eJournals Vox Romanica 70/1

Vox Romanica
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0042-899X
2941-0916
Francke Verlag Tübingen
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2011
701 Kristol De Stefani

Yolande de Pontfarcy, L’au-delà au Moyen Âge. «Les visions du chevalier Tondal» de David Aubert et sa source la «Visio Tnugdali» de Marcus. Édition, traduction et commentaires, Berne etc. (Peter Lang) 2010, 205 p.

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2011
Maria  Colombo Timelli
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thème omniprésent du feu et de ses dérivés que sont son antagonisme avec l’eau, le motif de la forge et celui de la trempe, la fumée et les parfums. Le thème du feu est une matrice, un hypogramme selon la terminologie de Riffaterre, à partir duquel Scève construit son univers mental et poétique. Dans celui-ci l’amour divin et l’amour charnel sont réconciliés, la mort est une étape vers la renaissance, la destruction précède l’immortalité, le corps et l’esprit fusionnent dans une conciliation des contraires. V. M.-M. s’attache aux différents intertextes qui peuvent aider à la compréhension de la Délie, en particulier l’œuvre courtoise de La Belle Dame sans mercy de Chartier qui présente un personnage d’amant martyr suppliant une dame inflexible proche de celui décrit par Scève et le texte biblique avec la figure de Moïse qui se superpose dans le texte à l’image de Délie, la sublime et inquiétante cornue lunaire. L’auteur consacre la deuxième partie de ce dernier chapitre à l’étude des emblèmes accompagnant le texte poétique qui, par leur caractère matériel et tangible, participent de la conciliation du corps, la lettre, et de l’âme, le sens. Ces figures souvent stéréotypées - l’auteur rappelle que la plupart des emblèmes sont des réemplois qui n’ont pas été créés spécialement pour être associés au texte de Maurice Scève - servent de guides pour le lecteur et lui permettent d’atteindre à la signification de la lettre, au «paradis de la senefiance» (293). En conclusion (295-307), l’auteure en appelle à une plus grande attention portée aux liens unissant les créations littéraires de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance à la théologie et à l’anthropologie. Le parcours qui nous est proposé tout au long de cette étude à travers les textes, les images et leur contexte démontre la pertinence d’une telle approche. Hélène Bellon-Méguelle ★ Yolande de Pontfarcy, L’au-delà au Moyen Âge. «Les visions du chevalier Tondal» de David Aubert et sa source la «Visio Tnugdali» de Marcus. Édition, traduction et commentaires, Berne etc. (Peter Lang) 2010, 205 p. Rédigée en 1149 en Bavière, la Visio Tnugdali connut un immense succès dans l’Europe entière, tant en latin que dans toutes les langues «vulgaires»; elle fut traduite plusieurs fois en français entre XIII e et XV e siècle, entre autres par Jean de Vignay (dans le Miroir Historial, vers 1320-1330), David Aubert (Visions du chevalier Tondal, 1475), Regnaud Le Queux (sous le titre de Baratre infernal, 1480): ces trois versions ont été éditées par Mattia Cavagna en 2008 (Classiques Français du Moyen Âge 159). Il s’agit, comme l’on sait, du récit d’un voyage dans l’au-delà chrétien - enfer et paradis - accordé à l’âme d’un chevalier en état de mort apparente: de retour sur terre, Tnugdal change de vie et prêche la conversion. Yolande de Pontfarcy offre une nouvelle édition des Visions, transmises par un manuscrit somptueux, copié par David Aubert et illustré par Simon Marmion à l’intention de Marguerite d’York, épouse du duc de Bourgogne Charles le Téméraire (ms. 30 du Getty Museum). L’Introduction (xi-xlvii) présente d’abord les traductions françaises, malheureusement avec une certaine confusion; par exemple, p. xiv, on lit: «En français, il y a onze versions dont cinq issues de celle de Vincent de Beauvais» (c’est moi qui souligne); mais les deux listes de manuscrits qui suivent contiennent, l’une huit manuscrits, l’autre (précédée du titre Traduction de la version de Vincent de Beauvais, p. xv) six; aucun commentaire, sauf quelques informations