changement. Le cas de la grammaire est différent. Marie-Anne Paveau et Laurence Rosier soulignent que les puristes interviennent le plus souvent autour de points bien particuliers: l’emploi des prépositions ou du subjonctif ainsi que l’accord du participe passé. Ici, ce sont les notions séculaires de clarté et de simplicité qui viennent éclairer les discours puristes sur la grammaire. Ensuite, le lexique permet aux auteures de se pencher sur la francophonie et les mots régionaux que dénonce très souvent le discours puriste. Ce chapitre met aussi le doigt sur l’utilisation de l’étymologie dans le discours puriste et sur les différents moyens mis en œuvre pour sauvegarder la légendaire richesse du vocabulaire français; un mythe contrebalancé par l’idée du mot juste et la hantise des puristes à l’égard de la polysémie. Le style - thème principal du chapitre 7 - est une notion vague pourtant appréciée du discours puriste. L’intérêt porte ici sur les différences entre oral et écrit et sur la façon dont le génie de la langue est à l’œuvre chez les différents écrivains. On retrouve également la notion de clarté déjà apparue au chapitre sur la grammaire. Finalement, les auteures exposent la stigmatisation des phrases toutes faites et d’un discours trop policé. Le dernier chapitre porte sur les différents styles sociaux et leur dénonciation par les puristes. Une fois encore, ces derniers apparaissent comme des sociolinguistes amateurs éclairant parfois des usages moins connus des linguistes. Un des apports essentiels de cet ouvrage est de présenter au lecteur une gamme impressionnante de discours puristes sur la langue française, allant de Vaugelas et Malherbe aux Soirées du Grammaire-Club 3 de la première moitié du XX e siècle et à la multitude des prises de parole constatées aujourd’hui sur Internet. L’association de sources si nombreuses et de provenance si diverses représente un véritable tour de force. Le lecteur spécialiste regrettera toutefois que les auteures n’aient pas toujours jugé bon de rapporter le texte dans sa version originale et qu’elles oublient parfois de donner les références exactes de certaines citations d’auteurs (par ex. les citations de J. Renard, E. Mounier et P. Claudel à la p. 91). Une seconde critique porterait sur la structure de cet ouvrage. En effet, si nous avons bien vu l’utilité d’une structuration en deux grandes parties telles que nous les avons présentées ci-dessus - une partie plus générale sur le discours puriste, ses origines, ses lieux et 345 Besprechungen - Comptes rendus 2 Citons par exemple R. Beauvais, Le français kiskose, Paris 1975 ou A. Duchesne, Turlupinades et tricotteries. Dictionnaire des mots obsolètes dans la langue française, Paris 2004. 3 J. Boulanger/ A. Thérive, Les soirées du Grammaire-Club, Paris 1924. ses figures (chapitres 1-3) et une partie plus analytique portant sur différents exemples de discours puristes (chapitres 4-8) -, nous avons parfois été étonnée de retrouver les mêmes thématiques reprises à différents endroits, conférant quelque peu à la lecture de l’ouvrage une impression de circularité plutôt que de progression. Ainsi, le chapitre 3.6.1 - Une analyse des classes sociales par leur langage: le puriste «sociolinguiste» (99-103) - nous semblet-il un développement des idées exposées au chapitre 2.3.2. (54-55) qui n’est pas sans rappeler le dernier chapitre (294-343) traitant justement en détail et par l’exemple de cette même thématique. Au final, nous recommandons chaudement la lecture de cet ouvrage qui, s’il présente quelques défauts pour un lecteur universitaire, permet d’avoir un aperçu fort vaste des thématiques, des formes et des relais du purisme, à l’heure actuelle, en France et, dans une certaine mesure, dans la francophonie de souche. Si les auteures enracinent solidement le purisme dans son histoire discursive, elles s’en tiennent dans leurs descriptions plus précises aux exemples du XX e siècle ce qui leur permet de bien en circonscrire l’abondante matière tout en permettant des aperçus vers d’autres horizons temporels et/ ou géographiques. Sara Cotelli ★ Jean-Denis Gendron, D’où vient l’accent des Québécois? Et celui des Parisiens? Essai sur l’origine des accents. Contribution à l’histoire de la prononciation du français moderne, Québec (Presses de l’Université Laval) 2007, xxiii + 287 p. (Langue française en Amérique du Nord) Dans cet essai, Jean-Denis Gendron cherche à expliquer pourquoi la prononciation des Parisiens n’est pas identique à celle des Québécois. Formé en phonétique à l’Université de Strasbourg par Georges Straka, Gendron - qui a présidé la Commission d’enquête sur la situation de la langue française et sur les droits linguistiques au Québec, dont le rapport est paru en 1972 - s’est intéressé pendant toute sa carrière à la prononciation du français, tant au Québec qu’en France 1 . Dans les pages liminaires de son ouvrage («Avant-propos», xvii-xxiii), Gendron présente les principales sources sur lesquelles il s’est appuyé: 1 o des témoignages directs qui rendent compte de la prononciation qui avait cours en France et au Québec depuis le XVII e siècle jusqu’au début du XX e ; 2 o des ouvrages qui traitent de l’histoire de la langue en France et au Québec; 3 o des ouvrages qui s’intéressent à l’évolution socioculturelle et politique des sociétés française et québécoise, question essentielle à la compréhension des changements dans les pratiques langagières des locuteurs. Le lecteur trouvera dans l’introduction («Vue d’ensemble de la question traitée», 1-36) une présentation générale de l’ouvrage ainsi que de la thèse avancée par Gendron pour expliquer l’origine de l’accent des Québécois. Il convient de préciser que l’auteur s’intéresse principalement à l’origine de ce qu’il appelle «l’accent québécois traditionnel», c’est-à-dire de celui qui avait cours au Québec entre 1608 et 1841 2 . Selon Gendron, c’est la prononcia- 346 Besprechungen - Comptes rendus 1 Voir par exemple: J.-D. Gendron, Tendances phonétiques du français parlé au Canada, Paris - Québec 1966 et «Origine de quelques traits de prononciation du parler populaire franco-québécois» in: Phonétique et linguistique romanes. Mélanges offerts à M. Georges Straka, Strasbourg 1970: 339-52. 2 Plusieurs traits de cet «accent traditionnel» se sont maintenus jusqu’au début du XX e siècle voire jusqu’à nos jours, sinon dans la langue standard du moins dans le registre familier ou dans la langue populaire des Québécois.