sur le contenu des témoins données dans les notes en bas de page, ne vient éclaircir ces groupements. Quelques pages sont consacrées à la Duchesse de Bourgogne et à sa bibliothèque, puis à l’activité de David Aubert en milieu bourguignon. On passe ensuite au manuscrit du Getty 351 Besprechungen - Comptes rendus Museum (description du codex et contenu des enluminures), à l’étude linguistique (purement descriptive, sans renvoi aux répertoires), pour revenir au texte latin et à la recherche du manuscrit qui aurait pu servir de base au traducteur. En effet, ce qui différencie l’édition de Y. de Pontfarcy de celle de M. Cavagna, c’est justement l’attention au rapport entre la source (éditée ici en bas de page selon le ms. Gand, Universiteitsbibliotheek, 316) et la version du XV e siècle, qui adapte évidemment la Visio à la spiritualité et à la mentalité religieuse «moderne». L’édition comprend de fait trois textes: celui de David Aubert (page de gauche, avec apparat critique), la traduction en français moderne (page de droite), le texte latin (en bas de page, à gauche toujours); deux types de notes prennent place à droite, au-dessous de la traduction: les remarques linguistiques sont précédées d’un astérisque, alors que les commentaires au texte sont numérotés. La Table des rubriques est publiée - on ne comprend pas trop pourquoi - à la fin (153-56), alors qu’elle occupe les tout premiers feuillets du manuscrit. Le traitement du texte soulève quelques perplexités: l’éditrice transcrit al (= a l’) et del (= de l’), mais sépare les mots partout ailleurs; elle distingue pouoir (verbe) de povoir (substantif), sans que cela se justifie ni sur le plan phonétique ni par la graphie; dans la transcription, Haa! et Ha a! alternent (18, 22, 82, 90 . . .; évidemment Mme de Pontfarcy a tenu compte des alinéas du ms., mais cela ne s’impose pas). La ponctuation me semble ci et là contestable; les virgules abondent, ce qui peut avoir des conséquences fâcheuses dans l’interprétation: «elle [l’âme] vey, illec, arriver une . . . multitude de dyables» (20), traduit par «elle vit, en ce lieu, arriver . . .»; je transcrirais plutôt «elle vey illec arriver» et traduirais «elle vit arriver en ce lieu . . .». Encore, p. 24, l’ange gardien s’adresse à l’âme de Tondal par ces mots: «tu me nommes, a present, beaulz peres, quy tousjours ay esté avecques toy . . .», alors que «a present» ne me semble nullement une incise; les exemples seraient très nombreux. Quelques corrections à apporter à la transcription: ajouter le tréma sur aÿrez (26, et dans le Glossaire, 159), lire quil au lieu de qu’il dans «il n’est nul si petit bien qu’il ne soit remuneré» (70); ou aux commentaires: «la inestimable bonté de Luy [= Dieu] point ne te fauldra, combien que pas tu ne l’ayes desservy»: Mme de Pontfarcy souligne ce qui à ses yeux est un «non accord du participe passé avec l’objet antéposé (la bonté divine)» (N1, 27), alors que l’ est à interpréter à mes yeux comme un pronom neutre renvoyant à l’ensemble de la proposition précédente. L’éditrice conserve aussi des leçons erronées sans les commenter; je ne donnerai qu’un seul exemple: «[l’âme de Tondal] yssir vouloit corps» (20, traduit par «elle voulait sortir du corps»); dans l’apparat elle conteste la leçon donnée par M. Cavagna «vouloit du corps», mais ne donne évidemment aucune attestation d’un emploi direct de yssir. Quelques coquilles dans la traduction: «Tondal fut atteint à son bras droit droit» (15), ou un amusant «à l’heure de nonne» (17); je ne traduirais pas «nulz vivant croire ne le pourroit» par «personne sur terre ne pourrait l’imaginer» (82-83), ou «tenailles de fer ardantes» par «tenailles de fer rouge» (84-85), ou encore «que il voulsisse pour iceulz [delits et plaisances de char] endurer si grans tourmens» par «qu’ils valussent la peine d’endurer de si grands tourments» (86-87). J’aurais intégré au glossaire ou à l’analyse linguistique l’emploi de aler avec auxiliaire avoir (30), la préposition atout (transcrite a tout, 34), la graphie geule (pour gueule, trait picard, 42, partout ailleurs gueule), la conjonction en tandis que (48: ‘pendant que’), oultre (dans l’expression «jamais ne pourroit oultre», 56; vu le contexte, on se demande s’il ne peut s’agir d’une dittographie ou d’une lacune: «comment la pourray je mener oultre quant je me treuve en tel peril? Car se Dieu proprement ne me donne ayde et secours, jamais ne pourroit oultre»). 352 Besprechungen - Comptes rendus Les critères adoptés pour le Glossaire (157-78) ne sont pas scientifiques: l’éditrice n’a enregistré que «les mots dont la graphie ou le sens retiennent l’attention; ceux de la Table des rubriques n’ont pas été relevés» (157). La bibliographie est très riche (181-205): je me permets de signaler que le Pèlerinage de vie humaine de Guillaume de Digulleville a connu aussi une édition/ traduction commentée par Frédéric Duval (Saint-Lô, Archives Départementales de la Manche, 2006, avec reproductions du ms. Paris, BnF, fr. 12466). Ceci dit, Les visions que reçut . . . monseigneur Tondal, selon les mots de l’explicit, méritent bien d’être connues et appréciées par les lecteurs d’aujourd’hui, tant comme témoignage de la réception d’un véritable «best-seller» médiéval, que comme production bourguignonne de très haut niveau; on s’en rendra compte en jetant un coup d’œil au site du Getty Museum où le manuscrit est partiellement accessible 1 . Maria Colombo Timelli ★ Frédéric Duval (ed.), Le Mystère de saint Clément de Metz, Genève (Droz) 2011, 815 p. (Textes littéraires français 608) Ce texte a été édité une première fois en 1861 par Charles Abel et il a nourri de nombreuses études philologiques. Non seulement Le Mystère de saint Clément de Metz a été dépouillé par Frédéric Godefroy pour son Dictionnaire de l’ancienne langue française (1881-1902) et utilisé par Henri Chatelain pour ses Recherches sur le vers français (1907), mais il bénéficie d’une notice élogieuse dans l’ouvrage de référence pour le théâtre médiéval français, celui de Louis Petit de Julleville 1 qui portait pourtant un jugement sans indulgence sur la production littéraire théâtrale du Moyen Âge. «On peut louer dans ce mystère une certaine délicatesse de style et quelque bonheur dans l’expression du pathétique» 2 . Ses qualités littéraires le cèdent à ses qualités dramaturgiques, tant le fatiste s’est montré habile à concilier la légende avec les nécessités du spectacle. «Son importance pour l’histoire du culte de saint Clément de Metz est également de premier ordre: alors que l’écheveau des vies latines vient d’être démêlé, le versant français du dossier hagiographique - dont le mystère est l’une des pièces maîtresses - reste à explorer», comme le souligne F. Duval, dans son Avant-Propos (9). L’accès au texte se révèle doublement complexe: l’édition de Charles Abel est quasi introuvable depuis l’incendie de la maison d’édition Rousseau-Pallez et la destruction presque totale des exemplaires. Mais surtout le texte édité en 1861 fourmille d’erreurs de transcription 3 , de coupes de mots fautives, de ponctuation lacunaire ou inopportune qui semblent prouver plus d’une fois les difficultés de compréhension qu’a éprouvées Charles Abel face au texte et à la syntaxe de celui-ci. Il a une connaissance limitée de la langue ancienne: par exemple, il ne semble pas reconnaître l’adjectif isnel (v. 305, 1606, 2904 . . .) et le rend par la forme *isuel, ou l’adverbe «rapidement» isnelement (v. 282, 677, 1333 . . .) rendu par *isuelement; faute d’avoir saisi le sens de l’ancien mot ains, il le modifie en ainsi (v. 2205) et en avis (v. 6014). Il paraît souvent ignorer le système abréviatif médiéval: permet pour promet («Je vous p[ro]met en bonne foy» (v. 732). De plus, F. Duval remarque que cette première édition a suscité des mots fantômes dans le dictionnaire de Godefroy, à titre 353 Besprechungen - Comptes rendus 1 http: / / www.getty.edu/ art/ gettyguide/ artObjectDetails? artobj=1771. 1 Louis Petit de Julleville, Les Mystères, t. 2, Paris 1880: 493-98. 2 Op. cit., t. 2 496, cité par Duval (47). 3 Charles Abel transcrit, par exemple, famine pour famme (v. 6811): «Pren pitié de la povre famme / Qui tant fut bonne prudefamme, / C’est ma mère, souviengne t’en! » (v. 6811-13).